Avant qu’il ne voie 
Blake Pierce


Un mystère Mackenzie White #2
Voici le volume nº2 de la série mystère Mackenzie White par Blake Pierce, l’auteur à succès de UNE FOIS PARTIE (bestseller nº1 ayant reçu plus de 600 critiques à cinq étoiles) . Dans AVANT QU’IL NE VOIE (Un mystère Mackenzie White – Volume 2), Mackenzie White, agent du FBI en formation, fait de son mieux pour prendre ses marques au sein de l’académie du FBI à Quantico, tout en essayant de faire ses preuves en tant que femme et transfuge du Nebraska. Espérant être à la hauteur afin de devenir agent du FBI et laisser pour de bon sa vie dans le Midwest derrière elle, Mackenzie cherche à faire profil bas et à impressionner ses supérieurs. Mais tout change lorsque le cadavre d’une femme est retrouvé dans une décharge publique. Le meurtre présente de surprenantes similarités avec l’affaire du tueur épouvantail – qui avait rendu Mackenzie célèbre dans le Nebraska – et, pris dans une frénétique course contre la montre pour arrêter un nouveau tueur en série, le FBI décide de contourner le protocole et de mettre Mackenzie sur l’affaire. C’est une occasion en or pour Mackenzie, une chance qui lui est donnée d’impressionner le FBI – mais les enjeux sont des plus importants. Tout le monde ne souhaite pas la voir travailler sur cette affaire et très vite, les choses vont de travers pour elle. Alors que la pression monte et que le tueur frappe à nouveau, Mackenzie se retrouve isolée dans une mer d’agents expérimentés et elle réalise très vite que sa voix n’est pas entendue. Tout son avenir au FBI est en péril. Aussi résistante et déterminée qu’elle soit, aussi brillante et efficace dans sa chasse aux tueurs, Mackenzie se retrouve confrontée à une situation impossible à résoudre et presque hors d’atteinte. Il est possible qu’elle n’y parvienne pas et elle voit sa vie s’écrouler autour d’elle. Un thriller psychologique sombre avec un suspense qui vous tiendra en haleine, AVANT QU’IL NE VOIE est le volume nº2 d’une fascinante nouvelle série, et d’un nouveau personnage, qui vous fera tourner les pages jusqu’à des heures tardives de la nuit. Le volume 3 de la série mystère Mackenzie White sera bientôt disponible. Également disponible du même auteur Blake Pierce : UNE FOIS PARTIE (Un mystère Riley Paige – Volume 1) - bestseller nº1 avec plus de 600 critiques à cinq étoiles sur Amazon - et téléchargement gratuit !







AVANT QU’IL NE VOIE



(UN MYSTÈRE MACKENZIE WHITE—VOLUME 2)



B L A K E P I E R C E


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série à succès mystère RILEY PAGE, qui comprend les thrillers à mystère UNE FOIS PARTIE (volume 1), UNE FOIS PRISE (volume 2), UNE FOIS DÉSIRÉE (volume 3) et UNE FOIS ATTIRÉE (volume 4). Black Pierce est également l’auteur de la série mystère MACKENZIE WHITE et de la série mystère AVERY BLACK.

Lecteur avide et admirateur de longue date des genres mystère et thriller, Blake aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) afin d’en apprendre davantage et rester en contact.



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LIVRES PAR BLAKE PIERCE



SÉRIE MYSTÈRE RILEY PAIGE

UNE FOIS PARTIE (Volume 1)

UNE FOIS PRISE (Volume 2)

UNE FOIS DÉSIRÉE (Volume 3)

UNE FOIS ATTIRÉE (Volume 4)



SÉRIE MYSTÈRE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (Volume 2)



SÉRIE MYSTÈRE AVERY BLACK

MOTIF POUR TUER (Volume 1)

MOTIF POUR S’ENFUIR (Volume 2)


TABLE DES MATIÈRES

PROLOGUE (#ucdf7f7b3-2982-5a50-84ee-999e9bff3893)

CHAPITRE UN (#u48369ac7-34ed-5b2d-a912-cfb0d7b42be5)

CHAPITRE DEUX (#u11d83c3c-d23d-5748-bc64-78cbd205f2f1)

CHAPITRE TROIS (#u7b61ff8c-d3d0-5239-a174-76e92d58236d)

CHAPITRE QUATRE (#u1439dd38-7164-5610-a118-c40780e3dec3)

CHAPITRE CINQ (#u25493b8c-fd4e-5a25-aee7-2b6cd6e5611a)

CHAPITRE SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo)




PROLOGUE


Susan Kellerman comprenait la nécessité de bien s’habiller. Elle représentait son entreprise et elle essayait de gagner de nouveaux clients, alors son apparence était importante. Par contre, ce qu’elle ne comprenait vraiment pas, c’était la raison pour laquelle elle devait porter des hauts talons. Elle avait une belle robe d’été qu’elle aurait pu assortir avec de jolies chaussures plates. Mais non… la compagnie insistait sur le fait qu’elle porte des talons. Quelque chose à voir avec une apparence sophistiquée.

Je doute que porter des talons ait quoi que ce soit à voir avec le fait d’obtenir une vente, pensa-t-elle. Tout spécialement si le potentiel client était un homme. Et d’après sa fiche de vente, la personne qui habitait dans la maison dont elle s’approchait était de fait un homme. Susan vérifia l’encolure de sa robe. Elle avait un léger décolleté mais rien de provocant non plus.

Ça, pensa-t-elle, c’est être sophistiquée.

Tenant en main son étui de présentation plutôt volumineux et encombrant, elle monta d’un pas lourd les marches menant à la porte d’entrée et appuya sur la sonnette. Pendant qu’elle attendait, elle jeta un coup d’œil rapide autour d’elle. C’était une petite maison assez basique située dans la périphérie d’un quartier de classe moyenne. La pelouse avait été récemment tondue mais les parterres de fleurs de chaque côté du petit escalier menant à la porte d’entrée auraient bien eu besoin d’un sérieux désherbage.

C’était un quartier tranquille mais pas le style d’endroit où Susan aimerait vivre. Les maisons étaient de petits pavillons en rez-de-chaussée éparpillés le long des rues. Elle supposait que la plupart d’entre eux étaient occupés par des couples âgés ou par des personnes ayant des difficultés à finir le mois. Cette maison en particulier avait l’air de n’être qu’à un pas de se retrouver propriété d’une banque.

Elle tendit à nouveau la main vers la sonnette mais la porte s’ouvrit avant qu’elle n’ait eu le temps de la toucher. L’homme qui apparut était d’âge moyen et bien bâti. Elle estima qu’il devait avoir environ la quarantaine. Il y avait quelque chose de féminin en lui, quelque chose qu’elle remarqua tout de suite dans la manière qu’il eut d’ouvrir la porte et de lui décocher un large sourire radieux.

« Bonjour, » dit l’homme.

« Bonjour, » dit-elle.

Elle connaissait son nom mais ceux qui l’avaient formée lui avaient bien dit de ne jamais utiliser le nom d’un potentiel client avant que la communication ne soit entamée. En les interpelant directement par leur nom, ils avaient l’impression d’être des cibles plutôt que des clients… même lorsque le rendez-vous était prévu à l’avance.

Pour ne pas lui laisser le temps de poser des questions et afin de prendre tout de suite le contrôle de la conversation, elle ajouta : « Je me demandais si vous auriez un moment à me consacrer pour parler de votre diète actuelle ? »

« Diète ? » demanda l’homme avec un sourire en coin. « Les diètes, ce n’est pas trop mon truc. J’ai plutôt tendance à manger ce que je veux. »

« Oh, ça doit être bien agréable, » dit Susan d’une voix charmante et en lui décochant son sourire le plus enjôleur. « Comme vous le savez sûrement, la plupart des gens au-delà de trente ans ne peuvent pas en dire autant pour maintenir une silhouette et un corps en bonne santé. »

L’homme jeta un coup d’oeil à l’étui qu’elle portait à la main gauche. Il sourit à nouveau mais cette fois-ci d’une manière un peu paresseuse… le type de sourire qu’on affiche quand on sait qu’on a été eu.

« Alors, qu’est-ce que vous vendez ? »

C’était un commentaire sarcastique mais au moins, ce n’était pas une porte qui se fermait. Elle prit ça comme une première victoire vers une possible invitation à entrer. « Et bien, je suis ici au nom de l’université de développement personnel, » dit-elle. « Nous offrons aux adultes de plus de trente ans une manière très facile de rester en forme sans devoir se rendre au fitness ni changer drastiquement son style de vie. »

L’homme soupira et tendit la main vers la porte. Il avait l’air de s’ennuyer et prêt à la remballer. « Et comment y parvenez-vous ? »

« À travers une combinaison de shakes protéinés élaborés avec nos propres poudres de protéines et de plus de cinquante recettes saines afin de donner à votre alimentation quotidienne l’énergie dont elle a besoin. »

« Et c’est tout ? »

« C’est tout, » dit-elle.

L’homme réfléchit durant un instant en regardant Susan et le volumineux étui qu’elle portait en main. Puis il jeta un coup d’œil à sa montre et haussa les épaules.

« Bon, » dit-il. « Je dois partir dans dix minutes. Si vous parvenez à me convaincre durant ce laps de temps, vous aurez un nouveau client. Je ferais n’importe quoi pour ne pas avoir à retourner au fitness. »

« Formidable, » dit Susan, grimaçant intérieurement en entendant le ton faussement joyeux de sa voix.

L’homme s’écarta et lui fit un signe de la main. « Rentrez, » dit-il.

Elle accepta l’invitation et entra dans un salon de petite taille. Une vieille télé était posée sur un meuble écorné. Quelques vieilles chaises poussiéreuses et un divan abîmé trônaient dans la pièce. Il y avait des figurines en céramique et des napperons partout. Ça ressemblait plus à la maison d’une femme âgée plutôt qu’à celle d’un homme de la quarantaine.

Pour une raison qu’elle ne s’expliqua pas, elle sentit un signal d’alarme retentir en elle. Mais elle se raisonna en faisant appel à la logique. Ou bien il n’est pas tout à fait normal ou ce n’est pas sa maison. Peut-être qu’il vit avec sa mère.

« Là, c’est bon ? » demanda-t-elle en montrant du doigt la table de salon qui trônait devant le divan.

« Oui, là, c’est très bien, » dit l’homme. Il lui sourit en fermant la porte.

Au moment où la porte se referma, Susan sentit son estomac se serrer. Elle eut l’impression que la pièce s’était refroidie et tous ses sens étaient en éveil. Il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. C’était un sentiment bizarre. Elle regarda une figurine en céramique à proximité - un petit garçon qui tirait un wagon - comme si elle y cherchait une réponse.

Elle s’affaira et ouvrit son étui de présentation. Elle sortit quelques paquets de poudre protéinée de l’université de développement personnel et le petit mixeur offert gratuitement (d’une valeur de $35 mais totalement gratuit avec votre premier achat !) afin de se distraire.

« Alors voyons, » dit-elle en essayant de rester calme et d’ignorer la peur qu’elle ressentait toujours. « Êtes-vous plus intéressé par perdre du poids, par en prendre ou par conserver votre apparence actuelle ? »

« Je ne suis pas sûr, » dit l’homme, en se penchant au-dessus de la table du salon et en regardant les articles exposés. « Qu’est-ce que vous en pensez ? »

Susan ne parvenait plus à sortir un mot. Elle avait peur maintenant et sans raison apparente.

Elle jeta un coup d’oeil vers la porte. Son cœur battit à tout rompre. Est-ce qu’il avait verrouillé la porte lorsqu’il l’avait fermée ? Elle ne parvenait pas à le savoir de là où elle était assise.

Puis elle réalisa que l’homme attendait toujours une réponse. Elle reprit contenance et tenta de se remettre en mode présentatrice.

