Avant Qu’il Ne Traque 
Blake Pierce


Un mystère Mackenzie White #9
Voici AVANT QU’IL NE TRAQUE, le volume 9 de la série mystère Mackenzie White par Blake Pierce, l’auteur à succès de UNE FOIS PARTIE (bestseller nº1 ayant reçu plus de 900 critiques à cinq étoiles) . L’agent spécial du FBI, Mackenzie White, est perplexe. Des cadavres sont découverts, méconnaissables, leurs corps jetés des hauteurs les plus élevées. Un tueur en série à l’esprit dérangé, obnubilé par les hauteurs, tue ses victimes depuis les endroits les plus élevés. Le schéma semble aléatoire. Mais l’est-il vraiment ?Ce n’est qu’en pénétrant dans les méandres les plus sombres de l’esprit du tueur que Mackenzie peut commencer à comprendre son mobile – et où il compte frapper à nouveau. Dans un jeu mortel du chat et de la souris, Mackenzie parvient au moment où elle est sur le point de l’arrêter – mais même alors, il est possible qu’il soit trop tard. Un thriller psychologique sombre avec un suspense qui vous tiendra en haleine, AVANT QU’IL NE TRAQUE est le volume 9 d’une fascinante nouvelle série, et d’un nouveau personnage, qui vous fera tourner les pages jusqu’à des heures tardives de la nuit.







AVANT QU’IL NE TRAQUE



(UN MYSTÈRE MACKENZIE WHITE — VOLUME 9)



B L A K E P I E R C E


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série à succès mystère RILEY PAIGE, qui comprend douze volumes (pour l’instant). Black Pierce est également l’auteur de la série mystère MACKENZIE WHITE, comprenant huit volumes (pour l’instant) ; de la série mystère AVERY BLACK, comprenant six volumes ; et de la nouvelle série mystère KERI LOCKE, comprenant cinq volumes.

Lecteur avide et admirateur de longue date des genres mystère et thriller, Blake aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) afin d’en apprendre davantage et rester en contact.



Copyright © 2018 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sous réserve de la loi américaine sur les droits d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit, ni enregistrée dans une base de données ou un système de récupération, sans l'accord préalable de l'auteur. Ce livre électronique est sous licence pour usage personnel uniquement. Ce livre électronique ne peut être ni revendu, ni donné à d'autres personnes. Si vous désirez partager ce livre avec quelqu'un, veuillez acheter une copie supplémentaire pour chaque bénéficiaire. Si vous lisez ce livre et que vous ne l'avez pas acheté, ou qu'il n'a pas été acheté pour votre usage personnel uniquement, veuillez le rendre et acheter votre propre copie. Merci de respecter le travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les endroits, les événements et les incidents sont soit le produit de l'imagination de l'auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite. Image de couverture Copyright Joe Prachatree, utilisé sous licence de Shutterstock.com.


LIVRES PAR BLAKE PIERCE



LES ORIGINES DE RILEY PAIGE

SOUS SURVEILLANCE (Tome 1)



LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE

SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1)

REACTION EN CHAINE (Tome 2)

LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3)

LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4)

QUI VA A LA CHASSE (Tome 5)

A VOTRE SANTÉ (Tome 6)

DE SAC ET DE CORDE (Tome 7)

UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8)

SANS COUP FERIR (Tome 9)

A TOUT JAMAIS (Tome 10)

LE GRAIN DE SABLE (Tome 11)

LE TRAIN EN MARCHE (Tome 12)



SÉRIE MYSTÈRE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (Volume 2)

AVANT QU’IL NE CONVOITE (Volume 3)

AVANT QU’IL NE PRENNE (Volume 4)

AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Volume 5)

AVANT QU’IL NE RESSENTE (Volume 6)

AVANT QU’IL NE PÈCHE (Volume 7)

AVANT QU’IL NE CHASSE (Volume 8)

AVANT QU’IL NE TRAQUE (Volume 9)

AVANT QU’IL NE LANGUISSE (Volume 10)



LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK

RAISON DE TUER (Tome 1)

RAISON DE COURIR (Tome 2)

RAISON DE SE CACHER (Tome 3)

RAISON DE CRAINDRE (Tome 4)



LES ENQUÊTES DE KERI LOCKE

UN MAUVAIS PRESSENTIMENT (Tome 1)

DE MAUVAIS AUGURE (Tome 2)

L’OMBRE DU MAL (Tome 3)


TABLE DES MATIÈRES



PROLOGUE (#ucc2b54fe-78a6-55fe-a51f-cde55fb0ed9e)

CHAPITRE UN (#uce7f515d-5828-5a4e-a53d-c3b09f9fa5b2)

CHAPITRE DEUX (#u7a4f39f5-7a91-559a-91cc-7a0159baf6fe)

CHAPITRE TROIS (#ud41a0a7a-09b6-59b7-963c-8c00965c58b9)

CHAPITRE QUATRE (#uf66f2708-f69b-592b-8f16-8ef84af12104)

CHAPITRE CINQ (#udf7b6891-bba1-4e3d-9e8e-4ff544d53e39)

CHAPITRE SIX (#ua751981c-9ab5-4c15-9155-d2f95ca47d06)

CHAPITRE SEPT (#u43b44162-fb54-514b-ad10-24fe3069088d)

CHAPITRE HUIT (#u7bde5c85-1672-5fd3-b127-7e86e29e82f6)

CHAPITRE NEUF (#u6a5af8a6-49a6-5ab3-8c8e-101f9ddcbb52)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo)




PROLOGUE


Il y a quelques années, quand elle était adolescente, Malory Thomas était venue sur ce pont avec un garçon. C’était le soir d’Halloween et elle avait quatorze ans. Ils avaient regardé l’eau qui coulait cinquante mètres plus bas en essayant d’y apercevoir les fantômes de ceux qui s’étaient suicidés en se jetant du pont. C’était une légende qui circulait dans leur école, une histoire que Mallory avait toujours entendu raconter. Elle avait laissé ce garçon l’embrasser cette nuit-là mais elle avait écarté sa main quand il avait essayé de remonter le long de son chemisier.

Aujourd’hui, treize ans plus tard, elle repensa à ce petit geste innocent alors qu’elle était suspendue à ce même pont. Il était appelé le Miller Moon Bridge et il était connu pour deux raisons : pour être un endroit idéalement isolé pour s’embrasser en cachette entre adolescents, et pour être le lieu où étaient commis le plus grand nombre de suicides dans le comté – et peut-être même dans tout l’État de Virginie, d’après ce qu’elle en savait.

Mais en ce moment, Malory Thomas se fichait bien des suicides. Son unique préoccupation, c’était de sauver sa peau en se cramponnant de toutes ses forces au bord du pont. Elle était suspendue des deux mains sur le côté du pont, les doigts cramponnés au solide bord en bois. Elle ne parvenait pas à avoir une bonne prise de la main droite à cause d’un énorme boulon qui traversait le bois, fixant l’entretoise sur le côté de la poutrelle en fer qui se trouvait en-dessous.

Elle essaya de bouger la main droite pour avoir une meilleure prise mais sa main était trop moite. Elle avait peur de totalement lâcher prise si elle la bougeait seulement d’un centimètre, et de tomber dans la rivière qui se trouvait en-dessous d’elle. Où il n’y avait pas beaucoup d’eau non plus. Tout ce qui l’attendait en-dessous d’elle, c’était des roches pointues et d’innombrables pièces de monnaie que des gamins idiots avaient jetées du pont pour faire des vœux inutiles.

Elle leva les yeux vers les rails le long du bord du pont, de vieux rails rouillés qui semblaient encore plus anciens dans l’obscurité de la nuit. Elle vit la silhouette de l’homme qui l’avait amenée jusqu’ici – rien à voir avec le courageux adolescent d’il y a treize ans. Non… cet homme était odieux et sombre. Elle ne le connaissait pas bien mais elle en savait maintenant assez pour savoir qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond chez lui. C’était un tordu, il n’était pas normal, un malade.

« Il te suffit de lâcher prise, » lui dit-il. Sa voix était effrayante, entre celle de Batman et d’un démon.

« S’il vous plaît, » dit Malory. « S’il vous plaît… Aidez-moi. »

Elle ne se souciait même plus du fait d’être toute nue, ses fesses dénudées suspendues dans le vide en contrebas du Miller Moon Bridge. Il l’avait déshabillée et elle avait eu peur qu’il la viole. Mais il n’en fit rien. Il s’était contenté de la fixer du regard, de la caresser de la main à certains endroits, puis il l’avait forcée à se suspendre au bord du pont. Elle pensa avec une certaine nostalgie à ses vêtements éparpillés sur les poutres en bois derrière lui, mais elle eut une sorte de prémonition malsaine qu’elle n’allait plus jamais les porter.

Avec cette certitude en tête, elle commença à avoir des crampes dans la main droite alors qu’elle essayait de s’habituer à la forme du boulon qui se trouvait en-dessous. Elle hurla et sentit tout le poids de son corps basculer vers sa main gauche – sa main la plus faible.

L’homme s’approcha d’elle, s’accroupit et la regarda. On aurait dit qu’il savait que c’était sur le point d’arriver. Avant même qu’elle ne sache que la fin était proche, lui, il le savait.

Elle pouvait à peine voir ses yeux dans l’obscurité mais elle pouvait en discerner assez pour savoir qu’il avait l’air content. Impatient, même.

« Ça va aller, » dit-il, avec cette voix bizarre.

Et comme si ses doigts obéissaient à la voix de l’homme, la main droite de Mallory lâcha prise. Elle sentit les muscles de son avant-bras gauche se raidir en essayant de retenir ses soixante kilos.

Et une seconde plus tard, elle ne fut plus suspendue au pont. Elle tombait. Son estomac se retourna et ses yeux semblaient trembler dans leurs orbites en essayant de suivre la vitesse avec laquelle le pont s’éloignait d’elle.

Pendant un moment, le vent qui la décoiffait lui sembla presque agréable. Elle fit de son mieux pour essayer de se concentrer là-dessus, tout en cherchant une sorte de prière à murmurer pour ses derniers instants.

Elle parvint à ne prononcer que quelques mots – Notre Père, qui êtes… - puis Malory Thomas sentit la vie la quitter dans un choc violent, au moment où son corps heurta les rochers en-dessous d’elle.




CHAPITRE UN


Mackenzie White était tombée dans une sorte de routine. Et ça ne lui convenait pas vraiment car elle n’était pas le genre de personne à aimer ça. Quand les jours commençaient à se ressembler pendant trop longtemps, elle ressentait le besoin d’y mettre du changement.

Quelques jours après avoir enfin clôturé le long et pénible chapitre concernant le meurtre de son père, en rentrant chez elle, elle s’était rendu compte qu’elle vivait maintenant avec Ellington. Ça ne lui posait aucun problème ; en fait, elle s’était réjouie de finalement en arriver là. Mais au cours de ces premières semaines de vie commune, il lui arriva parfois d’avoir du mal à dormir en se rendant compte que sa vie était maintenant devenue stable. Pour la première fois depuis très longtemps, elle n’avait plus aucune véritable raison de courir après quelque chose en particulier.

Il y avait d’abord eu l’enquête sur la mort de son père, qui l’avait obsédée depuis le premier jour où elle avait pris possession de son badge et de son arme au Nebraska. Et c’était maintenant une affaire classée. Il y avait également eu l’incertitude concernant le futur de sa relation avec Ellington. Et maintenant, ils vivaient ensemble et flottaient littéralement sur un nuage de bonheur. Elle excellait dans son boulot et elle avait gagné le respect d’un peu près tout le monde au sein du FBI. Même McGrath avait fini par être plus chaleureux avec elle.

Tout, autour d’elle, lui semblait stable et à sa place. Mais Mackenzie ne pouvait pas s’empêcher de se demander si ce n’était pas juste le calme avant la tempête. Car si son expérience en tant que détective au Nebraska et agent au FBI lui avait appris quelque chose, c’était que la vie avait tendance à vous enlever confort et sécurité sans vraiment crier gare.

