l’Amour Comme Ci Sophie Love Les Chroniques de l’Amou #1 La capacité de Sophie Love à transmettre la magie à ses lecteurs est travaillée de manière exquise dans des phrases et des descriptions puissamment évocatrices… Il s’agit de la parfaite lecture à l’eau de rose ou pour la plage, avec une différence : son enthousiasme et ses magnifiques descriptions offrent une attention inattendue à la complexité non seulement d’un amour en développement, mais aussi des âmes en pleine évolution. C’est une recommandation délicieuse pour des lecteurs de romances à la recherche d’une touche de complexité supplémentaire comparé à leurs lectures. - Midwest Book Review (Diane Donovan pour Maintenant et à Tout Jamais) Un roman très bien écrit, décrivant les difficultés d’une femme (Emily) pour trouver sa véritable identité. L’auteure a fait un travail remarquable pour la création des personnages et sa description de l’univers. La romance est là, mais pas surdosée. Bravo à l’auteure pour ce superbe début d’une série qui promet d’être très distrayante. - Books and Movies Reviews, Roberto Mattos (pour Maintenant et à Tout Jamais) L’AMOUR COMME CI (Les Chroniques de l’Amour – Tome 1) est le début d’une nouvelle romantique par l’auteur bestseller Sophie Love. Keira Swanson, vingt-huit ans, obtient le poste de ses rêves à Viatorum, un magazine sophistiqué de New-York, en tant que journaliste voyage en herbe. Mais leur culture est brutale, son supérieur est un monstre, et elle ne sait pas si elle pourra tenir longtemps. Tout cela change quand Keira, par une extraordinaire opportunité, se voit attribuer une mission convoitée et sa chance : se rendre en Irlande pendant trente jours, assister au légendaire festival de l’amour de Lisdoonvarna, et tordre le cou à l’idée que le véritable amour existe. Keira, elle-même cynique et en situation instable avec son petit-ami de longue date, n’est que trop ravie de s’exécuter. Mais quand Keira tombe amoureuse de l’Irlande et rencontre son guide irlandais, qui pourrait simplement être l’homme de ses rêves, elle n’est plus sûre de rien. Comédie romantique tourbillonnante qui est aussi profonde que drôle, L’AMOUR COMME CI est le tome 1 d’une nouvelle série romantique éclatante qui vous fera rire, vous fera pleurer, vous fera tourner les pages jusque tard – et vous fera de nouveau tomber amoureux du genre romantique. Le tome 2 des Chroniques de l’Amour est maintenant disponible en pré-commande ! L ’ A M O U R C O M M E C I (LES CHRONIQUES DE L’AMOUR – TOME 1) SOPHIE LOVE Sophie Love Fan depuis toujours du genre romantique, Sophie Love est ravie de la parution de sa première série de romance : Maintenant et à tout jamais (L’Hôtel de Sunset Harbor – tome 1). Sophie est aussi l’auteur de la nouvelle série de comédie romantique, LES CHRONIQUES DE L’AMOUR, qui débute avec Un AMOUR COMME CELUI-CI (LES CHRONIQUES DE L’AMOUR – TOME 1). Sophie adorerait recevoir de vos nouvelles, donc s’il vous plaît visitez www.sophieloveauthor.com (http://www.sophieloveauthor.com/) pour lui envoyer un e-mail, rejoindre la liste de diffusion, recevoir des e-books gratuits, apprendre les dernières nouvelles, et rester en contact ! Copyright© 2017 par Sophie Love. Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées par la Loi des États-Unis sur le droit d’auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base de données ou système de récupération, sans l’autorisation préalable de l’auteur. Ce livre électronique est réservé, sous licence, à votre seule jouissance personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d’autres personnes. Si vous voulez partager ce livre avec une tierce personne, veuillez en acheter un exemplaire supplémentaire par destinataire. Si vous lisez ce livre sans l’avoir acheté ou s’il n’a pas été acheté pour votre seule utilisation personnelle, vous êtes prié de le renvoyer et d’acheter votre exemplaire personnel. Merci de respecter le difficile travail de cet auteur. Il s’agit d’une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les lieux, les évènements et les incidents sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés dans un but fictionnel. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, n’est que pure coïncidence.² Image de couverture : Copyright Phase4Studios, utilisée en vertu d’une licence accordée par Shutterstock.com. LIVRES PAR SOPHIE LOVE L’HÔTEL DE SUNSET HARBOR MAINTENANT ET À TOUT JAMAIS (Tome 1) POUR TOUJOURS ET À JAMAIS (Tome 2) POUR TOUJOURS, AVEC TOI (Tome 3) SI SEULEMENT C’ÉTAIT POUR TOUJOURS (Tome 4) POUR L’ÉTERNITÉ, ET UN JOUR (Tome 5) POUR L’ÉTERNITÉ, PLUS UN (Tome 6) LES CHRONIQUES DE L’AMOUR L’AMOUR COMME CI (Tome 1) L’AMOUR COMME ÇA (Tome 2) UN AMOUR COMME LE NOTRE (Tome 3) TABLE DES MATIÈRES CHAPITRE UN (#u02e18a3b-662d-5bc6-aa25-ac268b1edcaf) CHAPITRE DEUX (#u64de7d09-b7c8-5755-9431-962191878ee8) CHAPITRE TROIS (#uced272c7-933b-5ad2-9e94-b87b75e2cf8e) CHAPITRE QUATRE (#u1ac0db23-6b18-5c61-842c-d8fe1fdfbe4b) CHAPITRE CINQ (#u36c26f1f-59d5-5342-9d7f-737b4df4deba) CHAPITRE SIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-ET-UN (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo) ÉPILOGUE (#litres_trial_promo) CHAPITRE UN Keira Swanson poussa les portes vitrées du magazine Viatorum et entra avec détermination. C’était le jour de la fête du Travail, mais elle avait été convoquée à la dernière minute avec le reste du personnel de rédaction pour venir travailler. Keira savait très bien qu’il n’y avait pas de véritable urgence, rien de suffisamment important pour entraîner une convocation un jour férié. Mais le magazine de voyage était un environnement extrêmement compétitif et son patron, Joshua, aimait “créer des opportunités pour éliminer les faibles”. Quiconque faisait trop d’histoires pour travailler pendant ses vacances ou avait l’air trop maussade pendant ses réunions se retrouverait rapidement sans emploi. Keira s’était tant battue pour avoir un poste de rédacteur, elle n’allait pas échouer face à cet obstacle, même si cela signifiait laisser son petit ami, Zachary, à la maison pour organiser un brunch familial sans elle. Ses talons aiguilles noirs claquaient sur les carreaux blancs immaculés tandis qu’elle se précipitait vers son bureau. Le QG de Viatorum était situé dans la partie la plus branchée de New York, dans un vieil entrepôt gigantesque qui avait été élégamment réaménagé pour un usage de bureau. Les fenêtres étaient immenses et s’étiraient du sol jusqu’au plafond pentu, où des poutres d’acier avec de gros boulons étaient encore en place, restes de l’époque où l’édifice servait d’entrepôt. L’environnement en open-space signifiait que chaque conversation était entendue. Même les murmures résonnaient. Cela signifiait aussi que personne n’osait apporter quelque chose de trop odorant pour le déjeuner. Keira pouvait encore se rappeler le moment où une nouvelle rédactrice, une jeune femme écervelée nommée Abby, avait apporté une salade au thon pour son premier jour. À la seconde où Joshua en avait senti l’odeur, il s’était rapidement assuré que ce soit le premier, le seul et le dernier jour d’Abby à Viatorum. En regardant à travers la vaste pièce, Keira remarqua qu’elle n’était pas la première à être arrivée. Nina, son amie et une des rédactrices adjointes de Viatorum, était déjà penchée sur son bureau, tapant sur son clavier. Elle adressa un rapide sourire à Keira avant de se remettre au travail. Keira jeta son sac à main sur son bureau et s’effondra sur sa chaise, en prenant soin de rendre son soupir inaudible. Elle n’avait pas réalisé que travailler pour le prestigieux magazine Viatorum impliquerait autant de cinéma, autant d’intérêt feint pour la conversation, de faire autant semblant d’être si accomplie. À travers la cloison vitrée qui séparait Joshua de ses employés, Keira réalisa qu’il la regardait. Elle se demanda à quoi il pensait, s’il était surpris de voir qu’elle était la deuxième personne à répondre à sa convocation urgente, ou s’il était à la recherche de quelqu’un à licencier et qu’elle était devenue la proie qui s’était aventurée sur son territoire. Joshua émergea à l’angle de la cloison de verre. Il portait un costume bleu électrique et ses cheveux étaient coiffés en banane. Il se dirigea d’un pas raide vers le bureau de Keira. « Avez-vous déjà terminé les recherches sur l’Irlande ? », demanda-t-il, sans même prendre la peine de dire bonjour. Ah oui, l’article sur le Festival de l’Amour que Joshua avait été chargé d’écrire par Elliot, le PDG de Viatorum. C’était censé être un projet énorme et important – du moins c’est ce que Joshua avait laissé entendre – même si Keira elle-même ne pouvait pas comprendre comment un article superficiel et stupide sur des rencontres organisées lors d’une cérémonie d’un autre âge dans un village irlandais pittoresque pouvait être considéré comme important. Malgré cela, Joshua avait été d’encore plus mauvaise humeur que d’habitude et, en tant que sa rédactrice la plus jeune, Keira avait été chargée de faire toutes les recherches qu’il était “trop occupé” pour les faire lui-même. Plutôt trop imbu de sa personne, songea silencieusement Keira alors qu’elle levait les yeux et souriait. « Je vous l’ai envoyé par mail avant de partir vendredi. » « Envoyez-le moi à nouveau », exigea Joshua du tac au tac. « Je n’ai pas le temps d’éplucher ma boîte de réception pour le trouver. » « Pas de problème », dit Keira, en demeurant tout aussi chaleureuse. Joshua retourna dans son bureau et Keira lui envoya un mail contenant l’énorme quantité d’informations qu’elle avait recueillies sur le Festival de l’Amour irlandais, souriant en son for intérieur tandis qu’elle se remémorait à quel point tout cela était stupide, romantique au point d’en donner la nausée. À peine le mail avait-il quitté sa boîte de réception que les portes s’ouvrirent et une poignée de rédacteurs de Viatorum se pressèrent, chacun prétendant ne pas être irrité d’être au bureau lors d’un jour qui était supposé être férié. Keira pouvait entendre leurs bavardages alors qu’ils essayaient de se surpasser les uns les autres dans leurs sacrifices. « Ma nièce participait à un tournoi de base-ball », dit Lisa. « Mais c’est beaucoup plus important. Elle a pleuré toutes les larmes de son corps quand j’ai dit que je partais, mais je sais qu’elle comprendra quand elle sera assez âgée et aura sa propre carrière. » Duncan ne devait pas être en reste. « J’ai dû laisser Stacy à l’aéroport. Je veux dire, nous pourrons visiter Madrid une autre fois, la ville n’ira nulle part. » « Je viens juste de quitter le lit de ma mère à l’hôpital », ajouta Victoria. « Ce n’est pas comme si elle était en état critique ou quoi que ce soit. Elle comprend que ma carrière passe en premier. » Keira gardait son sourire en coin pour elle-même. La culture d’entreprise chez Viatorum lui semblait complètement inutile. Elle aurait aimé que sa carrière puisse se développer par le dévouement, les compétences et le travail acharné, plutôt que par son habileté à briller en société près de la fontaine à eau. Cela ne voulait pas dire que Keira n’était pas concentrée sur sa carrière – c’était la chose la plus importante pour elle dans sa vie en ce moment, même si elle ne voulait pas l’avouer à Zachary – elle ne voulait tout simplement pas changer pour s’intégrer dans la culture du magazine. Elle avait souvent l’impression qu’elle attendait son heure, son moment pour briller. Une seconde plus tard, le téléphone de Keira vibra. Nina lui avait envoyé un de ses messages secrets. Je suppose que Joshua ne t’a pas préparée au fait qu’Elliot vienne pour cette réunion. Keira retint son exclamation de surprise. Bien que le PDG de Viatorum fût un million de fois plus agréable que Joshua, elle se sentait plus fiévreuse quand il était présent. Il détenait la clé de