De Sac et de Corde Blake Pierce Une Enquête de Riley Paige #7 Un chef-d’œuvre de suspense et de mystère. Pierce développe à merveille la psychologie de ses personnages. On a l’impression d’être dans leur tête, de connaître leurs peurs et de célébrer leurs victoires. L’intrigue est intelligente et vous tiendra en haleine tout au long du roman. Difficile de lâcher ce livre plein de rebondissements. Books and Movie Reviews, Roberto Mattos (à propos de SANS LAISSER DE TRACES) DE SAC ET DE CORDE est le 7ème tome de la populaire série de thrillers RILEY PAIGE, qui commence avec SANS LAISSER DE TRACES – un roman plébiscité par les lecteurs ! Quand l’agent spécial Riley Paige prend enfin la décision de se reposer, elle reçoit aussitôt un appel au secours inattendu. Cette fois, c’est sa propre fille qui a besoin de son aide La meilleure amie d’April est bouleversée par la mort de sa sœur, une étudiante en première année à l’université de Georgetown. Pire encore, elle est convaincue que son suicide est un meurtre déguisé et que sa sœur a été assassinée par un tueur en série. De mauvaise grâce, Riley accepte de mener l’enquête. Puis elle découvre que deux autres filles en première année à Georgetown se sont également suicidées de la même manière grotesque : elles se sont pendues. Soudain convaincue que l’affaire est louche, Riley décide d’impliquer le FBI. L’enquête l’amène à fréquenter les étudiants d’une des meilleures universités du pays et la plonge dans le monde étonnant de la société aisée, où des familles vouent un culte à la réussite. Riley apprend à ses dépens que la situation est pire qu’elle ne l’imaginait. Elle est à la poursuite d’un tueur psychotique – peut-être le pire de sa carrière. Sombre thriller psychologique au suspense insoutenable, DE SAC ET DE CORDE est le septième tome de la série. Vous vous attacherez au personnage principal et l’intrigue vous poussera à lire jusqu’à tard dans la nuit. Le tome 8 sera bientôt disponible. D E S A C E T D E C O R D E (UNE ENQUETE DE RILEY PAIGE—TOME 7) B L A K E P I E R C E Blake Pierce Blake Pierce est l’auteur de la populaire série de thrillers RILEY PAIGE. Il y a sept tomes, et ce n’est pas fini ! Blake Pierce écrit également les séries de thrillers MACKENZIE WHITE (cinq tomes, série en cours), AVERY BLACK (quatre tomes, série en cours) et depuis peu KERI LOCKE. Fan depuis toujours de polars et de thrillers, Blake adore recevoir de vos nouvelles. N'hésitez pas à visiter son site web www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) pour en savoir plus et rester en contact ! Copyright © 2017 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées par la Loi des États-Unis sur le droit d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base de données ou système de récupération, sans l'autorisation préalable de l'auteur. Ce livre électronique est réservé sous licence à votre seule jouissance personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d'autres personnes. Si vous voulez partager ce livre avec une tierce personne, veuillez en acheter un exemplaire supplémentaire par destinataire. Si vous lisez ce livre sans l'avoir acheté ou s'il n'a pas été acheté pour votre seule utilisation personnelle, vous êtes prié de le renvoyer et d’acheter votre exemplaire personnel. Merci de respecter le difficile travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les lieux, les événements et les incidents sont le fruit de l'imagination de l'auteur ou sont utilisés dans un but fictionnel. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, n'est que pure coïncidence. Image de couverture : Copyright Pholon, utilisée en vertu d'une licence accordée par Shutterstock.com. DU MÊME AUTEUR LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1) REACTION EN CHAINE (Tome 2) LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3) LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4) QUI VA A LA CHASSE (Tome 5) A VOTRE SANTÉ (Tome 6) DE SAC ET DE CORDE (Tome 7) UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8) LES ENQUÊTES DE MACKENZIE WHITE AVANT QU’IL NE TUE (Tome 1) AVANT QU’IL NE VOIE (Tome 2) AVANT QU’IL NE CONVOITE (Tome 3) LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK RAISON DE TUER (Tome 1) RAISON DE COURIR (Tome 2) RAISON DE SE CACHER (Tome 3) TABLE PROLOGUE (#uf1951bb2-37e3-507c-bf49-edaeb8ea51f4) CHAPITRE UN (#u2f1d51ef-e736-5f06-ab0f-50d5b30cc5b4) CHAPITRE DEUX (#u9fd6c1c1-2045-5b81-a323-6db316363dcd) CHAPITRE TROIS (#uccec17b8-8843-5191-a2ed-37967142a4bb) CHAPITRE QUATRE (#u38d63b92-d7b2-5514-97a2-fef8be6e4e31) CHAPITRE CINQ (#ua1d7f918-5ee8-5313-85d9-778b06b9c0f5) CHAPITRE SIX (#ub56c4172-4ba5-5150-927d-345504796c90) CHAPITRE SEPT (#u8aef7b42-3029-5632-806e-86942a8869ca) CHAPITRE HUIT (#uea761030-07e7-50ef-89e9-7c00073ee890) CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT ET UN (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE ET UN (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-CINQ (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-SIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE QUARANTE (#litres_trial_promo) PROLOGUE Tiffany était déjà habillée quand sa mère l’appela du rez-de-chaussée. — Tiffany ! Tu es prête pour aller à la messe ? — J’arrive, Maman, lui cria Tiffany. Encore quelques minutes. — Eh bien, dépêche-toi. On doit partir dans cinq minutes. — D’accord. En vérité, Tiffany s’était habillée juste après avoir englouti une gaufre pour le petit déjeuner, avec Maman et Papa. C’était juste qu’elle n’avait pas envie de descendre. Elle regardait des vidéos marrantes avec des animaux sur son téléphone portable. Elle avait vu un pékinois faire du skateboard, un bulldog monter une échelle, un chat essayer de jouer de la guitare, un gros chien qui courait après sa queue dès que quelqu’un chantait « Pop Goes the Weasel » et une garenne de lapins partir en galopant. Celle qu’elle regardait maintenant la faisait beaucoup rire. C’était un écureuil qui essayait de se servir dans une mangeoire à oiseaux justement conçue pour que les animaux de son espèce ne puissent pas s’y accrocher. Chaque fois qu’il sautait dessus, la mangeoire tournait sur elle-même comme une toupie et l’écureuil dégringolait. Il semblait pourtant bien décidé à ne pas se laisser abattre. Elle gloussait encore quand sa mère l’appela à nouveau. — Tiffany ! Ta sœur vient avec nous ? — Je ne pense pas, Maman. — Va lui demander, s’il te plait. Tiffany soupira. Elle avait bien envie de répondre : « Vas-y toi-même ! ». Au lieu de cela, elle cria : — D’accord. Lois, sa sœur de dix-neuf ans, n’était pas descendue pour le petit déjeuner. Tiffany était presque sûre qu’elle n’avait pas l’intention d’aller à la messe. Elle avait dit à Tiffany la veille qu’elle ne voulait pas. On voyait Lois de moins en moins depuis qu’elle avait commencé les cours à l’université en automne. Elle revenait à la maison le week-end et pour les vacances, mais elle passait beaucoup de temps avec ses amis et dormait tard le matin. Tiffany ne lui reprochait rien, bien au contraire. Pour une adolescente, la famille Pennington était à mourir d’ennui, surtout quand il fallait aller à la messe. En soupirant, elle arrêta la vidéo et sortit de sa chambre. Celle de Lois était à l’étage. C’était une chambre immense aménagée dans le grenier. Elle avait même une salle de bain et une penderie. Tiffany était coincée dans sa petite chambre du premier étage depuis aussi loin que remontaient ses souvenirs. Ce n’était pas juste. Tiffany avait espéré qu’elle hériterait de la chambre de sa sœur quand elle partirait à l’université. Lois n’avait pas besoin de tout cet espace : après tout, elle n’était là que le week-end. Pourquoi ne pouvaient-elles pas échanger ? Elle s’en plaignait souvent, mais personne ne faisait attention. Au pied des escaliers menant au grenier, Tiffany appela : — Eh, Lois ! Tu viens avec nous ? Pas de réponse. Tiffany roula les yeux au ciel. Cela arrivait souvent quand elle venait chercher Lois. Elle monta les marches et frappa à la porte. — Eh, Lois ! hurla-t-elle à nouveau. On va à la messe. Tu veux venir ? Encore une fois, pas de réponse. Tiffany se dandina avec impatience. Elle frappa à nouveau. — Tu es réveillée ? demanda-t-elle. Toujours pas de réponse. Tiffany poussa un grognement. Lois était peut-être en train de dormir, ou alors elle avait ses écouteurs dans les oreilles, mais il était plus probable qu’elle ignorait sa sœur, tout simplement. — Bon, d’accord, dit-elle. Je vais dire à Maman que tu ne viens pas. En redescendant les marches, Tiffany ne put s’empêcher de ressentir un peu d’inquiétude. Lois avait l’air déprimé ces derniers temps. Pas dépressive, mais pas aussi heureuse que d’habitude. Elle avait même dit à Tiffany que l’université, c’était plus difficile qu’elle ne le pensait. Elle ressentait la pression. En bas des escaliers, Papa regardait sa montre d’un air impatient. Il était prêt à partir, bien emmitouflé dans son manteau, son écharpe, ses gants et sa casquette fourrée. Maman mettait son manteau. — Lois vient ? demanda Papa. — Elle a dit non, répondit Tiffany. Ce n’était qu’un petit mensonge. Papa se mettrait en colère si Tiffany lui disait que Lois n’avait même pas pris la peine de répondre. — Ce n’est pas surprenant, dit Maman en enfilant ses gants. Je l’ai entendue se garer très tard, la nuit dernière. Je ne sais même pas quelle heure il était. Tiffany ressentit une autre pointe d’envie en pensant à la voiture de sa sœur. Lois était tellement libre depuis qu’elle était à l’université ! Et personne ne faisait attention à l’heure à laquelle elle rentrait. Tiffany ne l’avait même pas entendue monter. Je devais dormir…, pensa-t-elle. Pendant que Tiffany enfilait son manteau, Papa grommela : — Vous traînez. On va être en retard à la messe. — On sera à l’heure, répondit calmement Maman. — Je vais démarrer la voiture. Il ouvrit la porte et sortit en tapant des pieds. Tiffany et sa mère terminèrent rapidement de se préparer, avant de le suivre. L’air frais fouetta le visage de Tiffany. Il restait de la neige par terre. Tiffany aurait préféré rester dans son lit douillet. Il faisait trop mauvais pour aller où que ce soit. Soudain, sa mère poussa un hoquet de surprise. — Lester, qu’est-ce que tu as ? s’écria-t-elle. Tiffany vit que Papa s’était arrêté devant la porte ouverte du garage. Il avait le regard fixe, choqué et horrifié. — Que se passe-t-il ? s’exclama à nouveau Maman. Papa se tourna vers elle. Il semblait avoir du mal à parler. Enfin, il lâcha : — Appelle le 911. — Pourquoi ? répondit Maman. Papa ne répondit pas. Il entra dans le garage. Maman se précipita à sa suite. Quand elle atteignit la porte, elle poussa un cri qui pétrifia Tiffany d’effroi. Maman se précipita dans le garage. Pendant un long moment, Tiffany resta immobile, incapable de faire un geste. — Qu’est-ce qu’il y a ? appela-t-elle. La voix de sa mère lui répondit, chargée de sanglots : — Retourne à l’intérieur, Tiffany. — Pourquoi ? s’écria