« Et bien, je ne sais pas, » dit-elle.

Elle avait envie de jeter de nouveau un coup d’oeil à la porte. Soudain, elle eut l’impression que chaque figurine de porcelaine présente dans la pièce la fixait du regard… la lorgnant tels des prédateurs.

« Je ne m’alimente pas si mal que ça, » dit l’homme. « Mais j’ai une faiblesse pour les tartes au citron vert. Est-ce que je pourrai toujours en manger si je suis votre programme ? »

« Peut-être bien, » dit-elle. Elle tria ses documents en rapprochant l’étui d’elle. Dix minutes, pensa-t-elle, en se sentant de plus en plus mal à l’aise. Il a dit qu’il n’avait que dix minutes. Je peux y arriver.

Elle mit la main sur la petite brochure qui expliquait ce que l’homme pourrait continuer à manger en suivant le programme et leva les yeux vers lui en la lui donnant. Il la prit en lui effleurant légèrement la main durant une fraction de seconde.

De nouveau, un signal d’alarme retentit en elle. Elle devait sortir d’ici. Elle n’avait jamais rien ressenti de pareil en rentrant dans la maison d’un client potentiel mais c’était une sensation tellement suffocante qu’elle ne parvenait pas à penser à autre chose.

« Je suis désolée, » dit-elle, en rassemblant son étui et ses documents. « Mais je viens juste de me rappeler que j’ai une réunion dans moins d’une heure et c’est de l’autre côté de la ville. »

« Oh, » dit-il en regardant la brochure qu’elle venait juste de lui tendre. « Et bien, je comprends. Bien sûr. J’espère que vous arriverez à temps. »

« Merci » dit-elle rapidement.

Il lui rendit la brochure et elle la prit d’une main tremblante. Elle la rangea dans son étui et se dirigea vers la porte d’entrée.

Elle était verrouillée.

« Excusez-moi, » dit l’homme.

Susan se retourna, la main toujours tendue vers la poignée de la porte.

Elle ne vit pas le coup venir. Tout ce qu’elle vit, ce fut le poing aveuglant au moment où il la frappa à la mâchoire. Elle sentit directement le goût du sang couler sur sa langue. Elle retomba dans le divan.

Elle ouvrit la bouche pour crier mais elle eut l’impression que le côté droit de sa mâchoire était bloqué. Elle tenta de se mettre debout mais l’homme était déjà sur elle, lui enfonçant un genou dans l’estomac. L’air s’échappa de ses poumons et elle ne put que se recroqueviller en essayant de retrouver son souffle. Elle fut vaguement consciente que l’homme l’avait prise dans ses bras et l’avait jetée par-dessus son épaule comme si elle était une femme des cavernes sans défense qu’il traînait jusqu’à sa grotte.

Elle essaya de lutter mais elle ne parvenait toujours pas à retrouver son souffle. C’était comme si elle était paralysée, comme si elle se noyait. Tout son corps était mou, y compris sa tête. Du sang coulait de sa bouche sur le dos du t-shirt de l’homme et c’est tout ce qu’elle parvenait à voir alors qu’il l’emportait à travers la maison.

À un moment, elle se rendit compte qu’il l’avait amenée dans une autre maison - une maison qui était apparemment attachée à celle où elle se trouvait quelques instants plus tôt. Il la jeta au sol comme un vulgaire sac de pommes de terre et sa tête heurta violemment un linoleum abîmé. La douleur l’aveugla mais elle commença finalement à retrouver un peu son souffle. Elle roula sur le côté mais au moment où elle parvint enfin à se mettre debout, l’homme était de nouveau sur elle.

Elle voyait flou mais elle parvint à distinguer qu’il avait ouvert une sorte de petite porte dissimulée derrière un faux panneau dans un mur. Là-dedans, il faisait sombre et poussiéreux et elle vit des morceaux d’isolation en ruines qui pendaient du plafond. Son cœur battit à tout rompre lorsqu’elle réalisa qu’il l’emmenait à l’intérieur.

« Tu seras en sécurité ici, » lui dit l’homme en se penchant et en la traînant dans le petit cagibi.

Elle se retrouva dans le noir, allongée sur des planches rigides qui servaient de plancher. Tout ce qu’elle pouvait sentir, c’était l’odeur de la poussière et de son propre sang qui coulait toujours. L’homme - elle connaissait son nom mais elle ne parvenait pas à s’en rappeler. Le mot s’associait au sang et à la douleur qu’elle ressentait alors qu’elle cherchait encore son souffle.

Elle finit par le retrouver et eut envie de s’en servir pour crier. Mais elle préféra en remplir ses poumons et soulager son corps. Durant ce bref instant, elle entendit la porte du cagibi se refermer quelque part derrière elle et elle se retrouva coincée dans l’obscurité.

La dernière chose qu’elle entendit avant qu’il ne fasse complètement noir, ce fut son rire, de l’autre côté de la porte.

« Ne t’en fais pas, » dit-il. « Ce sera bientôt terminé. »




CHAPITRE UN


La pluie tombait de manière continue, juste assez fort pour que Mackenzie White ne puisse pas entendre le bruit de ses propres pas. C’était une bonne chose. Ça voulait dire que l’homme qu’elle poursuivait ne pourrait pas les entendre non plus.

Mais elle devait tout de même avancer avec prudence. Non seulement il pleuvait mais il était aussi tard dans la nuit. Le suspect pouvait très bien utiliser l’obscurité à son avantage, tout comme elle le faisait. Et la faible lumière vacillante des réverbères ne l’aidait pas.

Les cheveux trempés et l’imperméable tellement mouillé qu’il lui collait au corps, Mackenzie traversa la rue déserte d’un pas prudent. Devant elle, son partenaire était déjà arrivé à l’édifice en question. Elle pouvait voir sa silhouette accroupie sur le côté de la vieille structure en béton. Alors qu’elle s’approchait de lui, éclairée uniquement par le clair de lune et un seul réverbère au coin de la rue, elle resserra sa prise autour du Glock qu’elle avait reçu de l’académie.

Elle commençait à apprécier la sensation de tenir une arme en main. Elle lui offrait plus qu’un sentiment de sécurité, c’était une véritable relation. Quand elle avait une arme en main et qu’elle savait qu’elle allait s’en servir, elle s’y sentait intimement liée. C’était une sensation qu’elle n’avait jamais ressentie lorsqu’elle travaillait en tant que détective au Nebraska. C’était quelque chose de neuf que l’académie du FBI avait généré en elle.

Elle atteignit l’édifice et se colla au mur à côté de son partenaire. Au moins maintenant, elle était à l’abri de la pluie.

Son partenaire s’appelait Harry Dougan. Il avait vingt-deux ans, était bien bâti et un peu présomptueux mais d’une manière subtile et presque correcte. Elle fut soulagée de voir qu’il avait aussi l’air un peu sur les nerfs.

« Tu es parvenu à voir à l’intérieur ? » lui demanda Mackenzie.

« Non, Mais la pièce à l’avant est vide. C’est tout ce qu’il est possible de voir à travers la fenêtre, » dit-il en montrant du doigt une fenêtre brisée qui se trouvait devant eux.

« Combien de pièces ? » demanda-t-elle.

« Trois, d’après ce que j’ai pu en voir. »

« Je passe devant, » dit-elle. Elle veilla à ce que son ton ne laisse aucun doute. Même ici à Quantico, les femmes devaient s’affirmer pour être prises au sérieux.

Il l’invita d’un geste à passer devant. Elle se faufila rapidement devant lui et longea la façade de l’édifice. Elle jeta un regard autour d’elle et vit que la voie était libre. Les rues étaient désertes et tout semblait tranquille.

D’un geste rapide, elle fit signe à Harry d’avancer, ce qu’il fit sans aucune hésitation. Il tenait fermement son propre Glock en main, le canon baissé en direction du sol, comme on le leur avait appris. Ensemble, ils avancèrent sans bruit vers la porte d’entrée de l’édifice. C’était un endroit abandonné construit en blocs de béton - peut-être un ancien entrepôt ou un lieu de stockage - et la porte était vétuste. Elle était fendue et une large ouverture sombre révélait en partie l’intérieur de l’édifice.

Mackenzie regarda Harry and compta sur ses doigts. Trois, deux… un !

Elle appuya fermement le dos contre le mur en béton pendant qu’Harry s’avançait en se baissant, ouvrait la porte d’un coup et se ruait à l’intérieur. Elle le suivit de près. Ils fonctionnaient comme une machine bien huilée. Mais il n’y avait presque pas de lumière à l’intérieur de l’édifice. Elle tendit la main vers la torche qu’elle portait au flanc. Mais au moment où elle allait l’allumer, elle se ravisa. Un faisceau lumineux trahirait leur position. Le suspect pourrait les voir de loin et s’échapper… à nouveau.

Elle remit la torche à sa place et reprit la tête des opérations, en se faufilant devant Harry avec le Glock maintenant pointé vers la porte se trouvant à sa droite. Maintenant que ses yeux s’étaient adaptés à l’obscurité, elle pouvait distinguer d’autres éléments présents dans la pièce. Elle était presque vide. Quelques boîtes en carton trempées se trouvaient le long du mur opposé. Un tréteau et quelques vieux câbles étaient abandonnés à l’arrière. Le centre de la pièce était vide.

Mackenzie se dirigea en direction de la porte se trouvant à sa droite. Ce n’était vraiment qu’une embrasure vu que la porte avait été enlevée depuis longtemps. L’intérieur était plongé dans l’obscurité. À part une bouteille brisée et des excréments de rat, la pièce était vide.

Elle s’arrêta et commença à se retourner quand elle réalisa qu’Harry la suivait de bien trop près. Elle faillit lui marcher sur le pied en s’éloignant de la pièce.

« Désolé, » murmura-t-il dans le noir. « Je pensais que… »

Il fut interrompu par un coup de feu, qui fut immédiatement suivi par un gémissement de douleur sortant de sa bouche au moment où il tomba au sol.

Mackenzie se colla au mur au moment où un autre coup de feu retentit. Il atteignit le mur derrière elle depuis l’autre côté de la pièce et elle sentit l’impact du coup vibrer dans son dos.

Elle savait que si elle agissait rapidement, elle pourrait arriver à arrêter ce type tout de suite et éviter de s’engager dans une fusillade depuis sa position derrière le mur. Elle jeta un œil à Harry, vit qu’il bougeait toujours et avait plus ou moins l’air cohérent et elle tendit la main vers lui. Elle le traîna à travers l’embrasure de la porte, à l’abri des tirs. C’est à ce moment qu’un autre coup de feu retentit. Elle sentit la balle passer juste au-dessus de son épaule, faisant voler son imperméable.

Lorsqu’elle eut mis Harry en sécurité, elle ne perdit pas une seconde et décida d’agir. Elle attrapa sa torche, l’alluma et la jeta par l’embrasure de la porte. Elle tomba au sol avec fracas quelques secondes plus tard, son faisceau lumineux blanc dansant frénétiquement sur le mur opposé.

Juste après que la torche ait touché le sol, Mackenzie se faufila à travers l’embrasure. Elle s’accroupit, les mains au sol et roula rapidement sur le côté gauche. Elle vit la silhouette du type juste à sa droite, distrait par le faisceau lumineux.

Au moment où elle se redressait, elle déplia fermement la jambe droite avec force. Elle atteignit le type à l’arrière de la jambe, juste en-dessous du genou. Le suspect perdit un peu l’équilibre et c’est tout ce dont elle avait besoin. Elle bondit et entoura sa nuque du bras droit au moment où il vacillait et elle le plaqua fermement au sol. Elle lui enfonça un genou dans le plexus solaire et d’un mouvement adroit du bras gauche, elle immobilisa le type qui se retrouva désarmé au moment où son fusil lui échappa des mains.

