Le Cahier Gnostique : Tome Un
Lambert Timothy James










LE CAHIER GNOSTIQUE :



TOME UN



Copyright 2015 Timothy James Lambert




Table des MatiÃ¨res


Page de Titre (#u67b09ed2-f887-577c-bec4-87ca645623b9)

Droits d'Auteur (#u441bd5bc-e92a-5d4e-9ea8-434519629608)

TABLE DES MATIÃRES (#u8c8f0910-230f-5110-b786-17c1ccf33914)

Introduction (#u27c803d6-8f6c-58f0-b97c-85f20eeeba35)

Les systÃ¨mes de mÃ©morisation (#u1db3a045-a071-5949-b998-06bb83ca1084)

Les contes de fÃ©es (#u669603ad-7992-5d9e-8654-899afcbe5f70)

Au-delÃ  des contes de fÃ©es (#litres_trial_promo)

Travaux citÃ©s (#litres_trial_promo)

Bibliographie (#litres_trial_promo)

Avant de se quitter (#litres_trial_promo)














TABLE DES MATIÃRES







Introduction (#u420f13e1-9227-4c2c-84aa-7e5d098e8c64)

Pourquoi ce livre ? (#u420f13e1-9227-4c2c-84aa-7e5d098e8c64)

Les deux significations du mot Â« gnostique Â» (#udf99ae33-26eb-420b-a600-674cb55218d8)

Les systÃ¨mes de mÃ©morisation (#u52afe3db-335b-4791-a296-e41896d69669)

Un simple systÃ¨me de mÃ©morisation (#u52afe3db-335b-4791-a296-e41896d69669)

Manteaux pourpres, couronnes, et tache de sang (#ua6a179f8-dc09-4b1c-8611-184a5a2f52c2)

Les Ãvangiles : un ancien systÃ¨me de mÃ©morisation littÃ©raire ? (#u15514861-627e-4c85-bc62-1b97bd4e8366)

La StÃ©ganographie : cacher les messages en les exposant Ã  la vue de tous (#ue4f9af71-5384-41e9-96a1-502f365182d3)

Les contes de fÃ©es (#u8771aa2c-6491-4419-a7ba-ec24b72ecc32)

LE VIOLON MERVEILLEUX (#u8771aa2c-6491-4419-a7ba-ec24b72ecc32)

InterprÃ©tation du VIOLON MERVEILLEUX (#u852e3a6a-7685-4e21-914f-042035129ebb)

Gurdjieff et la triade (#uc148fd8a-0b42-45d9-9cb3-9332f57e09cd)

DÃ©cryptage du VIOLON MERVEILLEUX (#litres_trial_promo)

Sens cachÃ© du VIOLON MERVEILLEUX (#litres_trial_promo)

Le Secret final du VIOLON MERVEILLEUX (#litres_trial_promo)

Trois niveaux de signification (#litres_trial_promo)

De la coÃ¯ncidence Ã  la certitude (#litres_trial_promo)

LA CLEF DâOR (#litres_trial_promo)

InterprÃ©tation de la CLEF DâOR (#litres_trial_promo)

LES TROIS FAINÃANTS (#litres_trial_promo)

InterprÃ©tation des TROIS FAINÃNANTS (#litres_trial_promo)

La triade dans les TROIS FAINÃANTS (#litres_trial_promo)

Le Yi King comme clef de dÃ©cryptage (#litres_trial_promo)

Identification des Hexagrammes dans LES TROIS FAINÃANTS (#litres_trial_promo)

LâHexagramme 18, la Montagne, en haut, et le Bois-Vent, en bas : Le Travail sur ce qui a Ã©tÃ© corrompu (#litres_trial_promo)

ProblÃ¨mes de disponibilitÃ© des clefs nÃ©cessaires (#litres_trial_promo)

Qui Ã©tait Johannes Pauli ? (#litres_trial_promo)

Johannes Trithemius et sa Steganographia (#litres_trial_promo)

LE BAL DES DOUZE PRINCESSES (#litres_trial_promo)

DÃ©cryptage du BAL DES DOUZE PRINCESSES (#litres_trial_promo)

Le BAL DES DOUZE PRINCESSES Version annotÃ©e (#litres_trial_promo)

RÃ©flexions finales sur LE BAL DES DOUZE PRINCESSES (#litres_trial_promo)

Au-delÃ  des contes de fÃ©es (#litres_trial_promo)

Travaux citÃ©s (#litres_trial_promo)

Bibliographie (#litres_trial_promo)

Avant de se quitter (#litres_trial_promo)














Introduction

Pourquoi ce livre ?