Cependant, la routine n’était pas si mal que ça non plus. Après qu’Ellington ait récupéré de ses blessures suite à l’enquête qui avait fini par amener le meurtrier de son père devant la justice, il avait été assigné au repos à la maison. Elle s’était occupée de lui aussi bien qu’elle avait pu et elle avait découvert qu’elle pouvait être assez maternelle quand c’était nécessaire. Une fois qu’Ellington eut complètement récupéré, ses journées étaient devenues plutôt ordinaires. Elles étaient même devenues agréables, malgré l’horrible sentiment de domestication qu’elle ressentait.

Elle se rendait au travail et s’arrêtait au champ de tir sur le chemin du retour. À la maison, deux cas de figure l’attendaient : soit Ellington avait déjà préparé à manger et ils dînaient ensemble comme un vieux couple, soit ils passaient leur soirée au lit comme de jeunes mariés.

Elle pensait à tout ça alors qu’ils étaient sur le point d’aller dormir. Elle était allongée de son côté du lit et lisait un livre sans grand enthousiasme. Ellington était de l’autre côté du lit et écrivait un email concernant une affaire sur laquelle il travaillait. Cela faisait maintenant sept semaines qu’ils avaient clôturé l’enquête au Nebraska. Ellington venait juste de reprendre le travail et la routine quotidienne commençait à devenir une triste réalité pour elle.

« Je vais te poser une question, » dit Mackenzie. « Et je voudrais que tu me répondes honnêtement. »

« OK, » dit-il. Il finit de rédiger la phrase qu’il était occupé à écrire et il s’arrêta, lui accordant toute son attention.

« Est-ce que tu t’étais déjà imaginé vivre dans ce genre de routine ? » demanda-t-elle.

« Quelle routine ? »

Elle haussa les épaules et mit son livre de côté. « Vivre une vie aussi domestiquée. Être attaché, avec des contraintes. Aller travailler, rentrer à la maison, dîner, regarder la télé, éventuellement faire l’amour, puis aller dormir. »

« Si ça, c’est la routine, c’est plutôt pas mal du tout. Mais évite peut-être de mentionner le éventuellement avant la partie concernant le sexe. Pourquoi me poses-tu cette question ? Est-ce que la routine t’ennuie ? »

« Ce n’est pas que ça m’ennuie, » dit-elle. « C’est juste… que ça fait bizarre. Ça me donne l’impression de ne rien faire. Comme si j’étais devenue paresseuse ou passive concernant…. et bien, concernant quelque chose sur lequel je n’arrive pas vraiment à mettre des mots. »

« Peut-être que ça à voir avec le fait que tu aies enfin résolu l’enquête sur la mort de ton père ? » demanda-t-il.

« Peut-être. »

Mais il y avait également autre chose. Et ce n’était pas quelque chose dont elle pouvait lui parler. Elle savait qu’il était assez difficile de lui faire de la peine mais elle n’avait pas envie de prendre le risque. Ce qu’elle gardait pour elle, c’était le fait que maintenant qu’ils avaient emménagé ensemble, qu’ils flottaient sur un nuage de bonheur et qu’ils géraient tout ça comme des pros, ça voulait dire qu’il ne leur restait vraiment plus qu’une dernière étape à franchir. C’était une chose dont ils n’avaient jamais parlé et, franchement, ce n’était pas un sujet que Mackenzie avait envie d’aborder.

Le mariage. Elle espérait qu’Ellington n’était pas encore arrivé à cette étape non plus. Ça n’avait rien à voir avec l’amour qu’elle éprouvait pour lui. Mais après ça… et bien, qu’est-ce qu’il restait ?

« Alors, laisse-moi te poser une question, » dit Ellington. « Est-ce que tu es heureuse ? Là, maintenant, à ce moment précis, en sachant que demain sera plus que probablement identique au jour d’aujourd’hui. Est-ce que tu es heureuse ? »

La question était toute simple mais elle se sentit tout de même mal à l’aise. « Oui, » dit-elle.

« Alors, pourquoi se poser des questions ? »

Elle hocha la tête. Il avait raison et elle se demanda si ce n’était pas juste elle qui cherchait à compliquer les choses. Elle allait avoir trente ans dans quelques semaines, alors peut-être que c’était ça, une vie normale. Une fois que tous les démons et fantômes du passé avaient été enterrés, peut-être que la vie était sensée être comme ça.

Et elle imaginait que c’était très bien comme ça. Mais il y avait quand même quelque chose dans tout ça qui lui semblait figé et statique. Et elle se demanda si elle allait vraiment un jour se permettre d’être heureuse, tout simplement.




CHAPITRE DEUX


Le travail ne l’aidait pas à rompre la monotonie de ce que Mackenzie commençait à appeler mentalement La Routine – avec un L et un R majuscules. Au cours des deux derniers mois, depuis les événements du Nebraska, le travail de Mackenzie avait consisté à surveiller un groupe d’hommes soupçonnés de trafic sexuel – elle avait passé ses journées assise dans une voiture ou dans des édifices abandonnés, à écouter des conversations crues qui finirent par ne mener à rien. Elle avait également travaillé avec Yardley et Harrison sur une enquête impliquant une cellule terroriste présumée dans l’Iowa – qui s’était également avéré ne mener à rien.

Le jour après leur conversation tendue concernant le bonheur, Mackenzie se trouvait assise à son bureau, à faire des recherches sur l’un des hommes qu’elle surveillait pour trafic sexuel. Il ne faisait pas partie d’un réseau à proprement parler, mais il était plus que probable qu’il soit impliqué dans une sorte d’organisation liée à la prostitution. Il lui semblait difficile de croire qu’elle était qualifiée pour porter une arme, traquer des meurtriers et sauver des vies. Elle commençait à avoir l’impression d’être une employée plastique, quelqu’un qui n’avait pas de réelle utilité.

Frustrée, elle se leva pour aller chercher un café. Elle n’avait jamais été du genre à souhaiter du mal à quelqu’un, mais elle commençait à se demander si les choses allaient vraiment aussi bien dans ce pays pour qu’on n’ait besoin de ses services nulle part.

Au moment où elle se dirigea vers le petit vestibule qui abritait les machines à café, elle vit Ellington qui s’emparait d’une tasse. Il la vit venir vers lui et attendit qu’elle arrive, bien qu’elle devine par son attitude qu’il avait l’air pressé.

« J’espère que ta journée est plus passionnante que la mienne, » dit Mackenzie.

« On va voir, » dit-il. « Pose-moi à nouveau la question dans une demi-heure. McGrath vient juste de me convoquer dans son bureau. »

« Pourquoi ? » demanda Mackenzie.

« Aucune idée. Il ne t’a pas appelée ? »

« Non, » dit-elle, en se demandant ce qui pouvait bien se passer. Bien qu’ils n’aient pas eu de conversation directe à ce sujet avec McGrath depuis l’enquête au Nebraska, elle avait tout simplement supposé qu’elle et Ellington continueraient à être partenaires. Elle se demanda si le département avait peut-être fini par prendre la décision de les séparer du fait de leur relation sentimentale. Si c’était le cas, elle comprenait la décision bien qu’elle ne l’apprécie pas forcément.

« Je commence à en avoir marre d’être clouée à mon bureau, » dit-elle, en se versant une tasse de café. « Tu peux me rendre service et voir si tu peux me faire bosser sur ce qu’il va t’assigner ? »

« Avec plaisir, » dit-il. « Je te tiens informée. »

Elle retourna à son bureau en se demandant si cette petite interruption dans le quotidien pourrait être ce qu’elle attendait – la fissure qui permettrait d’ébranler cette routine qu’elle ressentait comme un poids. Il était très rare que McGrath ne convoque que l’un d’entre eux à son bureau – enfin, pas récemment, en tout cas. Elle se demanda du coup si elle n’était pas mise en examen sans le savoir. Est-ce que McGrath cherchait à creuser plus profondément concernant l’enquête au Nebraska pour s’assurer qu’elle ait tout fait dans les règles ? Si c’était le cas, alors il se pourrait qu’elle ait quelques ennuis car elle n’avait définitivement pas suivi toutes les règles dans cette enquête.

S’interroger sur les raisons de cette réunion entre Ellington et McGrath était la chose la plus intéressante qui lui soit arrivée depuis au moins une semaine et c’était bien triste. C’était ce qui lui occupait l’esprit au moment où elle se rassit devant son ordinateur, en ayant de nouveau l’impression de n’être rien de plus qu’un rouage dans la machine.



***



Elle entendit des bruits de pas quinze minutes plus tard. Ça n’avait rien d’étonnant ; elle travaillait avec la porte de son bureau ouverte et elle voyait des gens circuler dans le couloir toute la journée. Mais là, c’était différent. On aurait dit le bruit de pas de plusieurs personnes marchant à l’unisson. Il y avait également une sorte de silence bizarre – une tension feutrée semblable à l’atmosphère juste avant un violent orage d’été.

Curieuse, Mackenzie leva les yeux de son ordinateur. Les bruits de pas se rapprochèrent et elle vit Ellington. Il lui jeta un rapide coup d’œil à travers la porte. Son visage reflétait une émotion qu’elle ne parvint pas à identifier. Il portait une caisse et deux agents de sécurité le suivaient de très près.

Mais c’est quoi, cette histoire ?

Mackenzie se leva précipitamment de son bureau et courut dans le couloir. Au moment où elle passa le coin, elle vit Ellington et les deux agents de sécurité entrer dans l’ascenseur. Les portes se refermèrent et Mackenzie eut à peine le temps d’apercevoir à nouveau cette expression tendue sur le visage d’Ellington.

Il a été viré, pensa-t-elle. L’idée lui semblait absolument ridicule, mais ça avait tout l’air d’être le cas.

Elle courut vers la cage d’escalier, en ouvrit précipitamment la porte et se rua dans les escaliers. Elle les descendit quatre par quatre, en espérant arriver en bas avant Ellington et les agents de sécurité. Elle descendit les trois étages en courant et sortit sur le côté de l’édifice, juste à côte du garage.

Elle passa la porte au moment même où Ellington et les agents de sécurité sortaient de l’édifice. Mackenzie traversa la pelouse en courant pour les intercepter. Les agents eurent l’air nerveux quand ils la virent arriver. L’un d’entre eux s’arrêta un instant et lui fit face, comme si elle représentait une sorte de menace.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? » demanda-t-elle, en regardant Ellington par-dessus l’épaule de l’agent de sécurité.

Il secoua la tête. « Pas maintenant, » dit-il. « Juste… Laisse tomber pour l’instant. »

« Qu’est-ce qu’il se passe ? » demanda-t-elle. « Les agents de sécurité… la caisse… est-ce qu’on t’a viré ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »

Il secoua à nouveau la tête. Il n’y avait rien de méchant ni de dédaigneux dans son geste. Elle comprit que c’était tout ce qu’il pouvait faire pour l’instant. Peut-être qu’il s’était effectivement passé quelque chose dont il ne pouvait pas parler. Et Ellington, toujours loyal, n’allait rien dire si on lui avait demandé de rester silencieux.

Elle eut horreur de le faire, mais elle décida d’en rester là et de ne plus lui poser de questions. Si elle voulait des réponses, il n’y avait qu’un seul endroit où elle allait les obtenir. Avec cette idée en tête, elle rentra précipitamment dans le bâtiment. Cette fois-ci, elle prit l’ascenseur pour retourner au troisième étage. Elle ne perdit pas une seconde et traversa le couloir d’un pas décidé, en direction du bureau de McGrath.

Elle ne prit même pas la peine de parler à sa secrétaire au moment où elle se dirigea vers sa porte. Elle entendit la femme l’appeler par son nom, en essayant de l’arrêter, mais Mackenzie entra. Sans même frapper à la porte, elle fit irruption dans le bureau.

McGrath était assis à son bureau et il n’eut pas l’air surpris de la voir. Il se tourna vers elle et le calme qui se peignait sur son visage énerva Mackenzie au plus haut point.