Tiffany. Maman sortit du garage en courant. Elle attrapa Tiffany par le bras et l’entraina de force vers la maison. — Ne regarde pas, dit-elle. Retourne dans la maison. Tiffany se débattit, se dégagea et courut vers le garage. Elle eut besoin de quelques secondes pour comprendre ce qu’elle voyait. Il y avait les trois voitures garées à l’intérieur. Au fond, à gauche, Papa se débattait avec une échelle. Quelque chose était pendu par une corde au plafond. C’était une personne. C’était sa sœur. CHAPITRE UN Riley Paige venait de se mettre à table pour dîner, quand sa fille dit soudain quelque chose qui la fit sursauter : — On n’est pas beaux, tous ensemble ? La petite famille parfaite ! Riley fixa du regard April, qui rougit d’embarras. — J’ai dit ça à voix haute ? bredouilla-t-elle. C’était un peu bête ou quoi ? Riley éclata de rire et balaya l’assemblée du regard. Son ex-mari, Ryan, était assis en bout de table. A sa gauche, sa fille de quinze ans, April, était assise à côté de leur bonne, Gabriela. A sa droite, il y avait Jilly, nouvelle venue dans la famille. Elle était âgée de treize ans. April et Jilly avaient préparé des hamburgers pour le repas du dimanche soir, offrant à Gabriela un repos bien mérité. Ryan mordit dans le sien, en disant : — On est une famille, après tout. Regardez-nous. Riley ne répondit pas. Une famille, pensa-t-elle. C’est vraiment ce qu’on est ? Cette idée la prenait au dépourvu. Après tout, elle et Ryan s’étaient séparés pendant presque deux ans et ils étaient divorcés depuis six mois. Même s’ils passaient à nouveau du temps ensemble, Riley évitait de trop réfléchir à leur relation. Elle avait mis de côté des années de trahison et d’incompréhension pour se focaliser sur la paix retrouvée. Bien sûr, il y avait April, dont l’adolescence n’avait pas été facile. Son désir de construire une famille tous ensemble allait-il durer ? Riley savait encore moins ce qui se passait dans la tête de Jilly. La gamine avait essayé de vendre son corps dans un relais routier de Phoenix. C’était là que Riley l’avait trouvée. Elle l’avait sauvée de cette triste vie et d’un père violent. Maintenant, elle espérait pouvoir l’adopter, mais Jilly était une fille perturbée. Avec elle, il fallait vivre au jour le jour. La personne sur laquelle Riley était certaine de pouvoir compter, c’était Gabriela. La bonne guatémaltèque travaillait dans la famille depuis longtemps, bien avant le divorce. Gabriela était une femme responsable, solide et aimante. — Qu’en pensez-vous, Gabriela ? demanda Riley. Gabriela sourit. — On peut choisir sa famille au lieu d’en hériter, dit-elle. Le sang ne fait pas tout. L’amour, c’est tout ce qui compte. Sa déclaration réchauffa immédiatement Riley. Elle pouvait toujours compter sur Gabriela pour dire ce qu’il fallait. Elle balaya à nouveau l’assemblée du regard avec un nouveau sentiment de satisfaction. En congé depuis un mois, elle était contente de passer du temps dans sa maison. Et de profiter de ma famille, pensa-t-elle. Puis April dit autre chose qui la fit sursauter, une fois encore : — Papa, quand est-ce que tu reviens t’installer avec nous ? Ryan resta bouche bée. Comme souvent, Riley se demanda si ses efforts allaient durer ou si c’était trop beau pour être vrai. — Ce n’est pas une question qui va se régler comme ça, dit Ryan. — Ah bon ? s’étonna April. Tu ferais mieux de vivre ici. Je veux dire, toi et Maman, vous couchez ensemble et tu es là presque tous les jours. Riley sentit qu’elle devenait écarlate. Choquée, Gabriela donna à April un coup de coude dans les côtes. — ¡Chica! ¡Silencio! dit-elle. Jilly eut un large sourire. — Eh, c’est une super idée. Comme ça, je suis sûre d’avoir des bonnes notes. C’était vrai : Ryan avait aidé Jilly à rattraper son retard dans sa nouvelle école, surtout en sciences sociales. Il était très présent pour tout le monde, ces derniers mois. Riley croisa son regard. Il était rouge, lui aussi. Elle ne savait que dire. L’idée n’était pas déplaisante. Elle s’était habituée à passer la nuit avec Ryan. La routine s’était mise en place facilement et rapidement – peut-être un peu trop. Ce qui rendait les choses si faciles, c’était peut-être qu’elle n’avait justement pas pris le temps d’y réfléchir et de prendre une décision claire et définitive. Elle pensa à ce qu’April venait de dire : « La petite famille parfaite. » C’était l’image qu’ils renvoyait aujourd’hui, mais Riley n’était pas très à l’aise. Et si cette perfection n’était qu’une illusion ? Comme lire un bon roman ou regarder un bon film ? Elle ne savait que trop bien combien le monde pouvait être cruel. Elle avait consacré sa vie à traquer les monstres. Depuis un mois, elle avait presque réussi à l’oublier. Un sourire fendit le visage de Ryan. — Pourquoi on ne s’installerait pas tous chez moi ? dit-il. Il y a de la place pour tout le monde. Riley ravala un hoquet. Elle ne comptait pas retourner vivre dans la grande maison de banlieue qu’elle avait partagée avec Ryan pendant des années. Elle y avait trop de souvenirs déplaisants. — Je ne pourrais jamais partir d’ici, dit-elle. J’y suis vraiment bien. April regardait son père avec un mélange d’impatience et d’enthousiasme. — C’est à toi de décider, Papa, dit-elle. Tu viens ou pas ? Riley se tourna vers lui d’un air interrogateur. Elle savait pourquoi il avait du mal à prendre sa décision. Il travaillait pour un cabinet d’avocats basé à Washington, mais il passait beaucoup de temps chez lui. Ici, il n’aurait pas de place pour travailler. Enfin, Ryan dit : — Il faudrait que je garde la maison. Ce serait mon bureau. April faillit bondir d’excitation. — Alors, tu dis oui ? demanda-t-elle. Ryan sourit silencieusement pendant un instant. — Je suppose que oui, répondit-il enfin. April poussa un couinement de joie. Jilly applaudit des deux mains en gloussant. — Super ! dit Jilly. Passe-moi le ketchup, s’il te plait… Papa. Ryan, April, Gabriela et Jilly se lancèrent dans des conversations animées. Riley tâcherait de profiter de leur bonne humeur tant qu’elle durerait. Un jour ou l’autre, on l’appellerait pour qu’elle se lance à la poursuite d’un monstre – encore un autre. Cette pensée la fit frémir. Etait-il déjà là, dans l’ombre, prêt à frapper ? * Le lendemain, April n’avait pas école toute la journée : des cours avaient été supprimés pour organiser des rencontres entre les parents et les enseignants. Devant les suppliques de sa fille, Riley avait cédé et lui avait permis de ne pas y aller. Elles avaient décidé d’aller faire du shopping pendant que Jilly était en classe. Le rayons paraissaient interminables et toutes les boutiques se ressemblaient. Des mannequins très minces vêtus de vêtements tendance prenaient des poses physiquement improbables dans les vitrines. Ils se ressemblaient d’autant plus qu’ils n’avaient pas de tête. Cependant, April savait dès le premier coup d’œil ce qu’il y avait dans telle ou telle boutique et ce qui lui plaisait. Elle voyait apparemment beaucoup de diversité là où Riley ne voyait qu’une triste uniformité. Un truc d’adolescente, je suppose…, pensa Riley. Au moins, il n’y avait pas foule aujourd’hui dans le centre commercial. April pointa du doigt une boutique appelée Towne Shoppe. — Regarde ! dit-elle. C’est marqué : « Le luxe pour toutes les bourses ». Allons voir ! Dans la boutique, April se précipita vers un rayon de jeans et de vestes. Elle choisit plusieurs vêtements pour les essayer. — J’ai bien besoin de nouveaux jeans, moi aussi, dit Riley. April leva les yeux au ciel. — Ah non, Maman, pas tes jeans de vieille ! — Je ne risque pas de choisir le même que toi Je dois pouvoir me déplacer sans m’inquiéter de faire craquer les coutures. Pas d’accident de garde-robe, merci bien. April éclata de rire. — Ce qu’il te faut, ce sont des pantalons. Et t’en trouveras pas ici. Riley passa en revue les jeans sur le présentoir. Il n’y avait que des jeans slim taille basse déchirés à des endroits stratégiques. Elle soupira. Elle connaissait quelques boutiques dans le centre commercial où elle trouverait quelque chose de plus à son goût mais, si elle y allait, April n’hésiterait pas à se moquer. — Je reviendrai un autre jour, dit-elle. April s’enferma dans une cabine avec un tas de jeans. Quand elle sortit pour se montrer, elle portait exactement les pantalons que Riley détestait : très serrés, déchirés à certains endroits, le nombril à l’air. Riley secoua la tête. — Tu devrais peut-être essayer mes jeans de vieille, dit-elle. C’est beaucoup plus confortable. Mais tu n’aimes pas le confort, je crois. — Non, répondit April en tournant devant le miroir. Je les prends. Je vais essayer les autres. April fit plusieurs allers-retours dans la cabine. Riley détesta tout ce qu’elle lui montra, mais elle n’en dit rien. Cela ne valait pas le coup de se disputer. Et puis, Riley n’en sortirait pas gagnante. En voyant sa fille poser devant le miroir, Riley réalisa soudain qu’elle était aussi grande qu’elle et que son tee-shirt révélait une silhouette bien développée. Avec ses cheveux bruns et ses yeux noisette, la ressemblance entre la mère et la fille était frappante. Bien sûr, April n’avait pas encore les cheveux gris qui commençaient à apparaître sur la tête de Riley. Mais tout de même… Elle est en train de devenir une femme, pensa Riley. L’idée la mettait mal à l’aise. April grandissait-elle trop vite ? Elle avait traversé des moments difficiles l’année dernière. Elle avait été enlevée deux fois. La première fois, elle avait été enfermée dans le noir par un sadique armé d’un chalumeau. Elle avait aussi affronté un tueur dans leur propre maison. Et un petit copain violent l’avait droguée pour essayer de vendre son corps. Riley savait que c’était beaucoup trop pour une adolescente de quinze ans. Elle savait également que c’était son travail qui mettait sa famille en danger. Elle culpabilisait. Pourtant, April était remarquablement mature, même si elle faisait tout pour ressembler à une adolescente comme une autre. Elle semblait avoir surmonté le stress post-traumatique et ses symptômes, mais quelles peurs lui demeuraient au fond d’elle ? S’en débarrasserait-elle un jour ? Riley paya les nouveaux vêtements d’April et sortit du magasin. L’assurance d’April balaya quelques doutes. Tout allait mieux, maintenant. Ryan était en train de déménager ses affaires. April et Jilly avaient de bonnes notes à l’école. Riley était sur le point de proposer à sa fille d’aller manger quand le téléphone d’April sonna. Elle s’éloigna pour prendre l’appel, au grand étonnement de Riley. C’était comme si le téléphone était un être vivant qui exigeait de recevoir toute l’attention de sa propriétaire. — Eh, qu’est-ce qu’il y a ? demanda April. Puis les jambes d’April flageolèrent et elle fut obligée de s’asseoir sur le banc. Son visage pâlit et se tordit de douleur. Des larmes se mirent à rouler sur ses joues. Inquiète, Riley se précipita pour s’asseoir à côté d’elle. — Oh là là ! s’exclama April. Mais comment… pourquoi… je