JâÃ©cris ce cahier pour tenter de consigner mes Â« dÃ©couvertes Â». Je mets le mot Â« dÃ©couvertes Â» entre guillemets parce que je nâai peut-Ãªtre rien dÃ©couvert du tout. En fait, je suis presque certain dâavoir dÃ©couvert quelque chose de trÃ¨s important. Cependant, pour autant que soit dotÃ© le cerveau humain pour trouver un sens au milieu du bruit, et Ã©tant donnÃ© que je nâai pas Ã©tÃ© en mesure de trouver la bonne revue acadÃ©mique dans laquelle publier mes rÃ©sultats, je nâai pas grand-chose Ã  ajouter au-delÃ  de ma propre capacitÃ© limitÃ©e Ã  sÃ©parer ce qui est significatif de ce qui ne lâest pas.

Quoi quâil en soit, jâai dÃ©cidÃ© de rassembler toutes mes recherches et de les consigner dans ce cahier afin que dâautres puissent vÃ©rifier mon raisonnement et examiner mes constatations pour dÃ©terminer si jâai effectivement dÃ©couvert quelque chose dâintÃ©ressant. Si ce nâest pas le cas, ce cahier pourrait servir dâavertissement ou dâexemple Ã  Ã©viter quand on fait ce genre de recherche.




Les deux significations du mot Â« gnostique Â»


Il peut y avoir une certaine confusion autour de mon utilisation du mot Â« gnostique Â» dans le titre de cet ouvrage. Le mot a deux dÃ©finitions de base.

La premiÃ¨re dÃ©finition concerne le mot en tant quâadjectif. Dans ce cas, la dÃ©finition est : qui se rapporte Ã  la connaissance, en particulier la connaissance mystique Ã©sotÃ©rique.

La deuxiÃ¨me dÃ©finition correspond au substantif, auquel cas la dÃ©finition est : un adhÃ©rent du gnosticisme. Le gnosticisme Ã©tait un mouvement de lâÃglise chrÃ©tienne du IIe siÃ¨cle qui soutenait que le monde avait Ã©tÃ© crÃ©Ã© par un crÃ©ateur ignorant, le dÃ©miurge. Le vrai Dieu, qui existait en dehors de cette crÃ©ation imparfaite, donna Ã  JÃ©sus la connaissance secrÃ¨te nÃ©cessaire pour sâen Ã©chapper et lâenvoya comme un Ã©missaire aux esprits perdus pris au piÃ¨ge dans ce monde.

Il y avait deux principales souches Ã  la pensÃ©e gnostique : lâÃ©cole de Jean et lâÃ©cole de Thomas. LâÃ©cole de Jean correspond Ã  la deuxiÃ¨me dÃ©finition du mot Â« gnostique Â» mentionnÃ©e plus haut. Il se prÃ©occupait de la nature du dÃ©miurge et de lâÃ©vasion du monde imparfait quâil avait crÃ©Ã©. LâÃ©cole de Thomas sâintÃ©ressait plutÃ´t Ã  ce qui dÃ©coule de la premiÃ¨re dÃ©finition du mot Â« gnostique Â» : la connaissance, et en particulier la connaissance Ã©sotÃ©rique.

LâÃ©cole de Jean racontait cette histoire, cette rÃ©invention du mythe de la crÃ©ation, qui offrait une nouvelle perspective sur les anciens contes bibliques commenÃ§ant par Adam dans le jardin dâÃden. LâÃ©cole de Thomas Ã©tait assez diffÃ©rente ; proverbes Ã©nigmatiques et contes, rÃ©bus ou Ã©nigmes sans solutions apparentes.