« Restez calme, agent White, » dit-il.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » demanda-t-elle. « Pourquoi est-ce que je viens juste de voir Ellington être escorté en-dehors des bureaux avec une caisse contenant ses effets personnels ? »

« Parce qu’il a été relevé de ses fonctions. »

La simplicité de cette affirmation ne la rendit pas plus facile à entendre. Mackenzie continuait à être convaincue qu’il devait y avoir une erreur quelque part. Ou que tout ça faisait partie d’une vaste blague.

« Pour quelle raison ? »

Elle vit alors quelque chose qu’elle n’avait jamais vu auparavant : McGrath détournant le regard, visiblement mal à l’aise. « C’est une question personnelle, » dit-il. « Je comprends la relation qu’il y a entre vous, mais légalement, je ne peux pas divulguer cette information dû à la nature de la situation. »

Durant tout le temps qu’elle avait travaillé sous les ordres de McGrath, elle n’avait jamais entendu autant de conneries d’ordre juridique sortir de sa bouche en une seule fois. Elle parvint à réprimer sa colère. Après tout, cela ne la concernait pas directement. Il y avait apparemment quelque chose qui se passait avec Ellington et dont elle ne savait rien.

« Est-ce que tout va bien ? » demanda-t-elle. « Est-ce que vous pouvez au moins me dire ça ? »

« J’ai bien peur que ce ne soit pas à moi à répondre à cette question, » dit McGrath. « Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je suis plutôt occupé, en fait. »

Mackenzie fit un léger signe de la tête et sortit du bureau, en refermant la porte derrière elle. La secrétaire lui jeta un regard noir au moment où elle passa devant elle mais Mackenzie l’ignora complètement. Elle retourna dans son bureau et consulta ses emails, juste pour vérifier à nouveau que le reste de sa journée était toujours aussi vide.

Elle sortit précipitamment de l’édifice, en faisant de son mieux pour que personne ne remarque que quelque chose la préoccupait. La dernière chose dont elle avait besoin, c’était que la moitié du bureau sache qu’Ellington était parti et qu’elle se précipitait derrière lui. Elle était finalement parvenue à vaincre les regards indiscrets et les rumeurs presque légendaires concernant son passé et il était hors de question qu’elle leur donne une nouvelle raison pour que ça recommence.



***



Elle était certaine qu’Ellington était tout simplement retourné à leur appartement. Quand elle l’avait rencontré pour la première fois, il était le genre de type qui serait directement allé dans un bar pour tenter de noyer son chagrin. Mais il avait changé depuis un peu plus d’un an – tout comme elle, d’ailleurs. Elle supposait que c’était probablement dû au fait d’être en couple. Elle songeait à ça alors qu’elle ouvrait la porte de son appartement (enfin… leur appartement), en espérant l’y trouver.

En effet, elle le retrouva dans la petite chambre à coucher secondaire qui leur faisait office de bureau. Il sortait les affaires de la caisse qu’il avait ramenée, en les jetant de manière désordonnée sur le bureau qu’ils se partageaient. Il leva les yeux vers elle quand elle arriva mais détourna très vite le regard.

« Désolé, » dit-il, avec le dos tourné. « Mais ce n’est pas exactement mon meilleur jour. »

Elle s’approcha de lui mais elle résista à l’envie de poser sa main sur son épaule ou de le prendre dans ses bras. Elle ne l’avait jamais vu dans un tel état. Ça la préoccupait un peu mais elle avait surtout envie de savoir si elle pouvait faire quoi que ce soit pour l’aider.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » demanda-t-elle.

« Ça semble pourtant évident, non ? » demanda-t-il. « J’ai été relevé de mes fonctions pour une durée indéterminée. »

« Mais pour quelle raison ? » Elle pensa de nouveau à McGrath et elle se rappela comme il avait l’air mal à l’aise quand elle lui avait posé cette même question.

Il finit par lui faire face et son visage reflétait un sentiment de gêne. Il lui répondit d’une voix tremblante.

« Harcèlement sexuel. »

Pendant un instant, ces mots n’eurent aucun sens. Elle s’attendait à ce qu’il se mette à sourire et qu’il lui dise que c’était juste une blague, mais il ne le fit pas. Au lieu de ça, il la fixa droit dans les yeux, en attendant sa réaction.

« Quoi ? » demanda-t-elle. « De quand ça date ? »

« D’il y a trois ans, » dit-il. « Mais la femme vient seulement de porter plainte il y a trois jours. »

« Et cette accusation est légitime ? » demanda-t-elle.

Il hocha la tête et il s’assit au bureau. « Mackenzie, je suis désolé. J’étais une toute autre personne à l’époque, tu sais ? »

Elle sentit la colère monter en elle, mais elle n’était pas certaine de savoir envers qui : Ellington ou la femme. « Quel genre de harcèlement ? » demanda-t-elle.

« Il y a trois ans, je m’occupais de la formation de cette nouvelle recrue, » dit-il. « Elle s’en sortait plutôt bien, alors un soir, nous sommes sortis avec quelques autres agents pour célébrer sa réussite. On avait tous bu quelques verres, mais elle et moi, nous avons fini par être les derniers à partir. À l’époque, je n’avais jamais songé à la draguer, ni quoi que ce soit du genre. Mais je suis allé aux toilettes et quand j’en suis sorti, elle était là, à m’attendre. Elle m’a embrassé et les choses se sont un peu animées. Mais elle s’est très vite écartée – en se rendant peut-être compte que c’était une erreur. Mais j’ai essayé de continuer. J’ai envie de croire que si je n’avais pas eu un verre dans le nez, le fait qu’elle se soit écartée aurait été suffisant. Mais je ne l’ai pas compris tout de suite et je n’ai pas arrêté. J’ai essayé de l’embrasser à nouveau et je me suis rendu compte qu’elle ne me rendait pas mes baisers qu’au moment où elle m’a repoussé. Elle m’a écarté d’elle et elle m’a fixé droit dans les yeux. Je lui ai dit que j’étais désolé – et c’était vraiment le cas – mais elle est partie fâchée. Et ça en est resté là. Une regrettable rencontre furtive aux toilettes. Il n’y eut aucune avance d’un côté ou de l’autre, aucun attouchement, ni autre comportement inapproprié. Quand je suis retourné au boulot le lendemain, elle avait demandé à être transférée à un autre agent. Deux mois plus tard, elle était partie, transférée à Seattle, je pense. »

« Et pourquoi a-t-elle attendu jusqu’à maintenant pour remettre cette histoire sur le tapis ? » demanda Mackenzie.

« Parce que c’est le truc à la mode ces jours-ci, » répondit Ellington, d’un ton énervé. Puis il secoua la tête et soupira. « Désolé. C’était vraiment un commentaire déplacé. »

« Oui, effectivement. Est-ce que tu m’as vraiment tout raconté ? C’est tout ce qui s’est passé ? »

« Oui, c’est tout, » dit-il. « Je te le jure. »

« Tu étais marié, non ? Quand c’est arrivé ? »

Il hocha la tête. « Ce n’est pas un des moments dont je suis le plus fier. »

Mackenzie pensa à la première fois qu’elle avait passé du temps avec Ellington. Ça avait été au cours de l’enquête sur le tueur épouvantail, au Nebraska. Elle s’était littéralement jetée à son cou, alors qu’elle était elle-même en plein milieu de drames personnels. Elle avait bien vu qu’il était intéressé mais il avait fini par décliner ses avances.

Elle se demanda si cette rencontre avec cette femme ne lui avait pas pesé sur la conscience au moment où elle-même s’était offerte à lui.

« Pendant combien de temps est-ce qu’ils t’ont suspendu ? » demanda-t-elle.

Il haussa les épaules. « Ça dépend. Si elle décide de ne pas en faire un foin, ça pourrait se limiter à un mois. Mais si ça commence à prendre des proportions énormes, je pourrais être suspendu pendant bien plus longtemps. Ça pourrait même mener à une interruption totale et définitive. »

Cette fois-ci, ce fut Mackenzie qui lui tourna le dos. Elle ne pouvait pas s’empêcher de réagir de manière légèrement égoïste. Bien sûr, elle était triste que l’homme qu’elle aime ait à faire face à une telle situation, mais au final, elle était bien plus préoccupée par le fait de perdre son partenaire. Elle détestait le fait que ses priorités soient aussi biaisées, mais c’était ce qu’elle ressentait à l’instant présent. Ça, et un sentiment aigu de jalousie dont elle avait horreur. Elle n’était pas du genre jaloux… alors pourquoi ressentait-elle autant de jalousie envers cette femme qui accusait Ellington de harcèlement sexuel ? Elle n’avait jamais été jalouse de la femme d’Ellington, alors pourquoi l’était-elle avec cette femme ?

Parce qu’elle est occupée à tout changer, pensa-t-elle. Elle vient ébranler cette petite routine ennuyeuse dans laquelle je m’étais retrouvée et avec laquelle je commençais à être à l’aise.

« À quoi tu penses ? » demanda Ellington.

Mackenzie secoua la tête et consulta sa montre. Il n’était que treize heures de l’après-midi. Son absence au boulot allait bientôt être remarquée.

« Je pense qu’il faut que je retourne au boulot, » dit-elle. Et sur ces mots, elle lui tourna le dos et sortit de la pièce.

« Mackenzie, » cria Ellington. « Attends. »

« Tout va bien, » lui répondit-elle. « On se voit un peu plus tard. »

Elle partit sans lui dire au revoir, sans un baiser, ni une embrassade. Car bien qu’elle lui ait dit le contraire, tout n’allait pas bien du tout.

Si tout allait bien, elle ne serait pas occupée à lutter contre des larmes qui semblaient surgir de nulle part. Si tout allait bien, elle n’essaierait pas de réprimer une colère qui cherchait à monter en elle, lui disant qu’elle avait été idiote de penser que la vie allait maintenant être un long fleuve tranquille, qu’elle allait finalement avoir une vie normale où les fantômes de son passé ne la poursuivraient plus.

Au moment où elle arriva à sa voiture, elle était parvenue à réprimer son envie de pleurer. Son téléphone sonna et elle vit le nom d’Ellington s’afficher. Elle ignora l’appel, démarra la voiture et se dirigea vers le bureau.




CHAPITRE TROIS


Aller travailler ne lui permit de s’éloigner que pendant quelques heures. Et même en demandant à Harrison s’il n’avait pas besoin de son aide pour l’enquête sur une petite fraude bancaire sur laquelle il travaillait, il était à peine dix-huit heures quand Mackenzie se retrouva en-dehors des bureaux. Quand elle arriva à l’appartement à dix-huit heures vingt, elle trouva Ellington derrière les fourneaux. Il ne cuisinait pas souvent et quand il le faisait, c’était en général parce qu’il n’avait rien d’autre à faire.

« Salut, » dit-il, en levant les yeux d’une casserole où mijotait une poêlée aux légumes.

« Salut, » lui répondit-elle, en déposant son ordinateur portable sur le divan et en entrant dans la cuisine. « Désolée pour la manière dont je suis partie tout à l’heure. »

« Pas besoin de t’excuser, » dit-il.

« Bien sûr que si. J’ai réagi de façon puérile. Et pour être tout à fait honnête, je ne comprends pas pourquoi ça me dérange autant. Je suis plus préoccupée par le fait de te perdre en tant que partenaire que par les conséquences que ça pourrait avoir sur ta carrière. C’est vraiment tordu de ma part. »

Il haussa les épaules. « C’est normal. »

« Ça le devrait mais ça ne l’est pas, » dit-elle. « Je n’arrive pas à t’imaginer embrassant une autre femme, et particulièrement pas comme ça. Même si tu étais saoul et qu’elle avait fait le premier pas, je n’arrive pas à t’imaginer te comporter d’une telle façon. Et ça me donne envie d’aller descendre cette femme, tu sais ? »

« Je suis vraiment désolé, » dit-il. « C’est une de ces choses que j’aimerais pouvoir changer. Une de ces choses que je pensais maintenant enterrée dans le passé et à laquelle je n’aurais plus à faire face. »

Mackenzie s’avança derrière lui et le prit dans ses bras d’une manière hésitante. « Est-ce que ça va ? » demanda-t-elle.

