Raison de Sauver 
Blake Pierce


Un Polar Avery Black #5
Un scénario dynamique qui vous saisit dès le premier chapitre et ne vous laisse plus partir. – Midwest Book Review, Diane Donovan (à propos de Sans Laisser de Traces) Par l’auteur bestseller n°1 Blake Pierce, un nouveau chef-d’œuvre de suspens psychologique (Un polar Avery Black – Tome 5) Dans RAISON DE SAUVER, le tueur en série Howard Randall s’est évadé, et toute la ville de Boston est sur les nerfs. Des femmes son retrouvées horriblement assassinées, et tout le monde suspecte que Howard est de nouveau à l’œuvre. Quand l’enquêtrice la plus brillante et controversée de la criminelle – Avery black – est elle-même traquée, et quand des personnes proches d’elle sont brutalement tuées, une à une – il semble que les pires craintes de la ville soient confirmées. Mais Avery n’est pas sûre. Les meurtres lui rappellent une chose qu’elle a vu autrefois, dans son passé. Ils lui rappellent quelque chose qui lui tient à cœur – en lien avec un secret qu’elle pensait avoir enfui il y a bien longtemps…Tome le plus captivant et choquant de cette série, thriller psychologique au suspens mené tambour battant, RAISON DE SAUVER vous poussera à tourner les pages jusque tard dans la nuit. Un chef-d’œuvre de thriller et de roman policier. Pierce a fait un travail formidable en développant des personnages avec un côté psychologique, si bien décrits que nous nous sentons dans leurs esprits, suivons leurs peurs et applaudissons leur succès. L’intrigue est très intelligente et vous gardera occupés le long du livre. Plein de rebondissements, ce livre vous gardera éveillés jusqu’à avoir tourné la dernière page. – Books and movie Review, Roberto Mattos (à propos de SANS LAISSER DE TRACES)







R A I S O N D E S A U V E R



(UN POLAR AVERY BLACK – TOME 5)



B L A K E P I E R C E


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la populaire série de thrillers RILEY PAIGE. Il y a déjà onze tomes, et ce n’est pas fini ! Blake Pierce écrit également les thrillers MACKENZIE WHITE (sept tomes, série en cours), AVERY BLACK (six tomes) et KERI LOCKE (quatre tomes, série en cours).

Fan depuis toujours de polars et de thrillers, Blake adore recevoir de vos nouvelles. N'hésitez pas à visiter son site web www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) pour en savoir plus et rester en contact !



Copyright © 2017 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées par la Loi des États-Unis sur le droit d’auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base de données ou système de récupération, sans l’autorisation préalable de l’auteur. Ce livre électronique est réservé sous licence à votre seule jouissance personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d’autres personnes. Si vous voulez partager ce livre avec une tierce personne, veuillez en acheter un exemplaire supplémentaire par destinataire. Si vous lisez ce livre sans l’avoir acheté, ou s’il n’a pas été acheté pour votre seule utilisation personnelle, vous êtes priés de le renvoyer et d’acheter votre exemplaire personnel. Merci de respecter le travail difficile de l’auteur. Il s’agit d’une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les lieux, les évènements et les incidents sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés dans un but fictionnel. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, n’est que pure coïncidence.

Image de couverture : Copyright Adam Machovsky, utilisé en vertu d’une licence accordée par Shutterstock.com.


PAR BLAKE PIERCE



LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE

SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1)

REACTION EN CHAINE (Tome 2)

LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3)

LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4)

QUI VA A LA CHASSE (Tome 5)

A VOTRE SANTÉ (Tome 6)

DE SAC ET DE CORDE (Tome 7)

UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8)

SANS COUP FERIR (Tome 9)

A TOUT JAMAIS (Tome 10)

LE GRAIN DE SABLE (Tome 11)

LE TRAIN EN MARCHE (Tome 12)



LES ENQUÊTES DE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (TOME 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (TOME 2)

AVANT QU’IL NE DÉSIRE (TOME 3)

AVANT QU’IL NE PRENNE (TOME 4)

AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (TOME 5)

AVANT QU’IL NE RESSENTE (TOME 6)

AVANT QU’IL NE PÊCHE (TOME 7)



LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK

RAISON DE TUER (TOME 1)

RAISON DE COURIR (TOME2)

RAISON DE SE CACHER (TOME 3)

RAISON DE CRAINDRE (TOME 4)

RAISON DE SAUVER (TOME 5)

RAISON DE REDOUTER (TOME 6)



LES ENQUÊTES DE KERI LOCKE

UN MAUVAIS PRESSENTIMENT (TOME 1)

DE MAUVAIS AUGURE (TOME 2)

L’OMBRE DU MAL (TOME 3)


TABLE DES MATIÈRES



PROLOGUE (#u4827476b-b650-5d59-9000-85bb860bb6c0)

CHAPITRE UN (#u35bc8390-97a4-5898-ba7a-e32591a2e7cf)

CHAPITRE DEUX (#u9743e208-544a-5a2e-b7fa-f6c5a12726c8)

CHAPITRE TROIS (#u881cc340-2612-5ec4-abd8-efafb02d5e42)

CHAPITRE QUATRE (#u8268bc56-a8bc-5846-83de-4fb230e0841c)

CHAPITRE CINQ (#u5d8858ed-e8d4-50eb-9465-76809b5b364a)

CHAPITRE SIX (#u1a494dc2-40b6-5de6-8850-e4c8a2900189)

CHAPITRE SEPT (#u055f8d2f-dc3c-561e-91d3-799427a0987e)

CHAPITRE HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-CINQ (#litres_trial_promo)




PROLOGUE


Kirsten se raidit contre le froid de Boston, ajusta son écharpe autour de son cou et se prépara pour ce qui l’attendait : marcher sur quatre pâtés de maisons, dans la nuit noire. Elle passa devant tous les bars fermés, réalisa qu’il était trop tard pour marcher et ressentit un soudain élan de peur. Elle jeta un coup d’œil à la porte de l’immeuble qu’elle venait de quitter, et pensa à changer d’avis. Peut-être aurait-elle dû rester chez son amie.