Donc, Â« gnostique Â» au sens johannique du terme signifie quâil y a une explication alternative secrÃ¨te derriÃ¨re le rÃ©cit biblique et que ce secret est alors rÃ©vÃ©lÃ©. Dans la tradition de lâÃ©cole de Thomas, Â« gnostique Â» prend un autre sens. Il se rÃ©fÃ¨re Ã  des paroles mystÃ©rieuses et opaques qui nâont pas de significations claires et Ã©videntes.

Une hypothÃ¨se courante repose sur lâidÃ©e que les questions et les Ã©nigmes soulevÃ©es par la tradition de lâÃ©cole de Thomas trouvent leur rÃ©ponse dans la tradition johannique. Mes Ã©tudes mâont amenÃ© Ã  une autre conclusion.

Il nous faut dâabord dÃ©terminer la nature prÃ©cise des textes de Thomas.

LâÃvangile de Thomas commence ainsi : Â« Et il (JÃ©sus) a dit : âCelui qui trouvera lâinterprÃ©tation de ces paroles ne goÃ»tera pas la mort.â Â»

Ce passage nous indique que ces paroles ont des significations cachÃ©es quâil faut dÃ©couvrir.

Cette sÃ©rie de livres est centrÃ©e sur mes tentatives de dÃ©crypter les significations cachÃ©es contenues dans les textes de Thomas. Cependant, plutÃ´t que de commencer par des textes religieux aussi controversÃ©s, nous allons plutÃ´t examiner plusieurs contes des frÃ¨res Grimm qui semblent contenir des informations codÃ©es.

Un tel examen doit dâabord dÃ©terminer comment lâinformation se cache dans un texte.














Les systÃ¨mes de mÃ©morisation

Un simple systÃ¨me de mÃ©morisation







Par oÃ¹ commencer ? Jâai toujours Ã©tÃ© intÃ©ressÃ© par diffÃ©rents systÃ¨mes. Par exemple, jâai examinÃ© diverses mÃ©thodes pour dÃ©velopper une mÃ©moire plus puissante. Ces techniques de renforcement de la mÃ©moire sont trÃ¨s variÃ©es, mais elles partagent toutes une technique commune. Cette technique consiste Ã  crÃ©er une image encodÃ©e avec les diffÃ©rents Ã©lÃ©ments que vous souhaitez mÃ©moriser. Le systÃ¨me dâencodage exact varie dâun systÃ¨me Ã  lâautre. Dans lâun des systÃ¨mes les plus simples dÃ©crits par Derren Brown dans son livre Tricks of the Mind (2006), il utilise des images qui riment avec les nombres de un Ã  dix.

Ce systÃ¨me est utile si vous voulez mÃ©moriser une sÃ©rie dâÃ©lÃ©ments numÃ©rotÃ©s. Par exemple, supposons que le cinquiÃ¨me mot sur la liste est Â« lapin Â», vous crÃ©erez alors une image incorporant un lapin avec lâimage qui rime avec le chiffre cinq. Par exemple, Â« zinc Â».

Voici la clef du succÃ¨s pour tout systÃ¨me de mÃ©morisation. Lâimage que vous crÃ©ez doit Ãªtre frappante, voire comique. Mon image est celle dâun lapin volant grÃ¢ce Ã  ses grandes oreilles et atterrissant sur un comptoir de bar en zinc. Je pense que lÃ , câest assez facile Ã  mÃ©moriser.




Manteaux pourpres, couronnes, et tache de sang


Mon intention nâest pas de vous enseigner, Ã  vous, lecteurs, comment dÃ©velopper une super-mÃ©moire, donc je nâirai pas plus avant sur le sujet des diffÃ©rentes mÃ©thodes employÃ©es. Ce sur quoi je veux attirer votre attention, câest un extrait du premier ouvrage connu de rhÃ©torique en latin, datant des annÃ©es 90 avant J.-C. La RhÃ©torique Ã  Herennius (Rhetorica ad Herennium) contient les instructions suivantes concernant la crÃ©ation dâimages mnÃ©moniques :

