Raison de Redouter 
Blake Pierce


Un Polar Avery Black #6
Un scénario dynamique qui vous saisit dès le premier chapitre et ne vous laisse plus partir. – Midwest Book Review, Diane Donovan (à propos de Sans Laisser de Traces) Par l’auteur de polars n°1 Blake Pierce, un nouveau chef-d’œuvre de suspense psychologique : RAISON DE REDOUTER (Un polar Avery Black – Tome 6), aussi un roman indépendant. La série commence par Raison de Tuer (Tome 1) . Une femme est retrouvée morte dans son propre appartement, enfermée dans son placard, le corps couvert d’araignées venimeuses, et la police de Boston reste perplexe. Alors que toutes leurs pistes refroidissent, ils redoutent que le tueur ne frappe à nouveau. Désespérée, la police n’a d’autre choix que de se tourner vers l’inspectrice de la criminelle la plus brillante et controversée – Avery Black. Désormais à la retraite, Avery, au plus bas dans sa vie, accepte à contrecœur d’aider sur l’affaire. Mais quand d’autre corps se mettent à apparaître, assassinés dans des manières grotesques et inhabituelles, Avery ne peux s’empêcher de se demander : y a-t-il un tueur en série en liberté ?Avec la pression intense des médias et le stress d’avoir un nouvel équipier inexpérimenté, Avery est poussée jusqu’à ses limites tandis qu’elle essaye de résoudre ces affaires étranges – et de s’empêcher de tomber dans les abysses. Tome le plus captivant et stupéfiant de la série, un thriller psychologique au suspens palpitant, RAISON DE REDOUTER vous laissera à tourner les pages jusque tard dans la nuit. Un chef-d’œuvre de thriller et de roman policier. Pierce a fait un travail formidable en développant des personnages avec un côté psychologique, si bien décrits que nous nous sentons dans leurs esprits, suivons leurs peurs et applaudissons leur succès. L’intrigue est très intelligente et vous gardera occupés le long du livre. Plein de rebondissements, ce livre vous gardera éveillés jusqu’à avoir tourné la dernière page. – Books and movie Review, Roberto Mattos (à propos de SANS LAISSER DE TRACES)







R A I S O N D E R E D O U T E R



(UN POLAR AVERY BLACK – TOME 6)



B L A K E P I E R C E


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série populaire de thrillers RILEY PAIGE, qui comprend douze tomes (et d'autres à venir). Blake Pierce a également écrit les séries de thrillers MACKENZIE WHITE, comprenant huit tomes, AVERY BLACK, comprenant six tomes, KERI LOCKE, comprenant cinq tomes et la nouvelle série de thrillers LES ORIGINES DE RILEY PAIGE, qui débute avec SOUS SURVEILLANCE.

Lecteur avide et admirateur de longue date des genres mystère et thriller, Blake aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.blakepierceauthor.com afin d’en apprendre davantage et rester en contact.



Copyright © 2018 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées par la Loi des États-Unis sur le droit d’auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base de données ou système de récupération, sans l’autorisation préalable de l’auteur. Ce livre électronique est réservé sous licence à votre seule jouissance personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d’autres personnes. Si vous voulez partager ce livre avec une tierce personne, veuillez en acheter un exemplaire supplémentaire par destinataire. Si vous lisez ce livre sans l’avoir acheté, ou s’il n’a pas été acheté pour votre seule utilisation personnelle, vous êtes priés de le renvoyer et d’acheter votre exemplaire personnel. Merci de respecter le travail difficile de l’auteur. Il s’agit d’une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les lieux, les évènements et les incidents sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés dans un but fictionnel. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, n’est que pure coïncidence.

Image de couverture : Copyright Karuka, utilisé en vertu d’une licence accordée par Shutterstock.com.


PAR BLAKE PIERCE



LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE

SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1)

RÉACTION EN CHAÎNE (Tome 2)

LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3)

LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4)

QUI VA À LA CHASSE (Tome 5)

À VOTRE SANTÉ (Tome 6)

DE SAC ET DE CORDE (Tome 7)

UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8)

SANS COUP FÉRIR (Tome 9)

À TOUT JAMAIS (Tome 10)

LE GRAIN DE SABLE (Tome 11)

LE TRAIN EN MARCHE (Tome 12)



LES ENQUÊTES DE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (Tome 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (Tome 2)

AVANT QU’IL NE DÉSIRE (Tome 3)

AVANT QU’IL NE PRENNE (Tome 4)

AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Tome 5)

AVANT QU’IL NE RESSENTE (Tome 6)

AVANT QU’IL NE PÊCHE (Tome 7)

AVANT QU’IL NE CHASSE (Tome 8)



LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK

RAISON DE TUER (Tome 1)

RAISON DE COURIR (Tome2)

RAISON DE SE CACHER (Tome 3)

RAISON DE CRAINDRE (Tome 4)

RAISON DE SAUVER (Tome 5)

RAISON DE REDOUTER (Tome 6)



LES ENQUÊTES DE KERI LOCKE

UN MAUVAIS PRESSENTIMENT (Tome 1)

DE MAUVAIS AUGURE (Tome 2)

L’OMBRE DU MAL (Tome 3)


TABLE DES MATIÈRES



PROLOGUE (#u76ae2603-d2a9-532a-a9d1-3af44751f2f6)

CHAPITRE UN (#u9e1de955-797e-53a6-a644-56e97b116522)

CHAPITRE DEUX (#ufae3c72a-1883-5ced-b25a-998b24bea31a)

CHAPITRE TROIS (#u8ecbc2e5-51b3-54ab-b6de-d134c25dad78)

CHAPITRE QUATRE (#u9a8c1c3d-5808-55eb-91eb-7a69efe38d57)

CHAPITRE CINQ (#ua214d834-9e2d-5605-85fb-4d074292e556)

CHAPITRE SIX (#u6c90d022-6984-5a99-a81a-7b58905ae52e)

CHAPITRE SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo)

ÉPILOGUE (#litres_trial_promo)




PROLOGUE


Pour un homme appelé Rosie, il n’y avait rien de délicat ni de charmant chez lui. Roosevelt “Rosie” Dobbs se dirigea vers le porche de l’appartement 2B avec son habituelle démarche pataude – et si quelqu’un avait été non loin de lui, il l’aurait peut-être entendu jurer dans sa barbe, une série d’obscénités qui le suivaient comme une ombre.

Avec un poing de la taille d’une tranche de jambon, Rosie martela la porte. À chaque coup, il voyait le visage de l’homme qui vivait au 2B. Un con prétentieux nommé Alfred Lawnbrook – le type de personne qui pensait toujours être meilleure que tous les autres, même s’il vivait dans un appartement de seconde zone dans l’une des pires parties de la ville. Il n’avait jamais payé son loyer dans les temps, avec toujours au moins une semaine de retard au cours des deux années qu’il avait passées là. Cette fois, trois semaines s’étaient écoulées. Et Rosie en avait assez. Si Lawnbrook n’avait pas son loyer d’ici la fin de la journée, Rosie allait l’expulser.

C’était samedi, juste après neuf heures du matin. La voiture de Lawnbrook était garée à son endroit habituel, donc Rosie savait qu’il était à la maison. Pourtant, malgré le tambourinement, Albert Lawnbrook ne répondait pas.

Rosie assena un dernier coup violent contre la porte avec son poing et utilisa ensuite aussi sa voix. « Lawnbrook, sors ton cul ici ! Et tu ferais mieux d’avoir ton loyer en main quand tu ouvriras la porte. »

Rosie essaya d’être patient. Il attendit dix secondes entières avant de l’appeler à nouveau. « Lawnbrook ! »

Quand il n’y eut toujours pas de réponse, Rosie décrocha l’énorme anneau de clefs qu’il portait à un mousqueton sur sa hanche. Il les fit défiler d’une main experte jusqu’à celle étiquetée 2B. Sans un autre avertissement, Rosie enfonça la clef dans la serrure, tourna la poignée et entra dans l’appartement.

« Alfred Lawnbrook ! C’est Rosie Dobbs, votre propriétaire. Vous avez trois semaines de retard et… »

Mais Rosie sut immédiatement qu’il n’allait pas avoir de réponse. Il y avait un silence et une quiétude dans les lieux qui l’informèrent que Lawnbrook n’était pas chez lui.

Non, ce n’est pas tout à fait ça, pensa Rosie. C’est autre chose…quelque chose a l’air de ne pas aller. C’est comme renfermé et…eh bien, de travers.

Rosie s’avança de quelques pas dans l’appartement, et s’arrêta quand il arriva au milieu du salon.

C’est alors qu’il s’avisa de l’odeur.

Au premier abord, elle lui rappela des pommes de terre qui se seraient avariées. Mais il y avait quelque chose de différent, quelque chose de plus subtil.

« Lawnbrook ? », cria-t-il encore, mais cette fois il y avait une vague de peur dans sa voix.

Une fois encore, il n’y eut pas de réponse…non pas que Rosie en attendait une. Il traversa le salon et jeta un coup d’œil dans la cuisine, pensant que de la nourriture avait peut-être été laissée dehors et commençait à pourrir. Mais la cuisine était assez propre et, de par sa petite taille, il était évident qu’il n’y avait rien qui clochait.

Appelle les flics, dit une partie plus sage de Rosie. Tu sais que quelque chose ne va pas ici alors appelle les flics et lave-t-en les mains.

Mais la curiosité est une sacrée drogue et Rosie ne put s’en détourner. Il commença à descendre le couloir et une intuition malsaine dirigea directement ses yeux vers la porte de la chambre. Après plusieurs pas dans le couloir, l’odeur évolua vers quelque chose de plus désagréable et il sut tout de suite vers quoi il se dirigeait. Mais malgré cela, il ne pouvait pas arrêter maintenant. Il devait savoir…devait voir.

La chambre d’Al Lawnbrook était dans un léger désordre. Quelques objets étaient tombés de sa table de nuit : portefeuille, livre, photo encadrée. Les stores en plastique de la fenêtre étaient légèrement inclinés, les plis du bas tordus.

Et ici, l’odeur était pire. Elle n’était pas trop puissante, mais ce n’était certainement pas quelque chose que Rosie voulait respirer plus longtemps.

Le lit était vide et il n’y avait rien de visible dans l’espace entre la commode et le mur. Avec une boule dans la gorge, Rosie se tourna vers le placard. La porte était fermée et ceci était en quelque sorte pire que l’odeur. Pourtant, sa curiosité morbide l’aiguillonnait et Rosie se retrouva à se diriger vers le placard. Il tendit la main, toucha la poignée et pendant un instant il crut pouvoir véritablement ressentir la terrible odeur, collante et chaude.

Avant de tourner la poignée, il vit quelque chose du coin de l’œil. Il baissa les yeux vers ses pieds, pensant que ses nerfs étaient juste à vif et lui jouaient des tours. Mais non…il avait vu quelque chose.

Deux araignées passèrent précipitamment sous la porte. Elles étaient toutes deux assez grandes, l’une de la taille d’une pièce de vingt-cinq cents et l’autre si grosse qu’elle passait à peine à travers la fente. Rosie bondit de surprise et un petit cri échappa de sa gorge. Les araignées fuirent sous le lit et quand il se retourna pour les regarder, il vit quelques araignées accrochées au lit. La plupart d’entre elles étaient petites, mais il y en avait une de la taille d’un timbre-poste qui courait le long de l’oreiller.

L’adrénaline le poussait. Rosie attrapa la poignée, tourna et ouvrit.

Il essaya de crier mais ses poumons semblaient paralysés. Rien de plus qu’un bruit sec sortit de sa gorge tandis qu’il s’éloignait lentement de ce qu’il contemplait dans le placard.

Alfred Lawnbrook était étendu contre l’angle dans le fond. Son corps était pâle et immobile.

Il était aussi presque entièrement recouvert d’araignées.

Il y avait plusieurs gros filaments de toile sur lui. L’un le long de son bras droit était si épais que Rosie ne pouvait pas voir sa peau. La plupart des araignées étaient petites et semblaient presque inoffensives, mais, comme celles qu’il avait vues jusqu’ici, il y en avait aussi de grosses mélangées au reste. Tandis que Rosie observait fixement avec horreur, une araignée de la taille d’une balle de golf passa sur le front de Lawnbrook. Une autre plus petite grimpa sur sa lèvre inférieure.