l’avenir de sa carrière. Il était celui qui avait le pouvoir d’embaucher et de licencier sur le champ, celui dont l’opinion importait vraiment. Joshua ne dirait jamais à Keira si elle avait fait du bon travail, ou si son écriture s’était améliorée, même si elle avait travaillé dur. Elliot, de l’autre côté, faisait des compliments quand ils étaient mérités, ce qui était rare, mais cela rendait leur obtention encore meilleure. Keira était sur le point de répondre à Nina quand elle entendit le bruit des pas rapides de Joshua approcher. « Qu’est-ce que c’est que cette merde, Keira ? », cria-t-il avant même d’avoir atteint sa table. Ses mots résonnèrent dans le bureau. Toutes les têtes se tournèrent pour observer la dernière offensive verbale, tout en étant simultanément heureux de ne pas être à l’autre bout et excitées à l’idée qu’un autre agneau sacrificiel satisfasse le besoin irrépressible que Joshua avait de faire feu. « Je suis désolée ? », demanda aimablement Keira, même si son cœur battait la chamade. « Cette merde à propos de l’Irlande ! Tout ça est inutile ! » Keira n’était pas sûre de savoir comment réagir. Elle savait qu’elle avait fait de bonnes recherches. Elle s’en était tenue aux demandes, avait présenté ses conclusions dans un document facile à utiliser, elle s’était surpassée. Joshua était juste de mauvaise humeur et passait ses nerfs sur elle. Plutôt, c’était un test pour voir comment elle réagirait à une attaque verbale en public. « Je peux faire d’autres recherches si vous le souhaitez », dit Keira. « Il n’y a pas le temps ! », cria Joshua. « Elliot sera là dans quinze minutes ! » « En fait », l’interrompit Nina, « sa voiture vient de se garer. » Elle se pencha sur sa chaise de bureau, contemplant la vue depuis la grande fenêtre. Joshua devint rouge vif. « Je ne trinquerais pas pour ça, Swanson », dit-il en désignant Keira. « Si Elliot est déçu, je lui dirai à qui revient la faute. » Il retourna d’un pas lourd dans son bureau cloisonné. Mais en chemin, une de ses richelieus en cuir verni atterrit sur une flaque de café qu’un de ses rédacteurs stressé et pressé avait renversé sur le sol carrelé, dans sa hâte de se mettre au travail. Il y eut un temps d’arrêt, pendant lequel Keira put sentir qu’un événement terrible était sur le point d’arriver. Puis ils commencèrent, les mouvements au ralenti et saccadés de Joshua. Son torse se contorsionna, comme dans une danse étrange, tandis qu’il essayait de garder son équilibre. Mais l’alliance des carreaux de granit et du macchiato était trop puissante pour être terrassée. Joshua perdit complètement son aplomb. Une jambe glissa vers l’avant tandis que l’autre se tordait bizarrement sous lui. Tout le monde poussa un cri quand il atterrit lourdement et bruyamment sur le sol dur. Un craquement retentit dans l’immense bureau, et résonna affreusement. « Ma jambe ! », cria Joshua en serrant son tibia à travers son pantalon bleu électrique. « Je me suis cassé la jambe ! » Tout le monde semblait paralysé. Keira courut vers lui, sans savoir quoi faire pour l’aider, mais certaine que se casser une jambe d’une telle manière devait être impossible. « Ce n’est pas cassé », balbutia-t-elle en essayant d’être rassurante. Mais c’était avant que son regard ne tombe sur l’angle anormal formé par la jambe de Joshua, sur la déchirure dans son pantalon à travers lequel elle vit l’os protubérant. La nausée la saisit. « En fait… » « Ne restez pas plantés là ! », cria Joshua. Il se roulait de douleur. Les yeux plissés, il jeta un regard à sa blessure. « Oh mon Dieu ! », cria-t-il. « J’ai déchiré mon pantalon ! Il m’a coûté plus que ce que vous gagnez en un mois ! » Juste à ce moment-là, les portes vitrées principales s’ouvrirent, et Elliot entra à grands pas. Même si Elliot n’avait pas fait un mètre quatre-vingt-dix, il aurait été imposant. Il y avait quelque chose chez lui, dans la façon dont il se tenait. Il pouvait instiller terreur et obéissance chez les gens d’un seul coup d’œil. Comme des lièvres pris dans les phares d’une voiture, tout le monde arrêta ce qu’il faisait et le regarda avec crainte. Même Joshua fut réduit au silence. Elliot observa la vue qui s’offrait devant lui ; Joshua étendu sur le sol, serrant sa jambe, hurlant de douleur ; Keira qui se tenait, impuissante, au-dessus de lui ; la foule des rédacteurs debout à leurs bureaux, avec des expressions horrifiées sur leurs visages. Mais l’expression d’Elliot ne changea pas d’un pouce. « Est-ce que quelqu’un a appelé une ambulance pour Joshua ? » fut tout ce qu’il dit. Il y eut une soudaine effervescence. « Je vais le faire ! » commencèrent-ils tous à dire les uns au-dessus des autres tout en se jetant sur leurs téléphones de bureau, voulant à tout prix être considérés comme le sauveur devant Elliot. De la sueur froide brillait sur le front de Joshua. Il leva les yeux vers Elliot. « Ça ira », dit-il à travers ses dents serrées. Il essaya de paraître nonchalant, mais échoua misérablement. « C’est juste un os cassé. C’est une bonne chose que ce soit ma jambe et pas mon bras. Je n’ai pas besoin de ma jambe pour écrire le papier sur l’Irlande. » Il semblait un peu délirant. « Mais vous en avez besoin pour monter dans un avion et randonner dans les collines », dit calmement Elliot. « Des béquilles », dit Joshua en grimaçant. « Un fauteuil roulant. Nous aurons juste besoin d’adapter un peu. » « Joshua », répondit sévèrement Elliot, « le seul endroit où je vais vous envoyer, c’est l’hôpital. » « Non ! », cria Joshua en essayant de s’asseoir. « Je peux réaliser la mission ! J’ai juste besoin d’un plâtre et ensuite je serai comme neuf ! » Sans aucune émotion, Elliot ignora les supplications de Joshua et jeta un coup d’œil à sa montre. « Je commence la réunion à onze heures précises », annonça-t-il à l’équipe de rédaction. Puis il entra d’un pas nonchalant dans la salle de conférence sans même regarder en arrière. Tout le monde resta là, silencieux, choqué, incertain de ce que faire. Puis les cris de Joshua leur firent reprendre leurs esprits. « Laissez-moi vous apporter de l’eau », dit Lisa. « Je ne veux pas de ta fichue eau ! », cria Joshua. « Là », dit Duncan, en se précipitant en avant. « Vous devez élever la plaie. » Il tendit la main vers la jambe blessée de Joshua, mais ce dernier écarta son bras d’une claque. « Ne me touche pas ! Je jure devant Dieu que si tu me touches, je te virerai ! » Duncan recula, les mains levées en signe de trêve. « L’ambulance est là », dit Nina depuis la fenêtre. Des lumières bleues clignotaient de l’autre côté. Dieu merci, pensa Keira. Elle avait eu plus de Joshua qu’elle ne pouvait le supporter en une journée. Pour toute une vie, si elle devait être honnête envers elle-même. À ce moment-là, elle leva les yeux et réalisa qu’Elliot se tenait sur le seuil de la salle de conférence, les regardant tous s’affairer autour de Joshua, comme des fous. Il n’avait guère l’air impressionné. Keira nota l’heure. La réunion commençait dans moins d’une minute. Keira prit conscience qu’il y avait là une opportunité. Il n’y avait aucune chance pour que Joshua achève la mission en Irlande, Elliot l’avait dit très clairement. Ce qui signifiait que tous les autres se battraient afin de se faire remarquer. Ce n’était pas la plus glamour des tâches, mais c’était plus que Keira n’avait jamais eu. Elle avait besoin de faire ses preuves vis-à-vis d’Elliot. Elle avait besoin de cette mission. Laissant ses collègues derrière elle, Keira se dirigea à grandes enjambées vers la salle de conférence. Elle passa Elliot à l’entrée et s’assit à côté du siège qu’elle savait qu’il occuperait bientôt. Duncan la remarqua en premier. La voir assise dans la salle de conférence vide sembla lui faire soudainement réaliser ce que Keira elle-même avait compris, que l’affectation en Irlande était vacante et que l’un d’entre eux était nécessaire pour l’occuper. Il se précipita (en essayant de cacher le fait qu’il se précipitait) pour être le suivant à l’intérieur. Les autres s’en aperçurent, et il y eut une soudaine bousculade vers la salle de conférence, chaque collègue s’excusant poliment de s’être heurté “accidentellement” à l’autre dans sa hâte de pénétrer à l’intérieur, d’impressionner Elliot et de gagner la mission convoitée. Ce qui laissa Joshua complètement seul au milieu de l’open-space. Les ambulanciers le hissèrent sur une civière et l’évacuèrent, pendant qu’une salle de conférence remplie de son personnel s’apprêtait à se battre pour sa mission. * « Je suis sûr que vous avez remarqué, maintenant », dit Elliot, « que le malheureux accident de Joshua m’a laissé dans une situation difficile. » Il croisa ses grandes mains sur la table de conférence et regarda tous les rédacteurs assis devant lui. Keira resta silencieuse, attendant son heure. Elle avait une stratégie : laisser les autres s’épuiser à demander à recevoir la mission, puis intervenir à la dernière minute. « L’article sur l’Irlande », continua Elliot, « allait être notre article en première page. Viatorum prend une nouvelle direction. Des articles personnels, des récits à la première personne. L’auteur conduit le récit, crée une histoire, dans laquelle le lieu est un personnage clé. J’avais informé Joshua à ce sujet. Je ne sais pas si l’un d’entre vous a le talent pour le faire, pour comprendre ma vision. » Il baissa les yeux vers le dessus de la table, fronçant tellement les sourcils qu’une veine ressortit sur son front. « L’avion part demain », se lamenta-t-il, comme s’il n’avait pas de public. « Si je puis me permettre » dit Lisa. « Mon article sur la Floride est presque terminé. Je peux le finir dans l’avion. » « Certainement pas », répondit Elliot. « Personne ne peut être sur deux missions à la fois. Qui est libre ? » Il y eut un dégonflement collectif quand plusieurs des rédacteurs autour de la table se rendirent compte qu’ils étaient déjà hors course. « Je suis libre », dit Duncan. « J’étais censé prendre l’avion pour Madrid aujourd’hui, mais le travail passe avant tout. Stacy ne m’en voudra pas si je reporte les vacances. » Keira parvint tout juste à s’empêcher de lever les yeux au ciel en entendant la phrase répétée de Duncan. Elle se demanda à quel point Stacy était complaisante à l’idée que ses vacances soient annulées. Elliot scruta Duncan, de l’autre côté de la table. « Vous êtes ce type de Buxton, n’est-ce pas ? Celui qui a écrit l’article de Francfort ? » « Oui », répondit Duncan en souriant avec fierté. « J’ai détesté ce papier », dit Elliot. Keira pouvait la sentir bouillonner en elle, l’excitation. C’était son moment. Son heure de gloire. Ignorant la nervosité qu’elle ressentait, elle leva la main avec une assurance forcée. « Je suis disponible pour l’article. » Toutes les têtes se tournèrent vers elle. Elle combattit l’envie de se tasser sur son siège. « Qui êtes-vous ? », demanda Elliot. Keira déglutit. « Keira Swanson. Je suis l’assistante rédactrice de Joshua. Il m’a chargée de faire des recherches préliminaires pour cet article. » « Il a fait ça, n’est-ce pas ? », demanda Elliot, impassible en apprenant que Joshua distribuait ses tâches à son personnel subalterne. Il se caressa le menton, contemplatif. « Vous n’avez jamais été à l’étranger pour une mission ? » Keira secoua la tête. « Pas encore », répondit-elle. « Mais je suis excitée de le faire. » Elle espérait que le trémolo dans sa voix ne pouvait pas être entendu. Elle pouvait sentir ses collègues autour d’elle se hérisser d’irritation. Ils pensaient probablement que c’était parfaitement injuste, que Keira ne méritait pas cette mission. Ils se fustigeaient probablement eux-mêmes pour s’être portés volontaires pour des articles moins glamour au cours des semaines précédentes, car ils étaient maintenant coincés avec. Nina, la seule personne qui manifesta une