Tess, Le Réveil
Andres Mann






TESS, LE RÃVEIL

L'IntÃ©grale

ANDRES MANN


LES LIVRES D'ANDRES MANN

Tess, Le RÃ©veil - L'IntÃ©grale

Tess : L'Abomination de la Traite des Personnes

Tess : Le Jour du Jugement

Tess : Le Choc des Civilisations.


Tess, Le RÃ©veil : L'IntÃ©grale

Copyright Â© 2018 Andrew Manzini

Tous droits rÃ©servÃ©s. Sauf conformÃ©ment Ã  lâUS Copyright Act de 1976, aucune partie de cette publication ne peut Ãªtre reproduite, transmise sous quelque forme que ce soit ni par quelque moyen que ce soit, ni stockÃ©e dans aucune base de donnÃ©es ou systÃ¨me de recherche documentaire, sans lâautorisation Ã©crite prÃ©alable de lâÃ©diteur. Ceci est une Åuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les incidents sont le produit de l'imagination de l'auteur ou sont utilisÃ©s de faÃ§on fictive. Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou mortes, des Ã©vÃ©nements ou des lieux est totalement fortuite.

Novel Green Publishing

V4

Traduit par Fabienne Ranjalahy Snow


Pour la vraie Tess, celle qui m'a inspirÃ© cette histoire.




Table des matiÃ¨res




PrÃ©face (#ulink_86d1f314-d7bf-57da-8eec-d3e1144d5e1b)

1 - Un Nouveau DÃ©fi (#ulink_58018c58-8749-5512-a7dd-49544019058a)

2 - Trahison et Vengeance (#ulink_00592442-461f-5cee-aa81-ad13930911c5)

3 - PrÃ©paratifs de Guerre (#ulink_58c0c7c1-6210-50ef-aadd-39d8f091e4c0)

4 - Du Sang et des Tripes (#ulink_17403f21-c336-54f5-aab5-8202a6abd4e7)

5 - Capture (#ulink_e9d676a5-fc4e-5ab5-a3e6-458a13c6829c)

6 - Contrainte (#ulink_52148c49-2ab1-5ce8-a276-430b1447b031)

7 - Ãvasion et TragÃ©die (#ulink_9be5785c-3dac-5d0f-b4b1-63ce55317c14)

8 - PrÃ©lude Ã  l'Amour (#ulink_185bc40a-53a4-5de7-8a20-2cd0e6cc380b)

9 - Lutter pour un Autre Jour (#ulink_7d9d9064-9c7b-5e0e-a8a9-5cf8aa845606)

10 - La QuÃªte (#ulink_0eb3b96a-993e-579d-91af-1379d72c7c86)

11 - Naples (#ulink_6666608b-d8b9-5002-89d6-38525e780b87)

12 - Connais Ton Ennemi (#ulink_b5d86add-4b8d-5568-9885-f2e6c9c7330e)

13 - Istanbul (#ulink_600b6542-0afc-58ff-a52e-824e3fa69b9a)

14 - Interlude (#ulink_95697a22-bb90-5236-97d9-d48eec4c134f)

15 - Confrontation (#ulink_852af110-30d2-5c2f-96f3-86f0892bd030)

16 - LâArrogance des Hommes (#litres_trial_promo)

17 - De l'AraignÃ©e Ã  la Mouche (#litres_trial_promo)

18 - Racines et RÃ©flexions (#litres_trial_promo)

19 - Villefranche (#litres_trial_promo)

20 - Perdue de Vue (#litres_trial_promo)

21 - Apprendre Ã  Te ConnaÃ®tre (#litres_trial_promo)

22 - Paris (#litres_trial_promo)

23 - Amour Fraternel (#litres_trial_promo)

24 - Une Maison Ã  la Campagne (#litres_trial_promo)

25 - Ãtalons (#litres_trial_promo)

26 - Changement de Plans (#litres_trial_promo)

27 - Bataille de la Chair (#litres_trial_promo)

28 - Agonie et DÃ©faite (#litres_trial_promo)

29 - Retour Ã  Bagdad (#litres_trial_promo)

30 - Amis (#litres_trial_promo)

31 - Retour aux Affaires (#litres_trial_promo)

32 - Secrets (#litres_trial_promo)

33 - Regrets (#litres_trial_promo)

34 - Corruption (#litres_trial_promo)

35 - RÃ©miniscences (#litres_trial_promo)

36 - Retour Ã  la Vie (#litres_trial_promo)

37 - Nouveau Contact (#litres_trial_promo)

38 - Adieu (#litres_trial_promo)

39 - Et La Vie Continue (#litres_trial_promo)

40 - Une Nouvelle Famille (#litres_trial_promo)

41 - Surprise (#litres_trial_promo)

42 - RÃ©flexion (#litres_trial_promo)

43 â Ordres de Marche (#litres_trial_promo)

44 - Une Nouvelle Entreprise (#litres_trial_promo)

45 - Duel sur l'Autoroute (#litres_trial_promo)

46 - Ãchec et ColÃ¨re (#litres_trial_promo)

47 - Carmen 2.0 (#litres_trial_promo)

48 - Retour Ã  la Vie (#litres_trial_promo)

49 - Chiavari (#litres_trial_promo)

50 - Angoisse (#litres_trial_promo)

51 - TempÃªte (#litres_trial_promo)

52 - EnlÃ¨vement (#litres_trial_promo)

53 - Plan A (#litres_trial_promo)

54 - Frustration (#litres_trial_promo)

55 - Plan B (#litres_trial_promo)

56 - Positano (#litres_trial_promo)

57 - Capture (#litres_trial_promo)

58 - Istanbul (#litres_trial_promo)

59 - Arrogance et Tourment (#litres_trial_promo)

60 - Un Monde de Douleur (#litres_trial_promo)

61 - Sorrento (#litres_trial_promo)

62 - Fadime (#litres_trial_promo)

63 - Aimer Ã Nouveau (#litres_trial_promo)

64 - Trahison (#litres_trial_promo)

65 - Bon pour les Affaires (#litres_trial_promo)

66 - Revers (#litres_trial_promo)

67 - Bataille dans le Ciel (#litres_trial_promo)

68 - DÃ©bÃ¢cle (#litres_trial_promo)

69 - DÃ©briefing (#litres_trial_promo)

70 - PÃ©nitence (#litres_trial_promo)

71 - Retraite (#litres_trial_promo)

72 - Le Bonheur des Avocats (#litres_trial_promo)

73 - NÃ©gociation (#litres_trial_promo)

74 - Intrigue (#litres_trial_promo)

75 - Regroupement (#litres_trial_promo)

76 - Vous ne Pouvez pas Dire la VÃ©ritÃ© (#litres_trial_promo)

77 - en Mouvement (#litres_trial_promo)

78 - Ãpreuve de Force (#litres_trial_promo)

79 - TragÃ©die (#litres_trial_promo)

80 - RÃ©tablissement (#litres_trial_promo)

81 - Chagrin et Regrets (#litres_trial_promo)

82 - Nouveau Complot (#litres_trial_promo)

83 - Le Jour du Jugement (#litres_trial_promo)

84 - La Boucle est BouclÃ©e (#litres_trial_promo)

Post-scriptum (#litres_trial_promo)


PrÃ©face



Cette Ã©dition rassemble deux livres en un seul volume : Tess Le RÃ©veil et Tess Valkyrie.

Ce livre est une Åuvre de fiction. Toute ressemblance des personnages Ã  des personnes rÃ©elles est purement fortuite.

La majoritÃ© des faits de cette histoire est basÃ©e sur les Ã©vÃ©nements qui ont eu lieu au cours de la deuxiÃ¨me Guerre d'Irak. Toute information sur des personnes rÃ©elles et des personnalitÃ©s publiques mentionnÃ©es dans le prÃ©sent livre a dÃ©jÃ  Ã©tÃ© Ã©tablie par des sources d'information gÃ©nÃ©ralement reconnues.

Les opinions exprimÃ©es dans cet ouvrage sont celles de l'auteur.


1 - Un Nouveau DÃ©fi

Le sergent dÃ©bordÃ© leva les yeux de son bureau.

Â« Vous Ãªtes le commandant Turner ? Le commandant Morgan Turner ? Â»

Tess avait entendu cette question tout au long de sa carriÃ¨re dans l'ArmÃ©e des Ãtats-Unis. Concilier son nom Ã  son apparence laissait toujours les gens dÃ©concertÃ©s, surtout les hommes. Morgan Theresa Turner, "Tess" pour ses amis, avait grandi dans l'ArmÃ©e. Tout premier-nÃ© dans la famille se prÃ©nommait Morgan, c'Ã©tait Ã©tabli d'avance, et depuis la Guerre Civile il n'y avait eu aucune fille. Lorsque l'heureux Ã©vÃ©nement Ã©tait arrivÃ©, son pÃ¨re dÃ©cida de perpÃ©tuer la tradition et donna le prÃ©nom masculin Ã  sa magnifique fille. Son pÃ¨re, un gÃ©nÃ©ral quatre Ã©toiles, avait rÃ©cemment Ã©tÃ© attirÃ© hors de l'ArmÃ©e par une proposition trÃ¨s lucrative dans l'industrie de la dÃ©fense.

Le temps pour ces futilitÃ©s Ã©tait bien rÃ©volu. Elle Ã©tait convoquÃ©e Ã  la base aÃ©rienne du KoweÃ¯t pour participer Ã  l'invasion de l'Irak â la deuxiÃ¨me Guerre du Golfe.

Â« Oui, Sergent. Je vous affirme que je suis le commandant Morgan Turner. Mes ordres sont corrects et si vous y jetez un Åil vous verrez que je suis affectÃ©e Ã  cette unitÃ©. Je dois voir le colonel Reynolds. Je viens prendre mon service. Â»

Le sergent fouilla dans sa paperasse et sâexcusa. Il frappa Ã  la porte du Bureau du Chef des OpÃ©rations et entra sans attendre d'y Ãªtre invitÃ©. Â« Chef, le commandant Turner vient prendre son service.

â Ah, oui ! Faites-la entrer. Â» Conscient de sa maladresse, le sergent s'Ã©clipsa Ã  l'extÃ©rieur et invita Tess Ã  entrer dans le repaire du patron. Tess s'avanÃ§a et salua prestement l'officier supÃ©rieur. Reynolds lui retourna un salut de pure forme et lui sourit chaleureusement.

Â« Tess, ma parole, que tu as grandi !

â J'espÃ¨re bien, Chef, rÃ©pondit-elle. La derniÃ¨re fois que vous mâavez vue jâÃ©tais au lycÃ©e ! Le colonel contourna son bureau et attrapa une chaise.

â S'il te plaÃ®t, assieds-toi ! Comment va ton pÃ¨re ?

â Toujours aussi impÃ©tueux et toujours au golf, lui rÃ©pondit-elle. Quand je l'ai quittÃ© il y a trois jours, il se plaignait Ã¢prement de ne pas avoir eu la chance de rejoindre le feu de l'action ici. Â»

Le colonel se mit Ã  rire en se penchant contre le bureau. Â« Je lui avais bien dit que la retraite n'Ã©tait pas une bonne idÃ©e mÃªme si NTC le paie une fortune. Ce qui se passe ici est tellement plus passionnant ! Â» Le Colonel Reynolds et Morgan Turner, le pÃ¨re de Tess, Ã©taient des amis de longue date. Ils avaient progressÃ© ensemble dans lâarmÃ©e jusqu'Ã  ce que le gÃ©nÃ©ral Turner reÃ§ut le poste de prÃ©sidence pour une entreprise militaire spÃ©cialisÃ©e en avionique de pointe. Â« Enfin, peu importe Â», poursuivit le colonel, Â« je suis vraiment heureux de te voir ici. Du travail pÃ©rilleux nous attend. Â»

Â« Nous sommes affectÃ©s en mission d'appui dans le cadre de l'OpÃ©ration Iraki Freedom. Notre brigade a franchi le mur de sable vers l'Irak non seulement pour lancer des attaques incisives mais pour protÃ©ger le V Corps sur son flanc ouest.

Â« Nos troupes progressent de faÃ§on excellente mais elles ont Ã©tÃ© si rapides que leurs arriÃ¨res sont maintenant vulnÃ©rables. Nous avons dÃ©jÃ  eu des problÃ¨mes avec l'ennemi qui a lancÃ© des attaques irrÃ©guliÃ¨res sur nos lignes de ravitaillement. Notre compagnie a un double rÃ´le : fournir un appui aÃ©rien Ã  la TroisiÃ¨me d'Infanterie pour Ã©liminer les cibles Ã  l'avant et garder assez de munitions pour balayer les problÃ¨mes sur le chemin du retour vers la base. Je veux que tu commandes les trois hÃ©licoptÃ¨res qui feront les recos avant et arriÃ¨re, pour reprendre le langage marin. Tes Black Hawks ont Ã©tÃ© pourvus d'Ã©quipements d'Ã©vacuation mÃ©dicale et de sauvetage Ã  utiliser en cas de nÃ©cessitÃ©. Â»

Tess fronÃ§a les sourcils. Â« Chef, j'avais cru que ma mission Ã©tait dans l'offensive et de prendre part au combat. Â»

Reynolds sourit comme s'il s'amusait de sa colÃ¨re de jolie petite fille. Â« Tess, je ne doute pas de tes capacitÃ©s Ã  le faire mais j'ai besoin de mes Ã©lÃ©ments les meilleurs pour les mettre lÃ  oÃ¹ ils peuvent faire le plus de bien. Je n'ai pas Ã  te rappeler que les recos et les sauvetages sont, Ã  bien des Ã©gards, encore plus dangereux que le combat direct. Â»

Tess sentit son pouls et sa tempÃ©rature grimper. Â« Colonel, avec tout mon respect, j'ai Ã©tÃ© formÃ©e comme pilote de combat. Je suis affectÃ©e en tant que commandant de lâun de vos escadrons. Selon le rÃ¨glement, je dois mener nos unitÃ©s au combat et vous protÃ©ger, vous et le QG, pour que vous puissiez diriger les opÃ©rations. Je n'ai pas besoin d'Ãªtre mÃ©nagÃ©e. Je suis ici pour faire un travail. Â»

Le Chef OpÃ©rations la regarda gravement. Â« Tess, je sais que tes Ã©tats de service sont excellents mais tu dois me comprendre. En plus d'avoir promis Ã  ton pÃ¨re que rien de mal ne doit t'arriver, je suis ici dans une situation politique difficile. Je suis dÃ©solÃ© de le dire mais tu es trop jolie et trop attractive pour ton propre bien. Je ne veux pas avoir Ã  expliquer Ã  ton pÃ¨re ni aux mÃ©dias hostiles que j'ai laissÃ© quelqu'un comme toi se faire tuer, blesser ou pire encore. Je ne pense pas que nous sommes prÃªts pour Ã§a, toutes considÃ©rations d'Ã©galitÃ© mises Ã  part. Dans tous les cas, tu as un travail important Ã  faire et des risques tout aussi importants, si Ã§a peux te faire sentir mieux. Â»

Tess Ã©tait restÃ©e attentive, assise sur sa chaise, mais son esprit Ã©tait sous le choc. Encore une fois, papa avait dÃ©cidÃ©, et moi qui croyais que les prÃ©jugÃ©s contre la gente fÃ©minine Ã©taient du passÃ©.

Â« Colonel, au cas oÃ¹ vous ne l'auriez pas remarquÃ© dans mes Ã©tats de service, je suis un officier d'active de l'ArmÃ©e. Mon avancement dÃ©pend de lâexpÃ©rience que jâaurai acquise au combat sur le terrain. Je nâai pas peur de faire face au combat et, en fait, c'est ce que je recherche. Rappelez-vous, j'ai suivi un entraÃ®nement intensif pour accomplir ce devoir. Â»

Le colonel, protecteur, prit les mains de Tess entre les siennes. Â« Tess, j'en suis bien conscient, et je te promets que tu auras l'occasion d'assurer ton avancement. Mais on va procÃ©der Ã©tape par Ã©tape. Â»

Reynolds observa une pause, puis reprit d'un ton conciliant. Â« Je sais que tu as travaillÃ© dur, Tess. Tu as eu ta part de sueur. Je te demande juste de faire ce que je te demande, et je peux t'assurer que lorsque l'occasion se prÃ©sentera, tu auras mon feu vert. Mais lÃ , il nous faut rester flexibles. Fais-moi juste ce plaisir. Commence la reco et, de lÃ , on avisera. En attendant, nous avons des troupes Ã  nourrir, Ã  soigner et Ã  motiver. Allons les rencontrer, Commandant !

â Oui, Chef Â», rÃ©pondit Tess, constatant que le colonel n'irait pas plus loin pour cette fois. La vieille rengaine ; il lui fallait encore une fois faire ses preuves en tant que guerriÃ¨re, en dÃ©pit de sa jolie tÃªte.

Le colonel Reynolds ouvrit la porte du bureau et invita Tess Ã  la franchir. La base Ã©tait une vraie fourmiliÃ¨re et se trouvait en plein prÃ©paratifs pour que le personnel et les appareils se rendent jusqu'Ã  Bagdad et lancent cette opÃ©ration incisive au cÅur de l'Irak. Cela leur prit moins d'une minute pour entrer dans le hangar bourdonnant d'activitÃ©s. Plusieurs troupes Ã©taient occupÃ©es Ã  prÃ©parer le dÃ©chargement d'hÃ©licoptÃ¨res Apache AH-64 et Black Hawk UH-60 d'un Ã©norme avion de transport.

Â« Aaa-ttention !" cria un sous-officier, prÃ©venant ainsi tout le monde que le Vieux Ã©tait sur les lieux.

â Repos ! Â» rÃ©pondit le colonel. L'Ã©quipage, composÃ© de techniciens de maintenance et de pilotes, suspendit son activitÃ© pendant que le Chef OpÃ©ration et Tess prenaient place sur une plate-forme surplombant l'avion de transport.

Dâune voix puissante et imposante, Reynolds s'adressa aux membres de l'Ã©quipage.

Â« Je voudrais vous prÃ©senter le commandant Morgan Turner. Elle prendra le commandement de notre escadron de reconnaissance et de sauvetage. Â» Un sifflet flatteur se fit entendre Ã  lâarriÃ¨re de lâauditoire. Reynolds fronÃ§a les sourcils mais fit mine de ne pas lâavoir remarquÃ©.

Â« Le commandant Turner a obtenu les perfs les meilleures sur Black Hawk et sur Apache. Elle peut aussi piloter un Kiowa. Sa mission est de diriger notre opÃ©ration de reco dans notre avancÃ©e et de protÃ©ger l'arriÃ¨re de la colonne de blindÃ©s ainsi que les unitÃ©s de ravitaillement. Je suis sÃ»r que vous ferez connaissance avec le commandant Turner et que vous lui fournirez toute l'aide et tout l'appui pour faire de nous lâÃ©quipe qui fera frÃ©mir Saddam ! Â» Les troupes applaudirent avec enthousiasme.

Â« Commandant, voici le Lieutenant Oxley, votre commandant en second. Il vous fera les honneurs de la visite. Vous rencontrerez Ã©galement le commandant Dan Gardner, celui qui va mener l'assaut. Il sera de retour de KoweÃ¯t City d'ici quelques heures. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites-le moi savoir. Â»

Tess le salua prestement. Â« Merci, Colonel. Â»

Elle fit le tour habituel des prÃ©sentations, fit connaissance avec son Ã©quipage et prit part au briefing tactique prÃ©liminaire. L'unitÃ© avait ordre de se dÃ©ployer dans les 36 heures.

Tous les pilotes eurent 24 heures de perm avant le dÃ©but des festivitÃ©s. KoweÃ¯t City nâÃ©tait pas exactement Las Vegas, mais on pouvait y trouver de bons hÃ´tels et restaurants. Toujours mieux qu'une tente, en tout cas. Avant de quitter les lieux, Tess inspecta son Black Hawk. Une belle machine peu fiable et difficile Ã  piloter. Ã peu prÃ¨s tout ce qu'il fallait pour ce quâelle voulait accomplir : devenir le guerrier qu'elle voulait Ãªtre et pour lequel elle avait Ã©tÃ© formÃ©e.


2 - Trahison et Vengeance

Juste Ã  sa sortie de West Point, Tess avait Ã©pousÃ© Roger Haverty, un camarade Ã©lÃ¨ve-officier â mais, trop indÃ©pendante pour renoncer Ã  cette partie dâelle-mÃªme, elle nâavait jamais pris son nom. Elle le regrettait parfois lorsqu'elle entendait le fameux commentaire Â« De la famille du GÃ©nÃ©ral Turner...? Â»

Son union avec Roger Ã©tait tendue, mise Ã  mal par des affectations de postes sÃ©parÃ©s, une vie amoureuse Ã  mourir d'ennui, un commun accord de ne pas devenir parents et, surtout, cette absence d'engagement total pour le service que Tess reprochait Ã  Roger.

Quand elle reÃ§ut son ordre de mission pour sa nouvelle affectation en Irak, Roger lui proposa de passer un long week-end Ã  Las Vegas. Aucun des deux n'avait d'intÃ©rÃªt particulier pour le jeu mais peut-Ãªtre avaient-ils besoin de se retrouver un peu avant d'affronter le dÃ©sert irakien. Roger Ã©tait arrivÃ© un jour Ã  l'avance car Tess voulait assister aux briefings sur sa nouvelle affectation.

Sortant enfin du taxi qu'il l'avait emmenÃ©e de l'aÃ©roport, elle s'engouffra dans le hall de l'hÃ´tel et parvint Ã  l'ascenseur qui Ã©tait presque rempli d'hommes asiatiques.

Tess Ã©tait confortablement vÃªtue d'une chemise blanche d'homme et d'un pantalon de soie, une tenue simple qui mettait en valeur sa silhouette mince et ses longues jambes.

Quand elle se trouva une place dans l'ascenseur, les bavardages cessÃ¨rent. La femme sculpturale dominait le groupe d'hommes de petite taille d'au moins une tÃªte. Et apparemment, ils Ã©taient envoÃ»tÃ©s par son parfum. Certains d'entre eux extirpÃ¨rent des billets de leur porte-feuille et tentÃ¨rent de les fourrer dans son soutien-gorge. Tess Ã©tait tentÃ©e au plus haut point d'utiliser ses compÃ©tences en arts martiaux pour plaquer ses agresseurs aux quatre parois de l'ascenseur. Mais sa formation l'emporta sur son goÃ»t pour la dÃ©coration et elle fit preuve de retenue. Elle se contenta d'un coup de coude dans les cÃ´tes de l'homme le plus proche d'elle. Elle rÃ©ussit Ã  sortir de l'ascenseur, laissant ses admirateurs dÃ©Ã§us et jouant des coudes pour avoir un dernier coup dâÅil sur cette magnifique dÃ©esse.

Tess avait pratiquement couru jusqu'Ã  la chambre que Roger avait rÃ©servÃ©e et voulait juste tomber dans ses bras. Elle arriva Ã  la porte au moment mÃªme oÃ¹ un serveur en chambre sortait un chariot. Elle se prÃ©cipita devant lui et fit irruption dans la chambre. Quelque chose ne collait pas dans ce quâelle vit alors. Elle pensait s'Ãªtre trompÃ©e de chambre. Dans le lit, une femme nue se mit Ã  hurler, ce qui poussa l'autre occupant Ã  sortir de la salle de bain. C'Ã©tait Roger, se sÃ©chant avec une serviette.

Pendant bien trente secondes, Tess resta sans voix, puis reprenant rapidement ses esprits, elle laissa tomber sa petite valise et s'empara d'une lampe trÃ´nant sur une commode. Elle en arracha le cordon et jeta lâobjet sur Roger, qui rÃ©ussit d'un cheveu Ã  esquiver le missile. La femme sur le lit, terrifiÃ©e, continuait de crier. Dans un accÃ¨s de rage, Tess saisit la femme par les cheveux et par le cou pour faire taire ses cris puis la jeta, nue, hors de la chambre et dans le couloir.

Roger se ressaisit et, tout en essayant de nouer sa serviette autour de la taille, il implora : Â« Tess, ce n'est pas ce que tu crois ! Â» Ã quoi Tess rÃ©pliqua en attrapant une chaise et en la projetant sur lui, et cette fois, elle le toucha Ã  la tÃªte. Roger tomba tel un sac de patates, sa blessure Ã  la tÃªte dÃ©goulinant de sang.

Tess n'en avait pas fini. Elle essaya de s'emparer du poste de tÃ©lÃ©vision, mais le cordon l'en empÃªcha et le petit meuble mÃ©dia bascula vers l'avant.

Roger, en choc et en sang, et toujours au sol, cria : Â« Tess, arrÃªte ! Tout Ã§a ne veut rien dire, je tâaime !

â Porc ! Sale fils de pute, tu mens ! Tu crois que j'en ai fini avec toi ?! Â»

Roger courut de lâautre cÃ´tÃ© du lit, rÃ©alisant en effet que Tess n'Ã©tait pas ouverte au dialogue. Elle saisit son sac et le lui assÃ©na d'un coup Ã  la tÃªte. Roger tomba Ã  nouveau et se prÃ©para Ã  une pluie de coups. Tess s'empara d'une autre lampe, la souleva pour la jeter, mais fut stoppÃ©e par un bras puissant.

Un homme fortement bÃ¢ti Ã©tait entrÃ© dans la chambre et maÃ®trisa la femme en furie. Elle rÃ©sista mais il verrouilla ses bras autour d'elle par derriÃ¨re. Elle tenta de se dÃ©barrasser de lui mais il continuait Ã  l'immobiliser. Â« Les gens de la sÃ©curitÃ© sont probablement en chemin et je pense que nous devrions quitter les lieux Â», dit l'homme.

Tess essaya Ã  nouveau de se libÃ©rer puis elle explosa. Â« Mais vous Ãªtes qui, vous ? Allez au diable ! Je dois tuer ce salopard. Â»

Roger se remettait peu Ã  peu de l'attaque et tentait misÃ©rablement de s'expliquer. Â« Tess, ce n'Ã©tait rien ! C'est juste arrivÃ© comme Ã§a ! Ãa n'avait pas d'importance pour moi ! C'est toi que j'aime ! Â»

Tess se dÃ©tendit assez pour faire comprendre qu'elle s'Ã©tait calmÃ©e. Quand lâhomme relÃ¢cha sa prise, elle se libÃ©ra et se jeta sur Roger Ã  nouveau. Â« EspÃ¨ce de lÃ¢che ! Mauviette ! Tu ne sais mÃªme pas mentir convenablement ! Â» Elle commenÃ§a Ã  le rouer de coups, ce qui poussa l'homme Ã  se saisir d'elle et Ã  l'entraÃ®ner hors de la chambre comme un sac de patates. Tess rÃ©sista furieusement, en vain. L'homme la souleva et l'emporta rapidement vers une chambre ouverte au bout du couloir. Il ferma la porte, la posa sur son dos et se mit sur elle Ã  califourchon avec une main sur sa bouche.

Â« Sâil vous plaÃ®t, calmez-vous, vous risquez dâavoir des ennuis. DÃ©tendez-vous, je suis sÃ»r qu'on peut trouver un arrangement. Â» Tess sembla se calmer, mais lâhomme ne desserra pas sa prise. Il avait vu son tempÃ©rament dans l'action. Tess se dÃ©battit Ã  nouveau, mais l'homme continua de la maintenir et de la bÃ¢illonner de sa main.