Quelque part dans l’édifice, une voix forte retentit, « Stop ! »

Toute une série d’ampoules s’allumèrent avec un clic audible, baignant l’édifice de lumière.

Mackenzie se mit debout et baissa les yeux vers le suspect. Il lui souriait. C’était un visage familier – un visage qu’elle avait souvent vu durant ses modules d’entraînement, aboyant des ordres et des instructions aux apprentis agents.

Elle lui tendit la main et il l’attrapa de là où il se trouvait au sol. « Du très bon boulot, White. »

« Merci, » dit-elle.

Derrière elle, Harry s’avançait en titubant, les mains serrées sur le ventre. « Vous êtes sûrs qu’il n’y a que des balles à grain dans vos trucs là ? » demanda-t-il.

« Non seulement ce ne sont que des balles à grain, mais en plus elles sont de mauvaise qualité, » dit l’instructeur. « La prochaine fois, on utilisera des balles anti-émeute. »

« Super, » grommela Harry.

Quelques personnes commençaient à pénétrer dans la pièce alors que se terminait la simulation de la ruelle Hogan. C’était la troisième fois que Mackenzie s’entraînait dans cette ruelle, une maquette d’une rue délabrée que le FBI utilisait souvent pour entraîner ses apprentis agents et les préparer à des situations réelles.

Alors que deux instructeurs se tenaient près d’Harry pour lui faire part des erreurs qu’il avait commises et de comment il aurait pu éviter de se faire tirer dessus, un autre instructeur se dirigea directement vers Mackenzie. Il s’appelait Simon Lee, un homme plus âgé auquel la vie ne paraissait pas avoir fait de cadeau et qui avait l’air de lui avoir rendu la pareille.

« Du très bon travail, agent White, » dit-il. « Cette roulade était tellement rapide que je l’ai à peine vue. Mais tout de même… c’était un peu téméraire. S’il y avait eu plus d’un suspect, le résultat aurait pu être totalement différent. »

« Oui, monsieur. Je comprends. »

Lee lui sourit. « Je suis sûr que tu comprends, » dit-il. « Il faut que je te dise qu’à seulement la moitié de ton programme d’entraînement, je suis déjà ravi par tes progrès. Tu feras un excellent agent. Beau boulot. »

« Merci, monsieur, » dit-elle.

Lee prit congé et s’éloigna. Il entama une conversation avec un autre instructeur présent dans l’édifice. Alors que le bâtiment commençait à se vider, Harry s’approcha d’elle, en faisant encore un peu la grimace.

« Beau boulot, » dit-il. « C’est beaucoup moins douloureux quand celle qui sort vainqueur est exceptionnellement jolie. »

Elle leva les yeux au ciel et rengaina son Glock. « La flatterie est inutile, » dit-elle, « Tu sais ce qu’on dit, la flatterie ne mène nulle part. »

« Je sais, » dit Harry. « Mais ça vaut peut-être bien un verre ? »

Elle lui décocha un large sourire. « Si tu l’offres. »

« Oui, c’est ma tournée, » acquiesça-t-il. « Je ne voudrais pas que tu me bottes les fesses. »

Ils sortirent de l’édifice et marchèrent sous la pluie. Maintenant que l’exercice était terminé, la pluie était presqu’agréable. Et avec les nombreux instructeurs et agents parcourant le terrain pour terminer la soirée, elle se sentit enfin fière d’elle.

Ça faisait onze semaines qu’elle avait été admise et elle avait déjà terminé la majorité des cours théoriques de l’académie. Elle y était presque… à seulement neuf semaines avant la fin du programme et la possibilité de devenir agent de terrain pour le FBI.

Elle se demanda soudain pourquoi elle avait attendu aussi longtemps pour quitter le Nebraska. Quand Ellington l’avait recommandée à l’académie, ça avait été une opportunité en or, le coup de pouce dont elle avait besoin pour tester ses capacités, pour se détacher de ce qui était confortable et rassurant. Elle s’était débarrassée de son boulot, de son petit ami, de son appartement… et elle avait commencé une nouvelle vie.

Elle pensa aux grandes étendues de terrain, aux champs de maïs et au ciel bleu qu’elle avait laissés derrière elle. Bien qu’ils possèdent leur propre beauté, ils avaient également été, d’une certaine manière, une prison pour elle.

Tout ça était derrière elle maintenant.

Maintenant qu’elle était libre, il n’y avait rien qui puisse la retenir.



*



Le reste de sa journée fut rempli d’exercices physiques : des pompes, des sprints, des abdos, encore des sprints et des haltères. Durant ses premiers jours à l’académie, elle avait détesté ce type d’entraînement. Mais au fur et à mesure que son corps et son esprit s’y étaient habitués, elle avait l’impression que son corps commençait à les réclamer.

Tout l’entraînement s’effectua avec rapidité et précision. Elle effectua cinquante pompes si vite qu’elle ne se rendit compte de la brûlure dans ses épaules qu’après les avoir terminées et au moment de se diriger vers la course d’obstacles. Pour toutes les activités physiques, elle partait avec un état d’esprit où elle considérait ne pas atteindre ses limites jusqu’à ce que ses bras et ses jambes se mettent à trembler ou que ses abdos ressemblent à des plaques d’acier.

Ils étaient soixante stagiaires dans son unité et il n’y avait que neuf femmes. Ça ne la dérangeait pas, probablement car son expérience au Nebraska l’avait endurcie au point qu’elle ne se préoccupait plus vraiment du sexe des gens avec qui elle travaillait. Elle se tenait tranquille et travaillait au maximum de ses capacités qui, et elle n’en était pas peu fière, étaient assez exceptionnelles.

Quand l’instructeur annonça la fin de l’entraînement après son dernier parcours – une course de trois kilomètres à travers bois et sentiers boueux – les stagiaires s’éparpillèrent, allant chacun de leur côté. Mackenzie, par contre, s’assit sur l’un des bancs le long du circuit et étira ses jambes. N’ayant pas grand-chose d’autre à faire durant la journée et encore sous le coup de son épisode victorieux dans la ruelle Hogan, elle envisageait de faire un dernier jogging.

Bien qu’elle déteste l’admettre, elle était devenue l’une de ces personnes qui adorait courir. Elle n’envisageait pas non plus de s’inscrire à un marathon de sitôt, mais elle avait appris à apprécier l’exercice. En dehors des tours de pistes et des circuits qui faisaient partie intégrante de son entraînement, elle trouvait encore l’occasion d’aller faire des joggings le long des sentiers boisés du campus, situé à neuf kilomètres des bureaux du FBI et, par conséquent, à environ treize kilomètres de son nouvel appartement à Quantico.

Son débardeur de sport trempé de sueur et les joues en feu, elle termina sa journée avec un dernier sprint autour de la course d’obstacles, en omettant les collines, les troncs d’arbre et les filets. Pendant qu’elle courait, elle remarqua que deux hommes la regardaient – pas comme dans une sorte de rêve lubrique éveillé mais avec une certaine admiration qui l’encouragea à continuer.

En fait, pour dire vrai, quelques regards lubriques de temps à autre ne l’auraient pas dérangée. Ce corps d’athlète qu’elle s’était forgé à force de travail intense méritait d’être apprécié. Ça faisait bizarre de se sentir autant à l’aise dans son propre corps, mais elle commençait à aimer cette sensation. Elle savait qu’Harry Dougan l’appréciait aussi. Mais pour l’instant, il n’avait encore rien dit. Et même s’il finissait par dire quelque chose, Mackenzie n’était pas vraiment sûre de ce qu’elle dirait en retour.

Lorsqu’elle eut terminé son dernier jogging (environ trois kilomètres), elle se doucha dans les vestiaires et attrapa un paquet de crackers dans le distributeur en sortant. Elle avait le reste de la journée devant elle ; quatre heures pour faire ce qu’elle avait envie avant de faire un dernier entraînement sur le tapis roulant de la salle de fitness – une routine qu’elle avait fini par adopter histoire d’avoir une longueur d’avance sur tous les autres.

Elle se demanda ce qu’elle allait faire du reste de la journée. Peut-être qu’elle pourrait enfin terminer de déballer ses affaires. Il y avait encore six caisses dans son appartement qu’elle n’avait pas encore ouvertes. Ce serait une bonne chose de faite. Mais elle se demanda aussi ce qu’Harry allait faire ce soir et si la proposition d’aller boire un verre tenait toujours. Est-ce qu’il avait voulu dire ce soir, ou un autre soir ?

Et, au-delà de ça, elle se demanda ce que l’agent Ellington faisait.

Elle n’avait rencontré Ellington que quelques fois et ça s’était toujours bien passé – et c’était pour le mieux, du point de vue de Mackenzie. Elle n’aurait aucun problème à passer le reste de sa vie sans jamais devoir se rappeler le moment de gêne qu’ils avaient eu au Nebraska.

En réfléchissant à ce qu’elle allait faire du reste de son après-midi, elle se dirigea vers sa voiture. Au moment où elle inséra la clé dans la portière, elle vit une silhouette familière occupée à faire son jogging. Il s’agissait de l’une des stagiaires de son unité, Colby Stinson. Cette dernière lui sourit et se dirigea vers elle en courant avec une énergie qui trahissait qu’elle n’était qu’au début de son entraînement et non pas à la fin.

« Salut, » dit Colby. « Les autres sont partis sans toi ? »

« Je suis restée pour un petit jogging extra. »

« Bien sûr, c’est tout à fait toi. »

« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? » demanda Mackenzie. Elles se connaissaient assez bien mais elles ne se considéraient pas non plus comme des amies. Mackenzie n’était jamais sûre si Colby essayait juste d’être amusante ou si elle essayait de la faire mousser.

« Je veux dire par là que tu es super motivée et un peu du style à en faire beaucoup, » dit Colby.

« C’est vrai. »

« Alors, qu’est-ce que tu as de prévu ? » demanda Colby. Elle montra du doigt le paquet de crackers que Mackenzie avait en main. « C’est ton déjeuner ? »

« Oui, » dit-elle. « Un peu triste, hein ? »

« Oui, un peu. On pourrait aller manger un bout ? Ça te dit une pizza ? »

L’idée d’une pizza plaisait aussi à Mackenzie. Mais en même temps, elle n’avait pas spécialement envie de supporter les bavardages d’une femme qui avait tendance à aimer les commérages. Cependant, elle savait aussi qu’il était temps qu’elle remplisse sa vie avec d’autres choses que l’entraînement, toujours plus d’entraînement, et d’arrêter de se terrer dans son appartement.

« OK, bonne idée, » dit Mackenzie.

C’était une petite victoire – sortir de sa zone de confort et essayer de se faire des amis dans ce nouvel endroit, dans ce nouveau chapitre de sa vie. Mais à chaque pas en avant, une page se tournait et elle avait franchement très envie de commencer à en écrire les lignes.



*



La pizzeria Donnie n’était qu’à moitié remplie lorsque Mackenzie et Colby y arrivèrent dans l’après-midi vu que le rush du déjeuner était passé. Elles s’assirent à une table à l’arrière de la salle et commandèrent une pizza. Mackenzie commençait à se relaxer et à relâcher ses bras et ses jambes endoloris mais elle n’eut pas l’occasion d’en profiter très longtemps.

Colby se pencha en avant et soupira. « Est-ce qu’on peut parler du sujet tabou ? »

« Il y a un sujet tabou ? » demanda Mackenzie.