once de soutien, esquissa un sourire entendu. En son for intérieur, Keira se sentit aussi sourire. C’était son moment. Elle avait attendu son heure à Viatorum, était passée derrière Joshua, avait réécrit ses articles en son nom, travaillant à toute heure pour peu de récompenses. Maintenant c’était à son tour d’être sous le feu des projecteurs. Elliot tambourinait ses doigts sur la table. « Je ne suis pas sûr », dit-il. « Vous n’avez pas encore fait vos preuves. Et c’est une grosse tâche. » Nina intervint audacieusement depuis l’autre bout de la pièce. Elle avait fait son temps, gagné confiance et respect. Des années dans le milieu de l’édition des magazines haut de gamme l’avaient endurcie. « Je ne pense pas que vous ayez d’autres options. » Elliot fit une pause, comme s’il laissait les mots faire leur chemin. Puis son froncement de sourcils commença à se relâcher et, avec une sorte d’acceptation réticente, il dit : « Très bien. Swanson, vous avez l’article. Mais seulement parce que nous sommes désespérés. » Ce n’était pas la meilleure façon au monde de recevoir une si bonne nouvelle, mais Keira s’en fichait. Elle avait eu l’article. C’était tout ce qui comptait. Elle dut lutter contre l’envie de lever le poing en l’air. « C’est un voyage de quatre semaines », expliqua Elliot. « Au Festival Lisdoonvarna, en Irlande. » Keira acquiesça ; elle savait déjà tout cela. « Le Festival de l’Amour », dit-elle avec ironie. Elliot sourit. « Alors vous êtes une cynique ? » Soudain nerveuse, Keira s’inquiéta de savoir si elle avait dit la mauvaise chose, avait laissé son dédain filtrer par accident. Mais ensuite elle remarqua que l’expression d’Elliot était en fait approbative. « C’est exactement le genre d’angle que je cherche », dit-il. Tout le monde autour de la table semblait avoir avalé des couleuvres. Lisa affichait franchement sa jalousie envers Keira dans un regard furieux. « La vérité », ajouta Elliot, les yeux brillants d’une soudaine excitation. « Je veux que vous démystifiiez la niaiserie du romantisme de l’Irlande. Que vous démystifiez le mythe qui veut que l’on puisse être uni à son partenaire pour la vie juste par le biais d’un festival sentimental. J’ai besoin que vous soyez courageuse et montriez à quel point tout cela n’a pas de sens, que l’amour ne fonctionne pas ainsi dans le monde réel. Je le veux sans complaisance. » Keira acquiesça. Elle était une new-yorkaise cynique, et l’angle de la mission lui convenait très bien. Elle ne pouvait s’empêcher de penser que l’opportunité parfaite lui était tombée dessus au moment parfait. C’était sa chance de briller, de mettre en valeur sa voix et son talent, de prouver qu’elle méritait sa place à Viatorum. « Réunion terminée », dit Elliot. Alors que Keira se levait, il ajouta : « Pas vous, mademoiselle Swanson. Nous devons passer en revue les détails avec mon assistante. S’il vous plaît, allons dans mon bureau. » Alors que les autres sortaient de la salle de conférence, Nina croisa le regard de Keira et lui adressa un pouce levé. Puis Keira traversa le bureau, côte à côte avec Elliot, ses talons claquant et attirant des regards jaloux de la part de tout le monde autour d’elle. * À la seconde où la porte du bureau d’Elliot fut fermée, Keira sut que le vrai travail était sur le point de commencer. L’assistante d’Elliot, Heather, était déjà assise. Elle fronça les sourcils, confuse, quand elle réalisa que Keira avait été choisie pour le travail, mais elle ne dit rien. Tu es juste une autre personne qui se révèle avoir eu tort, pensa Keira. Elle s’assit et Elliot fit de même. Heather lui tendit un classeur. « Vos billets d’avion », expliqua-t-elle. « Et les détails de votre hébergement. » « J’espère que vous êtes une lève-tôt parce que vous partirez à la première heure demain matin », ajouta Elliot. Keira sourit, bien que tous les événements prévus dans son agenda lui traversèrent l’esprit, toutes les choses qu’elle aurait à annuler et à rater. Une sueur froide l’envahit quand elle réalisa qu’elle allait manquer le mariage de Ruth, la sœur de Zachary, qui avait précisément lieu le lendemain. Il allait être tellement énervé ! « Ce n’est pas un problème », dit-elle en regardant les billets dans son classeur, qui étaient pour un vol à six heures du matin. « Pas un problème du tout. » « Nous vous avons réservé un petit B&B pittoresque à Lisdoonvarna », expliqua Elliot. « Pas de fioritures. Nous voulons que vous viviez tout. » « Super », répondit-elle. « Ne ratez pas ça, d’accord ? », dit Elliot. « Je prends un énorme risque en pariant sur vous. Si vous vous plantez pour ce reportage, vos jours ici sont terminés. Compris ? Il y a des centaines d’autres rédacteurs qui attendent pour avoir votre place. » Keira hocha de la tête, essayant de ne pas montrer l’anxiété sur son visage, de paraître audacieuse, confiante et totalement composée, tandis qu’à l’intérieur, elle avait l’impression que mille papillons avaient pris leur envol. CHAPITRE DEUX Plus tard dans la soirée, quand Keira rentra chez elle dans l’appartement qu’elle partageait avec son petit ami, elle trépidait toujours d’excitation et d’incrédulité. Sa main tremblait tandis qu’elle essayait d’insérer la clef dans la serrure de la porte. Finalement, elle ouvrit et entra. L’odeur de cuisine traînait dans l’air, mélangée à celle des produits nettoyants. Zachary avait fait le ménage. Cela signifiait qu’il était en colère. « Je sais, je sais, je sais », commença-t-elle avant même qu’il ne soit entré dans son champ de vision. « Tu es fâché. Et je suis désolée. » Elle jeta ses clefs dans le pot près de l’entrée et claqua la porte. « Mais, bébé, j’ai d’excellentes nouvelles ! » Elle ôta ses talons et frotta ses pieds douloureux. Zachary apparut sur le seuil du salon, bras croisés. Ses cheveux noirs reflétaient son expression assombrie. « Tu as manqué le brunch », dit-il. « Tout. » « Je suis désolée ! », implora Keira. Elle jeta ses bras autour de son cou, mais vit qu’il était réticent, et décida donc de changer de tactique. Elle prit sa voix sensuelle. « Et si on se disputait à ce sujet et qu’ensuite je me rattrapais ? » Zachary repoussa ses bras et se dirigea d’un pas lourd dans le salon, où il s’effondra sur le canapé. La pièce était d’une propreté impeccable. Même sa PlayStation avait été dépoussiérée. Il était plus énervé que jamais, réalisa Keira. Elle s’assit à côté de lui et posa doucement une main sur son genou, caressant le denim sous ses doigts. Zachary regardait fixement la télé devant lui, qui n’était pas allumée. « Que veux-tu que je fasse, Zach ? », demanda-t-elle doucement. « Je dois travailler. Tu le sais. » Il soupira et secoua la tête. « Je comprends que tu doives travailler. Je travaille aussi. Tout le monde travaille. Mais tout le monde n’a pas un patron qui claque des doigts et fait accourir son personnel comme s’ils étaient des robots ! » Il n’avait pas tort. « Attend, tu n’es pas jaloux de Josh, n’est-ce pas ? », demanda Keira. L’idée était risible. « Si seulement tu l’avais vu ! » « Keira », aboya Zachary, en la regardant enfin. « Je ne suis pas jaloux de ton patron. Du moins pas de cette façon. Je suis jaloux qu’il reçoive autant de ta part, de ton énergie et de ton attention dans la vie. » Ce fut au tour de Keira de soupirer. D’un côté, elle comprenait d’où venait la colère de Zach, mais de l’autre, elle aurait aimé qu’il puisse soutenir son succès. Elle voulait qu’il surmonte la crise pendant qu’elle était au bas de l’échelle. Les choses étaient sur le point de devenir plus faciles, une fois qu’elle aurait franchi la prochaine étape de sa carrière. « J’aimerais que ce ne soit pas le cas, moi aussi », acquiesça Keira. « Mais le fait que j’investisse autant d’efforts et d’énergie dans ma carrière ne va pas changer. Du moins pas pendant le mois prochain. » Zachary fronça les sourcils. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Keira voulait garder son excitation contenue par respect pour Zach mais elle ne pouvait simplement pas s’en empêcher. Elle cria presque de joie en annonçant : « Je pars en Irlande ! » Il y eut une longue, longue pause, pendant que Zach absorbait l’information. « Quand ? », dit-il froidement. « C’est le problème », répondit Keira. « C’est un changement de personnel de dernière minute. Josh s’est cassé la jambe. C’est une longue histoire. » Zach se contenta de lancer un regard furieux pendant qu’elle divaguait. Il la regardait avec impatience, attendant la chute. Keira s’enfonça dans le canapé, essayant de paraître aussi petite que possible. « Je pars demain. » L’expression de Zachary changea aussi vite qu’un orage soudain. S’il avait était plutôt nuages de pluie auparavant, il était à présent tout en tonnerre et éclairs. « Mais le mariage a lieu demain », dit-il. Keira prit ses deux mains dans les siennes. « Le timing est nul, je serai la première à l’admettre. Mais je jure que ça ne dérangera pas Ruth. » « Ça ne la dérangera pas ? », dit sèchement Zach, retirant brusquement ses mains. « Tu fais partie de la fête ! » Soudain, il se releva et s’éloigna à grands pas, passant ses mains dans ses cheveux. Keira bondit et se précipita vers lui, pour essayer de l’apaiser avec affection. Mais Zach ne voulait rien entendre cette fois. « Je n’arrive pas à y croire », haleta-t-il. «Je passe toute la journée à organiser un brunch avec ta famille, à écouter Bryn parler encore et encore de son nouveau professeur de méditation et de tous ses avis sans intérêts— » « Eh ! », dit Keira, en colère maintenant. Critiquer sa grande sœur n’était pas acceptable. « Et au lieu de me remercier », poursuivit Zach, « tu m’annonces ça ! Comment diable suis-je censé le dire à Ruth? « Je lui dirai », suggéra Keira. « Laisse-moi être le méchant, ça ne me dérange pas. » « Tu es le méchant ! », s’exclama Zach. Il sortit du salon d’un pas lourd. Keira suivit, impuissante. Ils étaient ensemble depuis deux ans et elle ne l’avait jamais vu aussi énervé auparavant. Elle le suivit dans la chambre et le regarda tirer sa valise de sous le lit. « Qu’est-ce que tu fais ? », demanda-t-elle, exaspérée. « Je sors ça », répliqua-t-il. « Tu ne peux pas partir sans valise, n’est-ce pas ? » Keira secoua la tête. « Je sais que tu es en colère, mais tu vas un peu loin. » Elle lui prit la valise des mains et la posa sur le lit. Elle s’ouvrit comme si elle l’invitait à commencer à faire ses bagages. Keira dut se battre contre l’envie qui montait en elle de commencer à la remplir. Zach parut perdre momentanément sa force. Désemparé, il s’assit au bout du lit, la tête dans ses mains. « Tu choisis toujours le travail plutôt que moi. » « Je suis désolée », dit Keira, sans le regarder tandis qu’elle attrapait son pull préféré par terre et le jetait discrètement dans la valise. « Mais c’est l’opportunité de ma vie. » Elle se dirigea vers la commode et fouilla dans ses flacons de crèmes hydratantes et de parfums. « Ruth me déteste de toute façon. Elle m’a seulement intégrée dans la fête parce que tu lui as demandé de le faire. » « Parce que c’est ce que tu es censée faire », dit tristement Zach. « Tu es censée faire des trucs de famille. » Elle se retourna et ajouta rapidement les articles dans sa valise. Mais Zach remarqua ce qu’elle faisait et son expression toujours plus noire s’assombrit encore. « Est-ce que tu es en train de faire tes bagages ? » Keira se figea et se mordilla la lèvre inférieure. « Désolée. » « Non, tu ne l’es pas », dit-il d’une voix froide et mesurée. Puis il leva les yeux et dit, « Si tu pars, je ne sais pas si nous pourrons rester ensemble. » Keira haussa un sourcil, décontenancée par sa menace. « Oh vraiment ? » Elle croisa les bras. Maintenant, il avait attiré son attention. « Tu vas me donner un ultimatum ? » Zachary leva les bras en signe de frustration. « Ne fais pas comme