De frustration, Tess arrÃªta de se dÃ©battre. L'homme n'en relÃ¢cha pas pour autant sa prise et tenta doucement de la calmer. Â« Ãa va aller. Vous vous en sortirez. Calmez-vous et on va tenter de rÃ©gler Ã§a. Je ne pense que vous vouliez finir en prison. Â»

Tess se considÃ©rait comme un assez bon combattant mais cet homme semblait Ãªtre d'acier. Il n'y avait aucun moyen de se dÃ©rober. Finalement, elle se dÃ©tendit et l'homme la relÃ¢cha, bien qu'avec mÃ©fiance.

On pouvait entendre des gens se prÃ©cipiter vers la chambre de Roger. Tess entendait de l'agitation dans le couloir et il sembla que Roger ne voulait pas crÃ©er plus d'ennuis. Il refusa dâengager des poursuites. Il dit quâil ne connaissait pas la personne qui les avait attaquÃ©s lui et sa compagne. Et qu'il s'agissait probablement d'une tentative de vol. Le personnel de sÃ©curitÃ© de l'hÃ´tel, de mÃªme que la police, avait lâair dubitatif mais ils ne pouvaient faire grand-chose si aucune plainte n'Ã©tait dÃ©posÃ©e.

Tess se vit alors dans le miroir et constata qu'elle Ã©tait un vrai dÃ©sastre. Le peu de mascara qu'elle avait mis avait fondu et faisait des stries sur son visage. Elle s'excusa et alla dans la salle de bain pour se passer le visage Ã  l'eau. Elle Ã©tait furieuse contre elle-mÃªme d'avoir exposÃ© ses Ã©motions Ã  un Ã©tranger.

Elle retourna dans la chambre et regarda cet homme, maintenant assis sur une chaise, qui feuilletait un magazine.

Â« Qu'est-ce qui vous donne le droit d'intervenir dans ma vie ? dit-elle avec colÃ¨re.

â Bonjour, je m'appelle Jake. Lâhomme dÃ©posa le magazine sur la petite table. Allez-vous me dire qui vous Ãªtes ?

â Pourquoi le devrais-je ? Je ne vous connais pas, je ne veux pas vous connaÃ®tre, et Ã  ce moment prÃ©cis, je suis folle de rage !

â Je ne peux pas vous en vouloir d'Ãªtre en colÃ¨re. Si ce qui s'est passÃ© est ce que je pense qu'il s'est passÃ©, je ne sais pas comment j'aurais rÃ©agi moi-mÃªme. En revanche, vous pourriez Ãªtre en prison, avec une accusation pour coups et blessures. Mais pour Ãªtre franc, je ne crois pas qu'il en vaut la peine. Il y a de meilleures faÃ§ons de rÃ©gler des problÃ¨mes comme Ã§a, et je pense que vous y verrez plus clair une fois que vous vous serez calmÃ©e et que vous pourrez y rÃ©flÃ©chir.

â Je m'appelle Tess, dit-elle. Et ma rÃ©action n'a pas Ã©tÃ© excessive. Roger, mon mari a fait une chose impardonnable. Jâavais vraiment envie de lui faire mal, mais je vois votre point de vue. Mais il y a une chose que je n'arrive pas Ã  comprendre. Je suis ceinture noire - merci Ã  l'ArmÃ©e pour Ã§a - et vous avez rÃ©ussi Ã  me maÃ®triser. D'oÃ¹ sortez-vous ? Â»

Roger haussa les Ã©paules. Â« Je fais des bricoles dans l'ArmÃ©e.

â Moi aussi, offrit Tess, mais personne n'a su me mater au combat jusque lÃ  !

â Ce n'Ã©tait pas un combat, je vous ai immobilisÃ©e.

â Mais d'abord, pourquoi vous souciez-vous de moi ? Tess explosa. Vous n'avez donc rien d'autre Ã  faire?

â Correct. Pour le moment, je n'ai rien d'autre Ã  faire. Mais je me soucie de vous car je vous ai vue dans le hall de l'hÃ´tel, et franchement, vous n'avez pas l'air de quelqu'un qui devrait finir en prison juste parce que vous avez des difficultÃ©s Ã  contrÃ´ler votre colÃ¨re.

â Eh bien, vous, vous ne lÃ©sinez pas au travail !

â Pas de conclusions hÃ¢tives. Si vous voulez vraiment une raison, je pense que vous gagneriez Ã  maÃ®triser votre tempÃ©rament, autrement vous feriez tout de travers.

â J'ai entendu cette citation au collÃ¨ge, observa Tess. D'un philosophe espagnol ?

â Balthasar GraciÃ¡n, qui a vÃ©cu au 17Ã¨me siÃ¨cle. Â» ajouta Jake.

Tess s'assit enfin et croisa ses jambes avec Ã©lÃ©gance, puis d'un ton sarcastique elle ajouta : Â« Non seulement un soldat mais aussi un savant !

â Je suis un rÃ©aliste qui a appris au prix fort quâil est toujours prÃ©fÃ©rable de rÃ©flÃ©chir avant de dÃ©gainer lâartillerie. Je suggÃ¨re que dans votre situation, l'objectif devrait Ãªtre de punir la personne qui vous a fait du tort sans que cela ne vous nuise Ã  vous-mÃªme. Â»

Jake se leva et sortit une bouteille du petit bar de l'hÃ´tel. Â« Et si on arrÃªtait tout Ã§a. Voudriez-vous un verre ?

â VoilÃ  qui me paraÃ®t sensÃ©, rÃ©pondit-elle avec lassitude. Un scotch avec des glaÃ§ons. Â»

Jake versa la boisson et lui tendit le verre. Â« Avez-vous une chambre oÃ¹ passer la nuit ? Je peux vous laisser ma chambre. Je pars demain matin. Â»

Tess prit une chaise confortable. Â« Je pars aussi. J'ai Ã©tÃ© affectÃ©e en Irak. Â»

Jake sourit. Â« On dirait qu'on va dans la mÃªme direction. Que faites-vous dans l'ArmÃ©e ?

â Pilote d'hÃ©licoptÃ¨re, affectÃ©e Ã  une unitÃ© de reconnaissance. Vous ? Â»

Jake rÃ©pondit vaguement : Â« Je suis dans les Renseignements. Â» Il n'en dirait pas plus, manifestement.

Tess se leva et ramassa sa valise. Â« Alors, peut-Ãªtre Ã  bientÃ´t dans le dÃ©sert. Je dois y aller. Quelques petites choses Ã  faire avant que je parte. Â»

Jake se leva. Â« Vous pouvez rester ici si vous le souhaitez. Je promets de ne plus essayer de vous immobiliser. Â»

Tess franchit la porte. Â« Merci, mais non. Je suppose que je devrais vous Ãªtre reconnaissante de m'avoir Ã©vitÃ© des ennuis. Merci Â», dit-elle timidement et elle s'en alla.

â¦â¦â¦

Tess prit le premier vol pour New York et alla directement Ã  son cabinet d'avocat pour entamer une procÃ©dure de divorce contre Roger.

Roger avait laissÃ© une douzaine de messages sur son tÃ©lÃ©phone portable ; il lui demandait de lui pardonner et voulait la rencontrer pour tenter de discuter. Tess n'y voyait aucun intÃ©rÃªt. Elle n'Ã©tait pas du genre Ã  pardonner, son attitude sur les relations Ã©tait trÃ¨s tranchÃ©e. On aime ou on n'aime pas. Il n'y a pas de place pour la faiblesse ou les erreurs. Elle Ã©tait impitoyable envers elle-mÃªme et envers toute personne ambivalente, confuse ou qui tendait Ã  rationaliser. Elle avait aimÃ© Roger, mais son incapacitÃ© Ã  rÃ©sister Ã  la tentation Ã©tait impardonnable et inacceptable. Elle le sortit immÃ©diatement de sa vie et se tourna avec dÃ©termination vers le seul objectif qui ne prÃ©sentait aucune ambiguÃ¯tÃ© : sa carriÃ¨re.


3 - PrÃ©paratifs de Guerre

Dans le lobby d'un hÃ´tel au KoweÃ¯t, Jake Vickers sirotait un jus d'orange, assis dans l'un des salons. Son rÃ´le dans une unitÃ© de renseignements de la CIA lui permettait de porter des vÃªtements civils et d'arborer une coupe de cheveux lÃ©gÃ¨rement plus longue que celle du GI de base.

Il Ã©tait Ã©galement au fait des allÃ©es et venues des principaux officiers des diffÃ©rentes unitÃ©s se prÃ©parant aux opÃ©rations. Il dÃ©couvrit que Tess devait sÃ©journer dans cet hÃ´tel et il voulait la revoir. Conscient qu'il forÃ§ait un peu sa chance, il savait toutefois que pour revoir quelqu'un comme Tess, il valait mieux ne pas se fier quâau hasard.

Un minibus s'arrÃªta Ã  l'entrÃ©e de l'hÃ´tel, d'oÃ¹ dÃ©barquÃ¨rent quelques personnes en uniforme. Tess Ã©tait l'une d'elles. Comme elle se dirigeait vers le comptoir de la rÃ©ception, Jake se leva et lui sourit. Â« Salut, dit-il.

â Voyez qui est lÃ , mon protecteur ! elle rÃ©pondit.

â Aujourd'hui, je me contente d'Ãªtre Jake, Ã  votre service. Â»

Tess posa son bagage Ã  terre et croisa les bras. Â« Puis-je Ãªtre sÃ»re que vous n'allez pas tenter de me sortir d'affaire encore une fois ? Â»

Jake sourit. Â« Loin de moi l'idÃ©e de me mettre en travers du chemin d'un pilote de Black Hawk Ã©quipÃ© de mitrailleuses. Â»

L'un des officiers arrivÃ©s en mÃªme temps qu'elle lui fit signe de se rendre au comptoir de la rÃ©ception. Tess ramassa son sac et fit Ã  Jake un signe de la main. Â« Laissons les mÃ©chants se soucier de Ã§a le moment venu. Â»

Jake lui rendit le salut de la main : Â« Je vous verrai au dÃ®ner ? Â»

Tess sourit. Â« Je vais me rafraÃ®chir un peu et je vous revois d'ici 30 minutes. Â»

Une fois dans sa chambre, elle lanÃ§a avec colÃ¨re le dossier avec ses ordres de mission sur le bureau. Son statut de fille d'un fameux gÃ©nÃ©ral lui valait tant de condescendance et de sous-entendus et cela l'agaÃ§ait parfois, mais c'Ã©tait surtout d'avoir Ã  refuser les multiples avances d'hommes qui l'ennuyait au plus haut point. Ã ce moment prÃ©cis, c'Ã©tait bien la derniÃ¨re chose dont elle avait besoin. Elle voulait juste faire son travail.

Tess avait forclos la profession de son pÃ¨re, la forclusion Ã©tant un terme de psychanalyse qui expliquait la prÃ©sence de tant de lignÃ©es de docteurs et d'avocats au sein de la mÃªme famille. Avant mÃªme d'envisager d'autres options dans son sens du dÃ©veloppement de l'identitÃ©, elle s'Ã©tait engagÃ©e Ã  devenir un officier professionnel de l'ArmÃ©e. Elle s'Ã©tait en fait fixÃ© une identitÃ© trop tÃ´t mais ne s'en rendait pas compte.

Ses talents en musique avaient donnÃ© l'espoir Ã  son pÃ¨re qu'elle s'y Ã©panouirait grÃ¢ce Ã  une bourse qui lui ouvrirait les portes du Conservatoire. Le choix de sa fille pour la carriÃ¨re militaire lui plut nettement moins et il ne put surmonter la dÃ©termination qu'elle y avait mis. L'ArmÃ©e avait Ã©tÃ© son choix, en rÃ©action au spectacle offert par sa mÃ¨re, femme de soldat toute dÃ©vouÃ©e au devoir de la maison pendant que son mari faisait le sien aux quatre coins du monde. Elle avait peu Ã  dire quant Ã  ses propres besoins d'une vie hors de ce cadre.

Petite, Morgan avait dÃ©cidÃ© que la maison et le foyer ne feraient pas partie de son monde, un monde qu'elle savait dominÃ© par les hommes qui dÃ©finissaient leurs lois et en rÃ©coltaient les avantages. Elle avait envisagÃ© le monde des affaires mais ne pouvait souffrir les longues rÃ©unions ni les rapports trimestriels. LâarmÃ©e, en revanche, semblait offrir bien plus. L'opportunitÃ© d'un avancement rapide, de diriger, d'aller dans des endroits nouveaux et de faire du bien. Elle comprit aussi que cette voie impliquait un immense dÃ©vouement, tant physique que mental, des dÃ©fis qu'elle avait surmontÃ©s avec talent et une volontÃ© implacable. Elle sortit de West Point avec un diplÃ´me en ingÃ©nierie Ã©lectrique et une sous-dominante en science politique. Pensant que sa carriÃ¨re la mÃ¨nerait Ã  Washington ou au Pentagone, des notions en politique seraient alors tout Ã  fait bienvenues.

â¦â¦â¦

Tess se changea en un pantalon de soie et un chemisier et alla rencontrer Jake dans la salle de restaurant.

Elle entama la conversation. Â« Vous dites que vous Ãªtes dans l'armÃ©e mais je trouve vos cheveux un peu long pour Ã§a. Â»

Jake sourit : Â« Bien vu. Vous trouvez que la longueur des cheveux est si importante ? Â»

Tess haussa les Ã©paules. Â« On m'a souvent accusÃ©e d'Ãªtre une obsÃ©dÃ©e du rÃ¨glement. D'Ãªtre un despote. Peut-Ãªtre ont-ils raison. Je crois en la discipline. Â»

Jake leva son verre : Â« Alors, Ã  la discipline. Â»

Le garÃ§on arriva et Tess accepta de laisser Jake passer commande de leur repas. Son compagnon s'y livra avec l'assurance d'un gourmet accompli. Il parcourut rapidement le menu puis dÃ©clara : Â« PÃ¢tÃ© de campagne, croustilles de prunes au bacon, Saint-Jacques Ã  la ProvenÃ§ale, confit de canard Ã  la marinade de raisins Ã©picÃ©s, travers de porc aux olives et aux herbes et crÃªpes Suzette au dessert. Et puis, mettez-nous une bonne bouteille de Sancerre avec. Â»

Alors qu'il passait la commande, elle l'Ã©valua du regard, se demandant Ã  quel prix Jake avait acquis une telle musculature. Pas qu'il Ã©tait Ã©norme, mais sa musculature dÃ©veloppÃ©e et sculptÃ©e Ã©tait sans aucun doute le fruit d'un entraÃ®nement professionnel poussÃ©.

Un officier entra dans la salle Ã  manger et, reconnaissant le beau couple, s'approcha de leur table avec un grand sourire. Â« Quelle chance, mes deux personnes prÃ©fÃ©rÃ©es ! Â»

Le commandant Dan Gardner Ã©tait le meilleur ami et collÃ¨gue de Jake ainsi qu'un bon ami du pÃ¨re de Tess. Il Ã©tait aujourd'hui le chef hiÃ©rarchique de Tess.

Jake et Tess l'accueillirent chaleureusement et lui offrirent de se joindre Ã  eux. Â« Avec plaisir, Â» dÃ©clara le commandant, dÃ©plaÃ§ant une chaise vers leur table.

Un garÃ§on vint et Gardner lui fit part de sa commande.

Â« Alors, prÃªts pour les festivitÃ©s qui s'annoncent ? demanda-t-il.

â Aussi prÃªts qu'on puisse l'Ãªtre, Â» rÃ©pondit Jake.

Gardner approuva. Â« Cette fois-ci, tous les coups sont permis. Nous allons jusqu'Ã  Bagdad inviter Saddam Ã  rÃ©sider dans une jolie petite prison. Il est fait comme un rat.

â Vous croyez qu'on va pouvoir les trouver, ces ADM ? Demanda Tess. Je crois savoir qu'elles sont dispersÃ©es dans plusieurs caches. Â»

Jake rÃ©pondit. Â« Je ne suis pas certain que la tÃ¢che soit aisÃ©e. Il y a vraiment peu de preuves de leur existence. Les gens de la Commission Surveillance, VÃ©rification et Inspection Ã  l'Organisation des Nations Unies sont allÃ©s jusqu'Ã  dire qu'il reste trÃ¨s peu de telles armes, si tant est qu'il y en ait. Â»

Tess poursuivit. Â« Mais le chef de cette commission n'est-il pas un personnage controversÃ© ? L'administration Bush tente de le discrÃ©diter. Â»

Jake parut mal Ã  l'aise. Â« Quand on traite de sujets si importants, il convient d'observer la situation de tous les points de vue. La Commission de l'ONU a accusÃ© les gouvernements des Ãtats-Unis et de la Grande-Bretagne d'avoir exagÃ©rÃ© la menace que reprÃ©sentent les armes de destruction massive en Irak pour pouvoir justifier la guerre contre le rÃ©gime de Saddam Hussein. Ma tÃ¢che dans ce conflit est d'aider Ã  trouver et neutraliser ce truc, j'ai donc tout intÃ©rÃªt Ã  savoir la part de vÃ©ritÃ© dans cette histoire. Nous ne pouvons nous permettre d'aborder cette situation avec le concept italien de Verita Â».

Â« Qu'entendez-vous par lÃ ? Â» demanda Gardner.

Jake Ã©labora. Â« L'un des gros problÃ¨mes dans la vie politique italienne est cette ambiguÃ¯tÃ© sur leur conception de la vÃ©ritÃ©. Chaque partie a sa propre version de la vÃ©ritÃ©, qui sert chacune de leur propre position et leurs intÃ©rÃªts, et ils ont une tendance Ã  l'intransigeance, mÃªme confrontÃ©s Ã  des faits irrÃ©futables. Cela rÃ©sulte en un blocage chronique de la situation. Dans notre cas, nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir plusieurs versions de la rÃ©alitÃ©. Nous devons procÃ©der avec prudence et armÃ©s de faits incontestables. Je n'ai pas vu Ã©normÃ©ment de preuves que l'Irak dispose aujourd'hui de nombreuses armes chimiques et biologiques. C'est Ã©tabli qu'ils en avait par le passÃ© mais aujourd'hui il semble que les sanctions portÃ©es contre Saddam au cours de ces derniÃ¨res annÃ©es peuvent l'avoir persuadÃ© de s'en Ãªtre dÃ©barrassÃ©. Il les a probablement expÃ©diÃ©es en Iran.

â Ce qui ouvre une nouvelle boÃ®te de Pandore Â», observa Gardner.

Tess ajouta, Â« J'imagine qu'on aura Ã  s'occuper de Ã§a plus tard. Â»

Jake acquiesÃ§a. Â« Vous avez probablement raison. Â»

Puis la discussion passa vers des sujets plus lÃ©gers jusqu'Ã  la fin du dÃ®ner. Ils Ã©taient tout Ã  fait conscients que les jours qui suivaient seraient un vÃ©ritable enfer et qu'ils n'avaient pas encore idÃ©e de ce qu'ils allaient affronter.

Puis Dan Gardner s'excusa et rappela Ã  Tess le briefing du lendemain matin en prÃ©paration Ã  la premiÃ¨re opÃ©ration de l'escadron.

Jake et Tess prirent l'ascenseur et se dirigÃ¨rent vers leurs chambres. Ils n'avaient pas vraiment envie de mettre fin Ã  la soirÃ©e mais pensaient qu'il valait mieux prendre un peu de repos avant ce qui les attendait le lendemain. Jake souhaita Ã  Tess une bonne soirÃ©e, puis rajouta : Â« Faites attention Ã  vous. Je garderai un Åil sur vous. Â»

Â« Bonne chance Ã  vous, Â» lui rÃ©pondit Tess.


4 - Du Sang et des Tripes

Jake Ã©tait un Ã©lÃ©ment de la Division des ActivitÃ©s SpÃ©ciales (DAS) de la CIA, une Ã©quipe composÃ©e d'officiers d'opÃ©rations paramilitaires et de soldats des Forces SpÃ©ciales. Ce groupe avait pÃ©nÃ©trÃ© en Irak en juillet 2002, avant l'invasion principale. Une fois sur le terrain, ils avaient prÃ©parÃ© l'arrivÃ©e des Forces SpÃ©ciales de l'armÃ©e amÃ©ricaine pour organiser les Peshmergas kurdes.

Sa capacitÃ© Ã  parler l'arabe avait mis Jake en charge de coordonner les combattants locaux. Dans le Kurdistan irakien, l'Ã©quipe alliÃ©e avait vaincu Ansar al-Islam, un groupe ayant des liens avec Al-QaÃ¯da. Cette bataille avait Ã©galement conduit Ã  la saisie d'une installation d'armes chimiques Ã  Sargat ; ce fut la seule installation identifiÃ©e durant la guerre d'Irak.

Lâinvasion de lâIrak proprement dite commenÃ§a par des frappes aÃ©riennes sur le palais prÃ©sidentiel Ã  Bagdad le 19 mars 2003. Le jour suivant, les forces de la coalition, principalement britanniques, ont menÃ© une incursion dans la province de Bassora Ã  partir de leur point de rassemblement proche de la frontiÃ¨re irako-koweÃ¯tienne.

Une fois le combat commencÃ©, Jake ainsi que d'autres officiers opÃ©rations de la DAS avaient rÃ©ussi Ã  convaincre des hauts gradÃ©s de l'armÃ©e irakienne Ã  la reddition de leurs unitÃ©s. Les Ã©quipes de la DAS travaillaient Ã©galement Ã  l'arriÃ¨re des lignes ennemies Ã  identifier des cibles de grande importance et Ã  relayer l'information aux unitÃ©s de combat qui menaient les frappes aÃ©riennes contre le rÃ©gime de Saddam Hussein et de ses gÃ©nÃ©raux. Les frappes n'avaient pas rÃ©ussi Ã  tuer Hussein mais l'avaient, dans les faits, mis hors d'Ã©tat de commander et de contrÃ´ler ses forces.

Alors que les combats faisaient rage, les hÃ©licoptÃ¨res Apache de l'unitÃ© menÃ©e par Tess conduisirent de nombreux assauts contre les dÃ©fenses irakiennes jusqu'Ã  Ã©puisement des munitions et du carburant.

Les combats Ã©taient intenses. Contrairement Ã  la grande majoritÃ© de l'armÃ©e irakienne, les unitÃ©s de la Garde RÃ©publicaine opposaient une rÃ©sistance acharnÃ©e. Sous le feu nourri du combat, huit des Apaches furent endommagÃ©s et retournÃ¨rent Ã  la base. Les Ã©quipes de rÃ©paration ont dÃ» extirper des RPG non explosÃ©s de l'enveloppe des hÃ©licoptÃ¨res. De nombreux pilotes avaient Ã©tÃ© blessÃ©s.

Le commandant Gardner avait rÃ©ussi Ã  rÃ©cupÃ©rer un Marine blessÃ©, mais le rotor de queue de son hÃ©licoptÃ¨re avait Ã©tÃ© frappÃ© par une roquette. Dan avait tentÃ© de maÃ®triser lâappareil mais celui-ci Ã©tait entrÃ© en vrille et percuta violemment le sol. Le bloc moteur fut propulsÃ© dans le fuselage, tuant sur le coup l'Ã©quipe mÃ©dicale Ã  bord composÃ©e de quatre hommes.

Tess et son Ã©quipe se posÃ¨rent prÃ¨s du Black Hawk en dÃ©tresse. Un deuxiÃ¨me hÃ©licoptÃ¨re se maintenait au-dessus d'eux en cas d'assistance. Tess entra immÃ©diatement en action. Â« Prenez les commandes Â», dit-elle Ã  son copilote. Une fois au sol, elle sauta et s'Ã©lanÃ§a avec quelques membres de son Ã©quipage vers l'hÃ©licoptÃ¨re en fumÃ©e. Ils atteignirent l'appareil endommagÃ© et tentÃ¨rent de dÃ©gager les victimes.

Sarge dÃ©clara : Â« Les pilotes sont bloquÃ©s dans leurs siÃ¨ges et le cockpit est en feu. Ils semblent avoir perdu connaissance. Â»

Les sauveteurs attrapÃ¨rent des extincteurs de leur propre Black Hawk et essayÃ¨rent d'Ã©teindre l'incendie. Le carburant fuyait de partout, les fusÃ©es de riposte utilisÃ©es en dÃ©fense commenÃ§aient Ã  exploser.

Tess et Sarge rÃ©ussirent Ã  extraire les deux pilotes inconscients juste avant que les grenades anti-blindage qui se trouvaient Ã  bord n'explosent Ã  leur tour. Tess et ses hommes se baissÃ¨rent alors que Sarge dÃ©couvrit l'artilleur pendant hors de la porte de l'appareil. Le soldat blessÃ© Ã©tait conscient et en pleine dÃ©tresse. Il rÃ©ussit Ã  dire calmement : Â« Mes bottes et mon harnais m'empÃªchent de bouger ; mes pieds sont en feu. Â»

Sarge rampa dans le fuselage en feu pour extraire le soldat gravement brÃ»lÃ©, puis coupa ses bottes pour le libÃ©rer. L'artilleur Ã©tait un grand gaillard. Ils durent s'y mettre Ã  cinq pour le sortir de l'hÃ©licoptÃ¨re.

Au milieu du chaos, le jeune infirmier spÃ©cialisÃ© Dario Moretti vit que Dan Gardner avait subi une blessure grave Ã  la tÃªte et avait du mal Ã  respirer. Â« Il ne survivra pas. Il ne peut pas respirer. Â»

Tess courut vers Dan qui se trouvait allongÃ© face contre le sol. Â« Faites quelque chose, Moretti ! Â»

Le toubib fouilla dans son sac et en sortit un scalpel. Â« Je vais tenter une trachÃ©otomie d'urgence, Commandant. Â» Un autre toubib se prÃ©cipita pour l'aider. Ils procÃ©dÃ¨rent rapidement Ã  l'intervention dans un enfer surrÃ©aliste de feu, de fumÃ©e et dâexplosions.

Alors qu'ils transportaient l'homme blessÃ© vers l'hÃ©licoptÃ¨re pour le ramener Ã  la base, une douzaine d'Irakiens venant de trois directions diffÃ©rentes approchaient en courant. Tess se rendit rapidement compte que son Ã©quipage ne pouvait se sortir de lÃ . Elle fit signe Ã  son copilote de dÃ©coller sans eux, mais une rafale de mitrailleuse endommagea le moteur de l'hÃ©lico. Ã court d'options, Tess ordonna Ã  l'Ã©quipage de se rendre. Â« Levez vos mains en l'air ; ne leur donnez pas une excuse pour tirer Â», commanda-t-elle. Les hommes voulaient rÃ©sister mais Tess vit que Ã§a ne les amÃ¨nerait qu'Ã  se faire tuer. Elle rÃ©pÃ©ta son ordre.


5 - Capture

Les soldats irakiens firent cercle autour de lâÃ©quipage.

Les hommes Ã  bord de l'autre hÃ©lico au-dessus d'eux voyaient ce qui se passait mais ils Ã©taient Ã  court de carburant et de munitions. Ils prirent la dÃ©cision de ne pas intervenir et s'envolÃ¨rent pour la base pour monter une opÃ©ration de sauvetage.