Les images devront donc Ãªtre choisies dans le genre qui peut rester le plus longtemps gravÃ© dans la mÃ©moire. Ce sera le cas, si nous Ã©tablissons des similitudes aussi frappantes que possible ; si nous prenons des images qui ne sont ni nombreuses ni floues, mais qui ont une valeur ; si nous leur attribuons une beautÃ© exceptionnelle ou une insigne laideur ; si nous ornons certaines, pour ainsi dire de couronnes ou dâune robe de pourpre, pour que nous reconnaissions plus facilement la ressemblance, ou si nous les enlaidissons de quelque maniÃ¨re, en nous reprÃ©sentant telle dâentre elles sanglante, couverte de boue, ou enduite de vermillon, pour que la forme nous frappe davantage, ou encore en attribuant Ã  certaines images quelque chose qui soulÃ¨ve le rire : car câest lÃ  aussi un moyen pour nous de retenir plus facilement.

Lorsque jâai lu le texte ci-dessus pour la premiÃ¨re fois, les mots rÃ©sonnaient Ã  un niveau trÃ¨s profond et je savais intuitivement que jâavais dÃ©jÃ  lu quelque chose qui avait apparemment Ã©tÃ© Ã©laborÃ© pour Ãªtre conforme Ã  ces mÃªmes instructions :

Ils le revÃªtirent de pourpre et le ceignirent dâune couronne dâÃ©pines quâils avaient tressÃ©e. Et ils se mirent Ã  le saluer : âSalut, roi des Juifs !â Et ils lui frappaient la tÃªte avec un roseau, et ils lui crachaient dessus et, se mettant Ã  genoux, ils se prosternaient devant lui Ã  genoux et lui rendirent hommage. Marc 15, 17-19

La RhÃ©torique Ã  Herennius nous dit dâorner notre image dâune couronne ou dâun manteau pourpre. Lâauteur de Marc double la mise et donne Ã  JÃ©sus une couronne dâÃ©pines et un habit pourpre. Le texte recommande Ã©galement que lâimage soit enlaidie ou tachÃ©e de sang. Puis, il y a JÃ©sus, qui avait dâabord reÃ§u une couronne dâÃ©pines et dont on a ensuite frappÃ© la tÃªte avec un bÃ¢ton, ce qui aurait clairement pour consÃ©quence une blessure sanglante, car le cuir chevelu a tendance Ã  saigner abondamment. Enfin, nous avons les soldats qui se moquent de JÃ©sus et de son identitÃ© de roi des Juifs en sâinclinant et en lui rendant hommage, acte quâils trouvÃ¨rent comique.




Les Ãvangiles : un ancien systÃ¨me de mÃ©morisation littÃ©raire ?


Il me semblait que jâavais trouvÃ© des preuves que les Ã©vangiles Ã©taient en fait conÃ§us pour servir de systÃ¨me de mÃ©morisation littÃ©raire. En effet, que penser dâautre lorsque lâune des images centrales du christianisme est presque une image pour recrÃ©er celle du principe directeur central de lâart de la mÃ©moire, tel quâil a Ã©tÃ© Ã©crit environ trois cents ans avant les Ã©vangiles ? Se pourrait-il que les auteurs aient Ã©tÃ© des adeptes de lâart de la mÃ©moire ? Peut-Ãªtre que la triple nature des Ã©vangiles synoptiques nâest pas un accident historique, mais une mÃ©thode de cryptage des donnÃ©es contenues dans les rÃ©cits miraculeux de JÃ©sus le Thaumaturge. Et plus important encore, peut-Ãªtre que le tableau de JÃ©sus vÃªtu dâun habit pourpre et couronnÃ© dâÃ©pines est un message signifiant Ã  quiconque connaÃ®t lâart de la mÃ©moire, quâil y a lÃ  quelque chose qui cherche dÃ©sespÃ©rÃ©ment Ã  attirer lâattention, qui exhorte Ã  Ãªtre dÃ©cryptÃ©, apportant la promesse que si lâon frappe Ã  la porte, elle sâouvrira.