si tu ne me forçais pas la main ! Tu ne vois pas à quel point ce sera embarrassant pour moi de me présenter au mariage de Ruth demain sans toi ? » Keira soupira, tout aussi frustrée. « Je ne comprends pas pourquoi tu ne peux pas simplement leur dire que j’ai décroché une formidable opportunité au travail. Quelque chose que je ne pouvais pas manquer. » « Le mariage de ma sœur devrait être quelque chose que tu ne peux pas manquer. Ça devrait être une priorité ! » Ah. Encore. Ce mot. Priorité. La chose que Keira n’admettrait jamais à Zach, que la priorité ce n’était pas lui mais sa carrière. « Je suis désolée », répéta-t-elle, sentant que sa détermination faiblissait enfin. « Mais ce n’est simplement pas possible. Ma carrière doit passer en premier. » Elle baissa la tête, non pas par honte mais de tristesse. Ce n’était pas obligé d’être ainsi. Zach n’aurait jamais dû opposer leur relation à sa carrière. C’était une bataille qu’il perdrait inévitablement. Keira ne savait pas quoi dire d’autre. Elle regarda le visage enragé de Zachary. Plus aucun mot ne passait entre eux. Il n’y avait plus rien à dire. Puis Zach se leva du lit, sortit de la pièce et remonta le couloir, puis attrapa ses clefs dans le bol près de l’entrée avant d’ouvrir la porte et de la claquer derrière lui. Tandis que Keira écoutait le bruit de sa voiture s’éloigner, elle sut qu’il ne reviendrait pas ce soir-là ; il dormirait sur le canapé pliant de Ruth pour prouver son point de vue. Keira avait gagné le combat mais il n’y avait aucun plaisir dans sa victoire. Elle s’effondra sur le lit à côté de sa valise ouverte et sentit une boule dure se former dans sa gorge. Ayant besoin d’un peu de soins et d’attention, elle prit son portable et appela sa mère. « Bonjour, ma chérie », dit la femme en décrochant immédiatement, comme si la vue du nom de sa fille cadette sur l’écran l’avait poussée à agir sur le champ. « Tout va bien ? » Keira soupira. « J’appelais pour te parler d’une mission qui m’a été confiée aujourd’hui au travail. C’est un article de une. Je vais pouvoir partir en Irlande. » « Chérie, c’est une excellente nouvelle. C’est excitant ! Toutes mes félicitations. Mais pourquoi parais-tu si morose ? » Keira roula sur le ventre. « Zach. Il est fâché. Il a dit que si je partais, ce serait fini entre nous. » « Je suis sûre qu’il ne le pense pas », dit sa mère gentiment. « Tu sais comment les hommes peuvent être. Tu as juste blessé son ego en plaçant tes propres priorités au-dessus des siennes. » Keira tira distraitement sur le coin d’une taie d’oreiller. « Ça a plus à voir avec le mariage de Ruth demain », expliqua-t-elle. « Il pense que je l’abandonne, que je le laisse en plan. Comme si en se présentant seul, tout son monde allait imploser. » Elle rit avec ironie, mais à l’autre bout de la ligne, il y eut un silence. « Oh », dit sa mère. « Oh quoi ? », demanda Keira, fronçant les sourcils. La voix de sa mère avait perdu une partie de sa chaleur. Il y avait un aspect mordant que Keira reconnut assez bien, puisqu’elle l’avait entendu mille fois étant enfant. La désapprobation. « Eh bien, je n’avais pas réalisé que tu allais manquer le mariage de sa sœur », dit-elle. « Et est-ce que ça change les choses à ton avis ? », dit Keira, devenant un peu sèche. Sa mère répondit avec la voix que Keira reconnut comme étant “diplomatique”. « Si tu t’étais déjà engagée avant. Et c’est sa sœur. Se présenter aux mariages seul est vraiment la pire des choses. Tout le monde regarde et murmure. Il va être très mal à l’aise. » « Maman ! », cria Keira. « On n’est plus dans les années 1950. Le confort d’un homme n’est pas plus important que la carrière d’une femme ! » « Ce n’est pas ce que je veux dire, ma chérie », dit sa mère. « Je veux simplement dire que Zachary est un jeune homme charmant et qu’il n’y rien de mal à donner la priorité au mariage. Tu ne veux pas être comme ta sœur, toujours sur ces sites de rencontres, à passer des soirées terribles avec des hommes qui disent qu’ils mesurent un mètre quatre-vingt mais ne font qu’à peine un mètre cinquante ! » « Maman ! », cria de nouveau Keira, coupant court à ses divagations. « J’ai besoin que tu me soutiennes en ce moment. » Sa mère soupira. « C’est le cas. Je suis très contente pour toi. Et j’aime ta…passion. Vraiment. » Keira leva les yeux au ciel. Sa mère n’était pas très douée pour être convaincante. « Je pense juste que dans cette situation tu devrais rester avec ton copain. Je veux dire, vraiment, qu’est-ce qui compte le plus ? De toute façon, tu vas quitter ce travail dans trois ans pour commencer à avoir des enfants. » « D’accord, maman, arrête de parler maintenant ! », dit sèchement Keira. Faire des bébés était si éloigné de ses préoccupations que c’en était une suggestion risible. « Chérie », la calma sa mère. « C’est très honorable que tu travailles aussi dur. Mais l’amour est important aussi. Tout aussi important. Si ce n’est plus. Est-ce qu’écrire cet article compte vraiment plus pour toi que Zachary ? » Keira réalisa qu’elle serrait fermement son téléphone. Elle relâcha un peu sa prise. « Je dois y aller, maman. » « Pense à ce que j’ai dit. » « Je le ferais. » Elle raccrocha, le cœur lourd. L’exaltation qu’elle avait ressentie plus tôt aujourd’hui s’était entièrement évaporée. Il n’y avait qu’une seule personne qui pouvait lui remonter le moral maintenant, c’était Bryn. Elle trouva rapidement le contact de sa grande sœur et l’appela. « Salut, petite sœur », dit Bryn quand elle répondit. « Tu as manqué le brunch. » « Je travaillais », répondit Keira. « Joshua nous a tous traînés au bureau, je pense juste pour frimer devant Elliot à propos de ce reportage irlandais qu’il allait écrire. Seulement il a glissé et…eh bien, il s’est cassé une jambe. » « Tu plaisantes ? », s’exclama Bryn, éclatant dans un fou rire. « Comment cela a-t-il pu arriver ? » Déjà, Keira sentait sa tristesse commencer à fondre, tel était le pouvoir de Bryn. « C’était fou », dit-elle. « J’ai vu son os. Et ensuite il a hurlé à propos du fait qu’il avait abîmé son pantalon hors de prix ! » Les deux sœurs rirent ensemble. « Alors qu’est-ce qui s’est passé après ? », demanda Bryn, auditoire captif que Keira avait cherché chez Zachary et sa mère. « Il a été emporté par les ambulanciers sur une civière et j’ai réalisé que la réunion allait commencer – Elliot déteste quand les gens sont en retard – alors je suis allée m’asseoir. Et je suppose que j’ai attiré son attention à cause de ça, et il m’a donné l’article sur l’Irlande. » « Impossible ! », s’exclama Bryn. « Tu plaisantes ? Ma petite sœur va écrire l’article en une ? » Keira sourit. Elle savait que Bryn ne comprenait pas complètement à quel point c’était une grosse affaire pour elle, et qu’elle feignait au moins vingt pour cent de son enthousiasme, mais elle l’appréciait. C’était le genre de réaction qu’elle avait espéré de Zach. « Ouais. C’est génial. Mais je dois partir pour l’Irlande demain, donc je vais manquer le mariage de Ruth. » « Oh pff. Et alors ? », dit Bryn. « C’est bien plus important. Je pensais que tu n’aimais pas Ruth de toute façon. » « C’est vrai. Mais j’aime Zach », dit Keira, incitant Bryn à réfléchir à la raison pour laquelle le fait de se rendre en Irlande à la dernière minute n’était peut-être pas la chose la plus aisée à faire au monde. « Je l’ai vraiment contrarié cette fois. » Bryn souffla. « Écoute sœurette. Je sais que c’est dur. Et j’aime le gars, crois-moi, je l’apprécie. Mais tu dois partir ! Tu dois le faire. Je déteste être la seule à le dire mais tu ne devrais vraiment pas être avec un gars qui te retient. Tu ne feras que lui en vouloir si tu cèdes à ses exigences. » « Et il ne fera que m’en vouloir si je ne le fais pas. » « Ouais. C’est une triste vérité, mais parfois la vie se met juste en travers du chemin de l’amour. Deux personnes peuvent être la bonne l’une pour l’autre mais le timing peut être complètement mauvais. » Keira sentit son cœur être douloureux à l’idée de quitter Zachary en faveur de sa carrière. Mais peut-être que Bryn avait raison. Peut-être que ce n’était pas le bon moment pour eux. « Alors, qu’est-ce que tu vas faire ? », demanda Bryn, tirant Keira de sa rêverie. Keira prit une profonde inspiration. « Tu sais quoi, j’ai enduré trop de conneries en grimpant les échelons dans l’entreprise pour abandonner au dernier obstacle. Je ne peux pas refuser ça. » Keira sentit sa volonté revenir en elle. Elle était triste à l’idée de laisser Zachary derrière elle, mais elle ne voyait vraiment aucune autre option. Refuser cette opportunité mettrait fin à sa carrière. Il n’y avait pas d’alternatives à ce sujet. Elle devait partir. CHAPITRE TROIS Le réveil de Keira la tira du sommeil ridiculement tôt le lendemain matin, beuglant comme une corne de brume. Elle se retourna et l’éteignit, puis se rendit compte que l’autre côté du lit était vide. Zach n’avait pas dormi là la nuit dernière. Elle se leva, frotta ses yeux pour en chasser le sommeil, et jeta un coup d’œil dans le salon. Pas de Zach. Donc, tout comme elle l’avait prédit, il n’était pas revenu la veille. Il avait dû rester chez Ruth. Repoussant sa déception et sa tristesse, Keira prit une douche rapide, luttant pour empêcher l’eau chaude de la rendormir, et s’habilla de vêtements confortables pour le long voyage. En prenant son sac, elle vérifia qu’elle avait les billets et le programme que Heather lui avait donnés. Satisfaite que ses papiers et son passeport soient en sa possession, elle sortit de la maison et sauta à l’arrière d’un taxi qui attendait. Pendant qu’elle filait à travers les rues de New York, tôt le matin, Keira prit un moment pour rassembler ses pensées agitées. C’était vraiment en train d’arriver. Elle était vraiment sur le point de partir à l’étranger pour le travail, chose qu’elle avait toujours rêvé de faire. Elle aurait juste aimé que Zachary ait choisi de partager ce moment avec elle, plutôt que de garder ses distances. L’aéroport de Newark débordait autant d’activité qu’à une heure de pointe dans le métro. Un départ à 5h du matin était normal pour tellement de carrières à l’emploi du temps chargé, et Keira ressentit un brusque élan de fierté à se considérer comme comptant parmi eux. Elle enregistra ses bagages sur le vol, avec l’impression d’être une superstar à l’aéroport de Los Angeles, le port de tête tout aussi haut. Ensuite, elle trouva un café pour avoir sa dose matinale et tuer le temps avant que son vol ne soit prêt à embarquer. Pendant qu’elle était assise dans le café animé, elle vérifia son téléphone encore et encore. Même si elle savait que Zachary devait encore dormir, elle voulait désespérément recevoir une sorte de communication de sa part. Elle savait qu’elle avait fait la bonne chose en acceptant la mission et elle espérait que Zach finirait par le voir. Ou peut-être que leur relation était elle vraiment vouée à l’échec comme Bryn semblait le penser. Peut-être que leurs priorités divergentes étaient vraiment un blocage qu’ils ne pouvaient plus surmonter. Elle envoya un message enjoué à Zachary, omettant toute mention de leur dispute, espérant que s’il se réveillait avec un message attentionné, il se sentirait peut-être plus tendre envers elle. Son téléphone sonna et elle bondit d’excitation, pensant que Zach avait répondu. Mais c’était Heather qui vérifiait que tout s’était déroulé comme prévu et qu’elle était à l’heure pour son vol. Déçue, Keira envoya un message, pour dire à Heather que tout allait bien. Juste à ce moment-là, elle entendit l’appel pour l’embarquement de son vol. Finissant rapidement son café, Keira se dirigea vers la porte d’enregistrement, et se jura d’appeler Zachary dès son atterrissage. Il y avait cinq heures de décalage entre New York et l’Irlande, qu’elle devrait garder à l’esprit pendant toute