C’est ce qui tira Rosie de sa stupeur. Il faillit trébucher sur ses propres pieds tout en sortant de la pièce à toute vitesse en poussant des cris perçants, se frappant la nuque comme si des millions d’araignées grouillaient sur lui.




CHAPITRE UN


Deux mois plus tôt…



Tout en ouvrant un des nombreux cartons éparpillés dans sa nouvelle maison, Avery Black se demanda pourquoi elle avait attendu si longtemps pour s’éloigner de la ville. Elle ne lui manquait pas du tout et elle commençait vraiment à regretter le fait d’y avoir perdu tant de temps.

Elle jeta un coup d’œil à l’intérieur de la boîte, dans l’espoir d’y trouver son iPod. Elle n’avait rien étiqueté quand elle avait quitté son appartement de Boston. Elle avait tout jeté dans une série de cartons et avait déménagé en une journée. C’était il y a trois semaines de cela et elle n’avait toujours pas fini de déballer. En fait, ses draps étaient enchevêtrés quelque part dans ces boîtes mais elle avait choisi de dormir sur le canapé pendant les trois dernières semaines.

Le carton actuel ne contenait pas son iPod, mais quelques bouteilles d’alcool qu’elle avait presque oubliées. Elle sortit un verre, le remplit d’une bonne dose de bourbon et sortit sur la véranda. Elle plissa les yeux dans la lumière matinale et but un coup. Après avoir savouré sa chaleur, elle en prit un autre. Elle regarda ensuite sa montre et vit qu’il était à peine dix heures du matin.

Elle haussa les épaules et se laissa tomber sur le vieux fauteuil à bascule qui se trouvait sur le porche quand elle avait acheté les lieux. Elle contempla son nouvel environnement et fut chaleureusement rassurée de savoir qu’elle pourrait vivre le reste de sa vie ici assez confortablement.

La maison n’était pas tout à fait un chalet mais avait ce genre d’aspect rustique. C’était un endroit simple de plain-pied avec un intérieur moderne. En termes d’adresse postale, elle était proche de Walden Pond, mais juste assez hors des sentiers battus pour être considérée comme “au milieu de nulle part”. Son plus proche voisin était à un kilomètre de là et tout ce qu’elle pouvait voir au-delà de son porche et de la fenêtre arrière de la cuisine étaient des arbres.

Pas de klaxons. Pas de piétons pressés regardant en même temps leurs téléphones. Pas de circulation. Pas d’odeur constante d’essence et de pots d’échappement ou le bourdonnement des moteurs.

Elle avala une autre gorgée de son bourbon matinal et écouta ce qui l’entourait. Rien. Absolument rien. Enfin, ce n’était pas nécessairement vrai. Elle pouvait entendre deux oiseaux qui se répondaient et le léger grincement des arbres tandis qu’une fraîche brise de fin d’automne passait au travers.

Elle avait fait de son mieux pour que Rose vienne ici avec elle. Sa fille avait traversé beaucoup de choses et Dieu seul savait que rester en ville ne l’aiderait pas à guérir. Mais Rose avait refusé. Rose avait en réalité refusé avec véhémence. Après que le brouillard de la dernière affaire se soit dissipé, Rose avait eu besoin de faire porter la responsabilité pour la mort de son père sur quelqu’un. Et, comme d’habitude, cette faute était retombée sur Avery.

Même si cela faisait mal, Avery le comprenait ; elle se serait comportée de la même manière si les rôles avaient été inversés. Pendant son déménagement dans les bois, Rose l’avait accusée de fuir ses problèmes. Et Avery n’avait aucun scrupule à l’admettre. Elle était venue ici pour échapper aux souvenirs de la dernière affaire – des derniers mois de sa vie, si elle devait être totalement honnête.

Elles avaient été si proches de retrouver la relation qu’elles avaient autrefois. Mais quand le père de Rose était mort – ainsi que Ramirez, un homme qu’elle avait commencé à tolérer comme étant objet de l’amour de sa mère – tout s’était brusquement arrêté. Rose reprochait complètement à Avery la mort de son père, et Avery commençait lentement à s’en blâmer elle aussi.

Avery ferma les yeux et termina son verre de bourbon. Elle écouta les bruits tranquilles de la forêt et laissa la chaleur de l’alcool la réconforter. Elle avait laissé une chaleur similaire la réconforter au cours des trois dernières semaines, s’était saoulée une poignée de fois, à tel point qu’une fois elle avait perdu connaissance pendant plusieurs heures. Elle avait passé la nuit penchée au dessus de toilettes à se lamenter sur Ramirez et l’avenir qu’ils avaient été si près d’avoir.

En y repensant, Avery était embarrassée. Cela lui donnait envie de renoncer à boire pour de bon. Elle n’avait jamais été une grande buveuse, mais durant les trois dernières semaines, les spiritueux et le vin l’avaient aidée à surmonter.

À surmonter quoi, cependant ? se demanda-t-elle alors qu’elle se levait du fauteuil à bascule et retournait à l’intérieur.

Elle regarda le bourbon, tentée d’y aller et de s’enivrer d’ici à midi juste pour passer un autre jour. Mais elle savait que c’était de la lâcheté. Elle devait s’en sortir toute seule, avec la tête claire. Alors elle mit le bourbon et les autres bouteilles d’alcool dans un placard dans la cuisine. Elle passa ensuite au carton suivant dans ses tas, toujours à la recherche de l’iPod.

Une pile d’albums photo se trouvait en haut de la boîte. Parce que son esprit avait été concentré sur Rose pendant qu’elle était sur le porche, Avery les sortit rapidement. Il y en avait trois en tout, dont l’un était remplie de photos de son temps passé à l’université. Elle ignora complètement celui-ci et ouvrit le second.

Immédiatement, Rose la regarda fixement. Elle avait douze ans, était sur un traîneau avec son chapeau couvert de neige. Sous cette photo, Rose avait encore douze ans. Sur celle-ci, elle peignait ce qui ressemblait à un champ de tournesols sur un chevalet dans son ancienne chambre. Avery les feuilleta tous jusqu’à environ la moitié de l’album, où elle arriva à une photo qui avait été prise à peine trois Noël de cela. Rose et Jack, le père de Rose, dansaient comiquement devant un sapin de Noël. Ils souriaient tous deux à donner le vertige. Le chapeau de Père Noël de Jack était de travers sur sa tête et les décorations brillaient en arrière-plan.

Ce fut comme un coup de couteau dans son cœur, transperçant, vrillant. Le besoin de pleurer arriva comme une bombe. Elle n’avait pas ressenti ce besoin irrépressible une seule fois depuis qu’elle avait emménagé ici, car elle s’était assez bien débrouillé pour étouffer de telles choses au cours de sa carrière. Mais cela la frappa alors, surgi de nulle part, et avant qu’elle ne puisse le combattre, sa bouche s’ouvrit et une plainte agonisante en sortit. Elle se serra la poitrine comme si ce couteau imaginé était vraiment là, et s’effondra par terre.

Elle essaya de se lever, mais son corps semblait se révolter. Non, semblait-il dire. Tu vas te permettre ce moment et tu vas pleurer. Tu vas pleurer. Tu vas faire ton deuil. Et qui sais ? Tu pourrais vraiment te sentir mieux après.

Elle serra l’album photo, le pressant contre sa poitrine. Elle pleura éperdument, s’autorisant à être vulnérable juste pour un moment. Elle détestait que cela fasse tant de bien de tout laisser sortir, de se permettre de fondre en larmes. Elle gémit et pleura, sans rien dire – sans en appeler à personne, sans questionner Dieu ou offrir une prière. Elle fit simplement son deuil.

Et cela faisait du bien. Cela ressemblait presque à un exorcisme en quelque sorte.

Elle ignorait combien de temps elle était restée assise par terre parmi les cartons. Tout ce qu’elle savait, c’était que quand elle se leva, elle ne voulait plus s’anesthésier avec quelque chose venant d’une bouteille. Elle avait besoin d’avoir l’esprit clair, nécessaire pour mettre de l’ordre dans ses pensées.

Elle sentit une douleur familière dans ses mains, quelque chose d’encore plus fort que le besoin de boire pour chasser ses émotions. Elle serra mollement ses poings et pensa à des cibles en papier ainsi qu’aux longs champs de tir en intérieur.

Son cœur commença alors à s’alléger un peu en pensant aux quelques objets qu’elle avait dans la chambre qu’elle finirait par arranger et décorer un de ces jours. Il n’y avait pas grand-chose là-dedans, mais il y avait une certaine chose qu’elle avait presque oubliée dans le brouillard des derniers jours. Lentement, essayant de s’encourager elle-même pendant qu’elle traversait le salon plein de cartons, Avery entra dans la chambre à coucher.

Elle resta sur le pas de la porte pendant un moment et scruta l’arme qui était posée dans le coin.

Le fusil était un Remington 700 qu’elle possédait depuis l’obtention de son diplôme. Pendant sa dernière année, elle avait eu de grands projets, de déménager dans un endroit isolé afin de chasser le chevreuil pendant les hivers. C’était une chose que son père avait toujours fait et, bien qu’elle n’y fût pas particulièrement douée, elle l’avait bien aimé. Elle avait souvent été ridiculisée à ce sujet par ses amies et elle avait probablement effrayé un petit ami ou deux au lycée en raison de son affection pour ce sport. Quand son père était décédé, sa mère l’avait suppliée de prendre l’arme, pensant que son père aurait voulu qu’elle l’aie.

Elle avait été baladée, d’un déménagement à l’autre, habituellement rangée dans un placard ou sous un lit. Deux jours après avoir emménagé dans cette maison, elle l’avait emmenée chez un revendeur d’armes à feu local et l’avait faite nettoyer. Quand elle l’avait récupérée, elle avait également acheté trois boîtes de cartouches.

Pensant qu’elle pouvait aussi bien frapper tant que l’humeur la prenait, elle se déshabilla et se glissa dans des vêtements en Thermolactyl. Il ne faisait pas trop froid ce matin, un peu au-dessus de zéro – mais elle n’avait pas l’habitude d’être dehors dans les bois. Elle ne possédait rien en kaki, aussi se contenta-t-elle d’un pantalon vert foncé et d’un pull noir. Elle savait bien que ce n’était pas la tenue la plus sûre pour aller chasser le chevreuil, mais il faudrait faire avec pour l’instant.

Elle enfila une paire de gants fins (elle dut chercher dans un autre carton pour les trouver), enfila sa paire de chaussures la plus robuste et sortit. Elle monta dans sa voiture et conduisit trois kilomètres plus loin sur une route secondaire qui menait à une étendue de forêt appartenant à l’homme à qui elle avait acheté la maison. Il lui avait donné la permission de chasser sur ses terres, presque comme un détail sans importance ou un bonus pour avoir acheté la maison pour dix mille dollars au-dessus du prix demandé.

Elle trouva un endroit sur le bord de la route où il était évident que les chasseurs faisaient demi-tour ou s’arrêtaient depuis des années. Elle gara sa voiture là, le côté conducteur juste au bord de la route. Elle prit ensuite le fusil et partit dans la forêt.

Elle se sentait vraiment idiote, à parader dans les bois. Elle n’avait pas chassé depuis cinq ans – le week-end même où elle avait reçu l’arme des mains de sa mère. Elle n’avait pas l’équipement – les bonnes bottes, l’odeur du chevreuil à asperger sur les arbres, le chapeau ou le gilet orange fluorescent. Mais elle savait aussi que c’était un mercredi matin et que les bois seraient pratiquement vides d’autres chasseurs. Elle se sentait un peu comme l’enfant timide qui ne jouait au basket que seule et qui disparaissait lorsque les enfants plus doués entraient dans le gymnase.