Les Irakiens hurlaient et dirigÃ¨rent l'Ã©quipage sans mÃ©nagement vers un grand bÃ¢timent. Ils mirent les blessÃ©s Ã  bord d'un vÃ©hicule. Puis ils se mirent Ã  rouer les soldats de coups pour qu'ils avancent. Sarge frappa violemment l'un de ses ravisseurs, qui tomba Ã  terre. Les soldats Irakiens se ruÃ¨rent sur lui et lui assÃ©nÃ¨rent de multiples coups de crosse de leurs fusils.

Le sergent irakien en charge cria Ã  ses hommes. Â« ArrÃªtez de battre les AmÃ©ricains. C'est le gÃ©nÃ©ral qui dÃ©cidera que faire d'eux. Â»

Le groupe courut Ã  travers la fumÃ©e, la poussiÃ¨re et les explosions, en esquivant des chars et des vÃ©hicules en feu jusqu'Ã  ce qu'ils atteignirent une grande propriÃ©tÃ© dominÃ©e par une grande maison.

Les Irakiens poussÃ¨rent les prisonniers vers un groupe de bÃ¢timents et conduisirent le vÃ©hicule transportant les blessÃ©s vers une petite infirmerie. Le Caporal Moretti, infirmier, les convainquit qu'il devait rester avec le blessÃ©. Les ravisseurs emmenÃ¨rent le reste des prisonniers vers un bÃ¢timent dont les fenÃªtres Ã©taient munies de barreaux, apparemment une sorte de prison, et les jetÃ¨rent sans mÃ©nagement dans une grande cellule. Ils y finirent tous, Ã  lâexception de Tess.

Deux soldats s'emparÃ¨rent d'elle et la tinrent Ã  l'Ã©cart du reste du groupe de captifs. Ses hommes tentÃ¨rent de s'y opposer mais furent frappÃ©s de coups de crosse et finirent enfermÃ©s dans la cellule.

Tess, les mains liÃ©es dans le dos, fut emmenÃ©e sans mÃ©nagement vers un grand bÃ¢timent. Essayant de rester vigilante, Tess remarqua que l'endroit semblait Ãªtre une ancienne rÃ©sidence comme l'attestaient les arches en forme d'ogive Ã  l'entrÃ©e ainsi que sur les fenÃªtres des premier et deuxiÃ¨me niveaux.

L'intÃ©rieur Ã©tait spacieux, le mobilier Ã©lÃ©gant. De grands tapis avaient Ã©tÃ© roulÃ©s contre les murs. Tess supposa qu'ils avaient Ã©tÃ© mis de cÃ´tÃ© pour les prÃ©server du chaos Ã  l'extÃ©rieur.

Les soldats irakiens jetÃ¨rent Tess Ã  travers une Ã©norme porte ouverte. Ils l'avaient poussÃ©e si fort qu'elle trÃ©bucha. D'instinct, elle regarda autour d'elle pour Ã©valuer les lieux. Elle avait appris Ã§a Ã  l'entraÃ®nement de survie. Sache oÃ¹ tu es. RepÃ¨re le danger. Trouve les issues. Ãvalue la situation. Elle se trouvait dans une vaste salle, dÃ©corÃ©e et haute de plafond, qui pourrait se trouver dans un manoir en Europe, la galerie d'ancÃªtres accrochÃ©e au mur en moins. Un haut-gradÃ© de l'armÃ©e irakienne Ã©tait assis Ã  un bureau, rÃ©digeant des notes, stylo en main.

Les soldats jetÃ¨rent Tess au sol et semblaient prÃªts Ã  poursuivre le mauvais traitement.

Â« Que faites-vous, bande d'idiots ! ArrÃªtez les brutalitÃ©s Â», dit l'officier en arabe. Â« Laissez la ici et disparaissez ! Â» Les soldats s'effacÃ¨rent obsÃ©quieusement et refermÃ¨rent la porte derriÃ¨re eux.

Â« S'il vous plaÃ®t, approchez. Â»

Tess ne voyait d'autre choix que d'obtempÃ©rer. Son instinct aiguisÃ© de soldat lui dit que rÃ©sister ne ferait qu'empirer les choses.

Elle se releva avec hÃ©sitation et s'avanÃ§a vers le bureau avec autant d'assurance qu'elle Ã©tait capable de dÃ©montrer. L'officier ne la regardait pas, se donnant l'air occupÃ© et signant des documents. Une fois Ã  quelques pas du bureau, il lui signifia de s'arrÃªter d'un geste du bras, paume vers l'extÃ©rieur. Elle obtempÃ©ra, se tenant au garde-Ã -vous. D'aprÃ¨s l'insigne sur son Ã©paule, l'officier Ã©tait un gÃ©nÃ©ral de la Garde RÃ©publicaine. Il continuait de traiter ses documents, les signant avec un manque dÃ©libÃ©rÃ© de hÃ¢te et ignorant la jeune femme qui se tenait devant lui, dÃ©coiffÃ©e, en sang et manifestement Ã©puisÃ©e.

AprÃ¨s quelques minutes, il leva la tÃªte. Â« Je suis le GÃ©nÃ©ral Amir Alkan al-Saadi. Â» Jetant un Åil sur le nom Ã©pinglÃ© sur son uniforme sali, il rajouta nonchalamment : Â« Et vous Ãªtes le Commandant Turner de l'armÃ©e amÃ©ricaine, je vois. Â» Il se leva et contourna le bureau, se maintenant toutefois Ã  distance. Â« Et quel est votre prÃ©nom ?

â Je suis le Commandant Morgan Theresa Turner, ArmÃ©e des Ãtats-Unis, monsieur Â», rÃ©pondit-elle, espÃ©rant que sa voix dÃ©gageÃ¢t plus d'assurance qu'elle n'en avait vraiment.

Le GÃ©nÃ©ral sembla perplexe. Â« Votre pÃ¨re ne vous aime sans doute pas. Il vous a donnÃ© un nom Ã©trange. Ou peut-Ãªtre aurait-il prÃ©fÃ©rÃ© un fils, non ? Â»

Tess se sentit perdre son calme mais elle se contrÃ´la et rÃ©cita la phrase standard Ã  propos des droits et devoirs de la Convention de GenÃ¨ve.

Â« J'espÃ¨re que nous aurons des conversations plus intÃ©ressantes Â», dit le gÃ©nÃ©ral. Â« Je suis au fait du Droit International de la Guerre, passons donc ces formalitÃ©s. Â» Il parlait un anglais parfait, avec un accent britannique. Tess savait qu'elle avait besoin de temps pour rÃ©flÃ©chir et trouver un moyen de sortir de ce guÃªpier. Elle fit appel Ã  son entraÃ®nement. Ãvalue l'ennemi, trouve ses faiblesses.

Le gÃ©nÃ©ral, Ã©lÃ©gant, semblant trÃ¨s sÃ»r de lui et portant une moustache impeccablement entretenue, semblait Ãªtre en trÃ¨s bonne forme pour un quinquagÃ©naire, contrairement Ã  beaucoup de ses homologues. Ses yeux noirs perÃ§ants Ã©taient rivÃ©s sur Tess.

Â« Commandant, vous semblez avoir besoin d'un bain et de vÃªtements propres, et peut-Ãªtre quelque chose Ã  manger. Non ? Â» Le gÃ©nÃ©ral semblait afficher une sollicitude sincÃ¨re.

Â« Monsieur, je voudrais qu'on porte d'abord assistance Ã  mes hommes. Et trois d'entre eux sont blessÃ©s et ont besoin de soins mÃ©dicaux. Â» L'Irakien leva les sourcils.

Â« Vos hommes, vous avez dit. Vous Ã©coutent-ils ? ReÃ§oivent-ils leurs ordres dâune femme ? Â»

Tess se forÃ§a Ã  rester calme. Â« GÃ©nÃ©ral, vous semblez avoir reÃ§u une instruction occidentale. Vous devriez savoir que les forces de la Coalition acceptent les femmes comme soldats et officiers.

â Ah oui ! Je pensais qu'ils utilisaient les femmes en tant que secrÃ©taires et cuisiniÃ¨res, pas comme pilotes d'hÃ©licoptÃ¨re ou commandants. Peu importe. En fait, je voudrais en savoir plus sur les femmes guerriÃ¨res. C'est un concept fascinant. Nous allons aborder la question dâune maniÃ¨re civilisÃ©e. Veuillez vous joindre Ã  moi pour le dÃ®ner aprÃ¨s vous Ãªtre rafraÃ®chie, comme ils disent. Â» Tess voyait les problÃ¨mes se profiler.

Â« GÃ©nÃ©ral, en tout respect, je tiens Ã  prendre soin de mes hommes en premier. Â»

Pour la premiÃ¨re fois, le GÃ©nÃ©ral al-Saadi montra de l'agacement. Â« On prendra soin de vos hommes aprÃ¨s leur interrogatoire. Â» Au mÃªme moment, l'un des hommes de main apparut et chuchota quelque chose Ã  l'oreille du gÃ©nÃ©ral. L'officier se dirigea vers le bureau, saisit une petite cloche et l'agita briÃ¨vement. ImmÃ©diatement, une femme attirante apparut, vÃªtue Ã  l'occidentale d'une longue robe de couleur sombre. Â« Veillez Ã  ce que le commandant ait accÃ¨s Ã  un bain et des vÃªtements. Dites au cuisinier que je veux un dÃ®ner pour deux. Â» Le gÃ©nÃ©ral retourna Ã  ses papiers sur le bureau, signifiant avec dÃ©dain d'un geste de la main qu'il en avait fini avec tout le monde autour de lui.

La femme guida doucement Tess vers une porte latÃ©rale de l'immense salle. Â« Suivez-moi, s'il vous plaÃ®t. Â» Tess poussa un souffle qu'elle n'avait pas eu conscience d'avoir retenu. Elle n'avait pas entendu ce que le laquais avait dit au gÃ©nÃ©ral pour que celui-ci souhaitÃ¢t Ãªtre seul, mais elle espÃ©rait trouver un moyen de gagner un peu de temps. La femme l'emmena Ã  une luxueuse chambre Ã  coucher. Â« Je vous ai prÃ©parÃ© un bain, Â» lui faisant signe vers un endroit devant et sur la gauche. Tess, ressentant maintenant les effets de l'Ã©preuve, courut vers les toilettes et se sentit mal.

'Tess, rÃ©flÃ©chis' se dit-elle Ã  elle-mÃªme. Toutes ces annÃ©es d'entraÃ®nement et de prÃ©paration devaient bien enfin servir Ã  quelque chose.

La femme rÃ©apparut avec plusieurs serviettes de bain dans ses bras. Au dehors de la fenÃªtre, Tess pouvait entendre des quolibets grivois des membres de la garde.

Â« Chut, je suis Kejal Malek. Nous ne devons pas faire de bruit. Â» Son anglais n'Ã©tait que lÃ©gÃ¨rement teintÃ© d'accent.

Â« Vous parlez anglais ? OÃ¹ est-ce que je me trouve ? Qui Ãªtes-vous ? Je suis le Commandant Tess...

â Je sais qui vous Ãªtes, Commandant. Je ne suis pas votre ennemie ; je veux vous aider. Â» Kejal commenÃ§a Ã  retirer l'uniforme sale de Tess. Tess Ã©tait si fatiguÃ©e quâelle ne rÃ©sista pas. Une fois dÃ©shabillÃ©e, elle se dirigea vers une grande baignoire encastrÃ©e, carrelÃ©e de dessins gÃ©omÃ©triques, puis se laissa lentement glisser dans l'eau brÃ»lante. Le plaisir de ce bain Ã©tait presque inconcevable. Elle s'efforÃ§a de ne pas se laisser aller, de penser Ã  ses hommes qui Ã©taient loin de vivre un tel luxe. Encore mÃ©fiante de cette femme qui s'occupait d'elle, elle essaya de se renseigner le mieux possible sur l'endroit oÃ¹ elle se trouvait.

Â« Comment avez-vous appris l'anglais ? J'aurais pu vous prendre pour un interrogateur mais il est rare que ces porcs donnent un rÃ´le si important Ã  une femme.

â Vous avez raison ; ce sont des porcs. Je suis Kurde. Le gÃ©nÃ©ral m'a amenÃ©e ici il y a cinq ans aprÃ¨s que ses soldats aient tuÃ© mon mari et mes enfants Ã  l'arme chimique. Ne pensez pas un seul instant quâils soient autre chose que des assassins. Ils abuseront de vous et si vous avez de la chance, ils vous tueront. Si vous Ãªtes moins chanceuse, ils vous laisseront vivre. Â» Ce que Tess lut dans son regard lui indiqua que rester en vie n'avait pas Ã©tÃ© une aubaine pour cette femme.

Kejal quitta la salle de bain, laissant Ã  Tess un peu d'intimitÃ©. Sur les bords de la baignoire, divers articles de toilette coÃ»teux avaient Ã©tÃ© disposÃ©s pour elle. Elle s'en servit immÃ©diatement, surtout du shampoing et du gel douche. 'C'est si Ã©trange. Le monde est en flammes, je suis prisonniÃ¨re et me voilÃ  en train de profiter d'un bain chaud.â Elle voulait tant s'attarder et se prÃ©lasser dans l'eau chaude mais se hÃ¢ta de finir, prise d'un sentiment d'effroi et de culpabilitÃ©.

Elle se leva, et la femme apparut presque instantanÃ©ment, l'enveloppant d'une grande serviette moelleuse. Au moins, observa Tess, ce n'est pas tout le monde qui est pauvre et grossier dans ce pays. Quelqu'un dans cette maison affectionne les produits de qualitÃ©.

Â« Vous devez vous reposer Â», suggÃ©ra sa gardienne. Â« J'ai apportÃ© quelques robes, choisissez-en une. Vous trouverez d'excellents produits cosmÃ©tiques sur le haut de la commode. Appelez-moi quand vous serez prÃªte. Â»

Tess inspecta rapidement la luxueuse chambre Ã  coucher qui apparemment appartenait Ã  une riche dame. 'Je me demande qui et oÃ¹ elle est,' murmura-t-elle pour elle-mÃªme. Probablement la femme du gÃ©nÃ©ral.

Elle choisit des sous-vÃªtements de l'une des commodes, enfila un doux et moelleux peignoir de coton, et poursuivit son inspection. En dÃ©pit du luxe, câÃ©tait un endroit hautement sÃ©curisÃ©. Il n'y avait qu'une seule sortie, gardÃ©e par au moins deux soldats. Toutes les fenÃªtres avaient des barreaux ornementaux. 'DÃ©solÃ©e de le dire mais je suis coincÃ©e,' conclut-elle.

Trois robes du soir de haute couture, vraisemblablement franÃ§aise, Ã©taient suspendues. Elles semblaient conÃ§ues pour mettre en valeur le corps de celle qui les porterait. Elles Ã©taient Ã  la fois splendides et effrayantes. Une guerre fait rage Ã  l'extÃ©rieur et je dois porter une robe de soirÃ©e. Mon Dieu, quelle est cette folie ?

Son Ã©nergie dÃ©clinait rapidement ; elle mordit avidement dans une pomme qu'elle prit dans un panier de fruits. Elle se sentit un peu mieux aprÃ¨s quelques minutes ; rien de tel que du fructose pour vous requinquer. Ne voyant aucun moyen de sortir, elle prit le conseil de Kejal et s'allongea sur l'un des somptueux canapÃ©s. Elle ferma les yeux et aurait bien aimÃ© dormir un peu, mais elle n'osa pas. MalgrÃ© tout et contre son grÃ©, l'Ã©puisement l'emporta et elle s'assoupit.

Kejal la rÃ©veilla doucement. Tess sauta sur ses pieds, se mettant par rÃ©flexe en position de dÃ©fense.

Â« Tout va bien ! C'est moi. Â» La femme avait levÃ© les bras pour se protÃ©ger de possibles coups. Tess se rendit compte qu'elle s'Ã©tait endormie.

Â« Je suis dÃ©solÃ©e, Kejal, j'Ã©tais dans un sommeil profond. Â»

La femme se dÃ©tendit. Â« Vous devez vous habiller maintenant. Laquelle de ces robes choisissez-vous ? Â» Tess rÃ©alisa soudain l'ironie de sa situation. 'AprÃ¨s tout ce que j'ai fait pour devenir un officier de l'armÃ©e, j'en suis rÃ©duite Ã  faire la bimbo pour un pervers. Tout va pour le mieux, ma petite !'

Kejal lui intima Ã  nouveau de se dÃ©pÃªcher. Â« Sâil vous plaÃ®t, choisissez une robe. Le gÃ©nÃ©ral n'aime pas qu'on le fasse attendre ! Â»

Tess lanÃ§a un regard furieux. Â« Je ne moque complÃ¨tement de ce qu'il aime ! Â»

Son hÃ´tesse ne baissa pas les bras. Â« Ne soyez pas stupide ! Si vous le mettez en colÃ¨re, il vous tuera vous et vos hommes. Choisissez une robe ! Â»

Tess s'assit, agrippant sa tÃªte quâelle sentait sur le point dâexploser. Elle avait besoin de temps pour rÃ©flÃ©chir. Elle avait besoin de retrouver un semblant de contrÃ´le. 'Bon, je dois me plier Ã  ce jeu jusqu'Ã  ce que je trouve un plan,' se murmura-t-elle Ã  elle-mÃªme. Elle se leva, inspecta les robes et en choisit une, une superbe robe rouge bordeaux et crÃ¨me avec des chaussures assorties. Incroyable, tout est Ã  ma taille, remarqua-t-elle. Elle se regarda dans un grand miroir. Ses seins Ã©taient magnifiquement mis en valeur par le profond dÃ©colletÃ©.

Â« Vous Ãªtes splendide, Commandant. Faites juste ce que le gÃ©nÃ©ral veut et vous resterez en vie. Â» Admonesta Kejal.

Tess regarda cette belle femme Ã©maciÃ©e. Â« C'est apparemment ce que vous avez fait, mais Ã§a ne vous a pas fait que du bien. Â»

Kejal la fixa de ses yeux profondÃ©ment tristes. Â« Il garde ma fille de quatre ans en otage dans l'une de ses rÃ©sidences pour me contraindre Ã  le servir. Â»

Tess ferma les yeux. Â« Je suis dÃ©solÃ©e. Je ne voulais pas vous critiquer. Â»

Kejal dÃ©tourna la tÃªte, des larmes dans ses yeux. Â« Ce n'est rien. Ce n'est pas de votre faute. Â»

Tess applique un peu de maquillage. 'Si je dois passer pour une femme vulnÃ©rable, autant avoir l'air jolie.'

Les deux femmes traversÃ¨rent plusieurs piÃ¨ces Ã  travers le somptueux manoir. Contrairement aux palais modernes de Saddam, cette maison Ã©tait ancienne. La dÃ©coration Ã©tait coÃ»teuse et de bon goÃ»t.

Kejal conduit Tess Ã  une grande salle Ã  manger. Deux couverts Ã©taient mis au bout d'une longue table. Â« Je dois vous laisser maintenant, Â» dit-elle.

Tess embrassa la salle du regard. Le maÃ®tre des lieux a clairement Ã©tÃ© influencÃ© par les Britanniques quand il a bÃ¢ti cet endroit, pensa-t-elle. La piÃ¨ce Ã©tait dÃ©corÃ©e de boiseries et de meubles cossus et les fenÃªtres de brocart, lÃ©gÃ¨rement fanÃ©. La piÃ¨ce n'avait rien d'exotique.

Â« Aimez-vous ma maison ? Â» Le gÃ©nÃ©ral Ã©tait soudainement apparu. Il avait troquÃ© son uniforme pour un costume magnifiquement taillÃ© sur mesure, Savile Row fort probablement.

Tess dÃ©cidÃ© de se prÃªter au jeu. Â« Câest une belle maison, dÃ©corÃ©e avec goÃ»t. Est-elle ancienne ? Â»

Le gÃ©nÃ©ral sembla content que Tess paraisse intÃ©ressÃ©e. Â« PrÃ¨s de cent cinquante ans. C'est mon arriÃ¨re grand-pÃ¨re qui l'a construite. Il a passÃ© la plus grande partie de son temps Ã  lâÃ©tranger. Il Ã©tait un diplomate de l'Empire Ottoman puis il a poursuivi Ã  un poste similaire aprÃ¨s qu'un gÃ©nÃ©ral britannique ait tirÃ© un trait sur une carte et crÃ©Ã© l'Irak en 1922. Il a vÃ©cu longtemps en Angleterre. Il a beaucoup aimÃ© ; un pays trÃ¨s civilisÃ©, avec de claires distinctions de classes. Pas de confusion. Â»

Tess dÃ©cida de taire son opinion sur le systÃ¨me de classes pour le moment. Â« TrÃ¨s intÃ©ressant Â», dit-elle sans grande conviction.

Le gÃ©nÃ©ral se rendit vers une armoire sculptÃ©e et en ouvrit une porte, rÃ©vÃ©lant un bar bien approvisionnÃ©. Â« Voudriez-vous un cocktail ? Â» il demanda avec sollicitude.

Tess Ã©tait surprise. Â« Les Musulmans ne sont-ils pas interdits d'alcool ?

â Certains d'entre nous observent une certaine flexibilitÃ©. Â»

'J'aurais bien besoin d'un verre,' pensa Tess, 'mais je ferais mieux de m'en abstenir. Je suis la mouche et lâaraignÃ©e me tisse la toile...'

Â« Non. Merci, GÃ©nÃ©ral. Je suis fatiguÃ©e. Â» 'Je n'arrive pas Ã  croire que je suis en train de dire merci Ã  cet homme,' pensa-t-elle.

Â« Amir, je vous prie. Appelez-moi Amir, Â» offrit-il.

'Je ne peux pas faire Ã§a,' pensa Tess. Â« GÃ©nÃ©ral, je suis un prisonnier de guerre. Je m'en tiendrai au protocole. Je vous respecterai et j'attendrai le mÃªme traitement de votre part. Â»

Le gÃ©nÃ©ral offrit un sourire oblique. Â« Bien sÃ»r, mais que cela ne nous empÃªche pas d'apprÃ©cier ce dÃ®ner, d'accord ? Â» Tess prÃ©fÃ©ra garder le silence.

Â« Je n'aime pas boire seul, je vous verse un verre de vin blanc lÃ©ger, Ã  moins que vous ne prÃ©fÃ©riez un apÃ©ritif ? Â» Amir ouvrit cÃ©rÃ©monieusement les bras vers les bouteilles de l'armoire, comme s'il prÃ©sentait un cadeau. Tess vit qu'il ne se dÃ©couragerait pas et accepta le verre de vin.

Amir l'invita Ã  prendre place sur un canapÃ© pendant qu'il lui versait un verre. Â« Les vÃªtements de ma jeune sÅur vous vont Ã  merveille. Elle vous ressemble beaucoup ; trÃ¨s belle. Elle a de grands yeux noirs, les vÃ´tres sont verts. Et une longue chevelure noire luxuriante alors que vous Ãªtes blonde ; un vrai crime de les porter si courts. Mais peu importe. Je sais apprÃ©cier la beautÃ© fÃ©minine sous toutes ses formes. Â»

Tess prit une gorgÃ©e du verre, Ã©ludant le compliment. C'Ã©tait un excellent Sauvignon blanc. Lâhomme avait du goÃ»t. Le gÃ©nÃ©ral s'approcha. Â« Commandant, puis-je vous appeler Tess ? Â»

'Comment diable savait-il que les gens m'appellent Tess?' Ses ravisseurs avaient du entendre ses hommes utiliser son nom.

Â« Ma sÅur n'a jamais aimÃ© vivre ici. Elle avait l'impression d'Ã©touffer. Peut-Ãªtre corrompue par son Ã©ducation suivie en Suisse.

â Corrompue ?

â Le terme est peut-Ãªtre un peu fort. Le gÃ©nÃ©ral eut un lÃ©ger sourire. Peut-Ãªtre suis-je personnellement responsable d'avoir encouragÃ© une Ã©ducation occidentale. Elle est, aprÃ¨s tout, issue d'une grande famille et deviendra une grande dame. TrÃ¨s utile lorsque viendra le temps de former une alliance avec une autre grande famille. Presque machinalement, il ajouta : J'ai Ã©tÃ© Ã  la tÃªte de la tribu depuis la mort de mon pÃ¨re, j'ai beaucoup de responsabilitÃ©s. Encore une fois, Tess dÃ©cida de garder ses vues sur les dynasties et les mariages arrangÃ©s pour elle.

â Quâen est-il de votre femme ? demanda-t-elle.

â Elle est Ã  Paris avec ma sÅur. J'ai pensÃ© qu'elles feraient mieux d'y attendre la fin de la guerre. Au cas oÃ¹ vous vous posez des questions, ma femme n'est rien pour moi. Nous nous sommes rencontrÃ©s le jour de notre mariage et n'avons jamais portÃ© beaucoup d'affection l'un pour l'autre. Â»

'Je vois oÃ¹ cela va mener,' pensa Tess.

Â« C'est triste de vivre sans quelqu'un Ã  aimer, et c'est pourtant ce que vous rÃ©servez Ã  votre sÅur. Â»

Amir sâassit en face d'elle, les yeux rivÃ©s sur la peau laiteuse de la poitrine de Tess.

Â« Nous sommes une famille distinguÃ©e. Nous nous devons de maintenir notre rang dans la sociÃ©tÃ©. Et devons faire quelques sacrifices quand c'est nÃ©cessaire. Â» AprÃ¨s une brÃ¨ve pause : Â« Cela n'a pas d'importance, ce n'est pas la compagnie qui me manque. Jâai des maÃ®tresses splendides en Europe, en particulier Ã  Londres. Les dames savent apprÃ©cier les vrais hommes qui peuvent se permettre de les traiter comme des reines. Â» Tess commenÃ§ait Ã  se voir comme l'hÃ©roÃ¯ne des Perils of Pauline, ligotÃ©e aux rails et attendant le train qui lui roulerait dessus. Nous y voilÃ  !

Amir fixait la beautÃ© splendide de ses yeux. Il avait peine Ã  concevoir qu'une telle crÃ©ature pilote des avions et aille au champ de bataille, ou que des soldats, des hommes, puissent se soumettre Ã  ce commandant qui devait certainement mieux servir ses dirigeants dans un lit. Il avait du mal Ã  contrÃ´ler son dÃ©sir, Ã  ne pas se saisir d'elle de force, ici et maintenant. Â« Aucune de mes compagnes n'arrive Ã  votre hauteur, Tess. J'aimerais beaucoup jouir de vous et vous donner plus de plaisir que vous ne pouvez en imaginer. Â» Tess sentit son humeur se mettre en Ã©bullition.

Â« GÃ©nÃ©ral, vous Ãªtes un homme charmant mais je ne peux pas Ãªtre une de vos compagnes, ni mÃªme votre seule compagne, en tout Ã©tat de cause. Je suis un officier amÃ©ricain et un prisonnier. Nous sommes au milieu d'une guerre, et ce n'est vraiment pas idÃ©al pour une histoire d'amour. Â» Tess Ã©tait Ã  court d'idÃ©es.