Amy avait insisté pour qu’elle reste – qu’il était trop tard et faisait bien trop froid dehors. Et même si ces deux choses étaient vraies, Amy les avait prononcées avec le visage enfoui dans le cou d’un homme qu’elle avait rencontré au bar. Et pendant que son visage avait été là, les mains du gars avaient été ailleurs. Et honnêtement, Kirsten ne voulait pas dormir sur le canapé d’Amy tout en écoutant sa meilleure amie et un mec aléatoire (mais mignon) se donner à fond toute la nuit dans une stupeur pleine d’ivresse.

Honnêtement, elle ne voulait pas non plus être là le matin, à s’affairer avec Amy pour trouver une bonne raison de mettre le gars dehors.

En plus, ce n’étaient que quatre pâtés de maisons. Et comparé au froid polaire qui avait ravagé Boston il y avait environ un mois, ce soir ressemblerait à une petite balade vivifiante dans une brise printanière.

Il était près de trois heures du matin. Elle et Amy étaient sorties avec l’intention de s’enivrer, de boire toute la nuit et de faire ce que leurs cerveaux de primates ivres suggéraient. Après tout, là, au cours de leur dernière année d’université, leurs rêves étaient devenus réalité. D’une manière ou d’une autre, contre toute attente, elles avaient toutes les deux été choisies dans leur classe de photojournalisme – deux parmi huit candidats – pour partir en mission en Espagne en été. Elles allaient travailler pour un magazine prometteur sur la nature qui s’adressait spécifiquement aux marchés de l’éducation…et seraient payées plus cher pour cette seule mission que la mère de Kirsten ne l’avait été pour toute l’année précédente.

Et ça la fera taire, pensa Kirsten. Elle aimait beaucoup sa mère, mais en avait vraiment assez de l’entendre dire que poursuivre une carrière dans la photographie était une chimère ― une perte de temps.

Elle arriva au bout du premier pâté de maisons, regarda au passage pour piétons et le trouva éteint, puis continua. Le froid commençait à la piquer. Elle pouvait le sentir sur son nez comme une présence réelle, commençant à la pincer.

Elle se demanda distraitement si Amy et son mec aléatoire étaient déjà nus, et si le type était bon ou s’il serait entravé par les quantités copieuses d’alcool qu’ils avaient bues.

Enfin, non pas qu’elle en ait beaucoup profité. Elle avait pris un petit dîner au bar où elles s’étaient terrées pour la nuit. Elle n’était pas sûre de savoir si c’étaient les nachos qu’elles avaient partagés à table ou s’il s’agissait de quelque chose dans la pizza, mais son estomac n’avait pas été content. Après quatre bières, elle avait su que sa soirée était terminé – qu’elle ne ferait rien de plus que de tenir compagnie à Amy pendant qu’elle s’anéantissait shot après shot.

Elle supposa qu’elle obtiendrait tous les détails scabreux le lendemain. Et en pensant à ces détails obscènes ainsi qu’à combien elles allaient profiter de leur été en Espagne, Kirsten remarqua à peine le bruit qu’elle entendait derrière elle. Des bruits de pas.

Les cheveux de sa nuque se hérissèrent, mais elle n’osa pas regarder en arrière.

Elle accéléra le rythme. Deux pâtés de maisons derrière elle, deux devant à franchir. Et maintenant, le froid la mordait vraiment.

Tout à coup, les pas furent juste derrière, et un homme trébucha pile à côté d’elle. Il semblait ivre et quand Kirsten bondit d’effroi, il ricana pour lui-même, manifestement amusé.

« Désolé », dit-il. « Je ne voulais pas vous faire peur. J’étais juste…eh bien, pouvez-vous m’aider ? En train de boire avec des amis et…et censé les retrouver quelque part après le bar mais je ne me souviens plus où. Je viens de New York…jamais été à Boston auparavant. Aucune idée d’où je suis. »

Kirsten ne put se résoudre à le regarder quand elle secoua la tête. C’était plus qu’être mal à l’aise vis-à-vis d’un étrange homme ivre si tard dans la nuit. C’était de savoir qu’elle était si proche de la maison, et voulait juste que la nuit se termine.

« Non, je suis désolée », dit-elle.

« Sérieusement ?! », dit l’homme.

Brusquement, il ne parut plus si saoul. Assez curieusement, il avait l’air amusé que quelqu’un soit tellement sur la défensive pour quelque chose d’aussi innocent que d’aider un homme perdu dans une ville qu’il ne connaissait pas. Cela la frappa comme quelque chose d’étrange tandis qu’elle commençait à se détourner, dans l’intention d’accélérer le rythme.

Mais alors un léger mouvement attira son attention et la fit hésiter.

L’homme se tenait le ventre, comme s’il allait vomir. Cela avait été tout le temps là mais Kirsten était à peu près certaine que ce n’était pas le cas. Il tendit la main dans sa veste et c’est alors qu’elle vit qu’il tenait soudain quelque chose.

Une arme à feu, pensa son esprit paniqué. Et même si cela ressemblait à une arme à feu, ce n’était pas tout à fait ça.

Ses muscles exigeaient qu’elle coure. Elle regarda son visage pour la première fois et vit que quelque chose n’allait pas. Il avait fait semblant. Il n’était pas du tout un homme ivre et égaré. Ses yeux avaient l’air trop sobres – sobres et, maintenant qu’elle commençait à paniquer, un peu déments aussi.