« Juste en colère. Et gêné. »

Mackenzie le soupçonnait de ne pas être tout à fait honnête avec elle. Il y avait quelque chose dans son attitude, quelque chose dans la manière dont il évitait de la regarder quand il en parlait. Elle avait envie de croire que c’était simplement dû au fait qu’il n’était pas facile de faire face à de telles accusations, de se rappeler de quelque chose de stupide qu’on ait fait dans le passé.

Franchement, elle ne savait plus trop quoi penser. Depuis qu’elle l’avait vu passer près de la porte de son bureau avec une caisse en mains, son opinion à son sujet était devenue confuse et embrouillée.

Elle allait lui proposer de l’aider à préparer le dîner, en espérant qu’un peu de normalité les aiderait à penser à autre chose. Mais avant que les mots n’aient eu le temps de sortir de sa bouche, son téléphone se mit à sonner. Elle fut surprise et légèrement préoccupée de voir que c’était McGrath.

« Désolée, » dit-elle à Ellington, en lui montrant le nom sur l’écran. « Je pense qu’il vaut mieux que je réponde. »

« Il veut probablement te demander si je t’ai déjà harcelée sexuellement, » dit-il, sur un ton narquois.

« Il aurait eu l’occasion de le faire tout à l’heure, » dit-elle avant de s’éloigner des bruits de la cuisine pour répondre à l’appel.

« Agent White, » dit-elle, en parlant de manière directe et presque mécanique, comme elle avait l’habitude de le faire quand elle répondait à un appel de McGrath.

« White, » dit-il. « Vous êtes déjà rentrée chez vous ? »

« Oui, monsieur. »

« Je veux que vous reveniez. J’ai besoin de vous parler en privé. Je serai dans le parking. Niveau deux, Rangée D. »

« Monsieur, est-ce que c’est au sujet d’Ellington ? »

« Contentez-vous de venir me retrouver, White. Et venez aussi vite que possible. »

Il raccrocha sur ces mots, sans en dire plus à Mackenzie. Elle remit lentement son téléphone en poche et regarda en direction d’Ellington. Il retirait la casserole du feu et se dirigeait vers la table qui se trouvait dans la petite salle à manger.

« Il va falloir que je prenne à emporter, » dit-elle.

« Merde. C’est à mon sujet ? »

« Il n’a rien voulu me dire, » dit Mackenzie. « Mais je ne pense pas. C’est pour quelque chose d’autre. Il a été plutôt mystérieux. »

Sans savoir vraiment pourquoi, elle omit de lui dire qu’elle devait le retrouver dans le parking. Pour être tout à fait honnête avec elle-même, il y avait quelque chose là dedans qui ne lui plaisait pas beaucoup. Elle prit néanmoins un bol dans l’armoire, y mit quelques cuillerées du dîner préparé par Ellington et l’embrassa sur la joue. Ils se rendaient tous les deux bien compte que c’était un peu forcé et machinal.

« Tiens-moi informé, » dit Ellington. « Et dis-moi si tu as besoin de quoi que ce soit. »

« Bien sûr, » dit-elle.

Après s’être rendu compte qu’elle n’avait pas encore pris le temps de détacher son étui et son Glock, elle se dirigea directement vers la porte. Quand elle fut dans le couloir et en route vers sa voiture, elle réalisa qu’elle était en fait un peu soulagée d’avoir été rappelée au boulot.



***



Elle devait admettre que ça faisait un peu cliché de se retrouver à traîner au Niveau 2 du parking en face des bureaux du FBI. Les rendez-vous dans des parkings, c’était typique des drames policiers de série B. Et dans ces histoires, les rendez-vous un peu louches dans des parkings menaient généralement à un drame ou l’autre.

Elle repéra la voiture de McGrath et se gara à quelques places de là. Elle verrouilla sa voiture et marcha jusqu’à l’endroit où McGrath l’attendait. Sans y être formellement invitée, elle se dirigea vers la portière passager, l’ouvrit et entra dans le véhicule.

« OK, » dit-elle. « Je n’en peux plus de tout ce mystère. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond ? »

« Il n’y a rien qui ne tourne pas rond en soi, » dit McGrath. « Mais on a une enquête à mener dans une petite ville du nom de Kingsville, à environ une heure de route d’ici. Tu en as entendu parler ? »

« Oui, mais je n’y suis jamais allée. »

« C’est au fin fond de la campagne, le dernier trou paumé avant d’arriver à l’agitation et aux autoroutes menant à Washington, » dit McGrath. « Mais il se pourrait qu’il n’y ait aucune enquête à mener. J’ai besoin que tu y ailles pour savoir ce qu’il en est. »

« OK, » dit-elle. « Mais pourquoi est-ce qu’on n’a pas parlé de tout ça dans votre bureau ? »

« Parce que la victime est le neveu du directeur adjoint. Vingt-deux ans. Apparemment quelqu’un l’aurait jeté d’un pont. La police locale de Kingsville pense qu’il s’agit probablement d’un suicide, mais le directeur adjoint Wilmoth voudrait en être totalement sûr. »

« Est-ce qu’il a une raison de penser qu’il pourrait s’agir d’un meurtre ? » demanda-t-elle.

« Et bien, c’est le deuxième corps qui ait été retrouvé en bas de ce pont au cours des quatre derniers jours. Il s’agit probablement d’un suicide, si tu veux mon avis. Mais, il y a environ une heure, j’ai reçu l’ordre d’aller y jeter un œil, un ordre direct du directeur Wilmoth. Il veut en être sûr. Il veut également être informé aussi vite que possible et il ne veut pas que ça s’ébruite. D’où le fait que je te demande de me retrouver ici, plutôt que dans mon bureau. Si on nous voyait en réunion après les heures de bureau, on supposerait que c’est au sujet d’Ellington ou pour une mission spéciale. »

« OK… je vais à Kingsville, je vérifie s’il s’agit d’un meurtre ou d’un suicide et je vous fais un rapport, c’est ça ? »

« Oui. Et dû aux récents événements avec Ellington, vous travaillerez seule. Ce qui ne devrait pas poser problème car je m’attends à ce que vous rentriez ce soir avec la confirmation qu’il s’agissait bien d’un suicide. »

« Compris. Quand est-ce que je pars ? »

« Maintenant, » dit-il. « Il n’y a rien de tel que le moment présent, n’est-ce pas ? »




CHAPITRE QUATRE


Mackenzie se rendit compte que McGrath n’avait pas exagéré en décrivant la ville de Kingsville, en Virginie, comme un trou perdu. C’était une petite ville qui, en termes d’identité, devait se trouvait coincée quelque part entre Rédemption et Fraternité. Elle avait une atmosphère un peu glauque de campagne mais avec le charme rustique des petites villes du Sud.

La nuit était complètement tombée quand elle arriva sur la scène de crime. Le pont lui apparut au loin, au moment où elle roulait prudemment sur une étroite route en graviers. La route n’était pas entretenue par l’État et n’avait dès lors pas été complètement fermée au trafic. Cependant, quand elle arriva à moins de cinquante mètres du pont, elle vit que la police de Kingsville avait dressé une rangée de tréteaux pour empêcher toute personne de s’avancer plus loin.

Elle se gara à côté de quelques voitures de voiture de police et sortit dans la nuit. Quelques projecteurs avaient été installés et ils étaient tous braqués sur la rive escarpée à droite du pont. Au moment où elle s’approcha du bord, un jeune policier sortit de l’une des voitures.

« Vous êtes l’agent White ? » lui demanda l’homme, avec un accent du Sud à couper au couteau.

« Oui, c’est moi, » répondit-elle.

« OK. Alors, je vous conseille plutôt de traverser le pont et de descendre de l’autre côté, car le talus de ce côté-ci est vraiment escarpé. »

Reconnaissante du conseil, Mackenzie traversa le pont. Elle sortit sa petite torche Maglite et observa la scène tout en s’avançant. Le pont était plutôt vieux et était probablement fermé depuis longtemps à toute utilisation d’ordre pratique. Elle savait qu’il y avait de nombreux ponts dans le style un peu partout en Virginie et en Virginie-Occidentale. Le pont était appelé le Miller Moon Bridge, selon les recherches rapides qu’elle était parvenue à faire sur Google quand elle s’était retrouvée à l’arrêt à des feux rouges en venant jusqu’ici. Il avait été construit en 1910 et il avait été fermé à l’usage public en 1969. Ce fut toute l’information qu’elle put obtenir sur l’endroit avant d’arriver ici, mais son examen minutieux des lieux lui en apprit davantage.

Il n’y avait pas beaucoup de graffitis sur le pont mais la quantité de déchets était considérable. Des bouteilles de bière, des cannettes de boissons et des sachets vides de chips avaient été jetés sur le pont et étaient accumulés contre le rebord en métal qui soutenait les rails en fer. Le pont n’était pas très long, il ne faisait pas plus de soixante-dix mètres, juste assez pour enjamber les talus escarpés et la rivière en-dessous. La structure semblait solide sous ses pieds mais l’ensemble lui parut plutôt léger d’une certaine manière. Elle était bien consciente qu’elle s’avançait sur des planches et des poutres en bois, à près de soixante mètres dans les airs.

Quand elle arriva de l’autre côté du pont, elle se rendit compte que le policier avait eu raison. Le terrain était beaucoup plus gérable de ce côté-ci. Grâce au faisceau de sa Maglite, elle put discerner un sentier qui serpentait à travers les hautes herbes. Le talus finissait à un angle de près de quatre-vingt-dix degrés mais il y avait un peu de terre et des pierres ici et là qui facilitèrent la descente.

« Attendez un instant, » dit la voix d’un homme, venant du bas du talus. Mackenzie regarda devant elle, en direction de la lumière des projecteurs, et vit une ombre s’avancer dans sa direction. « Qui êtes-vous ? » demanda l’homme.

« Mackenzie White, du FBI, » dit-elle, en tendant la main vers son badge.

Quelques instants plus tard, elle put discerner le propriétaire de la silhouette. C’était un homme âgé avec une énorme barbe hirsute. Il était vêtu d’un uniforme de police et le badge qu’il portait sur sa poitrine indiquait qu’il s’agissait du shérif de Kingsville. Derrière lui, elle aperçut la silhouette de quatre autres policiers. L’un d’entre eux était occupé à prendre des photos et se déplaçait lentement dans l’ombre.

« Oh, waouh, » dit-il. « Ça a été rapide. » Il attendit que Mackenzie soit plus près de lui avant de lui tendre la main. Il lui serra chaleureusement la main et se présenta.

« Je suis le shérif Tate. Enchanté de vous rencontrer. »

« De même, » dit Mackenzie, en atteignant le bas du talus et en se retrouvant sur un terrain plat.

Elle prit un moment pour observer la scène, éclairée de manière habile par les projecteurs installés sur les côtés du talus. La première chose que Mackenzie remarqua, c’était que la rivière n’en était pas vraiment une – en tout cas, pas au niveau du Miller Moon Bridge. C’était plutôt quelques flaques d’eau stagnante entourant les côtés et les rebords tranchants de rochers et de grosses pierres qui se trouvaient à l’endroit où la rivière aurait dû s’écouler.

L’une de ces pierres était vraiment énorme et faisait facilement la taille de deux voitures. Allongé sur le haut de cette pierre, se trouvait un cadavre. Le bras droit était visiblement brisé, plié dans une position impossible en-dessous du reste du corps. Un filet de sang coulait de la pierre, en grande partie séché mais encore assez humide pour donner l’impression de continuer à couler.

« Pas beau à voir, hein ? » dit Tate, qui se tenait debout à côté d’elle.