Amir apprÃ©ciait ses tentatives de dÃ©robade. Il aimait qu'elle rÃ©siste. Il n'apprÃ©ciait pas les femmes passives. En parfait prÃ©dateur, il avait goÃ»t pour la chasse. Cela rendait la conquÃªte d'autant plus savoureuse.

Â« Tess, les guerres sont des Ã©vÃ©nements Ã©phÃ©mÃ¨res. Ã l'exception de la guerre lancÃ©e par les AmÃ©ricains en Afghanistan, elles ne durent aujourd'hui guÃ¨re longtemps. Pourquoi Ãªtre ennemis quand nous pouvons Ãªtre amants ? Je suis riche et puissant, et un homme trÃ¨s passionnÃ©. Je peux vous montrer le monde tel que vous ne l'aviez jamais imaginÃ©. Au lieu d'une tente poussiÃ©reuse au milieu de dÃ©sert, vous pourriez vivre dans un chÃ¢teau en France. Vous pourriez avoir votre propre avion Ã  Paris, aller Ã  l'OpÃ©ra Ã  Monte-Carlo avec vue sur votre propre yacht amarrÃ© dans la baie. Â»

Tess se leva. Â« C'est ce que vous avez promis Ã  Kejal ? Â»

Le gÃ©nÃ©ral posa son verre. Â« Elle et sa famille sont des traÃ®tres ! Elle devrait Ãªtre reconnaissante d'Ãªtre encore en vie ! Â»

Tess pointa en direction des appartements de sa sÅur. Â« Elle n'a pas l'air trÃ¨s reconnaissante de l'Ãªtre ! Que lui avez-vous fait ? Â»

Amir lui lanÃ§a un regard glacial. Â« Si elle veut mourir, je peux arranger Ã§a en moins d'une minute. Â»

Tess se tut. Elle savait qu'elle flirtait avec le danger.

Â« Mais revenons Ã  vous, Â» Amir reprit. Â« Pourquoi risquer votre vie pour les ambitions de politiciens vieux et corrompus ? Vous Ãªtes jeune, belle et vous Ãªtes une femme ; pourquoi gÃ¢cher votre vie en tant que soldat, alors que vous pourriez vivre une vie de plaisirs ? Â»

D'un ton cassant, Tess riposta : Â« GÃ©nÃ©ral, parlant de servir des politiciens, n'est-ce pas exactement ce que vous faites ? Vous vous battez pour soutenir un dictateur brutal et un parti corrompu. Et comment envisagez-vous le simple fait que votre nation ne peut gagner une guerre contre les armÃ©es de la Coalition ? Pouvez-vous honnÃªtement dire que vous avez un avenir ? Â» Ouh la, elle regretta presque ses mots. 'Je devrais le laisser parler. Gagner du temps. Sauver mes hommes.'

Amir soupira et prit une gorgÃ©e de vin. Â« Tess, vous n'Ãªtes manifestement pas Ã©tudiante en histoire. Quelles que soient les atrocitÃ©s commises en temps de guerre, seuls quelques-uns des dirigeants paieront pour leurs crimes. Il n'y eut jamais qu'une infime fraction de la population au sommet du pouvoir qui ait Ã©tÃ© appelÃ©e Ã  rendre des comptes. AprÃ¨s la Seconde Guerre Mondiale, les Nazis qui ont Ã©tÃ© pendus Ã©taient si peu nombreux que c'en fut dÃ©risoire comparÃ© aux millions de victimes qu'ils avaient assassinÃ©es. MÃªme au sein de la hiÃ©rarchie Nazie, y compris les pires de la SS et de la Gestapo, beaucoup avaient Ã©tÃ© emprisonnÃ©s mais finalement relÃ¢chÃ©s. Les AlliÃ©s ne pouvaient tout simplement pas les pendre tous. Au Japon, ils ont Ã©pargnÃ© l'Empereur et seuls le GÃ©nÃ©ral Yamashita et quelques officiers, dont la culpabilitÃ© Ã©tait contestable, furent pendus ; la plupart de l'impitoyable hiÃ©rarchie samouraÃ¯ qui avait menÃ© d'innombrables massacres s'en Ã©tait tirÃ©e. Il en ira de mÃªme ici en Irak.

"Mon grand-pÃ¨re Ã©tait trÃ¨s rusÃ©. Il avait compris que pour que la famille survive et prospÃ¨re, elle devait Ãªtre assez proche du rÃ©gime pour lui Ãªtre utile, mais aussi assez Ã©loignÃ©e pour ne pas y Ãªtre associÃ©e. Il avait totalement saisi la nature Ã©phÃ©mÃ¨re du pouvoir et me lâa bien appris. Je parviens Ã  Ãªtre important pour le rÃ©gime mais pas trop important. Â»

Il but un peu de vin. Â« De plus, les circonstances de ce conflit sont inhabituelles. Je suis sÃ»r que vous comprenez que les AmÃ©ricains et les Britanniques essaient naÃ¯vement de gagner les cÅurs et les esprits du peuple irakien, si ce n'est du monde arabe. Ils ne peuvent pas se permettre de punir et d'humilier d'innombrables chefs arabes, quoi que ceux-ci aient fait. AprÃ¨s tout, vous ne venez pas conquÃ©rir mais 'libÃ©rer' l'Irak. Les choses reviendront Ã  la normale trÃ¨s vite ; les politiciens continueront Ã  faire ce qu'ils ont toujours fait, et pour le reste d'entre nous, nous retournerons aux affaires. Â» Tess dut admettre Ã  contrecÅur que l'homme avait marquÃ© un point.

La porte s'ouvrit et un serviteur annonÃ§a en arabe que le dÃ®ner Ã©tait servi. Amir se leva et offrit son bras. Â« Voulez-vous ? Â» Tess permit au gÃ©nÃ©ral de tenir sa chaise alors qu'elle s'asseyait. Prenant sa place Ã  la table, Amir sâexcusa du peu de victuailles prÃ©parÃ©es pour le dÃ®ner. Â« La guerre a entraÃ®nÃ© des pÃ©nuries Â», expliqua-t-il.

Aux yeux de Tess cependant, cela paraissait un vrai festin. Le gÃ©nÃ©ral prit quelques minutes pour prÃ©senter la composition des quelques plats. Cela sonnait comme une vÃ©ritable symphonie de spÃ©cialitÃ©s du Moyen-Orient : agneau, poulet, couscous, divers grains mÃ©langÃ©s Ã  plusieurs sortes de riz et de lÃ©gumes. Tess sentit son estomac rongÃ© par la faim et, en d'autres circonstances, elle se serait jetÃ©e sur la nourriture dans la plus pure tradition GI. Une pensÃ©e pour ses hommes qui croupissaient probablement dans ce sale trou la transperÃ§a de culpabilitÃ©.

Â« GÃ©nÃ©ral, mes hommes ont-ils Ã©tÃ© nourris ? Â»

Amir parut brusquement irritÃ©. Â« On s'occupe d'eux ! Et maintenant, mangez avant de perdre encore plus de poids ! Â» Mais bien sÃ»r, se dit-elle, il me veut douce et grasse comme Gretel dans le conte de fÃ©es.

Ils entamÃ¨rent le repas, un silence de plomb se dressant entre eux telle une barriÃ¨re de bÃ©ton. AprÃ¨s quelques bouchÃ©es, Amir demanda : Â« Tess, resteriez-vous avec moi ? Je quitterais toutes les autres pour vous. Â» Tess dÃ©glutit, prit une gorgÃ©e d'eau et la secoua lÃ©gÃ¨rement la tÃªte.

Â« Non, GÃ©nÃ©ral, je ne le ferai pas. Je ne suis pas Ã  la recherche d'une histoire d'amour et nous avons dÃ©jÃ  abordÃ© les autres questions. Je prÃ©fÃ¨re m'assurer que l'on prenne soin de mes hommes. Si vous m'aidez, je suis certaine que mes supÃ©rieurs seront reconnaissants de votre coopÃ©ration et en tiendront compte lorsque la reconstruction de votre pays commencera. Nous comprenons tout Ã  fait que le rÃ©gime puisse vous avoir contraint Ã  faire des choses peu louables. Vous devez savoir que les forces de la Coalition approchent et que vos troupes n'ont pas une chance. Vous pouvez offrir votre reddition pour leur bien, de mon cÃ´tÃ© je m'engage Ã  ce que vous soyez bien traitÃ©. Â»

Amir fit un geste dÃ©daigneux de la main. Â« En ne luttant pas contre l'envahisseur Ã©tranger sur le sol irakien, vous me demandez de commettre une trahison. Mes soldats mourront si c'est leur seul choix ! Â»

Tess tenta un dernier appel Ã  la raison. Â« GÃ©nÃ©ral, il n'y a aucun honneur Ã  mourir pour une cause perdue. Vous provoquerez juste le massacre de votre propre peuple. Â»

Amir rÃ©pondit avec colÃ¨re : Â« Mon peuple ne compte pas. Ce sont des paysans primitifs et incapables de raisonnement et ils mourront sur place si je leur dis de le faire ! Â» Il se leva, comme pour donner un cours magistral. Â« Ne comprenez-vous donc pas la rÃ©alitÃ© de ce monde ? Â» ajouta-t-il, Â« Seule une poignÃ©e de personnes compte vraiment, le reste n'est lÃ  que pour se soumettre Ã  eux. Vous vous trouvez parmi ces derniers et je vous offre la chance de gravir de l'Ã©chelle et de vivre dans le monde auquel vous appartenez. Vous vivez dans l'illusion que la dÃ©mocratie est la solution Ã  tout problÃ¨me. Vous-Ãªtes vous rendu compte que votre propre pays, les Ãtats-Unis d'AmÃ©rique, est dominÃ© par une ploutocratie, par quelques personnes fortunÃ©es qui accaparent 80% des richesses et ne vous laissent que les miettes ? Pourquoi voulez-vous vous sacrifier pour quelques politiciens, quelques PDG gourmands et corrompus et leur empire ? Â»

Sans Ãªtre statisticienne, Tess Ã©tait consciente du pouvoir et de l'influence qu'exerÃ§ait une certaine classe riche mais elle ne s'en sentait pas victime pour autant. Tout ce qu'elle avait entrepris dans la vie relevait de son libre arbitre, de ses propres dÃ©cisions, et en toute conscience des consÃ©quences de ses actes.

Â« Oui, il y a les nantis et les autres, Â» admit-elle. Â« Pour autant, la majoritÃ© de la population de mon pays vit bien comparÃ© au reste du monde. Dans la plupart des cas, nos Ã©lites le sont devenues au mÃ©rite et non par le nom de leurs familles. Â»

Amir secoua lentement la tÃªte, montrant ainsi son mÃ©pris pour ces idÃ©es aussi simplistes. En mÃªme temps, il prenait plaisir Ã  ses rÃ©ponses pleine d'enthousiasme. Plus elle rÃ©sistait, plus cela l'excitait. Cette magnifique tigresse avait besoin d'Ãªtre domptÃ©e, subjuguÃ©e et savourÃ©e. Il savait Ãªtre lâhomme qui y arriverait.

Â« Tess, nous pouvons discuter Ã  longueur de journÃ©e, et nous ne serons pas d'accord sur tout. Peu importe. Ce qui l'est, c'est mon dÃ©sir pour vous et vous aurez envie de moi une fois que vous me connaÃ®trez. Je vous veux ! Â» Amir s'avanÃ§a vers elle. Tess se leva, recula de quelques pas et s'arma de courage.

Â« Vous ne m'aurez pas, Ã  moins de me violer. Et si vous le faites, alors vous n'Ãªtes pas un homme ! Â»

Amir se mit Ã  rire. Â« Vous violer ? Non, je ne ferai pas Ã§a. Les femmes viennent Ã  moi ! Les femmes veulent de moi ! Elles m'offrent leur corps parce qu'elle veulent que je leur donne un plaisir qu'elle n'ont jamais connu auparavant. Je les fais pleurer d'extase. Vous aussi â mais je ne vous violerai pas. C'est vous qui viendrez Ã  moi. C'est la seule faÃ§on dont je vous veux. Â»


6 - Contrainte

Tess regarda Amir avec hostilitÃ©.

Â« Et comment espÃ©rez-vous faire Ã§a ? Je ne suis pas intÃ©ressÃ©e !

â Vous le serez Â», dit-il, menaÃ§ant. Il frappa dans ses mains et l'un de ses officiers entra dans la salle. "Faites entrer le prisonnierâ, ordonna-t-il. Tess paniqua.

Â« Qu'allez-vous faire ? Â» Elle nâeut pas de rÃ©ponse. En quelques minutes, quatre gardes entrÃ¨rent, poussant le Sergent Archie Powell devant eux. Il avait les mains attachÃ©es derriÃ¨re lui. Il rÃ©sistait, frappant les gardes de ses coudes, des pieds et mÃªme de sa tÃªte. Ils le menÃ¨rent jusque sous une corde qui pendait Ã  un crochet au plafond et l'y attachÃ¨rent, les bras dans le dos. Puis ils actionnÃ¨rent une poulie pour l'Ã©lever au-dessus du sol. Archie poussa un juron et cracha sur le plus proche des gardes. Deux d'entre eux le frappÃ¨rent de coups de crosse et il perdit connaissance. HorrifiÃ©e, Tess s'Ã©lanÃ§a vers le sergent mais le gÃ©nÃ©ral l'arrÃªta en la saisissant par les Ã©paules. Il avait une prise d'acier, elle en ressentit de la douleur.

Â« Qui est votre homme, Tess ? Â»

Tess tenta de se libÃ©rer, mais le gÃ©nÃ©ral l'enserra encore plus fort. Il la tenait maintenant tout contre lui et semblait apprÃ©cier. 'Superbe femme', pensa Amir, 'douce Ã  l'extÃ©rieur et ferme au-dedans. Je saurais m'en contenter.'

Tess cria : Â« C'est un soldat, un sergent, respectez-le comme tel. Â» Les hommes se mit Ã  rire.

Â« Un sergent, dites-vous ? Â» Amir remarqua, la tenant toujours devant lui, Â« Ãtes-vous sÃ»re ? Tous les soldats amÃ©ricains sont-ils si lourds ? Â» Les vÃªtements dâArchie Ã©taient en lambeaux et son corps portait les marques dâun passage Ã  tabac.

Â« Sâil vous plaÃ®t, libÃ©rez-le, Â» plaida-t-elle. Â« Il ne reprÃ©sente aucune menace ! Â»

Amir accrut sa douloureuse prise sur les bras et les Ã©paules de Tess. Â« Pourquoi tant d'inquiÃ©tude pour lui ; est-il votre amant ? Â» Tess essaya de se libÃ©rer, sans succÃ¨s.

Â« Non, il n'est pas mon amant! C'est un soldat. LibÃ©rez-le ! Â»

MÃ©content, Amir la lÃ¢cha et fit un signe de tÃªte Ã  l'un des gardes. L'un d'eux s'empara d'un seau d'eau et arrosa Archie de son contenu, le ramenant Ã  lui. Deux d'entre eux tirÃ¨rent violemment sur la poulie et soulevÃ¨rent le sergent du sol. Il hurla. Tess sentit son cÅur bondir.

Â« Amir, Â» l'appelant par son prÃ©nom pour la premiÃ¨re fois, Â« je vous en supplie, s'il vous plaÃ®t ne faites pas Ã§a. Pour votre bien, ne vous mettez pas en danger lorsque les AmÃ©ricains vous trouveront. Ne devenez pas un criminel de guerre ! Â»

Amir sourit. Â« Est-ce de l'inquiÃ©tude pour moi que j'entends, ma belle ? Peut-Ãªtre m'aimez-vous un peu ? Â» Un autre hochement de tÃªte ; un autre tir de corde.

Â« Je vous emmerde ! Â» Le hurlement d'Archie perÃ§a Tess jusqu'au fond de son Ã¢me. Elle se retint de tuer le gÃ©nÃ©ral.

Â« Amir, s'il vous plaÃ®t, je vous le redemande : arrÃªtez ! Je ferai ce que vous voulez ! Â»

Le sergent l'entendit et se mit Ã  gesticuler dans une tentative de se libÃ©rer, en vain. Â« Commandant, ne faites pas Ã§a. Dites-lui d'aller se faire voir ! Je n'ai mÃªme pas mal ! Â»

Un autre hochement de tÃªte du gÃ©nÃ©ral. L'un des gardes s'approcha du prisonnier avec une perceuse Ã©lectrique. Il dÃ©marra l'engin, attrapa Archie par les cheveux pour lui soulever la tÃªte. Il lui montra la perceuse et dit avec un rictus "Made in USA."

Amir s'empara Ã  nouveau de Tess, humant son parfum. Â« Par oÃ¹ allons-nous commencer, ma belle ? Un petit trou dans la cuisse ? Ou peut-Ãªtre dans lâÅil ? Â»

Archie tenta un coup de pied vers ses bourreaux mais Ã©choua. Â« Commandant, ignorez-les ! Quand ils en auront fini avec moi, ils vous tueront ! Â»

Amir, tenant toujours Tess, approcha son visage de sa joue. Elle ne pouvait en supporter plus. Â« GÃ©nÃ©ral, arrÃªtez Ã§a. Je me donnerai Ã  vous si vous le laissez partir. Â»

Amir huma une fois encore le parfum parfum de ses cheveux, puis leva la main, arrÃªtant son gorille d'infliger plus de douleur au sergent. Il lui parla Ã  lâoreille. Â« Ãtes-vous sÃ»re ma beautÃ© ? Vous viendrez Ã  moi de votre plein grÃ© ? Â»

Â« Oui, je le ferai ! , rÃ©pondit-elle avec colÃ¨re.

â SÃ»re ? De vous mÃªme ? Me supplierez-vous de vous prendre ? Â»

Tess Ã©tait dÃ©sespÃ©rÃ©e. Â« Je vous supplierai de me prendre, Â» marmonna-t-elle Ã  travers ses larmes.

Le gÃ©nÃ©ral fit un autre geste en direction ses hommes. Â« DÃ©tachez-le, prenez soin de lui ! Remettez-le avec les autres ! Et maintenant, allez, allez ! Â» Les hommes se dÃ©pÃªchÃ¨rent, tirant Archie Powell derriÃ¨re eux ; son visage Ã©tait l'image mÃªme du dÃ©sespoir.

Amir lÃ¢cha Tess, retourna Ã  la table, versa du vin dans le verre de Tess et le lui apporta. Elle s'effondra sur une chaise, prit le verre et le vida d'un trait. Elle se sentait vaincue, perdue. Amir s'assit Ã  son tour et alluma un cigare. Il garda le silence jusqu'Ã  ce que Tess se reprenne. Il souffla un cercle de fumÃ©e dans l'air.

Â« Et maintenant, ma chÃ¨re, assez de dÃ©sagrÃ©ments. CÃ©lÃ©brons notre union. Vous vous y habituerez vite et vous allez mÃªme l'apprÃ©cier. Maintenant, si vous le voulez bien, allez dans vos appartements et prÃ©parez-vous Ã  m'accueillir. Â» D'un rapide geste de la main, le gÃ©nÃ©ral sonna une petite cloche. Kejal apparut presque aussitÃ´t. Â« Madame a besoin de se rafraÃ®chir et de se changer ; faites le nÃ©cessaire, Â» commanda-t-il. La femme prit Tess par la main, l'aida Ã  quitter sa chaise et l'entoura doucement de ses bras pour la guider hors de la piÃ¨ce. Tess se sentait comme une ombre impuissante.

Une fois dans la chambre Ã  coucher, la femme demanda Ã  Tess de s'asseoir sur le canapÃ©. Elle revint avec un gant de toilette chaud et lava ses larmes. Â« Vous devez le faire. Vous devez survivre Ã  cette nuit. Je reviendrai plus tard pour vous aider. Â» Kejal entendit le gÃ©nÃ©ral approcher et disparut silencieusement.

Amir apparut, vÃªtu d'un magnifique peignoir, puis prit un fauteuil moelleux et croisa les jambes. Â« Morgan. Â» Il fit une pause. Â« Un nom masculin qui ne vous va pas du tout. Nous devons vous trouver un nom qui vous convienne mieux. Â» Une autre pause ; Â« Maintenant, si vous le voulez bien, j'apprÃ©cierais que vous vous dÃ©voiliez Ã  moi. DÃ©shabillez-vous lentement. Â»

Tess avait envie de vomir. Amir la regarda, attendant patiemment qu'elle lui obÃ©isse. C'est ici que prend fin la mascarade, Tess se dit Ã  elle-mÃªme. Je dois agir intelligemment. Il y a plus que moi en cause. Je dois agir avec raison.

Elle se leva et retira lentement la lÃ©gÃ¨re robe, la laissant tomber au sol. Elle resta debout en soutien-gorge, culotte et talons hauts. Amir sourit, apprÃ©ciant manifestement le spectacle. Une sculpturale jeune femme magnifiquement bÃ¢tie ; un abdomen ferme et des jambes dignes de Hollywood. Des lÃ¨vres exquises et de superbes yeux verts encadrÃ©s de cheveux blonds. Allah est en effet bien grand dâaccorder une telle beautÃ© Ã  son humble serviteur.

Â« Et maintenant, retirez le reste Â», ordonna-t-il. Lentement, dÃ©libÃ©rÃ©ment, Tess retira son soutien-gorge et le laissa Ã©galement tomber sur le sol. La vue de ses seins et de ses mamelons parfaits Ã©taient plus qu'Amir ne pouvait supporter. Il se leva et les enveloppa doucement de ses mains, frÃ©missant au toucher de la douceur ineffable de cette peau. Il se mit Ã  trembler, son Ã©rection devenant maintenant visible. Il prÃ©voyait de la prendre lentement, sans prÃ©cipitation, et d'affirmer sa domination en l'emportant vers l'extase contre son grÃ©. Il voulait l'amener Ã  ce qu'elle le supplie de lui donner le plaisir que sa masculinitÃ© pouvait pourvoir, mais commenÃ§a Ã  perdre contrÃ´le. Il devait la prendre. LÃ  ! Tess semblait sensible Ã  l'Ã©rotisme du moment et ses lÃ¨vres s'ouvrirent comme en signe de rÃ©ceptivitÃ©. Amir recula d'un pas pour enlever son peignoir.

Dans un Ã©clair, Tess flÃ©chit son corps dans ce qui semblait Ãªtre une pirouette de danse, ramena sa jambe droite jusqu'Ã  son Ã©paule et, d'un mouvement rapide, planta la pointe du talon de sa chaussure dans la tempe d'Amir. Il s'effondra au sol, ne sachant pas ce qui l'avait frappÃ©. Tess, sâattendant Ã  une contre-attaque, recula et adopta une posture de dÃ©fense. Elle attendit quelques secondes, mais il n'y eut pas de mouvement. Elle s'approcha prudemment du corps inerte sur le tapis. Le gÃ©nÃ©ral Ã©tait en vie mais inconscient.


7 - Ãvasion et TragÃ©die

Kejal fit irruption, comme par enchantement. 'Apparemment, toute forme d'intimitÃ© Ã©tait bannie dans cet endroit', pensa Tess bien qu'elle fÃ»t heureuse de la voir. Alors que Tess tentait de retrouver un pouls normal, Kejal commenÃ§a Ã  dÃ©baller un sac. Sur le lit, elle Ã©tala un tchador, le traditionnel vÃªtement qui recouvrait les femmes musulmanes de la tÃªte aux pieds. Elle sortit Ã©galement une paire de chaussures robustes.

Â« DÃ©pÃªchez-vous, enfilez Ã§a Â», exhorta-t-elle. Â« Nous devons partir immÃ©diatement ! Â» Tess n'avait pas besoin de plus d'encouragement. Elle remit sa robe de soirÃ©e et enfila le tchador par dessus sa tÃªte.

Â« Allons-nous simplement franchir la porte ? Â» demanda-t-elle, incrÃ©dule. Kejal s'assura que Tess Ã©tait entiÃ¨rement camouflÃ©e sous le vÃªtement.

Â« Il fait presque nuit. C'est bientÃ´t l'heure de manger pour les gardes. Il n'y en aura qu'un postÃ© dehors. Il faudra qu'on passe devant lui. Il vous prendra pour la cuisiniÃ¨re, c'est le moment oÃ¹ elle quitte pour rentrer chez elle. C'est toujours moi qui la ramÃ¨ne au portail quand elle termine son service. Â»

'C'est risquÃ©, mais Ã§a peut marcher', pensa Tess.

Kejal poursuivit ses instructions. Â« S'il suspecte quoi que ce soit, vous devrez le neutraliser. Â»

Â« Oh, je pense que j'ai de quoi le neutraliser Â», dit Tess, remerciant en silence ses annÃ©es de leÃ§ons d'arts martiaux.

Kejal tendit un grand couteau de cuisine. Â« En sortant d'ici, nous irons vers la gauche ; le couloir devrait Ãªtre dÃ©sert et au bout, il y a une porte qui donne sur l'extÃ©rieur. Comme Ã  leur habitude, ils pensent tous qu'une simple femme ne constitue pas une menace, mÃªme si elle est un officier amÃ©ricain, et il n'y aura pas de gardes supplÃ©mentaires Ã  l'extÃ©rieur. De plus, ils ne veulent pas que les gens alentour croient qu'il se passe quelque chose dans ce bÃ¢timent. Â» Tess n'avait aucune envie de savoir de quelle 'chose' il pouvait s'agir.

Â« Vous venez avec moi ? Ensemble, nous pouvons revenir aux lignes amÃ©ricaines. Je vous aiderai...

â C'est gentil, Commandant, merci.

â S'il vous plaÃ®t, appelez-moi Tess.

â Tess, prononÃ§a-t-elle comme on le ferait du nom d'un saint. Oui, je viens avec vous. Le gÃ©nÃ©ral me tuerait s'il dÃ©couvrait que je vous ai aidÃ©e. Je n'ai pas peur de mourir, je veux juste retrouver ma fille avant qu'il n'ordonne de l'abattre.

â Si on se sort d'ici, nous essaierons de la retrouver ensemble, rÃ©pliqua Tess.

â Je vous en serais reconnaissante, rÃ©pondit la femme. Une fois dehors, faites montre d'humilitÃ© et de modestie. Nâoubliez pas, un jour nous aurons notre vengeance d'avoir Ã©tÃ© autant ignorÃ©es et sous-estimÃ©es sous leur propre nez. Mais pour lâinstant, vous devez porter le tchador. Ils ne se douteront pas que c'est vous. Ce vÃªtement couvre vos cheveux et il fait assez sombre pour qu'ils ne remarquent pas vos yeux clairs, Ã  moins de les directement dans les yeux. Â»

Elles ajustÃ¨rent le vÃªtement ensemble. Quand elle se regarda dans le miroir, elle n'en crut pas ses yeux. Pas Ã©tonnant que les femmes se sentent si opprimÃ©es ici. Le tchador Ã´tait complÃ¨tement toute forme d'identitÃ©.