« Oui, de fait, » dit Colby. « Bien qu’il essaie de passer inaperçu et de se fondre dans la masse. »

« OK, » dit Mackenzie. « Alors explique-moi ce que tu veux dire et pourquoi tu as attendu aussi longtemps avant d’en parler. »

« C’est quelque chose dont je ne t’ai jamais parlé mais le premier jour où tu es arrivée à l’académie, je savais qui tu étais. En fait, tout le monde le savait. Il y a eu beaucoup de rumeurs. Et c’est pourquoi j’ai attendu jusqu’à maintenant pour t’en parler. Vu que ça touche maintenant à sa fin, je ne pense pas que ça puisse avoir un quelconque impact. »

« Quelles rumeurs ? » demanda Mackenzie, tout en étant déjà assez sûre de savoir où cette conversation allait mener.

« Et bien, les parties importantes concernent le tueur épouvantail et la modeste jeune femme qui est parvenue à l’attraper. Une jeune femme tellement douée dans son boulot de détective au Nebraska que le FBI a fait appel à elle. »

« C’est une version assez magnifiée des faits, mais oui… je vois ce que tu veux dire. Mais tu as parlé de parties importantes. C’est qu’il y a d’autres parties ? »

Colby eut soudain l’air mal à l’aise. Elle glissa nerveusement une mèche de ses cheveux bruns derrière l’oreille. « Et bien, il y a aussi des rumeurs. J’ai entendu qu’un agent avait joué un rôle important dans le fait de te faire admettre à l’académie. Et bien… dans un environnement majoritairement dominé par des hommes, tu peux imaginer le genre de rumeurs qui courent. »

Mackenzie leva les yeux au ciel, se sentant mal à l’aise. Elle n’avait jamais cessé de se demander quel genre de rumeurs pouvait circuler concernant sa relation avec Ellington, l’agent qui avait de fait joué un grand rôle dans l’opportunité qu’elle avait eue de tenter sa chance au Bureau.

« Désolée, » dit Colby. « Tu aurais préféré que je ne te dise rien ? »

Mackenzie haussa les épaules. « Non, ne t’en fais pas. J’imagine que nous avons tous nos histoires. »

Sentant qu’elle en avait peut-être dit de trop, Colby baissa les yeux vers la table et se mit à siroter nerveusement son soda. « Désolée, » dit-elle doucement. « Je pensais qu’il fallait que tu sois au courant. Tu es la première vraie amie que j’ai ici et je voulais être aussi franche que possible. »

« Pareil pour moi, » dit Mackenzie.

« Alors, tu ne m’en veux pas ? » demanda Colby.

« Non, Mais si on changeait de sujet maintenant ? »

« Oh, ça, ça va être facile, » dit Colby. « Raconte-moi, qu’est-ce qu’il y a entre toi et Harry ? »

« Harry Dougan ? » demanda Mackenzie.

« Oui, ce futur agent qui te déshabille du regard à chaque fois que vous êtes ensemble dans la même pièce. »

« Il n’y a rien à raconter, » dit Mackenzie.

Colby sourit et leva les yeux au ciel. « Si tu le dis… »

« Non, vraiment, ce n’est pas mon genre d’homme. »

« Peut-être que c’est toi qui n’es pas son genre de femme, » dit Colby. « Peut-être qu’il a juste envie de te voir nue. Je me demande d’ailleurs… c’est quoi ton type d’homme ? Profond et porté sur la psychologie, j’imagine. »

« Qu’est-ce qui te fait dire ça ? » demanda Mackenzie.

« À cause de ton intérêt et de ta tendance à exceller dans les cours de profilage et de scénarios. »

« Je pense que c’est une idée fausse assez courante concernant toute personne intéressée par le profilage. » dit Mackenzie. « Si tu as besoin de preuves, je peux te renseigner au moins trois hommes plus âgés faisant partie de la police d’état du Nebraska. »

La conversation évolua par la suite sur des sujets plus superficiels – sur leurs cours, leurs instructeurs et autres. Mais durant tout ce temps, Mackenzie bouillonnait à l’intérieur. Les rumeurs que Colby avaient mentionnées étaient justement la raison pour laquelle elle avait décidé de ne pas se faire remarquer. Elle n’avait pas essayé de se faire des amis – une décision qui aurait dû lui laisser assez de temps pour terminer de s’installer dans son appartement.

Et bien sûr, il y avait Ellington… l’homme qui était venu au Nebraska et qui avait changé sa vie. Ça paraissait assez cliché de le voir ainsi mais c’était ce qui s’était passé. Et le fait qu’elle ne parvenait toujours pas à se le sortir de la tête lui soulevait légèrement le cœur.

Même lorsqu’elle et Colby échangèrent des plaisanteries au moment de terminer leur déjeuner, Mackenzie se demandait ce que pouvait bien faire Ellington. Elle se demandait également ce qu’elle serait occupée à faire maintenant s’il n’était pas venu au Nebraska lors de son enquête sur le tueur épouvantail. Ce n’était pas une vision agréable : elle serait probablement encore occupée à patrouiller ces routes aux lignes droites infinies, entourées de champs et de maïs. Et elle travaillerait probablement avec un partenaire macho et suffisant qui ne serait qu’une version plus jeune et plus tenace de Porter, son ancien partenaire.

Le Nebraska ne lui manquait pas. La routine de son boulot là-bas ne lui manquait pas non plus. Et la mentalité du coin lui manquait encore moins. Mais ce qui lui manquait par contre, c’était de savoir qu’elle était à sa place. Mais plus que ça encore, elle faisait partie du top de son département. Ici à Quantico, ce n’était pas le cas. Ici, la compétition était plus rude et elle devait se battre pour rester au top.

Heureusement, elle était plus que prête pour ce défi et elle était heureuse de laisser le tueur épouvantail et sa vie d’avant derrière elle.

Maintenant, si seulement les cauchemars pouvaient s’arrêter.




CHAPITRE DEUX


La journée suivante débuta de bon matin avec un entraînement au tir, une activité à laquelle Mackenzie était de plus en plus adepte. Elle avait toujours été assez bonne tireuse mais avec un bon entraînement et une classe de vingt-deux autres stagiaires en compétition avec elle, elle était devenue vraiment bonne. Elle avait toujours une préférence pour le Sig Sauer qu’elle avait utilisé au Nebraska et elle avait été ravie de savoir que l’arme standard du Bureau était un Glock – qui était assez similaire.

Elle fixa des yeux la cible en papier au bout du couloir de tir. Une longue feuille de papier était fixée au rail mécanique à vingt mètres de distance. Elle visa, tira trois fois de suite et posa son arme. Les coups de feu continuaient à faire vibrer ses mains, une sensation qu’elle commençait à vraiment apprécier.

Lorsque la lumière verte s’alluma au bout du couloir, elle appuya sur un bouton sur le petit panneau de contrôle qui se trouvait devant elle et rapprocha la cible. Au moment où elle s’approchait d’elle, elle put voir les trois impacts de balle sur la cible en papier. Cette dernière représentait le torse d’un homme. Deux balles avaient atteint le haut du torse et une autre avait effleuré l’épaule gauche. C’était un tir satisfaisant, mais pas incroyable, et bien qu’elle soit un peu déçue par les tirs à la poitrine, elle savait qu’elle s’était tout de même beaucoup améliorée depuis sa première session.

Onze semaines. Elle était ici depuis onze semaines et elle continuait encore à apprendre. Elle était contrariée par les tirs au torse car ils pourraient avoir une issue fatale. Elle avait été entraînée au tir dans le but unique de neutraliser un suspect – et d’effectuer des tirs mortels au torse ou à la tête que dans les situations les plus extrêmes.

Son instinct s’affinait de plus en plus. Elle sourit en regardant la cible en papier, puis regarda la petite boîte de munitions posée devant elle sur le panneau de contrôle. Elle rechargea le Glock et appuya sur un bouton afin de mettre en place une nouvelle cible, qu’elle plaça cette fois-ci à vingt-cinq mètres de distance.

Elle attendit que la lumière rouge sur le panneau de contrôle passe au vert, puis tourna le dos à la cible. Elle prit une profonde inspiration, se retourna et tira à trois reprises.

Une rangée bien nette d’impacts était visible juste en-dessous de l’épaule de la figure.

C’est bien mieux, pensa Mackenzie.

Satisfaite, elle enleva les protections qu’elle portait pour protéger ses oreilles et ses yeux. Elle mit de l’ordre dans son poste de tir et appuya sur un autre bouton sur le panneau de contrôle pour rapprocher la cible le long du système mécanique auquel elle était fixée. Elle détacha la cible, la plia et la rangea dans le petit sac qu’elle emmenait partout avec elle.

Elle venait au stand de tir durant son temps libre afin d’améliorer sa dextérité dans un domaine où elle avait l’impression d’être un peu à la traîne, comparé aux autres stagiaires de sa classe. Elle était l’une des plus âgées de son unité et des rumeurs circulaient déjà – des rumeurs concernant la manière dont elle avait été découverte dans un obscur département de police du Nebraska, juste après avoir clôturé l’enquête sur le tueur épouvantail. Ses compétences au tir la situaient dans la moyenne de la classe et elle était bien déterminée à être parmi les meilleurs avant que son entraînement à l’académie ne soit terminé.

Elle devait faire ses preuves. Et ça ne lui posait pas de problème.



*



Après le stand de tir, Mackenzie ne perdit pas une seconde pour se rendre à son dernier cours théorique, une session sur la psychologie, donnée par Samuel McClarren. McClarren était un ancien agent de soixante-six ans et auteur à succès de six ouvrages bestsellers du New York Times concernant la psychologie de certains des tueurs en série les plus vicieux de ces cent dernières années. Mackenzie avait lu tout ce qu’il avait écrit et elle aurait pu l’écouter donner cours pendant des heures durant. C’était de loin son cours préféré et bien que le sous-directeur pense, sur base de son curriculum et de son expérience, qu’elle n’ait aucun besoin de suivre ce cours, elle avait sauté sur l’occasion de pouvoir y assister.

Comme à son habitude, elle était l’une des premières à arriver en classe et elle s’assit à l’avant de la salle. Elle prépara son cahier et son stylo pendant que d’autres étudiants arrivaient et installaient leur MacBooks. Samuel McClarren prit place sur le podium. Derrière Mackenzie, les quarante-deux autres étudiants attendaient avec impatience. Chacun d’entre eux semblait suspendu aux lèvres de McClarren lorsqu’il se mettait à parler.

« Nous en avions terminé hier avec les constructions psychologiques qui semblaient avoir motivé Ed Gein, au grand plaisir de ceux d’entre vous qui n’auraient pas l’estomac bien accroché, » dit McClarren. « Mais aujourd’hui, ça ne va pas être mieux, vu que nous allons nous plonger dans l’esprit bien souvent sous-estimé mais incroyablement tordu de John Wayne Gacy. Vingt-six victimes connues, tuées par strangulation ou asphyxie en utilisant un garrot. Depuis le sous-sol de sa maison jusqu’au fleuve Des Plaines, il a éparpillé ses victimes à différents endroits après les avoir tuées. Et, bien entendu, on parlera de ce à quoi pense la majorité des gens lorsqu’ils entendent son nom – le maquillage de clown. À sa source, l’affaire Gacy est un cas clinique de fracture psychologique. »

Et le cours continua ainsi, McClarren parlait et les étudiants prenaient fébrilement des notes. Comme toujours, l’heure et quinze minutes de cours passèrent en un clin d’œil et Mackenzie avait envie d’en entendre davantage. À quelques reprises, le cours de McClarren avait mentionné la démarche qu’elle avait adoptée alors qu’elle traquait le tueur épouvantail, particulièrement le fait qu’elle soit retournée sur les lieux des crimes dans le but de rentrer dans l’esprit du tueur. Elle avait toujours su qu’elle avait un don pour ce genre de choses mais elle avait toujours veillé à ne pas en parler. Ça lui faisait parfois un peu peur et c’était un peu morbide, alors elle le gardait pour elle.