« Non, pas vraiment. De quoi êtes-vous sûr jusqu’à présent ? »

« Et bien, la victime est un homme de vingt-deux ans. Kenny Skinner. Si j’ai bien compris, il a un lien de famille avec quelqu’un haut placé chez vous. »

« Oui. Le neveu du directeur adjoint du FBI. Est-ce que beaucoup de vos hommes sont au courant ? »

« Seulement moi et mon adjoint, » dit Tate. « Vos collègues à Washington nous ont déjà dit de rester discrets à ce sujet. »

« Merci, » dit Mackenzie. « Si j’ai bien compris, un autre corps a été retrouvé ici il y a quelques jours, c’est bien ça ? »

« Il y a trois jours, oui, » dit Tate. « Une femme du nom de Malory Thomas. »

« Des indices qu’il pourrait s’agir d’un crime ? »

« Et bien, elle était nue. Et ses habits ont été retrouvés sur le pont. À part ça, il n’y avait rien d’autre. Nous avons supposé qu’il s’agissait juste d’un autre suicide. »

« Ça arrive souvent dans le coin, les suicides ? »

« Oh oui, » dit Tate, avec un sourire nerveux. « C’est le moins que l’on puisse dire. Il y a trois ans, six personnes se sont suicidées en sautant de ce fichu pont, établissant une sorte de record pour tout l’État de Virginie. L’année suivante, il y en a eu trois. L’année dernière, cinq. »

« C’était tous des gens du coin ? » demanda Mackenzie.

« Non. Parmi ces quatorze personnes, seulement quatre vivaient dans un rayon de quatre-vingt kilomètres. »

« Et à votre connaissance, est-ce qu’il y aurait une sorte de légende urbaine ou de raisonnement en particulier qui pousseraient ces gens à se jeter de ce pont ? »

« Bien sûr, il y a des histoires qui circulent, » dit Tate. « Mais ce genre d’histoires existent avec à peu près tous les ponts désaffectés du pays. Je ne sais pas vraiment. Je mets ça sur le compte de ce fichu fossé des générations. De nos jours, quand les jeunes sont blessés dans leurs sentiments, ils pensent que se suicider est la solution. C’est plutôt triste. »

« Et concernant les meurtres ? » demanda Mackenzie. « Quel est le taux d’homicides à Kingsville ? »

« Il y en a eu deux l’année dernière. Et pour l’instant, seulement un cette année. C’est une petite ville tranquille. Tout le monde se connaît et si tu n’apprécies pas quelqu’un, tu t’arranges pour en rester éloigné. Mais pourquoi cette question ? Est-ce que vous pensez qu’il pourrait s’agir d’un meurtre ? »

« Je ne sais pas encore, » dit Mackenzie. « Mais deux corps en quatre jours retrouvés au même endroit… Je pense que ça vaut la peine d’y regarder de plus près. Est-ce que vous savez si Kenny Skinner et Malory Thomas se connaissaient ? »

« Probablement, mais je ne sais pas s’ils se connaissaient bien. Comme je vous le disais… tout le monde se connaît à Kingsville. Mais si vous vous demandez s’il est possible que Kenny se soit suicidé suite à la mort de Malory, là, j’en doute. Il y avait une différence d’âge de cinq ans entre eux et ils ne traînaient pas vraiment avec les mêmes amis, d’après ce que j’en sais. »

« Est-ce que je peux jeter un œil au corps ? » demanda Mackenzie.

« Allez-y, » dit Tate, en s’éloignant instantanément d’elle pour rejoindre les autres policiers qui ratissaient la scène de crime.

Mackenzie s’approcha avec appréhension de la pierre et du corps de Kenny Skinner. Plus elle se rapprochait du cadavre, plus elle se rendait compte des dégâts qui avaient été causés. Elle avait vu des scènes assez répugnantes dans le cadre de son travail, mais celle-ci était l’une des pires.

Le filet de sang provenait de l’endroit où la tête de Kenny s’était écrasée contre le rocher. Elle ne prit pas la peine de l’examiner de plus près car les traces rouges et noires éclairées par les projecteurs n’étaient pas vraiment quelque chose dont elle voulait se souvenir plus tard le soir. L’énorme fracture à l’arrière de la tête avait affecté le reste du crâne, en déformant les traits du visage. Elle vit également l’endroit où le torse et l’estomac semblaient avoir été gonflés depuis l’intérieur.

Elle fit de son mieux pour faire abstraction de tout ça et se mit à examiner les vêtements et la peau à nu de Kenny afin d’y déceler tout indice d’origine criminelle. Dans la lumière éblouissante mais néanmoins insuffisante des projecteurs, c’était difficile d’en être tout à fait certaine mais après quelques minutes, Mackenzie n’eut rien remarqué de spécial. Quand elle s’éloigna, elle sentit son corps se détendre. Ses muscles s’étaient apparemment tendus au moment où elle observait le cadavre.

Elle retourna auprès du shérif Tate, qui était occupé à parler avec un autre policier. Ils évoquaient le fait de devoir prévenir la famille.

« Shérif, est-ce qu’il serait possible d’obtenir les dossiers concernant ces quatorze suicides au cours des trois dernières années ? »

« Oui, bien sûr. Je vais de suite appeler le commissariat et m’assurer à ce que les dossiers vous y attendent. Et puis… je pense qu’il y a quelqu’un à qui vous devriez peut-être parler. Il y a une femme en ville qui travaille de chez elle comme psychiatre et éducatrice spécialisée. Ça fait un peu plus d’un an qu’elle insiste sur le fait que tous ces suicides à Kingsville ne peuvent pas seulement être des suicides. Il est possible qu’elle vous apporte des informations que vous ne trouveriez pas dans les rapports. »

« Ce serait vraiment super. »

« Je ferai ajouter ses coordonnées aux dossiers à vous transmettre. Vous en avez terminé ici ? »

« Pour l’instant, oui. Est-ce que je pourrais avoir votre numéro pour pouvoir vous contacter plus facilement ? »

« Bien sûr. Mais ce fichu téléphone n’arrête pas de se planter. Il faut que je fasse une mise à jour. Ça fait au moins cinq mois que j’aurais dû la faire. Alors, si vous m’appelez et que vous tombez directement sur la boîte vocale, ce n’est pas parce que j’ignore votre appel. Je vous rappellerai tout de suite. Il y a un truc qui ne fonctionne pas avec cette machine. Je hais les téléphones portables, de toute façon. »

Après sa diatribe sur la technologie moderne, Tate lui donna son numéro de portable et elle le sauvegarda sur son téléphone.

« Je vous retrouve d’ici peu, » dit Tate. « Le médecin légiste est sur le point d’arriver. Je serai vraiment content de pouvoir enfin bouger ce cadavre. »

Ça pouvait sembler irrespectueux à dire mais quand Mackenzie se retourna et vit à nouveau l’état pitoyable dans lequel se trouvait le corps, elle ne pouvait qu’être d’accord avec lui.





CHAPITRE CINQ


Il était 22h10 quand elle entra dans le commissariat. L’endroit était complètement désert et les seuls signes de vie émanaient d’une femme qui avait l’air de s’ennuyer assise derrière un bureau – qui faisait probablement office de dispatch pour le département de police de Kingsville – et de deux policiers qui avaient une conversation animée sur la politique dans le couloir derrière le bureau où était assise la femme.

En dépit de son aspect plutôt terne, le commissariat avait l’air d’être très bien organisé. La femme assise derrière le bureau avait déjà fait des copies de tous les dossiers dont le shérif Tate lui avait parlé et les avait rangés dans un classeur pour les donner à Mackenzie dès son arrivée. Mackenzie la remercia et lui demanda si elle pouvait lui recommander un hôtel dans la région. Il s’avéra que Kingsville n’avait qu’un seul motel et qu’il se trouvait à moins de trois kilomètres du commissariat de police.

Dix minutes plus tard, Mackenzie ouvrait la porte de sa chambre au Motel 6. Elle était très certainement restée dans des hôtels bien pires au cours de sa carrière au FBI, mais ce n’était clairement pas le genre d’endroit à recevoir des éloges sur Yelp ou Google. Elle n’accorda que très peu d’attention à l’aspect rudimentaire de la chambre, elle posa les dossiers sur la petite table près du lit et se mit à les éplucher.

Elle prenait des notes tout en parcourant les dossiers. La première chose qu’elle découvrit, et probablement la plus inquiétante, c’était que des quatorze suicides qui avaient eu lieu durant les trois dernières années, onze avaient été commis du Miller Moon Bridge. Les trois autres consistaient en une pendaison dans un grenier et deux suicides par arme à feu.

Mackenzie en savait assez sur les petites villes pour comprendre l’attrait que pouvait exercer un monument aussi rustique que le Miller Moon Bridge. Son histoire et son aspect négligé séduisaient, et particulièrement les adolescents. Et de fait, comme le confirmaient les dossiers étalés devant elle, six des quatorze suicides avaient été commis par des jeunes de moins de vingt et un ans.

Elle se mit à étudier les dossiers et bien qu’ils ne soient pas aussi détaillés qu’elle l’eut souhaité, ils étaient tout de même plus qu’honnêtes en comparaison de ce qu’elle avait pu voir dans la plupart des commissariats de police de petites villes. Elle continua à prendre des notes et finit avec une liste exhaustive de détails qui lui permirent de mieux comprendre les multiples suicides liés au Miller Moon Bridge. Après environ une heure, elle avait assez d’informations pour se faire une petite idée.

Tout d’abord, des quatorze personnes qui s’étaient suicidées, exactement la moitié d’entre elles avaient laissé une note. Ces notes indiquaient clairement qu’ils avaient pris la décision de mettre fin à leurs jours. Chaque dossier incluait une copie de la lettre en question et chacune d’entre elles exprimait une forme de regret. Ils disaient à leurs proches qu’ils les aimaient mais qu’ils ressentaient une douleur qu’ils ne parvenaient pas à surmonter.

Les sept autres suicides auraient presque pu être considérés comme de potentielles affaires de meurtres : des corps surgis de nulle part et en mauvais état. Il avait été prouvé que l’une des personnes qui s’étaient suicidées, une jeune fille de dix-sept ans, avait récemment eu des relations sexuelles. Quand ils purent identifier son partenaire grâce à l’ADN laissé sur son corps, il avait pu prouver par des messages qu’elle était venue chez lui, qu’ils avaient eu des relations sexuelles, puis qu’elle était partie. Et il semblerait qu’elle se soit jetée du Miller Moon Bridge trois heures plus tard.

Dans ces quatorze dossiers, le seul cas qui lui semblait avoir valu la peine d’y regarder de plus près, était le triste et regrettable suicide d’un jeune garçon de seize ans. Quand son corps avait été retrouvé sur les roches ensanglantées en-dessous du pont, il montrait des bleus sur la poitrine et sur les bras qui n’avaient aucun lien avec les blessures causées par sa chute. Après quelques jours, la police avait découvert que le garçon souffrait régulièrement de mauvais traitements de la part de son père alcoolique qui tenta d’ailleurs de se suicider trois jours après la découverte du cadavre de son fils.

Mackenzie finit sa séance de recherche avec le dossier plus récent concernant Malory Thomas. Son cas était un peu différent des autres car elle avait été retrouvée nue. Le dossier révélait que ses vêtements avaient été retrouvés soigneusement empilés sur le pont. Il n’y avait aucun signe d’abus, ni d’activité sexuelle récente et aucune trace de crime. Pour une raison ou une autre, il semblerait tout simplement que Malory Thomas ait décidé de se jeter du pont dans son plus simple apparat.

Mais ça paraît quand même bizarre, pensa Mackenzie. Même un peu déplacé. Si tu es sur le point de mettre fin à tes jours, pourquoi chercher à exposer ton corps de cette manière ?

Elle y réfléchit pendant un instant, puis se rappela la psychiatre dont le shérif Tate lui avait parlé. Mais maintenant qu’il était presque minuit, il était trop tard pour l’appeler.

Minuit, pensa-t-elle. Elle regarda son téléphone, surprise qu’Ellington n’ait pas encore essayé de la joindre. Elle se dit qu’il essayait sûrement de la jouer cool – ne voulant pas la déranger jusqu’à ce qu’elle soit dans de meilleures dispositions. Et franchement, elle ne savait pas vraiment dans quel état d’esprit elle se trouvait pour l’instant. Bon, il avait commis une erreur dans sa vie bien avant de la connaître… alors, pourquoi est-ce que ça la dérangeait autant ?