Â« Vous Ãªtes prÃªte. Â» Kejal fit un effort pour arrÃªter les larmes qui lui Ã©chappaient. Â« Merci Ã  vous. J'avais cru perdre la capacitÃ© Ã  pleurer. Â» Elle ne parvint pas Ã  en dire plus. Â« Nous devons y aller. J'entends les gardes aller manger. Â»

Tess fit trois pas et saisit Kejal par les mains. Â« Merci, mon amie. Nous retrouverons votre fille et le monde entendra votre peine et saura votre hÃ©roÃ¯sme. Â»

Tess devait neutraliser le garde Ã  l'extÃ©rieur. Impatiente d'entrer en action, le temps lui sembla long. Puis Kejal se mit Ã  gÃ©mir Ã  voix haute.

Le garde entra. Tess ne put comprendre ce qu'il dit mais elle Ã©tait prÃªte Ã  parier que c'Ã©tait ordurier. Il leva le bras pour frapper la femme impudente lorsque brusquement Tess libÃ©ra ses mains de son tchador et lui envoya de toutes ses forces un coup de poing Ã  l'estomac. Il s'envola et s'effondra au sol et Tess en profita pour se jeter sur son torse et lui administrer un coup qui broya sa pomme d'Adam. Il sursauta violemment, fixant Tess du regard, apparemment incapable d'admettre d'avoir Ã©tÃ© vaincu par une femme. Rapidement, il suffoqua.

Tess glissa vers la porte, prenant Kejal par la main et surveillant soigneusement les deux cÃ´tÃ©s du couloir tout en le traversant. Environ Ã  mi-chemin, elle aperÃ§ut la sortie dont Kejal avait parlÃ© mais elle pouvait aussi entendre des voix. Elle se tourna vers la source du bruit mais une main sortie d'une encoignure se referma sur sa bouche. Â« Chut, pas un mot. Â» Les mots Ã©taient en anglais mais Tess craignit de s'Ãªtre fait prendre â encore une fois.

L'homme l'attira dans une piÃ¨ce et la retourna pour lui faire face. Un coup dâÅil Ã  ces yeux et il sut. Un coup dâÅil Ã  son visage et Tess sut aussi. Â« Que diable faites-vous ici Vickers ? Je vous croyais occupÃ© Ã  vos bricoles de la CIA ! Â» Au son de la voix de Tess, Jake sut qu'elle allait bien.

Â« Apparemment, je suis occupÃ© Ã  faire ce que vous faites : dÃ©camper d'ici. J'ai atterri non loin d'ici. J'ai surpris les gardes irakiens et les ai envoyÃ©s voir Allah. Mais au fait, comment Ãªtes-vous sortie ? Et qui est-elle ? Â» s'enquit-il, pointant vers la femme qui suivait Tess.

Â« Elle est OK Â», dit Tess. Â« Elle m'a aidÃ©e Ã  m'Ã©chapper !

â Ãa me va, rÃ©pondit Jake. Allons sortir les gars. Vous restez ici, je m'en charge.

â En bon misogyne, commenta Tess.

â Soyez rÃ©aliste : vous aurez besoin de toute l'aide qu'on pourra trouver !

â Et vous, n'oubliez pas qui commande !

Jake sourit, Â« Comment comptez-vous commander avec une tente sur la tÃªte ? Enlevez-la ! Â»

Tess Ã©tait sur le point de le faire quand elle rÃ©alisa que ce qu'elle portait dessous Ã©tait loin de ressembler Ã  une tenue de combat. Â« Plus tard ! Â» rÃ©pondit-elle, agacÃ©e. Â« Allons sortir les gars ! Â»

Jake ne put sâempÃªcher de sourire. Il eut un aperÃ§u de sa peau laiteuse sous le tchador. Quand avait-il commencÃ© Ã  penser Ã  Tess de cette faÃ§on ? 'Reprends-toi, Vickers, et colle-toi au plan', pensa-t-il.

Comme ils approchÃ¨rent subrepticement de la geÃ´le, Jake, Tess et Kejal se cachÃ¨rent derriÃ¨re un gros vÃ©hicule. Â« Tess, je dois vous dire ceci. Dan Gardner n'a pas survÃ©cu Ã  ses blessures. Â»

Tess sentit son monde s'Ã©crouler. Â« Que voulez-vous dire, il n'a pas survÃ©cu ? En Ãªtes-vous sÃ»r ? Â» Il pouvait entendre le dÃ©sespoir dans sa voix. L'idÃ©e de perdre Dan Ã©tait insupportable. Il avait Ã©tÃ© le meilleur ami de Jake pendant bien 20 ans, et un mentor affectueux pour Tess depuis sa sorite de l'AcadÃ©mie.

Â« Oui Tess, j'en suis sÃ»r. J'ai pu parler aux gars Ã  travers les portes de la prison, c'est eux qui me l'ont dit." Les larmes la menaÃ§aient de nouveau, mais elle savait qu'elle devait garder la tÃªte froide. "Et maintenant, sauf si vous voulez rester au Club de l'Enfer pour le reste de votre mission, vous ferez ce que je vous dis... Â»

Jake sortit une arme de poing de sa ceinture. Â« J'ai empruntÃ© Ã§a Ã  l'un des gardes. Il n'en aura plus besoin. Ce n'est pas le standard de l'armÃ©e mais je suppose que vous savez comment Ã§a marche Â», dit-il, comme il poussait l'arme dans ses mains. Elle se sentit presque insultÃ©e mais remit la punition Ã  plus tard, lorsqu'ils seraient sortis de lÃ . Â« Ne lâutilisez qu'en cas de nÃ©cessitÃ©. Le silence est notre meilleur ami pour le moment. Allons-y. Â»

Tess et Kejal suivirent Jake Ã  travers la porte sans surveillance de la prison. Les gardes prenaient leur repas et ne faisaient pas attention. Jake fit irruption par la porte, tira sur l'un d'eux avec son pistolet Ã  silencieux et s'apprÃªtait Ã  donner le mÃªme sort aux trois autres lorsque Tess cria Â« Ne les tuez pas ! Â» Les deux tenaient leurs armes pointÃ©es sur les gardes.

Â« Vous Ãªtes malade ? Â» Jake hurla Ã  Tess. Â« Comment proposez-vous qu'on s'en occupe ? Â» Tess insista. Â« Ne les tuez pas. Enfermez-les dans une cellule ; une fois lÃ , ils ne poseront plus de problÃ¨me. Â» ExaspÃ©rÃ©, Jake exhorta les hommes Ã  dÃ©poser leurs armes et Ã  pÃ©nÃ©trer dans la cellule. Il referma la porte et la verrouilla dans un fracas dÃ©libÃ©rÃ©. Il contourna un coin de mur et trouva les hommes de Tess, Ã©puisÃ©s mais saufs, et les fit sortir.

Le petit groupe profita de l'obscuritÃ© pour quitter le bÃ¢timent et bientÃ´t il se retrouvÃ¨rent Ã  bonne distance de l'enceinte. Les hÃ©licoptÃ¨res abattus Ã©taient encore lÃ . Tess courut vers le poste de pilotage de son appareil endommagÃ© et en vÃ©rifia la radio. Elle fonctionnait encore. ImmÃ©diatement, elle Ã©mit une demande de sauvetage. Puis elle retourna vers ses hommes. Â« Nous devons rester planquÃ©s jusqu'au sauvetage. Ils Ã©taient en attente juste derriÃ¨re le mur de sable. Â» Les hommes reprirent courage.

Moins de 20 minutes plus tard, un Black Hawk et deux Cobras apparurent. Dans un nuage de sable, le Black Hawk atterrit tandis que les Cobras stationnaient au-dessus. Jake y poussa les soldats, qui chargÃ¨rent les blessÃ©s et le corps de Dan Gardner Ã  bord, puis pressa les deux femmes de suivre.

Alors que Kejal montait Ã  bord, des coups de feu retentirent, suivis de plusieurs autres. Des troupes irakiennes s'approchaient d'eux. Les Cobras en stationnaire ouvrirent un feu dÃ©vastateur et rÃ©duisirent les assaillants Ã  nÃ©ant. Tess, Jake ainsi que les deux autres hommes encore au sol grimpÃ¨rent rapidement dans l'appareil et celui-ci s'envola rapidement. Les prisonniers libÃ©rÃ©s et l'Ã©quipage exultÃ¨rent et se tapÃ¨rent dans les mains quand Tess laissa Ã©chapper un Â« Oh, nooon ! Â» Elle tenait Kejal dans ses bras.

La femme avait Ã©tÃ© touchÃ©e et saignait abondamment. L'infirmier qui avait rejoint l'Ã©quipage Ã©valua immÃ©diatement la situation. Il examina la blessure de la femme et se tourna vers Tess. Â« Elle ne survivra pas. Â»

Tess refusa d'accepter ce diagnostic. Â« Mais si, elle va survivre. Je ne serais pas lÃ  si elle ne m'avait pas aidÃ©e ! Vous devez faire quelque chose ! Â» Le toubib garda la tÃªte baissÃ©e. Il resta immobile.

Kejal prit faiblement la main de Tess. Â« Commandant, s'il vous plaÃ®t, retrouvez mon enfant. Ne la laissez pas avec le gÃ©nÃ©ral. S'il vous plaÃ®t ! Â» Sa main se relÃ¢cha, et Kejal mourut.

De dÃ©sespoir et de frustration, Tess se mit Ã  gÃ©mir. Â« Putain ! Câest pas juste ! Il faut qu'on retourne et qu'on les expÃ©die ad patres ! Â» Puis elle s'effondra en larmes. Le reste de l'Ã©quipage demeura silencieux. Les hÃ©licos atterrirent Ã  la base et ils furent accueillis par plusieurs Humvees et une ambulance.

L'Ã©quipage qui avait Ã©tÃ© abattu devait subir un dÃ©briefing et un examen mÃ©dical. AprÃ¨s avoir retirÃ© sa burqa et apparaissant dans sa robe sexy, Tess prÃ©sentait un vrai spectacle. Pendant quelques minutes, l'hÃ´pital de campagne cessa de fonctionner tandis que les hommes et certaines femmes essayÃ¨rent de dÃ©tourner leur regard de cette splendide beautÃ© parmi eux et de reprendre une once de contrÃ´le.

MalgrÃ© les protestations des mÃ©decins, Tess et Jake refusÃ¨rent d'Ãªtre hospitalisÃ©s. Ils promirent de revenir le lendemain pour de plus amples examens et pour le dÃ©briefing. Le personnel finalement dÃ©livra une tenue de combat Ã  Tess. AprÃ¨s avoir vÃ©rifiÃ© que le Sergent Archie allait bien et que les blessÃ©s avaient Ã©tÃ© pris en charge, la seule chose qu'elle voulait Ã©tait de sortir de lÃ .

Sur le champ de bataille, les forces de la Coalition s'Ã©taient retirÃ©es. Un soldat amÃ©ricain avait Ã©tÃ© tuÃ© dans la bataille, mais les combats avaient coÃ»tÃ© aux Irakiens des centaines de troupes. Leurs pertes incluaient un bataillon d'infanterie de la Garde RÃ©publicaine, une compagnie de blindÃ©s, deux batteries d'artillerie de campagne, et une batterie anti-aÃ©rienne.

AprÃ¨s le retrait, les appareils de la Coalition avaient lancÃ© un assaut sur le reste des dÃ©fenses Ã  Al Hillah. Les avions avaient lÃ¢chÃ© de nombreuses bombes Ã  fragmentation. AprÃ¨s le bombardement, ils avaient avancÃ© et capturÃ© la ville, rencontrant une rÃ©sistance Ã©parse. Puis ils avancÃ¨rent vers Najaf. Il restait de petites poches de rÃ©sistance irakienne Ã  Al Hillah, mais la quasi-totalitÃ© avait Ã©tÃ© rapidement anÃ©antie. La Garde RÃ©publicaine ne reprÃ©sentait plus aucune menace.


8 - PrÃ©lude Ã  l'Amour

Jake rÃ©ussit Ã  trouver un vÃ©hicule qui les emmÃ¨neraient Ã  KoweÃ¯t City. Â« OÃ¹ allons-nous ? Â» Tess demanda.

Â« Je nous ai rÃ©servÃ© des chambres en ville. On a bien besoin d'un bain et de dormir.

â Je croyais que tous les hÃ´tels en ville Ã©taient archi-pleins ?

â J'ai mes contacts. Â»Jake Ã©tait un homme de peu de mots et de beaucoup de moyens.

Une fois Ã  l'hÃ´tel, ils attendirent que les chambres soient prÃªtes. Ils s'assirent Ã  une table et demandÃ¨rent des boissons.

Â« Jake, comment avez-vous su qu'on avait Ã©tÃ© capturÃ©s, et comment avez-vous fait pour faire partie du sauvetage ?

â Je me trouvais lÃ  quand les autres pilotes ont signalÃ© que les Ã©quipages de deux hÃ©licoptÃ¨res avaient Ã©tÃ© capturÃ©s. Jâai dÃ©couvert que vous Ã©tiez dans lâun dâeux et je me suis invitÃ© pour accompagner les sauveteurs. En trente minutes, nous sommes arrivÃ©s Ã  l'extÃ©rieur de l'enceinte mais on avait atterri assez loin pour ne pas Ãªtre remarquÃ©. J'ai insistÃ© pour mener le sauvetage. Les troupes de l'armÃ©e savait que j'avais de l'expÃ©rience en infiltration de zones ennemies sans me faire dÃ©tecter. On voulait Ã©viter d'avoir Ã  tirer pour protÃ©ger les prisonniers. Trois d'entre nous ont enfilÃ© des vÃªtements arabes et nous avons rÃ©ussi Ã  entrer dans l'enceinte en ressemblant Ã  des habitants du coin. Â»

Tess sourit. Â« On dirait que j'ai Ã©tÃ© sauvÃ©e de nouveau par un homme Ã©trange.

â Le succÃ¨s de l'opÃ©ration ne me revient pas entiÃ¨rement. Je suis parvenu jusqu'Ã  la prison et j'ai pu parler Ã  Sarge Ã  travers les barreaux de la fenÃªtre. Il m'a dit que vous aviez Ã©tÃ© emmenÃ©e Ã  l'intÃ©rieur ; lui et les gars avaient peur que quelque chose de mauvais vous arrive. Cependant, je savais que vous ne resteriez pas inactive. Je comptais que vous sauriez gÃ©rer la situation, et vous l'avez fait. Il aurait Ã©tÃ© plus difficile de vous sauver si vous ne vous Ã©tiez pas libÃ©rÃ©e de votre propre initiative.

â Tout de mÃªme, merci Ã  vous, Jake. Je vous en dois une bonne. Â»

Ils se sentaient abattus et Ã©puisÃ©s. Leurs pensÃ©es se tournÃ¨rent vers Dan. Jake commenÃ§a Ã  Ã©voquer ce temps oÃ¹ lui et Dan Ã©taient comme deux doigts de la main, se pliant au rÃ©gime exigeant, planifiant leur carriÃ¨re et recevant leurs premiÃ¨res assignations en tant que vrai officiers. Ils restaient en contact et se retrouvaient aussi souvent qu'ils le pouvaient, racontant leurs aventures et se consolant l'un l'autre de leurs amours perdues.

Jake n'avait pas dit Ã  Tess que Dan lui avait parlÃ© d'elle et avait Ã  plusieurs reprises essayÃ© de le faire venir Ã  Fort Rucker pour la rencontrer. Dan ne cessait de lui dire comment ils seraient parfaits l'un pour l'autre. Jake avait mÃªme pensÃ© au dÃ©but que Dan Ã©tait amoureux de Tess tant il parlait d'elle tout le temps. Â« Tess est le meilleur copilote que j'aie jamais eu - Ã  part toi Ã©videmment. Tess est le meilleur officier en second qui soit. Tess est mon deuxiÃ¨me meilleur ami et j'aimerais vraiment que mes deux meilleurs amis se rencontrent. Viens Ã  Rucker pour le week-end. Je te le dis, elle est faite pour toi ! Â»

Mais Jake avait toujours Ã©tÃ© occupÃ©. Ãtre un opÃ©rationnel dans les Renseignements de la CIA n'Ã©tait pas le genre de travail oÃ¹ l'on pouvait partir en long week-end â ou mÃªme juste faire une pause le week-end tout court ! Jake ne laissait jamais les regrets le ronger longtemps, mais cette fois-lÃ , il avait vraiment regrettÃ© de ne pas avoir pu se libÃ©rer ce week-end lÃ .

En regardant Tess, Jake comprit combien elle Ã©taient dÃ©vastÃ©e en apprenant la mort de Dan et il se rendit compte des efforts qu'elle fournissait constamment pour Ãªtre un bon soldat, un soldat dont Dan aurait Ã©tÃ© fier. Pourtant, il avait besoin de savoir ; besoin dâÃªtre lÃ  en quelque sorte, Ãªtre proche de Dan encore une fois.

La mort de Dan ; le sacrifice de Kejal. Tess ressentait maintenant le contrecoup d'avoir Ã©chappÃ© au malveillant gÃ©nÃ©ral, de l'Ã©preuve qu'avait Ã©tÃ© le crash et de l'horreur d'avoir vu Archie se faire torturer. Elle Ã©tait au bout du rouleau et avait besoin de repos â dâune chance de guÃ©rir, du temps pour rÃ©flÃ©chir. Elle se tourna vers Jake. Â« J'ai promis Ã  Kejal de retrouver sa fille et de la mettre en sÃ©curitÃ©. J'ai bien l'intention de le faire. Â» Jake la regarda dans les yeux. Â« Je sais. Je vous aiderai... Â» Il ne lui dit pas qu'il n'avait aucune idÃ©e de la faÃ§on dont il s'y prendrait.

Il essuya une larme qui avait rÃ©ussi Ã  s'Ã©chapper de ses yeux. Son toucher envoya comme une secousse Ã  travers le corps de Tess, ainsi que le sien. LiÃ©s par leurs regards, il se pencha pour embrasser ses lÃ¨vres.

Â« Monsieur, Madame, vos chambres sont prÃªtes. Â» Le garÃ§on d'Ã©tage avait interrompu le moment.

Â« C'est tant mieux, plaisanta Tess, je suis Ã©puisÃ©e.

â Moi aussi Â», rÃ©pondit Jake.

Ils se levÃ¨rent, sentant des courbatures Ã  des endroits qu'il ne soupÃ§onnaient mÃªme pas d'exister. Dans l'ascenseur, ils remarquÃ¨rent que leurs chambres n'Ã©taient pas aux mÃªmes Ã©tages. VoilÃ  qui leur donnait une raison d'avoir Ã  se quitter. La chambre de Tess Ã©tait au premier. Elle donna Ã  Jake un baiser lÃ©ger sur la joue et disparut.

â¦â¦â¦

Une fois installÃ©e dans sa chambre, Tess sortit de la salle de bain et enfila un peignoir lÃ©ger fourni par l'hÃ´tel. Elle se sÃ©cha et commenÃ§a Ã  coiffer ses cheveux. Ãa lui prit peu de temps. Elle se remercia d'avoir pris la pratique dÃ©cision de garder ses cheveux courts. Elle ne pouvait supporter l'idÃ©e d'avoir Ã  se faire les cheveux pendant toute une heure. Elle se sentait totalement Ã©puisÃ©e, de corps et d'esprit, non seulement par la rÃ©cente Ã©preuve, mais aussi par la mort prÃ©maturÃ©e de Dan, et son impuissance de l'avoir empÃªchÃ©e. Elle se sentait immensÃ©ment seule.

On frappa un coup Ã  la porte, elle regarda par le judas et vit Jake. Elle ouvrit la porte. Jake se tenait sur le seuil, vÃªtu d'un T-shirt propre et d'un pantalon. Il avait aussi lâair triste et Ã©puisÃ©. Il ne dit pas un mot.

Â« Entre Â», dit-elle.

Jake franchit la porte lentement, comme s'il entrait dans un lieu sacrÃ©. Il restait silencieux, fixant Tess, son regard perÃ§ant le sien. Elle ressentait sa tristesse et son dÃ©sarroi.

Le monde s'arrÃªta. Elle ferma la porte. Jake continuait Ã  la regarder fixement, son envie d'elle palpable et Ã©crasante, espÃ©rant de tout ses sens qu'elle ne le refuserait pas. Roger ne l'avait jamais regardÃ©e de cette faÃ§on. Cela fit fondre toutes ses dÃ©fenses et Tess sentit dans son corps et dans son Ã¢me son propre besoin de contact, de rÃ©confort et de refuge. Elle ne voulait pas non plus le refuser.

Elle alla vers lui, se lova dans ses bras et lâembrassa doucement, ouvrant ses lÃ¨vres, signifiant ainsi son acceptation et son abandon. Jake tremblait, s'efforÃ§ant de la toucher trÃ¨s doucement, plutÃ´t que de se prÃ©cipiter Ã  la possÃ©der et Ã  plonger dans la magie de l'oubli dont il avait pourtant dÃ©sespÃ©rÃ©ment besoin.

Tess s'Ã©loigna, le prit par la main et le fit asseoir sur le lit. Elle ouvrit son peignoir et se tint debout devant lui, fiÃ¨rement, telle une dÃ©esse et dans son attente d'Ãªtre adorÃ©e, elle cachait ainsi sa propre envie. Le cÅur de Jake battait Ã  tout rompre. Il ressentit de la crainte et de l'Ã©merveillement pour ce que la force de vie universelle avait crÃ©Ã©, la Femme â cette femme â peut-Ãªtre la seule bonne raison pour lui de continuer Ã  vivre.

Jake retira ses vÃªtements, rÃ©vÃ©lant un corps gracieux, mince et musclÃ©. Toujours assis, il 'attira doucement Ã  lui, admirant son corps. Il souffla doucement sur ses mamelons, entre ses seins, jusqu'Ã  son centre, entre ses cuisses. Il saisit ses hanches et caressa lÃ©gÃ¨rement son ventre de ses lÃ¨vres et de son visage. Il sentit les muscles de son abdomen, s'Ã©merveilla Ã  la pensÃ©e que bientÃ´t, elle allait l'accueillir Ã  l'intÃ©rieur d'elle.

Il se leva et l'embrassa, debout, savourant le merveilleux sentiment de son doux corps contre le sien. Il frotta doucement ses lÃ¨vres contre sa nuque. Il caressa ses oreilles, se frotta doucement contre ses joues et lui embrassa doucement les paupiÃ¨res. Il posa ses lÃ¨vres sur ses seins enveloppÃ©s d'une peau lumineuse et nacrÃ©e, si mince qu'il put deviner le tracÃ© microscopique de ses veines. Son pÃ©nis se frotta Ã  sa vulve et il la sentit chaude et humide. Elle commenÃ§a Ã  trembler.

Tess s'abandonna, s'allongea sur le dos, le souffle court, son corps mourant d'envie dâÃªtre touchÃ© et explorÃ©. Une fois encore, elle laissa Jake goÃ»ter sa chair. Doucement, il embrassa chaque centimÃ¨tre carrÃ© de sa peau veloutÃ©e, son cou, ses oreilles, ses seins, son ventre et le creux de son corps oÃ¹ se cachait le plaisir. Il n'en avait jamais assez.

Ils continuÃ¨rent de s'embrasser doucement jusqu'Ã  ce que Tess prit les devants. Elle prenait toujours les devants. Elle le retourna sur son dos et commenÃ§a Ã  faire glisser sa langue sur son imposante Ã©rection, lÃ©chant la tÃªte luisante et la hampe de son sexe.

Puis elle l'enfourcha, le faisant pÃ©nÃ©trer dans sa cavitÃ© humide et invitant son sexe durci Ã  progressivement entrer en elle. Elle commenÃ§a Ã  bouger en rythme, savourant cette invasion douce et profonde au creux de son corps. Elle eut un orgasme soudain.

Jake dÃ©vorait des yeux ce corps de femme magnifique qui vibrait de plaisir sur lui, mais il ne voulait pas encore y mettre fin. Il voulait la prendre Ã  sa maniÃ¨re. Il l'installa sur son dos et la laissa guider sa virilitÃ© Ã  l'intÃ©rieur d'elle. Il entra en elle et commenÃ§a Ã  imprimer un mouvement rÃ©gulier, baisant amoureusement sa bouche et ses seins jusqu'Ã  ce que, Ã  nouveau, elle rÃ©pondit. Il augmenta son rythme jusqu'Ã  ce qu'elle se mettre Ã  gÃ©mir de plaisir. Ses hanches se cabrÃ¨rent et il poursuivit ses profonds coups de reins, puis ils atteignirent lâextase mutuelle. Plus qu'un simple acte d'amour, c'Ã©tait une rÃ©affirmation Ã  la vie, Ã  l'amour, Ã  l'espoir â une Ã©chappÃ©e d'un monde qui Ã©tait souvent hostile et cruel. Ils s'endormirent dans les bras l'un de l'autre.


9 - Lutter pour un Autre Jour

Amir se rÃ©veilla avec l'un des pires maux de tÃªte qu'il ait jamais connu. Il lui fallut plusieurs instants pour rÃ©aliser ce qui lui Ã©tait arrivÃ©. Â« La garce ! Â» bougonna-t-il, Â« Elle avait planifiÃ© Ã§a depuis le dÃ©but! Â» Il se leva pÃ©niblement et s'assit sur le bord du lit, encore Ã©tourdi par le coup quâil avait reÃ§u Ã  la tÃªte.

Â« Kejal ! Â» appela-t-il, avec moins d'autoritÃ© que d'habitude toutefois. Le seul son de sa propre voix le lanÃ§ait douloureusement. D'habitude, Kejal apparaissait dÃ¨s qu'il l'appelait. Pas cette fois-ci. Amir parvint Ã  se lever et partit Ã  la recherche de la femme. Il ne trouva personne, pas mÃªme ses fidÃ¨les serviteurs. Il alla vers la porte d'entrÃ©e et c'est alors qu'il se rendit compte que sa plaie Ã  la tÃªte saignait. Il franchit la porte et une scÃ¨ne de chaos l'accueillit. Plusieurs de ses hommes Ã©taient allongÃ©s au sol, morts, d'autres se bousculaient en courant et en criant et une Ã©paisse fumÃ©e s'Ã©chappait de la geÃ´le. Il demeura sur le palier quelques instants ; le sang coulant de sa tÃªte tÃ¢chait le plastron de son magnifique peignoir et c'est alors qu'un de ses hommes le reconnut.

Â« GÃ©nÃ©ral, les prisonniers se sont Ã©chappÃ©s et ont causÃ© beaucoup de dÃ©gÃ¢ts !

â D'aprÃ¨s ce que je vois, c'est un euphÃ©misme. Â»

Il appela Kemal, le commandant de garnison, ainsi que deux de ses officiers supÃ©rieurs. Il exigea des explications.

Kemal brandissait un fusil d'assaut Kalachnikov AK-47, tentant de faire croire qu'il maÃ®trisait quelque peu la situation. Il n'Ã©prouva cependant aucun plaisir Ã  l'idÃ©e de mettre le gÃ©nÃ©ral au courant des faits, mais il n'avait pas le choix.

Â« GÃ©nÃ©ral, c'est cette femme aidÃ©e de sauveteurs amÃ©ricains qui est responsable ! Ils nous ont surpris. Trois hÃ©licoptÃ¨res amÃ©ricains nous ont tirÃ© dessus ! Â»

Devant tant d'ineptie, Amir en perdit ses mots. Â« Et qu'avez-vous fait, imbÃ©cile ?