Elle marcha pendant vingt minutes et arriva à une élévation du terrain. Elle marchait silencieusement, avec la même prudence experte qu’elle avait utilisée en tant qu’inspectrice à la criminelle. Le fusil dans ses mains était agréable, bien qu’un peu étranger. Elle était habituée à des armes beaucoup plus petites, son Glock en particulier, aussi le fusil donnait-il l’impression d’être assez puissant. En arrivant au sommet de la petite montée, elle aperçut un chêne tombé à quelques mètres. Elle s’en servit comme d’un piètre moyen de se cacher, s’assit par terre, puis se décala un peu dos contre le tronc d’arbre. Allongée, elle posa le fusil à côté d’elle et leva les yeux vers les cimes des arbres.

Elle s’installa là paisiblement, se sentant encore plus enveloppée par l’univers qu’elle ne l’avait été sur le porche il y avait une heure environ. Elle sourit quand elle imagina Rose avec elle. Rose détestait à peu près tout ce qui avait trait avec le fait d’être dehors et elle serait probablement folle si elle savait que sa mère était actuellement assise dans la forêt avec un fusil, cherchant à potentiellement tuer un chevreuil. En pensant à Rose, Avery fut capable de s’éclaircir un peu l’esprit, de se concentrer sur tout ce qui l’entourait. Et quand elle parvint à le faire, les réflexes issus de son travail entrèrent en action.

Elle entendit le bruissement des feuilles sur le sol ainsi que dans les arbres tandis que les dernières feuilles tenaces s’accrochaient face à l’hiver proche. Elle entendit un trottinement quelque part à sa droite et au-dessus d’elle, probablement un écureuil qui sortait pour vérifier le vent. Une fois acclimatée à son environnement, elle ferma les yeux et se laissa vraiment aller.

Elle entendait toutes ces choses mais elle vit aussi ses propres pensées commencer à se mettre en place. Jack et sa petite amie, tous deux morts. Ramirez, mort et parti. Elle pensait à Howard Randall, tombant dans la baie et probablement mort lui aussi. Et à la fin de tout cela, elle vit Rose…comment elle avait été constamment prise au piège en raison du travail de sa mère. Rose ne l’avait jamais mérité, ne l’avait jamais demandé. Elle avait fait de son mieux pour être une fille qui la soutenait à travers tout cela, et avait finalement atteint son point de rupture.

Honnêtement, Avery était impressionnée qu’elle ait duré aussi longtemps. Surtout après la dernière affaire, où sa vie avait littéralement été mise en danger. Et cela n’avait pas été la première fois.

Le craquement sec d’une brindille derrière elle tira Avery de ses pensées. Ses yeux s’ouvrirent brusquement et elle se retrouva de nouveau à fixer les branches les plus dégarnies au dessus de sa tête. Elle tendit lentement la main vers le Remington alors qu’un autre bruissement léger se faisait entendre quelque part derrière elle.

Elle tira le fusil vers elle et le prépara lentement. Elle se mouvait avec une furtivité experte tout en se mettant sur les coudes. Elle inspira et expira lentement, en s’assurant de ne pas souffler sur une feuille voisine. Ses yeux scrutèrent la zone en contrebas de la petite montée sur laquelle elle se cachait. Elle repéra le chevreuil à l’ouest, à environ soixante-dix mètres. C’était un mâle, un huit-cors d’après ce qu’elle pouvait voir. Ce n’était rien de considérable, mais c’était quelque chose, au moins. Elle en repéra un autre plus loin devant, mais il était partiellement couvert par deux arbres.

Elle se redressa un peu plus, et appuya le fusil sur le côté du chêne tombé. Elle plia son doigt quand il trouva la gâchette et affermit sa prise sur la crosse. Elle visa et trouva que c’était un peu plus difficile qu’elle ne l’avait anticipé. Quand elle aligna la mire et eut un angle de tir, elle saisit l’opportunité.

La détonation du fusil au moment du tir remplit la forêt. Le recul fut perceptible mais très léger. Au moment où elle tira, elle sut qu’elle était trop à droite ; son coude avait glissé de sa position sur l’arbre quand elle avait appuyé sur la gâchette.

Mais elle n’eut pas eu l’occasion de voir le mâle s’enfuir.

Quand le bruit du coup de feu emplit ses oreilles et les bois, quelque chose dans son esprit sembla trembler puis se figer. Pendant un moment paralysant, elle ne parvint plus bouger. Et à ce moment-là, elle n’était pas dans la forêt, à avoir échoué à abattre un cerf. Au lieu de cela, elle se tenait dans le salon de Jack. Il y avait du sang partout. Lui et sa petite amie avaient été tués. Elle n’avait pas été capable de l’empêcher et, à ce titre, elle avait l’impression qu’elle les avait tués. Rose avait raison. C’était de sa faute. Elle aurait pu l’arrêter si elle avait été plus rapide – si elle avait été meilleure.

Le sang rouge brillait et les yeux de Jack la regardaient, morts, et semblant supplier. S’il te plaît, disaient-ils. S’il te plaît, reprend-le. Arrange ça.

Avery laissa tomber le fusil. Son cliquetis par terre la fit émerger de sa fugue et une fois de plus, elle se retrouva à pleurer ouvertement. Les larmes montèrent, chaudes, et se déversèrent. Elles semblaient être comme de petites traînées de feu sur son visage autrement froid.

« C’est de ma faute », dit-elle à la forêt. « C’était de ma faute. Tout ça. »

Pas seulement Jack et sa petite amie…non. Ramirez aussi. Et tous les autres qu’elle avait été incapable de sauver. Elle aurait dû être meilleure, toujours meilleure.

Dans son esprit, elle vit l’image de Jack et Rose devant le sapin de Noël. Elle se roula en boule près du chêne abattu et commença à trembler.

Non, pensa-t-elle. Pas maintenant, pas ici. Ressaisis-toi, Avery.

Elle combattit la vague d’émotions et la ravala. Ce n’était pas trop dur. Après tout, elle était devenue assez douée pour cela au cours de la dernière décennie. Elle se remit lentement sur pieds, et ramassa le fusil sur le sol. Elle ne jeta qu’un léger regard vers l’endroit où les deux cerfs avaient été. Elle n’avait aucun regret à avoir manqué le coup. Elle s’en moquait, tout simplement.

Elle se retourna par là où elle était venue, portant le fusil sur son épaule et une décennie de culpabilité et d’échec dans son cœur.



*



En route pour retourner à la maison, Avery supposa que c’était une bonne chose qu’elle n’ait pas tué le chevreuil. Elle n’avait aucune idée de la manière dont elle l’aurait sortit de la forêt. Le traîner jusqu’à sa voiture ? L’attacher sur le toit de son véhicule et revenir lentement à la maison ? Elle en connaissait assez sur la chasse pour savoir qu’il était illégal de laisser une prise à pourrir dans les bois.

Une autre fois, elle aurait pu trouver l’image d’un chevreuil attaché au toit de sa voiture hilarante. Mais en cet instant elle n’y voyait rien de plus qu’une autre erreur. Juste une autre chose à laquelle elle n’avait pas bien réfléchi.

Juste au moment où elle était sur le point de tourner sur son chemin, le bruit de son téléphone portable la fit sortir de sa déprime. Elle l’attrapa sur la console et vit un numéro qu’elle ne reconnaissait pas, mais un code régional qu’elle avait vu pendant la plus grande partie de sa vie. L’appel venait de Boston.

Elle répondit avec scepticisme, sa carrière lui ayant appris que des appels de numéros inconnus pouvaient souvent mener à des problèmes. « Bonjour ? »

« Salut, est-ce madame Black ? Madame Avery Black ? », demanda une voix masculine.

« C’est elle. Qui est-ce ? »

« Je m’appelle Gary King. Je suis le propriétaire de l’endroit où votre fille habite. Elle vous a listée comme parent proche sur son papier et ― »

« Est-ce que Rose va bien ? », demanda Avery.

« Pour autant que je sache, oui. Mais j’appelle à cause de quelques autres choses. Tout d’abord, elle est en retard sur son loyer. Elle a deux semaines de retard et c’est la deuxième fois en trois mois. J’essaie de passer et de lui en parler mais elle n’ouvre jamais à la porte. Et elle ne rappelle pas. »

« Vous n’avez certainement pas besoin de moi pour m’occuper de ça », dit Avery. « Rose est une femme adulte et elle peut supporter de se faire rappeler à l’ordre par son propriétaire. »

« Eh bien, ce n’est pas seulement ça. J’ai reçu des appels de sa voisine qui se plaignait des bruits de pleurs bruyants la nuit. Cette même voisine prétend être assez bonne amie avec Rose. Elle dit que Rose n’a pas semblé être elle-même ces derniers temps. Elle dit qu’elle ne cesse de dire que tout est nul et combien la vie est dépourvue de sens. Elle a dit qu’elle s’inquiétait pour Rose. »

« Et qui est cet amie ? », demanda Avery. Il était dur de le repousser, mais elle pouvait se sentir rapidement glisser en mode inspectrice.

« Désolé, mais je ne peux pas dire. Légalement et tout. »

Avery était à peu près certaine que monsieur King avait raison, aussi n’insista-t-elle pas. « Je comprends. Merci de votre appel, monsieur King. Je vais prendre de ses nouvelles tout de suite. Et je veillerai à ce que vous obteniez votre loyer. »

« C’est bon et je vous remercie…mais honnêtement, je suis plus inquiet de ce qui pourrait se passer avec Rose. C’est une bonne fille. »

« Ouais, elle l’est », dit Avery et elle raccrocha.

À ce moment-là, elle était à moins d’un kilomètre de sa nouvelle maison. Elle sélectionna le numéro de Rose et passa un appel tandis qu’elle appuyait un peu plus sur l’accélérateur. Elle était sûre de savoir comment les deux minutes suivantes allaient se dérouler, mais elle éprouvait toujours un espoir cinglant chaque fois que le téléphone sonnait dans son oreille.

Comme elle s’y attendait, elle tomba directement sur la messagerie vocale. Rose n’avait répondu qu’à un de ses appels depuis que son père avait été assassiné et c’était quand elle avait été particulièrement ivre. Avery choisit de ne pas laisser de message, sachant que Rose ne l’écouterait pas, et rappellerait encore moins.

Elle se gara dans son allée, laissa le moteur tourner, et courut à l’intérieur assez longtemps pour se vêtir de quelque chose d’un peu plus présentable. Elle fut de retour dans la voiture trois minutes plus tard, et se dirigea vers Boston. Elle était sûre que Rose serait furieuse que sa mère arrive en ville pour prendre de ses nouvelles, mais Avery ne voyait pas où elle avait le choix, étant donné l’appel de Gary King.

Quand la route devint plus régulière et moins sinueuse, Avery augmenta sa vitesse. Elle ignorait où se situait son avenir vis-à-vis de son ancien emploi, mais elle savait qu’une chose lui manquait dans son travail pour les forces de l’ordre : la possibilité de dépasser la limite de vitesse à chaque fois qu’elle le voulait.

Rose avait des ennuis.

Elle le sentait.




CHAPITRE DEUX


Il était un peu plus d’une heure quand Avery se présenta à la porte de Rose. Elle vivait dans un appartement au rez-de-chaussée dans une partie convenable de la ville. Elle pouvait se le permettre grâce aux pourboires qu’elle recevait en tant que barman dans un bar huppé – un travail qu’elle avait réussi à obtenir avant qu’Avery ne déménage dans son chalet. Son travail avant celui-là avait été un peu moins glamour, serveuse dans un restaurant appartenant à une chaîne tout en faisant du travail d’édition bon marché pour les agences de publicité à côté de son appartement. Avery aurait aimé que Rose se contente de s’atteler à ses études et de les terminer, mais elle savait aussi que plus elle insisterait, moins Rose serait encline à choisir cette voie.

Avery frappa à la porte. Elle savait que Rose était chez elle car sa voiture était garée à un pâté de maisons de là, sur le côté de la rue. Même si cet indice n’avait pas informé Avery, depuis qu’elle avait emménagé toute seule, Rose avait opté pour des emplois aux horaires tardifs pour pouvoir dormir tard et paresser chez elle toute la journée. Elle frappa plus fort quand Rose ne répondit pas et faillit appeler son nom. Elle décida de ne pas le faire, pensant que sa voix serait encore moins bienvenue que celle du propriétaire qu’elle essayait d’esquiver.