Elle ne savait pas vraiment pourquoi. Mais ce dont elle était sûre, c’était que ça la dérangeait… et pour l’instant, c’était vraiment tout ce qui comptait.

Avant de se mettre au lit, elle regarda la carte de visite que la femme du commissariat avait mise dans le dossier. C’était le nom, le numéro de téléphone et l’adresse email de la psychiatre du coin, le Dr. Jan Haggerty. Afin de préparer au mieux le terrain, Mackenzie lui envoya un email afin de l’informer qu’elle était en ville, de la raison de sa visite et en lui demandant s’il était possible de se rencontrer le plus tôt possible. Mackenzie se dit que si elle n’avait pas reçu de réponse du Dr. Haggerty demain matin vers neuf heures, elle l’appellerait.

Avant d’éteindre les lumières, elle pensa à appeler Ellington pour voir comment il allait. Elle était certaine qu’il était probablement occupé à se morfondre et à boire des bières, affalé sur le divan en envisageant d'y passer la nuit.

L'imaginer dans cet état lui facilita la tâche. Elle éteignit les lumières et, dans l'obscurité, elle commença à avoir l'impression de se trouver dans une ville plus sinistre que d'habitude. Le genre de ville qui dissimulait d'horribles cicatrices, toujours dans l'obscurité non pas en raison de son cadre rural mais plutôt à cause des marques laissées sur une route en graviers à environ dix kilomètres de l'endroit où elle se trouvait actuellement. Et bien qu'elle fit de son mieux pour chasser cette pensée de son esprit, elle s'endormit avec des images de jeunes adolescents se jetant dans le vide depuis le Miller Moon Bridge.




CHAPITRE SIX


Elle fut réveillée en sursaut par la sonnerie de son téléphone. L'horloge sur la table de chevet indiquait 6h40 au moment elle tendit la main pour l'attraper. Elle vit le nom de McGrath qui s'affichait à l'écran et avant de décrocher, elle eut juste le temps de se dire qu'elle aurait préféré que ce soit Ellington.

« Agent White. »

« White, où en est-on avec cette enquête concernant le neveu du directeur Wilmoth ? »

« Et bien, pour l'instant, ça ressemble clairement à un suicide. Si les choses se déroulent comme je le pense, je devrais être de retour à Washington cet après-midi. »

« Aucun signe de crime ? »

« Pas que je sache. Et si je peux me permettre de vous poser cette question... est-ce que le directeur Wilmoth préférerait que ce soit un crime ? »

« Non. Mais pour être tout à fait honnête... un suicide dans la famille d'un homme occupant sa position, ça ne fait pas bonne figure. Il voudrait juste avoir tous les détails avant que ça ne devienne public. »

« OK, compris. »

« White, est-ce que je vous ai réveillée ? » demanda-t-il, sur un ton bourru.

« Bien sûr que non, monsieur. »

« Maintenez-moi informé des progrès de l'enquête, » dit-il avant de raccrocher.

Pas la manière la plus agréable de se réveiller, pensa Mackenzie en sortant du lit. Elle alla se doucher et quand elle eut terminé, elle enroula une serviette autour d’elle et sortit de la salle de bain en entendant à nouveau la sonnerie de son téléphone.

Elle ne reconnut pas le numéro et décrocha immédiatement. Avec ses cheveux encore mouillés, elle répondit : « Agent White. »

« Agent White, c'est Jan Haggerty, » dit une voix sombre. « Je viens juste de terminer de lire votre email. »

« Merci de m'avoir appelée aussi vite, » dit Mackenzie. « Je sais que c'est beaucoup demander à quelqu'un dans votre profession, mais est-ce qu'on pourrait se rencontrer aujourd'hui pour discuter ? »

« Il n'y a aucun problème, » dit Haggerty. « Je travaille de chez moi et mon premier rendez-vous n'est pas avant neuf heures trente. Si vous me laissez une demi-heure pour me préparer, on peut se voir ce matin. Je préparerai du café. »

« OK, super, » dit Mackenzie.

Haggerty donna son adresse à Mackenzie et elles raccrochèrent. Vu qu’elle avait une demi-heure devant elle, Mackenzie décida de se comporter en adulte et d'appeler Ellington. Ça ne leur servirait à rien d'essayer d'éviter le sujet ou d'espérer que l'autre en ferait tout simplement abstraction en optant pour la politique de l'autruche.

Quand il décrocha, il avait l'air fatigué. Mackenzie supposa qu'elle venait de le réveiller, ce qui n'était pas vraiment surprenant vu qu'il avait tendance à dormir les jours où il ne travaillait pas. Mais elle entendit également une pointe d'optimisme dans sa voix.

« Salut, » dit-il.

« Bonjour, » dit-elle. « Comment vas-tu ? »

« Je ne sais pas vraiment, » répondit-il, presque immédiatement. « Un peu déboussolé serait la meilleure manière de le décrire. Mais je survivrai. Plus j'y pense, plus je suis certain que ça va passer. Ce sera un accroc dans ma carrière professionnelle mais tant que je peux retourner travailler, je pense que ça ira. Et toi ? Comment va ton enquête super top secrète ? »

« Presque terminée, je pense, » dit-elle. Quand elle l'avait appelé hier soir, en chemin vers Kingsville, elle n'avait pas partagé trop de détails concernant l'affaire. Elle s'était contentée de lui dire que ce n'était pas une enquête qui allait la mettre en danger. Elle veilla également de ne pas lui en dire beaucoup plus maintenant non plus. C'était quelque chose qui arrivait parfois entre agents quand une affaire était clôturée ou sur le point de l'être.

« Tant mieux » dit-il. « Car je n'aime pas la manière dont la conversation s'est terminée entre nous hier. Je ne sais pas... eh bien, je ne sais pas de quoi il faut que je m'excuse. Mais j'ai tout de même l'impression que je t'ai fait du tort dans tout ça. »

« On ne peut rien y faire, » dit Mackenzie, en détestant entendre sortir une telle phrase clichée de sa bouche. « Je devrais rentrer ce soir. On en parlera à ce moment-là. »

« OK, super. Fais attention à toi. »

« Toi aussi, » dit-elle, avec un petit rire forcé.

Ils raccrochèrent et bien qu'elle se sente un peu mieux de lui avoir parlé, elle ne pouvait ignorer la tension qu'elle continuait de ressentir. Mais elle ne se laissa pas le temps d'y penser. Elle sortit dans Kingsville pour aller petit-déjeuner et faire passer le temps avant de se rendre chez le Dr. Haggerty.



***



Le Dr. Haggerty vivait seule dans une maison à un étage de style colonial, érigée au milieu d'un magnifique jardin. Plusieurs ormes et chênes se dressaient à l'arrière et formaient une ombre qui planait au-dessus de la maison. Le Dr. Haggerty accueillit Mackenzie à la porte d'entrée avec un sourire et une odeur de café frais derrière elle. Elle devait avoir près de la soixantaine et elle avait des cheveux gris qui parvenaient encore à conserver une bonne partie de sa couleur brune. Elle observa Mackenzie à travers une petite paire de lunettes. Quand elle invita Mackenzie à entrer, elle fit un geste de ses bras maigres et lui parla d'une voix qui ressemblait plus à un murmure.

« Je vous remercie encore d'avoir accepté de me rencontrer, » dit Mackenzie. « Surtout dans un délai aussi court. »

« Ce n'est vraiment pas un problème, » dit-elle. « Entre nous, j'espère qu'on arrivera à rassembler assez d'éléments pour que le shérif Tate suggère au comté de faire enfin démolir ce fichu pont. »

Haggerty versa une tasse de café à Mackenzie et les deux femmes s'assirent à la petite table qui se trouvait dans un charmant coin petit-déjeuner, juste à côté de la cuisine. À côté de la table, une fenêtre s'ouvrait sur les ormes et les chênes qui se dressaient dans le jardin arrière.

« J'imagine que vous avez été informée des événements d'hier après-midi ? » demanda Mackenzie.

« Oui, » dit Haggerty. « Kenny Skinner. Vingt-deux ans, c'est bien ça ? »

Mackenzie hocha la tête, tout en buvant une gorgée de son café. « Et Malory Thomas, il y a quelques jours. Maintenant... pouvez-vous me dire pourquoi vous insistez autant auprès du shérif concernant ce pont ? »

« Eh bien, Kingsville n'a pas grand-chose à offrir. Et bien que les gens vivant dans une petite ville ne veuillent pas l'admettre, un coin perdu comme ici n'a jamais rien eu à offrir aux adolescents et aux jeunes adultes. Et quand ce genre de choses arrivent, des points de repère morbides comme le Miller Moon Bridge deviennent emblématiques. En consultant les archives de la ville, les habitants mettaient déjà fin à leurs jours depuis ce pont dès 1956, quand il était encore en service. À notre époque, les jeunes gens sont exposés à tellement de négativité et de problèmes de confiance en eux qu'une construction aussi emblématique que ce pont peut prendre beaucoup plus d'importance. Les jeunes qui cherchent à sortir d'une manière ou d'une autre de cette ville en arrivent à des extrêmes et il ne s'agit plus seulement de sortir d'ici... mais d'en finir avec la vie en général. »

« Alors vous pensez que ce pont offre aux jeunes gens suicidaires un moyen facile de mettre fin à leurs jours ? »

« Pas vraiment un moyen facile en soi, » dit Haggerty. « C'est plutôt comme un point de repère pour eux. Et ceux qui ont sauté de ce pont avant eux n'ont fait que leur montrer la voie. Ce pont n'est même plus vraiment un pont. C'est une plate-forme à suicides. »

« Hier soir, le shérif Tate m'a également dit que vous aviez du mal à croire que tous ces suicides puissent vraiment n'être que des suicides. Est-ce que vous pourriez m'en dire plus à ce sujet ? »

« Oui, bien sûr... et on peut commencer en prenant Kenny Skinner comme exemple. Kenny était un type populaire. Entre nous, je ne pense pas qu'il allait faire quoi que ce soit d'extraordinaire dans sa vie. Il aurait probablement continué à vivre ici le reste de sa vie, en travaillant au magasin de pneus et de tracteurs de Kingsville. Mais il avait une vie plutôt agréable ici, vous savez ? D'après ce que je sais, les filles l'aimaient plutôt bien et dans une ville comme celle-ci – enfin, dans un comté comme celui-ci – c'est le genre de choses qui vous garantit de passer de bons week-ends. J'ai personnellement parlé à Kenny au cours de ce dernier mois, quand j'ai crevé un pneu après avoir roulé sur un clou. C'est lui qui me l'a réparé. C'était un garçon poli, rieur, avec de bonnes manières. J'ai vraiment du mal à croire qu'il ait pu se suicider de cette manière. Et si vous faites des recherches concernant les personnes qui se sont jetées de ce pont au cours des trois dernières années, il y a au moins une ou deux autres personnes pour lesquelles j'ai vraiment des doutes... des personnes que je n'aurais jamais imaginé pouvoir se suicider. »

« Alors vous pensez qu'il pourrait s'agir de crimes ? » demanda Mackenzie.

Haggerty réfléchit un instant avant de répondre. « C'est l'impression que j'ai, mais je ne peux pas non plus l'affirmer en toute certitude. »

« Et j'imagine que cette impression se base sur votre opinion professionnelle et non pas uniquement sur le fait qu'autant de suicides dans votre ville vous attriste ? » demanda Mackenzie.

« Tout à fait, » dit Haggerty, tout en ayant l’air un peu offusquée par la nature de la question.