la durée de son séjour. À bord de l’avion, Keira s’installa à son siège, puis vérifia une dernière fois si elle avait reçu un message de Zach. Mais il n’y en avait pas, et l’hôtesse lui lança un regard désapprobateur en la voyant utiliser son téléphone après qu’ils aient demandé l’extinction de tous les appareils électroniques. En soupirant, Keira éteignit son téléphone et le rangea dans sa poche. Juste à ce moment-là, un groupe de participants à un enterrement de vie de garçon embarqua en bavardant bruyamment. Keira grogna. Le vol allait être long. Sept heures, en fait, jusqu’à Shannon dans le comté de Clare. Il ferait nuit quand elle atterrirait, mais son corps penserait qu’il était midi. Elle avait espéré se reposer un peu pendant le vol, mais le groupe d’hommes bruyants allait être un obstacle. L’avion commença à rouler jusqu’à la piste. Dans une tentative d’échapper aux fêtards chahuteurs, Keira mit ses écouteurs et ferma les yeux. Mais ce n’était certainement pas assez pour s’isoler de leur badinage bruyant. L’avion décolla et Keira se résigna à passer au plan B : la caféine. Elle appela le steward et commanda un café, sachant que ce serait le premier de bien d'autres. Elle le but, de mauvaise humeur, avec en bruit de fond l’enterrement de vie de garçon. Pendant qu’elle volait à travers les cieux, Keira prit le temps de parcourir le programme et les rappels de Heather. Il n’y a pas de taxi, donc une voiture de location vous attendra sur le parking. J’espère que vous pouvez conduire avec une boîte manuelle. Et souvenez-vous de conduire à gauche. L’idée d’avoir à conduire en manquant autant de sommeil inquiétait Keira. Elle n’avait pas conduit depuis une éternité, puisqu’elle prenait généralement le métro pour aller partout. La boîte de vitesse représentait évidemment un défi supplémentaire. Et conduire à gauche allait être encore plus difficile. Si elle voulait avoir une chance de ne pas avoir d’accident, elle allait devoir boire une sacrée dose de café ! Vous serez logée dans un pub et B&B irlandais traditionnel, alors ne vous attendez pas au traitement du Hilton. Ce sera basique. Cela ne dérangeait pas Keira. Elle avait été une écrivaine affamée depuis l’obtention de son diplôme ; les hôtels étaient hors de sa fourchette de prix depuis des années ! Elle pourrait s’en contenter pendant un mois sans problème. Tant qu’elle n’était pas censée faire pipi dans des toilettes extérieures, elle était certaine qu’elle serait capable de survivre même dans un logement même des plus basiques. Vous aurez la soirée pour vous acclimater avant de commencer à travailler. Nous avons prévu un guide touristique pour vous montrer les environs. Vous rencontrerez l’entremetteur et responsable du festival le lendemain matin. Le festival commence le soir suivant. Keira commença à se sentir encore plus excitée en lisant toutes les informations. Le vol parut passer plus vite que prévu, ce qui devait être dû à l’adrénaline qui se répandait dans son corps. Ça et la quantité copieuse de caféine. Keira débarqua de bonne humeur à Shannon, descendit de l’avion et pénétra dans l’air froid et frais de septembre. Elle s’était attendue à voir des collines verdoyantes et des champs parsemés de vaches et de moutons, mais à la place l’aéroport de Shannon ne payait pas de mine. La zone était un peu industrialisée, avec de grands bâtiments gris dépourvus de toute qualité architecturale. Le bureau de location de voiture était tout aussi morne. Au lieu d’un chaleureux accueil irlandais, elle rencontra un jeune homme au visage de marbre qui prit silencieusement son bordereau de réservation et lui tendit les clefs presque sans prononcer une syllabe. Keira prit les clefs et trouva la voiture sur le parking. Elle était incroyablement petite. Elle monta du côté droit, se remémorant le rappel de Heather de conduire à gauche. Il lui fallut du temps pour se refamiliariser avec le concept de levier de vitesse et de pédale d’embrayage, puis elle partit, utilisant le GPS pour la guider hors de Shannon. Il lui faudrait environ une heure pour atteindre sa destination, Lisdoonvarna. À peine eut-elle quitté la route principale qu’elle s’aperçut qu’elle roulait tout à coup le long de petites routes sinueuses sans trottoirs, sans panneaux de signalisation et sans lampadaires. Keira serra le volant avec anxiété et mit toute son énergie et sa concentration à conduire sur des routes qui semblaient se rétrécir et se rétrécir encore. Au bout d’un quart d’heure, elle commença à se détendre un peu. La circulation était très fluide, ce qui contribua à calmer ses nerfs, car elle n’était plus aussi terrifiée à l’idée de percuter quelqu’un. L’environnement était également très relaxant, avec rien autour à des kilomètres hormis des collines et des champs parsemés de moutons. L’herbe était la plus verte Keira ait jamais vu dans sa vie. Elle ouvrit la fenêtre pour respirer l’air pur, mais à la place eut droit à l’odeur du fumier. Elle remonta rapidement vitre. Il n’y avait presque pas de panneaux de signalisation pour la guider et elle était reconnaissante d’avoir le GPS. Mais il n’y avait pas non plus de lampadaires, ce qui rendait la conduite difficile, surtout avec autant de virages serrés et sans visibilité. Et le marquage sur la route avait presque disparu. Keira trouvait également que conduire à gauche était désorientant. La conduite difficile fut encore empirée par le nombre de tracteurs qu’elle dut dépasser ! Juste à ce moment-là, la route devint si étroite qu’il n’y avait d’espace que pour une voiture. Keira faillit percuter tête la première la circulation venant dans l’autre sens et dut piler. La voiture cahota vers le bord de la route et racla contre la haie. Keira leva la main pour s’excuser auprès du conducteur de l’autre voiture, mais il sourit avec gentillesse comme si ce n’était rien, et recula un peu pour lui laisser la place de passer. À New York, un tel incident aurait eu pour conséquence un flot d’injures à l’encontre de Keira. Elle avait déjà un aperçu de cette fameuse hospitalité irlandaise. Le cœur encore battant sous le choc du quasi-accident, Keira parvint à dépasser lentement la voiture. Elle continua prudemment, se sentant plus terrifiée par les routes qu’elle ne l’avait été auparavant. Elle espérait que d’avoir éraflé les haies ne laisserait pas de traces visibles sur la peinture – elle n’était pas sûre de ce que la compagnie penserait si elle rentrait avec une énorme facture de l’agence de location pour les dégâts ! Tout reste d’excitation qu’elle avait pu ressentir avant d’emprunter la route traîtresse commença à décliner. Fonctionner à l’adrénaline et au café n’avait mené Keira que jusque là. Maintenant, au lieu d’être en admiration devant la beauté de la nature, elle voyait son environnement comme clairsemé et plutôt morne. Les seules créatures vivantes en vue étaient des moutons. Il y avait de vieilles fermes en pierre disséminées et abandonnées çà et là, en train de s’effondrer. Haut dans les collines, Keira vit également un château abandonné niché au milieu d’une poignée d’arbres, et se demanda comment on avait pu laisser un vieux bâtiment historique tomber en décrépitude. Elle commença mentalement à prendre des notes pour son article, se souvenant de l’angle cynique qu’Elliot voulait qu’elle adopte. Au lieu de voir la beauté de la côte, elle se concentra plutôt sur les nuages gris. Au lieu de considérer la vaste vue sur l’océan comme miraculeuse, elle décida plutôt de projeter son regard sur la morosité des montagnes escarpées et lointaines. Bien que ce soit d’un côté d’une beauté saisissante, Keira pensait que démystifier le romantisme de l’Irlande ne serait guère un défi. Elle avait juste besoin de savoir où regarder et comment tourner les choses. Elle traversa une poignée de petites villages aux murs de pierre. L’un d’eux s’appelait Killinaboy et elle rit à haute voix, puis envoya rapidement une photo du panneau de la ville à Zach, dont elle espérait qu’il apprécierait. Keira était si distraite par le panneau amusant qu’elle ne remarqua presque pas l’obstacle suivant sur la route – un troupeau de moutons ! Elle écrasa les freins et s’arrêta juste à temps, calant au passage. Il fallut beaucoup de temps pour que sa terreur diminue. Elle aurait pu faucher toute une famille de moutons ! Prenant un moment pour calmer les battements de son cœur, Keira attrapa son téléphone et prit une photo de la nuée de postérieurs de moutons, l’envoyant à Zach avec la légende : la circulation ici est un cauchemar. Bien sûr, elle ne reçut aucune réponse. Frustrée par son total manque d’intérêt, elle envoya les mêmes photos à Nina et Bryn à tour de rôle. Toutes deux répondirent presque immédiatement par des émojis rieurs et Keira hocha de la tête, satisfaite de savoir qu’au moins quelqu’un dans sa vie trouvait ses escapades intéressantes. Keira fit redémarrer le moteur et rattrapa lentement la cohorte de moutons. Ils la regardèrent passer avec une expression entendue, et elle se retrouva presque à s’excuser à haute voix. Le ciel commençait à s’assombrir, donnant au trajet l’impression d’être encore plus dangereux. Que les seuls bâtiments qu’elle vit soient des églises, avec des statues solennelles de la Vierge Marie priant en bords de la route, n’aidait pas. Enfin, Keira arriva à Lisdoonvarna et fut agréablement surprise par ce qu’elle vit. Au moins, cela ressemblait à un endroit où des gens vivaient ! Il y avait des rues où plus d’une maison se tenait côte à côte, ce qui lui donnait l’impression d’être une ville…enfin presque. Tous les bâtiments, maisons et magasins étaient si petits et pittoresques, beaucoup à quelques pas à peine de la route, et ils étaient peints de vives couleurs arc-en-ciel. Keira était heureuse d’être enfin dans un lieu qui semblait être une communauté plutôt que de simples habitations reliées par des routes. Elle ralentit et suivit les panneaux de signalisation jusqu’à ce qu’elle trouve l’adresse qu’elle cherchait, le Saint Paddy’s Inn. Le B&B était juste à l’angle de deux routes, bâtiment de trois étages en briques rouge foncé. De l’extérieur, cela paraissait très irlandais à Keira. Elle se gara dans le petit parking et sortit d’un bond, puis attrapa ses sacs dans le coffre. Elle était épuisée, prête à rentrer et à se reposer. Mais alors qu’elle approchait, elle réalisa que le repos n’était pas quelque chose qu’elle allait obtenir de sitôt. Parce que même de là elle pouvait entendre les bruits des conversations joyeuses et d’un débat tumultueux. Elle pouvait aussi entendre le bruit d’un concert, des violons, pianos et accordéons. Une clochette au-dessus de la porte tinta quand elle entra pour trouver un petit pub sombre, avec un vieux papier peint cramoisi et plusieurs tables rondes en bois. L’endroit était rempli à ras bord de gens, bières à la main. Ils la regardèrent comme s’ils pouvaient dire sur-le-champ qu’elle n’était pas à sa place ici, qu’elle n’était pas seulement une touriste, mais une Américaine. Keira se sentit un peu dépassée par le choc culturel. « Que puis-je faire pour vous ? », dit une voix masculine avec un accent prononcé que Keira put difficilement comprendre. Elle se tourna vers le bar pour voir un vieil homme debout derrière. Il avait un visage rabougri et une touffe de cheveux gris qui poussait du milieu d’un crâne autrement chauve. « Je suis Keira Swanson », dit Keira en s’approchant de lui. « Du magazine Viatorum. » « Je ne peux pas vous entendre ! Parlez plus fort ! » Keira éleva la voix sur fond de musique folklorique jouée en live et répéta son nom. « J’ai une chambre réservée ici », ajouta-t-elle quand l’homme ne fit que la regarder avec un froncement de sourcils. « Je suis une rédactrice d’Amérique. » Finalement, l’homme parut comprendre qui elle était et pourquoi elle était