La chose qui ressemblait à une arme à feu s’éleva rapidement. Elle ouvrit la bouche pour appeler au secours tout en se détournant pour courir.

Mais ensuite elle sentit quelque chose la frapper par derrière. Il l’atteignit sur le côté de la tête, juste en dessous de l’oreille ― net et immédiat. Elle trébucha puis tomba. Elle sentit le goût du sang dans sa bouche puis des mains sur elle. Il y eut une autre de ces sensations aiguës dans sa tête, légère mais curieusement fracassante en même temps.

La douleur était immense mais elle ne fut pas capable d’en ressentir toute l’ampleur avant que la nuit ne semble se dilater autour d’elle. La rue s’effaça, tout comme le visage de l’homme, et tout devint noir.

Sa dernière pensée fut que cette vie s’était révélée être très courte – et que le voyage qui était sur le point de tout changer n’allait jamais avoir lieu.




CHAPITRE UN


Avery avait l’impression d’avoir été dans une étrange chambre d’isolement pendant les deux dernières semaines. Elle y était entrée d’elle-même car, franchement, il n’y avait pas d’autre endroit qui l’attirait – seulement les murs stériles de la chambre d’hôpital où Ramirez s’accrochait encore à peine à la vie.

De temps en temps, son téléphone vibrait quand elle recevait un appel ou un message – mais elle les regardait rarement. Sa solitude était seulement interrompue par les infirmières, les médecins et Rose. Avery savait qu’elle faisait probablement peur à sa fille. À vrai dire, elle commençait aussi à se faire peur. Elle avait été déprimée auparavant – pendant son adolescence et après son divorce – mais ceci était quelque chose de nouveau. Cela allait au-delà de la dépression et jusqu’à se demander si la vie qu’elle vivait était encore la sienne.

Cela faisait deux semaines – treize jours, pour être exact – que cela s’était produit. C’était quand l’état de Ramirez s’était détérioré après une opération pour réparer les dommages causés par une blessure par balle, passée à moins d’un centimètre et demi de son cœur. Cette détérioration n’avait jamais corrigé son cours. Les médecins avaient dit qu’il avait eu une crise cardiaque. Il était en situation critique ; pouvait revenir à lui et récupérer complètement à n’importe quel moment, ou s’éteindre tout aussi facilement. Il n’y avait aucun moyen de le dire à coup sûr. Il avait perdu beaucoup de sang dans la fusillade – il était techniquement mort pendant quarante-deux secondes suite à l’arrêt cardiaque – et les choses ne semblaient pas très bonnes.

Tout cela avait été tassé par les autres terribles nouvelles qu’elle avait reçues vingt minutes après avoir parlé au docteur.

Des nouvelles annonçant que Howard Randall s’était d’une manière ou d’une autre échappé de prison. Et maintenant, deux semaines plus tard, il n’avait toujours pas été attrapé. Si elle avait besoin d’un rappel de ce fait terrible (ce n’était vraiment pas le cas), elle pouvait le voir à la télévision chaque fois qu’elle daignait l’allumer. Elle restait assise là comme un zombie dans la chambre de Ramirez, à regarder les informations. Même quand l’évasion d’Howard ne faisait pas la une, elle était toujours là dans le texte défilant au bas de l’écran.

Howard Randall toujours porté disparu. Les autorités n’ont pas de réponses.

La ville entière de Boston était nerveuse. C’était comme être au bord de la guerre avec un autre pays sans nom et attendre que les bombes commencent à tomber. Finley avait essayé de l’appeler plusieurs fois et O’Malley avait même passé la tête dans la pièce à deux reprises. Même Connelly semblait être préoccupé par son bien-être, l’exprimant dans un simple message qu’elle regardait toujours avec une sorte de reconnaissance voilée.



Prenez votre temps. Appelez si vous avez besoin de quoi que ce soit.



Ils la laissaient faire son deuil. Elle le savait et cela paraissait un peu idiot, vu que Ramirez n’était pas encore mort. Mais c’était aussi pour lui permettre d’intégrer le traumatisme de ce qu’il lui était arrivé lors de la dernière affaire. Elle avait encore froid en y pensant, se remémorant cette sensation de quasiment mourir de froid à deux reprises – à l’intérieur d’un congélateur industriel et en tombant dans des eaux glacées.

Mais sous tout cela, il y avait le fait que Howard Randall soit en liberté. Il s’était échappé d’une façon ou d’une autre, renforçant son image déjà énigmatique. Elle l’avait vu aux informations, où des gens moins qu’honorables sur les médias sociaux félicitaient Howard pour ses compétences dignes d’Houdini pour s’être échappé de prison sans laisser aucune trace derrière lui.

Avery pensait à tout cela tout en étant assise dans l’un de ces fauteuils inclinables qu’une aimable infirmière avait installé pour elle la semaine passée, réalisant qu’elle n’irait nulle part ailleurs de sitôt. Ses pensées furent interrompues par un ding de son téléphone. C’était le seul son qu’elle autorisait ces jours-ci, un signe que Rose lui tendait la main.

Avery regarda son téléphone et vit que sa fille lui avait laissé un message. Juste moi qui vérifie que tu vas bien, était-il écrit. Tu es toujours plantée à l’hôpital ? Arrête ça. Sors et prend un verre avec ta fille.

Par devoir plus que pour toute autre chose, Avery répondit en retour. Tu n’as pas 21 ans.