Mais, quâest-ce que cela signifie de dire quâun texte est une forme de systÃ¨me de mÃ©morisation littÃ©raire ? En quoi consiste le passage dâun systÃ¨me de mÃ©morisation personnelle Ã  un systÃ¨me de mÃ©morisation littÃ©raire ? Voyons le processus dâencodage des informations dans un systÃ¨me de mÃ©morisation personnelle. Il y a essentiellement trois Ã©lÃ©ments. Il y a lâinformation Ã  encoder. Il y a le systÃ¨me dâencodage. Et il y a le tableau de la mÃ©morisation qui en rÃ©sulte, rempli dâimages saisissantes liÃ©es Ã  des actions faciles Ã  mÃ©moriser.

Quand ce processus est dÃ©placÃ© du systÃ¨me personnel et instituÃ© dans un texte littÃ©raire, le processus est identique. Il y a lâinformation Ã  encoder. Il y a le systÃ¨me dâencodage. Et il y a le tableau de la mÃ©morisation littÃ©raire qui en rÃ©sulte, rempli dâimages saisissantes liÃ©es Ã  des actions faciles Ã  mÃ©moriser. La principale diffÃ©rence est que dans un systÃ¨me de mÃ©morisation personnelle, il nây a aucun risque que le tableau de mÃ©morisation soit confondu avec le message lui-mÃªme. Ceci est principalement dÃ» au fait que la personne qui code les donnÃ©es est aussi celle qui les dÃ©code. Avec un systÃ¨me de mÃ©morisation littÃ©raire, il est peu probable que la personne qui code le message soit aussi celle qui le dÃ©code. Il sera plus probable que le niveau superficiel du texte sera considÃ©rÃ© comme la totalitÃ© du message. Ainsi, le message ne sera pas du tout dÃ©codÃ©, au-delÃ  du dÃ©codage neurologique de base qui se produit dans la reconnaissance des marques symboliques qui reprÃ©sentent les sons Ã  partir desquels se forment les mots.

Avec lâexemple de Marc 15, 17-19, examinons tout dâabord lâinformation qui nous est transmise. Cette information consiste simplement dans le fait que lâimagerie utilisÃ©e dans le rÃ©cit a Ã©tÃ© conÃ§ue conformÃ©ment Ã  La RhÃ©torique Ã  Herennius. Le systÃ¨me de codage, ou la clef, est la partie spÃ©cifique de La RhÃ©torique Ã  Herennius qui mentionne la couronne, le manteau pourpre et la tache de sang. Le texte de Marc contient certaines caractÃ©ristiques qui sont reprÃ©sentÃ©es dans le texte de La RhÃ©torique Ã  Herennius. Ces caractÃ©ristiques ne sont rÃ©vÃ©lÃ©es que lorsque le texte de Marc et le texte clef sont rÃ©unis. Lâexamen du texte de Marc de faÃ§on isolÃ©e ne montrerait aucune preuve quâil contient un sens cachÃ© et codÃ©.




La StÃ©ganographie : cacher les messages en les exposant Ã  la vue de tous


Il ne sâagit pas seulement dâun systÃ¨me de mÃ©morisation littÃ©raire. Ce phÃ©nomÃ¨ne implique aussi des aspects de stÃ©ganographie, qui est lâart et la science dâencoder des messages cachÃ©s de telle sorte que personne, Ã  part lâexpÃ©diteur et le destinataire visÃ©, ne soupÃ§onne lâexistence du message. Donc, non seulement ces textes contiennent un niveau de sens cachÃ©, mais ils sont aussi conÃ§us de maniÃ¨re Ã  ce que personne ne soupÃ§onne que ce niveau cachÃ© existe.

Ã ce stade, jâai lâimpression que ce nâest peut-Ãªtre pas le moyen le plus efficace de procÃ©der Ã  lâexamen des Ã©vangiles pour trouver des significations cachÃ©es. En fin de compte, je vous demande, chers lecteurs, dâaccepter deux propositions fort improbables. La premiÃ¨re est que les systÃ¨mes de mÃ©morisation littÃ©raire existent et la seconde, que les Ã©vangiles en sont un exemple.