Elle pense probablement que c’est moi parce que j’ai essayé d’appeler avant, pensa-t-elle.

Étant donné cela, elle conclut en décidant de faire ce pour quoi elle était la meilleure : négocier.

« Rose », dit-elle en frappant à nouveau. « Ouvre. C’est ta mère. Et il fait froid là dehors. »

Elle attendit un moment et il n’y eut toujours pas de réponse. Au lieu de frapper à nouveau, elle s’approcha calmement de la porte, s’en tenant le plus près possible. Quand elle parla à nouveau, elle éleva la voix juste assez pour être entendue à l’intérieur mais pas assez pour provoquer une scène dans la rue.

« Tu peux continuer à m’ignorer si tu veux mais je continuerai d’appeler, Rose. Et si je veux vraiment m’obséder, souviens-toi de ce que je faisais avant dans la vie. Si je veux savoir où tu es à un moment donné, je le peux. Ou tu peux nous rendre la vie plus facile à toutes les deux et ouvrir la porte. »

Ceci dit, elle frappa à nouveau. Cette fois, on lui répondit en quelques secondes. Rose ouvrit la porte lentement depuis l’autre côté. Elle jeta un regard dehors comme une femme qui ne ferait pas confiance à la personne qui se tenait sur le seuil.

« Qu’est-ce que tu veux, maman ? »

« Entrer une minute ou deux. »

Rose y réfléchit pendant un moment et ouvrit complètement la porte. Avery fit de son mieux pour ne pas prêter trop d’attention au fait que Rose avait perdu du poids. Beaucoup, en fait. Elle avait également teint ses cheveux en noir et les avait lissés.

Avery entra et trouva l’appartement méticuleusement nettoyé. Il y avait un ukulélé sur le canapé, chose qui ne semblait vraiment pas être à sa place. Avery le pointa du doigt et lança un regard interrogateur.

« Je voulais apprendre à jouer de quelque chose », dit Rose. « La guitare prend trop de temps et les pianos sont trop chers. »

« Tu es bonne ? », demanda Avery.

« Je peux jouer cinq accords. Je peux presque jouer toute une chanson. »

Avery hocha de la tête, impressionnée. Elle demanda presque à entendre la chanson, mais pensa que ce serait peut-être trop insister. Elle pensa ensuite à s’asseoir sur le canapé, mais ne voulait pas donner l’impression de prendre ses aises. Elle était presque sûre que Rose ne prolongerait pas cette invitation de toute façon.

« Je vais bien, maman », dit Rose. « Si c’est pour ça que tu es là… »

« Ça l’est », dit Avery. « Et je voulais te parler depuis un moment. Je sais que tu me détestes et me tient pour responsable pour tout ce qui s’est passé. Et ça craint, mais je peux y faire face. Mais aujourd’hui, j’ai reçu un appel de ton propriétaire. »

« Oh mon dieu », dit Rose. « Cet abruti cupide ne me laisse pas tranquille et― »

« Il veut juste son loyer, Rose. Tu l’as ? Tu as besoin d’argent ? »

Rose pouffa à la question. « J’ai gagné trois cents dollars en pourboires la nuit dernière », dit-elle. « Et je fais presque le double en pourboires un samedi soir. Donc non…je n’ai pas besoin d’argent. »

« Bien. Mais…eh bien, il dit aussi qu’il s’inquiète pour toi. Qu’il a entendu parler de certaines choses que tu avais dites. Maintenant ne me raconte pas d’histoires, Rose. Comment vas-tu, vraiment ? »

« Vraiment ? », demanda Rose. « Comment je vais vraiment ? Eh bien, mon père me manque. Et j’ai presque été tuée par le même connard qui l’a tué. Et même si tu me manques aussi, je ne peux même pas penser à toi sans me souvenir de la manière dont il est mort. Je sais que c’est tordu, mais chaque fois que je pense à papa et à sa mort, ça me fait te détester. Et ça me fait réaliser que depuis que tu t’es vraiment plongée dans le métier d’inspectrice, ma vie en a souffert pour une raison ou pour une autre. »

C’était difficile à entendre pour Avery, mais elle savait aussi que cela aurait pu être bien pire.

« Comment dors-tu ? », demanda-t-elle. « Et comment manges-tu ? Rose…combien de poids as-tu perdu ? »

Rose secoua la tête et commença à marcher vers la porte. « Tu as demandé comment j’allais et je t’ai répondu. Suis-je heureuse ? Bon sang non. Mais je ne suis pas du genre à faire quelque chose de stupide, maman. Quand ça passera, tout ira bien. Et ça va passer. Je sais que ce sera le cas. Mais si ça doit passer, je ne peux pas t’avoir dans les parages. »

« Rose, c’est— »

« Non. Maman…tu es toxique pour moi. Je sais que tu as vraiment essayé d’arranger les choses entre nous – tu essayes depuis plusieurs années maintenant. Mais ça ne fonctionne pas et je ne pense pas que ça fonctionnera compte tenu des événements récents. Alors…s’il te plaît pars. Pars et arrête d’appeler. »

« Mais Rose, c’est— »

Rose éclata alors en sanglots, ouvrit la porte et cria. « Maman, pourrais-tu s’il te plaît juste partir, putain ? »

Rose regarda ensuite le sol, étouffant ses sanglots. Avery lutta pour étouffer les siens tandis qu’elle obéissait aux souhaits de sa fille. Elle passa près d’elle, se retint douloureusement de la serrer dans ses bras ou de lui faire valoir un dernier argument. Finalement, elle passa simplement la porte et sortit dans le froid.

Mais la porte claquant violemment derrière elle fut peut-être la chose la plus froide de toutes.



***



Avery pleurait avant d’avoir pu démarrer sa voiture. Le temps d’être à nouveau sur la route et de prendre la direction de sa nouvelle maison, elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour retenir une série de sanglots qui lui serraient la poitrine. Pendant que les larmes coulaient sur son visage, elle réalisa qu’elle avait plus pleuré au cours des quatre derniers mois que pendant toutes les années précédentes. D’abord il y avait eu la mort de Jack, puis celle de Ramirez. Et maintenant ça.

Peut-être Rose avait-elle raison. Peut-être était-elle toxique. Parce qu’en y réfléchissant bien, les morts de Jack et Ramirez étaient de sa faute. Sa carrière ambitieuse avait mené le tueur à ceux qu’elle aimait le plus et, à ce titre, ils avaient été pris pour cible.

Et cette même carrière avait repoussé Rose. Peu importait le fait que la carrière en question soit terminée. Elle avait pris sa retraite peu de temps après les funérailles de Ramirez et même si elle savait que Connelly et O’Malley lui laissaient une porte dérobée d’ouverte, c’était une invitation qu’elle savait qu’elle n’accepterait jamais.

Elle s’engagea dans son allée, gara la voiture et entra avec des larmes coulant encore sur son visage. Le triste fait était que si elle abandonnait complètement sa carrière, sa vie serait vide. Son futur mari avait été tué, un ex-mari avec qui elle avait été en bons termes avait disparu, et maintenant, la seule survivante de son passé, sa fille, ne voulait rien avoir à faire avec elle.

Et plutôt que de réparer tout ça, qu’as-tu fait ? demanda une petite partie d’elle. Elle ressemblait presque à la voix de Ramirez, qui faisait remarquer combien elle aggravait les choses. Tu as quitté la ville et tu t’es retirée dans les bois. Plutôt que d’affronter la douleur et une vie qui a été bouleversée, tu t’es enfuie et tu as passé quelques jours à boire jusqu’à plonger dans l’oubli. Alors que vas-tu faire maintenant ? Fuir à nouveau ? Ou est-ce que tu ne devrais pas plutôt régler ça ?

De retour à l’intérieur du chalet, toutefois, elle se sentit plus en sécurité qu’elle ne l’avait été pendant qu’elle se tenait à la porte de Rose. Cela parut diminuer la douleur cinglante de voir sa fille lui claquer la porte au nez. Oui, cela lui donnait l’impression d’être une lâche mais elle ne savait tout simplement pas comment y faire face.

Elle a raison, pensa Avery. Je suis toxique pour elle. Au cours des dernières années, je n’ai rien fait d’autre que rendre sa vie beaucoup plus difficile. Ça a commencé quand j’ai fait passer ma carrière avant son père puis ça a encore empiré quand, peu importe mes efforts, la carrière l’a emporté sur elle aussi. Et nous voilà à nouveau brouillées, alors même que la carrière a disparu.

Et c’est parce qu’elle me tient pour responsable pour le meurtre de son père.

Et elle n’a pas tout à fait tort à ce sujet.

Elle marcha lentement vers le lit qu’elle devait encore complètement assembler. Son coffre-fort personnel était là, reposant parmi la tête de lit et le sommier à ressorts. En l’ouvrant, elle pensa au moment où elle était entrée dans le salon de Jack, où elle avait retrouvé son corps. Elle pensa à Ramirez à l’hôpital, déjà gravement blessé avant d’avoir été tué.

Ses mains étaient salies par tout cela. Et elle ne pourrait jamais les en laver.

Elle tendit la main vers le coffre et sortit son Glock. Il semblait familier entre ses mains, comme un vieil ami.

Les larmes coulaient encore quand elle s’adossa contre la tête de lit. Elle regarda le pistolet, l’examina. Lui ou un autre tout comme avait été sur sa hanche ou dans son dos pendant près de deux décennies, plus proche d’elle que ne l’avait jamais été un autre humain. Donc cela ne parut que trop naturel quand elle le porta à la chair molle sous son menton. Son contact était froid mais assuré.

Elle laissa échapper un sanglot tandis qu’elle le positionnait, s’assurant que la balle traverserait avec le meilleur angle. Son doigt trouva la gâchette et trembla contre elle.

Elle se demanda si elle entendrait la détonation avant qu’elle soit partie et, si c’était le cas, si elle serait aussi forte que le bruit de Rose claquant la porte derrière elle.

Son doigt s’enroula autour de la détente et elle ferma les yeux.

La sonnette retentit, la faisant sursauter.

Son doigt se détendit et tout son corps se relâcha. Le Glock tomba dans un cliquetis par terre.

Presque, pensa-t-elle alors que son cœur pompait une tonne d’adrénaline dans son sang. Un autre quart de seconde et ma cervelle aurait été partout sur le mur.

Elle baissa les yeux sur le Glock et le repoussa comme s’il s’agissait d’un serpent venimeux. Elle enfouit sa tête dans ses mains et essuya ses larmes.

Tu as failli te tuer, dit la voix qui était peut-être ou peut-être pas Ramirez. Cela ne te fait-il pas te sentir comme une lâche ?

Elle balaya cette idée quand elle se leva et se dirigea vers la porte d’entrée. Elle n’avait aucune idée de qui cela pouvait être. Elle osait espérer que c’était Rose mais elle savait que ce ne serait pas le cas. Rose ressemblait beaucoup à sa mère à cet égard – têtue à l’excès.

Elle ouvrit la porte et ne trouva personne. Elle vit cependant l’arrière d’un camion UPS quitter son allée. Elle baissa les yeux sur la véranda et vit une petite boîte. Elle la ramassa, et y lut son propre nom ainsi que sa nouvelle adresse rédigés avec une écriture très soignée. L’adresse de l’expéditeur ne comportait aucun nom, juste un cachet de New York.

Elle la prit à l’intérieur et l’ouvrit lentement. La boîte ne pesait rien et, quand elle l’ouvrit, elle trouva un journal en boule. Elle enleva tout et découvrit une seule chose qui l’attendait au fond.

C’était une seule feuille de papier, pliée en deux. Elle la déplia, et quand elle lut le message à l’intérieur, son cœur s’arrêta pendant un instant.

Et juste ainsi, Avery ne ressentit plus le besoin de se suicider.

Elle lut le message encore et encore, essayant de lui donner un sens. Son esprit travaillait dessus, cherchant une réponse. Et avec une telle chose à résoudre, la seule idée de mourir avant que ce ne soit élucidé était hors de question.

Elle s’assit sur le canapé et fixa le papier, le lisant encore et encore.