peux pas… Un frisson de panique parcourut le corps de Riley. Que s’était-il passé ? Quelqu’un était-il blessé ou en danger ? S’agissait-il de Jilly, Ryan, Gabriela ? Si c’était le cas, Riley aurait reçu ce coup de fil, pas April. — Je suis vraiment désolée, vraiment désolée…, répétait April. Enfin, elle raccrocha. — C’était qui ? demanda Riley avec angoisse. — C’était Tiffany, dit April d’une toute petite voix. Riley connaissait ce nom. Tiffany Pennington était la meilleure amie d’April en ce moment. Riley l’avait rencontrée deux ou trois fois. — Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Riley. April la regarda avec un mélange de chagrin et d’horreur. — La sœur de Tiffany est morte, dit-elle enfin. Elle le disait comme si elle n’en croyait pas ses oreilles. D’une voix étranglée, elle ajouta : — Ils disent que c’est un suicide. CHAPITRE DEUX Au diner, April essaya d’expliquer à sa famille le peu qu’elle savait sur la mort de Lois. Sa propre voix lui semblait étrange, comme si c’était une autre personne qui parlait. C’est comme si ce n’était pas vrai…, ne cessait-elle de se répéter. April avait rencontré Lois plusieurs fois en rendant visite à Tiffany. Elle se souvenait très bien de la dernière fois qu’elle l’avait vue. Elle avait trouvé Lois souriante et pleine de vie. La jeune fille lui avait raconté des anecdotes sur son quotidien à l’université. C’était impossible qu’elle soit morte. La mort n’était pas une inconnue dans la vie d’April. Sa mère affrontait la mort tous les jours. Elle avait même tué au cours de sa carrière, mais uniquement des monstres qui devaient être arrêtés. April l’avait même aidée à se débarrasser d’un sadique qui les avait enlevées toutes les deux. Elle savait aussi que son grand-père était mort depuis quatre mois, mais elle ne l’avait jamais bien connu. Le décès de Lois la touchait de plus près. C’était une mort qui paraissait à la fois plus réelle et dénuée de sens. C’était impossible… Sa famille partageait son incompréhension et son émotion. Sa mère lui prit la main. Gabriela se signa et murmura une prière en espagnol. Jilly était bouche bée d’horreur et d’effroi. April essaya de se rappeler tout ce que Tiffany lui avait dit quand elles en avaient reparlé dans l’après-midi. Elle lui avait expliqué qu’hier matin, Tiffany, sa mère et son père avaient trouvé le corps de Lois pendu dans le garage. La police avait conclu au suicide. En fait, tout le monde disait que c’en était un. Comme si c’était réglé. Tout le monde, sauf Tiffany. Tiffany pensait que ce n’était pas un suicide. Quand elle termina son récit, le père d’April frissonna. — Je connais les Pennington, dit-il. Lester est le directeur financier d’une entreprise de construction. Ils ne sont pas nécessairement très riches, mais ils vivent bien. Je pensais que c’était une famille heureuse et stable. Pourquoi Lois ferait une chose pareille ? April s’était posé la même question toute la journée. — Tiffany dit que personne ne sait. Lois était en première année à l’université Byars. Elle était un peu stressée par ses cours, mais quand même… Papa secoua la tête avec compassion. — C’est peut-être l’explication, dit-il. Byars, c’est une école difficile. C’est même plus difficile que Georgetown. Et très cher. Je suis surpris que les Pennington aient les moyens. April soupira et ne répondit pas. Elle pensait que Lois avait eu une bourse, mais à quoi servait-il de le dire ? Elle n’avait plus envie d’en parler. Elle n’avait plus envie de manger non plus. Gabriela avait fait une de ses spécialités : une soupe de poisson appelée tapado qu’April adorait. Pourtant, elle n’avait mangé qu’une bouchée. Pendant quelques instants, tout fut silencieux autour de la table. Puis Jilly dit : — Elle ne s’est pas suicidée. April la dévisagea avec stupéfaction, comme tous les autres. Jilly croisa les bras sur sa poitrine. Elle avait l’air très sérieux. — Quoi ? fit April. — Lois ne s’est pas suicidée, répéta Jilly. — Comment tu le sais ? — Je l’ai rencontrée, tu te souviens ? Je le saurais. Ce n’était le genre de fille à faire ça. Elle ne voulait pas mourir. Jilly se tut. Puis elle reprit : — Je sais ce que ça fait quand on veut mourir. Elle ne voulait pas mourir. J’en suis sûre. Le cœur d’April lui remonta dans la gorge. Elle savait que Jilly avait vécu l’enfer. Jilly lui avait dit qu’une fois, son père l’avait enfermée dehors toute la nuit. Jilly avait dormi dans un tuyau d’évacuation. Le lendemain, elle s’était rendue dans un relais routier avec l’intention de se prostituer. C’était là que Maman l’avait trouvée. Si quelqu’un savait ce que ça faisait d’avoir envie de mourir, ce devait être Jilly. Une bouffée de chagrin et d’horreur serra la poitrine d’April. Et si Jilly avait tort ? Lois était-elle si malheureuse ? — Excusez-moi, dit-elle. Je n’ai plus faim. April se leva de table et se précipita dans sa chambre. Elle ferma la porte et se jeta sur le lit en sanglotant. Elle n’aurait su dire combien de temps passa. Au bout d’un long moment, on frappa à la porte. — April, je peux entrer ? demanda sa mère. — Oui, répondit-elle d’une voix étranglée. April se redressa. Maman entra dans la pièce avec un sandwich au fromage posé dans une assiette, un sourire compatissant aux lèvres. — Gabriela s’est dit que ce serait plus facile à digérer qu’une soupe de poisson, dit Maman. Elle était inquiète : elle ne veut pas que tu te rendes malade en sautant un repas. Je m’inquiète aussi. April sourit entre ses larmes. C’était vraiment gentil de la part de Gabriela et de Maman. — Merci, dit-elle. Elle s’essuya les yeux et mordit dans son sandwich. Maman s’assit au bord du lit, à côté d’elle, et lui prit la main. — Tu veux qu’on en parle ? demanda-t-elle. April ravala un sanglot. Elle pensa soudain à sa meilleure amie, Crystal, qui avait déménagé. Son père, Blaine, s’était fait tabasser ici-même, dans la maison. Et même si Maman et lui se plaisaient beaucoup, il avait été tellement secoué par les événements qu’il avait décidé de partir. — J’ai une drôle d’impression, dit April. Comme si c’était de ma faute. Il se passe toujours des choses terribles chez nous. C’est comme si c’était contagieux. Je sais que ça n’a pas de sens mais… — Je comprends ce que tu ressens, dit Maman. April s’étonna : — Ah bon ? Maman avait l’air triste. — Je ressens souvent la même chose, dit-elle. Mon travail est dangereux. Je mets en danger tous ceux que j’aime. Je me sens coupable, vraiment coupable. — Mais ce n’est pas de ta faute, dit April. — Alors, pourquoi penses-tu que ce serait de la tienne ? April ne sut que dire. — Qu’est-ce qui te tracasse ? demanda Maman. April prit le temps de réfléchir avant de répondre. — Maman, Jilly a raison. Je ne pense pas que Lois se serait suicidée. Et Tiffany non plus. Je connaissais Lois. Elle était heureuse et une des personnes les plus solides que je connaissais. Tiffany l’admirait beaucoup. C’était un peu son héroïne. Je ne comprends pas. April comprit à l’expression sur le visage de sa mère que celle-ci ne la croyait pas. Elle pense que je suis hystérique, pensa April. — April, si la police a conclu au suicide et si ses parents… — Eh bien, ils se trompent, insista April, surprise par la sècheresse de sa propre voix. Maman, tu devrais vérifier. Tu connais tout ça mieux qu’eux. Même mieux que la police. Maman secoua la tête tristement. — April, je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas m’imposer sur une enquête, surtout si le dossier est refermé. Pense à ce que ressentiraient ses proches. April se retint d’éclater en sanglots. — Maman, je t’en supplie. Si Tiffany n’apprend jamais la vérité, ça va lui gâcher la vie. Elle ne s’en remettra jamais. S’il te plait, tu dois faire quelque chose. April demandait une très grande faveur à sa mère. Elle en avait bien conscience. Maman ne répondit pas tout de suite. Elle se leva et se pencha à la fenêtre, visiblement plongée dans ses pensées. Sans détourner le regard, Maman dit enfin : — Je vais parler aux parents de Tiffany demain. S’ils acceptent, bien sûr. C’est ce que je vais faire. — Je peux venir avec toi ? demanda April. — Tu as école demain, dit Maman. — On peut y aller après l’école. Maman se tut, avant de répondre simplement : — D’accord. April se leva et la prit dans ses bras. Elle aurait voulu lui dire merci, mais elle était tellement bouleversée que le mot ne voulait pas sortir. Si quelqu’un peut découvrir la vérité, c’est Maman, pensa April. CHAPITRE TROIS L’après-midi suivant, Riley conduisit April chez les Pennington. Malgré ses doutes, elle savait que c’était la meilleure chose à faire. Je le dois à April, pensa-t-elle en roulant. Après tout, elle savait ce que ça faisait d’être sûr d’une chose que tous les autres refusaient de croire. Et April était certaine que Lois avait été assassinée. Quant à Riley, elle attendait d’avoir une intuition. En s’engageant dans le quartier de la classe aisée de Fredericksburg, elle se rappela que les monstres se cachaient parfois derrière les façades les plus tranquilles. Il y avait peut-être de noirs secrets dans ces charmants pavillons. Riley avait affronté trop souvent la mort pour ne pas s’en douter. Que la mort de Lois soit ou non un suicide, un monstre était bel et bien entré dans la famille Pennington. Riley se gara devant la maison. Il y avait deux étages, sans compter le rez-de-chaussée. Riley pensa à ce qu’avait dit Ryan à propos des Pennington. « Ils ne sont pas nécessairement très riches, mais ils vivent bien. » La maison le confirmait. C’était un bon quartier. La seule chose qui sortait de l’ordinaire, c’était la rubalise de la police autour du garage où la famille avait retrouvé leur fille pendue. Une brise fraiche fouetta le visage de Riley quand elle descendit de son véhicule et se dirigea vers la maison. Plusieurs voitures étaient garées dans l’allée. Elles sonnèrent. Tiffany vint ouvrir et April se jeta dans ses bras. Les deux filles se mirent à sangloter. — Oh, Tiffany, je suis tellement désolée, dit April. — Merci. Merci d’être venue, répondit Tiffany. Leur douleur serra la gorge de Riley. Les deux filles étaient si jeunes, à peine sorties de l’enfance. Il semblait injuste qu’elles soient confrontées à une telle épreuve. Pourtant, elle ne put s’empêcher d’être fière d’April et de sa compassion. Je ne me débrouille peut-être pas si mal dans mon rôle de mère, pensa Riley. Tiffany était un peu plus petite qu’April et un peu plus dégingandée comme pouvait l’être une adolescente. Elle avait des cheveux blond vénitien et la peau constellée de taches de son, ce qui faisait ressortir ses yeux rouges. Tiffany conduisit Riley et April dans le salon. Les parents de Tiffany étaient assis sur le canapé, séparés l’un de l’autre par quelques centimètres. Leur langage corporel révélait-il des informations ? Riley n’en était pas certaine. On faisait son deuil de bien des manières différentes. D’autres personnes étaient debout, en retrait, et se parlaient à voix basse. Ce devait être de la famille et des