Quand le cours fut terminé, Mackenzie rassembla ses affaires et se dirigea vers la porte. En traversant le corridor, elle pensait encore à ce qui s’était dit durant le cours et elle ne vit pas l’homme qui se tenait près de l’embrasure de la porte. En fait, elle ne le remarqua que lorsqu’il l’appela par son prénom.

« Mackenzie ! Hé, attends ! »

Elle s’arrêta lorsqu’elle entendit son nom, se retourna et reconnut un visage familier parmi la foule.

L’agent Ellington se trouvait juste derrière elle. Le voir était une telle surprise qu’elle resta immobile durant un instant, essayant de comprendre pourquoi il se trouvait là. Alors qu’elle restait sans bouger, il lui adressa un sourire timide et s’approcha rapidement d’elle. Un autre homme l’accompagnait et se tenait juste derrière lui.

« Agent Ellington, » dit Mackenzie. « Comment allez-vous ? »

« Je vais bien, » dit-il. « Et vous ? »

« Très bien, merci. Qu’est-ce que vous faites là ? Vous venez pour un cours de recyclage ? » demanda-t-elle en essayant d’introduire une note d’humour.

« Non, pas vraiment, » dit Ellington. Il lui sourit à nouveau, ce qui lui rappela pourquoi elle avait tenté sa chance avec lui et s’était ridiculisée trois mois plus tôt. Il fit un geste en direction de l’homme à ses côtés et dit, « Mackenzie White, je vous présente l’agent spécial Bryers. »

Bryers fit un pas en avant et tendit la main. Mackenzie la serra et prit un moment pour étudier l’homme qui se tenait devant elle. Il avait l’air d’avoir la cinquantaine. Il avait une moustache grisonnante et des yeux bleus chaleureux. Elle remarqua tout de suite qu’il devait avoir un tempérament doux et faire partie de ces fameux gentlemen du Sud dont elle avait tant entendus parler depuis son arrivée en Virginie.

« Je suis enchanté de faire votre connaissance, » dit Bryers au moment où ils se serrèrent la main.

Une fois les présentations faites, Ellington alla droit au but, comme à son habitude. « Êtes-vous occupée pour l’instant ? » demanda-t-il à Mackenzie.

« Pas pour l’instant, » répondit-elle.

« Et bien, si vous avez une minute à nous consacrer, nous aimerions vous faire part de quelque chose. »

Mackenzie remarqua un doute sur le visage de Bryers au moment où Ellington finissait de parler. En fait, en y réfléchissant bien, Bryers avait l’air un peu mal à l’aise. C’était peut-être ça, la raison pour laquelle il avait l’air aussi timide.

« Bien sûr, » dit-elle.

« Viens, » dit Ellington en lui montrant la petite zone d’étude à l’arrière de l’édifice. « Je t’offre un café. »

Mackenzie se rappela de la dernière fois où Ellington avait été aussi intéressé par elle ; ça l’avait amenée jusqu’ici, jusqu’à cet instant où elle était sur le point de réaliser son rêve de devenir un agent du FBI. Le suivre maintenant était logique et c’est ce qu’elle fit, en jetant un coup d’oeil à l’agent Bryers et en se demandant pourquoi il avait l’air aussi mal à l’aise.



*



« Alors, tu es presqu’au bout, n’est-ce pas ? » demanda Ellington pendant qu’ils s’asseyaient tous les trois devant les tasses de café qu’Ellington venait d’acheter au bar.

« Plus que huit semaines, » dit-elle.

« Il te reste la lutte antiterroriste, quinze heures de simulation et environ douze heures d’exercice de tir, n’est-ce pas ? » demanda Ellington.

« Et comment le sais-tu ? » demanda Mackenzie, préoccupée.

Ellington haussa les épaules et eut un sourire en coin. « Je garde un œil sur toi depuis que tu es arrivée ici. C’est un peu devenu mon hobby. Je t’ai recommandée, alors ma carrière est aussi un peu en jeu. Tes performances impressionnent tous les gens qui comptent vraiment. À ce stade, ce n’est vraiment plus qu’une formalité. À moins que tu parviennes à échouer totalement ces dernières huit semaines, je dirais que tu fais déjà partie du Bureau. »

Il prit une profonde inspiration et se prépara à continuer.

« Ce qui nous amène à la raison pour laquelle je voulais te parler. L’agent Bryers se trouve dans une situation un peu délicate et pourrait avoir besoin de ton aide. Mais je vais le laisser te l’expliquer. »

Bryers avait toujours l’air incertain concernant la situation. Ça se traduisait même dans la manière qu’il eût de reposer sa tasse de café et d’attendre quelques secondes avant de commencer à parler.

« Et bien, comme l’agent Ellington vous le disait, vous avez vraiment impressionné les personnes qui comptent. Durant ces deux derniers jours, votre nom m’a été présenté à trois reprises. »

« À quel sujet ? » demanda-t-elle un peu nerveusement.

« Je suis pour l’instant sur une affaire qui a amené l’agent qui était mon partenaire depuis treize ans à quitter le Bureau, » expliqua Bryers. « Il est proche de l’âge de la retraite de toutes façons, alors ce n’est pas vraiment une surprise. J’adore ce gars comme si c’était mon frère, mais il en a assez. Il en a vu de trop durant ses vingt-huit ans de service en tant qu’agent et il ne voulait pas d’un autre cauchemar qui le poursuive jusqu’à la retraite. Du coup, ça laisse une possibilité ouverte pour qu’un nouveau partenaire prenne sa place. Ce ne serait pas permanent – juste le temps de clôturer l’affaire qui nous occupe. »

Mackenzie sentit son coeur battre d’excitation et elle sut qu’elle devait se contrôler avant que son besoin de plaire et d’impressionner ne prenne le dessus. « C’est pour ça que mon nom vous a été présenté ? » demanda-t-elle.

« C’est ça, » dit Bryers.

« Mais il doit y avoir d’autres agents avec de l’expérience et qui pourraient mieux convenir que moi, non ? »

« Il y a probablement des agents qui conviendraient mieux, » dit Ellington sur un ton neutre. « Mais, autant qu’on puisse en juger, cette affaire a beaucoup de similarités avec celle du tueur épouvantail. Ça, plus le fait que ton nom apparaît régulièrement, fait que nos supérieurs pensent que tu es la candidate parfaite. »

« Mais je ne suis pas encore agent, » dit Mackenzie. « Je veux dire par là, qu’avec ce que vous me dites, pouvez-vous vraiment vous permettre d’attendre huit semaines ? »

« On n’attendrait pas, » dit Ellington. « Et au risque de paraître prétentieux, ce n’est pas une offre que le Bureau ferait à n’importe qui. Une opportunité comme celle-là – et bien, je suis sûr que tous ceux qui étaient en cours tout à l’heure avec toi sauteraient dessus. C’est tout à fait contraire aux règles et quelques personnes importantes ont décidé de regarder ailleurs. »

« Ça paraît vraiment… contraire à l’éthique, » dit Mackenzie.

« Ça l’est, » dit Ellington. « C’est même techniquement illégal d’une certaine manière. Mais on ne peut pas ignorer les similarités entre cette affaire et celle que tu as résolue au Nebraska. Soit on fait discrètement tout de suite appel à toi, soit on attend encore trois ou quatre jours en espérant trouver un nouveau partenaire à l’agent Bryers. Et le temps joue contre nous. »

Elle avait bien sûr envie de sauter sur l’occasion, mais tout était trop rapide. C’était précipité.

« Est-ce que je peux y réfléchir ? » demanda-t-elle.

« Non, » dit Ellington. « En fait, après cette réunion, je vais envoyer tous les dossiers de l’affaire à ton appartement pour que tu les révises. Je te laisse quelques heures pour que tu prennes connaissance du dossier et je te contacterai à la fin de la journée pour avoir ta réponse. Mais, Mackenzie… Je te recommande vivement d’accepter. »

Elle savait déjà qu’elle accepterait mais elle n’avait pas envie d’avoir l’air trop impatiente ou prétentieuse. En plus, il y avait un certain degré de nervosité qui commençait à s’installer en elle. C’était vraiment une opportunité énorme. Et pour qu’un agent aussi expérimenté que Bryers ait envie de son aide… et bien, c’était tout simplement incroyable.

« Pour te donner une idée générale, » dit Bryers, en se penchant au-dessus de la table et en baissant le son de sa voix. « Pour l’instant, nous avons retrouvé deux corps dans la même décharge. Les victimes étaient toutes les deux de jeunes femmes – l’une avait vingt-deux ans, l’autre dix-neuf. Elles ont été retrouvées nues et couvertes de bleus. Le corps le plus récent montrait des signes d’attouchements mais aucune trace de fluides corporels n’a été retrouvée. Les corps ont été retrouvés à un intervalle de deux mois et demi mais le fait qu’ils aient été trouvés dans la même décharge avec le même type de bleus… »

« Ce n’est pas une coïncidence, » dit Mackenzie, en y réfléchissant.

« Non, probablement pas, » dit Bryers. « Alors dis-moi… imaginons que ce soit ton affaire. Tu viens juste de la recevoir. Quelle serait la première chose que tu ferais ? »

La réponse lui vint à l’esprit en moins de trois secondes. Et lorsqu’elle la formula, elle se sentit glisser dans une sorte de vide – un endroit où elle savait qu’elle avait raison. Si elle avait eu un quelconque doute concernant le fait d’accepter ou pas cette affaire, il disparut au moment où elle donna sa réponse.

« Je commencerais par la décharge, » dit-elle. « Je voudrais voir la zone de mes propres yeux. Je voudrais également parler avec les membres de la famille. Est-ce que ces femmes étaient mariées ? »

« Celle de vingt-deux ans, » dit Ellington. « Elle était mariée depuis seize mois. »

« Alors oui, » dit Mackenzie. « Je commencerais par la décharge et j’irais parler avec le mari. »

Ellington et Bryers échangèrent un regard entendu. Ellington hocha la tête et pianota des doigts sur la table. « Alors, tu acceptes ? » demanda-t-il.

« J’accepte, » dit-elle, incapable de contenir plus longtemps son enthousiasme.

« Super, » dit Bryers. Il sortit un trousseau de clés de sa poche et le fit glisser à travers la table. « Pas besoin de perdre plus de temps. On y va. »




CHAPITRE TROIS


Il était treize heures trente-cinq quand ils atteignirent la décharge. Les trente degrés de chaleur intensifiaient la puanteur qui y régnait et le bruit des mouches était si intense qu’il résonnait telle une musique bizarre. Mackenzie avait conduit pendant que Bryers la mettait au courant des détails de l’affaire, depuis le siège passager.

Au moment où ils sortirent de voiture et s’approchèrent du dépotoir, Mackenzie pensait avoir une idée assez précise au sujet de Bryers. Il était dans l’ensemble un type du genre réglo. Et bien qu’il ne le dise pas, il était extrêmement nerveux par le fait qu’ils soient embarqués ensemble sur cette affaire, même si la hiérarchie avait approuvé ce choix les yeux fermés. Ça se trahissait dans la manière dont il se tenait et dans les coups d’oeil fugaces qu’il lui jetait de temps à autre.

Mackenzie marcha lentement pendant que Bryers se dirigeait vers les grandes poubelles vertes. Il s’en approcha comme si cet endroit lui était vraiment familier. Elle dut se rappeler qu’il était déjà venu auparavant sur ce site. Il savait à quoi s’attendre et en comparaison, elle se sentit comme une débutante – ce qu’elle était en fait.