Câest pourquoi nous devrions peut-Ãªtre nous concentrer sur certains systÃ¨mes de mÃ©morisation littÃ©raire potentiels qui nâont pas tout Ã  fait la signification historique des Ã©vangiles, tout en nous permettant de considÃ©rer les mÃ©canismes Ã  lâÅuvre dans les contes individuels. Câest dans cet esprit que je suggÃ¨re de dÃ©placer notre attention des Ã©vangiles aux contes des frÃ¨res Grimm.














Les contes de fÃ©es

LE VIOLON MERVEILLEUX

de

Jacob et Wilhelm Grimm







Il Ã©tait une fois un Ã©trange musicien qui, un jour, marchait tout seul dans la forÃªt, laissant errer Ã§a et lÃ  ses pensÃ©es. Et quand il ne sut plus Ã  quoi songer, il se dit :

Â« je commence Ã  mâennuyer dans cette forÃªt. Je vais trouver un bon compagnon. Â»

Il prit donc son violon quâil portait sur son dos et se mit Ã  jouer un air qui passa Ã  travers les arbres de la forÃªt.

Il jouait depuis peu lorsquâun loup arriva de derriÃ¨re les arbres.

Â« Ah ! VoilÃ  un loup qui arrive ! Ce nâest pas le compagnon que je dÃ©sire, se dit le musicien. Cependant, le loup sâapprocha et lui dit :

â Eh ! Cher musicien, comme tu joues bien ! Moi aussi je voudrais savoir comment jouer.

â Câest trÃ¨s facile, rÃ©pondit le musicien, il suffit pour cela que tu fasses exactement ce que je vais te dire.

â Oh ! Cher musicien, reprit le loup, je serai comme un Ã©colier qui obÃ©it Ã  son maÃ®tre. Â»

Le musicien lui dit de le suivre et lorsquâils eurent fait un bout de chemin, ils arrivÃ¨rent prÃ¨s dâun vieux chÃªne qui Ã©tait creux et fendu au milieu.

Â« Tu vois cet arbre, dit le musicien, si tu veux apprendre Ã  jouer du violon, il faut que tu mettes tes pattes de devant dans cette fente. Â»

Le loup obÃ©it, mais le musicien ramassa aussitÃ´t une pierre et en frappa avec tant de force les pattes du loup, quâelles sâenfoncÃ¨rent dans la fente, et que le pauvre animal dut rester prisonnier.

Â« Attends-moi jusquâÃ  ce que je revienne, ajouta le musicien. Â» Et il continua sa route.

Peu de temps aprÃ¨s, il se mit Ã  penser de nouveau :

Â« je mâennuie dans cette forÃªt. Je vais trouver un autre compagnon. Â»

Alors, il prit son violon et joua de nouveau Ã  travers les bois. Il jouait depuis peu, quand apparut un renard Ã  travers les arbres se dirigeant vers lui.

Â« Ah ! VoilÃ  un renard qui arrive, se dit le musicien. Ce nâest pas le compagnon que je dÃ©sire.

Le renard sâapprocha et lui dit :

â Eh ! Cher musicien, comme tu joues bien ! Je voudrais apprendre Ã  jouer comme toi.

â Câest trÃ¨s facile, rÃ©pondit le musicien, il suffit pour cela que tu fasses exactement ce que je vais te dire.

â Oh ! Cher musicien, reprit le renard, je serai comme un Ã©colier qui obÃ©it Ã  son maÃ®tre.

â Suis-moi, dit le musicien. Â»

Lorsquâils eurent fait un bout de chemin ensemble, ils arrivÃ¨rent Ã  un sentier bordÃ© de chaque cÃ´tÃ© par de hauts arbustes. En cet endroit, le musicien sâarrÃªta. Il saisit dâun cÃ´tÃ© un noisetier quâil inclina contre terre et mit le pied sur sa cime. Puis de lâautre cÃ´tÃ©, il fit de mÃªme avec un autre arbuste ; ensuite, sâadressant au renard : Â« Maintenant, cher petit renard, si tu veux vraiment apprendre quelque chose, donne-moi ta patte gauche. Â»

Le renard obÃ©it et le musicien lui attacha la patte Ã  lâarbre du cÃ´tÃ© gauche.