amis. Ils étaient venus voir s’ils pouvaient être d’aucune aide. On s’agitait dans la cuisine. Quelqu’un devait préparer à manger. A travers une arche menant sur la salle à manger, elle vit deux couples disposer des photos et des souvenirs sur la table. Il y avait également des photos de Lois et de sa famille à différentes périodes de leur vie dans le salon. Seulement deux jours plutôt, la fille sur les photos était encore en vie. Riley frémit en y pensant. Que ferait-elle si elle perdait April de manière si brutale ? C’était une pensée glaçante, d’autant plus que ce n’était pas passé loin à plusieurs reprises. Qui viendrait chez elle pour la réconforter ? Et voudrait-elle vraiment qu’on la réconforte ? Riley chassa ses idées noires quand Tiffany la présenta à ses parents, Lester et Eunice. — Je vous en prie, ne vous levez pas, dit Riley quand ils firent mine de bouger. Riley et April s’assirent à côté d’eux. Eunice avait les mêmes taches de son que sa fille et le même couleur de cheveux. Lester avait le teint plus mat, et le visage long et fin. — Toutes mes condoléances, dit Riley. Le couple la remercia. Lester parvint même à esquisser un sourire. — On ne s’était jamais rencontrés, mais je connais un peu Ryan, dit-il. Comment va-t-il ? Tiffany tapa sur l’épaule de son père et lui souffla : — Ils ont divorcé, Papa. Lester s’empourpra. — Oh, je suis vraiment désolé, dit-il. Riley rougit à son tour. — Ne le soyez pas. Comme disent les jeunes, c’est compliqué. Lester hocha la tête, un sourire triste aux lèvres. Pendant de longues minutes, personne ne dit rien. Les gens continuaient de s’agiter autour d’eux en faisant le moins de bruit possible. Puis Tiffany dit : — Maman, Papa… La mère d’April est un agent du FBI. Lester et Eunice restèrent bouche bée, ne sachant visiblement que dire. Embarrassée, Riley chercha ses mots. Elle savait qu’April avait téléphoné à Tiffany la veille pour leur dire qu’elles passeraient. Apparemment, Tiffany n’avait pas expliqué à ses parents ce que Riley faisait dans la vie. Tiffany regarda tour à tour son père et sa mère. Puis elle dit : — Je me suis dit qu’elle pourrait nous aider à savoir… ce qui s’est vraiment passé. Lester poussa un hoquet et Eunice un soupir amer. — Tiffany, on en a déjà parlé, dit-elle. On sait ce qui s’est passé. La police en est sûre. On n’a aucune raison de penser le contraire. Lester se leva sur des jambes flageolantes. — Je ne veux pas entendre ça, dit-il. Je ne… je ne peux pas. Il déambula en direction du salon. Riley vit deux couples se précipiter pour le réconforter. — Tiffany, tu devrais avoir honte, dit Eunice. Les yeux de la jeune fille se mouillèrent de larmes. — Mais je veux seulement connaitre la vérité, Maman. Lois ne s’est pas suicidée. Elle n’aurait jamais fait ça. J’en suis sûre. Eunice se tourna vers Riley. — Je suis désolée que vous soyez obligée d’assister à ça, dit-elle. Tiffany a du mal à accepter la vérité. — C’est toi et Papa qui avez du mal à accepter la vérité, rétorqua Tiffany. — Chut, souffla sa mère. Eunice tendit un mouchoir à sa fille. — Tiffany, il y a des choses que tu ne savais pas à propos de Lois, dit-elle d’une voix prudente. Elle était plus malheureuse qu’elle ne le laissait entendre. Elle adorait l’université, mais ce n’était pas facile pour elle. Il fallait qu’elle ait de très bonnes notes pour garder sa bourse, et c’était difficile pour elle de quitter la maison. Elle commençait à prendre des antidépresseurs et elle voyait un psy à Byars. Ton père et moi, on pensait qu’elle allait mieux, mais on avait tort. Tiffany essayait de se calmer, mais elle était encore très en colère. — Je déteste cette école, dit-elle. Je n’irai jamais là-bas. — C’est un endroit très bien, dit Eunice. Une très bonne école. C’est très difficile, c’est tout. — Je parie que les autres filles la trouvaient pas si bien que ça, dit Tiffany. April écoutait son amie avec attention. — Quelles autres filles ? demanda-t-elle. — Deanna et Cory, répondit Tiffany. Elles sont mortes aussi. Eunice secoua la tête tristement et dit à Riley. — Ces deux filles se sont suicidées à Byars le semestre dernier. C’est une année funeste là-bas. Tiffany regarda sa mère fixement. — C’étaient pas des suicides, dit-elle. Lois n’y croyait pas. Elle disait toujours qu’il y avait quelque chose de pas normal. Elle ne savait pas ce que c’était, mais elle m’a dit que ça devait être horrible. — Tiffany, elles se sont suicidées, insista Eunice d’un air las. Tout le monde le dit. Ces choses-là arrivent. Tiffany se leva, en tremblant de rage et de frustration. — Lois n’est pas morte comme ça, dit-elle. Eunice dit : — Quand tu seras plus âgée, tu comprendras que la vie est plus dure que tu ne l’imagines. Maintenant, rassied-toi, s’il te plait. Tiffany s’assit en silence. Le regard d’Eunice se perdit dans le vide. Riley se sentit soudain très mal à l’aise. — On ne voulait pas vous déranger comme ça, dit Riley. Je vous présente mes excuses. Il vaut mieux qu’on y aille. Eunice hocha la tête en silence. Riley et April quittèrent la maison. — On aurait dû rester, dit April d’une voix maussade une fois dehors. On aurait dû poser plus de questions. — Non, on ne faisait que leur causer du chagrin, dit Riley. C’était une très mauvaise idée. April partit en courant vers le garage. — Qu’est-ce que tu fais ? s’exclama Riley. April s’arrêta devant la barrière de rubalise installée par la police. — April, ne t’approche pas ! April ignora les scellés et sa mère : elle tourna la poignée. La porte tourna sur ses gonds. April se glissa sous la rubalise et entra dans le garage. Riley la suivit, avec la ferme intention de la gronder. Mais sa curiosité prit le dessus et elle jeta un œil dans le garage. Il n’y avait pas de voiture à l’intérieur, ce qui rendait le grand espace vide étrangement caverneux. Des rais de lumière se faufilaient par les fenêtres. April lui montra du doigt un coin de la pièce. — Tiffany m’a dit que Lois a été retrouvée là, dit-elle. Il y avait du ruban adhésif au sol et de grosses poutres au-dessus de leurs têtes, ainsi qu’une échelle posée contre le mur. — Viens, dit Riley. On ne devrait pas être ici. Elle traina sa fille vers la sortie et referma la porte. En marchant vers la voiture, Riley visualisa la scène. Il était facile d’imaginer la jeune fille monter à l’échelle et se pendre toute seule là-haut. Mais est-ce vraiment ce qui s’est passé ? se demanda-t-elle. Elle n’avait aucune raison de penser le contraire. Pourtant, elle commençait à avoir un petit doute. * Peu après, de retour à la maison, Riley appela le médecin légiste, Danica Selves. Elle s’entendait très bien avec Danica depuis des années. Quand Riley évoqua le décès de Lois Pennington, Danica eut l’air surpris : — Pourquoi tu t’intéresses à ce dossier ? demanda-t-il ? C’est pour le FBI ? — Non, c’est personnel. — Personnel ? Riley hésita avant de répondre : — Ma fille est très proche de la sœur de Lois. Elle connaissait aussi un peu Lois. Ma fille et son amie ont toutes les deux du mal à croire à la thèse du suicide. — Je vois, dit Danica. Eh bien, la police n’a trouvé aucun signe de lutte. Et j’ai effectué moi-même les tests et l’autopsie. D’après les résultats sanguins, elle a ingurgité une forte dose d’alprazolam avant de mourir. Je pense qu’elle voulait être sûre de ne rien sentir. Quand elle s’est pendue, elle ne se rendait peut-être même plus compte de ce qu’elle faisait. Elle s’est rendu la tâche plus facile. — Ce serait une évidence, dit Riley. — Pour moi, oui, répondit Danica. Riley la remercia et raccrocha. Ce fut alors qu’April monta l’escalier avec une calculette et du papier. — Maman, je crois que j’ai trouvé ! dit-elle avec excitation. C’est forcément un meurtre. Elle s’assit à côté de Riley et lui montra les nombres qu’elle venait d’écrire. — J’ai fait des recherches sur Internet, dit-elle. J’ai lu que sur cent mille étudiants, sept virgule cinq se suicidaient. Ça correspond à zéro virgule zéro zéro soixante-quinze pour cent. Il n’y a que sept cents étudiants à Byars et trois d’entre eux se seraient suicidés ces derniers mois. Ça fait plus de zéro virgule quarante-trois pour cent, c’est-à-dire cinquante-sept fois plus que la moyenne ! C’est impossible ! Le cœur de Riley se serra. April avait beaucoup réfléchi au sujet et c’était appréciable. Elle faisait même preuve d’une grande maturité. — April, je suis sûre que ton calcul est logique, mais… — Mais quoi ? Riley secoua la tête. — Ça ne prouve rien du tout. April écarquilla les yeux. — Comment ça ? Pourquoi ça ne prouve rien ? — Quand on fait des statistiques, on tombe parfois sur ce qu’on appelle des aberrations. Ce sont des exceptions qui ne suivent pas la moyenne. Par exemple, ma dernière affaire… L’empoisonneuse, tu te souviens ? La plupart des tueurs en série sont des hommes. Cette fois, c’était une femme. Et la plupart des tueurs aiment voir leurs victimes mourir, mais celle-ci n’en ressentait pas le besoin. C’est la même chose. Dans certaines universités, le taux de suicide est beaucoup plus élevé que la moyenne. April la regarda fixement. — April, je viens de parler au médecin légiste qui a procédé à l’autopsie. Elle est certaine que la mort de Lois était un suicide. Et elle connait son boulot. C’est une experte. Nous devons faire confiance à son jugement. Le visage d’April se tordit de colère. — Pourquoi ce n’est pas à mon jugement que tu ferais confiance pour une fois !? Elle sortit en trombe de la pièce et descendit les marches au pas de course. Au moins, elle est sûre de savoir ce qui s’est passé, pensa Riley. Riley ne pouvait pas en dire autant. Son intuition ne lui disait encore rien. CHAPITRE QUATRE Ça ne s’arrêtait jamais. Le monstre qui s’appelait Peterson retenait April prisonnière, quelque part, au-dessus de sa tête. Riley se débattait pour trouver la sortie dans le noir. Chaque pas était difficile, mais elle savait que le temps pressait. Son fusil en bandoulière sur l’épaule, Riley tituba et dégringola une pente boueuse. Elle atterrit dans une rivière. Soudain, ils étaient là. Peterson était debout. Il avait de l’eau jusqu’aux chevilles. A quelques pas, April était allongée dans la rivière, à moitié immergée, les mains et les pieds entravés. Riley tendit la main vers son fusil, mais Peterson leva son pistolet et pointa le canon sur April. — N’y pense même pas, hurla-t-il. Un geste et c’est fini. Riley resta paralysée d’horreur. Si elle levait son fusil, Peterson tuerait April avant même qu’elle ait eu le temps de tirer. Elle posa lentement son fusil par terre. La terreur dans le regard de sa fille la hanterait pour toujours… Riley s’arrêta de courir et se pencha, les mains sur les cuisses, pour reprendre son souffle. Il était encore très tôt. Elle était sortie faire son jogging, mais l’horrible souvenir l’avait stoppée dans son élan. L’oublierait-elle jamais ? Arrêterait-elle un jour de se sentir coupable d’avoir mis April en danger de mort ? Non, pensa-t-elle, et c’est normal. Je ne dois pas oublier. Elle