La réponse arriva sur le champ : Oh maman, c’est mignon. Il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas sur moi. Et tu pourrais apprendre quelques-uns de ces secrets si tu sortais avec moi. Juste une nuit. Il ira bien sans toi là-bas…

Avery mit son téléphone de côté. Elle savait que Rose avait raison, même si elle ne pouvait pas s’empêcher d’être hantée par la possibilité que Ramirez puisse décider de revenir enfin à lui pendant son absence. Et personne ne serait là pour l’accueillir, lui prendre la main et lui faire savoir ce qui s’était passé.

Elle se leva du fauteuil et se dirigea vers lui. Elle avait surmonté le fait qu’il semble faible, relié à des machines et avec un mince tube serpentant dans sa gorge. Quand elle se souvenait de la raison pour laquelle il était là – qu’il avait reçu un tir qui aurait facilement pu lui être destiné – alors il semblait plus fort que jamais. Elle passa ses mains dans ses cheveux et embrassa son front.

Elle prit ensuite sa main dans la sienne et s’assit au bord du lit. Même si elle ne le dirait jamais à personne, elle lui avait parlé à plusieurs reprises, espérant qu’il puisse l’entendre. Elle le fit maintenant, se sentant un peu bête au début, comme toujours, mais elle retrouva naturellement l’habitude.

« Alors voilà », lui dit-elle. « Je n’ai pas quitté l’hôpital depuis près de trois jours. J’ai besoin d’une douche. Je voudrais un bon repas et une véritable tasse de café. Je vais sortir un peu, d’accord ? »

Elle lui serra la main, et son cœur se brisa un peu quand elle réalisa qu’elle attendait naïvement qu’il la serre en retour. Elle lui lança un regard suppliant, soupira, puis décrocha son téléphone. Avant de sortir de la pièce, elle leva les yeux vers la télévision. Elle saisit la télécommande pour l’éteindre et fut accueillie par un visage qu’elle avait tant essayé de chasser de son esprit ces deux dernières semaines.

Howard Randall la regardait fixement, sa photo d’identité sur la moitié de l’écran pendant qu’une présentatrice à l’air sérieux lisait quelque chose sur un prompteur. Avery éteignit la télévision d’un air dégoûté et sortit rapidement de la pièce, comme si l’image d'Howard sur l’écran avait été un fantôme, tendant maintenant la main vers elle.



***



Savoir qu’il était prévu que Ramirez emménage avec elle (et, d’après la bague qui avait été découverte dans sa poche après s’être fait tirer dessus, lui demande de l’épouser) fit de son retour à l’appartement une expérience morose. Quand elle entra, elle regarda autour d’elle d’un air absent. Les lieux semblaient morts. C’était comme si personne n’avait vécu là depuis une éternité, un endroit qui attendait d’être vidé, repeint et loué à quelqu’un d’autre.

Elle pensa appeler Rose. Elles pourraient sortir et prendre une pizza. Mais elle savait que Rose aurait envie de parler de ce qu’il se passait et Avery n’était pas encore prête pour ça. Généralement, elle encaissait les choses assez rapidement, mais ceci était différent. Ramirez était dans un tel danger et Howard Randall s’était échappé…tout cela faisait trop.

Pourtant…alors que les lieux ne lui donnaient plus l’impression d’être chez-elle, elle aspirait à s’allonger sur ce canapé. Et son lit l’appelait.

Bien sûr que c’est toujours chez toi, pensa-t-elle. Juste parce que Ramirez ne s’en sortira peut-être pas et ne finira pas ici avec toi, c’est toujours ta maison. Ne sois pas aussi dramatique.

Et ce fut là, clair comme de l’eau de roche. Elle avait jusqu’ici réussi à éloigner cette réalité de ses pensées, mais maintenant que l’idée avait formulée, elle était un peu plus sidérante qu’elle ne l’avait envisagé.

Épaules basses, elle se rendit dans la salle de bain. Elle se déshabilla, entra dans la baignoire, tira le rideau, puis ouvrit l’eau chaude. Elle resta là quelques minutes avant de prendre la peine de s’occuper du savon ou du shampoing, laissant l’eau détendre ses muscles. Quand elle eut fini de se laver, elle éteignit la douche, enfonça le bouchon et fit couler de l’eau chaude dans la baignoire. Elle s’assit pendant qu’elle se remplissait, s’autorisant à se détendre.

Quand l’eau fut presque à ras bord, débordant presque par dessus le bord de la baignoire, elle arrêta le robinet avec son orteil. Elle ferma les yeux et s’immergea.

Le seul bruit audible dans l’appartement était le goutte à goutte lent et rythmique du reste d’eau du robinet dans l’eau, et sa propre respiration.

Et peu de temps après, un troisième son : les pleurs d’Avery.

Elle les avait contenus la plupart du temps, car elle ne voulait pas montrer ce côté d’elle-même à l’hôpital et ne voulait pas que Ramirez l’entende, s’il le pouvait. Elle s’était glissée quelques fois dans la salle de bain de sa chambre et avait pleuré un peu, mais elle ne l’avait jamais laissé sortir aussi librement.

Elle pleura dans la baignoire et, tandis que la pensée que Ramirez ne puisse peut-être pas s’en sortir éclosait dans sa tête, les pleurs furent aussi un peu plus suffocants qu’elle ne l’avait anticipé.

Elle se laissa aller et ne sortit de la baignoire que lorsque l’eau fut devenue tiède et que ses pieds et ses mains eurent commencé à devenir fripés. Quand elle finit par sortir, elle sentait de nouveau comme un humain normal, s’était imprégnée d’un peu de vapeur, et ainsi se sentait beaucoup mieux.

Après s’être habillée, elle prit même le temps de se maquiller un peu et de rendre ses cheveux quelque peu présentables. Elle s’aventura ensuite dans la cuisine, se servit un bol de céréales en guise de déjeuner tardif et regarda son téléphone qu’elle avait laissé sur le comptoir de la cuisine.