â Nous avons ripostÃ©, GÃ©nÃ©ral, mais ils avaient une grande puissance de feu. Devinant qu'Amir allait lui tirer une balle entre les yeux, il rajouta : La femme, Kejal, les a aidÃ©s mais je crois que j'ai rÃ©ussi Ã  l'abattre ! Â»

Amir porta sa main Ã  sa hanche oÃ¹, gÃ©nÃ©ralement, il gardait son arme attachÃ©e mais se souvint qu'il n'Ã©tait pas habillÃ© pour l'occasion. Il aurait tuÃ© le malheureux soldat mais se contenta de lui assÃ©ner un coup de poing au visage qui envoya l'homme au bas de l'escalier.

Â« OÃ¹ est la femme ?! demanda-t-il.

â Ils l'ont emmenÃ©e avec eux Ã  bord de l'hÃ©licoptÃ¨re, GÃ©nÃ©ral. Kemal, toujours sur le dos, leva les bras pour parer Ã  d'autres coups. Le gÃ©nÃ©ral lui donna un coup de pied.

â Serais-je donc maudit d'avoir des eunuques pareils ! Â» Un autre coup de pied.

Amir pivota sur ses talons et monta Ã  l'Ã©tage pour regagner sa suite et se changer. Il ne voulait pas se l'admettre Ã  lui-mÃªme mais il s'Ã©tait pris d'affection pour Kejal. Elle Ã©tait froide comme la glace, obstinÃ©e et pleine de colÃ¨re. Il lui avait brisÃ© sa superbe et l'avait forcÃ©e Ã  le servir et le rejoindre au lit chaque fois qu'il en Ã©prouvait l'envie. Il aimait cette hostilitÃ© et ce mÃ©pris passifs qu'elle affichait. Son sentiment de domination n'en Ã©tait que plus grand â imposer son corps Ã  sa volontÃ©, sans aucun semblant d'affection ni de prÃ©liminaires. Il sentait son silence et sa rÃ©sistance quand il la possÃ©dait, savourant sa soumission et le sentiment quâil nâutilisait les vaincus que pour se faire plaisir et sans avoir Ã  en donner. Pourtant, il s'Ã©tait habituÃ© Ã  sa prÃ©sence et avait commencÃ© Ã  apprÃ©cier sa beautÃ© et son Ã©lÃ©gance. l avait fini par nourrir l'espoir qu'elle finirait par accepter ce qui Ã©tait arrivÃ© Ã  sa famille, que rien nâÃ©tait tout noir ou tout blanc. Maintenant elle avait disparu Ã  cause de ces analphabÃ¨tes abrutis, eux et cette perfide garce amÃ©ricaine. C'est de ma faute, se dit-il. J'aurais du la prendre sur le champ, cette salope, au lieu dâavoir prÃ©tendu vouloir la sÃ©duire.

Il nettoya sa blessure, revÃªtit son uniforme, enfila sa ceinture de cuir Ã  laquelle son arme Ã©tait attachÃ©e et alla remettre de l'ordre au chaos Ã  l'extÃ©rieur. En enjambÃ©es rapides, il Ã©valua les dÃ©gÃ¢ts, ordonna que les morts soient enterrÃ©s, que les blessÃ©s soient expÃ©diÃ©s Ã  l'hÃ´pital voisin, espÃ©rant que ce dernier tint encore debout.

AprÃ¨s avoir remis de l'ordre dans le domaine, il convoqua une rÃ©union du personnel dans son bureau.

Sur ordre immÃ©diat, ses hauts commandants retournÃ¨rent des lignes de bataille, assemblÃ©s autour de la longue table en compagnie d'Abdul Tek, le chef du groupe fedayin affectÃ© aux unitÃ©s d'Amir.

Amir Ã©tait assis en bout de table et demanda une mise Ã  jour tactique. Un colonel rÃ©suma la situation. Les Britanniques avaient pris Bassora. Les AmÃ©ricains traversaient le dÃ©sert Ã  une vitesse incroyable et dÃ©truisaient tout sur leur passage. Il Ã©tait Ã©vident quâils se dirigeaient vers Bagdad, et il nây avait pas grand chose que les Irakiens puissent y faire.

Le reste des officiers Ã©tait d'accord avec l'Ã©valuation de la situation et ils se tournÃ¨rent vers Amir en attente de conseils, d'ordres, de tout ce qui pÃ»t leur donner de l'espoir.

Amir resta silencieux. 'C'est une rÃ©pÃ©tition de la Guerre de 1991, mais en pire', pensa-t-il. Ã lâÃ©poque, Amir Ã©tait aux commandes d'une unitÃ© de chars. Il se sentait fier de faire partie de la quatriÃ¨me plus grande armÃ©e du monde et fier de son bataillon de T-55 de fabrication russe. C'Ã©tait un armement efficace â un fait Ã©tabli par plusieurs victoires sur les iraniens en 1980.

Mais au cours de la guerre du Golfe, les Irakiens avaient gravement sous-estimÃ© lâefficacitÃ© des forces de la Coalition dirigÃ©e par les AmÃ©ricains.

En trÃ¨s peu de temps, en 100 heures, l'ennemi domina par une attaque au sol d'une rapiditÃ© surprenante, dÃ©chaÃ®na une puissance de feu phÃ©nomÃ©nale et rÃ©duisit la rÃ©sistance irakienne Ã  sa dÃ©sintÃ©gration. La plupart des unitÃ©s irakiennes capitulÃ¨rent, alors que d'autres avaient Ã©tÃ© dÃ©truites ou battaient en retraite. De ces derniÃ¨res, les Ã©quipements furent abandonnÃ©s et les hommes s'enfuirent vers Bassora.

Dans une tentative dÃ©sespÃ©rÃ©e pour ralentir lâennemi, certains Ã©lÃ©ments de la Garde RÃ©publicaine s'Ã©taient engagÃ©s dans des combats contre les forces de la Coalition. Mais sans commandement central, ces Ã©lÃ©ments Ã©pars agissaient isolÃ©ment et avaient perdu toute cohÃ©sion.

Les unitÃ©s d'Amir tentÃ¨rent courageusement de retarder l'envahisseur pour permettre Ã  autres unitÃ©s de battre en retraite. Ses hommes et lui-mÃªme se mesurÃ¨rent contre les AmÃ©ricains mais la portÃ©e de leurs canons n'Ã©tait pas comparable Ã  celle des chars Abrams et des armes de l'ennemi. Tous les tirs provenant des T-55 vieillissants d'Amir tombaient court. L'attaque des unitÃ©s amÃ©ricaines fit subir l'enfer aux positions irakiennes, dÃ©truisant 61 chars et 34 blindÃ©s de la Division MÃ©dina en moins d'une heure. Ã la fin de la bataille, Amir gisait blessÃ© Ã  l'extÃ©rieur de son char en feu. Les Irakiens furent dÃ©passÃ©s par la puissance de feu de la plus formidable des forces armÃ©es que le monde ait jamais vu. L'ensemble de son unitÃ© Ã©tait en flammes. Partout, des chars dÃ©chiquetÃ©s, certains encore en feu, explosaient sous l'intensitÃ© des flammes qui les engloutissaient. Mais le plus horrifiant Ã©tait l'odeur de chair brÃ»lÃ©e et les hurlements des membres survivants d'Ã©quipage qui tentaient de sortit de leurs chars en feu, crÃ©ant un spectacle surrÃ©aliste.

Amir n'avait aucune illusion de victoire cette fois. Abdul, le commandant fedayin, Ã©tait partisan d'un combat Ã  mort. Â« Quelle plus grande gloire que de mourir pour l'Islam et pour le Grand Leader Saddam ? Â»

Amir garda le silence. Il avait horreur d'Abdul, un fanatique rÃ©voltant. Lui et sa bande de barbares avaient Ã©tÃ© affectÃ©s aux unitÃ©s d'Amir ainsi qu'Ã  d'autres, non pour se battre, mais pour s'assurer que les commandants et soldats de terrain le fassent. Au moindre doute, ils Ã©taient autorisÃ©s Ã  tirer les rÃ©ticents d'une balle dans la tÃªte. Abdul et ses hommes s'Ã©taient dÃ©jÃ  livrÃ©s Ã  un petit nombre de ces exÃ©cutions pour marquer les esprits. Quand Amir l'apprit, il avait attrapÃ© Abdul par la gorge et lui avait promis de le dÃ©truire s'il osait faire une telle chose sans son autorisation, et au diable les ordres de Saddam.

Abdul fit une suggestion. Â« GÃ©nÃ©ral, je sens que nous avons besoin de motiver les troupes pour combattre les AmÃ©ricains. Ils ont entendu des rumeurs sur ce qui se passe s'ils rÃ©sistent Ã  l'ennemi, le moral des troupes est bas. J'ai entendu parler de dÃ©fections. Nous ne pouvons pas tolÃ©rer Ã§a.

â Qu'est-ce que vous proposez ? Â» Amir le sentit venir.

Abdul se leva et commenÃ§a Ã  marcher dans la piÃ¨ce, forÃ§ant les policiers Ã  le suivre de leurs yeux. Â« Les Romains savaient comment faire pour garder les soldats et les guerriers fÃ©roces et motivÃ©s. Parfois, lorsque les lÃ©gions faillaient, les gÃ©nÃ©raux avait recours Ã  la pratique militaire de dÃ©cimation. Celles qui Ã©taient peu performantes au combat Ã©taient punies en dÃ©signant une escouade de dix soldats tirÃ©s au sort et en les battant Ã  mort avec des bÃ¢tons. Â»

L'un des officiers pÃ¢lit et manqua de tomber de sa chaise. Â« Vous Ãªtes fou ! Est-ce ce que vous proposez pour nos troupes â maintenant ? Â»

Abdul haussa les Ã©paules. Â« Pas besoin d'Ãªtre barbares. Une balle dans la tÃªte ferait l'affaire. Â»

La piÃ¨ce plongea dans un profond silence. Enfin, Amir se leva et dÃ©clara : Â« Cela se comprend. Nous devons lutter pour ralentir la progression de l'ennemi. Nous ferons comme Abdul suggÃ¨re. Rassemblez les hommes pour dans une heure. Rompez ! Â» Tels des zombies, les officiers quittÃ¨rent la piÃ¨ce l'un derriÃ¨re l'autre.

Seul Abdul resta. Une fois seul avec Amir, il dit : Â« GÃ©nÃ©ral, pour un meilleur effet, vous devriez exÃ©cuter un ou deux de vos officiers les moins enthousiastes. Je pourrais vous en recommander quelques uns si vous voulez. Â»

Amir fixa le fanatique d'un regard meurtrier. Â« Â« Pas tout de suite ! Â» Il sortit en trombe.

De retour dans son bureau, il convoqua le Colonel Najaf. Lorsque l'officier arriva, il ferma la porte.

Moins d'une heure plus tard, les troupes furent rassemblÃ©es et se mirent en rang. Amir et ses hauts-gradÃ©s se tenaient devant eux. Abdul Ã©tait juste Ã  cÃ´tÃ© d'Amir. Sa troupe d'assassins un peu Ã  l'Ã©cart.

Le commandant fedayin souriait d'anticipation Ã  l'approche de l'exÃ©cution de ces lÃ¢ches. Tout comme ses hommes, qui avaient l'air visiblement plus dÃ©tendus par rapport au reste des troupes. Il attendait qu'Amir donne le top pour que l'odieux massacre commenÃ§Ã¢t enfin.

Amir dÃ©gaina son revolver. Il regarda ses troupes et, sans aucun prÃ©ambule, tira une balle dans la tÃªte d'Abdul. Le fedayin s'effondra comme heurtÃ© de plein fouet par un vÃ©hicule, sa tÃªte Ã  demi arrachÃ©e. Ce fut le signal. Les soldats du premier rang des troupes d'Amir pulvÃ©risÃ¨rent l'escadron de fedayin de leurs armes automatiques. Ils tombÃ¨rent tous instantanÃ©ment. Il y eut un moment de silence. Le reste des soldats se tenait immobile, en Ã©tat de choc, tentant de saisir la scÃ¨ne. Ceux qui avaient exÃ©cutÃ© les assassins firent tomber leurs armes, dÃ©gainÃ¨rent leurs poignards et tombÃ¨rent sur les cadavres comme des loups. Avec des cris de fureur, ils se mirent Ã  poignarder et Ã  mutiler les cadavres.

Le commandant en second d'Amir esquissa un mouvement pour intervenir mais le gÃ©nÃ©ral l'attrapa par le bras. Â« Laissez-les. Laissez-les prendre leur revanche sur leurs camarades assassinÃ©s par ces porcs. Â» Leur dÃ©sir de vengeance assouvi, ils s'arrÃªtÃ¨rent, leurs visages, leurs mains et leurs uniformes couverts de sang.

Puis Amir s'adressa Ã  ses troupes.

Â« Soldats d'Irak ! L'ennemi approche Ã  grands pas. Notre courage est sans faille mais nos armes sont moins performantes que les leurs. Si nous les combattons, nous allons presque certainement Ã  notre mort. Â» Il fit une pause pour plus d'effet.

Il se remÃ©mora une phrase prononcÃ©e par Tess et dÃ©cida de l'utiliser.

Â« Il n'y a pas d'honneur Ã  se lutter pour une bataille perdue. Vous pouvez luttez si vous le souhaitez, mais je vous autorise Ã  tomber les armes, rendre vos uniformes et rentrer chez vous dans vos familles. Si vous rencontrez des AmÃ©ricains, ne leur rÃ©sistez pas. Restez en vie pour protÃ©ger vos familles et pour vivre dans le nouvel Irak qui se dessine ! Je vous demande une derniÃ¨re chose : positionnez les chars et les vÃ©hicules en formation de combat. Et Ã©loignez-vous des Ã©quipements, c'est ce que l'ennemi ciblera, cela ne fait aucun doute. DÃ¨s que vous en aurez fini, vos officiers vous laisseront disposer. Bonne chance et qu'Allah vous garde ! Â» Amir salua ses troupes, leur tourna le dos et rentra vers le palais.

Tout en marchant, il fit signe Ã  Kemal de le suivre.

Â« Je me mettrai en route d'ici une heure. J'ai pris des dispositions pour quitter le pays jusqu'Ã  ce que les choses se calment. Je veux que vous et une douzaine d'hommes restiez pour protÃ©ger ma rÃ©sidence. Quand les AmÃ©ricains arriveront, n'opposez pas de rÃ©sistance. Dites-leur que vous Ãªtes des serviteurs et que vous attendez le retour de votre maÃ®tre. Vous n'avez rien vu et vous ne savez rien. Expliquez-leur que vos armes servent juste Ã  tenir les pillards Ã  l'Ã©cart. Vous comprenez ?

â Oui, GÃ©nÃ©ral ! Â» Les genoux de Kemal tremblaient.

â N'ayez pas peur. Les AmÃ©ricains vous poseront une multitude de questions. Mais quand ils se rendront compte que vous ne reprÃ©sentez aucune menace, ils vous laisseront tranquilles. Restez ici, prenez soin du domaine, et je vous rÃ©compenserai gÃ©nÃ©reusement.

â GÃ©nÃ©ral, oÃ¹ irez-vous ? Kemal demanda.

â Je vais essayer de me rendre Ã  ma rÃ©sidence Ã  Istanbul. Je reviendrai dans quelques mois quand la guerre aura pris fin. Les choses finiront par revenir Ã  la normale. Il en a toujours Ã©tÃ© ainsi. Maintenant, allez et prÃ©parez vos hommes. Â»

Amir se rendit Ã  l'intÃ©rieur, emballa quelques affaires, dÃ©truisit des documents et sortit une valise pleine de dollars amÃ©ricains. Il enfila des vÃªtements civils, se rendit au garage et se glissa au volant d'une Mercedes tout terrain. En chemin, il fit monter deux gardes du corps puis s'en alla pour la Turquie. Les AmÃ©ricains ne viendraient pas dans cette partie du pays avant plusieurs jours et il avait soigneusement prÃ©parÃ© sa fuite. Avec assez de pots-de-vin, vous pouvez achetez presque tout. 'Je reviendrai ! Un jour, Ã  la grÃ¢ce d'Allah, je m'occuperai de ce commandant amÃ©ricain.'


10 - La QuÃªte

Jake se rÃ©veilla et tÃ¢tonna le lit, dans l'espoir que sa main se pose sur la poitrine de Tess. Pas de chance. Il parvint Ã  ouvrir les yeux et entendit l'eau de la douche s'Ã©couler. 'Je ne peux pas croire qu'elle est dÃ©jÃ  debout,' pensa-t-il. Son corps n'Ã©tait que douleurs et courbatures ; il Ã©tait endolori et couvert d'ecchymoses et se sentait toujours fatiguÃ© au-delÃ  de l'Ã©puisement. Il voulait juste se rendormir, tenant Tess dans ses bras.

Tess entra dans la chambre, se sÃ©chant d'une serviette, nÃ©gligemment et dÃ©licieusement nue.

Â« Bonjour, marmotte, plaisanta-t-elle en fouillant dans son sac Ã  la recherche de sous-vÃªtements.

â OÃ¹ vas-tu ? Jake rÃ©pondit, quelque peu agacÃ© de la voir ainsi. La derniÃ¨re chose qu'il voulait Ã©tait de voir Tess se rhabiller. Tu n'as pas Ã  te lever. On peut appeler le room service. Â»

â Moi j'avalerai quelque chose en chemin. Â»

Jake rÃ©pÃ©ta sa question : Â« OÃ¹ allons-nous ?

â Je retourne Ã  la base. J'ai dÃ©jÃ  appelÃ© pour que mes hommes se prÃ©parent Ã  retourner Ã  la propriÃ©tÃ© du gÃ©nÃ©ral irakien.

â Tu es malade ? On a traversÃ© l'enfer pour t'en sortir et tu veux y retourner ?

â Oui, rÃ©pondit Tess. Je veux y retourner pour savoir oÃ¹ le gÃ©nÃ©ral a planquÃ© la fille de Kejal. Ensuite, j'irai la trouver. Â» Elle finit d'enfiler sa tenue.

Â« Tess, rÃ©flÃ©chis. Tu as Ã©tÃ© capturÃ©e. Selon le protocole, l'armÃ©e ne vous laissera pas retourner au combat avant de vous avoir dÃ©briefÃ©e et d'avoir fini votre Ã©valuation psychologique. Tu as mÃªme droit Ã  Ãªtre rapatriÃ©e ! Â» Sa voix avait un soupÃ§on de dÃ©sespoir. Il Ã©tait dÃ©Ã§u jusqu'au fond de son Ã¢me. Il la voulait au lit, pas dans le dÃ©sert Ã  pourchasser des chimÃ¨res.

Â« Je me fiche du protocole. Je vais retrouver cette fille avant que ce salopard ne la tue, point ! Â» Il n'y avait pas Ã  argumenter.

Jake, encore nu, sortit du lit Ã  contre-cÅur. Il s'approcha de Tess et la saisit par les Ã©paules. Â« Es-tu toujours aussi implacable ? Â»

Tess se libÃ©ra violemment, repensant brusquement Ã  la faÃ§on dont Amir l'avait malmenÃ©e. Â« Tu me fais mal ! LÃ¢che-moi ! Â»

Jake Ã´ta ses mains et dit d'un ton implorant : Â« Tess, on a vÃ©cu l'enfer, tous les deux. Nous devrions vraiment nous reposer et nous remettre de l'Ã©preuve. Et puis, j'aimerais passer plus de temps avec toi ! Â»

Tess mis sa casquette. Â« Ne te fais pas d'idÃ©e, mon pote ! Cette nuit c'Ã©tait juste pour le rÃ©confort. On ne va pas y donner plus d'importance que Ã§a n'en a. Â»

Jake n'Ã©tait pas du tout d'accord. Â« Tu crois vraiment que c'est ce que c'Ã©tait ?

â Ils disent tous Ã§a quand ils en veulent plus. On ne va pas en faire un plat. Allez, habille-toi. Si tu veux passer plus de temps avec moi, Ã§a sera dans un hÃ©lico, pas dans un lit ! Â»

Jake Ã©tait furieux. Il aurait voulu lui dÃ©chirer ses vÃªtements militaires, mettre Ã  nu cette chair qu'il dÃ©sirait tant, la jeter sur le lit et l'Ã©touffer de son corps qui hurlait d'envie de la possÃ©der encore une fois. Hier soir avait Ã©tÃ© doux et bref. Maintenant, il voulait lui montrer un dÃ©sir qu'il n'avait pas Ã©prouvÃ© depuis longtemps.

Â« Tess, sois rÃ©aliste ! Les chances de trouver cette fille sont pratiquement nulles. Et mÃªme si tu la retrouves, ce salopard l'aura probablement dÃ©jÃ  tuÃ©e.

â Si tu ne viens pas, j'irai seule. Ce n'est pas fini tant que ce n'est pas fini, comme ils disent. Â»

Jake avait envie de hurler et de partir, mais son envie pour elle Ã©tait plus forte. Il se rendit compte que Ã§a n'arriverait sans doute pas maintenant. Il fallait que ce soit fait Ã  sa maniÃ¨re Ã  elle. Une fois qu'elle Ã©tait dÃ©cidÃ©e, rien ne pouvait l'arrÃªter.

Â« TrÃ¨s bien, Tess, d'accord. Laisse-moi rapidement prendre une douche et on y va, se rÃ©signa-t-il.

â Parfait. Je descends et je nous prends deux paniers repas. Je t'attends devant l'hÃ´tel dans le Humvee. Â» Et voilÃ . Fin de la discussion.

Jake paya rapidement la note, sauta Ã  bord du vÃ©hicule que Tess gardait moteur allumÃ© sur le perron de l'hÃ´tel, ils s'en allÃ¨rent pour la base. Pendant qu'ils mordaient dans leurs sandwiches, ils commentaient sur l'ironique coexistence d'une ville relativement moderne bourdonnant d'activitÃ© au cÅur d'importants combats dans l'arriÃ¨re-pays. Tout semblait normal. Des femmes, des hommes dÃ©ambulaient en ville, des travailleurs se rendaient Ã  leurs emplois, des clients visitaient les centres commerciaux. Le seul signe anormal Ã©tait la prÃ©sence de vÃ©hicules militaires aux carrefours principaux.

AprÃ¨s le check-point de la base, ils s'arrÃªtÃ¨rent au poste de commandement. Tess sauta du Humvee avec l'aisance d'une ballerine, ce qui impressionna Jake dont le corps souffrait encore de profondes courbatures. C'est vraiment autre chose, cette femme, pensa-t-il. DerriÃ¨re sa beautÃ©, c'est une dure Ã  cuire avec une dose de dÃ©termination et de motivation que peu d'hommes possÃ¨dent.

Tess frappa Ã  la porte du colonel Reynolds. Le Chef OpÃ©rations la fit entrer.

Â« Tess, oÃ¹ diable Ã©tiez-vous passÃ©e ? J'ai des hommes partis Ã  votre recherche !

â Ne vous inquiÃ©tez pas, Chef. Je sus juste allÃ©e Ã  KoweÃ¯t City pour me reposer.

â Vous ne deviez pas Ãªtre dehors. Pour tout dire, vous devriez Ãªtre Ã  l'hÃ´pital.

â Pas de temps pour Ã§a, Chef. Je veux faire partie des unitÃ©s envoyÃ©es sur les positions du GÃ©nÃ©ral al-Saadi. J'ai quelque chose Ã  finir.

â Oui, j'ai appris ce qui vous Ãªtes arrivÃ©, et mÃªme si je comprends votre envie de vous venger, je ne peux pas le permettre. Laissez la TroisiÃ¨me d'Infanterie s'occuper de lui. Vous avez vÃ©cu un vÃ©ritable enfer. J'aimerais que vous preniez du repos.

â Colonel, si je n'y retourne pas, Amir va tuer une petite fille. Sa mÃ¨re m'a sauvÃ© la vie. Je dois tout faire pour la trouver avant que le gÃ©nÃ©ral n'y arrive. Â»

Le Colonel Reynolds Ã©tait habituÃ© Ã  argumenter avec Tess. En fait, il n'y avait jamais eu une seule fois oÃ¹ elle avait obtempÃ©rÃ© sans faire d'histoire.

Il Ã©tait temps d'user du langage officiel. Â« Commandant, ma rÃ©ponse est non. Vous avez Ã©tÃ© prisonnier de guerre ; vous n'avez pas fini votre examen mÃ©dical ni votre dÃ©briefing. Vous devriez poser votre demande de rapatriement. Vous avez fait votre devoir. Laissez tomber !

â Colonel, non seulement ai-je fait une promesse Ã  une femme mourante, mais les salopards que je recherche ont tuÃ© le Commandant Gardner. Je sais oÃ¹ ils se trouvent, je connais la configuration des lieux. Je peux y entrer et faire ce que j'ai Ã  faire en seulement quelques heures.

â Et comment voulez-vous que j'explique Ã§a Ã  votre pÃ¨re ? Que vous avez perdu la tÃªte ?

â Merci pour le compliment, Chef, mon pÃ¨re comprendra. Â»

â¦â¦â¦

Tess et Jake embarquÃ¨rent Ã  bord d'un hÃ©licoptÃ¨re avec deux membres d'Ã©quipage. Ils dÃ©collÃ¨rent et partirent pour la propriÃ©tÃ© d'Amir al-Saadi. Quand ils arrivÃ¨rent sur les lieux, ils virent beaucoup de fumÃ©e mais aucune activitÃ©. Ils atterrirent Ã  peu de distance avec un artilleur prÃªt, en cas de menace.

Tess et Jake marchÃ¨rent rapidement sur le manoir et dÃ©couvrirent les corps des fedayin exÃ©cutÃ©s par al-Saadi.

Les portes du manoir Ã©taient verrouillÃ©es et un serviteur leur dit qu'il avait ordre de protÃ©ger la maison de son maÃ®tre. Jake lui parla en arabe et lui assura que les AmÃ©ricains feraient sauter la maison s'il ne les laissait pas entrer. Le serviteur obtempÃ©ra et ouvrit la porte.

Jake l'attrapa par la gorge et lui demanda : Â« OÃ¹ est votre maÃ®tre et oÃ¹ est la petite fille ? Â» L'homme terrifiÃ© rÃ©vÃ©la que le gÃ©nÃ©ral Ã©tait parti avec l'enfant et quelques troupes mais ne savait pas oÃ¹. Jake essaya de tirer plus d'information du pauvre homme mais il n'en savait manifestement pas plus.

Â« Jake, peut-Ãªtre ne sait-il pas oÃ¹ Saadi est parti, mais peut-il nous en dire plus sur ses activitÃ©s ? Â»

EncouragÃ© par quelques gifles et quelques des coups de pieds, le serviteur fit enfin part de quelques informations utiles. Le gÃ©nÃ©ral avait un appartement Ã  Istanbul, un Ã  Paris et une propriÃ©tÃ© non loin de Londres. Il pouvait Ãªtre dans l'un de ces endroits.

Jake lanÃ§a un regard rempli de tristesse Ã  Tess. Â« Il nous a Ã©chappÃ©. Il est hors d'atteinte.