inspira à pleins poumons l’air glacé, jusqu’à ce qu’elle se sente mieux. Puis elle se remit en marche sur le sentier familier. De pâles rayons du soleil passaient entre les branches des arbres. Le parc n’était pas loin de la maison. Il était facile de s’y rendre. Riley venait souvent courir dans la matinée. L’exercice l’aidait à chasser les fantômes et les démons. Aujourd’hui, cependant, son jogging avait eu l’effet inverse. Ce qui s’était passé la veille – la visite chez les Pennington, puis dans le garage et la colère d’April – avait ravivé un torrent de mauvais souvenirs. Et c’est à cause de moi, pensa Riley en pressant le pas pour retrouver une petite foulée. Elle pensa alors à ce qui s’était passé ensuite, dans la rivière. Le pistolet de Peterson s’était enrayé. Riley planta son couteau entre ses côtes, avant de tituber et tomber dans la rivière glacée. Blessé, Peterson parvenait pourtant à la maintenir sous l’eau. Du coin de l’œil, elle vit April lever dans ses mains ligotées le fusil que Riley avait elle-même laissé tomber. La crosse s’écrasa sur la nuque de Peterson. Le monstre se tourna vers April et lui plongea la tête sous l’eau. Sa fille allait se noyer. Riley saisit un caillou pointu. Elle se jeta sur Peterson et le frappa à la tête. Il tomba à la renverse. Elle bondit sur lui. Encore et encore, elle jeta sa pierre sur le visage de Peterson. L’eau de la rivière se chargea de sang. Riley accéléra l’allure, réveillée par le souvenir. Elle était fière de sa fille. April avait fait preuve de courage et de débrouillardise cette terrible nuit. Elle avait fait preuve des mêmes qualités en d’autres circonstances dangereuses. Et maintenant, April était en colère contre Riley. Et Riley ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’elle avait de bonnes raisons. * Riley ne se sentait pas à sa place aux funérailles de Lois Pennington. Elle allait rarement à l’église. Son père était un ancien Marine endurci qui ne croyait en personne d’autre que lui-même. Riley avait vécu une partie de son enfance et de son adolescence chez un oncle et une tante qui avaient bien essayé de l’emmener à l’église, mais Riley avait refusé par esprit de rébellion. Et Riley détestait les funérailles. Elle avait vu trop souvent la mort de près dans tout ce qu’elle avait de brutal, au cours de sa carrière dans le maintien de l’ordre public. Les funérailles avaient un côté artificiel. Elles maquillaient la mort pour en faire quelque chose de paisible et de propre. C’est trompeur, ne cessait-elle de penser. Cette fille était décédée d’une mort violente, que ce soit un suicide ou un meurtre. Mais April avait insisté pour y aller et Riley n’avait pas voulu la laisser seule. C’était assez ironique : maintenant, c’était Riley qui se sentait seule. Elle était assise au dernier rang dans le sanctuaire surpeuplé. April était devant, assise juste derrière la famille, aussi près de Tiffany que possible. Riley était contente de savoir qu’elle était avec son amie et cela ne la dérangeait pas d’être toute seule. Le soleil traversait les vitraux. Le cercueil était décoré de bouquets de fleurs et de couronnes. C’était un service très digne et le chœur chantait bien. Le prêcheur parlait d’un ton monocorde de la foi et du salut, assurant à tous que Lois avait trouvé la paix. Riley ne faisait pas attention à ce qu’il disait. Elle cherchait des indices. Pourquoi Lois Pennington était-elle décédée ? La veille, elle avait remarqué que les parents de Lois s’étaient assis sur le canapé de manière à ne pas se toucher. Elle n’avait pas su interpréter leur langage corporel. A présent, Lester Pennington tenait contre lui sa femme Eunice pour la réconforter. Ils avaient l’air de parents ordinaires pleurant la mort de leur enfant. Rien ne faisait tiquer Riley. Et c’était cela qui la mettait mal à l’aise. Elle se considérait comme un observateur averti de la nature humaine. Si Lois s’était réellement suicidée, sa vie de famille avait dû être perturbée. Mais rien ne le laissait penser… Ils étaient en deuil. Le prêcheur termina son sermon, sans mentionner une seule fois la cause supposée du décès de Lois. Des amis et des parents se succédèrent pour parler avec émotion de Lois. Ils évoquèrent de bons souvenirs, notamment des histoires drôles qui provoquèrent des rires tristes et étouffés dans l’assemblée. Rien qui parle du suicide, pensa Riley. Quelque chose n’allait pas. Un proche de Lois allait-il finir par reconnaitre qu’elle ne se sentait pas bien, qu’elle se battait contre la dépression et contre des démons intérieurs, ou qu’elle avait appelé au secours ? Quelqu’un allait-il proposer de tirer les leçons de cette mort tragique en se soutenant les uns les autres ? Mais personne ne prononça un mot à ce sujet. Personne ne voulait en parler. Comme s’ils avaient honte ou qu’ils étaient surpris. Ou les deux. Peut-être qu’ils n’y croyaient pas tout à fait. Après les témoignages, on invita les personnes présentes à s’approcher du corps. Riley resta bien assise. Elle était certaine que le croque-mort avait fait du bon travail. Ce qui restait de la pauvre Lois ne ressemblait plus à ce que ses parents avaient trouvé dans le garage. Et Riley savait déjà reconnaitre un corps mort par strangulation. Enfin, le prêcheur donna sa bénédiction et on emporta le cercueil. La famille sortit la première, puis tout le monde suivit. En sortant, Riley vit Tiffany et April échanger une étreinte larmoyante. Quand Tiffany l’aperçut, elle se précipita vers elle. — Vous pouvez faire quelque chose ? demanda-t-elle d’une voix étranglée. Secouée, Riley parvint à lui répondre : — Non, je suis désolée. Avant que Tiffany n’ait eu le temps d’insister, son père l’appela. La famille monta dans une limousine noire. Tiffany les rejoignit et le véhicule démarra. Riley se tourna vers April, qui refusa de croiser son regard. — Je vais prendre le bus pour rentrer, dit-elle. Elle tourna les talons et Riley n’essaya pas de l’en empêcher. Le cœur serré, elle se dirigea vers sa voiture dans le parking. * Ce soir-là, le diner fut beaucoup moins joyeux qu’il ne l’avait été deux jours plus tôt. April ne parlait toujours pas à Riley, ou à qui que ce soit. Son chagrin était contagieux. Ryan et Gabriela avaient la mine sombre. Au milieu du repas, Jilly s’exclama soudain : — Je me suis fait une copine à l’école aujourd’hui. Elle s’appelle Jane. Elle a été adoptée, comme moi. Le visage d’April s’éclaira. — C’est génial, Jilly ! — Ouais, on a beaucoup de choses en commun. On parle beaucoup. Le moral de Riley remonta un peu. C’était bien que Jilly commence à se faire des amis. Et Riley savait qu’April s’inquiétait pour elle. Les deux filles discutèrent un peu, puis le silence s’installa à nouveau, aussi sombre qu’auparavant. Riley savait que Jilly essayait de remonter le moral d’April, mais la jeune fille avait l’air inquiet à présent. La tension au sein de sa nouvelle famille devait la mettre mal à l’aise. Jilly avait peur de perdre ce qu’elle venait tout juste de trouver. J’espère qu’elle se trompe, pensa Riley. Après le diner, les filles montèrent dans leurs chambres et Gabriela nettoya la cuisine. Ryan versa à Riley un verre de bourbon, puis un autre pour lui, et tous deux s’assirent dans le salon. Ni l’un ni l’autre ne parla pendant un long moment. — Je vais à l’étage parler à April, dit enfin Ryan. — Pourquoi ? — Elle est injuste et elle te manque de respect. On ne devrait pas la laisser s’en tirer comme ça. Riley soupira. — Elle n’est pas injuste, dit-elle. — Comment tu appelles ça, toi ? Riley réfléchit quelques instants. — Elle est très investie, dit-elle. Elle s’inquiète pour son amie Tiffany et elle se sent impuissante. Elle a peur que quelque chose de terrible soit arrivé à Lois. On devrait être contents qu’elle pense aux autres. Ça veut dire qu’elle grandit. Ils se turent à nouveau. — Alors, à ton avis, que s’est-il passé ? demanda enfin Ryan. Tu penses que Lois s’est suicidée ou qu’elle a été assassinée ? Riley secoua la tête d’un air las. — Si seulement je le savais. J’ai appris à suivre mon instinct, mais mon instinct ne me dit rien du tout. Je n’ai aucune intuition. Ryan lui tapota la main. — Peu importe ce qui s’est passé. Dans tous les cas, ce n’est pas ta responsabilité, dit-il. — Tu as raison. Ryan bâilla. — Je suis fatigué, dit-il. Je crois que je vais me coucher de bonne heure. — Je vais rester un peu là, dit Riley. Je n’ai pas encore envie de dormir. Ryan monta à l’étage et Riley se versa un autre grand verre. La maison était silencieuse et Riley se sentit seule et étrangement impuissante – comme April, probablement. Après un autre verre, elle se détendit. Elle retira ses chaussures et s’allongea sur le canapé. Peu après, quand elle se réveilla, elle se rendit compte que quelqu’un avait déposé une couverture sur elle. Ryan avait dû descendre pour voir ce qu’elle faisait et il s’était assuré qu’elle ait chaud. Riley sourit, un peu moins seule. Puis elle s’endormit à nouveau. * Riley eut une impression de déjà-vu quand April se précipita dans le garage des Pennington. Comme elle l’avait fait la première fois, Riley l’appela : — April, n’y va pas ! Cette fois, April tira sur la rubalise de la police avant d’ouvrir la porte. Elle disparut dans le garage. Riley lui courut après. Le garage est beaucoup plus grand et sombre, comme un hangar abandonné. Riley ne voyait April nulle part. — April, où es-tu ? appela-t-elle. La voix d’April résonna : — Je suis là, Maman. Riley n’aurait su dire d’où venait la voix. Elle tourna lentement sur elle-même en fouillant les ténèbres du regard. Enfin, un plafonnier s’alluma. Riley resta pétrifié d’horreur. Une fille à peine plus âgée qu’April était pendue à une poutre. Elle était morte, mais ses yeux étaient ouverts. Elle fixait Riley du regard. Autour de la fille, par terre et sur des étagères, il y avait des centaines de photos encadrées la représentant avec sa famille à différents moments de sa vie. — April ! cria Riley. Personne ne répondit. Riley se réveilla en sursaut et se redressa sur le lit. Elle hyperventilait. Elle se retint de hurler à pleins poumons, comme dans son cauchemar : « April ! ». Elle savait qu’April était endormie dans son lit. Toute la famille dormait, sauf elle. Pourquoi ai-je fait ce rêve ? se demanda-t-elle. Elle n’eut besoin que d’un instant pour comprendre. C’était enfin son instinct. April avait raison. Quelque chose n’allait pas dans la mort de Lois. Et Riley devait découvrir ce que c’était. CHAPITRE CINQ En sortant de sa voiture, garée devant l’université Byars, Riley sentit un frisson la parcourir. Ce n’était pas seulement la température. Il y avait de mauvaises ondes dans cette école. Elle frémit en balayant le campus du regard. Des étudiants allaient et venaient, emmitouflés pour se protéger du froid, sans se parler, pressés d’arriver. Aucun n’avait l’air particulièrement heureux d’être là. Pas étonnant que les étudiants aient envie de se tuer, pensa Riley. L’école semblait appartenir au