Â« Cher petit renard, lui dit-il ensuite, donne-moi maintenant ta patte droite. Â»

Le musicien lui attacha cette patte Ã  lâarbre de droite. Ensuite, il lÃ¢cha les deux arbustes qui se redressÃ¨rent dâun seul coup, emportant avec eux dans lâair le renard qui resta suspendu et se dÃ©battait en vain.

Â« Attends-moi jusquâÃ  ce que je revienne, ajouta le musicien. Â» Et il continua sa route.

Il ne tarda pas Ã  penser pour la troisiÃ¨me fois :

Â« Je mâennuie dans cette forÃªt. Il faut que je me trouve un autre compagnon. Â» Donc, il prit son violon, et joua un air qui emplit les bois. Alors arriva un liÃ¨vre, bondissant vers lui.

Â« Ah ! VoilÃ  un liÃ¨vre, se dit le musicien. Ce nâest pas le compagnon que je dÃ©sire.

â Eh ! Cher musicien, dit le liÃ¨vre, comme tu joues bien ! Je voudrais apprendre Ã  jouer comme toi.

â Câest trÃ¨s facile, rÃ©pondit le musicien, il suffit pour cela que tu fasses exactement ce que je vais te dire.

â Oh ! Cher musicien, reprit le liÃ¨vre, je serai comme un Ã©colier qui obÃ©it Ã  son maÃ®tre. Â»

Ils marchÃ¨rent quelque temps, puis ils arrivÃ¨rent Ã  un endroit plus Ã©clairÃ© du bois oÃ¹ se trouvait un peuplier. Le musicien attacha au cou du liÃ¨vre une longue corde quâil noua au peuplier.

Â« Attention, maintenant, cher petit liÃ¨vre, court vingt fois autour de lâarbre, sâÃ©cria le musicien. Â»

Le liÃ¨vre obÃ©it. Et quand il eut fait vingt fois le tour, la corde Ã©tait enroulÃ©e vingt fois autour de lâarbre, si bien que le liÃ¨vre se retrouva coincÃ©. Et plus il tirait sur la corde, plus il sâÃ©corchait le cou.

Â« Attends-moi jusquâÃ  ce que je revienne, dit le musicien. Â» Et il continua sa route.

Mais Ã  force de tirer, de sâagiter et de mordre la pierre, le loup avait fini par libÃ©rer ses pattes de la fente. Plein de colÃ¨re et de rage, il se lanÃ§a Ã  la poursuite du musicien quâil se promettait de mettre en piÃ¨ces.

Quand le renard lâaperÃ§ut qui arrivait en courant, il se prit Ã  hurler et Ã  crier de toutes ses forces :

Â« FrÃ¨re loup, viens mâaider ! Le musicien mâa trompÃ©. Â»

Le loup inclina les deux arbustes, rompit les cordes dâun coup de dent, et libÃ©ra le renard qui le suivit, impatient lui aussi de se venger du musicien. Ils rencontrÃ¨rent bientÃ´t le pauvre liÃ¨vre quâils dÃ©livrÃ¨rent Ã©galement, et tous les trois se lancÃ¨rent Ã  la poursuite de leur ennemi.

Or, en continuant son chemin, le musicien avait de nouveau jouÃ© de son violon, et cette fois-ci, il avait Ã©tÃ© plus chanceux. Lâair de son instrument Ã©tait arrivÃ© jusquâaux oreilles dâun pauvre bÃ»cheron, qui, sÃ©duit par cette musique envoÃ»tante, abandonna sa besogne, et, la hache sous le bras, sâempressa de courir vers lâendroit dâoÃ¹ provenait la musique.

Â« VoilÃ  enfin le compagnon quâil me faut, dit le musicien, car je cherchais un homme et non des bÃªtes sauvages. Â»

Puis il se remit Ã  jouer dâune faÃ§on si harmonieuse et si belle, que le pauvre homme resta lÃ  immobile comme sous lâempire dâun charme, et que son cÅur sâemplit de joie.