Apparemment, elle avait été très populaire pendant qu’elle était dans la salle de bain.

Elle avait trois messages vocaux et huit SMS. Tous provenaient de numéros qu’elle connaissait. Deux étaient des lignes fixes du commissariat. Les autres étaient de Finley et O’Malley. L’un des messages venait de Connelly. C’était le dernier qui était arrivé – il y avait sept minutes – et son objectif n’était pas vague. Le message disait : Avery, vous feriez mieux de répondre à votre putain de téléphone si vous tenez à votre travail !

Elle savait que c’était du bluff, mais le fait que Connelly parmi tous lui aie envoyé un message signifiait qu’il se passait quelque chose. Connelly envoyait rarement des messages. Quelque chose d’important devait avoir lieu.

Elle ne prit pas la peine d’écouter les messages vocaux. Au lieu de cela, elle appela O’Malley. Elle ne voulait pas parler à Finley, il tergiversait pour les choses gênantes. Et il n’était pas question qu’elle veuille parler à Connelly alors il était d’humeur exécrable.

O’Malley répondit à la deuxième sonnerie. « Avery. Jésus…où étais-tu bon sang ? »

« Dans la baignoire. »

« Tu es à ton appartement ? »

« Oui. Il y a un problème ? J’ai vu que Connelly avait envoyé un message. Il a envoyé un message. Qu’est-ce qui ne va pas là-bas ? »

« Écoute…il se peut que nous ayons quelque chose d’assez énorme ici et si tu es partante, nous aimerions que tu viennes. En fait…même si tu n’es pas partante, Connelly te veut ici. »

« Pourquoi ? », demanda-t-elle, intriguée. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Juste…viens juste ici, d’accord ? »

Elle soupira, et réalisa que l’idée de retourner au travail l’attirait réellement. Peut-être cela lui donnerait-il de l’énergie. Peut-être cela la sortirait-elle de cette déprime pitoyable dans laquelle elle se trouvait depuis deux semaines.

« Qu’est-ce qui est si important ? », demanda-t-elle.

« Nous avons un meurtre », dit O’Malley. « Et nous sommes presque sûrs que c’est Howard Randall. »




CHAPITRE DEUX


L’appréhension d’Avery bondit quand elle atteignit le commissariat. Il y avait des camionnettes de télévision partout, complétées par des présentateurs de journaux qui manœuvraient pour bien se placer. Il y avait tellement d’agitation sur le parking et sur la pelouse que des agents en uniforme se tenaient devant les portes d’entrée, pour les garder à distance. Avery fit le tour vers l’autre entrée, loin de la rue, et vit qu’il y avait quelques camionnettes stationnées là aussi.

Parmi les quelques agents à l’arrière du bâtiment qui maintenaient l’ordre, elle vit Finley. Quand ce dernier aperçut sa voiture, il sortit de la foule et lui fit signe de la main, pour lui dire de venir à lui. Apparemment, Connelly l’avait envoyé pour servir en quelque sorte de garde afin de s’assurer qu’elle puisse se frayer un chemin à travers la foule de folie.

Elle gara sa voiture et marcha aussi vite qu’elle le pouvait jusqu’à l’entrée arrière. Finley se rapprocha immédiatement d’elle. En raison de son passé en tant qu’avocate et des affaires très médiatisées auxquelles elle s’était attaquée en tant qu’inspectrice, Avery savait qu’elle avait un visage que certaines équipes de télévision locales pourraient reconnaître. Heureusement, grâce à Finley, personne ne put bien la voir avant qu’elle n’entre par la porte arrière.

« Que diable se passe-t-il ? Nous avons Randall ? », demanda Avery.

« J’aimerais te raconter ce qu’il s’est passé », dit Finley. « Mais Connelly m’a dit de ne rien dire du tout. Il veut être le premier à parler avec toi »

« Très bien, j’imagine. »

« Comment vas-tu, Avery ? », demanda Finley tandis qu’ils marchaient rapidement vers la salle de conférence près de l’arrière du quartier général du A1. « Je veux dire, avec tout ce qui se passe avec Ramirez ? »

Elle haussa les épaules du mieux qu’elle put. « Je vais bien. Je fais face. »

Finley saisit son signal et laissa tomber. Ils parcoururent le reste du chemin jusqu’à la salle de conférence en silence.

Elle s’attendait à ce que la salle de conférence soit aussi bondée que le parking. Elle avait pensé que quelque chose impliquant Howard Randall aurait eu pour conséquence de mettre tous les agents disponibles dans la pièce. Au lieu de cela, quand elle entra avec Finley, elle vit seulement Connelly et O’Malley assis à la table. Les deux hommes déjà dans la pièce lui adressèrent des expressions qui étaient en quelque sorte complètement opposées l’une à l’autre ; l’expression d’O’Malley était de pure inquiétude tandis que celle de Connelly semblait dire Bon sang, qu’est-ce que je suis censé faire de toi maintenant ?

Quand elle s’assit, elle eut presque l’impression d’être un enfant envoyé au bureau du principal.

« Merci d’être venue si vite », dit Connelly. « Je sais que vous vivez un enfer. Et croyez-moi…je vous voulais ici seulement parce que je pensais que vous voudriez être impliquée dans ce qu’il se passe. »

« Howard a vraiment tué quelqu’un ? », demanda-t-elle. « Comment le savez-vous ? Vous l’avez attrapé ? »

Les trois hommes échangèrent un regard gêné autour de la table. « Non, pas exactement », dit Finley.

« C’est arrivé la nuit dernière », dit Connelly.