â Seulement si tu l'acceptes, contra Tess. Je vais aller le trouver ! Â»

Jake perdit patience. Â« Dois-je te rappeler que nous sommes encore dans l'armÃ©e ? Tu ne peux pas aller parcourir le monde juste pour retrouver ce type ! Â»

Tess dÃ©sapprouva. Â« L'armÃ©e ne nous laissera pas retourner Ã  l'action avant qu'on ne termine notre Ã©valuation et notre dÃ©briefing. Ensuite, ils nous laisseront partir en permission. VoilÃ  comment j'ai l'intention de partir Ã  la chasse de ce salopard. Â»

Jake lanÃ§a ses bras en l'air. Â« Tu es complÃ¨tement folle !

â Merci, rÃ©torqua Tess. Je ne t'ai pas demandÃ© de m'accompagner. Je me charge de cette mission.

â C'est ce qu'on va voir. Tu as besoin de moi pour Ãªtre sÃ»re que tu penses avec ta tÃªte ! Â»

Tess croisa ses bras sur sa poitrine. Â« Tu vas m'immobiliser encore une fois ? Je te jure que je te frapperai avec une brique ! Â»

Jake sourit. "Si tu crois que je vais disparaÃ®tre, tu te trompes. Je crois que je vais prendre une permission et aller avec toi dans cette mascarade."

Tess s'Ã©nerva. Â« Ce n'est pas une mascarade. C'est la vie d'une enfant. J'ai promis Ã  sa mÃ¨re de prendre soin d'elle et c'est prÃ©cisÃ©ment ce que je vais faire ! Â»

Jake se rendit compte qu'il n'y avait rien pour la dissuader. Â« D'accord, comment envisages-tu de retrouver le gÃ©nÃ©ral et cette enfant ?

â C'est simple. Tu prends ton carnet d'adresses et tes contacts dans les renseignements pour cerner ce salopard.

â Tu veux que j'utilise des moyens d'Ã©tat pour ton projet personnel ?

â Je crois que l'Ã©tat sera inutile sur ce cas. Je te demande juste d'utiliser ton expÃ©rience en tant que barbouze pour m'aider Ã  retrouver ce type.

â Je crois que tu es cinglÃ©e, observa Jake, mais tu es ma cinglÃ©e Ã  moi. Allons-y.

â Merci du compliment, monsieur, Tess sourit. Retournons Ã  la base voir comment partir en permission. Â»


11 - Naples

S'aggripant Ã  la poignÃ©e du vÃ©hicule, Jake tentait de ne pas montrer son angoisse face Ã  la conduite Ã©nergique de Tess.

Â« Alors, quel est le plan ? Â» Jake demanda.

Â« On devrait prendre une perm et commencer Ã  fouiller du cÃ´tÃ© d'Istanbul oÃ¹, d'aprÃ¨s son serviteur, Amir a une rÃ©sidence Â», rÃ©pondit Tess tandis qu'elle conduisait le Humvee Ã  tombeau ouvert.

Jake, toujours trÃ¨s pratique, lui jeta un regard interrogateur. Â« Et on va en Turquie comment ? Nous sommes au milieu d'une guerre, au cas oÃ¹ tu l'aurais oubliÃ©.

â Je croyais que c'Ã©tait toi le crÃ©atif. Bon, comme ton imagination semble Ãªtre au point mort, voyons si on peut trouver un transport militaire pour la base amÃ©ricaine d'Incirlik ou peut-Ãªtre d'Izmir en Turquie. Â»

Jake secoua la tÃªte. Â« On aura besoin d'ordres de mission pour aller lÃ -bas. Ce serait mieux d'aller en Italie, soit Ã  Sigonella en Sicile ou Ã  la base navale de Naples. On aura toujours besoin d'ordres de mission mais ce sera plus facile, les Turques sont pÃ©nibles. Ils risquent d'examiner tout mouvement en provenance d'Irak de trÃ¨s prÃ¨s. Ils ne veulent pas Ãªtre mÃªlÃ©s Ã  ce que nous faisons ici. Â»

Tess fit une embardÃ©e pour Ã©viter une chÃ¨vre errante. Â« Alors, monsieur le barbouze. Tu peux nous produire des ordres pour l'Italie ? Ãa ne me dÃ©rangerait pas une bonne platÃ©e de pÃ¢tes.

â Je vais voir avec mes contacts s'ils peuvent nous trouver un motif pour nous envoyer lÃ -bas. Â»

Jake et Tess arrivÃ¨rent Ã  la base et, durant deux jours, ils se pliÃ¨rent Ã  une sÃ©rie de rÃ©unions et d'Ã©valuations mÃ©dicales.

Les opÃ©rations militaires atteignaient leur point culminant, les unitÃ©s pÃ©nÃ©traient Bagdad avec peu de rÃ©sistance active. Ã ce stade, ce nâÃ©tait plus qu'une question de temps avant que les Irakiens ne capitulent.

Jake fit appel Ã  tous ces atouts pour leur faire dÃ©livrer des ordres pour Naples et prÃ©tendument briefer l'antenne locale de la CIA sur les progrÃ¨s de la guerre. Le jour suivant, ils montÃ¨rent Ã  bord d'un avion de transport et arrivÃ¨rent Ã  Naples en peu de temps.

En descendant de l'avion, Jake jugea utile de souligner une Ã©vidence. Â« Okay, Commandant, maintenant que nous sommes ici, nous sommes livrÃ©s Ã  nous-mÃªmes. On peut obtenir un congÃ©, mais nous devons payer nos vols et nos dÃ©penses pour Istanbul de notre poche. Et je ne pense pas que mon salaire de la CIA nous mÃ¨nera loin. Â» Jake avait en rÃ©alitÃ© une importante cagnotte ; il n'Ã©tait pas certain cependant de vouloir l'utiliser pour une quÃªte qui pouvait s'avÃ©rer vaine.

Tess rÃ©pondit : Â« Ce n'est pas un problÃ¨me. J'ai de l'argent.

â Bon Ã  savoir. Â»

En fait, Tess n'avait pas beaucoup d'argent. Elle pouvait compter sur son pÃ¨re, mais elle ne voulait pas lâimpliquer dans son plan. Elle ne voulait pas l'alarmer en lui annonÃ§ant qu'elle et son partenaire s'embarquaient dans une aventure improbable.

AussitÃ´t libÃ©rÃ©s du service, ils prirent un taxi pour le centre de Naples. Tess annonÃ§a qu'elle avait fait une rÃ©servation au Grand HÃ´tel Vesuvio, un superbe palace avec des chambres Ã  balcon avec vue sur la mer. C'Ã©tait l'un des lieux de sÃ©jour prÃ©fÃ©rÃ©s de Tess. SituÃ© sur le front de mer, l'Ã©tablissement surplombait le Golfe de Naples, l'Ã®le de Capri et le Mont VÃ©suve.

Aussi coriace qu'elle fÃ»t, Tess apprÃ©ciait le confort matÃ©riel que son Ã©ducation privilÃ©giÃ©e lui avait donnÃ©e. Elle avait souvent sÃ©journÃ© dans cet Ã©tablissement, lieu d'Ã©tape vers la rÃ©sidence de vacances de sa tante Ã  Capri.

Jake proposa une meilleure idÃ©e.

Il guida le taxi Ã  travers les rues anciennes et sombres de Naples et le fit s'arrÃªter devant un portail de fer dÃ©crÃ©pit dans une allÃ©e lugubre flanquÃ©e de hauts immeubles qui faisaient sÃ©cher leur linge au-dessus de la ruelle.

Tess Ã©tait un peu consternÃ©e. L'entrÃ©e de la rue Ã©tait sombre et inhospitaliÃ¨re.

Jake lui attrapa la main et ils grimpÃ¨rent un escalier en bÃ©ton jusqu'au deuxiÃ¨me Ã©tage. Il les fit s'engouffrer, avec leurs petits sacs de voyage, dans le vieil ascenseur, puis il se mit Ã  fouiller dans ses poches. Un petit panneau informait que le coÃ»t de l'ascenseur Ã©tait de 10 centimes â pas idÃ©al quand vous arrivez avec des bagages lourds et aucune piÃ¨ce de 10 centimes ! Tess comprit alors pourquoi Jake avait insistÃ© pour acheter un cafÃ© Ã  lâaÃ©roport.

Miraculeusement, la piÃ¨ce ramena l'ascenseur antÃ©diluvien Ã  la vie, les dÃ©gorgeant dans l'aire de rÃ©ception d'une Pensione, la version italienne d'un B&B.

Le type Ã  la rÃ©ception Ã©tait serviable et efficace, pas extrÃªmement sympathique et accueillant, mais acceptable. Il informa les clients que la rÃ©ception fermait Ã  20 heures et qu'il fallait se conformer aux instructions au sujet de quelle clÃ© ouvre quelle porte s'ils retournaient Ã  la Pensione tard dans la soirÃ©e.

Tess Ã©tait prÃªte Ã  repartir, mais Jake lui prit la main et l'emmena dans la chambre. Ãtonnamment, elle Ã©tait propre et de bonnes dimensions. Le lit Ã©tait grand et confortable, les placards de rangements gÃ©nÃ©reux. En comparaison, la salle de bain Ã©tait un peu dÃ©cevante. Elle Ã©tait propre mais montrait des signes d'usure ; il y avait des tÃ¢ches noires au fond du bac Ã  douche, traces des ravages d'annÃ©es d'humiditÃ©, et aussi quelques Ã©gratignures sur la porte. Un rideau de douche laid et bon marchÃ© complÃ©tait le dÃ©cor.

Tess regarda Jake d'un air interrogateur. Â« J'espÃ¨re que tu te rends compte que je suis habituÃ©e Ã  mieux que Ã§a. Â»

Jake sourit. Â« J'en suis sÃ»r. Â»

La chambre ouvrait sur une terrasse commune et chaque chambre avait sa propre table et des chaises. Le rÃ©ceptionniste avait soulignÃ© qu'ils pouvaient y prendre leur petit dÃ©jeuner. Jake dit qu'ils le feraient si le temps le permettait.

Ils laissÃ¨rent leurs sacs dans la chambre et retournÃ¨rent au dehors. BientÃ´t, Tess devait avouer que se trouver proche du centre-ville et Ã  portÃ©e des attractions Ã©tait bien pratique. Ils virent de nombreux endroits oÃ¹ manger et dÃ©couvrirent de merveilleuses petites rues. Les ruelles dÃ©bordaient de visiteurs, de musiciens, de marchands, de restaurants et de boutiques. Tant de choses Ã  voir !

Finalement, Jake entra dans un petit restaurant. Une vieille femme potelÃ©e les vit et leur dit en italien : Â« Signor Jake ! OÃ¹ avez-vous Ã©tÃ© tout ce temps ? Vous ne m'avez pas rendu visite depuis au moins un an. Â»

Jake la prit dans ses bras et lui prÃ©senta Tess. Â« Voici Mamma Assunta, le meilleur cuisinier de Naples ! Â»

Mamma prit Tess dans ses bras et dÃ©clara : Â« Jake, quelle honte, tu ne lui donnes donc pas Ã  manger Ã  cette pauvre jeune fille !? Â» Elle s'Ã©carta et Ã©valua Tess du regard. Â« Aucun souci. Nous allons la nourrir comme il faut ! Maintenant, asseyez-vous. Â»

Le couple se glissa Ã  une petite table. Tess prit un des grissini, des petits bÃ¢tons de pain, et le trempa dans un bol d'excellente huile d'olive. Le garÃ§on apporta une bouteille de vin. Tess nota lâÃ©tiquette â Taurasi. Â« Jamais entendu parler. Â»

Jake en versa un peu dans son verre. Â« C'est un vin de rÃ©gion. Â» Tess goÃ»ta et le trouva merveilleux, un vin superbe, corsÃ© et opulent.

Il n'y avait pas de menu et Jake ne sâembarrassa pas d'aller en chercher.

Tess le piqua de son pain et tout en en mÃ¢chant un autre : Â« Je suis affamÃ©e ! Â» Jake jeta un coup dâÅil vers la cuisine et annonÃ§a que la nourriture Ã©tait en chemin. Â« Mamma ne s'embÃªte avec les menus. Elle sert juste ce qu'elle est en train de prÃ©parer. Â»

Une jeune femme apporta plusieurs plats de service et les dÃ©posa devant eux et il y avait beaucoup plus nourriture que ne pouvaient ingurgiter deux personnes. Jake se lanÃ§a dans la description des plats. Â« Ce plat est appelÃ© Pasta Alla Genovese. Il a une base de sauce oignon-et-bÅuf semblable Ã  la soupe Ã  l'oignon franÃ§aise, servie sur des rigatoni. Â»

Tess sentit l'arÃ´me divin du plat. Â« Je suppose que Ã§a vient donc de GÃªnes.

â Pas vraiment, dit Jake. C'est en fait le plat napolitain par excellence. Personne ne sait pourquoi on l'appelle Genovese. Â»

Il montra un autre plat. Â« Celui-ci, c'est du polpettone, un pain de viande farci aux lÃ©gumes. C'est dÃ©licieux. Et ceci est du scammaro, une omelette sans Åufs. Elle est assaisonnÃ©e de cÃ¢pres, d'olives, de persil, de quelques tranches de courgettes et de chapelure. Les habitants recommandent de rajouter des anchois, mais de nombreux touristes ne les apprÃ©cient pas. Une fois que tu auras goÃ»tÃ© Ã  ce plat, tu deviendras accro. Â»

Tess Ã©tait affamÃ©e et n'attendit pas la fin de l'explicatif des plats. Elle se servit une part de nourriture et commenÃ§a Ã  manger. Â« C'est dÃ©licieux Â», observa-t-elle.

Jake Ã©tait encore en pleine explication et son attention se porta sur le reste des plats. Â« Ceci est de la tostata di tagliolini, avec du fior di latte fumÃ©, des petits pois, du jambon, de la sauce bÃ©chamel et du Parmesan. Et lÃ , une belle frittata de riz. Â»

Ã ce moment-lÃ , Tess comprit que si elle voulait passer du temps avec Jake, elle devait accepter de lâentendre dÃ©biter d'innombrables faits et chiffres Ã  propos de tout. Â« Jake, j'ai compris ; bonne bouffe. Mange, maintenant. Â»

Jake suivit son conseil et remplit son assiette de nourriture. Ce qui ne l'empÃªcha pas de poursuivre. Â« Les gens pensent que la cuisine napolitaine est Ã  base de sauce rouge mais ce n'est pas forcÃ©ment le cas. Leur style est infiniment plus sophistiquÃ©. Â»

Tess, plongÃ©e dans la dÃ©gustation des plats, tenta de freiner lâassaut de renseignements culinaires. Â« Bon Ã  avoir. Et maintenant, mange Â», rÃ©pÃ©ta-t-elle. Jake finit par se taire et suivit le conseil de Tess.

Mais le silence ne dura pas ; Jake continuait ses commentaires interminables entre deux bouchÃ©es. Tess avait envie de bÃ¢illonner son partenaire.

Puis vint le dessert. Des sfogliatelle, de fines et dÃ©licieuses petites pÃ¢tisseries en forme de coquilles Saint-Jacques fourrÃ©es d'une crÃ¨me onctueuse faite de ricotta, de sucre, de cannelle et de petits confits d'agrumes, le tout saupoudrÃ© de sucre.

AprÃ¨s ces succulents abus de bonne nourriture, ils complimentÃ¨rent Mamma avec effusion â c'est, en Italie, une exigence absolue, une loi. Elles les Ã©treignit dans ses bras et Jake l'assura qu'Ã  compter de ce jour, il se chargerait de nourrir Tess.

Ils Ã©mergÃ¨rent finalement du petit restaurant, cheminant dans les anciennes rues pavÃ©es, et rejoignant le flot d'habitants qui s'adonnaient Ã  la coutume du soir, la passeggiata, qui consistait en une promenade pour digÃ©rer le dÃ®ner, ainsi que de voir et d'Ãªtre vu.

AprÃ¨s une courte exploration, Jake et Tess s'assirent Ã  un bistrot de bord de mer pour savourer un cafÃ©, suivi de deux verres de vin. Castel dell'Ovo, l'un des plus vieux chÃ¢teaux d'Italie bÃ¢ti par les Romains, se trouvait en face d'eux sur une petite Ã®le de la baie. Jake s'apprÃªtait Ã  un nouveau commentaire encyclopÃ©dique mais un regard noir de Tess l'en dissuada.

Ils retournÃ¨rent Ã  l'hÃ´tel, un peu Ã©tourdis, oubliant presque la raison de leur prÃ©sence Ã  Naples. Ils prirent chacun une douche, puis Jake s'allongea sur le lit, s'extasiant de la piÃ¨tre qualitÃ© du programme tÃ©lÃ© local.

Tess sortit de la salle de bain entourÃ©e d'une serviette. Â« N'attends pas grand-chose du programme tÃ©lÃ©. Ãa ne va pas s'amÃ©liorer. La plupart des stations appartiennent Ã  Silvio Berlusconi et il est persuadÃ© que les Italiens se contenteront longtemps de cette merde. De toute faÃ§on, on a mieux Ã  faire. Â»

Elle jeta sa serviette et vint se placer au-dessus de Jake. Il n'offrit aucune rÃ©sistance.

Tess commenÃ§a Ã  l'embrasser doucement, puis avec de plus en plus d'intensitÃ©. Jake fit de mÃªme mais cette fois, elle insista pour mener la danse. Tess lui intima de rester parfaitement immobile, puis se mit Ã  couvrir son pÃ©nis en Ã©rection de baisers. Elle en aspira tendrement la tÃªte et en lÃ©cha la hampe comme s'il agissait d'une friandise. Â« Roger, mon ex, Ã©tait trÃ¨s prude et manquait d'imagination. Il ne me permettait pas de faire Ã§a Â», expliqua Tess entre deux baisers. Â« Le tien est magnifique, un vrai chef-dâÅuvre. J'aime connaÃ®tre intimement toute chose que je laisse entrer dans mon corps... DÃ©licieux. Â»

Â« Merci, mon amour, mais vas-y doucement. Je suis sÃ»r que tu as remarquÃ©, je ne suis pas circoncis. Â» Jake essaya de bouger mais elle l'en empÃªcha.

Elle se laissa tomber sur lui, petit Ã  petit, s'Ã©merveillant de cette douce invasion de son corps. Jake tenta une nouvelle fois de bouger mais elle continua de l'immobiliser en l'embrassant. Jake trouva ses prÃ©fÃ©rences de plus en plus difficile Ã  accommoder. Elle poursuivit ses baisers, bougeant Ã  son propre rythme jusqu'Ã  un frÃ©missement soudain, signe de son orgasme bouleversant.

Elle resta allongÃ©e sur lui puis commenÃ§a lentement Ã  se dÃ©tendre. Jake la renversa sur le dos et s'introduisit en douceur dans le corps de Tess. Il lui imprima de lentes et profondes poussÃ©es qui augmentÃ¨rent en intensitÃ©. BientÃ´t, Tess rÃ©pondit de mÃªme.

Elle se sentait complÃ¨tement possÃ©dÃ©e par son amant et haletait de plaisir. Jake se rÃ©pandit en elle. Ils restÃ¨rent enlacÃ©s jusqu'Ã  ce que le sommeil les engloutisse.


12 - Connais Ton Ennemi

Le lendemain matin, Jake et Tess prirent un petit-dÃ©jeuner puis se rendirent Ã  pied Ã  la  Biblioteca Nazionale Vittorio Emanuele III, la bibliothÃ¨que principale de Naples. La bibliothÃ¨que, occupant l'aile est du Palazzo Reale construit au XVIIIÃ¨me siÃ¨cle, Ã©tait un chef-dâÅuvre d'art et d'architecture royale.

Jake expliqua. Â« En termes purement quantitatifs, c'est la troisiÃ¨me plus grande bibliothÃ¨que d'Italie aprÃ¨s les bibliothÃ¨ques nationales de Rome et de Florence. Elle compte 1.480.747 volumes imprimÃ©s, 319.187 brochures, 18.415 manuscrits, plus de 8.000 journaux, 4.500 incunables et les 1.800 papyrus d'Herculanum. Â»

Tess rÃ©alisa alors que le goÃ»t de Jake pour les faits, chiffres et une incroyable connaissance de l'histoire relevait plus que du simple enthousiasme.

Â« Je me demande si je devrais Ãªtre impressionnÃ©e ou inquiÃ¨te. Ou peut-Ãªtre que tu plaisantes. Â»

Jake sourit. Â« DÃ©solÃ©. J'ai une mÃ©moire eidÃ©tique, et je me souviens de tout.

â Tout ? S'exclama Tess. Jake haussa les Ã©paules : La moindre petite pÃ©pite d'information : expÃ©riences, impressions, visages, faits, chiffres.

â J'espÃ¨re que c'est une bonne chose. Â»

Ils Ã©taient Ã  la bibliothÃ¨que pour effectuer des recherches sur la ville d'Istanbul. Le larbin du gÃ©nÃ©ral en Irak leur avait fourni une adresse. En supposant que l'information Ã©tait fiable, ils devaient localiser l'endroit et se faire une idÃ©e des environs. Ils avaient aussi besoin de dÃ©velopper une stratÃ©gie. Ils recherchÃ¨rent donc toute information pouvant Ãªtre utile : donnÃ©es, chiffres, cartes. Jake n'eut pas besoin de photocopies. Il mÃ©morisa tout.

Puis il prÃ©senta briÃ¨vement la situation. Â« Supposons qu'on retrouve Amir, il ne va pas nous donner la fille de Kejal sans rechigner. L'autre complication rÃ©side dans le fait que, en Turquie, Amir n'a enfreint aucune loi, Ã§a ne sera donc pas utile de se rendre Ã  la police. Au contraire, cela risque de soulever beaucoup de questions de la part des autoritÃ©s locales. Â»

Jake se connecta Ã  la base de donnÃ©es de la CIA qui contenait les profils des Irakiens les plus importants et y trouva le dossier d'Amir Alkan al-Saadi. Le dossier rÃ©vÃ©la qu'ils avaient affaire Ã  un adversaire redoutable.

Amir avait frÃ©quentÃ© la British Royal Military Sandhurst Academy, s'Ã©tant ainsi prÃ©parÃ© Ã  devenir un officier de l'armÃ©e ; il reÃ§ut son diplÃ´me avec les honneurs. Il poursuivit ses Ã©tudes Ã  l'UniversitÃ© de Cambridge, oÃ¹ il reÃ§ut son diplÃ´me Ã©galement avec les honneurs.

Son ascension au sein de l'armÃ©e irakienne fut fulgurante. Il fut dÃ©corÃ© pour avoir dirigÃ© une brigade dans le conflit irako-iranien, l'un des plus sanglants du siÃ¨cle.

En termes de tactiques utilisÃ©es, cette guerre avait Ã©tÃ© comparable Ã  la premiÃ¨re guerre mondiale. Les deux fronts avaient eu recours Ã  de longues guerres de tranchÃ©es, avec barbelÃ©s, postes de mitrailleurs, charges Ã  la baÃ¯onnette et vagues d'attaques de soldats entre les deux fronts.

Les combattants firent Ã©galement usage d'armes chimiques comme le gaz moutarde, utilisÃ© par les Irakiens contre les troupes iraniennes. Les Iraniens rÃ©pliquÃ¨rent de mÃªme.

Un autre fait d'armes fit Ã©tat d'Amir, alors colonel, commandant une brigade de chars de la Garde RÃ©publicaine pendant la guerre du Golfe. Il Ã©tait l'un des rares survivants aprÃ¨s que son unitÃ© fut anÃ©antie par les AmÃ©ricains.

ConsidÃ©rÃ© comme un haut-gradÃ© important de l'armÃ©e irakienne, Amir sut se tenir Ã  l'Ã©cart de Saddam Hussein en ne rejoignant pas son premier cercle.

Jake se gratta la tÃªte. Â« Câest un type coriace, rusÃ©, compÃ©tent et expÃ©rimentÃ©, pour ne pas mentionner impitoyable. Je ne vois pas comment le convaincre de relÃ¢cher cette enfant si elle est encore en vie. Â»

Tess, revivant les quelques heures passÃ©es avec Amir, sembla perdre confiance. Â« Toutes les chances sont de son cÃ´tÃ©. Il doit y avoir un moyen pourtant. Â»

Jake poursuivit sa lecture. Â« Il semble qu'il n'ait aucune intention de rentrer de sitÃ´t en Irak. Il attendra probablement que la guerre soit finie et que les choses se soient calmÃ©es.

â Je pense qu'il peut se le permettre. Je lis ici que la fortune familiale est ancienne, qu'il possÃ¨de plusieurs maisons en Europe et qu'il a sÃ»rement des contacts un peu partout. Il m'a Ã©galement dit que des membres de sa famille avait tenu des postes diplomatiques importants depuis l'Ã©poque de l'Empire Ottoman. Â»

Jake repoussa sa chaise et croisa les mains. Â« En supposant qu'on le retrouve, nous pourrons peut-Ãªtre le persuader d'une faÃ§on ou d'une autre en lui offrant une carotte en Ã©change de la fillette. Â» Tess se dÃ©tourna un instant de l'ordinateur. Â« Qu'entends-tu par carotte ?

â Je suis certain que les alliÃ©s et le nouveau gouvernement irakien voudront arrÃªter les hommes de Saddam pour qu'ils rÃ©pondent de leurs atrocitÃ©s envers leur propre peuple. Je peux peut-Ãªtre mettre au point une promesse d'immunitÃ© s'il coopÃ¨re.

â Si tes contacts peuvent nous faire Ã§a, en effet cela pourrait marcher, observa Tess, mais je me souviens qu'il avait bien fait attention de se tenir Ã  l'Ã©cart des actes par trop rÃ©prÃ©hensibles du camp de Saddam. Il se peut qu'il ne se sente pas menacÃ© puisqu'il n'a rien fait de mal.

â As-tu mentionnÃ© qu'il avait Ã©tÃ© impliquÃ© dans le gazage des Kurdes ? Jake demanda. Ãa peut servir de levier. Â»

Tess fut prise d'une vague de tristesse Ã  la pensÃ©e de Kejal qui s'Ã©tait sacrifiÃ©e pour l'aider Ã  retrouver la libertÃ©. Â« La mÃ¨re de cette petite fille est morte ; et tout dÃ©pend de notre capacitÃ© Ã  prouver sa participation Ã  ce massacre, et si mÃªme il s'en sent coupable.

â Beaucoup de 'si", observa Jake, mais c'est le seul atout dont on dispose. Â»

Tess se leva. Â« Allons Ã  Istanbul et, de lÃ , on avisera. Â»

Jake se dÃ©connecta de l'ordinateur et remarqua qu'il leur fallait un plan plus solide. Â« Quel genre de plan ? Je n'en ai aucune idÃ©e. Â» Ils quittÃ¨rent la bibliothÃ¨que en silence.

Sur le chemin du retour vers l'hÃ´tel, Jake demanda : Â« As-tu pensÃ© Ã  ce qui adviendrait de cette enfant si on parvient Ã  la libÃ©rer ? Â» Tess s'arrÃªta. Â« Non. Je n'ai pas encore rÃ©flÃ©chi Ã  Ã§a. Â»


13 - Istanbul

Le GÃ©nÃ©ral Amir Alkan al-Saadi sortit d'un majestueux Ã©difice. Il venait de rendre visite Ã  un ami qui Ã©tait Ã©galement ministre du gouvernement turc. Ils avaient discutÃ© de l'invasion de l'Irak et des possibles consÃ©quences du conflit dans la rÃ©gion.