Qui êtes-vous, Avery ?

– Bien à vous,

Howard




CHAPITRE TROIS


Les jours suivants, Avery continua à toucher la zone sous son menton, là où elle avait placé le canon de l’arme. Elle paraissait irritée, comme une piqûre d’insecte. Chaque fois qu’elle allait se coucher pour dormir et que son cou s’étirait quand sa tête touchait l’oreiller, cette zone lui semblait exposée et vulnérable.

Elle allait devoir faire face au fait qu’elle avait traversé une très mauvaise passe. Même si elle en avait finalement été arrachée, elle l’avait connue. Ce serait pour toujours une souillure dans ses souvenirs et il semblait que les nerfs même dans sa chair voulaient s’assurer qu’elle ne l’oublierait pas.

Pendant les trois jours qui suivirent son quasi suicide, elle fut plus déprimée qu’elle ne l’avait jamais été dans sa vie. Elle passa ces jours-là en boule sur son canapé. Elle essaya de lire mais ne pouvait pas se concentrer. Elle essaya de se motiver pour aller courir, mais se sentait trop fatiguée. Elle ne cessait de regarder la lettre de Howard, la manipulant tant que le papier commençait à se plisser.

Elle cessa sa consommation excessive d’alcool après avoir reçu la lettre d’Howard. Lentement, comme une chenille, elle commença à sortir de son cocon d’apitoiement sur son propre sort. Elle se mit lentement à faire de l’exercice. Elle faisait également des mots croisés et des Sudoku juste pour garder son esprit aiguisé. Sans travail, et en sachant qu’elle avait assez d’argent pour vivre une année sans avoir à s’inquiéter de rien, il était très facile de tomber dans un état d’esprit paresseux.

Mais le colis d’Howard avait gommé cette léthargie en elle. Elle avait maintenant un mystère à résoudre qui la mettait au travail. Et quand Avery Black se mettait à la tâche, il n’y avait pas de fin jusqu’à ce qu’elle soit résolue.

Moins d’une semaine après avoir reçu la lettre, ses journées glissèrent dans une forme de routine. C’était toujours la routine d’une ermite, mais sa routine seule la faisait se sentir normale. Elle lui donnait l’impression qu’il pouvait y avoir quelque chose pour laquelle il valait la peine de vivre. Une structure. Des défis intellectuels. C’étaient les choses qui l’avaient toujours inspirée et c’est ce qu’elles firent au cours de semaines suivantes

Ses matinées commençaient à sept heures. Elle partait courir tout de suite, décrivant un trajet vivifiant de trois kilomètres à travers les routes secondaires autour du chalet, pour cette première semaine. Elle rentrait chez elle, prenait son petit-déjeuner et examinait de vieux dossiers. Elle avait plus de cent dossiers personnels, tous résolus. Mais elle les parcourait pour se tenir occupée et pour se rappeler que parmi les échecs qui s’étaient produits vers la fin, elle avait aussi connu plus que quelques succès.

Elle passait ensuite une heure à déballer ses cartons et à ranger. Suivait ensuite le déjeuner puis soit un mot croisé soit un casse-tête quelconque. Elle exécutait ensuite un simple enchaînement d’exercices dans la chambre – juste une séance rapide d’abdominaux, de redressements assis, de planches et d’autres exercices pour la ceinture abdominale. Elle passait ensuite un peu de temps à regarder les dossiers de sa dernière affaire – l’affaire qui avait fini par prendre les vies de Jack et Ramirez. Certains jours, elle les feuilletait pendant dix minutes, d’autres jours elle les étudiait pendant deux heures.

Qu’est ce qui avait mal tourné ? Qu’avait-elle manqué au début ? Aurait-elle survécu à l’affaire s’il n’y avait pas eu l’intervention d’Howard Randall en coulisses ?

Puis venait le dîner, un peu de lecture, un peu plus de nettoyage, et au lit. C’était une routine monotone, mais c’était une routine tout de même.

Il fallut deux mois pour que le chalet soit propre et en ordre. À ce moment-là, sa course de trois kilomètres s’était transformée en une de huit kilomètres. Elle ne regardait plus les anciens dossiers ou le contenu du dernier. Au lieu de cela, elle avait pris l’habitude de lire des livres qu’elle avait achetés sur Amazon et qui contenaient des enquêtes policières tirées de la vie réelle et des procédures policières non fictives. Elle avait aussi ajouté au mélange des livres concernant les évaluations psychologiques de certains des tueurs en série les plus connus de l’histoire.

Elle n’était que partiellement consciente qu’il s’agissait de sa façon de combler le vide que son travail avait autrefois rempli. Au fur et à mesure qu’elle s’en rendait de plus en plus compte, elle ne pouvait s’empêcher de s’interroger sur son avenir.

Un matin, alors qu’elle courait autour de Walden Pond, le froid lui brûlant les poumons d’une manière qui était plus agréable qu’insoutenable, cela la frappa un peu plus fort qu’auparavant. Son esprit tournait en boucle autour des questions sur l’arrivée du colis d’Howard Randall.

D’abord, comment savait-il où elle vivait ? Et depuis combien de temps en était-il informé ? Elle avait vécu en supposant qu’il était mort quand il était tombé dans la baie la nuit où cette dernière terrible affaire s’était achevée. Bien que son corps n’ait jamais été retrouvé, on avait spéculé à l’envi qu’il avait effectivement été abattu par un policier sur les lieux avant de tomber l’eau. Alors qu’elle faisait sa boucle, elle essaya de mettre en place une série d’étapes pour comprendre où il se trouvait et pourquoi il l’avait contactée avec un message étrange : Qui êtes-vous ?

Le colis venait de New York mais il est évident qu’il est resté autour de Boston. Sinon, comment saurait-il que j’ai déménagé ? Par quelle autre manière pourrait-il savoir où je vis ?

Ceci, bien sûr, évoqua à son esprit des images de Randall caché parmi ces arbres avec les yeux rivés sur son chalet.

C’est bien ma chance, pensa-t-elle. Toutes les autres personnes dans ma vie sont mortes ou ont coupé les ponts avec moi. Il est logique qu’un tueur reconnu coupable soit le seul qui semble se soucier de moi.

Elle savait que le paquet en lui-même n’offrirait aucune réponse. Elle savait déjà quand il avait été envoyé et d’où. Ce n’était vraiment que Randall qui la taquinait, lui faisant savoir qu’il était encore en vie, en liberté, et qu’il s’intéressait à elle d’une manière ou d’une autre.

Le colis était dans son esprit lorsqu’elle revint de sa course. Tandis qu’elle enlevait ses gants et son bonnet, les joues roses et desséchées en raison du froid, elle se dirigea vers l’endroit où elle avait conservé la boîte. Elle l’avait entièrement examinée à la recherche d’indices ou de petites significations cachées par Randall, mais n’en avait trouvé aucun. Elle avait aussi fini bredouilles quand elle avait parcouru le journal en boule. Elle avait lu tous les articles sur le papier froissé et rien n’avait semblé en valoir la peine. Il n’avait été qu’un remplissage . Bien sûr, cela ne l’avait pas empêché de relire sans relâche plusieurs fois chaque mot sur ces pages.

Elle tapotait anxieusement la boîte quand son portable sonna. Elle l’attrapa sur la table de la cuisine et regarda fixement le numéro à l’écran pendant un moment. Elle sourit avec hésitation et essaya d’ignorer le bonheur qui essayait de poindre dans son cœur.

C’était Connelly.

Ses doigts se figèrent un instant car elle ne savait honnêtement pas quoi faire. S’il avait appelé il y avait deux ou trois semaines de ça, elle aurait simplement ignoré l’appel. Mais maintenant…eh bien, quelque chose était différent à présent, non ? Et même si elle détestait l’admettre, elle supposait qu’elle devait remercier Howard Randall et sa lettre pour cela.

Au dernier moment, avant que son téléphone ne bascule sur la messagerie vocale, elle répondit.

« Eh, Connelly », dit-elle.

Il y eut une longue pause à l’autre bout du fil avant que Connelly ne réponde. « Salut, Black. Je…eh bien, je vais être honnête. Je m’attendais à devoir parler à votre répondeur. »

« Désolée de vous décevoir. »

« Oh, c’est rien. Je suis content d’entendre votre voix. Ça fait trop longtemps. »

« Ouais, ça commence à donner cette impression là. »

« Dois-je comprendre que vous regrettez votre retraite bien trop anticipée ? »

« Non, je n’irais pas jusque là. Comment ça va ? »

« Les choses vont bien. Je veux dire, il y a un vide au commissariat qui était rempli par vous et Ramirez, mais nous sommes en train de le combler. Finley se perfectionne vraiment. Il travaille très étroitement avec O’Malley. Je pense que Finley, entre vous et moi, il l’a pris personnellement quand vous avez démissionné. Et il a décidé que si quelqu’un devait prendre votre place, alors bon sang, il vaudrait mieux que ce soit lui. »

« C’est bon à entendre. Dites-lui qu’il me manque. »

« Eh bien, j’espérais que vous viendrez le lui dire vous-même », dit Connelly.

« Je ne pense pas être prête pour venir vous rendre visite pour le moment », dit-elle.

« D’accord, alors je n’ai jamais été doué pour les bavardages », dit Connelly. « Je vais aller droit au but. »

« C’est là que vous êtes le meilleur », dit-elle.

« Écoutez…nous avons une affaire― »

« Arrêtez là », dit-elle. « Je ne vais pas revenir. Pas maintenant. Probablement jamais, même si je ne l’exclurais pas complètement. »

« Écoutez-moi pour celle-ci, Black », dit-il. « Attendez d’entendre les détails. En fait, vous les avez probablement déjà entendus. Celle-ci est partout aux informations. »

« Je ne regarde pas les informations », dit-elle. « Bon sang, je n’utilise l’ordinateur que pour Amazon. Je ne me souviens pas de la dernière fois que j’ai lu un gros titre. »

« Eh bien, c’est très étrange et il semble que nous ne parvenions pas à l’élucider. O’Malley et moi avons passé une fin de soirée hier à boire et nous avons décidé que nous devions vous appeler. Ce n’est pas seulement moi qui vous cire les pompes et essaye de vous convaincre…mais vous êtes la seule personne qui nous est venue à l’esprit et qui pourrait peut-être la résoudre. Si vous n’avez pas vu les nouvelles, je peux vous dire que c’est… »

« La réponse est non, Connelly », dit-elle en l’interrompant. « J’apprécie la pensée et le geste, mais non. Si jamais je suis prête à discuter d’un retour, je vous appellerai. »

« Un homme est mort, Avery, et le tueur pourrait ne pas avoir fini », dit-il.

Pour une raison quelconque, l’entendre utiliser son prénom la piqua un peu. « Je suis désolée, Connelly. Assurez-vous de dire à Finley que je lui passe le bonjour. »

Et sur ce, elle raccrocha. Elle regarda le téléphone bras croisés, en se demandant si elle venait de commettre une énorme erreur. Elle mentirait si elle se disait que l’idée de retourner au travail n’avait pas suscité quelques frissons. Même entendre la voix de Connelly lui avait fait désirer cette partie là de son ancienne vie.

Tu ne peux pas, se dit-elle. Si tu retournes au travail maintenant, tu dis en gros à Rose que tu te fous d’elle. Et tu courrais directement dans les bras de la créature qui t’a mise là où tu es actuellement.

Elle se leva et regarda par la fenêtre. Elle scruta les arbres, l’épais voile d’ombres diurnes entre eux, et pensa à la lettre d’Howard Randall.

À la question d’Howard Randall.

Qui êtes-vous ?

Elle commençait à penser qu’elle n’était pas exactement sûre de la réponse. Et peut-être qu’être sans son travail dans sa vie en était la raison.



***



Elle brisa sa routine cet après-midi là pour la première fois depuis qu’elle l’avait établie. Elle conduisit jusqu’à South Boston, au cimetière St. Augustine. C’était un endroit qu’elle avait évité depuis le déménagement, pas seulement à cause de la culpabilité, mais parce qu’il semblait que la force cruelle qui manipulait le destin lui avait délivré un coup terrible. Ramirez et Jack étaient tous deux été enterrés dans le cimetière St. Augustine et même s’ils étaient à plusieurs rangées l’un de l’autre, cela n’avait pas d’importance pour Avery. En ce qui la concernait, la connexion entre ses échecs et son chagrin se trouvait dans cette bande de terre verte et elle ne voulait rien à voir avec tout cela.