« Est-ce que vous avez eu Kenny Skinner ou Malory Thomas en tant que clients ? »

« Non. Et aucune des autres victimes depuis 1996. »

« Donc vous avez rencontré au moins l'une des personnes qui s'est suicidée de ce pont ? »

« Oui, une seule. Et avec elle, je l'ai vu venir. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour convaincre sa famille qu'elle avait besoin d'aide. Mais j'étais à peine parvenue à leur faire comprendre la situation, qu'elle se jetait de ce pont. Vous voyez... dans cette ville, le Miller Moon Bridge est synonyme de suicide. Et c'est pour ça que je voudrais vraiment que le comté prenne la décision de le détruire. »

« Car vous pensez qu'il attire trop facilement toute personne ayant des tendances suicidaires ? »

« Exactement. »

Mackenzie sentit que la conversation arrivait à sa fin. Elle avait appris tout ce qu'elle avait à savoir. Elle était convaincue que le Dr. Haggerty n'était pas le genre de personnes à exagérer les faits juste pour se rendre intéressante. Bien qu'elle ait essayé de minimiser ce qu'elle pensait de peur de se tromper, Mackenzie sentait qu'Haggerty était fermement convaincue que quelques-uns de ces suicides n'en étaient pas.

Et cette petite pointe de scepticisme était tout ce dont Mackenzie avait besoin. S'il y avait la moindre chance que l'un des deux derniers cadavres soit un meurtre et non un suicide, elle voulait en être tout à fait certaine avant de rentrer à Washington.

Elle finit son café, remercia le Dr. Haggerty pour le temps qu'elle lui avait consacré, et quitta la maison. En chemin vers sa voiture, elle regarda la forêt qui entourait Kingsville. Elle regarda en direction de l'Ouest, vers l'endroit où se dressait le Miller Moon Bridge, accessible uniquement à travers une série de routes de campagne et un chemin en graviers qui semblait indiquer aux voyageurs qu'ils arrivaient en bout de parcours.

En revoyant l'image des roches ensanglantées en-dessous du pont, Mackenzie fut parcourue d'un frisson.

Elle écarta cette pensée, démarra le moteur et sortit son téléphone. Si elle voulait en avoir le cœur net concernant cette affaire, il allait falloir qu'elle l'aborde comme s'il s'agissait d'une enquête pour meurtre. Il fallait donc qu'elle commence par parler avec les membres de la famille de la victime la plus récente.




CHAPITRE SEPT


Avant de rendre visite à la famille de Kenny Skinner, Mackenzie appela McGrath pour avoir son accord explicite. Sa réponse fut claire, nette et précise : Je m'en fous s'il faut que vous parliez avec toute l'équipe de baseball du coin, tant que vous me solutionnez cette affaire !

Après avoir reçu cette confirmation, elle n'eut plus aucun problème à se rendre chez Pam et Vincent Skinner. D'après ce que McGrath lui avait expliqué, Pam Skinner était autrefois Pam Wilmoth. Sœur ainée du directeur adjoint Wilmoth, elle travaillait de chez elle en tant qu'experte en soumission de projets pour une agence environnementale. Quant à Vincent Skinner, c'était le propriétaire du magasin de pneus et de tracteurs de Kingsville, où son fils travaillait depuis ses quinze ans.

Quand Mackenzie frappa à leur porte, elle ne fut reçue par aucun des Skinner, mais par le pasteur de l'église presbytérienne de Kingsville. Quand Mackenzie lui montra son badge et lui expliqua la raison de sa visite, il la fit entrer et lui demanda d'attendre dans le vestibule. La famille Skinner vivait dans une jolie maison à un coin de rue, dans le quartier qui devait vraisemblablement correspondre au centre-ville de Kingsville. Elle sentit l'odeur agréable de quelque chose qui cuisait au four, venant probablement de la cuisine, au bout d'un long couloir. Quelque part dans la maison, elle entendit le bruit de la sonnerie d'un téléphone. Elle entendit également la voix étouffée du pasteur, qui informait Pam et Vincent Skinner qu'une femme du FBI était là et souhaitait leur poser quelques questions concernant Kenny.

Cela prit quelques minutes mais Pam Skinner finit par venir à sa rencontre. La femme avait le visage rougi par les larmes et avait l'air de ne pas avoir dormi de la nuit.

« Vous êtes l'agent White ? » demanda-t-elle.

« Oui, c'est moi. »

« Merci d'être venue, » dit Pam. « Mon frère m'avait informée que vous viendriez à un moment ou à un autre. »

« Si c'est trop tôt, je peux... »

« Non, non, je préfère en finir le plus tôt possible, » dit-elle.

« Est-ce que votre mari est à la maison ? »

« Il a choisi de rester dans le salon avec notre pasteur. Vincent a vraiment beaucoup de mal avec ce qui s’est passé. Il s'est évanoui à deux reprises hier soir et il passe par des phases où il refuse tout simplement de croire que ça ait vraiment eu lieu et... »

Et semblant surgir de nulle part, un énorme sanglot sortit de la gorge de Pam. Elle s'appuya contre le mur, prit une profonde inspiration et ravala ce qui semblait être un énorme chagrin qui avait besoin de sortir.

« Madame Skinner... Je peux revenir plus tard. »

« Non, il vaut mieux que ce soit maintenant. Il a fallu que je sois forte et que je tienne le coup toute la nuit pour Vincent. Je pense que je pourrai encore tenir quelques minutes de plus pour vous. Venez... allons dans la cuisine. »

Mackenzie suivit Pam Skinner le long du couloir, en direction de la cuisine où elle commença à reconnaître l'odeur qu'elle avait remarquée en arrivant. Apparemment, Pam préparait des brioches a la cannelle, en cherchant peut-être par là à oublier sa peine et à adopter une certaine forme de normalité. Pam vérifia la cuisson de manière peu enthousiaste pendant que Mackenzie s'installait sur un tabouret au comptoir de la cuisine.

« J'ai parlé avec le Dr. Haggerty ce matin, » dit Mackenzie. « Elle essaie depuis des années de faire détruire le Miller Moon Bridge. A un moment, elle a mentionné le nom de votre fils. Elle a du mal à croire que Kenny ait pu se suicider. »

Pam hocha catégoriquement la tête. « Elle a absolument raison. Il est impossible que Kenny se soit suicidé. Rien que l'idée est complètement ridicule. »

« Est-ce que vous avez des raisons de penser que quelqu'un pourrait vouloir faire du mal à votre fils ? »

Pam secoua la tête, de manière aussi catégorique qu'elle avait acquiescé quelques instants plus tôt. « J'y ai pensé toute la nuit. Et bien sûr, ça a fait ressurgir quelques vérités un peu dérangeantes concernant Kenny. Il y avait bien l'un ou l'autre gars qui ne l'aimait pas spécialement car il avait tendance à piquer les petites copines des autres. Mais rien de vraiment sérieux en soi. »

« Et au cours des dernières semaines, est-ce que vous avez entendu Kenny dire quoi que ce soit ou agir d'une certaine façon qui aurait pu indiquer qu'il envisageait de mettre fin à ses jours ? »

« Non. Rien de tel. Même quand Kenny était de mauvaise humeur, il parvenait à illuminer une pièce. Il était rarement fâché pour quoi que ce soit. Ce n'était pas un enfant parfait mais mon dieu, je ne pense pas qu'il ait eu la moindre colère ou haine en lui. C'est absolument incompréhensible qu'il puisse s'être suicidé. »

Un autre sanglot lui échappa entre les mots s'être et suicidé.

« Est-ce que vous savez s'il se sentait lié d'une manière ou d'une autre à ce pont ? » demanda Mackenzie.

« Pas plus que les autres adolescents et jeunes adultes en ville. J'imagine qu'il a probablement été y boire de l'alcool à l'occasion ou éventuellement y amener une fille, mais rien qui ne sorte de l'ordinaire. »

Mackenzie sentit que Pam Skinner était sur le point de craquer. Encore une minute ou deux et elle allait s'effondrer en sanglots.

« J'ai une dernière question à vous poser et sachez qu'il est vraiment nécessaire que je vous la pose. Êtes-vous certaine que vous connaissiez bien votre fils ? Est-ce que vous pensez qu'il soit possible qu'il ait une sorte de double vie ou des secrets qu'il vous ait cachés, à vous et à votre mari ? »

Elle y réfléchit un instant et ses yeux se remplirent de larmes. Lentement, elle dit, « J'imagine que tout est possible. Mais si Kenny nous dissimulait vraiment des choses, il le faisait avec brio. Et bien qu'il ait beaucoup de qualités, il n'était pas vraiment du genre déterminé. Alors, pour qu'il parvienne à nous cacher une double vie... »

« Je vois ce que vous voulez dire, » dit Mackenzie. « Maintenant, je vais vous laisser tranquille. Mais si vous repensez à quoi que ce soit d'important dans les prochains jours, n'hésitez pas à m'appeler. »

Sur ces mots, Mackenzie se leva et posa sa carte de visite sur le plan de travail. « Je vous présente encore toutes mes condoléances, madame Skinner. »

Mackenzie partit rapidement mais de manière polie. Elle ressentit tout le poids du chagrin de la famille jusqu'à ce qu'elle soit finalement dehors, avec la porte refermée derrière elle. Et même alors, en se dirigeant vers sa voiture, elle pouvait entendre les sanglots de Pam Skinner qui avait fini par craquer. Au son obsédant de cette douleur, Mackenzie sentit son cœur se briser un petit peu.

Même lorsqu'elle fut sur la route, le bruit des sanglots de Pam Skinner continua à résonner dans sa tête comme une brise d'automne faisant voler des feuilles mortes dans une rue déserte.




CHAPITRE HUIT


Il n'y avait pas de médecin légiste dans le comté et le bureau du médecin légiste le plus proche se trouvait à Arlington, a une heure et demie de route de Kingsville. Plutôt que de rentrer à Washington et devoir de toute façon revenir à Kingsville, Mackenzie retourna dans sa chambre de motel et passa une série d'appels. Dix minutes plus tard, elle appelait par Skype le médecin légiste en charge des corps de Malory Thomas et de Kenny Skinner. Le corps de ce dernier n'était pas encore entièrement prêt à être analysé, ce qui rendait les choses un peu plus difficiles.

Mackenzie appela tout de même et attendit d'avoir le médecin légiste en ligne. L'homme de l'autre côté du fil était un médecin avec lequel Mackenzie avait travaillé à plusieurs reprises sur d'autres enquêtes, un homme d’âge moyen aux cheveux grisonnants, du nom de Barry Burke. C'était agréable de voir un visage connu après la matinée qu'elle venait d'avoir. Elle ne parvenait toujours pas à oublier le poids du chagrin qui avait envahi Pam Skinner au moment où elle avait quitté leur maison.

« Bonjour, agent White, » dit Burke.

« Bonjour, docteur. J'ai cru comprendre qu'il n'y avait pas encore grand-chose à apprendre du corps de Kenny Skinner, c'est bien ça ? »

« J'en ai bien peur, oui. Et au risque de paraitre un peu cru, son corps est dans un sale état. Peut-être que si vous me disiez ce que vous cherchez à savoir, je pourrais le faire passer en priorité. »

« Des bleus ou des égratignures récentes. Tout signe qui pourrait indiquer une lutte. »

« OK, j'en prends note. Maintenant... J'imagine que vous souhaitez savoir la même chose concernant Malory Thomas, c'est bien ça ? »

« Oui, en effet. Vous avez des informations à ce sujet ? »

« Il se pourrait bien, oui. Même si, et bien que j'aie horreur de l'admettre, quand nous réceptionnons un corps qui est manifestement le résultat d'un suicide, il y a certaines choses qui se retrouvent instantanément en bas de la liste des priorités. Mais oui... on a trouvé quelque chose sur Malory Thomas qui, en toute honnêteté, pourrait n'être rien du tout. Mais si vous cherchez des égratignures... »

« Qu'est-ce que vous avez trouvé ? » demanda-t-elle.

« Attendez un instant et je vous envoie une photo, » dit-il. Il cliqua sur des documents et l'icône d'image attachée apparut dans la fenêtre du Skype.

Mackenzie cliqua dessus et un document JPEG s'ouvrit sur son écran. L'image montrait le dessous de la main droite de Malory Thomas.