là. « Bien sûr ! », s’exclama-t-il, et un sourire s’étira sur son visage. « Du papier avec le nom latin chic. » Il avait une aura chaleureuse, très grand-père, et Keira se sentit se détendre à nouveau. « C’est celui-là », confirma-t-elle. « Je suis Orin », dit-il. « Je suis le propriétaire du Saint Paddy. Je vis ici aussi. Et c’est pour vous. » Tout à coup, une pinte de Guinness fut posée sur le bar en face de Keira. « Un accueil traditionnel du Saint Paddy. » Keira fut prise de court. « Je ne suis pas tellement une buveuse », dit-elle en riant. Orin lui jeta un coup d’œil. « Vous l’êtes pendant que vous êtes dans le comté de Clare, ma fille ! Vous êtes là pour vous laisser aller tout comme le reste des habitants. Et de toute façon, nous devons trinquer à votre bon voyage ! Merci à la Vierge Marie. » Il fit un signe de croix sur sa poitrine. Keira se sentit un peu timide en acceptant la Guinness et en prenant une gorgée du liquide fort et crémeux. Elle n’avait jamais goûté de Guinness auparavant et la saveur ne lui était pas particulièrement agréable. Après seulement une gorgée, elle fut certaine qu’elle ne serait pas capable de finir la pinte entière. « Tout le monde », cria Orin aux clients du pub, « c’est le reporter américain ! » Keira ne savait plus où se mettre, alors que tout le pub se retournait et commençait à applaudir, à pousser des acclamations comme si elle était une sorte de célébrité. « Nous sommes tellement excités que vous soyez ici ! », dit une femme aux cheveux frisés. Elle se pencha un peu trop près et sourit un peu trop largement au goût de Keira. Puis, d’une voix plus basse, elle ajouta : « Il se pourrait que vous vouliez essuyer votre moustache de Guinness. » Sentant ses joues brûler d’embarras, Keira essuya rapidement la mousse de sa lèvre supérieure. Une seconde plus tard, une autre des clientes du pub se fraya un passage, jouant des coudes avec d’autres sur son chemin — sans que personne ne semble s’en soucier. Elle renversa un peu de son verre quand elle trébucha. « J’ai hâte de lire votre texte ! » « Oh, merci », dit Keira en haussant les épaules. Il ne lui était pas venu à l’esprit que les personnes locales voudraient lire ce qu’elle avait écrit à leur sujet. Cela pourrait rendre toute cette approche cynique un peu plus difficile à trouver. « Alors qu’est-ce qui vous a donné envie d’être journaliste ? », dit l’homme à côté d’elle. « Je ne suis qu’une chroniqueuse », dit Keira en rougissant, « pas un reporter. » « Juste une chroniqueuse ? », s’exclama l’homme, qui parlait fort et cherchait à attirer l’attention des autres autour de lui. « Vous entendez ça ? Elle dit qu’elle est juste une chroniqueuse. Eh bien, je peux à peine tenir un stylo, donc vous êtes un génie en ce qui me concerne. » Tout le monde rit. Keira but nerveusement de petites gorgées de Guinness. L’hospitalité irlandaise était plus que la bienvenue, mais c’était aussi un choc culturel, et elle se surprit à avoir un mouvement de recul, en pensant à la myriade de façons dont elle pouvait étriller cet endroit dans son article. « Je vais vous montrer votre chambre », dit finalement Orin, une fois qu’elle eut réussi à boire presque la moitié de la pinte de Guinness. Elle le suivit dans un étroit escalier grinçant et le long d’un couloir au tapis élimé qui sentait fortement la poussière. Keira marcha silencieusement et prit tout cela en note, construisant des phrases cinglantes dans sa tête tout en observant le décor suranné. Les murs étaient décorés de photographies décolorées et encadrées d’anciennes équipes de football locales, et Keira sourit quand elle vit que la majorité des joueurs partageaient le même nom de famille, O’Sullivan. Elle prit une photo discrète de l’équipe de football en noir et blanc et l’envoya à Zach avec la légende : M. O’Sullivan a dû être un reproducteur prolifique. « Voilà », dit Orin en ouvrant une porte, puis il la fit entrer. La chambre était horrible. Bien que grande, avec un lit double et une énorme fenêtre, elle était affreusement décorée. Le papier peint était en quelque sorte couleur pêche, taché par endroits comme s’il avait été marqué par des années d’empreintes de mains sales. Le lit était recouvert d’une mince couette, qui était matelassée mais pas de la manière engageante d’une maison de campagne, plutôt comme la naufragée d’un magasin de fripes. « C’est la chambre avec le bureau », dit Orin, souriant avec fierté, et il désigna un petit bureau en bois sous la fenêtre. « Pour quand vous écrirez. » Keira rougit. Elle était intérieurement horrifiée à l’idée de rester dans la pièce crasseuse pendant un mois entier, mais elle réussit à articuler un reconnaissant, « Merci ». Voilà pour avoir pensé qu’elle pourrait faire contre mauvaise fortune bon cœur pendant un mois ! « Voulez-vous prendre un peu de temps pour vous installer avant de rencontrer Shane ? », demanda Orin. Keira fronça les sourcils, confuse. « Qui est Shane ? » « Shane Lawder. Votre guide touristique. Pour le festival », expliqua Orin. « Bien sûr », dit Keira, en se souvenant que dans ses notes Heather avait mentionné qu’il y aurait un guide touristique. « Oui, s’il vous plaît, j’aimerais rencontrer Shane. » Elle n’avait aucune envie de passer une minute de plus dans la pièce, aussi laissa-t-elle tomber son sac sur le lit et redescendit l’escalier grinçant. « Shane ! », cria Orin en reprenant son poste derrière le bar. À la surprise de Keira, ce fut le violoniste qui répondit. Il posa son instrument – bien que le groupe de musiciens avec lequel il jouait continua comme si de rien n’était – et approcha. Sous sa barbe hirsute, Keira pouvait voir qu’il avait une mâchoire ciselée. En fait, s’il n’y avait pas eu les cheveux, qui avaient désespérément besoin d’être coupés, et les vêtements dépenaillés, Shane aurait plutôt été beau. Keira se sentit coupable d’avoir pensé une telle chose, d’autant plus qu’avec Zach la situation était délicate et précaire en ce moment, mais elle pensa à la devise de Bryn : Il n’y rien de mal à regarder. « Vous ne ressemblez pas beaucoup à un Joshua », dit Shane en lui serrant la main. « Oh, personne ne vous l’a dit ? », dit Keira. « Quelque chose est arrivé et j’ai été envoyée à la place. Désolée pour ça. » Shane lui lança un regard impertinent. « De quoi vous excusez-vous ? Je préférerais de beaucoup passer trente jours avec une belle femme comme vous. Sans vouloir offenser ce Joshua, je suis sûr qu’il est assez attirant, mais il n’a pas l’air d’être mon type. Vous voyez, comme c’est un homme et tout. » Keira déglutit. Elle ne s’était pas attendue à ce que les hommes irlandais soient aussi directs. Mais elle se souvint de Zach et répéta le mantra dans sa tête, qu’elle ne faisait que regarder. Alors que Shane prenait un tabouret à côté d’elle, Orin plaça une Guinness devant chacun d’eux. Keira gémit silencieusement. Elle ne pouvait pas supporter autant d’alcool ! Shane prit une grande gorgée dans son verre, puis étala quelques documents sur le bar. « Le Festival de l’Amour dure trente jours », expliqua-t-il. « La plupart des activités ne commencent pas avant le soir, alors j’ai préparé un itinéraire des endroits que nous pouvons visiter pendant que vous êtes ici, afin que vous puissiez avoir une meilleure idée du pays dans son ensemble. Nous commencerons par le Burren pour la montagne, puis les falaises de Moher pour voir l’océan, puis nous irons dans le comté voisin, Kerry, à la belle vieille demeure d’époque de Killarney, puis vers Dingle. » « Je pensais que vous me guidiez seulement pour le festival », dit Keira. « Pas à travers tout le pays ! » « Vous allez devenir folle si vous ne vous éloignez pas un peu de Lisdoonvarna pendant la journée », expliqua Shane. « Tous les groupes de personnes qui vont et viennent, ça devient un peu trop. » Keira rit silencieusement dans sa barbe. Elle doutait sérieusement que Lisdoonvarna fût aussi trépidante pendant le festival que New York l’était tous les jours. « Il y a beaucoup d’alcool », poursuivit Shane. « Certaines fêtes continuent jusqu’au petit matin. Je dis quelques-unes, mais en réalité c’est la majorité. » Keira pensa aux participants chahuteurs à l’enterrement de vie de garçon avec lesquels elle avait partagé le vol et se demanda si elle allait dormir au cours du mois à venir. « Ça a l’air génial », dit-elle en jetant un coup d’œil au programme. « Mais j’aurai besoin de temps chaque jour pour écrire. Ça ne peut pas être qu’une partie de plaisir. » Shane lui sourit. « Vous venez tout juste d’arriver ici et vous pensez déjà au travail ? » « Je le dois », expliqua Keira. « C’est vraiment important pour moi. Je ne veux pas tout gâcher. » « Et ne pas tout gâcher veut dire ne pas se laisser aller ? » Keira n’était pas d’humeur à être remise en cause sur ses choix de vie. Elle en avait eu assez de la part de Zach et sa mère. « Cela signifie simplement prendre du temps chaque jour pour écrire », réfuta-t-elle, un peu agacée. L’expression de Shane conserva son sourire amusé. Il prit une langoureuse gorgée de sa pinte. « Vous êtes une de celles du genre collet monté, non ? », plaisanta-t-il. « À travailler sans arrêt sans se détendre. » Keira lui lança un regard impassible. « Je ne sais pas comment vous pouvez prétendre savoir quoi que ce soit sur moi », dit-elle. « Vous me connaissez depuis cinq minutes. » Shane ne cessait de sourire. Il ne répondit pas, comme si la dispute était déjà réglée. Keira se tendit. Il était beau, c’était vrai, mais s’il continuait comme ça, il allait finir par l’agacer. Elle ne savait pas si elle pouvait supporter trente jours de taquineries, de boissons et ne pas avoir d’espace pour écrire. Peut-être que cette mission allait être plus difficile qu’elle ne l’avait prévu. * Keira parvint finalement à s’éclipser à minuit. Elle avait perdu le compte du nombre de Guinness qu’Orin et Shane avaient bu, mais heureusement pour elle ils avaient arrêté d’essayer de la persuader de les suivre. Malgré tout, sa tête lui tournait un peu tandis qu’elle montait les escaliers vers sa chambre. Elle ferma la porte, mais le bruit de la musique et des réjouissances en bas ne cessa pas. Keira se sentait tendue, comme si elle était trop comprimée. Elle regarda son téléphone, mais constata qu’il n’y avait aucun message de Zach. Il avait assurément eu le temps de les lire maintenant. Ce qui signifiait qu’il lui réservait un silence complet. Quelle maturité, pensa Keira. Au moins, elle avait reçu des réponses de Nina et Bryn, qui posaient une myriade de questions. Elle envoya un message à Nina – qui allait éditer l’article – pour lui dire que son programme était rempli à ras bord, et de ne pas s’attendre à un quelconque travail pendant un moment. À Bryn, elle envoya une brève description des caractéristiques physiques de Shane et quelques émojis flamme. Il est casse-pieds, par contre. Un de ces types arrogants qui pense que c’est attachant de te taquiner. La réponse de Bryn ne se fit pas attendre. C’est attachant. Keira rit et rangea son téléphone. La musique au rez-de-chaussée allait certainement la garder éveillée pendant quelques heures, alors elle pouvait aussi bien passer du temps sur son ordinateur. Elle le sortit de son sac et commença à rédiger un mail à Elliot avec certaines de ses premières idées pour aborder l’article. Grâce à toutes les Guinness, elle se retrouva capable d’adopter un ton encore plus sarcastique qu’elle ne l’avait anticipé. Si vous vous êtes déjà demandé quelle odeur avait de la Guinness éventée incrustée dans un tapis depuis des décennies, alors ne cherchez pas plus loin que le Saint Paddy’s Inn à Lisdoonvarna, dans le Comté de Clare. En tant qu’Américaine exotique, mon arrivée a provoqué une étouffante effusion d’hospitalité irlandaise. Je dis étouffante, parce que refuser les offres de copieuses