Avery soupira. Elle s’était en fait attendue à entendre quelque chose de tel au journal télévisé ou par le biais d’un message du A1. Pourtant…l’homme qu’elle avait appris à connaître depuis l’autre côté d’une table en prison pendant qu’elle sollicitait ses avis et ses conseils ne semblait pas capable de commettre un meurtre. C’était étrange…elle le connaissait bien avec son passé d’avocate et savait qu’il était capable d’assassiner. Il l’avait fait de nombreuses fois ; onze meurtres étaient joints à son dossier quand il était allé en prison et l’on spéculait qu’il y en avait beaucoup d’autres qui pourraient lui être attribuées avec juste un peu plus de preuves. Mais tout de même, quelque chose dans cette nouvelle la choqua, malgré le fait que cela semble complètement normal.

« Nous sommes sûrs que c’est lui ? », demanda-t-elle.

Connelly fut immédiatement mal à l’aise. Il laissa échapper un soupir et se leva de sa chaise, puis commença à faire les cent pas.

« Nous n’avons pas de preuves tangibles. Mais c’était une étudiante et le meurtre était assez horrible pour nous mener à penser que c’était Randall. »

« Y a-t-il déjà un dossier ? », demanda-t-elle.

« Il est en train d’être constitué en ce moment même et ― »

« Je peux le voir ? »

Encore une fois, Connelly et O’Malley échangèrent un regard incertain. « Nous n’avons pas besoin que vous vous plongiez vraiment là-dedans », dit Connelly. « Nous vous avons appelée parce que vous connaissez ce psychopathe mieux que quiconque. Ce n’est pas une invitation à sauter sur cette affaire. Vous faites face à beaucoup trop de choses en ce moment. »

« J’apprécie l’attention. Y a-t-il des photos de la scène de crime que je puisse voir ? »

« Il y en a », dit O’Malley. « Mais elles sont assez macabres. »

Avery ne dit rien. Elle était déjà un peu énervée qu’ils l’aient appelée avec tant d’empressement, mais l’abordent avec des pincettes.

« Finley, pourriez-vous courir jusqu’à mon bureau et récupérer ce que nous avons ? », demanda Connelly.

Finley se leva, toujours aussi obéissant. En le voyant partir, Avery réalisa que les deux semaines qu’elle avait passées dans un état de deuil incertain semblaient avoir été beaucoup plus longues. Elle adorait son travail et cet endroit lui avait terriblement manqué. Le simple fait d’être à proximité de cette machine bien huilée lui remontait le moral, même si ce n’était qu’une ressource pour O’Malley et Connelly.

« Comment va Ramirez ? », demanda Connelly. « Les dernières nouvelles que j’ai eues datent d’il y a deux jours, et ces nouvelles disaient toujours pareil. »

« Toujours pareil », dit-elle avec un sourire fatigué. « Pas de mauvaises nouvelles, pas de bonnes nouvelles. »

Elle leur parla presque de la bague que les infirmières avaient trouvé dans sa poche – la bague de fiançailles que Ramirez avait été sur le point de lui offrir. Peut-être cela les aiderait-il à comprendre pourquoi elle était si proche de lui et avait choisi de rester à ses côtés tout le temps.

Avant que la conversation ne puisse aller plus loin, Finley revint dans la pièce avec un dossier qui ne contenait pas grand-chose. Il le posa devant elle, et reçut un signe d’approbation de Connelly.

Avery ouvrit les photos et les regarda. Il y en avait sept en tout, et O’Malley n’avait pas exagéré. Les images étaient assez inquiétantes.

Il y avait du sang partout. La fille avait été traînée dans une ruelle et dépouillée de ses sous-vêtements. Son bras droit semblait avoir été brisé. Ses cheveux étaient blonds, même si la plupart étaient emmêlés de sang. Avery chercha des blessures par balle ou des marques de couteau mais n’en vit aucune. Ce n’est que lorsqu’elle atteignit la cinquième image qu’un gros plan du visage de la jeune fille révéla le mode opératoire.

« Des clous ? », demanda-t-elle.

« Ouais », dit O’Malley. « Et d’après ce que nous pouvons dire, ils ont été enfoncés avec une telle précision et une telle force qu’ils ont dû l’être avec l’un de ces pistolets pneumatiques. Nous avons la scientifique qui travaille dessus, donc nous ne pouvons que spéculer sur la chronologie des évènements pour l’instant. Nous pensons que le premier coup a été celui qui l’a touchée juste derrière l’oreille gauche. Il a dû être tiré à distance parce qu’il n’a pas complètement transpercé. Il a perforé le crâne mais c’est tout ce que nous savons pour l’instant. »

« Et si ce n’est pas celui-là qui l’a tuée », dit Connelly, « celui qui est entré sous la mâchoire, à une extrémité, l’a très certainement fait. Il a transpercé le bas de sa bouche, a obliqué à travers le palais, puis a perforé ses voies nasales jusque dans son cerveau. »

La violence mise en œuvre ressemble à Howard Randall, pensa Avery. On ne peut pas le nier.

Pourtant, il y avait d’autres éléments dans l’image qui ne correspondaient pas à ce qu’elle savait sur Howard Randall. Elle étudia les photographies, et constata que malgré toutes les affaires qu’elle avait vues, ces images étaient parmi les plus sanglantes et les plus dérangeantes.