Elle prit un moment pour observer l’endroit, vu qu’elle n’avait jamais vraiment eu l’occasion d’étudier des dépotoirs de près dans le passé. L’endroit où ils se trouvaient actuellement – la partie de la décharge qui était ouverte au trafic – n’était rien d’autre qu’un dépotoir. Six bennes à ordures en métal était alignées, placées dans un espace vide du terrain. Derrière le dépotoir, elle put voir la zone en contrebas où les camions à ordures venaient chercher leur charge. Pour arriver à cette zone où se trouvait la plupart des bennes à ordures, la route d’accès traversait une colline bien entretenue. La zone où elle se trouvait actuellement avec Bryers, en constituait le sommet, et la route à travers la décharge continuait en suivant les courbes de la colline pour permettre aux voitures de rejoindre un chemin qui connectait à l’autoroute, située derrière les bennes à ordures.

Mackenzie observa le sol à ses pieds. À l’endroit où elle se tenait, il se limitait à de la terre battue qui menait à une zone recouverte de graviers, puis à du goudron de l’autre côté des poubelles. Elle était debout sur la partie en terre battue et regardait les traces de pneus incrustées au sol. L’enchevêtrement des innombrables traces allait rendre très difficile l’identification d’une empreinte fiable. Il avait fait chaud et sec dernièrement ; la dernière pluie datait d’il y avait une semaine et ça n’avait été qu’une faible bruine. Le sol asséché allait rendre la tâche encore plus difficile.

Se rendant compte qu’obtenir des empreintes pertinentes dans ce fouillis allait probablement être mission impossible, elle rejoignit Bryers près de la poubelle où il se tenait.

« Le corps a été retrouvé dans cette poubelle, » dit Bryers. « La police scientifique a déjà pris des échantillons de sang et relevé les empreintes. La victime s’appelait Susan Kellerman, vingt-deux ans, résidant à Georgetown. »

Mackenzie hocha de la tête, sans rien dire. Au moment où elle jetait un coup d’œil à l’intérieur de la poubelle, elle décida de changer son approche dans l’observation des lieux. Elle travaillait maintenant avec le FBI, alors elle pouvait se permettre de sauter quelques étapes. Elle n’allait pas perdre son temps à analyser ce qui était évident. Ceux qui l’avaient précédée ici – y compris probablement Bryers – avaient déjà fait le travail de terrain. Alors Mackenzie essaya plutôt de concentrer son attention sur les aspects obscurs… sur les choses qui pourraient ne pas avoir été remarquées.

Après avoir observé quelques minutes la zone environnante, Mackenzie considéra qu’elle savait tout ce qu’il y avait à savoir. Et pour l’instant, ce n’était pas grand-chose.

« Alors dis-moi, » dit Bryers. « À ton avis, quelle peut être la raison pour laquelle le tueur abandonne ses victimes ici ? »

« Je ne pense pas que ce soit par souci de commodité, » dit Mackenzie. « Je pense qu’il essaie de ne pas prendre de risque. Il abandonne ses victimes ici car il veut s’en débarrasser. Je parierais également qu’il habite à proximité… à pas plus de trente à cinquante kilomètres de distance. Je ne pense pas qu’il ferait de longs trajets juste dans le but de se débarrasser d’un corps… tout spécialement de nuit. »

« Pourquoi de nuit ? » demanda Bryers.

Mackenzie savait qu’il la testait et ça ne la dérangeait pas. Vu l’opportunité incroyable qui lui avait été offerte, elle s’attendait un peu à devoir faire ses preuves.

« Car il est presqu’impératif qu’il vienne de nuit pour abandonner un cadavre. Le faire de jour serait stupide, avec tous les travailleurs présents sur le site. »

« Donc tu penses qu’il est intelligent ? »

« Pas forcément. Il est prudent et vigilant. Mais ça ne veut pas dire qu’il soit intelligent. »

« J’ai vu que tu cherchais des traces au sol, » dit-il. « On a essayé mais on n’a rien trouvé. Il y en a de trop. »

« Oui, ce serait difficile d’en identifier, » dit-elle. « Mais, comme je le disais, je pense que le cadavre a été abandonné après les heures de travail. C’est aussi ton hypothèse ? »

« Oui, de fait. »

« Alors il n’y aurait pas de traces ici, » souligna Mackenzie.

Il lui sourit. « C’est vrai, » dit-il. « Enfin, pas des traces de pneus. Mais il y aurait des empreintes de pas. Et il y en a de trop aussi pour parvenir à les identifier. »

Mackenzie hocha la tête, se sentant un peu stupide de ne pas avoir pensé à ce détail si évident. Mais tout de suite, une autre idée prit forme dans son esprit.

« Il n’a pas non plus amené le cadavre sur son dos, » dit Mackenzie. « Ses traces de pneus doivent se trouver quelque part. Pas ici, mais peut-être devant la barrière de l’entrée. On pourrait essayer de comparer les traces devant la barrière et celles trouvées ici. On pourrait également regarder juste de l’autre côté de la barrière et chercher des traces d’impact où il a probablement jeté ou laissé tomber le corps. »

« C’est une bonne idée, » dit Bryers sur un ton amusé. « C’est aussi une idée que les gars de la police scientifique ont eue mais que j’ai ignorée. Mais oui, tu as raison. Il a certainement dû arrêter sa voiture devant la barrière. Alors l’idée serait de trouver des traces de pneus qui arrivent jusqu’à la barrière, s’arrêtent et font demi-tour, et ça pourrait être notre homme. »

« Ça se pourrait, » dit Mackenzie.

« Ton cheminement est correct mais il n’offre aucune nouvelle piste. Tu as autre chose à proposer ? »

Il n’était ni dédaigneux, ni condescendant. Elle le savait à travers le ton de sa voix. Il essayait juste de l’encourager et de la motiver à continuer à réfléchir.

« On sait combien de véhicules passent par ici chaque jour ? »

« Environ onze cents par jour, » dit Bryers. « Mais si on parvient à obtenir des traces qui s’approchent de la barrière, puis s’arrêtent… »

« Ce serait un début. »

« C’est l’idée, » dit Bryers. « Une équipe y travaille depuis hier après-midi mais nous n’avons encore obtenu aucune piste. »

« Je peux y jeter un coup d’œil si vous voulez, » dit Mackenzie.

« Si tu veux, » dit Bryers. « Mais tu travailles pour le FBI maintenant, mademoiselle White. Ne te surcharge pas de travail s’il y a un autre département qui peut faire le boulot mieux que toi. »

Mackenzie se retourna pour regarder la benne à ordures en essayant de distinguer les déchets qu’elle contenait. Une jeune femme y avait été retrouvée récemment, le corps nu et couvert de bleus. Elle avait été jetée au même endroit où les gens jettent leurs ordures, les choses dont ils n’ont plus besoin. Peut-être que le tueur pensait que les femmes qu’il avait tuées ne valaient pas mieux que des ordures ménagères.

Elle aurait aimé être présente au moment où Bryers et son partenaire à la retraite, étaient arrivés sur le site. Elle aurait peut-être eu davantage d’idées. Peut-être qu’elle aurait pu mieux aider Bryers à trouver un potentiel suspect. Mais pour l’instant, elle avait au moins fait rapidement ses preuves avec son idée concernant les traces de pneus.

Elle se retourna vers lui et vit qu’il restait là à ne rien faire, en regardant en direction de la barrière. Il était clair qu’il lui laissait du temps pour traiter les informations. Elle lui en était reconnaissante mais ça lui rappelait aussi à nouveau combien elle n’était qu’une débutante.

Elle s’avança vers la clôture grillagée qui entourait la décharge. Elle commença son inspection à la barrière, par laquelle les véhicules entraient sur le site, et continua sur la gauche. Elle examina le bas de la clôture durant un instant, avant qu’une autre idée lui vienne en tête.

Il a sûrement dû escalader la clôture, pensa-t-elle.

Elle commença à examiner la clôture de près. Elle n’était pas sûre de savoir ce qu’elle cherchait vraiment. Peut-être de la boue ou des fibres sur le grillage. Tout ce qu’elle pourrait y trouver serait probablement peu de chose mais ce serait quelque chose.

En moins de deux minutes, elle trouva quelque chose d’intéressant. C’était tellement minuscule qu’elle avait failli passer complètement à côté. Mais quand elle s’en approcha, elle se rendit compte que ça pouvait être beaucoup plus utile que ce qu’elle n’avait pensé.

À environ un mètre cinquante du sol et à deux mètres à gauche de la barrière d’entrée, un bout de tissu blanc pendait accroché à l’un des losanges de la clôture. Le tissu en soi ne leur apprendrait probablement pas grand-chose mais il pourrait peut-être leur permettre de relever d’éventuelles empreintes digitales.

« Agent Bryers ? » dit-elle.

Il se dirigea lentement vers elle, comme s’il s’attendait à ne pas voir grand-chose. Alors qu’il s’approchait, elle l’entendit émettre un grognement au moment où il vit le morceau de tissu.

« Beau boulot, mademoiselle White, » dit-il.

« S’il te plaît, appelle-moi juste Mackenzie, » dit-elle. « Ou Mac, si tu t’en sens le courage. »

« Qu’est-ce que tu en penses ? » demanda-t-il.

« Ce n’est peut-être rien. Ou peut-être que c’est un bout de tissu provenant du vêtement d’une personne ayant récemment escaladé la clôture. Le tissu en lui-même ne nous apprendra probablement pas grand-chose, mais c’est un bon point de départ pour relever des éventuelles empreintes digitales. »

« Dans le coffre de la voiture, il y a une petite trousse pour relever les preuves. Peux-tu aller la chercher pendant que je fais un rapport là-dessus ? »

« Bien sûr, » dit-elle en se dirigeant vers la voiture.

Quand elle revint vers lui, il terminait déjà son appel téléphonique. Avec Bryers, tout était rapide et efficace. C’était une des choses qu’elle commençait à vraiment apprécier à son sujet.

« OK, Mac, » dit-il. « Maintenant, on peut passer à l’étape suivante, celle que tu avais mentionnée précédemment. Le mari de la victime vit à vingt minutes d’ici. Tu es prête pour une visite ? »

« Oui, » dit Mackenzie.

Ils retournèrent vers la voiture et sortirent de la décharge qui était toujours fermée au public. Au-dessus d’eux, quelques charognards remplissaient consciencieusement leurs fonctions, observant le drame qui se déroulait sous eux d’un œil indifférent.



***



Caleb Kellerman recevait déjà la visite de deux policiers quand Mackenzie et Bryers arrivèrent chez lui. Il vivait dans la banlieue de Georgetown, dans une mignonne petite maison à un étage, idéale pour un jeune couple commençant leur vie en commun. En pensant que les Kellerman n’avaient été mariés qu’un peu plus d’un an avant que la jeune femme ne soit assassinée, Mackenzie ressentit beaucoup de tristesse pour le mari mais également de la colère concernant ce qui s’était passé.

Une maison pour débuter une vie en commun et qui n’a jamais eu l’occasion d’évoluer vers autre chose, pensa Mackenzie alors qu’ils pénétraient dans la maison. Comme c’est triste !

Une fois passé le seuil, ils entrèrent dans un petit vestibule qui s’ouvrait directement sur le salon. Mackenzie reconnut ce sentiment de solitude et de silence qui envahissait la plupart des maisons après un décès. Elle espérait finir par s’y habituer, mais elle en doutait.

Bryers se présenta aux policiers à l’extérieur du vestibule et les deux hommes en uniforme eurent l’air soulagés quand il leur demanda de céder leur place. Quand ils furent partis, Bryers et Mackenzie entrèrent dans le salon. Mackenzie fut surprise de constater que Caleb Kellerman avait l’air incroyablement jeune. On aurait dit qu’il n’avait que dix-huit ans avec son aspect bien rasé, son t-shirt Five Finger Death Punch et son short trop large. Mackenzie parvint rapidement à passer au-dessus et se concentra plutôt sur la douleur indescriptible qui se lisait sur le visage du jeune homme.