C’est pourquoi il s’agissait de sa première visite depuis les funérailles. Elle resta assise dans la voiture pendant un moment, à regarder vers la tombe de Ramirez. Elle sortit lentement du véhicule et se dirigea vers l’endroit où l’homme qu’elle avait été prête à épouser avait été inhumé. La pierre tombale était modeste. Quelqu’un y avait récemment placé un bouquet de fleurs blanches – probablement sa mère – qui allait dépérir et mourir dans ce froid, probablement le jour suivant.

Elle ne savait pas quoi dire et supposa que c’était normal. Si Ramirez avait conscience qu’elle était là et s’il pouvait entendre ce qu’elle pouvait dire (et une grande partie d’Avery pensait que c’était le cas), il saurait qu’elle n’avait jamais été douée pour les sentiments. Il était probablement abasourdi, même dans n’importe quel endroit céleste qu’il occupait, qu’elle soit là.

Elle mit la main dans sa poche et sortit la bague que Ramirez avait eu l’intention de lui passer un jour au doigt.

« Tu me manques », dit-elle. « Tu me manques et je suis tellement…tellement perdue. Et il n’y a pas besoin de te mentir…ce n’est pas seulement parce que tu es parti. Je ne sais pas ce que faire de moi-même. Ma vie est en train de s’effondrer et la seule chose dont je sais qu’elle la rendra quelque peu stable – le travail – est probablement la pire vers laquelle je puisse me tourner. »

Elle essaya de l’imaginer là avec elle. Que lui dirait-il s’il le pouvait ? Elle sourit quand elle l’imagina lui adresser un de ses froncements de sourcils sarcastiques. Prends sur toi et fais-le. C’est ce qu’il dirait. Bouge toi, remets toi au travail et reprend ce qu’il reste de ta vie en main.

« Tu n’aides pas », dit-elle avec sa propre petite expression sarcastique. Cela l’effrayait un peu que le fait de lui parler à travers sa tombe lui semble presque naturel. « Tu me dirais de retourner au travail et de résoudre les choses à partir de là, n’est-ce pas ? »

Elle regarda fixement la pierre tombale, comme si elle voulait qu’elle lui réponde. Une unique larme sortit du coin de son œil droit. Elle l’essuya tandis qu’elle se détournait et se dirigeait vers la tombe de Jack. Il avait été enterré de l’autre côté du cimetière, qu’elle pouvait à peine voir d’où elle se trouvait. Elle prit le petit chemin qui traversait les pelouses, profitant du silence. Elle ne prêta aucune attention aux quelques autres personnes qui étaient là pour rendre hommage et pleurer, les laissant à leur vie privée.

Pourtant, alors qu’elle s’approchait de la tombe de Jack, elle vit quelqu’un qui se tenait déjà près d’elle. C’était une femme, petite et la tête baissée. Après encore quelques pas, Avery vit qu’il s’agissait de Rose. Ses mains étaient fourrées dans ses poches et elle portait un manteau avec une capuche, qui était levée et lui couvrait la tête.

Avery ne voulut pas l’appeler, espérant qu’elle arriverait à se rapprocher suffisamment pour pouvoir discuter. Mais après quelques pas de plus, Rose sentit apparemment quelqu’un approcher. Elle se retourna, vit Avery et commença immédiatement à s’éloigner.

« Rose, ne sois pas comme ça », dit Avery. « On ne peut pas parler une minute ? »

« Non maman. Bon sang, comment peux-tu aussi gâcher ça pour moi ? »

« Rose ! »

Mais Rose n’avait plus rien à dire. Elle accéléra le rythme et Avery fit tout ce qu’elle put pour ne pas la poursuivre. D’autres larmes coulèrent sur le visage d’Avery tandis qu’elle reportait son attention sur la tombe de Jack.

« De qui tient-elle ce trait là ? », demanda Avery à la pierre tombale.

Tout comme celle de Ramirez, la pierre tombale de Jack était évidemment silencieuse. Elle se tourna vers la droite et regarda Rose rapetisser au loin. S’éloigner d’elle jusqu’à avoir complètement disparu.




CHAPITRE QUATRE


Quand Avery entra dans le bureau du docteur Higdon, elle avait le sentiment d’être un cliché ambulant. La docteure Higdon elle-même était très calme et polie. Elle semblait avoir toujours la tête légèrement inclinée vers le haut, exposant la pointe parfaite de son nez et l’angle de son menton. C’était une belle femme, si ce n’était un peu surfaite.

Avery avait réprimé le besoin d’aller voir un thérapeute mais en savait assez sur la façon dont un esprit traumatisé fonctionnait pour savoir qu’elle en avait besoin. Et c’était atroce de l’admettre. Elle détestait l’idée de rendre visite à un psychologue et ne voulait pas non plus avoir recours aux services de celle assignée au département de police de Boston qu’elle avait vue plusieurs fois au fil des années suite à des affaires particulièrement difficiles.

Aussi avait-elle contacté la docteure Higdon, une thérapeute dont elle avait entendu parler l’année passée lors d’une affaire impliquant un suspect qui avait eu recours à ses services pour surmonter une série de peurs irrationnelles.

« J’apprécie que vous me receviez si rapidement », dit Avery. « Je m’attendais honnêtement à devoir attendre quelques semaines. »

Higdon haussa les épaules en s’asseyant sur sa chaise. Quand Avery prit place sur le canapé adjacent, le sentiment de devenir un cliché ambulant ne fit que s’intensifier.

« Eh bien, j’ai entendu parler de vous à quelques reprises juste aux informations », dit Higdon. « Et votre nom a été évoqué lorsque de nouveaux patients sont arrivés, des personnes que vous avez apparemment croisé dans votre travail. Alors j’avais une heure de libre aujourd’hui et je me suis dit que ce serait un plaisir de vous rencontrer. »

Réalisant qu’il était sans précédent d’obtenir un rendez-vous avec une thérapeute respectée seulement deux jours après avoir passé un appel, Avery sut ne pas prendre le rendez-vous comme allant de soi. Et, n’ayant jamais été du genre à tourner autour du pot, elle n’eut aucun problème pour aller droit au but.

« Je voulais rencontrer une thérapeute car, honnêtement, ma tête est tout simplement en désordre en ce moment. Un côté me dit que la guérison va venir du temps libre. Un autre côté me dit que la guérison va venir du fait d’être productive et entourée ― ce qui me ramène au travail. »

« Je ne connais que les plus brefs détails sur la guérison que vous cherchez », dit Higdon. « Pourriez-vous élaborer ? »

Avery passa dix minutes à le faire. Elle commença avec la manière dont la dernière affaire s’était déroulée et s’était terminée par la mort de son ex-mari et de son futur fiancé. Elle survola la partie sur son éloignement de la ville et les récentes disputes avec Rose, à la fois à son appartement et leur accrochage sur la tombe de Jack.

La docteure Higdon commença immédiatement à poser des questions, après avoir pris des notes manuscrites tout le temps pendant lequel Avery avait parlé. « Le déménagement dans le chalet près de Walden Pond…qu’est-ce qui vous a donné envie de faire cela ? »

« Je ne voulais pas être avec des gens. C’est plus isolé. Très calme. »

« Avez vous le sentiment que vous guérissez mieux émotionnellement et physiquement quand vous êtes seule ? », demanda Higdon.

« Je ne sais pas. Je voulais juste…Je ne voulais pas être dans un endroit où les gens avaient la possibilité de venir me voir cent fois par jour.

« Avez-vous toujours eu des problèmes avec les personnes concernées par votre bien-être ? »

Avery haussa les épaules. « Pas vraiment. C’est une question de vulnérabilité, je suppose. Dans mon domaine, la vulnérabilité mène à la faiblesse. »

« Je doute que ce soit vrai. En termes de perception, probablement – mais pas dans l’état actuel des choses. » Elle s’arrêta là un moment puis se pencha. « Je n’essaierai pas de tourner autour du pot et de vous guider subtilement vers les points clés », dit-elle. « Je suis sûre que vous ne seriez pas dupe. En outre, le fait que vous puissiez admettre une crainte de la vulnérabilité m’en dit beaucoup. Donc je pense que nous pouvons aller droit au but ici. »

« Je le préfère de cette façon », dit Avery.

« Le temps que vous avez passée seule dans le chalet…croyez-vous que cela a aidé ou entravé votre guérison ? »

« Je pense qu’il est un peu exagéré de dire que ça a aidé, mais ça a facilité les choses. Je savais que je n’allais pas devoir faire face à l’assaut des amis prenant constamment de mes nouvelles. »

« Avez-vous essayé de tendre la main à quelqu’un pendant ce temps ? »

« Juste avec ma fille », dit Avery.

« Mais elle a rejeté toutes vos tentatives pour reprendre contact ? »

« C’est vrai. Je suis presque sûre qu’elle me tient pour responsable de la mort de son père. »

« Si nous devons être honnêtes, c’est probablement vrai », dit Higdon. « Et elle comprendra la vérité en son temps. Les gens font leur deuil différemment. Plutôt que d’échapper à tout cela dans un chalet dans les bois, votre fille a choisi de faire peser la responsabilité sur une source facile. Maintenant, laissez-moi vous demander ceci…pourquoi avez-vous démissionné de votre travail ? »

« Parce que j’avais l’impression d’avoir tout perdu », dit Avery. Elle n’avait même pas besoin d’y réfléchir. « J’avais l’impression d’avoir tout perdu et d’avoir échoué dans mon travail. Je ne pouvais pas rester parce que c’était un rappel du fait que je n’étais pas assez bonne. »

« Avez-vous toujours l’impression que vous n’étiez pas assez bonne ? »

« Eh bien…non. Au risque de paraître arrogante, je suis très douée dans mon travail. »

« Et il vous a manqué au cours de ces trois derniers mois, n’est-ce pas ? »

« Oui », admit Avery.

« Avez-vous le sentiment que votre désir d’y retourner est juste celui de retomber dans ce que votre vie était autrefois ou pensez-vous qu’il pourrait y avoir des réels progrès à y trouver ? »

« C’est bien ça. Je ne sais pas. Mais j’arrive au point où je pense que je dois le découvrir. Je pense que je dois y retourner. »

La docteure Higdon hocha de la tête et gribouilla quelque chose. « Pensez-vous que votre fille va réagir négativement si vous y retournez ? »

« Indubitablement. »

« D’accord, alors disons qu’elle n’est pas dans l’équation ; disons que Rose s’en moque que vous y retourniez ou pas. Auriez-vous une quelconque hésitation ? »

La prise de conscience la frappa comme une brique à la tête. « Probablement pas. »

« Je pense que vous avez votre réponse juste là », dit Higdon. « Je pense qu’à ce stade du processus de deuil, vous et votre fille ne pouvez pas laisser l’autre dicter la façon dont l’autre fait son deuil. Rose a besoin de tenir quelqu’un pour responsable en ce moment. C’est comme ça qu’elle y fait face…et votre relation tendue rend cela facile. Quant à vous…je veux dire que retourner au travail pourrait bien être la chose pour vous aider à avancer. »

« Vous le voulez ? », demanda Avery, confuse.

« Oui, je pense que c’est le plus sensé, étant donné votre passé et vos antécédents. Cependant, pendant tout ce temps seule, isolée de tout le monde, avez-vous déjà eu des pensées suicidaires ? »

« Non », mentit Avery. Cela vint facilement et sans trop de regret. « J’ai été déprimée, bien sûr. Mais jamais aussi bas. »

Oui, elle avait omis son quasi-suicide. Elle n’avait pas non plus mentionné son paquet de la part d’Howard Randall pendant qu’elle avait raconté ces derniers mois. Elle ne savait pas pourquoi. Pour l’instant, cela lui semblait simplement trop privé.