Mackenzie zooma sur l'image et vit tout de suite de quoi Burke voulait parler. Malory avait des entailles et des abrasions très visibles entre les premières et deuxièmes phalanges de trois doigts. Les entailles étaient très irrégulières et, bien qu'elles ne soient pas ensanglantées, elles étaient à vif et plutôt désagréables à regarder. Il y avait deux très grandes égratignures sur la partie supérieure de la paume qui avaient également l'air d'être assez récentes. Et enfin, il y avait une sorte de faible renfoncement dans la chair de sa main, juste au-dessus de la paume, en forme de petit arc de cercle. Pour une raison ou une autre, cette dernière marque ressortait plus que les autres. Sa présence lui parut bizarre et ça signifiait généralement que c'était là l'indice qu'elle recherchait.

« Est-ce que ça va vous aider ? » demanda Burke.

« Je ne sais pas encore, » dit Mackenzie. « Mais c'est plus d'informations que ce dont je disposais il y a seulement deux minutes. »

« Il y a également autre chose... attendez, je reviens. » Burke s'éloigna de son bureau pendant un instant, puis revint face à la caméra. Il tenait un petit sachet en plastique, contenant quelque chose qui ressemblait à un morceau d'écorce. Il l'approcha de la caméra et Mackenzie vit un morceau de bois d'environ deux centimètres de large et quatre centimètres de long.

« On l'a retrouvé dans ses cheveux, » dit Burke. « Et la seule raison pour laquelle ça a attiré notre attention, c'est parce qu'il s'agissait du seul morceau retrouvé sur elle. En général, quand quelque chose du genre est retrouvé sur un corps, et particulièrement dans les cheveux, on en retrouve une quantité importante. Des morceaux de bois, de la paille, des choses dans le genre. Mais, ici, on n'en a retrouvé qu'un seul morceau. »

« Est-ce que vous pourriez en faire une photo et me l'envoyer à mon adresse email ? » demanda Mackenzie.

« Bien sûr, c'est l'une des demandes les moins bizarres que j'ai eues cette semaine, vous savez. Les avantages de ce boulot... »

« Merci pour toutes ces informations, » dit Mackenzie. « Est-ce que vous savez quand vous aurez l'occasion d'étudier de plus près le corps de Kenny Skinner ? »

« Dans les prochaines heures, j'espère. »

« J'espère rentrer à Washington ce soir. Je vous contacterai à ce moment-là pour savoir si vous avez du neuf à ce sujet. »

Sur ces mots, ils raccrochèrent. Mackenzie envoya la photo de la paume de Malory Thomas sur son téléphone, puis sortit de sa chambre de motel. Elle pensait aux égratignures et au renfoncement sur la main de Malory, ainsi qu'au seul morceau de bois retrouvé dans ses cheveux. Tout cela signifiait quelque chose... elle le sentait, mais elle n'était pas encore sûre de savoir quoi.

Plutôt que d'y réfléchir dans une chambre de motel, elle se dit qu'il n'y avait pas de meilleur endroit où aller que sur la scène potentielle de crime. Elle espérait juste que le Miller Moon Bridge était moins sinistre à la lumière du jour.



***



Quand elle parvint à l'intersection qui menait vers la route en graviers qui se terminait au Miller Moon Bridge, elle fut contente de voir une voiture de police garée sur le bord de la route. Le policier leva les yeux vers elle quand elle s'approcha lentement de sa voiture. Elle lui montra son badge et il lui fit signe de passer après avoir regardé son insigne de près.

Cinq cents mètres plus loin, elle atteignit le panneau qui disait FIN MAINTENANCE DE LA ROUTE. C'était à cet endroit que la route devenait un chemin en graviers. Elle s'y engagea lentement, en écoutant le bruit des pierres crisser sous ses pneus, tout en dégageant un nuage de poussière. Deux kilomètres plus loin, elle commença à apercevoir les premiers piliers du Miller Moon Bridge, s'élevant légèrement en oblique dans les airs. Elle passa un tournant et vit l'ensemble de la structure qui enjambait le précipice et la rivière asséchée qui coulait en-dessous. Bien qu'elle n'ait pas l'air aussi lugubre a la lumière du jour, la construction trahissait tout de même son âge.

Elle se gara à quelques mètres de l'endroit où se trouvaient les premières planches en bois. Elle essaya de s'imaginer traverser ce pont en voiture trente ou quarante ans plus tôt, et le seul fait d'y penser la terrifia. Au moment où elle s'avança sur les planches en bois, elle regarda ce qui se trouvait de l’autre côté. Deux blocs en béton d’environ trois mètres de haut étaient érigés entre la fin du pont et le début d'une route qui n'était visiblement plus utilisée depuis longtemps et qui donnait littéralement l'impression de mener au bout du monde, là où toute chose arrivait à une fin.

Elle s'avança lentement sur le pont et regarda la photo de la paume de Malory sur son téléphone. Elle ouvrit également l'image du petit morceau de bois que Burke lui avait envoyée après l'appel Skype et elle afficha les deux images côte a côte. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle cherchait mais elle était certaine qu'elle le saurait une fois qu'elle le verrait.

Et de fait, il ne lui fallut pas attendre longtemps.

Elle s'était avancée d'à peine deux mètres sur le pont quand elle remarqua la disposition des poutres et des étais qui en longeaient les côtés. La majorité d’entre eux se trouvaient en-dessous du pont, mais de l'autre côté de la rambarde blanche qui séparait le pont de l'espace ouvert, il y avait un étai en fer qui dépassait d'environ soixante centimètres sur le côté. Il était juste assez large pour permettre à quelqu'un de s'y tenir.

Elle regarda le long du pont et remarqua qu’il y avait un total de trois étais du même type. Elle s'approcha de la rambarde et s'accroupit pour y jeter un coup d'œil de plus près. L'étai qui se trouvait devant elle soutenait également cinq plus petits étais qui passaient en-dessous du pont. Ces plus petits étais étaient attachés aux plus grands à l'aide de grands boulons. Les boulons étaient recouverts de capuchons en métal lisse, usés et rouillés par le passage du temps.

Mackenzie regarda la photo de la paume de Malory et zooma sur le renfoncement de sa peau. Légèrement circulaire, la courbe ressemblait beaucoup à la circonférence des capuchons en métal qui se trouvaient sur l'étai.

Elle passa prudemment les doigts sur le capuchon en métal. Oui, c'était lisse - probablement destiné à dissimuler les rebords irréguliers du boulon industriel qui avait été utilisé pour attacher les étais - mais les bords du capuchon présentaient également des irrégularités.

Mackenzie se remit debout et continua à s’avancer sur le pont. Elle vit la même disposition, l'une après l'autre. Cinq boulons, recouverts par ces mêmes capuchons lisses en fer, suivis d’une interruption dans l'espacement des capuchons, avant d’en avoir cinq de plus. Elle compta trois groupes de cinq boulons au premier étai en fer, puis cinq au suivant.

Mais elle n’alla pas jusqu’au troisième étai en fer, qui se trouvait au niveau de la dernière section du pont. Quand elle fut plus ou moins à la moitié du pont, elle arriva à un endroit où la base en bois du cadre du pont ressortait légèrement au-delà de l'étai en fer. Pas de beaucoup... peut-être seulement de quelques centimètres. Mais c'était assez pour que Mackenzie réalise que les poutres et les étais en-dessous du pont étaient partiellement faits en bois - peut-être juste le cadre d’origine ou des constructions ultérieures.

Elle s'accroupit à nouveau et se pencha au-delà de la rambarde de sécurité. Elle passa sa main le long de la petite partie en bois. Il était vieux et friable mais assez dur. Elle compara la couleur et la texture au petit morceau de bois que Burke avait récupéré sur le corps de Malory. Même avec le reflet de l'écran de son téléphone, elle put constater que c'était le même.

Mais si elle a sauté du pont, comment est-il possible que ce morceau de bois se retrouve dans ses cheveux ?

Elle était maintenant certaine que la photo de la paume de Malory répondait à cette question.

Si l'empreinte de l'un de ces capuchons se trouvait sur sa paume, c'est qu'elle n'a pas sauté. Elle était suspendue au pont... peut-être même qu'elle essayait de sauver sa peau. Et le morceau de bois dans ses cheveux... si elle était suspendue exactement à cet endroit, il est plus que probable qu'un morceau de ce bois ait fini dans ses cheveux alors qu'elle tentait de s'agripper au rebord.

Elle passa son pouce sur les cinq capuchons le long de l'étai qui se trouvait devant elle. A l'avant-dernier, elle sentit une irrégularité sur les bords du capuchon. Des irrégularités qui étaient sans aucun doute assez importantes pour causer ces abrasions sur la main de Malory.

Le cœur battant à tout rompre, Mackenzie se pencha par-dessus la rambarde. Les rochers qui avaient fini par tuer Malory Thomas et Kenny Skinner se trouvaient juste en-dessous. Même de cette hauteur, elle pouvait voir la décoloration des roches à l'endroit où, il y a moins de douze heures, se trouvait encore une tache de sang.

Je me trouve exactement à l'endroit où ils se trouvaient, pensa Mackenzie. Ils se trouvaient exactement ici quelques instants avant de mourir.

Puis elle regarda à nouveau la photo du renfoncement sur la paume de Malory et les capuchons qui recouvraient les boulons. Et elle corrigea sa pensée : Ils se trouvaient exactement ici quelques instants avant d'être assassinés.




CHAPITRE NEUF


Mackenzie n'eut pas de réseau avant d'avoir quitté la route en graviers, et elle ne put pas appeler McGrath avant une bonne dizaine de minutes. Sa secrétaire l'informa qu'il était sorti du bureau et il ne répondait pas à son téléphone portable. Elle décida de ne pas laisser de message et appela le shérif Tate.

Tate ne décrocha pas non plus mais au moment où elle tomba sur sa messagerie vocale, elle se rappela ce qu'il lui avait dit concernant les difficultés qu'il rencontrait avec son téléphone. Elle raccrocha, frustrée, mais avant qu'elle n'ait eu le temps de penser à ce qu'elle allait faire ensuite, Tate la rappela.

« Je vous l'avais bien dit, » dit-il. « Ce fichu téléphone. Enfin, qu'est-ce que je peux faire pour vous, agent White ? » demanda-t-il.

« Dans combien de temps est-ce que vous pouvez me retrouver au commissariat avec quelques-uns de vos meilleurs hommes ? »

« Je suis au commissariat pour l'instant. Et si c'est concernant Kenny Skinner, alors la seule autre personne qui est au courant, c'est mon adjoint, comme je vous l'ai dit hier soir. Je peux l'appeler et il sera là dans maximum vingt minutes. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ? »

« Juste certaines choses dont je voudrais vous parler. »

« Vous avez trouvé quelque chose ? » demanda-t-il, avec de la curiosité dans la voix. Il avait également l'air impatient d'en savoir plus et Mackenzie n'était pas certaine de savoir comment le prendre.

« Je préfèrerais vous en parler au commissariat. Et au fait... est-ce qu'il y a un moyen pour que j'appelle Washington ? »

« Juste un vieux téléphone standard à touches. Mais on peut aussi appeler en vidéo conférence, si c'est nécessaire. »

Elle fut un peu déçue de sa réponse et se rendit compte combien elle était généralement gâtée point de vue technologie. Elle le remercia néanmoins et raccrocha.

Elle se trouvait à cinq minutes du commissariat de Kingsville quand McGrath la rappela. Après qu'elle eut terminé de lui expliquer en détails ce qu'elle avait découvert, il resta silencieux pendant un moment. Finalement, au moment où elle était sur le point de se garer sur le parking du commissariat, il se mit à parler.

« Vous en êtes certaine ? » demanda-t-il.

« J'en suis assez certaine pour penser que ça mérite une enquête. »

« Alors, c'est une raison suffisante pour moi. Arrangez-vous pour que je puisse assister à cette réunion que vous êtes sur le point d'avoir. Je tiens à rester sur cette affaire. »

« Bien sûr, accordez-moi quelques minutes. »




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