quantités d’alcool n’était tout simplement pas une option, d’où l’odeur de Guinness éventée mentionnée précédemment qui imprègne chaque centimètre carré de ce tripot crasseux et sombre. En fait, l’endroit est tellement imprégné de Guinness que les tapis, rideaux et papiers peints sont tous collants au toucher. Disons juste que je ne serai pas surprise si l’eau de ma douche matinale (dans la salle de bains démodée attenante) était noire et mousseuse… Elle poursuivit sur le même ton sarcastique. Elle savait qu’il était méchant de critiquer le B&B et les gens amicaux qu’elle avait rencontrés jusqu’à présent, mais elle ne pouvait simplement pas s’en empêcher. Elle termina et appuya sur envoyer. Elliot répondit presque immédiatement par un mail élogieux. Continuez comme ça, Keira. C’est de l’or ! Juste à ce moment, le téléphone de Keira sonna. C’était Bryn. Keira soupira, réalisant qu’elle n’allait pas travailler plus ce soir-là. Elle referma son ordinateur portable et prit l’appel, tout en grimpant dans son lit. « Quoi de neuf ? », demanda-t-elle à sa sœur. « J’ai juste eu rendez-vous raté », expliqua Bryn. « Alors j’ai pensé que j’allais t’appeler pour avoir les dernières informations sur ce guide touristique bien foutu. » Keira rit. « Eh bien, il a trop de cheveux. Et son sens de la mode est nul. Mais avec un peu d’effort il serait bien. » « Je pense que tu devrais te lancer », dit Bryn. Keira poussa une exclamation, surprise par l’impertinence de Bryn, même pour elle. « Et Zach ! », dit-elle en riant. « Qu’en est-il de lui ? », répondit Bryn avec dédain. Keira grommela. « C’est mon petit-ami », rappela-t-elle à Bryn. « Et même si Shane se faisait couper les cheveux et avait une toute nouvelle garde-robe, je ne pourrais pas passer plus de cinq minutes en sa compagnie avant de l’étrangler. » Bryn rit. « Ça va rendre les prochaines semaines un peu difficiles, non ? » « Ça et le fait que ma chambre se trouve au-dessus d’un pub qui ne semble pas avoir d’heure de fermeture et un groupe folk qui joue vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. » « Ça a l’air incroyable », la contredit Bryn. « Bon sang, Keira, tu travailles tellement que tu ne peux même pas voir dans quelle situation excitante tu te trouves ! Tu viens de me dire que la fête ne s’arrête jamais avec un grognement. » « Tu parles comme Shane », répondit Keira. « Si je ne veux pas boire, danser et être joyeuse, je n’ai pas à le faire ! » Bryn et elle mirent fin à leur conversation, et Keira se rendit compte que, malgré tout le bruit qui venait d’en bas, elle était à peine capable de garder les yeux ouverts. Alors elle s’installa sous la fine couverture et posa la tête sur l’oreiller grumeleux. Il n’y avait toujours aucune réponse de Zach à ses messages pleins d’humour. Elle essaya de l’appeler mais le téléphone sonna juste dans le vide. Elle consulta Instagram et vit des photos de Zach au mariage de Ruth. Il était magnifique dans son costume, mais il paraissait si seul. Il semblait gêné de se tenir là sans personne, et elle se sentit mal de ne pas être là avec lui. Peut-être que sa mère avait eu un peu raison. Manifestement, assister aux mariages en solitaire était très embarrassant. Alors qu’elle commençait à s’endormir, Keira se mit à rêver qu’elle était là-bas, au mariage, avec Zach. Seulement ce n’était pas Zach, c’était Shane, rasé et vêtu d’un costume élégant. Il était plus beau que ce à quoi elle s’était attendue. Keira se réveilla en sursaut. Les choses étaient déjà assez compliquées sans qu’elle ne développe un faible pour son guide ! Elle chassa toutes ces pensées de son esprit et, finalement, tomba dans un profond sommeil. CHAPITRE QUATRE « Vous avez bien dormi ? », demanda Orin à la seconde où Keira descendit l’escalier le lendemain matin, émergeant dans la partie pub du B&B. Elle frotta ses yeux à moitié fermés. « Oui, merci. » Le mensonge vint si facilement. Mieux valait prétendre qu’elle aimait son lit branlant, sa couette mince et ses oreillers grumeleux que de se plaindre et qu’Orin en fasse toute une histoire. Elle pourrait écrire dessus plus tard, après tout, et obtenir ainsi une sorte de libération cathartique. « Asseyez-vous et prenez votre petit déjeuner », dit Orin. Il la conduisit à une table et posa un café devant elle. Il fut rapidement suivi par un bol de gruau d’avoine. Il s’assit sur le siège opposé. « Je l’ai fait à l’irlandaise. J’espère que vous aimerez. » Il esquissait un sourire assez large. « Qu’est-ce que c’est, à l'Irlandaise ? », murmura Keira avec méfiance. Elle prit une gorgée de café et fut surprise par son goût délicieux. Quelle que soit la manière irlandaise, c’était bon ! Puis elle fourra une cuillerée de son gruau d’avoine dans sa bouche et en pleura presque de joie. Elle n’avait jamais goûté quelque chose de si crémeux, de si absolument fantastique. « Waouh, qu’est-ce qui fait que c’est si bon ? », dit Keira en dévorant une autre cuillère de flocons d’avoine. « Les vaches sont-elles nourries à l’herbe biologique et traites par les mains des jeunes filles ? », plaisanta-t-elle. Le sourire d’Orin s’élargit. « Du Baileys dans le café. Et une touche de whisky dans le lait. » Keira fut stupéfaite. « De la liqueur à huit heures du matin ? », s’exclama-t-elle. « Est-ce une bonne idée ? » Orin lui fit un clin d’œil. « La meilleure façon de commencer la journée. Ça et une marche vivifiante. Ce que vous aurez dès que je vous accompagnerai à votre rencontre avec William Barry, le chef du festival. » Keira réalisa alors qu’Orin était déjà prêt à quitter le B&B. Il portait des bottes qui atteignaient la mi-hauteur de ses mollets, comme en prévision de flaques d’eau. Ou de la boue. Dans les deux cas, Keira n’était pas d’humeur à se promener. « Vous n’avez pas besoin de faire ça », dit-elle. « J’ai le GPS dans la voiture pour ne pas me perdre. » Orin pointa son café du doigt. « Ce n’est pas pour ça que je le fais. » Le côté cynique de l’esprit de Keira se demanda si Orin l’avait délibérément enivrée pour s’assurer qu’elle ne puisse pas refuser sa proposition d’aller se promener. Mais elle savait que c’était une idée folle. Orin n’était qu’un gentil vieillard, fier de sa ville. Il voulait la montrer à la cynique new-yorkaise sur laquelle il était tombé. « Allez », continua Orin. « Vous êtes ici pour profiter pleinement de l’Irlande ! Pour vivre comme un local ! Vous ne saurez pas vraiment ce que sont nos vies si vous ne vous mettez pas à notre place ! » Il tira malicieusement sur son bras, l’encourageant à le rejoindre. Son enthousiasme se transformait rapidement en amadouement et Keira réalisa qu’il n’y avait littéralement aucun moyen de décliner. Orin allait la faire marcher avec lui jusqu’au rendez-vous, peu importe ce qu’elle disait ! Il n’y avait pas de refus possible. Cédant, elle descendit la fin de son café bouillant, et en sentit les effets dès qu’elle se leva. Puis elle et Orin quittèrent le B&B sombre et émergèrent dans le soleil étincelant du matin. Même si le ciel était d’un gris voilé, Keira plissa les yeux face à son éclat éblouissant. « Montrez la voie », dit-elle à Orin, tandis qu’elle observait le seul chemin, une route de campagne sinueuse qui serpentait le long de la colline. De rares bâtiments le parsemaient de chaque côté, mais il était principalement cerné de champs verdoyants remplis de moutons. « C’est une marche de trois kilomètres jusqu’à la mairie si nous nous en tenons à la route », dit Orin. « Mais si nous coupons à travers champs, c’est la moitié de cette distance. Bien sûr, l’agriculteur a parfaitement le droit de nous tirer dessus puisque nous entrons sans autorisation, mais tout le monde ici connaît tout le monde, donc tout ira bien. » Keira déglutit. « Prenons la route touristique, hein ? », dit-elle. « Si vous voulez », dit nonchalamment Orin, qui ne releva manifestement pas son inquiétude. Ils commencèrent à se promener dans la rue. Malgré l’heure matinale, tous ceux qu’ils croisèrent semblaient si heureux et amicaux. Quand ils atteignirent la rue principale (si on pouvait l’appeler ainsi), il y avait même une petite troupe de musiciens jouant du violon et de l’accordéon, et qui chantait de vieilles chansons folkloriques. Les gens dansaient et chantaient de concert. Keira ne pouvait pas vraiment croire ce qu’elle voyait. Comment un lieu pouvait-il être si collectivement heureux ? Peut-être avait-elle eu tort de porter des jugements aussi sévères et hâtifs. « Nous y voilà », dit Orin quand ils arrivèrent à destination. Comme tous les bâtiments de Lisdoonvarna, celui-ci était peint de couleur vive, orange brûlé dans ce cas-ci, s’ajoutant aux rues arc-en-ciel. Un panneau au-dessus de la porte proclamait : Maison du Marieur. La porte elle-même était couverte d’images de cupidon. Keira haussa un sourcil à la vue du décor kitsch, puis suivit Orin à l’intérieur. Un vieux gentleman se leva de son bureau et vint vers elle. « William Barry », dit-il en tendant la main. « Vous êtes la reporter américaine. » Keira lui serra la main. « Je suis une rédactrice voyage, pas une journaliste. » « Donc cet article n’ira pas dans le New York Times ? », demanda William en fronçant les sourcils. Keira jeta un coup d’œil implorant à Orin. William avait-il eu l’impression qu’elle travaillait pour une grande organisation ? Et si Heather avait un peu déformé la vérité quand elle avait organisé cette rencontre, en sachant que Josh aurait bien voulu mentir et baratiner jusqu’à atteindre son but ? Soudain, Orin éclata de rire. Keira regarda de nouveau vers William. Ses yeux étaient aussi plissés de rire. « Vous auriez dû voir votre tête ! », s’exclama-t-il, le visage devenu rouge vif. Keira ne pouvait pas vraiment voir le côté amusant. Il y avait trop de choses en jeu pour elle avec sa première véritable mission, aussi les taquineries n’étaient pas vraiment les bienvenues. « Asseyez-vous, asseyez-vous », dit William alors que son rire commençait à se calmer. Keira s’exécuta, tira une des chaises en bois et s’assit au bureau. Orin s’assit à côté d’elle. Juste au moment où William prenait place, une femme aux cheveux roux flamboyant entra avec un plateau comportant une théière, des tasses et un pot à lait. « C’est ma secrétaire, Maeve », dit William alors que la femme posait le plateau. « Merci, ma chère. » Elle disparut de la pièce, laissant William verser les tasses de thé. Peu importait que Keira ne boive pas beaucoup de thé, elle se sentait incapable de décliner, et elle prit la tasse de thé fumant sans protester. William croisa les mains sur la table. « Je dois dire que nous sommes vraiment très excités de vous avoir ici, Keira. Vu comment le monde change et tous ces sites de rencontres sur Internet, il devient de plus en plus difficile d’avoir des clients. J’espère que votre article suscitera un regain d’intérêt. » Keira couvrit son expression coupable avec sa tasse de thé. Elle se sentait mal en sachant qu’elle allait écrire un article aussi acerbe. William et Orin semblaient être des personnes gentilles et sincères, et ils lui avaient accordé une telle hospitalité. Mais elle avait sa mission, avait ses instructions. Elle se dit que dénigrer un festival idiot de l’autre bout du monde dans un magazine qui n’était même pas importé en Irlande aurait difficilement pour conséquence de faire faire faillite à leur entreprise. « Connaissez-vous l’histoire du festival ? », continua William. « J’ai fait des recherches avant de venir », dit Keira en hochant de la tête. Mais comme William se lançait dans son monologue au sujet du festival, elle se tut. De toute évidence, elle allait avoir droit à l’histoire orale, qu’elle le veuille ou non. « C’était l’affaire de mon père. Celle de son père avant ça. En fait, les Barry ont été des entremetteurs depuis aussi longtemps que quiconque