« Alors, de quoi exactement avez-vous besoin venant de moi ? »

« Comme je l’ai dit…vous connaissez assez bien ce type. D’après ce que vous savez, je veux savoir où il pourrait se trouver. Je pense qu’il est sûr de dire qu’il est resté ici en ville, en se basant sur ce meurtre. »

« N’est-il pas dangereux de simplement présupposer que c’est le travail d'Howard Randall ? »

« Deux semaines après s’être échappé de prison ? », demanda Connelly. « Non. Je dirais que ça se suit plutôt bien et que ça crie Howard Randall. Est-ce que vous avez besoin de revenir en arrière et de revoir les photos des scènes de crimes de ses affaires ? »

« Non », dit Avery avec un peu de virulence. « Ça va. »

« Alors, que pouvez-vous nous dire ? Nous sommes à sa recherche depuis deux semaines et nous n’arrivons à rien. »

« Je pensais que vous aviez dit que vous ne me vouliez pas encore sur ça. »

« J’ai besoin de vos conseils et de votre aide », dit Connelly.

Quelque chose à ce sujet était presque insultant pour elle mais elle ne voyait pas l’intérêt de se disputer. En outre, cela fournirait à son esprit quelque chose sur lequel se concentrer autre que l’état de Ramirez.

« Chaque fois que je parlais avec lui, il ne me donnait jamais une réponse directe. C’était toujours une sorte d’énigme. Il le faisait pour jouer avec moi – pour me faire travailler afin d’obtenir la réponse. Il le faisait aussi juste pour s’amuser de son côté. Je pense, honnêtement, qu’il me considérait comme une sorte de connaissance. Pas vraiment une amie. Mais quelqu’un avec qui il pouvait avoir des échanges sur un plan intellectuel. »

« Et il ne vous en as jamais voulu pour tout le spectacle quand vous étiez avocate ? »

« Pourquoi m’en aurait-il voulu ? », demanda-t-elle. « Je l’ai fait sortir…un homme libre. Souvenez-vous, dans le fond il s’est rendu après. Il a de nouveau tué juste pour montrer combien j’étais incompétente. »

« Mais ces petites visites que vous lui avez faites en prison…il les appréciait ? »

« Oui. Et honnêtement, je ne l’ai jamais compris. Je pense que c’était une sorte de respect. Et aussi stupide que cela puisse paraître, je pense qu’il y a une partie de lui qui a toujours regretté ce dernier meurtre – de m’avoir ridiculisée au passage. »

« Et avait-il déjà parlé d’essayer de s’échapper durant l’une de tes visites ? », demanda O’Malley.

« Non. Au contraire, il était à l’aise là-bas. Personne ne le provoquait. Tout le monde avait cette sorte d’étrange respect pour lui. De la peur, peut-être. Mais il était en gros le roi de cet endroit. »

« Alors pourquoi s’évaderait-il ? », demanda Connelly.

Avery savait où il voulait en venir, ce qu’il essayait de lui faire dire. Et le pire était que cela semblait sensé. Howard ne se serait évadé que s’il avait quelque chose à faire à l’extérieur. Quelques affaires inachevées. Ou peut-être s’ennuyait-il tout simplement.

« C’est un homme intelligent », dit Avery. « Effroyablement intelligent. Peut-être voulait-il être à nouveau défié. »

« Ou pour tuer à nouveau », dit Connelly avec dégoût, en montrant les images.

« Peut-être », concéda-t-elle. Elle regarda ensuite les images. « Quand a-t-elle été retrouvée ? »

« Il y a trois heures. »

« Son corps est toujours là-bas ? »

« Ouais, nous revenons juste des lieux. Le médecin légiste est attendu dans environ quinze minutes. La scientifique est là-bas avec le corps jusqu’à son arrivée. »

« Appelez-les et dites-leur d’attendre. Ne touchez pas le corps. Je veux voir la scène. »

« J’ai dit que vous n’étiez pas dessus », dit Connelly.

« C’est vrai. Mais si vous voulez que je vous dise dans quel état d’esprit Howard Randall se trouve – s’il a commis ce meurtre – alors regarder des photos ne va pas me suffire. Et au risque de paraître présomptueuse, vous savez que je suis la meilleure inspectrice criminelle que vous ayez. »

Connelly jura rapidement entre ses dents. Sans rien dire d’autre, il se détourna et sortit son téléphone portable. Il composa un numéro et, quelques secondes plus tard, eut quelqu’un à l’autre bout de la ligne.

« C’est Connelly », dit-il. « Écoutez. Attendez avant de déplacer le corps. Avery Black est en route. »




CHAPITRE TROIS


Curieusement, Connelly chargea Finley de se rendre sur la scène du crime avec elle. Finley ne parla pas beaucoup en route et à la place regarda pensivement par la fenêtre la plupart du temps. Elle savait que Finley ne s’était jamais vraiment plongé dans aucune affaire très médiatisée. Si cela devait être sa première, elle le plaignait quelque peu.

J’imagine qu’ils se préparent au pire – quelqu’un doit intervenir si Ramirez ne survit pas. Finley est aussi bon que n’importe qui d’autre. Meilleur, peut-être.

Quand ils arrivèrent sur les lieux du crime, il était clair que les techniciens de la scientifique et les enquêteurs en avaient fini avec leurs tâches. Ils faisaient les cent pas, la plupart d’entre eux à proximité du ruban de scène de crime barrant l’entrée de la ruelle. L’un d’eux avait un café à la main, ce qui fit réaliser à Avery que c’était le matin. Elle regarda sa montre et vit qu’il n’était que huit heures quarante-cinq.

Mon dieu, pensa-t-elle. J’ai sérieusement perdu toute notion du temps ces derniers jours. J’aurais juré qu’il était au moins neuf heures quand je suis arrivée à mon appartement.

Cette pensée la fit se sentir fatiguée en un instant. Mais elle la chassa tandis qu’elle et Finley s’approchaient des enquêteurs rassemblés. Elle agita distraitement son badge alors que Finley hocha poliment la tête à côté d’elle.