Il leva les yeux vers eux, en attendant qu’ils prennent la parole. Mackenzie remarqua que Bryers l’encourageait à prendre les devants, en faisant un signe subtil de la tête en direction de Caleb Kellerman. Elle s’avança, terrifiée et flattée à la fois qu’il lui laisse une telle responsabilité. Soit Bryers avait une haute opinion d’elle, soit il essayait de la mettre mal à l’aise.

« Monsieur Kellerman, je suis l’agent White et voici l’agent Bryers. » Elle hésita durant un instant. Venait-elle vraiment de se présenter en tant qu’agent White ? Elle devait avouer que ça sonnait assez bien. Elle écarta cette pensée et continua. « Je sais que vous faites face à la perte d’un être cher et je ne vais pas prétendre être capable de comprendre votre douleur, » dit-elle. Le ton de sa voix était doux, chaleureux mais ferme. « Mais si nous voulons trouver la personne qui a fait ça, nous avons vraiment besoin de vous poser quelques questions. Est-ce que vous êtes d’accord ? »

Caleb Kellerman hocha de la tête. « Je ferais n’importe quoi pour m’assurer que l’homme qui a fait ça soit retrouvé, » dit-il. « Je ferais n’importe quoi. »

Il y avait de la colère dans sa voix et Mackenzie espéra que quelqu’un proposerait une sorte de thérapie pour Caleb dans les jours à venir. Il y avait une forme de démence dans son regard.

« Et bien, tout d’abord, j’aimerais savoir si Susan avait des ennemis… n’importe qui pouvant être une sorte de rival. »

« Quelques filles qui étaient au lycée avec elle l’ennuyaient parfois sur Facebook, » dit Caleb. « Mais c’était en général au sujet de la politique. Et aucune de ces filles n’aurait fait ça, de toutes façons. C’était juste de méchantes disputes ou des trucs dans le genre. »

« Et son boulot ? » demanda Mackenzie. « Elle aimait son boulot ? »

Caleb haussa les épaules. Il s’enfonça dans le divan et essaya de se détendre. L’expression de son visage restait cependant figée dans un froncement de sourcils permanent. « Elle l’aimait autant que puisse l’aimer une femme qui a fait l’université et qui finit par décrocher un travail qui n’a rien à voir avec ses études. Ça permettait de payer les factures et les bonus étaient parfois très généreux. Mais les horaires étaient horribles par contre. »

« Connaissiez-vous les gens avec lesquels elle travaillait ? » demanda Mackenzie.

« Non. J’entendais parler d’eux lorsqu’elle me racontait des histoires du boulot mais c’est tout. »

Bryers intervint et sa voix résonna de manière très différente dans le silence de la maison. Son ton était plus maussade. « Elle était représentante, c’est bien ça ? Pour l’université de développement personnel ? »

« Oui. J’ai déjà donné le numéro de son chef à la police. »

« Des gens du FBI ont déjà parlé avec lui, » dit Bryers.

« Ça n’a pas beaucoup d’importance, de toutes façons, » dit Caleb. « Ce n’est pas quelqu’un de son travail qui l’a assassinée. J’en suis certain. Je sais que ça peut avoir l’air stupide mais c’est ce que je ressens. Tous les gens de son boulot sont des gens bien… dans la même galère que nous, à travailler pour payer les factures et arriver aux fins de mois. Des gens honnêtes, vous voyez ? »

Durant un instant, il chancela au bord des larmes. Il réprima ses sanglots, baissa le regard pour reprendre contenance puis les regarda à nouveau. Des larmes étaient encore visibles au coin de ses yeux.

« OK, alors est-ce que vous pensez à quelque chose que vous pourriez nous dire et qui pourrait nous mener dans la bonne direction ? » demanda Bryers.

« Je ne sais pas, » dit Caleb. « Elle avait une fiche avec les clients auxquels elle allait rendre visite ce jour-là, mais personne n’est parvenu à la retrouver. La police pense que le tueur l’a probablement prise et jetée. »

« C’est probablement le cas, » dit Mackenzie.

« Je n’arrive toujours pas à m’y faire, » dit Caleb. « Ça a toujours l’air complètement irréel. Je m’attends à ce qu’elle rentre par cette porte à tout instant. Le jour où elle est morte… ce jour-là avait commencé comme chaque jour. Elle m’a embrassé sur la joue pendant que je m’habillais pour aller travailler et elle m’a dit au revoir. Elle est partie à l’arrêt de bus et ce fut tout. Ce fut la dernière fois où je l’ai vue. »

Mackenzie vit que Caleb était sur le point de perdre pied et, bien que ce ne soit pas le plus approprié, elle lui posa une dernière question avant qu’il ne s’effondre.

« Arrêt de bus ? » demanda-t-elle.

« Oui, elle prenait le bus tous les jours pour se rendre au bureau. Elle prenait celui de huit heures vingt pour arriver au travail à l’heure. La voiture nous a lâchés il y a deux mois. »

« Où se trouve l’arrêt de bus ? » demanda Bryers.

« À deux pâtés de maisons, » dit Caleb. « C’est l’un de ces petits arrêts de bus en forme de vestibule. » Il regarda soudainement Bryers et Mackenzie, avec de l’espoir dans les yeux, visible sous la douleur et la haine. « Pourquoi ? Vous pensez que c’est important ? »

« Il n’y a aucun moyen d’en être sûr, » dit Mackenzie. « Mais nous vous maintiendrons au courant. Merci pour le temps que vous nous avez consacré. »

« De rien, » dit Caleb. « Dites ? »

« Oui ? » dit Mackenzie.

« Ça fait plus de trois jours maintenant, n’est-ce pas ? Trois jours depuis que je l’ai vue pour la dernière fois et presque deux jours entiers depuis qu’on a retrouvé son corps. »

« C’est ça, » dit doucement Bryers.

« Alors il est trop tard ? Ce type va pouvoir s’échapper ? »

« Non, » dit Mackenzie. C’était sorti de sa bouche avant qu’elle n’ait eut le temps de se raviser et elle sut directement qu’elle venait de commettre sa première erreur en présence de Bryers.

« Nous allons faire tout notre possible, » dit Bryers, en posant une main légère mais insistante sur l’épaule de Mackenzie. « N’hésitez pas à nous appeler si vous pensez à quoi que ce soit qui pourrait nous être utile. »

Sur ce, ils sortirent. Mackenzie frémit lorsqu’elle entendit Caleb éclater en sanglots avant qu’ils n’aient eu le temps de refermer la porte derrière eux.

Le bruit de ces sanglots déclencha quelque chose en elle… quelque chose qui lui rappela l’endroit d’où elle venait. La dernière fois qu’elle avait ressenti ça, c’était au Nebraska, quand la tâche d’arrêter le tueur épouvantail s’était mise à la consumer entièrement. Elle ressentit à nouveau ce feu qui la dévorait alors qu’elle sortait de la maison de Caleb Kellerman. Et elle réalisa qu’elle ne s’arrêterait devant rien, tant qu’elle n’aurait pas attrapé ce tueur.




CHAPITRE QUATRE


« Tu ne peux pas faire des choses pareilles, » dit Bryers au moment où ils se retrouvèrent dans la voiture. Il avait pris place derrière le volant.

« Je ne peux pas faire quoi ? »

Il soupira et fit de son mieux pour avoir l’air sincère et éviter un ton de remontrance. « Je sais que tu n’as probablement jamais été auparavant dans une situation exactement identique, mais tu ne peux pas dire à la famille d’une victime que non, le tueur ne s’en tirera pas. Tu ne peux pas leur donner de l’espoir quand il n’y en a pas. Et même s’il y en avait, tu ne peux pas dire des choses pareilles. »

« Je sais, » dit-elle, sur un ton déçu. « Je l’ai su au moment où ces mots sont sortis de ma bouche. Je suis désolée. »

« Pas besoin de t’excuser. Essaie juste de garder l’esprit clair, OK ? »

« OK. »

Comme Bryers connaissait mieux la ville que Mackenzie, c’est lui qui conduisit jusqu’au département des transports publics. Il conduisait rapidement et demanda à Mackenzie d’appeler pour annoncer leur visite et de s’assurer qu’ils puissent parler avec quelqu’un qui pourrait répondre à leurs questions afin qu’ils soient rapidement sortis de là. C’était une méthode vraiment simple, mais Mackenzie était impressionnée par son efficacité. C’était bien loin de ce qu’elle avait connu au Nebraska.

Durant la demi-heure de trajet, Bryers lui posa de nombreuses questions. Il voulait tout savoir sur son expérience dans les forces de police au Nebraska, et surtout sur l’affaire du tueur épouvantail. Il lui posa des questions sur ses études et sur ses centres d’intérêt. Ça ne la dérangeait pas de lui donner des informations superficielles mais elle évita d’aller en profondeur – surtout parce que lui-même ne se dévoilait pas beaucoup non plus.

En fait, Bryers était assez réservé. Quand Mackenzie lui avait posé des questions sur sa famille, il en parla de la manière la plus générale possible sans être désobligeant. « Une femme, deux fils à l’université et un chien en fin de vie. »

Bon, pensa Mackenzie. C’est seulement notre premier jour ensemble et il ne me connaît pas du tout – à part ce qu’il a lu à mon sujet dans les journaux il y a six mois et ce qu’il y a dans mon dossier de l’académie. C’est normal qu’il garde des réserves.

Quand ils arrivèrent au département des transports publics, Mackenzie avait toujours une opinion plus que favorable concernant Bryers mais il y avait aussi une certain tension entre eux qu’elle ne parvenait pas à définir. Peut-être qu’il ne la sentait pas, peut-être que c’était juste elle. Le fait qu’il ait littéralement balayé toutes les questions qu’elle lui avait posées au sujet de son travail, la mettait mal à l’aise. Elle se rappela aussi qu’il ne s’agissait pas encore de son boulot. Elle avait été embarquée sur cette affaire pour faire une faveur à Ellington, une manière de se roder, d’une certaine façon.

Elle était également impliquée dans tout ça suite à des arrangements dans l’ombre où la hiérarchie avait décidé de parier sur elle. Ça ajoutait un tout autre niveau de danger non seulement pour elle, mais aussi pour les personnes avec lesquelles elle travaillait – Bryers et Ellington compris.

Le département des transports publics se trouvait dans un édifice qui abritait dix autres départements. Mackenzie suivit du mieux qu’elle put l’agent Bryers à travers les corridors. Il marchait rapidement, faisant de temps en temps un signe de la tête aux personnes qu’ils rencontraient, comme s’il venait souvent ici. Quelques personnes avaient l’air de le reconnaître, lui souriaient ou le saluaient de la main. La journée se terminait et tout le monde avait l’air de s’affairer en attendant dix-sept heures.

Quand ils arrivèrent à la section de l’édifice qui les concernait, Mackenzie prit un moment pour apprécier l’instant. Quatre heures auparavant, elle sortait de la classe de McClarren et maintenant elle était plongée jusqu’au cou dans une affaire d’homicide et elle travaillait avec un agent plein d’énergie et exceptionnellement bon dans son boulot.

Ils s’approchèrent d’un comptoir et Bryers se pencha légèrement au-dessus en regardant la jeune femme qui était assise derrière un bureau juste devant eux. « On a appelé pour parler avec quelqu’un qui s’occupe des horaires de bus, » dit-il à la femme. « Agents White et Bryers. »

« Ah oui, » dit la réceptionniste. « Vous pouvez parler avec madame Percell. Elle est dans le garage des bus. Vous continuez dans le corridor, vous descendez les escaliers et c’est à l’arrière. »

Ils suivirent les indications de la réceptionniste et se dirigèrent vers l’arrière de l’édifice où le bruit de moteurs et le grondement de machines se faisaient entendre. L’édifice était conçu pour que le bruit ne soit pas perceptible dans les parties les plus animées mais à l’arrière, on aurait dit un garage de réparation pour voitures.