peut s’en souvenir. À l’époque, il s’agissait de mettre ensemble des nobles qui venaient pour l’eau et une belle jeune fille locale. Les filles irlandaises sont considérées comme des procréatrices très prolifiques, vous voyez, ce qui était le principal argument de vente des entremetteurs. » Keira put à peine arrêter l’expression de dégoût sur son visage. William ne le remarqua pas, cependant, et poursuivit son histoire. « Cela se passait généralement juste après la récolte, quand les filles sont les plus charnues et les seins les plus pleins. Un bon marieur s’assurait que les filles soient mariées et emmenées avant l’hiver, car elles risquaient d’avoir une pneumonie et de mourir pendant l’hiver. » Keira serra les lèvres pour étouffer un rire. Elle ne pouvait pas dire quelle part de ce que William disait était ironique, mais elle soupçonnait qu’il était parfaitement sérieux. Même si elle avait fait ses recherches, entendre la façon dont William formulait tout cela était vraiment amusant. « Ensuite bien sûr les temps ont changé. Différentes sortes de gens venaient en ville. Les guerres ont épuisé le stock d’hommes. La menace de la famine a rendu les gens désespérés de se marier jeunes, et d’épouser n’importe qui. C’était un moment difficile pour l’entremetteur. Quand j’ai repris l’affaire après mon père, j’étais principalement payé par des garçons de ferme pour les unir à une de mes filles de la région. » Il tapota un livre. « Alors j’ai gardé une liste d’eux. » « Est-ce légal ? », dit Keira, brisant enfin son silence stupéfait. « Cela me semble un peu intrusif. » « Sottises ! », dit William en riant. « Les filles ont adoré. Ils veulent tous se marier. Même si c’est à un garçon de ferme sans cerveau et avec de mauvaises habitudes d’hygiène. » Keira secoua la tête. Son article s’écrivait lui-même ! Juste à ce moment-là, la porte s’ouvrit. Keira s’attendait à revoir Maeve aux cheveux flamboyants, mais quand elle regarda par-dessus son épaule, elle vit que Shane entrait dans le bâtiment. Soudain, elle se sentit frissonner et se redressa, dos raide, sur sa chaise. « Bonjour », dit Shane en s’asseyant dans un coin. William continua. «Maintenant, voici mon livre de couples.» Il lui tendit un énorme livre en cuir rigide. « Enfin, l’un d’entre eux. Je fais ça depuis tant d’années maintenant que j’ai plutôt la collection. » Keira commença à feuilleter le livre en lisant tous les noms de couples heureux. Certains incluaient des photos, d’autres des dates de mariage. Il y avait des cartes adressées à William par des couples qu’il avait mis ensemble. Tout cela semblait très kitsch. Keira, toujours en train de calculer, commença à formuler dans sa tête un paragraphe pour son article. « Vous savez », dit William, en se penchant sur la table vers elle. « Je pourrais vous trouver quelqu’un. Peut-être qu’un gentil garçon irlandais est exactement ce dont vous avez besoin. » Keira sentit ses joues brûler. « J’ai un petit ami », dit-elle. Peut-être l’avait-elle imaginé, mais du coin de l’œil elle avait cru voir Shane tressaillir. « Zach. Il travaille dans les ordinateurs. » « Vous êtes heureuse avec cet homme ? », demanda William. « Oui, très », répondit Keira en ressortant la vieille rengaine. William n’eut pas l’air convaincu. Il tapota le livre que Keira avait posé sur le bureau. « Je fais ça depuis longtemps. Je suis un expert en amour et je peux le voir dans les yeux des gens. Je ne suis pas si certain que cet homme vous convienne. » Keira savait qu’il n’essayait pas d’être impoli, mais son scepticisme touchait un point sensible, surtout alors qu’elle et Zach se disputaient beaucoup en ce moment. Mais William était aussi de l’or en terme de journalisme et elle en voulait en tirer autant de choses que possible. « Pas celui qui me convient de quelle manière ? » « Il ne vous soutient pas comme vous en auriez besoin. Vous ne grandissez plus ensemble, ne suivez plus le même chemin. » Keira sentit des frissons la parcourir. C’était bien trop proche de la vérité. « Vous êtes une diseuse de bonne aventure aussi bien qu’un entremetteur ? », plaisanta-t-elle. « Vous cachez un tas de cartes de tarot là dessous ? » William laissa échapper un rire gras. « Oh non, rien de tel. Mais j’ai développé une intuition au fil des ans. Il n’y avait aucune étincelle dans vos yeux quand vous avez dit son nom. Pas d’inflexion dans votre voix. » « Je pense que c’est juste ma personnalité cynique de new-yorkaise », dit Keira. « Peut-être. Ou peut-être est-ce parce que vous ne l’aimez pas vraiment. » Keira réfléchit à cette déclaration. Elle et Zach échangeaient rarement le mot A–. En fait, elle ne pouvait même pas se souvenir de quand ils l’avaient fait pour la dernière fois. « Je ne pense pas que l’amour doive toujours entrer en compte pour ces choses-là », dit-elle. « Mais pourquoi perdre votre temps avec quelqu’un que vous n’aimez pas alors que vous pourriez être à la recherche du Bon ? » Keira croisa les bras. « Parce que peut-être il n’y a pas de Bon. » « Vous ne croyez pas au Bon ? », insista William. Keira secoua la tête. « Nan. » Cet aveu parut exciter William. « Nous avons une pessimiste », s’exclama-t-il en riant. « Ce qui signifie que c’est notre défi de vous faire changer d’avis. Shane, mon garçon ? » Il fit signe au guide de venir, ce qu’il fit. Une fois à côté de lui, William passa un bras autour de ses épaules. « Tu as été promu », plaisanta-t-il. « Tu n’es plus seulement là pour guider cette jeune femme à travers le festival, tu dois la guider vers le véritable amour. Je crains que ce ne soit un défi de taille ! » Keira s’agita, mal à l’aise, sur son siège. Mais malgré sa gêne d’être au centre de cette étrange réunion, elle savait qu’elle avait rassemblé un excellent matériel pour son article, grâce au vieil homme gâteux et à ses opinions archaïques sur les relations amoureuses. Elliot allait adorer ça. Et l’écrire, pour Keira, serait en quelque sorte thérapeutique. Elle devait juste passer sa première journée avec Shane et ensuite elle pourrait de se purger de toute cette bêtise en écrivant. CHAPITRE CINQ « Je ne sais pas combien de temps ce trajet est censé durer », dit Keira tout en montant côté passager dans la voiture de Shane et en tripotant sa ceinture de sécurité. « Mais j’ai besoin d’un café dès que possible. Et si vous pouviez me ramener pour que j’aie quelques heures de libres avant le début du festival ce serait génial. J’ai besoin d’avoir quelques bonnes heures d’écriture. » Elle finit par s’attacher. « Alors, où allons-nous ? » Quand elle n’eut pas de réponse de Shane, elle jeta un coup d’œil pour le voir arborer son expression amusée caractéristique. Elle croisa les bras. « Quoi ? » Il lui adressa un haussement d’épaules. « Eh bien, ce n’est guère un temps pour les lunettes de soleil, c’est tout ce que je pensais. » Keira poussa résolument ses lunettes de soleil sur son nez. « Il pourrait y avoir une lumière forte le matin », répondit-elle, grimaçant face à au dédain qu’elle entendait dans sa voix. « Et de toute façon, vous pouvez difficilement juger de la tenue de quelqu’un d’autre. Est-ce que vous avez utilisé un miroir pour vous habiller ce matin ? » Shane inclina la tête en arrière et rit avec désinvolture. Keira sentit ses lèvres tressaillir de satisfaction, puis se maîtrisa. Elle venait tout juste de se permettre de faire un pas de plus vers l’idée de flirter avec lui, ce qui ne faisait certainement pas partie de la philosophie du il n’y rien de mal à regarder ! « Je pensais vous emmener quelque part non loin pour commencer », lui dit Shane alors qu’il accélérait dans la rue principale. « J’ai donc choisi le Burren, qui n’est qu’à vingt minutes de route. C’est un parc national. Vous en avez entendu parler ? » Keira secoua la tête. « Je suis impatiente », dit-elle, tandis que l’image d’un beau paysage irlandais se formait dans son esprit. Elle n’était pas sûre, mais elle pensait avoir vu Shane sourire en coin. Quand ils s’arrêtèrent sur le parking du Burren vingt minutes plus tard, elle comprit pourquoi. Il n’y avait pas un brin d’herbe en vue ! Le Burren était fait de pierre grise et morne. Elle se tourna vers Shane en fronçant les sourcils. « C’est une plaisanterie ? Je pensais que vous aviez dit que c’était un parc national. » Shane se mit à rire. « Ça l’est ! Un hectare et demi de terres protégées, constituées presque entièrement de calcaire. » Keira laissa échapper un soupir d’exaspération. « Alors de tous les endroits où vous auriez pu m’emmener pour me montrer la majesté de l’Irlande, vous avez choisi ça. » « J’ai détecté des vibrations prétentieuses chez William », dit Shane, levant un sourcil pugnace. « Je pensais que ce serait le meilleur endroit pour vous faire arrêter de prendre de grands airs. L’Irlande n’est pas une sorte de terre fantastique peuplée de leprechauns, bien qu’il y en ait quelques parties qui jouent sur les stéréotypes pour les touristes. Mais si vous creusez un peu sous la surface, nous sommes un pays avec un vrai cœur, un véritable charme. Nous avons une histoire riche et intéressante, si vous vous laissez nous donner une chance. » Keira croisa les bras. Tout ce qu’il avait dit à propos d’elle était vrai, bien sûr, mais elle n’allait pas l’admettre. « Je ne suis pas snob », dit-elle. Shane haussa simplement les épaules. « Venez, par ici. La vue depuis le sommet de la colline est incroyable. » Keira suivit. « Je n’ai pas vraiment les chaussures appropriées pour une randonnée », se plaignit-elle. « Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas nous emmener sur le trek de trois heures en montagne, même si c’est à couper le souffle et une honte de le manquer. » Il lui adressa un regard cinglant. « Vous pensez pouvoir gérer une boucle d’une demi-heure ? Cela nous emmènera à travers les prairies et quelques bois incroyables. » « Oui, je pense que je peux gérer trente minutes », marmonna Keira. « Je voulais dire sans me tuer », dit Shane en riant. Il semblait apprécier d’agacer Keira. « J’ai l’impression que nous avons pris un mauvais départ », dit Keira en essayant de suivre son rythme rapide. Elle n’était pas habituée aux promenades vallonnées. « Est-ce que j’ai dit quelque chose qui vous a insulté ? » Au début, Shane ignora la question. À la place, il désigna un pieu de bois dans le sol avec plusieurs flèches colorées. « Nous suivons la piste orange, d’accord ? » Keira acquiesça. Ils continuèrent à gravir la colline grise. Le paysage était si stérile que Keira avait l’impression de marcher à la surface de la lune. Les cratères escarpés de chaque côté d’elle ajoutaient encore plus à l’illusion. Quand elle vit une touffe d’herbe – qui poussait d’une façon ou d’une autre à travers une fissure dans la roche – cela lui fit un choc de penser que l’herbe puisse pousser sur la lune. Elle dut se rappeler que cet endroit était réellement sur Terre. « Eh bien ? », insista Keira. « Vous n’avez pas répondu à ma question. » « Pour savoir si nous sommes partis du mauvais pied ou non ? », dit Shane. Puis il se mordilla la lèvre inférieure, en pleine réflexion. « En quoi est-ce important ? » « Parce que nous avons trente jours à passer ensemble, alors nous ferions tout aussi bien de nous entendre. » Shane redevint silencieux. Keira ne put s’empêcher de se sentir frustrée par le temps qu’il lui fallait pour répondre à une question. Elle n’était pas à l’aise avec les silences qu’il lui imposait constamment. Cela la mettait mal à l’aise. « Je me demande », dit-il finalement, « si vous n’aimez simplement pas l’idée que quelqu’un puisse ne pas vous apprécier. » Конец ознакомительного фрагмента. Текст предоставлен ООО «ЛитРес». Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/pages/biblio_book/?art=43697783) на ЛитРес. 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