« Dans ces conditions », dit Higdon, « je ne vois pas le mal qu’il y a à retourner au travail. Je pense que vous devriez être mise en équipe avec quelqu’un, cependant. Et je sais que ça pourrait être délicat étant donné qui était votre dernier partenaire. Pourtant…vous ne pouvez pas être lâchée seule si tôt dans des situations de stress élevé. Je vous recommande même de faire un travail léger en premier. Peut-être même un travail de bureau. »

« Je vais juste être honnête…ça n’arrivera pas. »

Higdon sourit légèrement. « Alors pensez-vous que c’est ce que vous allez faire ? Allez-vous voir si le fait de retourner au travail vous aide à surmonter ce doute de vous et cette responsabilité ? »

« Bientôt », dit Avery en pensant à l’appel de Connelly deux jours auparavant. « Ouais, je pense qu’il se pourrait que je le fasse. »

« Eh bien, je vous souhaite bonne chance », dit Higdon, en tendant la main pour serrer la sienne. « En attendant, n’hésitez pas à m’appeler si vous avez besoin de régler quelque chose. »

Avery serra la main de Higdon et quitta le bureau. Elle détestait l’admettre, mais elle se sentait mieux que depuis des semaines – depuis qu’elle avait enfin trouvé une routine pour faire de l’exercice et affûter son esprit. Elle pensa qu’elle pouvait peut-être réfléchir un peu plus clairement et pas parce que Higdon avait découvert une vérité cachée et profonde. Elle avait simplement besoin de quelqu’un pour lui faire remarquer que, bien que Rose soit la seule personne qui soit restée dans sa vie en dehors du travail, cela ne signifiait pas que sa peur de la façon dont Rose la voyait devrait dicter ce qu’elle ferait du reste de sa vie.

Elle se dirigea vers la sortie la plus proche pour retourner au chalet. Elle vit les gratte-ciel de Boston sur sa gauche. Le commissariat était à environ vingt minutes en voiture. Elle pouvait aller dans cette direction, rendre visite à tout le monde et recevoir un accueil chaleureux. Elle pouvait simplement arracher le pansement et le faire.

Mais un accueil chaleureux n’était pas ce qu’elle méritait. En fait, elle n’était pas sûre de ce qu’elle méritait.

Et peut-être était-ce de là que provenait le dernier reste d’hésitation.



***



Le cauchemar qu’elle fit cette nuit-là n’était pas nouveau, mais il comportait une variante.

Dedans, elle était assise dans la salle de visite d’un établissement pénitentiaire. Ce n’était pas celle dans laquelle elle avait parfois rendu visite à Howard Randall, mais quelque chose de beaucoup plus grand et presque à l’air grec. Rose et Jack étaient assis de l’autre côté de la table, un échiquier entre eux. Toutes les pièces étaient restées sur le plateau, mais les rois étaient tombés.

« Il n’est pas là », dit Rose, sa voix résonnant dans la pièce caverneuse. « Ta petite arme secrète n’est pas là. »

« C’est tout aussi bien », dit Jack. « Il est temps d’apprendre à résoudre certaines des plus grosses affaires seule. »

Jack passa alors une main sur son visage et en un clin d’œil, il prit l’apparence qu’il avait la nuit où elle avait découvert son corps. Le côté droit de sa tête était couvert de sang et son visage présentait une sorte d’affaissement sur le côté droit. Quand il ouvrit la bouche pour lui parler, il n’y avait pas de langue dedans. Il y avait juste une obscurité au-delà des dents, un gouffre d’où ses mots venaient et, soupçonnait-elle, où il aurait aimé qu’elle soit.

« Tu n’as pas pu me sauver », dit-il. « Tu n’as pas pu me sauver et maintenant je dois te faire confiance pour ma fille. »

Rose se leva à ce moment et commença à s’éloigner de la table. Avery se leva avec elle, certaine que quelque chose de très grave se produirait si Rose disparaissait de sa vue. Elle commença à la suivre mais ne pouvait plus bouger. Elle baissa les yeux et vit que ses deux pieds avaient été cloués au sol avec d’énormes traverses de chemin de fer. Ses pieds étaient brisés, rien d’autre que du sang, des os et des morceaux de chair.

« Rose ! »

Mais sa fille se contenta de la regarder, sourit et fit un signe de la main. Et plus elle s’éloignait, plus la pièce semblait grande. Des ombres arrivèrent de toutes les directions, et assaillirent sa fille.

« Rose ! »

« C’est bon », dit une voix derrière elle. « Je veillerai sur elle. »

Elle se retourna et vit Ramirez, qui tenait son arme, le regard plongé dans les ombres. Et tandis qu’il courait si vaillamment après Rose, les ombres commencèrent à s’en prendre à lui.

« Non ! Reste ! »

Elle tira les pointes dans ses pieds mais en vain. Elle ne put qu’observer tandis que les deux personnes qu’elle avait le plus aimées au monde étaient avalées par les ténèbres.

Et c’est à ce moment-là que les cris commencèrent, s’échappant des ombres. Rose et Ramirez emplirent la pièce de cris de souffrance.

Toujours à la table, Jack la supplia : « Pour l’amour de dieu, fais quelque chose ! »

Et c’est alors qu’Avery se redressa comme un ressort dans son lit, un hurlement dans sa gorge. Elle alluma sa lampe de chevet d’une main tremblante. Pendant un instant, elle vit cette énorme pièce s’étirer devant elle mais elle se dissipa lentement avec la lumière et l’éveil. Elle regarda la chambre à coucher encore nouvelle du chalet et, pour la première fois, se demanda si elle allait s’y sentir un jour comme chez elle.

Elle se surprit à penser à l’appel de Connelly. Et puis au paquet d’Howard Randall.

Sa vieille vie hantait ses rêves, bien sûr, mais elle envahissait également cette nouvelle vie isolée qu’elle avait essayé de construire pour elle.

Il semblait n’y avoir aucune échappatoire.

Alors peut-être – juste peut-être – était-il temps d’arrêter d’essayer d’y échapper.




CHAPITRE CINQ


Une fois qu’elle avait eu cessé de boire à l’excès pendant les périodes les plus désespérées du processus de deuil, elle avait lentement remplacé sa consommation d’alcool par un apport en caféine. Ses séances de lecture consistaient souvent en deux tasses de café avec un coca light entre les deux. Pour cette raison, elle avait commencé à développer de légers maux de tête après plusieurs semaines si elle restait sans café pendant plus d’une journée. Ce n’était pas la façon la plus saine de vivre, mais certainement mieux que de se noyer dans le désespoir.

C’est la raison pour laquelle elle se retrouva dans un café après le déjeuner le lendemain. Elle était sortie faire les courses principalement parce qu’elle n’avait plus de café dans le chalet et, n’ayant pris qu’une seule tasse ce matin-là, elle avait besoin d’une solution rapide avant de retourner chez elle et de finir la journée. Elle avait un livre à finir de lire mais pensait aussi qu’elle pourrait aller dans les bois pour un autre essai de chasse au chevreuil.

Le café était un endroit local à la mode, avec quatre personnes penchées derrière leurs MacBooks dans le magasin. La file au comptoir était longue, même pour une heure si précoce dans l’après-midi. L’endroit était plein de l’effervescence des conversations, du vrombissement des machines derrière le comptoir, et le doux volume de la télé à l’extrémité du bar.

Avery arriva à la caisse, commanda son Chai latte avec deux expresso, et prit sa place dans la file d’attente. Elle passa le temps en regardant le petit panneau d’affichage rempli de dépliants pour les événements locaux à venir : concerts, pièces de théâtre, collectes de fonds…

Puis elle prêta attention à la conversation à côté d’elle. Elle fit de son mieux pour qu’il ne semble pas évident qu’elle écoutait, gardant ses yeux tournés vers le panneau d’affichage.

Deux femmes se tenaient derrière elle. L’une d’elle avait la vingtaine, et portait une de ces écharpes porte-bébé Baby Bjorn qui s’enroulaient autour de sa poitrine. Son bébé faisait une sieste paisible contre sa poitrine. L’autre femme était un peu plus âgée, boisson à la main, mais pas tout à fait prête à quitter le magasin.

Leur attention était tournée vers la télévision derrière le comptoir. Leur conversation était étouffée mais facile à entendre.

« Mon Dieu…tu as entendu parler de cette histoire ? », disait la mère.

« Oui », dit la deuxième femme. « C’est comme si les gens trouvaient de nouvelles façons de se blesser les uns les autres. Quel genre d’esprit malade faut-il avoir pour penser à une chose pareille ? »

« On dirait qu’ils n’ont toujours pas trouvé ce sale type », dit la mère.

« Ils n’y parviendront probablement pas », dit l’autre femme. « S’ils avaient dû l’attraper, ils auraient trouvé quelque chose maintenant. Mon dieu…tu peux imaginer la famille de ce pauvre homme, devoir voir ça aux infos ? »

L’attention d’Avery fut détournée quand le barista appela son nom et lui tendit sa boisson. Avery la prit et, à présent face à la télévision, se permit de regarder les nouvelles pour la première fois depuis presque trois mois.

Il y avait eu un décès en périphérie de la ville une semaine auparavant, dans un complexe d’appartements délabré. Pas seulement une mort, mais un meurtre assez flagrant. La victime avait été retrouvée dans son placard, couverte d’araignées de différentes espèces. La police supposait que l’acte avait été intentionnel, car la moitié des araignées étaient des espèces qui n’étaient pas originaires de la région. Malgré l’abondance d’araignées sur les lieux, seules deux morsures avaient été découvertes sur le corps et aucune n’avait été venimeuse. D’après les informations, jusqu’à présent, la police présumait que l’homme avait été tué soit par strangulation, soit par une crise cardiaque.

Ce sont deux causes de la mort assez différentes, pensa Avery alors qu’elle commençait lentement à s’en détourner.

Elle ne put s’empêcher de se demander s’il s’agissait de l’affaire pour laquelle Connelly l’avait appelée trois jours avant. Une affaire avec un développement très singulier et, jusqu’à présent, sans vraies réponses. Ouais…c’est probablement celle-là, pensa-t-elle.

Avec sa boisson à la main, Avery se dirigea vers la porte. Elle avait le reste de l’après-midi devant elle, mais elle était à peu près sûre de savoir comment elle allait se dérouler. Qu’elle le veuille ou non, elle allait probablement étudier un peu les araignées.



***



Avery passa le reste de l’après-midi à se familiariser avec l’affaire. L’histoire elle-même était si morbide qu’elle n’avait pas eu de problème à trouver une grande variété de sources. En définitive, elle avait trouvé onze sources différentes fiables qui racontaient l’histoire de ce qui était arrivé à un homme nommé Alfred Lawnbrook.

Le propriétaire de Lawnbrook était entré dans son appartement après deux semaines de retard pour la énième fois et avait su immédiatement que quelque chose n’allait pas. En le lisant, Avery ne pouvait s’empêcher de comparer son expérience récente avec Rose et son propriétaire et, franchement, cela lui donna la chair de poule. Alfred Lawnbrook avait été retrouvé fourré dans le placard de sa chambre. Il avait été partiellement enveloppé dans au moins trois toiles d’araignées différentes, avec deux morsures distinctes qui, comme l’avait dit le reportage dans le café, n’étaient pas excessivement nocives.

Même si un décompte réel n’était pas possible, une estimation fondée du nombre d’araignées trouvées sur les lieux se situait entre cinq et six cents. Quelques-unes étaient exotiques et n’avaient rien à faire dans un appartement de Boston. Une arachnologue avait été appelée pour aider et avait fait remarquer qu’elle avait vu au moins trois espèces qui n’étaient pas originaires d’Amérique, et encore moins du Massachusetts.

Donc, il y a une intention, pensa Avery. Et beaucoup. Cette intention indique la probabilité que ce type va frapper à nouveau. Et s’il doit frapper à nouveau de la même manière, il devrait être possible de le retrouver et de l’arrêter.

Le rapport du légiste disait que Lawnbrook était décédé d’une crise cardiaque, probablement en raison de la peur causée par la situation. Bien sûr, personne n’ayant été sur les lieux du meurtre, il y avait de nombreux autres scénarios qui auraient pu se produire. Personne ne pouvait savoir avec certitude.