Amir n'Ã©prouvait que du mÃ©pris pour la naÃ¯vetÃ© des AmÃ©ricains, pour leur croyance absurde que la soi-disant dÃ©mocratie serait souhaitable pour le Moyen-Orient. Les Arabes n'avaient jamais eu de dÃ©mocratie. Tout au long de leur histoire, c'est le culte de l'homme fort qui leur avait Ã©tÃ© imposÃ©. Pour ces sociÃ©tÃ©s tribales aux coutumes et attitudes bien Ã©loignÃ©es du monde occidental, il ne pouvait voir comment toute autre modÃ¨le politique puisse Ãªtre souhaitable ni mÃªme acceptable.

L'histoire de l'Irak exemplifiait la turbulence et l'interfÃ©rence des forces occidentales. En 1920, l'Irak fur placÃ© sous autoritÃ© britannique par un mandat de la SociÃ©tÃ© des Nations. Les Britanniques installÃ¨rent FayÃ§al Ier d'Irak, roi hachÃ©mite, qui avait Ã©tÃ© forcÃ© de quitter la Syrie Ã  la fin de son "entente politique" avec les FranÃ§ais. Les autoritÃ©s britanniques placÃ¨rent plusieurs Ã©lites arabes d'obÃ©dience sunnite Ã  certains postes ministÃ©riels et gouvernementaux.

Puis la Grande-Bretagne accorda l'indÃ©pendance Ã  l'Irak en 1932. Quelques rois Ã©phÃ©mÃ¨res se succÃ©dÃ¨rent jusqu'en 1941, lorsqu'un coup dâÃ©tat mit fin au gouvernement. Pendant le conflit anglo-irakien qui suivit, les Britanniques - qui y avaient conservÃ© des bases aÃ©riennes - envahirent l'Irak de crainte que le nouveau gouvernement, alignÃ© aux Forces de l'Axe, n'interrompe la fourniture de pÃ©trole aux nations occidentales.

La monarchie hachÃ©mite fut restaurÃ©e, suivie d'une occupation militaire. Celle-ci prit fin en 1947 bien que la Grande-Bretagne conservÃ¢t ses bases militaires en Irak jusqu'en 1954. L'Irak vÃ©cut alors sous une succession de premiers ministres autocratiques.

Un autre coup d'Ã©tat, en 1958, mit fin Ã  la monarchie. Plusieurs gÃ©nÃ©raux se succÃ©dÃ¨rent jusqu'Ã  l'arrivÃ©e du GÃ©nÃ©ral Saddam Hussein au pouvoir en 1979. Depuis lors, l'Irak a Ã©tÃ© maintenue sous sa poigne de fer. Tout comme les Britanniques auparavant, il perpÃ©tua au sein du gouvernement une domination sunnite, et supprima la majoritÃ© de Chiites et de Kurdes. Ces trois peuples ne parvenaient pas Ã  sâentendre. Ils avaient Ã©tÃ© contraints de coexister dans un territoire dont le tracÃ© Ã©tait totalement artificiel.

Maintenant que l'Irak avait Ã©tÃ© conquis par la Coalition alliÃ©e, le pays avait besoin d'Ãªtre gouvernÃ©. Amir estimait la tÃ¢che hautement compliquÃ©e. Il avait peu d'espoir d'un successeur aussi compÃ©tent que Saddam. La situation ne prÃ©sageait rien de bon.

Anticipant le pire, Amir avait fait enlever les piÃ¨ces d'hÃ©ritages les plus importantes de sa rÃ©sidence en Irak et les dispersa entre ses rÃ©sidences dâIstanbul, de Paris et de Londres. Il se prÃ©parait Ã  faire profil bas jusqu'Ã  ce que les choses sâÃ©claircissent.

En raison de son influence, il obtint l'assurance des autoritÃ©s turques qu'il y serait toujours le bienvenu. AprÃ¨s tout, plusieurs de ses ancÃªtres avaient Ã©tÃ© gÃ©nÃ©raux et ministres de l'Empire Ottoman ; sa famille possÃ©dait un manoir dans le Bosphore depuis deux siÃ¨cles.

La voiture d'Amir arriva devant sa rÃ©sidence et il congÃ©dia le chauffeur. Il traversa le jardin et parvint devant la maison ; une femme et un enfant s'y trouvaient, plongÃ©s dans la lecture d'un livre. La petite fille le vit et courut vers lui avec un cri de joie. Â« Oncle Amir ! Â»

Il la souleva dans ses bras et elle l'Ã©treignit. Â« Tu m'as manquÃ©, oncle Amir Â», roucoula-t-elle. Â« Tu restes avec nous ? Â»

Amir embrassa la fillette sur la joue et la fit tourner en une pirouette, provoquant une autre cascade de rires. Il l'emmena Ã  l'intÃ©rieur de la maison et lui montra les jouets qu'il lui avait rapportÃ©s.

Elle sauta de ses bras et commenÃ§a Ã  ouvrir ses cadeaux. Maintenant qu'elle Ã©tait occupÃ©e, Amir ressortit dans le jardin ; il voulait s'entretenir avec le chef de sa garde. Ils inspectÃ¨rent le terrain, et tout en marchant le long de la clÃ´ture ornementÃ©e, ils discutÃ¨rent des dispositifs de sÃ©curitÃ© et de leur maintenance, et des affaires courantes.

Il prit son dÃ®ner seul, rÃ©flÃ©chissant Ã  une stratÃ©gie pour faire face Ã  ce monde en plein chaos. Devait-il tout simplement abandonner l'Irak ou y retourner ? Et dans ce cas, quel rÃ´le jouerait-il ? N'Ã©tait-il pas mieux de prendre sa retraite et de vivre une vie de confort ?

Enfin, il rÃ©flÃ©chit Ã  une question importante. Qu'allait-il dire Ã  Aara Ã  propos de ce qui Ã©tait arrivÃ© Ã  sa mÃ¨re ?


14 - Interlude

Sur le chemin du retour vers la Pensione Ã  Naples, Jake fit un dÃ©tour vers le Consulat de Turquie et se procura deux formulaires de visa pour la Turquie.

Le lendemain, Jake et Tess prirent un taxi pour l'aÃ©roport et s'envolÃ¨rent pour Istanbul.

Ã travers le hublot, Tess regardait la ville et s'Ã©merveilla de sa taille et des monuments historiques instantanÃ©ment reconnaissables.

Jake, comme Ã  son habitude, accÃ©da Ã  ses connaissances encyclopÃ©diques et rappela quelques informations essentielles sur Istanbul. Â« La ville a Ã©tÃ© fondÃ©e vers 600 av. J.-C. sous le nom de Byzance. Elle prit le nom de Constantinople en 330 et, durant presque seize siÃ¨cles, elle fut la capitale des Empires Romain et Byzantin. Les Ottomans conquirent la ville en 1453 et en firent un bastion islamique et le siÃ¨ge du Califat Ottoman. Â»

Tess se demanda si elle pourrait supporter longtemps de vivre avec une encyclopÃ©die vivante.

AprÃ¨s l'atterrissage, ils passÃ¨rent rapidement les formalitÃ©s de douane et se rendirent en taxi Ã  une maison sÃ©curisÃ©e, grÃ¢ce Ã  l'amabilitÃ© de la CIA. Tess ne cessait d'Ãªtre surprise par l'efficacitÃ© de Jake dans l'organisation de la logistique. Ils montÃ¨rent au second Ã©tage. Jake prit la clÃ© cachÃ©e sur le rebord supÃ©rieur de la porte et fit entrer Tess dans un grand appartement Ã©lÃ©gant Ã  deux chambres et une salle de sÃ©jour confortable. Jake dÃ©voila que l'appartement pouvait parfois abriter jusqu'Ã  cinq personnes. Tess se garda de s'enquÃ©rir plus sur la prÃ©sence de cinq agents de la CIA Ã  Istanbul.

L'appartement se trouvait dans la Rue Millet, Ã  10 minutes des attractions principales et idÃ©alement situÃ© entre deux stations de mÃ©tro.

Â« Si nous en avons le temps, on ira dÃ©couvrir les grandes attractions de la ville", offrit Jake. "On pourrait aller dans le quartier de Sultanahmet ; c'est un endroit fantastique pour les fÃ©rus d'histoire. Demain on peut aller visiter la MosquÃ©e Bleue, la Citerne Basilique et puis Hagia Sofia, ensuite on ira se promener, trouver Ã  manger et faire une pause. AprÃ¨s, s'il nous reste assez d'Ã©nergie, on ira visiter le Palais de Topkapi, l'Hippodrome et le musÃ©e de mosaÃ¯que. Â»

Tess sourit. Â« Cela peut Ãªtre Ã©puisant, l'histoire. Â»

Jake essaya de contenir son enthousiasme. Â« Quand je me trouve dans un lieu passionnant, Ã§a devient une obsession, je deviens touriste Ã  plein temps mÃªme quand tout le monde baisse les bras.

â S'il te plaÃ®t, ne m'y force pas, dit Tess en disposant ses vÃªtements dans la penderie. N'oublions pas la raison de notre prÃ©sence ici.

â Zut Â», fut sa rÃ©ponse.

Jake attrapa Tess par la taille et l'embrassa. Â« Je promets de ne pas t'Ã©puiser, du moins pas de cette faÃ§on. Allons trouver Ã  manger. Â»

En descendant l'escalier, Jake expliqua qu'Istanbul Ã©tait cÃ©lÃ¨bre pour sa cuisine de rue. Â« Les restaurants locaux, les dÃ¶ner, sont l'idÃ©al tant pour le goÃ»t que pour le prix. Si on trouve les bons endroits, la cuisine peut y Ãªtre excellente. Â»

Tess sourit Ã  nouveau. Â« Et Monsieur Vickers sait toujours oÃ¹ aller. Â»

Jake sentit un lÃ©ger sarcasme mais ne prit pas la mouche. Â« Je suis comme Ã§a. OÃ¹ que je me trouve, je me sens attirÃ© par la cuisine locale et il y en a une trÃ¨s grande variÃ©tÃ© ici. Â»

L'entrÃ©e de la Rue Istiklal dÃ©bordait de douzaines de petits dÃ¶ner qui restaient ouvert Ã  longueur de journÃ©e. Comme d'habitude, son enthousiasme le poussa Ã  creuser dans ses connaissances encyclopÃ©diques de la cuisine turque. Il dÃ©signa tour Ã  tour les plats prÃ©sentÃ©s dans les boutiques et par les vendeurs de rue.

Â« Nous avons l'embarras du choix : Le Balik-Ekmek est un sandwich farci d'un petit poisson frit et garni de tranches de tomates et d'oignons.

Hamsi. En automne et en hiver, les anchois de la Mer Noire migrent Ã  travers le dÃ©troit du Bosphore. L'un des plats typiques est constituÃ© d'une portion de friture de poissons servie avec de l'oignon cru et du pain. Manger le poisson entier, c'est excellent.

Le Patso est un sandwich fait d'un hot-dog et de frites. Ils sont trÃ¨s populaires et on les retrouve dans tous les petits buffets le long de la cÃ´te. Cette nourriture est tout Ã  fait abordable et on pourrait croire qu'elle est mÃ©diocre, mais ce n'est pas du tout le cas. Ces marchands servent de jour comme de nuit, ils vendent prÃ¨s de mille sandwiches par jour. Leur marge de profit est mince mais ils font fortune sur le nombre de ventes, ce qui leur permet de ne pas nÃ©gliger la qualitÃ©. Les hamburgers peuvent parfois poser problÃ¨me, je te dÃ©conseille ceux d'Uskudar, mais ne rate pas les hamburgers Ã©picÃ©s de Taksim.

â Nous y revoilÃ , l'EncyclopÃ©die en plein travail. Tess avait du mal Ã  garder la cadence.

â Tu peux aussi goÃ»ter au Kumpir, un en-cas ou un repas complet, c'est selon. C'est originaire d'Albanie, mais dans sa forme actuelle, il est maintenant typique de la Turquie. En gros, c'est une pomme de terre cuite au four farcie d'un choix de garnitures diverses, fromage rÃ¢pÃ©, mayonnaise, ketchup, cornichons, maÃ¯s doux, tranches de saucisses, carottes, champignons et salade russe entre autres. Â»

Tess l'interrompit. Â« Oh lÃ , ralentis ! J'ai le vertige.

â DÃ©solÃ©, dit Jake. Je vais commander pour tous les deux, si Ã§a ne te dÃ©range pas ! Â»

Comme Tess n'avait aucune idÃ©e de ce qu'elle allait choisir, elle accepta.

Ils prirent place pour dÃ®ner. Tess dut admettre que ces plats exotiques Ã©taient savoureux. Entre deux bouchÃ©es, elle s'enquit : Â« Je ne savais pas que tu parlais le turc ? Â»

Jake se prÃ©parait Ã  fournir l'habituel exposÃ© exhaustif sur le sujet mais se ravisa. Â« Je peux apprendre une nouvelle langue en une ou deux semaines, en tout cas assez pour Ãªtre opÃ©rationnel.

â Tu es vraiment redoutable, toi ! observa Tess toujours occupÃ©e Ã  manger.

â Pas de soucis, ma chÃ¨re, je suis de ton cÃ´tÃ©. Jake rÃ©pondit. Je suis fascinÃ© par l'Ã©tude des langues. L'un des faits intÃ©ressants de la langue turque, c'est qu'en 1928, au cours des premiÃ¨res annÃ©es de la RÃ©publique de Turquie, l'une des rÃ©formes d'AtatÃ¼rk fut de remplacer l'Ã©criture ottomane par l'alphabet latin.

â J'imagine que la CIA te trouve trÃ¨s utile Â», nota Tess.

Jake rÃ©pondit en plaisantant : Â« Oui, mais je ne peux pas te parler de comment ils m'utilisent. Autrement, je devrais t'Ã©liminer. Â»

De retour dehors, Jake poursuivit son descriptif de la cuisine locale.

Â« Dans les kiosques de rue, on peut trouver de la dondurma, la glace locale. Quelque chose Ã  ne pas rater. Elle est composÃ©e d'extrait d'orchidÃ©e, ce qui lui donne une texture incroyablement tendre et filandreuse. Essaie ! Â»

Ils achetÃ¨rent des cÃ´nes de ce dÃ©lice puis poursuivirent l'exploration du paysage culinaire.

Â« Jake, je ne me sens pas vraiment bien Â», annonÃ§a Tess. Elle allait en fait parfaitement bien ; c'est juste qu'elle en avait assez des cours magistraux sur la cuisine exotique. Jake Ã©tait assez perspicace pour deviner que Tess allait bien. Il arrÃªta son exposÃ©.

De retour Ã  l'appartement, Jake rÃ©cupÃ©ra un message au guichet de la rÃ©ception. C'Ã©tait une enveloppe scellÃ©e provenant de ses contacts. Ils avaient maintenant une adresse confirmÃ©e Ã  Istanbul pour le GÃ©nÃ©ral Amir Alkan al-Saadi. Il Ã©tait temps de se mettre au travail.


15 - Confrontation

Un taxi dÃ©posa Jake et Tess sur YenikÃ¶y Caddesi, l'une des plus belles rues d'Istanbul. Deux longues rangÃ©es de platanes en bordaient les cÃ´tÃ©s.

Le quartier est rÃ©putÃ© pour ses Yalis, ces maisons ou manoirs qui sont, pour la plupart, construits sur le bord de mer, sur le dÃ©troit du Bosphore. Quelques 620 rÃ©sidences cÃ´tiÃ¨res demeurent encore, constituant un des lieux marquants de la ville.

Ils trouvÃ¨rent la majestueuse maison qui, d'aprÃ¨s les renseignements obtenus par Jake, Ã©tait la demeure du GÃ©nÃ©ral al-Saadi. L'extÃ©rieur des clÃ´tures Ã©tait fait de bois finement travaillÃ© et un jardin agrÃ©able crÃ©ait une atmosphÃ¨re accueillante et paisible.

Des stratÃ©gies que Tess et Jake avaient envisagÃ©es, ils optÃ¨rent pour une approche directe mais discrÃ¨te. Pas de subterfuge. Ils dÃ©cidÃ¨rent de demander Ã  voir al-Saadi. Si tout allait bien, ils parviendraient peut-Ãªtre Ã  le convaincre que laisser partir la fillette pouvait se tourner Ã  son avantage. L'autre alternative aurait Ã©tÃ© d'entrer par effraction et d'enlever l'enfant, entreprise dangereuse.

Ils s'approchÃ¨rent du portail et sonnÃ¨rent. Un garde en uniforme apparut.

Â« Bonjour. Nous souhaitons voir le GÃ©nÃ©ral Alkan al-Saadi Â», dit Jake en turc, langue tout nouvellement apprise.

Le garde le regarda, surpris. Â« Le gÃ©nÃ©ral ne reÃ§oit que sur rendez-vous.

â Dites-lui que Tess Turner dÃ©sire lui parler Â», dit Tess. Jake traduisit.

Le garde paraissait toujours suspicieux. Â« Attendez lÃ  Â», dit-il avant de disparaÃ®tre dans la propriÃ©tÃ©.

Cinq minutes plus tard, quatre membres de la garde sortirent de la maison et ouvrirent le portail. Ils escortÃ¨rent le couple et le menÃ¨rent vers un grand hall d'entrÃ©e.

Un homme qui semblait Ãªtre un majordome s'approcha d'eux et pointa Jake du doigt. Â« Vous, attendez ici. Le gÃ©nÃ©ral ne recevra que Mademoiselle Turner. Â» Les gardes dÃ©crochÃ¨rent leurs armes de leurs Ã©paules pour dissuader Jake de tout potentiel refus.

Â« Jake, fais ce qu'ils disent. Je peux gÃ©rer Ã§a Â», l'assura Tess. Les gardes s'emparÃ¨rent de Jake et le firent asseoir. Jake se figea, le regard menaÃ§ant, se tenant prÃªt Ã  bondir et frapper comme un serpent. Â« Jake, Ã§a va aller. Â» Elle tourna les talons et suivit le majordome.

Tes fut guidÃ©e vers un large bureau dÃ©corÃ© de meubles d'Ã©poque prÃ©cieux. Le gÃ©nÃ©ral Ã©tait Ã  son bureau. Il en claqua la surface de ses deux mains.

Â« Tess, quelle surprise de vous revoir ! Ãtes-vous venue vous excuser du terrible mal de crÃ¢ne que vous m'avez causÃ© ?

â Je suis dÃ©solÃ©e d'avoir eu Ã  le faire, GÃ©nÃ©ral, mais je suis certaine que vous comprenez les circonstances qui m'ont amenÃ©e Ã  le faire.

â Pas de souci, vous Ãªtes pardonnÃ©e. Asseyez-vous et, Tess, je vous prie de m'appeler Amir. Â»

Tess se sentit frissonner, se remÃ©morant les Ã©vÃ©nements dÃ©plaisants qu'elle avait vÃ©cus dans la maison d'Amir en Irak.

Â« GÃ©nÃ©ral, le guerre en Irak est presque finie et je suis venue discuter, d'une maniÃ¨re civilisÃ©e, d'un sujet important. Â»

Amir ne montra aucune hÃ¢te Ã  parler affaires. Â« Vous Ãªtes toujours aussi belle. Il manque juste cette robe que vous aviez portÃ©e pour moi la derniÃ¨re fois. Elle mettait vos vertus magnifiquement en valeur.

â Tess, puis-je demander qui est le monsieur qui vous accompagne ?

â Juste un guide qui m'aide Ã  me dÃ©placer en ville, expliqua-t-elle.

â VoilÃ  qui est sage ; Istanbul peut s'avÃ©rer Ãªtre un vrai labyrinthe. Â»

Amir fit un geste vers un plateau de friandises. Â« Puis-je vous faire une offrande de paix ? Du thÃ©, peut-Ãªtre ?

â Non merci, GÃ©nÃ©ral. Je suis ravie que vous parliez de paix. Une parfaite entrÃ©e en matiÃ¨re pour ma prÃ©sence ici. Â»

Amir parut dÃ©Ã§u. Â« Que les affaires, pas de plaisir. Comme c'est dÃ©cevant. Moi qui espÃ©rais que vous reconsidÃ©reriez mon offre. Â»

Tess en vint au fait. Â« GÃ©nÃ©ral, je suis venue parler de la fille de Kejal. Â»

Amir prit un petit bonbon et approcha une chaise de Tess. Il prit une gorgÃ©e de thÃ©, reposa sa tasse et fixa Tess d'un regard intense. Â« Quel intÃ©rÃªt pourriez-vous bien avoir pour une enfant que vous n'avez jamais rencontrÃ©e ? Et qu'est-ce qui vous fait penser qu'elle est ici avec moi ?

â Elle est la fille de Kejal et, avant qu'elle ne meure, je lui ai promis de la mettre en sÃ»retÃ©. Â»

Une colÃ¨re croissante se lut sur le visage d'Amir. Â« Kejal est morte par votre faute ! J'avais de l'affection pour elle.

â Kejal a Ã©tÃ© tuÃ©e par vos hommes !

â Cela ne se serait pas produit si vous aviez coopÃ©rÃ© avec moi. Je vous avais offert le monde ! Â»

Tess fixa Amir d'un regard glacial. Â« Vous m'aviez offert le viol ! Â»

Amir prit une autre gorgÃ©e de thÃ©. Â« Il existe plusieurs faÃ§ons d'interprÃ©ter les faits. La vÃ´tre est plutÃ´t tranchÃ©e ! Â»

Tess se leva. Â« OÃ¹ est la petite ?

â Cela est mon affaire et j'attends encore la raison de savoir pourquoi vous la voulez. Que feriez vous d'elle ? La placer en orphelinat ? Car grÃ¢ce Ã  vous, elle n'a plus de famille ! Â»

Tess dÃ©cida de changer cette hostilitÃ© en dialogue et se rassit. Â« GÃ©nÃ©ral, une fois la guerre terminÃ©e, certains chercheront Ã  se venger. Saddam Hussein et ses proches seront amenÃ©s Ã  rÃ©pondre de leurs crimes. Vous ne voudriez pas Ãªtre de ceux-lÃ , n'est-ce pas ? Nous pouvons vous aider Ã  retourner en Irak en tout honneur si vous faites preuve de raison et laissez partir la petite fille. Â»

Amir se mit Ã  rire. Â« Vous ne savez pas Ã  qui vous avez Ã  faire. J'ai des amis haut placÃ©s ici et en Europe. Les politiciens qui protÃ¨gent mes intÃ©rÃªts sont Ã  ma merci. Et de toute faÃ§on, il n'y a rien de rÃ©prÃ©hensible Ã  me reprocher. Il existe bien plus de personnes qui ont commis des crimes bien pires. Certains paieront, pas moi ! Â»

Tess lui lanÃ§a un regard glacial. Â« Vous avez gazÃ© des villages kurdes ! C'est ainsi que vous aviez capturÃ© Kejal !

â Vous croyez Ã§a ? Amir secoua la tÃªte, incrÃ©dule. D'oÃ¹ vous viennent vos renseignements ? Vous Ãªtes bien crÃ©dule Ã  propos de ce qui se dit dans votre presse et dans votre propagande.

â Vous dites que les massacres n'ont pas eu lieu ?

â Oh si, ils ont bien eu lieu, mais pas de la faÃ§on dont vous le pensez. Je n'ai pas Ã  m'expliquer Ã  vous mais je vais vous offrir une once de clartÃ© pour dissiper cette science fiction. Â» Amir se retira derriÃ¨re son bureau et commenÃ§a.

Â« Votre PrÃ©sident Bush a envahi l'Irak sur le prÃ©texte que des Kurdes avaient Ã©tÃ© gazÃ©s en mars 1988 Ã  Halabja, une ville proche de la frontiÃ¨re iranienne. Cette atrocitÃ© a Ã©tÃ© commise vers la fin de la guerre d'Iran et d'Irak qui avait durÃ© huit ans. Mais en vÃ©ritÃ©, personne ne peut prouver que ce furent des armes chimiques irakiennes qui ont tuÃ© les Kurdes.

Â« Au cours d'une bataille, l'Irak avait utilisÃ© des armes chimiques contre les troupes iraniennes qui s'Ã©taient emparÃ©es de la ville. Les Kurdes qui y ont trouvÃ© la mort avaient malheureusement Ã©tÃ© pris dans cet Ã©change. Mais ils n'Ã©taient pas la cible de l'Irak.

Â« ImmÃ©diatement aprÃ¨s la bataille, la US Defense Intelligence Agency a publiÃ© un rapport confidentiel. Ils transmirent l'information aux autres agences de renseignements de faÃ§on confidentielle. Leur conclusion Ã©tablissait que c'Ã©tait du gaz iranien, et non irakien, qui avait tuÃ© les Kurdes. Les Kurdes avait Ã©tÃ© tuÃ©s par un agent hÃ©motoxique, un gaz Ã  base de cyanure â gaz qu'on savait utilisÃ© par l'Iran.

Les Irakiens ne possÃ©daient pas dâagent hÃ©motoxique Ã  l'Ã©poque. Les gens du milieu Ã©taient bien au fait de ces informations mais n'en faisaient que rarement mention parce que cela n'Ã©tait pas commode et que le plan Ã©tait de lancer une offensive injustifiÃ©e contre l'Irak. Â»

AprÃ¨s un moment de silence, Tess dit : Â« Ce que vous dites peut, ou peut ne pas, Ãªtre vrai. Le problÃ¨me est que les AlliÃ©s ont Ã©tÃ© amenÃ©s Ã  croire que l'Irak est responsable de cet acte, ce qui veut dire que des accusations seront portÃ©es sur ceux qui Ã©taient impliquÃ©s au moment des faits. Vous pouvez rÃ©duire ce risque, GÃ©nÃ©ral, si vous acceptez de coopÃ©rer et si vous libÃ©rez la petite. Â»

Le gÃ©nÃ©ral sourit. Â« Et vous, un officier subalterne, vous useriez de votre faible influence pour disculper un haut responsable irakien pour le salut d'un enfant dont personne ne se soucie. Pour moi, c'est un faux-problÃ¨me car, comme vous, les AmÃ©ricains, le dites si bien, il y a de plus gros poisson Ã  frire. Je suis franchement offensÃ© que vous m'ayez cru si crÃ©dule. Â»

Tess se leva. Â« Votre rÃ©ponse est donc non ? Â»

Amir s'approcha de Tess. Â« Si ma rÃ©ponse est 'peut-Ãªtre', vous reverrais-je ? Je ne suis pas rancunier. Revenez me voir et nous pourrons en discuter. Â»

Tess n'en revenait pas de l'insistance de cet homme. Â« Ãtes-vous en train de suggÃ©rer que nous pouvons trouver un accord ?

â Cela est possible si vous acceptez de me revoir. Â»

Tess regarda le gÃ©nÃ©ral. Â« Comment pouvez-vous possiblement vouloir Ãªtre avec quelqu'un qui vous dÃ©teste ? Â» Elle regretta aussitÃ´t ses paroles.

Mais Ã  sa surprise, Amir ne sembla pas prendre offense. Â« Tess, changer l'opinion des gens est mon travail. Pensez-y. Passez une bonne journÃ©e. Â»




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