passé. Riley avait l’impression de faire un voyage dans le temps. Les vieux bâtiments de brique étaient en parfait état, tout comme les colonnes blanches, reliques d’une époque où l’on copiait les monuments antiques. Le parc était immense – d’autant plus impressionnant qu’il était planté au milieu d la capitale. Bien sûr, la ville de Washington avait grandi autour de l’université depuis sa fondation. La petite école élitiste avait prospéré, formant des étudiants qui intégraient ensuite avec succès les programmes de master et de doctorat les plus réputés du pays, puis le monde des affaires et de la politique. Les étudiants qui fréquentaient des écoles comme celle-ci se construisaient un réseau qui leur servait toute la vie. Naturellement, c’était beaucoup trop cher pour la famille de Riley, même avec une bourse que l’école accordait occasionnellement aux très bons élèves. Cela n’avait pas d’importance : Riley n’aurait jamais eu l’idée d’envoyer April étudier ici. Ou Jilly. Riley entra dans le bureau réservé à l’administration et trouva le bureau du doyen, où elle fut accueillie par une secrétaire à l’air revêche. Riley lui montra son badge. — Je suis l’agent spécial Riley Paige, FBI. Je vous ai appelée aujourd’hui. La femme hocha la tête. — M. Autrey va vous recevoir, dit-elle. La femme fit entrer Riley dans un bureau grand et sinistre, aux boiseries sombres. Un homme élégant, d’âge mûr, se leva de son siège pour l’accueillir. Il était grand, il avait les cheveux argentés et il portait un costume trois pièces visiblement hors de prix, avec un nœud papillon. — Agent Paige, je suppose, dit-il avec un sourire froid. Je suis le doyen, Willis Autrey. Je vous en prie, asseyez-vous. Riley s’assit devant son bureau. Autrey fit de même et pivota sur son siège. — Je ne suis pas sûr de comprendre le but de votre visite, dit-il. Il s’agit du décès tragique de Lois Pennington, c’est bien ça ? — Son suicide, vous voulez dire. Autrey hocha la tête et joignit les mains. — Rien qui nécessite l’intervention du FBI, il me semble, dit-il. J’ai appelé les parents de la jeune fille et je leur ai transmis nos plus sincères condoléances. Ils étaient bouleversés, bien entendu. C’est fâcheux, mais ils ne semblaient pas avoir de doutes ou d’inquiétudes. Riley comprit qu’elle allait devoir choisir ses mots avec attention. Elle n’était pas là pour son travail – en fait, ses supérieurs à Quantico n’auraient pas approuvé sa démarche. Mais peut-être qu’elle pouvait se débrouiller pour le cacher à Autrey. — Un autre membre de la famille a exprimé des doutes, dit-elle. Il était inutile de lui dire qu’il s’agissait de la sœur de Lois, une adolescente. — Comme c’est fâcheux, dit-il. Il utilise beaucoup ce mot – fâcheux, pensa Riley. — Que pouvez-vous me dire sur Lois Pennington ? demanda Riley. Autrey commençait visiblement à s’ennuyer, comme si son esprit était ailleurs. — Eh bien, rien de plus que la famille, j’imagine, dit-il. Je ne la connaissais pas personnellement, mais… Il se tourna vers son ordinateur et tapa une commande. — Il me semble que c’était une étudiante en première année parfaitement ordinaire, dit-il en regardant son écran. Des notes assez bonnes. Pas de commentaire sur son comportement. Même si je vois qu’elle consultait pour dépression. — Elle n’est pas la seule à s’être suicidée dans l’école cette année, dit Riley. Autrey s’assombrit. Il ne répondit pas. Avant de partir, Riley avait fait quelques recherches sur les suicides dont Tiffany lui avait parlé. — Deanna Webber et Cory Linz se seraient tuées le semestre dernier, dit Riley. Cory est morte ici-même, sur le campus. — Se seraient tuées ? répéta Autrey. Un emploi très fâcheux du conditionnel. Rien ne prouve le contraire. Il se détourna légèrement de Riley, comme si elle n’était déjà plus là. — Mme Paige…, commença-t-il. — Agent Paige, corrigea Riley. — Agent Paige… Je suis certain qu’une professionnelle telle que vous sait que le taux de suicide chez les étudiants à l’université a augmenté au cours des dernières décennies. C’est la troisième cause de décès dans cette tranche d’âge. Il y a plus de mille suicides sur les campus chaque année. Il se tut, comme pour la laisser réfléchir à tous ces chiffres. — Et bien sûr, dit-il, ces événements tragiques sont plus susceptibles d’arriver dans certains établissements. Byars est une école difficile. Il est fâcheux mais inévitable que nous soyons confrontés à de nombreux suicides. Riley réprima un sourire. Les statistiques qu’April avait cherchées sur Internet allaient lui être utiles. Ça lui ferait plaisir de le savoir, pensa-t-elle. Elle dit : — Dans les universités américaines, la moyenne est de sept virgule cinq suicides pour cent mille étudiants. Mais, seulement cette année, trois étudiants sur les sept cents inscrits chez vous se sont suicidés, c’est-à-dire cinquante-sept fois la moyenne nationale. Autrey haussa les sourcils. — Comme vous le savez certainement, il y a toujours… — Des aberrations, dit Riley en s’obligeant à ne pas sourire. Oui, je sais ce que c’est qu’une aberration. Malgré tout, le taux de suicide dans votre école est exceptionnellement… fâcheux. Autrey ne broncha pas. — M. Autrey, j’ai l’impression que vous n’êtes pas content qu’un agent du FBI s’intéresse à l’université, dit-elle. — Vous avez raison, dit-il. Pourquoi serais-je content ? C’est une perte de temps, le vôtre et le mien, et une perte d’argent pour le contribuable. Et votre présence pourrait laisser penser que quelque chose ne va pas. Tout va bien à l’université Byars, je vous assure. Il se pencha par-dessus son bureau vers Riley. — Agent Paige, à quelle branche du FBI appartenez-vous ? — L’Unité d’Analyse Comportementale. — Ah oui, à Quantico. Ce n’est pas loin. Eh bien, vous devriez peut-être savoir que de nombreux étudiants viennent de familles politiques. Certains parents ont une influence considérable au sein du gouvernement, notamment sur le FBI, j’imagine. Nous n’aimerions pas qu’ils entendent parler de votre visite. — De ma visite ? répéta Riley. Autrey pivota sur sa chaise. — Certaines personnes n’hésiteraient pas à se plaindre auprès de vos supérieurs, dit-il avec un regard entendu. Un frisson de gêne chatouilla la nuque de Riley. Elle sentit qu’il avait deviné que ce n’était pas une visite officielle. — Il vaut mieux ne pas créer des problèmes là où il n’y en a pas, poursuivit Autrey. Je dis cela pour vous. Je n’aimerais que vous ayez des ennuis avec vos supérieurs. Riley faillit éclater de rire. Elle avait l’habitude d’avoir des « ennuis » avec ses supérieurs. Tout comme elle avait l’habitude de se faire virer puis réintégrer. Cela ne lui faisait pas peur. — Je vois, dit-elle. Il ne faudrait pas salir la réputation de l’école. — Je suis content que nous nous comprenions, dit Autrey. Il se leva, comme pour raccompagner Riley. Mais Riley n’avait pas encore envie de partir. Pas encore. — Je vous remercie de m’avoir reçue, dit-elle. Je partirai dès que vous m’aurez donné les coordonnées des familles des autres étudiants qui se sont suicidés. Autrey la foudroya du regard. Riley ne broncha pas. Autrey baissa les yeux vers sa montre. — J’ai un autre rendez-vous. Je dois y aller. Riley sourit. — Je suis un peu pressée, moi aussi, dit-elle en baissant elle aussi les yeux vers sa montre. Plus vite vous me donnerez ces coordonnées, plus vite nous pourrons vaquer à nos occupations. Je vais attendre. Autrey fronça les sourcils, puis il se rassit devant son ordinateur. Il tapa une commande et son imprimante se mit à ronronner. Il tendit à Riley un document. — J’ai bien peur de devoir déposer une plainte auprès de vos supérieurs, dit-il. Riley ne bougea pas. Il piquait sa curiosité. — M. Autrey, vous venez de dire qu’il y avait de nombreux suicides à Byars. Quels sont les chiffres exacts ? Autrey ne répondit pas. Le visage rouge de colère, il répondit d’une voix plate : — Vos supérieurs à Quantico vont entendre parler de moi, dit-il. — Bien sûr, répondit Riley avec une politesse mesurée. Merci de m’avoir reçue. Riley quitta le bureau et le bâtiment réservé à l’administration. Cette fois, elle trouva l’air frais revigorant. L’attitude fuyante et évasive d’Autrey l’avait convaincue qu’il se passait quelque chose. Elle avait trouvé des problèmes. Les problèmes, c’était toute la vie de Riley. CHAPITRE SIX Sitôt dans la voiture, Riley passa en revue les informations que lui avait données le doyen. Des détails sur la mort de Deanna Webber lui revinrent en mémoire. Bien sûr, se rappela-t-elle en cherchant des articles sur son téléphone. La fille du membre du Congrès. La représentante Hazel Webber était une femme politique en pleine ascension, mariée à un grand avocat du Maryland. La mort de leur fille avait fait les gros titres en automne dernier. Riley n’avait pas suivi le fait divers, qui ressemblait plus à un ragot sordide qu’à une véritable info – le genre de chose qui ne regarde que la famille et personne d’autre, selon Riley. Elle avait changé d’avis. Elle trouva le numéro de téléphone du bureau de la représentante Hazel Webber à Washington. Quand elle le composa, une réceptionniste lui répondit d’un ton compétent. — C’est l’agent spécial Riley Paige, de l’Unité d’Analyse Comportementale du FBI, dit Riley. J’aimerais rencontrer Mme Webber. — Puis-je vous demander pourquoi ? — J’ai besoin de lui parler de la mort de sa fille en automne. Un silence passa. Riley dit : — Je suis navrée de déranger Mme Webber et sa famille pour lui parler de cette terrible tragédie. Mais j’ai besoin d’éclaircir certaines choses. Un autre silence. — Je suis désolée, dit lentement la réceptionniste. Mais la représentante Webber n’est pas à Washington en ce moment. Vous allez devoir attendre qu’elle rentre du Maryland. — A quelle date ? demanda Riley. — Je ne saurais pas vous le dire. Il faudra que vous rappeliez. La réceptionniste raccrocha sans ajouter un mot. Elle est dans le Maryland, pensa Riley. En faisant une recherche, elle découvrit rapidement où vivait Hazel Webber. Ça ne devrait pas être difficile à trouver. Mais avant que Riley n’ait eu le temps de démarrer sa voiture, son téléphone vibra. — Ici Hazel Webber, dit la personne au bout du fil. Riley sursauta. La réceptionniste avait dû contacter la représentante tout de suite après avoir raccroché. Riley ne s’attendait pas à recevoir un appel de Webber elle-même, et certainement pas si vite. — En quoi puis-je vous aider ? demanda Webber. Riley lui expliqua qu’elle voulait éclaircir certains points sur la mort de sa fille. — Pourriez-vous être plus précise ? demanda Webber. — Je préfèrerais vous voir, dit Riley. Webber ne répondit pas tout de suite. — J’ai bien peur que ce ne soit impossible, dit-elle enfin. Et je vous serais reconnaissante de ne pas nous déranger, moi ou ma famille. Nous sommes en train de nous remettre de cette terrible perte. Je suis sûre que vous comprenez. Le ton cassant de la femme prenait Riley au dépourvu. Il n’y avait pas une seule trace de chagrin dans cette voix. — Mme Webber, si vous vouliez bien m’accorder un peu de votre temps… — J’ai dit non. Webber raccrocha. Riley resta bouche bée. Comment interpréter cet étrange échange téléphonique ? Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle avait touché un point sensible. Et elle devait aller dans le Maryland. * La route était agréable. Comme il faisait beau temps, Riley passa par le pont de Chesapeake pour avoir le plaisir de rouler au-dessus de l’eau. Elle se retrouva bientôt dans la campagne du Maryland, entre les prés clôturés et les belles demeures ou les granges cachées derrière les allées d’arbres. Riley se gara devant le portail du domaine des Webber. Un homme en uniforme sortit de sa cahute pour venir lui parler. Riley montra son badge et se présenta : — Je viens voir la représentante Hazel Webber, dit-elle. Le garde parla dans son micro, puis il s’approcha à nouveau de Riley. — Mme Webber dit qu’il doit y avoir une erreur, dit-il. Elle ne vous attend pas. Riley lui adressa un large sourire. — Oh, elle est occupée en ce moment ? Ce n’est pas grave : je ne suis pas pressée. J’attendrai qu’elle ait le temps. Le garde fronça les sourcils, sans doute pour l’intimider. — J’ai bien peur de devoir vous demander de partir, madame, dit-il. Riley haussa les épaules et fit comme si elle n’avait pas compris : — Vraiment, ça ne me dérange pas du tout. Je peux l’attendre. Le garde s’éloigna et parla à nouveau dans son micro. Après avoir foudroyé Riley du regard, il retourna dans sa cahute et ouvrit le portail. Au volant de sa voiture, Riley entra dans le domaine. Elle passa devant un pré couvert de neige, où deux chevaux trottaient. C’était un spectacle très apaisant. La maison au bout de l’allée était plus grande qu’elle ne s’y attendait – un manoir contemporain. Il y avait d’autres bâtiments bien entretenus de l’autre côté d’une colline. Un homme asiatique l’accueillit sans un mot à la porte. Il était assez grand et fort pour être un sumo. Son costume de majordome lui donnait l’air presque grotesque tant il semblait inapproprié. Il conduisit Riley dans un couloir dont le parquet était d’un riche bois brun-rouge. Une petite femme morne prit le relais et fit entrer Riley dans un bureau sinistrement propre et bien tenu. — Attendez ici, dit-elle. Elle sortit, en fermant la porte derrière elle. Riley s’assit devant le bureau. Les minutes passèrent. Riley fut tentée plusieurs fois de jeter un coup d’œil aux documents qui se trouvaient sur le bureau ou dans l’ordinateur. Mais il y avait très probablement des caméras de sécurité. Enfin, la représentante Hazel Webber entra dans le bureau. C’était une femme grande, mince mais intimidante. Elle ne semblait pas assez âgée pour siéger au Congrès aussi longtemps que Riley ne l’avait supposé – et certaine pas assez âgée pour avoir une fille à l’université. La raideur de ses traits tenait peut-être de l’habitude ou trahissait l’usage du Botox – ou les deux. Riley se rappela l’avoir vue à la télévision. Quand elle rencontrait quelqu’un qu’elle avait déjà vu dans une émission de télé, elle était souvent frappée par les différences. Etonnamment, Hazel Webber semblait exactement la même, comme si elle était réellement une personne en deux dimensions – anormalement creuse. Sa tenue étonna Riley. Pourquoi portait-elle une veste par-dessus son pull ? Il faisait assez chaud. Ça fait partie de son style, je suppose, pensa Riley. La veste lui donnait l’air plus formel et plus professionnel qu’un pull et un pantalon. C’était une sorte d’armure, une protection contre le contact humain. Riley se leva pour se présenter, mais Webber parla la première. — Agent spécial Riley Paige de Quantico, dit-elle. Je sais. Sans ajouter un mot, elle s’assit à son bureau. — Que venez-vous me dire ? demanda Webber. Une bouffée d’inquiétude remonta dans la poitrine de Riley. Bien sûr, elle n’avait rien à dire à la représentante. Toute cette visite n’était qu’un coup de poker, et Riley comprit soudain que Webber n’était pas le genre de femme à se laisser manipuler. Riley allait devoir marcher sur des œufs. — En fait, je suis là pour vous demander des informations, dit Riley. Vous mari est à la maison ? — Oui, dit la femme. — Serait-il possible de vous parler à tous les deux ? — Il sait que vous êtes là. Sa réponse déstabilisa Riley, mais elle prit soin de ne pas le montrer. La femme l’épinglait de son regard bleu et froid. Riley ne broncha pas. Elle se contenta de lui renvoyer son regard fixe, en se préparant à répondre coup pour coup. Elle dit : — L’Unité d’Analyse Comportementale enquête sur une recrudescence inhabituelle de suicides présumés à Byars. — De suicides présumés ? répéta Webber en haussant un sourcil. Je ne parlerais pas en ces termes du suicide de Deanna. Mon mari et moi, nous ne présumons de rien. La mort de notre fille est bien réelle. Riley eut l’impression que la température dans la pièce chutait de quelques degrés. Webber n’avait pas trahi la moindre émotion en évoquant le suicide de sa propre fille. Elle a de la glace dans les veines, pensa Riley. — J’aimerais savoir ce qui s’est passé, dit-elle. — Pourquoi ? Je suis sûre que vous avez lu le rapport. Bien sûr, ce n’était pas le cas, mais Riley devait continuer de bluffer. — J’aimerais l’entendre de votre bouche, dit-elle. Webber ne répondit pas pendant quelques secondes. Son regard fixe ne quittait pas celui de Riley. — Deanna a eu un accident en faisant de l’équitation l’été dernier, dit Webber. Sa hanche était très abimée. Il aurait fallu la remplacer. Pour elle, l’équitation et la compétition, c’était terminé. Elle était bouleversée. Webber se tut. — Elle prenait de l’oxycodone pour la douleur. Elle a fait une overdose, délibérément. C’était intentionnel. Il n’y a rien à dire de plus. Riley sentit que Webber lui cachait volontairement quelque chose. — Où ça s’est passé ? — Dans sa chambre, dit Webber. Elle était dans son lit. Le médecin légiste dit qu’elle est morte d’un arrêt respiratoire. Elle avait l’air endormi quand la bonne l’a trouvée. Et puis, Webber cligna des yeux. Elle cligna des yeux. Dans la bataille des volontés qui l’opposait à Riley, elle venait de perdre du terrain. Elle ment ! comprit Riley. Son pouls s’accéléra. Maintenant, Riley devait presser son avantage, en posant exactement les bonnes questions. Mais avant que Riley n’ait eu le temps de reprendre la parole, la porte du bureau s’ouvrit. La femme qui avait conduit Riley dans la pièce entra. — Mme la représentante, j’aimerais vous dire un mot, dit-elle. Webber eut l’air soulagé. Elle se leva et suivit son assistante dans le couloir. Riley prit de longues inspirations. Si seulement elle n’avait pas été interrompue… Son avantage s’était envolé. Quand Webber reviendrait, Riley devrait tout recommencer. Au bout de moins d’une minute, Webber revint. Elle semblait avoir retrouvé son assurance. Debout près de la porte ouverte, elle dit : — Agent Paige, si c’est bien vous, j’ai bien peur de devoir vous demander de partir. Riley avala sa salive. — Je ne comprends pas. — Mon assistante vient d’appeler Quantico. Ils n’ont aucune enquête en cours concernant des suicides à Byars. Alors qui que vous soyez… Riley sortit son badge. — Je suis l’agent spécial Riley Paige, dit-elle avec détermination. Et je vais faire tout mon possible pour que le FBI ouvre cette enquête. Elle sortit du bureau en passant devant Hazel Webber. En traversant la maison, elle sut qu’elle venait de se faire un ennemi – et un ennemi dangereux. Hazel Webber n’était pas un psychopathe avec un penchant pour les chaînes, les couteaux, les pistolets ou les chalumeaux. C’était une femme qui n’avait pas de conscience. Ses armes, c’étaient l’argent et le pouvoir. Riley préférait un ennemi qu’elle pouvait frapper ou blesser d’un coup de pistolet. Pourtant, elle était prête à affronter Webber et ses menaces. Elle m’a menti sur sa fille, se répétait Riley. Et maintenant, Riley était bien décidée à découvrir la vérité. La maison semblait vide, à présent. Riley fut surprise de ne croiser pas âme qui vive. A croire qu’elle aurait pu cambrioler le manoir. Elle sortit, rentra dans sa voiture et démarra. En s’approchant du portail, elle vit qu’il était fermé. Le garde qui l’avait laissée entrer et l’impressionnant majordome se tenaient juste devant. Les bras croisés, ils étaient visiblement en train de l’attendre. CHAPITRE SEPT Les deux hommes avaient l’air menaçant, mais aussi un peu ridicule. C’était le plus petit qui portait un uniforme de gardien, tandis que son collègue, beaucoup impressionnant par la taille, était engoncé dans un costume de majordome. Deux clowns dans un cirque, pensa Riley. Elle savait pourtant qu’ils n’essayaient pas d’être drôles. Elle se gara à côté d’eux et fit descendre sa fenêtre pour les interpeller : — Il y a un problème, messieurs ? Le garde s’approcha de sa portière. Le majordome se pencha à la fenêtre, côté passager. Il lui parla d’une voix de basse grondante : — Mme Webber souhaiterait dissiper un malentendu. — Quel malentendu ? — Elle aimerait vous faire comprendre que les fouineurs ne sont pas les bienvenus chez elle. C’était plus clair. Webber et son assistante étaient arrivées à la conclusion que Riley était un imposteur, pas un agent de FBI. Ils la soupçonnaient d’être une journaliste en train d’écrire un dossier sur la représentante. Et ces deux types devaient avoir l’habitude de chasser les journalistes indiscrets. Riley sortit à nouveau son badge. — En effet, il y a un malentendu, dit-elle. Je suis vraiment un agent spécial du FBI. Le grand type esquissa un sourire narquois. Il croyait visiblement que le badge était faux. — Sortez du véhicule, s’il vous plait, dit-il. — Non merci, répondit Riley. Je vous prie d’ouvrir ce portail. Riley n’avait pas fermé sa portière à clé. Le grand type l’ouvrit. — Sortez du véhicule, répéta-t-il. Riley étouffa un grognement. Ça va mal finir, pensa-t-elle. Riley sortit de sa voiture et ferma la portière. Les deux hommes s’arrêtèrent à quelques pas d’elle, chacun de son côté. Riley se demanda lequel d’entre eux ferait le premier geste. Puis le grand type fit craquer ses doigts et s’approcha. Riley fit la moitié du chemin. Elle l’attrapa par le col et par sa manche gauche, puis le fit basculer. Elle pivota sur son pied gauche et se pencha en avant. Elle sentit à peine l’énorme poids du majordome voler par-dessus son dos. Il s’écrasa bruyamment sur la portière de sa voiture, puis face contre terre. C’est la voiture qui a tout pris, pensa-t-elle avec incrédulité. L’autre venait en renfort. Elle se tourna vers lui. Elle lui envoya un coup de pied entre les jambes. Quand il se plia en deux avec un grognement, Riley sut que l’altercation était terminée. Elle dégaina le pistolet que le garde avait à la ceinture. Puis elle balaya du regard son travail. Le majordome gisait au pied de la voiture, le costume tout froissé, et la dévisageait avec un mélange de terreur et d’incrédulité. La portière était abîmée, mais