Câest Ã  ce moment quâarrivÃ¨rent le loup, le renard et le liÃ¨vre. Le bÃ»cheron remarqua quâils nâavaient pas les meilleures intentions. Il saisit donc sa hache brillante et se plaÃ§a devant le musicien, dâun air qui voulait dire :

Â« Celui qui en veut au musicien ferait bien de se tenir sur ses gardes, car il aura affaire Ã  moi. Â»

Aussi la peur sâempara-t-elle des animaux, qui retournÃ¨rent en courant dans la forÃªt. Le musicien tÃ©moigna sa reconnaissance au bÃ»cheron en lui jouant encore un air mÃ©lodieux, puis il reprit son chemin.




InterprÃ©tation du VIOLON MERVEILLEUX


Quel est le message de ce conte ? Les contes des frÃ¨res Grimm semblent souvent porter un message moral, mais ce nâest vraisemblablement pas le cas dans cet exemple. Pourquoi le musicien invente-t-il ces diffÃ©rents piÃ¨ges pour ces animaux ? Pourquoi est-il protÃ©gÃ© du retour karmique pour ses actes injustes ?

Serait-il possible que cette histoire nâait aucune morale ? Il ne semble pas y avoir dâinterprÃ©tation freudienne telle que celle prÃ©sentÃ©e par Bruno Bettelheim dans son trÃ¨s intÃ©ressant Psychanalyse des contes de fÃ©es (1976), ce qui ne veut pas dire que lâhistoire soit cruelle.

Certains trouvent la cruautÃ© envers les animaux dÃ©rangeante. Ils rÃ©agissent Ã©motionnellement aux images plutÃ´t que de se rendre compte que la faÃ§on dont les animaux sont torturÃ©s est intentionnellement choquante, pour laisser une impression durable. Mais les images ne sont pas le message.

Pour dÃ©verrouiller le message cachÃ© de cette histoire, il nous faut une clef. Pour cela, nous devons nous tourner vers un vieux mystique : Gurdjieff.




Gurdjieff et la triade


Il semble que ce conte de fÃ©es utilise un systÃ¨me liÃ© Ã  lâÅuvre Ã©sotÃ©rique de Gurdjieff. Gurdjieff Ã©tait un mystique du siÃ¨cle dernier, originaire de lâEmpire russe, qui a enseignÃ©, entre autres choses, quâil y a trois forces Ã  lâÅuvre dans le monde et que rien ne peut Ãªtre accompli sans la collaboration de ces trois forces. Il a nommÃ© ces trois forces travaillant ensemble, la triade.

Les triades sont, tout simplement, des groupes de trois. Ce conte contient une triade claire et Ã©vidente, avec trois animaux, chacun subissant, lâun aprÃ¨s lâautre, une Ã©preuve diffÃ©rente.

Dans une triade, chaque composant est lâune des trois forces suivantes : Actif [+], RÃ©actif (Passif) [-] ou Neutralisant [0].

LâActif peut Ãªtre considÃ©rÃ© comme Ãnergie. [+]

Le Passif peut Ãªtre considÃ©rÃ© comme MatiÃ¨re. [-]

Le Neutralisant peut Ãªtre considÃ©rÃ© comme Structure. [0]

Les termes exacts sont adaptables et dÃ©pendent des Ã©lÃ©ments considÃ©rÃ©s. Les forces Actives et Passives (RÃ©-actives)sont habituellement Ã©videntes et faciles Ã  identifier alors que la troisiÃ¨me force Neutralisante se situe quelque part entre les deux extrÃªmes ou est peut-Ãªtre une synthÃ¨se de celles-ci.

Ce qui nous prÃ©occupe, câest lâordre dans lequel les trois Ã©lÃ©ments se produisent.

Ces trois forces peuvent Ãªtre organisÃ©es en six combinaisons diffÃ©rentes : 0 - +, - 0 +, - + 0, + - 0, + 0 -, et 0 + -. Chaque groupe de trois correspond Ã  une qualitÃ© comme le montre le tableau suivant :







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