C’était une affaire intéressante…si ce n’est un peu macabre. Avery n’avait pas peur de grand-chose, mais les grosses araignées étaient certainement en haut de sa liste des Choses Dont Elle Pouvait se Passer. Et bien qu’il n’y ait pas eu d’images de la scène de crime révélées au public (Dieu merci), Avery ne pouvait qu’imaginer ce à quoi cela avait ressemblé.

Quand elle fut bien informée, Avery regarda par la fenêtre à l’arrière pendant un bon moment. Elle se rendit ensuite dans la cuisine, en se déplaçant silencieusement, comme si elle avait peur de se faire prendre. Elle sortit la bouteille de bourbon pour la première fois depuis des mois et se servit un verre. Elle le but rapidement et attrapa ensuite son téléphone. Elle trouva le numéro de Connelly et appuya sur APPELER.

Il répondit à la deuxième sonnerie – ce qui était assez rapide pour Connelly. Avery supposa que cela en disait beaucoup, tout compte fait.

« Black », dit-il. « Je ne m’attendais honnêtement pas à avoir de vos nouvelles. »

Elle ignora cette formalité et dit : « Alors, cette affaire à propos de laquelle vous m’avez appelée. Était-ce celle impliquant Alfred Lawnbrook et des araignées ? »

« Ça l’est », dit-il. « La scène de crime a été passée au peigne fin à plusieurs reprises, le corps a été minutieusement examiné, et nous n’avons rien. »

« Je vais venir pour celle-ci », dit-elle. « Mais juste pour cette affaire. Et je veux pouvoir le faire selon mes conditions. Pas de maternage par-dessus mon épaule juste parce que j’ai traversé une période difficile. Vous pouvez vous en occuper ? »

« Je peux faire de mon mieux. »

Avery soupira, résignée à l’idée de voir combien il faisait du bien d’avoir l’impression d’être nécessaire et de savoir que sa vie semblerait bientôt lui appartenir à nouveau.

« D’accord », dit-elle. « Je vous verrai au A1 demain matin. »




CHAPITRE SIX


Avery n’était pas sûre de ce à quoi elle s’attendait quand elle revint au commissariat pour la première fois depuis plus de trois mois. Peut-être quelques papillons dans l’estomac ou une vague de nostalgie. Peut-être même un sentiment de sécurité qui la ferait se demander pourquoi elle avait un jour pensé que c’était une bonne idée de démissionner, pour commencer.

Ce à quoi elle ne s’attendait pas, c’était de ne rien ressentir. Pourtant, c’est ainsi qu’elle se sentait. Quand elle rentra au A1 le lendemain matin, elle ne ressentit rien de spécial. C’était presque comme si elle n’avait pas manqué un seul jour et était juste en train de passer une autre journée – comme n’importe quelle autre, tout comme avant.

Apparemment, cependant, elle était la seule dans l’édifice à se sentir ainsi. En traversant le bâtiment pour retourner à son ancien bureau, elle remarqua que la cohue matinale semblait se calmer sur son passage. C’était presque comme si une vague de silence la suivait. Les réceptionnistes au téléphone se taisaient, le murmure des conversation près des machines à café s’interrompaient. Ils la regardaient tous comme si une énorme célébrité était entrée dans le bâtiment ; leurs yeux étaient écarquillés d’émerveillement et ils étaient bouche bée. Avery se demanda un instant si Connelly avait ne serait-ce que pris la peine de dire à quelqu’un qu’elle revenait.

Après s’être frayée un chemin à travers la partie centrale du bâtiment jusqu’à l’arrière, où se trouvaient les bureaux et les salles de conférence, tout lui parut un peu plus naturel. Miller, un homme des archives, lui adressa un petit signe de la main. Denson, une agent plus âgée à qui il restait peut-être deux ans avant de prendre sa retraite, lui adressa un sourire, un geste de la main, et un sincère : « Ravi de vous voir de retour ! »

Avery rendit son sourire à la femme en pensant : Je ne suis pas de retour.

Mais juste après cela, il y eut une autre pensée. Peu importe. Raconte toi ce mensonge si tu veux. Mais ça te semble naturel. Ça te semble juste.

Elle vit Connelly sortir de son bureau au bout du couloir. Cet homme lui avait causé quelques douleurs et maux de tête au fil des ans mais qu’elle soit maudite si elle n’était pas contente de le voir. Le sourire sur son visage lui fit savoir que le sentiment était réciproque. Il vint à sa rencontre dans le couloir et elle pouvait voir que le capitaine du A1 – habituellement fervent dur à cuire – se retenait de la serrer dans ses bras.

« Comment était-ce de rentrer ? », demanda-t-il.

« Bizarre », dit-elle. « Ils m’ont regardée comme si j’étais une célébrité ou quelque chose comme ça. Je ne pouvais pas dire s’ils voulaient détourner les yeux ou se lancer dans des applaudissements spontanés. »

« À vrai dire, j’étais inquiet que vous ayez droit à une ovation à votre entrée. Vous nous avez manqué ici, Black. Vous…eh enfin, vous et Ramirez, tous les deux. »

« J’apprécie, monsieur. »

« Bien. Parce que je suis sur le point de vous montrer quelque chose qui pourrait vous horripiler. Vous voyez…au fond de moi, j’avais l’espoir que vous reviendriez un jour. Mais nous ne pouvions pas mettre sur pause tout le A1 jusqu’à ce que ce jour arrive. Donc vous n’avez plus vraiment de bureau. »

Il lui expliqua cela tandis qu’il la conduisait dans le couloir, vers son ancien bureau.

« Ce n’est pas du tout un gros problème », dit Avery. « Qui a eu ce réduit de toute façon ? »

Connelly ne répondit pas. Au lieu de cela, il franchit les derniers pas vers son bureau et fit un signe de la tête en sa direction. Avery s’approcha de la porte et passa la tête. Son cœur se réchauffa un peu à la vue.

Finley était assis à son bureau. Il sirotait une tasse de café en lisant quelque chose sur un ordinateur portable. Quand il vit Avery, son visage fut traversé par une variété d’émotions : la stupéfaction, le bonheur, puis l’embarras.

Il ne montra pas la même retenue que Connelly. Il se leva immédiatement du bureau et la rejoignit à la porte avec une étreinte. Elle avait sous-estimé à quel point il lui avait manqué. Même s’ils n’aient jamais vraiment travaillé ensemble, elle avait apprécier de voir Finley monter lentement les échelons. Il était drôle, loyal et sincèrement aimable. Elle avait toujours eu l’impression qu’il était un frère lointain au travail.

« C’est bon de te revoir », dit Finley. « Tu nous as manqué ici. »

« J’ai déjà passé tout ça en revue avec elle », dit Connelly. « Ne lui donnons pas la grosse tête pour son premier jour de retour. »

Bon sang, je ne suis pas de retour, pensa-t-elle. Mais c’était encore moins convaincant qu’il y avait cinq minutes.

« Vous voulez que je l’emmène sur le site ? », demanda Finley.

« Oui, et vite. O’Malley va vouloir prendre contact avec elle plus tard et j’aimerais qu’elle soit bien mise au courant quand il arrivera ici. Emmenez-la là-bas et informez-la sur tout ce que nous savons. Essayez de sortir d’ici dans les dix prochaines minutes à peu près si vous le pouvez. »

Finley hocha de la tête, visiblement heureux de s’être vu confier la tâche. Alors qu’il se dépêchait de retourner à l’ordinateur, Connelly fit signe à Avery de retourner dans le couloir. « Venez avec moi », dit-il.

Elle le suivit plus loin dans le couloir, jusqu’au grand bureau à l’extrémité. Le bureau de Connelly n’avait pas changé depuis son départ. Toujours encombré mais d’une manière ordonnée. Il y avait trois tasses de café sur son bureau et elle supposa qu’au moins deux d’entre elles étaient de ce matin là.

« Une dernière chose », dit Connelly en passant derrière son bureau. Il ouvrit le tiroir et sortit deux choses qui avaient probablement manqué à Avery plus que n’importe quelle personnes dans ce bâtiment.

Son arme et son badge. Elle sourit quand elle tendit la main vers eux.

« J’ai déjà rempli les papiers pour vous », dit Connelly. « Ils sont à vous. En ce qui concerne le salaire et la durée de votre retour, je m’occupe également de cette paperasse. »

Avery ne se souciait honnêtement pas du salaire ou du temps pendant lequel on s’attendait à ce qu’elle reste pour l’affaire. Quand ses doigts tombèrent sur l’insigne, puis prirent le Glock, elle sentit quelque chose se mettre en place dans son cœur.

Aussi triste que cela paraisse, l’insigne et l’arme semblaient familiers.

Ils lui donnaient l’impression d’être chez elle.



***



La scène du crime était vieille de six jours et, par conséquent, était vide quand elle et Finley y arrivèrent. Ils passèrent sous le ruban jaune et elle regarda Finley déverrouiller la porte de l’appartement d’Alfred Lawnbrook avec une clef prise dans une petite enveloppe qu’il avait gardée dans la poche de sa chemise.

« Tu as peur des araignées ? », demanda Finley alors qu’ils entraient.

« Un peu », dit-elle. « Mais ça ne sort pas d’ici, d’accord ? »

Finley acquiesça avec un sourire sombre. « Je demande seulement parce que même s’il y a eu des arachnologues et des exterminateurs qui sont venus s’en occuper, il y a quelques retardataires. Juste les plus communes, cependant. Rien d’extraordinaire. »

Il la guida à travers l’appartement. Il était très basique ; la disposition et les équipements lui disaient que Lawnbrook avait été soit divorcé soit célibataire. « Mais il y en avait d’autres qui n’avaient rien à faire ici, n’est-ce pas ? », demanda-t-elle.

« Absolument », dit Finley. « Au moins trois espèces. Une était originaire d’Inde, je crois. J’ai les notes détaillées enregistrées sur mon téléphone si tu les veux. L’expert en araignée qui venu et a examiné les lieux a dit qu’il y avait au moins deux espèces sur la scène de crime quand le corps a été trouvé qui avaient dû avoir été commandées chez un revendeur. Et que ça a probablement été difficile à obtenir. »

« Quelques unes d’énormes à ta connaissance ? », demanda Avery.

« Je crois qu’ils ont dit que la plus grosse était à peu près de la taille d’une balle de golf. Et si tu me demandes mon avis, c’est bien assez gros. »

Ils entrèrent dans la chambre à coucher et Avery fit de son mieux pour ne pas scanner les murs et le sol à la recherche d’araignées solitaires. Elle parcourut rapidement la pièce des yeux et la trouva nettoyée de manière experte. La porte du placard était ouverte, permettant à Finley de tendre la main à l’intérieur et d’allumer la lumière. Il le fit très rapidement puis fit un pas en arrière tout aussi vite.

« Lawnbrook était avachi dans le coin arrière gauche », dit Finley. « Nous avons les photos au A1 et je suis sûr que O’Malley adorerait les passer en revue avec toi. Ce trou du cul est fasciné par cette affaire. »

Avery entra dans l’embrasure de la porte du placard. À part quelques fils épars de toile d’araignée dans le coin, il n’y avait rien à voir.

Elle quitta ensuite la chambre et se mit à examiner les lieux en quête de tout signe d’effraction. Finley suivit derrière elle, gardant ses distances et la laissant travailler. Elle cherchait toute chose qui n’était pas à sa place, même quelque chose d’aussi petit qu’une photo dans le salon, mais ne trouva rien. Elle examina les livres posés sur la petite étagère à côté du meuble multimédia à la recherche de quoi que ce soit reliant Lawnbrook aux araignées mais ne trouva rien.




Конец ознакомительного фрагмента.


Текст предоставлен ООО «ЛитРес».

Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/pages/biblio_book/?art=43692495) на ЛитРес.

Безопасно оплатить книгу можно банковской картой Visa, MasterCard, Maestro, со счета мобильного телефона, с платежного терминала, в салоне МТС или Связной, через PayPal, WebMoney, Яндекс.Деньги, QIWI Кошелек, бонусными картами или другим удобным Вам способом.