ce n’était pas trop grave. Le garde en uniforme était à quatre pattes, le souffle court. Elle lui tendit son arme en lui présentant la crosse. — Vous avez égaré ceci, dit-elle d’un ton aimable. D’une main tremblante, il tendit la main pour prendre son pistolet. Riley ne le laissa pas faire. — Non, non, dit-elle. Pas avant que vous n’ouvriez le portail. Elle l’aida à se relever. Il tituba vers sa cahute et poussa le bouton actionnant le portail. Riley marcha vers sa voiture. — Excusez-moi, dit-elle au majordome. L’air terrifié, l’homme rampa sur le côté, comme un crabe géant, pour laisser passer Riley. Elle rentra dans sa voiture et passa le portail, non sans jeter le pistolet par la fenêtre. Ils savent que je ne suis pas journaliste, maintenant, pensa-t-elle. Et ils ne manqueraient pas d’en informer la représentante. * Environ deux heures plus tard, Riley se garait sur le parking de l’Unité d’Analyse Comportementale. Elle resta assise quelques minutes derrière son volant. Elle n’était pas revenue depuis le début de son congé… Et elle ne pensait pas revenir aussi vite. C’était une sensation étrange. Elle coupa le moteur, récupéra ses clés, sortit de la voiture et rentra dans le bâtiment. Sur le chemin de son bureau, des amis et des collègues la saluèrent avec un mélange de surprise, d’amabilité et de retenue. Elle s’arrêta devant le bureau de son partenaire habituel, Bill Jeffreys, mais il n’était pas là. Il devait travailler sur une affaire avec quelqu’un d’autre. En y pensant, elle ressentit une pointe de tristesse – et même de jalousie. A bien des égards, Bill était le meilleur ami qu’elle avait dans ce monde. Mais c’était peut-être aussi bien qu’il ne soit pas là. Bill ne savait pas qu’elle était de nouveau avec Ryan. Ça ne lui plairait pas. Il lui avait trop souvent tenu la main pendant la séparation et le divorce. Il aurait du mal à croire que Ryan avait changé. En poussant la porte de son bureau, elle se sentit obligée de vérifier qu’elle était au bon endroit. Tout était trop propre et bien organisé. Avaient-ils donné son bureau à un autre agent ? Quelqu’un travaillait-il ici en son absence ? Riley ouvrit un tiroir. C’étaient bien ses dossiers, mais tout était mieux classé. Qui aurait pris le temps de ranger ? Sans doute pas Bill. Bill aurait su qu’il ne fallait toucher à rien. Lucy Vargas, peut-être. Lucy était un jeune agent qui avait travaillé avec elle et Bill. Si c’était bien elle la coupable, elle l’avait fait avec de bonnes intentions. Riley s’assit à son bureau quelques minutes. Des images remontèrent à la surface – le cercueil de la fille, ses parents bouleversés et le cauchemar de ce corps pendu entouré de souvenirs. Elle se rappela également la manière dont le doyen de Byars avait évité ses questions et les mensonges de Hazel Webber. Elle avait promis à Hazel Webber qu’on ouvrirait une enquête. C’était le moment de tenir cette promesse. Elle décrocha le combiné du téléphone sur son bureau et appela son patron, Brent Meredith. Quand le chef d’équipe décrocha, elle dit : — Monsieur, c’est Riley Paige, j’aimerais savoir si… Elle était sur le point de lui demander une entrevue, quand la voix de tonnerre répondit : — Agent Paige, dans mon bureau, je vous prie. Riley frissonna. Meredith lui en voulait. CHAPITRE HUIT En se précipitant dans le bureau de Brent Meredith, Riley le trouva debout devant la porte. — Fermez derrière vous, dit-il. Asseyez-vous. Riley fit ce qu’on lui demandait. Toujours debout, Meredith ne parla pas pendant quelques minutes. Il se contenta de fusiller Riley du regard. C’était un homme grand, au visage sombre et anguleux. Même quand il était de meilleure humeur, il était intimidant. Et il n’était pas de bonne humeur. — Il y a quelque chose que vous aimeriez me dire, Agent Paige ? demanda-t-il. Riley avala sa salive. Il avait dû entendre parler de ses investigations. — Vous devriez peut-être commencer, monsieur, dit-elle faiblement. Il s’approcha. — Je viens de recevoir deux plaintes venues d’en-haut, dit-il. La gorge de Riley se serra. D’en-haut ? Cela signifiait que les plaintes venaient de l’agent spécial chargé d’enquête Carl Walder lui-même – un méprisable petit homme qui avait déjà suspendu Riley plusieurs fois pour insubordination. Meredith grogna : — Walder a reçu un coup de téléphone du doyen d’une petite université. — Oui, Byars. Mais si vous me laissiez vous expliquer… Meredith l’interrompit. — Le doyen dit que vous êtes entrée dans son bureau et que vous avez fait d’absurdes allégations. — Ce n’est pas exactement ce qui s’est passé, monsieur, supplia Riley. Mais Meredith enchaîna : — Walder a aussi reçu un coup de téléphone de la représentante Hazel Webber. Elle dit que vous êtes venue chez elle pour la harceler, en lui racontant que vous étiez sur une affaire qui n’existe pas. Et vous avez agressé deux membres de son personnel. Vous les avez menacés avec une arme à feu. Riley se raidit. — Ce n’est vraiment pas ce qui s’est passé, monsieur. — Alors que s’est-il passé ? — C’était l’arme du gardien, lâcha-t-elle maladroitement. Dès que les mots eurent quitté sa bouche, Riley réalisa ce qu’elle venait de dire… C’est sorti de travers. — J’essayais de lui rendre ! dit-elle. Encore une fois, elle sut… Ça ne va pas m’aider. Un long silence passa. Meredith prit une grande inspiration. Enfin, il dit : — J’espère que vous avez une bonne explication, Agent Paige. Riley prit une grande inspiration. — Monsieur, il y a eu trois morts suspectes à Byars, pendant l’année universitaire. Ce sont officiellement des suicides, mais je n’y crois pas. — C’est la première fois que j’entends parler de ça, dit Meredith. — Je comprends, monsieur. Et je suis justement venue vous en parler. Meredith ne répondit pas. Il attendait visiblement de plus amples explications. — Une amie de ma fille avait une sœur à Byars : Lois Pennington, en première année. Sa famille l’a trouvée pendue dans le garage dimanche dernier. Sa sœur ne croit pas au suicide. J’ai interrogé ses parents et… Meredith hurla si fort qu’on l’entendit certainement dans le couloir : — Vous avez interrogé ses parents ? — Oui, monsieur, répondit Riley à voix basse. — Ai-je besoin de vous rappeler que ce n’est pas une affaire pour le FBI ? — Non, monsieur, dit Riley. — En fait, pour ce que j’en sais, ce n’est une affaire pour personne. Riley ne sut que dire. — Que vous ont dit les parents ? demanda Meredith. Ils croient au suicide ? — Oui, dit Riley d’une voix étouffée. Cette fois, c’était Meredith que ne savait visiblement plus que dire. Il secoua la tête avec incrédulité. — Monsieur, je sais ce que vous pensez, mais le doyen de Byars cache quelque chose. Et Hazel Webber m’a menti sur la mort de sa propre fille. — Comment le savez-vous ? — Je le sais, c’est tout ! Riley adressa à Meredith un regard implorant. — Monsieur, après toutes ces années, vous savez que j’ai de bonnes intuitions. Quand je le sens, j’ai presque toujours raison. Il faut me faire confiance. Il y a quelque chose qui cloche dans cette histoire de suicides. — Riley, vous savez que ce n’est pas comme ça que ça marche. Riley sursauta. Meredith l’appelait très rarement par son prénom – uniquement quand il s’inquiétait pour elle. Elle savait qu’il l’appréciait et la respectait beaucoup, et c’était réciproque. Il se pencha par-dessus son bureau et haussa les épaules d’un air agacé. — Vous avez peut-être raison ou vous avez peut-être tort, dit-il en soupirant. Dans un cas comme dans l’autre, je ne peux pas ouvrir une enquête parce que vous avez une intuition. Il me faut beaucoup plus que ça. Meredith la couva d’un regard inquiet. — Agent Paige, vous avez traversé beaucoup d’épreuves récemment. Vous avez travaillé sur des affaires dangereuses. Et votre partenaire a failli mourir d’un empoisonnement la dernière fois. Et votre famille vient de s’agrandir. Et… — Et quoi ? demanda Riley. Meredith se tut, avant de répondre : — Je vous ai donné un congé il y a un mois. Vous aviez l’air de penser que c’était une bonne idée. La dernière fois que nous avons parlé, vous m’avez même demandé de lever le pied. Je crois que c’est le mieux. Prenez tout le temps dont vous avez besoin. Il vous faut du repos. Riley était abattue et découragée, mais elle savait aussi qu’il ne servait à rien d’insister. En vérité, Meredith avait raison. Il ne pouvait tout simplement pas ouvrir une enquête sur la base de ce qu’elle lui avait dit, encore moins s’il devait répondre à un écœurant bureaucrate comme Walder. — Je suis désolée, monsieur, dit-elle. Je vais rentrer chez moi. Elle se sentit terriblement seule en quittant le bureau de Meredith et en sortant du bâtiment. Mais elle n’était pas prête à oublier ses soupçons. Son intuition était bien trop forte. Elle savait qu’elle devait faire quelque chose. Commençons par le commencement, pensa-t-elle. Il devait obtenir des informations. Elle devait prouver que quelque chose n’allait pas. Mais comment allait-elle faire ça toute seule ? * Riley rentra à la maison une demi-heure avant le diner. Elle trouva Gabriela dans la cuisine, en train de préparer une de ses délicieuses spécialités guatémaltèques – gallo en perro, un ragout épicé. — Les filles sont à la maison ? demanda-t-elle. — Sí. Elles sont en train de faire leurs devoirs ensemble dans la chambre d’April. Riley en fut soulagée. A la maison, au moins, elle ne se débrouillait pas si mal. — Et Ryan ? demanda-t-elle. — Il a appelé. Il rentre tard. Riley fut soudain plus mal à l’aise. Cette réponse lui rappelait des mauvais moments passés avec Ryan. Elle se dit qu’elle n’avait pas à s’inquiéter. Ryan avait un travail très prenant. Et puis, le métier de Riley l’obligeait souvent à rester loin de sa famille. Elle monta à l’étage et alluma son ordinateur. Elle fit une recherche sur la mort de Deanna Webber, mais elle ne trouva rien qu’elle ne savait déjà. Puis elle chercha des informations sur Cory Linz, l’autre fille qui était morte. Une fois encore, il n’y avait pas grand-chose. Elle fit une recherche sur les avis de décès qui mentionnaient Byars. Elle en trouva six. Une personne était morte à l’hôpital des suites d’un cancer. Sur trois autres, elle reconnut les photos de Deanna Webber, Lois Pennington et Cory Linz. Mais elle ne reconnut pas le jeune homme et la jeune femme des deux derniers avis de décès. Ils s’appelaient Kirk Farrell et Constance Yoh. Ils étaient en deuxième année au moment du décès. Bien sûr, aucun avis ne précisait que c’était un suicide. La plupart étaient très vagues sur la cause de la mort. Riley s’appuya sur son dossier et soupira. Конец ознакомительного фрагмента. Текст предоставлен ООО «ЛитРес». Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/pages/biblio_book/?art=43692615) на ЛитРес. Безопасно оплатить книгу можно банковской картой Visa, MasterCard, Maestro, со счета мобильного телефона, с платежного терминала, в салоне МТС или Связной, через PayPal, WebMoney, Яндекс.Деньги, QIWI Кошелек, бонусными картами или другим удобным Вам способом.