« Quand on sera en présence de cette madame Percell, » dit Bryers, « je voudrais que tu mènes la conversation. »

« OK, » dit Mackenzie, avec l’impression bizarre qu’elle passait encore un test.

Ils descendirent les escaliers en suivant un panneau qui indiquait Garage à bus. En bas, un étroit corridor menait à un petit bureau ouvert. Un homme portant un bleu de travail se tenait derrière un vieil ordinateur et tapait quelque chose. À travers une grande baie vitrée, Mackenzie pouvait voir un immense garage. Quelques bus de la ville y étaient garés, en vue de passer à l’entretien. Alors qu’elle regardait autour d’elle, une porte s’ouvrit à l’arrière du bureau et une femme rondouillette et enjouée fit son entrée.

« Vous êtes les types du FBI ? »

« Oui, c’est nous, » dit Mackenzie. À côté d’elle, Bryers montra rapidement son badge – probablement parce qu’elle n’en avait pas encore un à montrer. Percell eut l’air satisfaite et commença tout de suite à parler.

« D’après ce que j’ai compris, vous avez des questions concernant les horaires de bus et la rotation des chauffeurs, » dit-elle.

« Tout à fait, » répondit Mackenzie. « Nous voudrions savoir quel est le bus qui a desservi un arrêt en particulier il y a trois jours et, si possible, parler avec le chauffeur. »

« Bien sûr, » dit-elle. Elle se dirigea vers le petit bureau où le mécanicien était occupé à taper à l’ordinateur et le poussa gentiment du coude. « Doug, laisse-moi prendre les commandes, veux-tu ? »

« Avec plaisir, » dit-il en souriant. Il se leva du bureau et se dirigea vers le garage pendant que madame Percell s’asseyait derrière l’ordinateur. Elle appuya sur quelques touches puis leva fièrement la tête vers eux, manifestement enchantée de pouvoir rendre service.

« Où se trouve l’arrêt en question ? »

« Au coin de la rue Carlton et de la rue Queen. » dit Mackenzie.

« À quelle heure la personne serait-elle montée ? »

« À huit vingt du matin. »

Madame Percell tapa rapidement les informations à l’ordinateur et étudia l’écran durant un instant avant de donner sa réponse. « C’était le bus numéro 2021, conduit par Michael Garmond. Ce bus dessert trois autres arrêts avant de revenir au même arrêt de bus à neuf heures trente-cinq. »

« Nous aimerions parler avec monsieur Garmond, » dit Mackenzie. « Pourriez-vous nous donner ses coordonnées, s’il vous plaît ? »

« Je peux faire mieux que ça, » dit madame Percell. « Michael est dans le garage en ce moment même. Il termine sa journée. Je vais voir si je peux le harponner pour vous. »

« Merci, » dit Mackenzie.

Madame Percell se précipita vers la porte du garage à une vitesse qui défiait sa taille. Mackenzie et Bryers la virent déambuler de manière experte dans le garage, à la recherche de Michael Garmond.

« Si seulement tout le monde pouvait être aussi enthousiaste à l’idée d’aider les fédéraux, » dit Bryers, avec un large sourire. « Crois-moi… ne t’habitue pas à ça. »

En moins d’une minute, madame Percell revint dans le petit bureau, suivie par un homme noir âgé. Il avait l’air fatigué mais, tout comme madame Percell, il avait l’air plus que ravi de pouvoir rendre service.

« Salut, les gars, » dit-il, avec un sourire fatigué. « Comment puis-je vous aider ? »

« Nous cherchons des informations concernant une femme qui est montée dans votre bus à l’arrêt de huit heures vingt, au coin de la rue Carlton et de la rue Queen, il y a trois jours, » dit Mackenzie. « Vous pensez pouvoir nous aider ? »

« Probablement, » dit Michael. « Il n’y a pas beaucoup de gens à cet arrêt le matin. Jamais plus de quatre ou cinq personnes. »

Bryers sortit son téléphone et le consulta durant un instant avant d’y afficher une photo de Susan Kellerman. « C’est elle, » dit-il. « Est-ce que ce visage vous est familier ? »

« Oh oui, bien sûr que je la reconnais, » dit Michael, sur un ton un peu trop excité au goût de Mackenzie. « Une gentille fille, Toujours très aimable. »

« Vous rappelez-vous où elle est descendue du bus il y a trois jours ? »

« Oui, je me rappelle, » dit Michael. « Et j’ai même pensé que c’était bizarre car tous les matins depuis deux semaines, elle descendait à un autre arrêt. Un jour, on s’était un peu parlé et elle m’avait dit que son bureau n’était qu’à deux pâtés de maisons de son arrêt habituel. Mais il y a trois jours, elle est descendue à la station de bus, au lieu de descendre à un arrêt. Je l’ai vue prendre un autre bus. J’ai pensé qu’elle avait peut-être trouvé un autre boulot et qu’elle faisait un autre trajet pour y arriver. »

« C’était où ? » demanda Mackenzie.

« Dupont Circle. »

« À quelle heure pensez-vous qu’elle soit descendue du bus ? »

« Probablement vers huit heures quarante-cinq, » répondit Michael. « Et certainement pas plus tard que neuf heures. »

« Je peux vérifier ça dans notre système, » dit madame Percell.

« Ce serait vraiment super, » dit Bryers.

Madame Percell retourna travailler derrière le petit bureau crasseux pendant que Michael regardait les agents avec un air de désespoir. Il regarda à nouveau la photo sur le téléphone de Bryers et fronça les sourcils. « Quelque chose de grave lui est arrivé ? » demanda-t-il.

« Oui, de fait, » dit Mackenzie. « Alors si vous vous rappelez de quoi que ce soit la concernant ce matin-là, ça nous aiderait beaucoup. »

« Et bien, elle avait un étui, pareil à celui que les représentants transportent avec eux. Pas une serviette mais un étui de mauvais goût, vous voyez ? Elle vendait des trucs pour gagner sa vie – des compléments nutritionnels et des trucs dans le genre. J’ai imaginé qu’elle avait un client à aller voir. »

« Vous savez dans quel bus elle est montée après être descendue du vôtre ? » demanda Mackenzie.

« Et bien, je ne me rappelle pas du numéro du bus mais je me rappelle d’avoir vu la rue Black Mill affichée comme destination sur le pare-brise. J’ai pensé que c’était un peu louche… aucune raison pour qu’une jolie fille comme ça aille dans ce coin de la ville. »

« Et pourquoi ? »

« Et bien, le quartier en soi, ça va, j’imagine. Les maisons ne sont pas trop mal et je pense que la majorité des habitants sont des gens bien. Mais c’est aussi un de ces endroits où les gens un peu moins bien se retrouvent et font leurs petites affaires. Quand j’ai été formé pour ce boulot il y a six ans, on nous avait prévenus des endroits où il fallait rester vigilant. Et la rue Black Mill était l’un d’entre eux. »

Mackenzie réfléchit à tout ça et estima qu’ils avaient obtenu toutes les informations utiles que pourrait détenir Michael Garmond. Elle avait envie d’avoir l’air efficace devant Bryers mais elle n’avait pas non plus envie d’avoir l’air de perdre du temps avec des détails.

« Merci beaucoup, monsieur Garmond, » dit Mackenzie.

Depuis le bureau, madame Percell ajouta : « Le bus s’est arrêté à Dupont Circle à huit heures quarante-huit. »

Ils prirent congé et se dirigèrent en silence vers les escaliers. Lorsqu’ils commencèrent à les monter, Bryers se mit à parler.

« Ça fait combien de temps que tu es à Quantico ? » demanda-t-il.

« Onze semaines. »

« Alors tu ne connais probablement pas la banlieue de la ville, hein ? »

« Non. »

« Tu n’es jamais allée à la rue Black Mill ? »

« Non, jamais, » dit Mackenzie.

« Tu ne rates pas grand-chose. Mais bon, on n’aura peut-être pas besoin d’aller si loin. On va commencer par Dupont Circle et jeter un œil dans les alentours. Peut-être qu’on pourra trouver quelque chose sur les caméras de sécurité. »

« Maintenant ? »

« Oui, maintenant, » dit Bryers. Il y avait une petite pointe d’agacement dans son ton, premier signe qu’il commençait à en avoir assez de trimballer une novice, même prometteuse. « Quand un tueur est en liberté, tu ne rentres pas chez toi après journée. »

Elle était sur le point de répliquer mais elle se ravisa. Il avait raison, de toute façon. Si elle avait appris quelque chose de son épreuve avec le tueur épouvantail, c’était que quand tu traquais un tueur qui n’avait apparemment pas de mode opératoire, chaque minute était précieuse.




CHAPITRE CINQ


La station Dupont Circle commençait à se calmer après le rush de l’heure de pointe de dix-sept heures quand Mackenzie et Bryers y arrivèrent. La conversation qu’ils eurent durant le trajet était retournée à un niveau superficiel et inintéressant vu que Bryers restait silencieux et réservé. Au moment où ils sortirent de voiture et se dirigèrent vers la station, Mackenzie se sentit vraiment mal à l’aise pour la première fois. Elle ne pensait pas qu’il lui en voulait spécialement mais elle avait l’impression qu’il regrettait un peu la décision qu’il avait prise avec Ellington.

Bryers finit par briser le silence au moment où ils entrèrent dans la station. Il se plaça sur le côté des portes d’entrée et regarda la foule de gens qui fourmillaient à l’intérieur.

« Tu connais cet endroit ? » demanda-t-il.

« Non, » dit Mackenzie. « Je passe toujours par Union Station. »

Bryers haussa les épaules. « Peu importe la station où tu te trouves, il y aura toujours un coin un peu plus glauque que le reste. En général, il est plutôt bien dissimulé. »

« Tu penses qu’elle a pu être enlevée lors du trajet retour vers chez elle ? Tu penses que quelqu’un a pu la kidnapper au moment où elle changeait de bus ? »

« C’est une possibilité. Qu’est-ce que tu en penses ? »

« Je pense qu’on devrait aller jeter un œil à la rue Black Mill. Le chauffeur de bus et toi-même étiez assez d’accord pour dire que ce n’était pas un endroit fréquentable. »

« Et on finira probablement par y aller, » dit Bryers. « Mais là, j’ai comme un pressentiment. Quand tu travailles assez longtemps dans cette ville, tu finis par développer pas mal d’intuitions sur différentes choses. »

Son ton énigmatique était assez ennuyant mais elle se dit qu’elle pourrait peut-être apprendre quelque chose si elle se limitait à se taire et à observer. Après quelques minutes passées à côté des portes à regarder la foule, Bryers s’avança lentement en faisant signe à Mackenzie de le suivre. Elle le suivit, mais en laissant une distance entre eux. Il traversa nonchalamment la foule en avançant sans but précis. Il se fondait assez bien dans la masse. Il aurait vraiment fallu qu’une personne prenne le temps de l’observer pour éventuellement penser qu’il pourrait être une sorte d’officier de police.

Ils traversèrent le hall principal, en direction de six bus à l’arrêt. Des passagers sortaient de deux des bus pendant que les autres véhicules attendaient des voyageurs. Alors qu’ils se dirigeaient vers les bus, Mackenzie jeta un œil aux destinations indiquées au-dessus des pare-brises. D’après ce qu’elle en vit, les prochains arrêts de ces bus se situaient tous à l’intérieur du quartier historique de Georgetown.

« Par ici, » dit Bryers.

Mackenzie détourna le regard des bus et suivit Bryers le long du hall principal. Les bus se trouvaient derrière eux maintenant et la foule commençait à être moins dense. Tout d’un coup, l’atmosphère de l’endroit changea complètement. Il y avait de moins en moins de gens bien habillés et en tenue de bureau. Elle vit un sans-abri assis contre le mur et trois adolescents vêtus de noir, arborant de nombreux piercings et tatouages.




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