« Tu es sûre d’être prête pour ça ? », demanda Finley.

Elle hocha seulement la tête tandis qu’ils entraient dans la ruelle, en passant sous le ruban. Ils marchèrent sur plusieurs mètres, puis tournèrent sur la gauche, là où la ruelle s’ouvrait sur une petite zone remplie de poussière, de gravats et de graffitis. Quelques vieilles poubelles de la ville se trouvaient dans un coin, négligées. Pas très loin d’elles gisait la femme qu’Avery avait vue sur les photos de la scène du crime. Ces images ne l’avaient pas complètement préparée à la voir dans la vraie vie.

Le sang, d’une part, était en quelque sorte bien pire maintenant. Sans la finition brillante des photos, il était terne et semblait macabre. La nature effrayante du meurtre la ramena rapidement à la réalité, arrachant presque complètement son esprit et ses pensées à la chambre d’hôpital de Ramirez.

Elle s’approcha aussi près qu’elle le pouvait sans marcher dans le sang et laissa son esprit faire son truc.

Le soutien-gorge et les sous-vêtements ne sont pas sensuels ou provocateurs, pensa-t-elle. Ce n’était pas une fille sortie à la recherche d’un bon moment à passer. Si les sous-vêtements ressemblent à ça, il y a de fortes chances pour que sa tenue n’ait pas été très légère non plus.

Elle fit lentement le tour du corps. Son esprit enregistrait à présent les petits détails plus que le gore. Elle vit la plaie perforante à l’endroit où le clou avait pénétré par le bas de sa mâchoire. Mais elle vit également plusieurs autres blessures, toutes absolument identiques – toutes infligées par un pistolet à clous. Une entre ses yeux. Une juste au-dessus de son oreille gauche. Une dans chaque genou, une à la base de la poitrine, une dans la mâchoire et une à l’arrière de la tête. L’écoulement du sang et la brève description que lui avait donnée Connelly suggéraient qu’il y avait des blessures similaires dans le dos de la jeune fille, qui était actuellement appuyée contre le mur de briques comme une poupée de chiffon.

C’était brutal, excessif et violent.

La cerise sur le gâteau était le fait que sa main gauche avait disparu. Le moignon, qui saignait encore, suggérait qu’elle avait été coupée il y avait moins de six heures.

Elle appela par-dessus son épaule la poignée d’enquêteurs rassemblés. « Des signes préliminaires de viol ? »

« Rien de visible », répondit l’un d’entre eux. « Nous ne le saurons pas avec certitude jusqu’à ce que nous l’ayons sortie d’ici. »

Elle saisit le ton cinglant de son commentaire mais l’ignora. Elle tourna lentement autour de la femme. Finley la regarda de loin, à bonne distance, avec l’air de vouloir être n’importe où ailleurs plutôt que là. Elle examina le corps, sa nature. Cela avait été fait par quelqu’un qui avait besoin de prouver quelque chose. C’était limpide.

C’est la raison pour laquelle ils veulent sauter directement à Howard, pensa-t-elle. Il vient de s’échapper, a été mis sous les verrous pour ses crimes, et veut maintenant prouver qu’il est toujours dangereux – se le prouver à lui ainsi qu’à la police.

Mais cela ne semblait pas concorder. Howard était dément mais ceci était presque barbare. C’était indigne de lui.

Howard n’a pas de problème pour tuer – et pour le faire de manière à attirer l’attention des médias. Il a dispersé les parties des corps de ses victimes à Harvard, après tout. Mais rien de tel. C’est au-delà de l’obscène. Les meurtres d’Howard étaient violents, mais il y avait quelque chose de presque soigné chez eux…les preuves suggères qu’il les étranglait d’abord, puis les coupait. Mais même les coupures aux parties du corps sectionnées avaient été faites avec quelque chose de semblable à de la précision.

Quand elle s’éloigna enfin, enregistrant tout dans sa tête, Finley s’avança. « Qu’est-ce que tu penses ? », demanda-t-il.

« J’ai une idée », dit-elle. « Mais Connelly ne va certainement pas aimer ça. »

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Howard Randall n’a rien à voir avec ça. »

« C’est des conneries. Et pour la main ? Tu veux parier qu’elle se cache quelque part sur le campus de Harvard ? »

Avery n’émit qu’un hmmm. Il émettait juste une supposition, mais elle n’y croyait toujours pas.

Ils se mirent en chemin vers leur voiture, mais avant même qu’ils n’aient pu atteindre le ruban de la scène de crime, elle vit un véhicule s’arrêter dans un crissement de pneus sur le trottoir dans la rue. Elle ne reconnut pas la voiture, mais reconnut le visage. C’était le maire.

Qu’est-ce que ce crétin fait ici ? se demanda-t-elle. Et pourquoi a-t-il l’air si énervé ?

Il se dirigea comme un ouragan vers les enquêteurs restants, qui tous commencèrent à s’écarter devant lui. Tandis qu’ils faisaient place, Avery passa sous le ruban pour aller à sa rencontre. Elle décida qu’elle allait l’interrompre avant qu’il ne puisse mettre son nez dans le bordel ensanglanté qui l’attendait derrière elle.

Le visage du maire Greenwald était rouge de pure rage. Elle s’attendait complètement à ce que de la mousse commence à se déverser de sa bouche.

« Avery Black », cracha-t-il, « qu’est-ce que vous pensez être en train de faire ici ? »

« Eh bien, monsieur », dit-elle, pas tout à fait sûr la réponse intelligente à donner.

En fin de compte, cela n’eut pas d’importance. Une autre voiture vint s’arrêter à toute allure sur le trottoir, percutant presque l’arrière de celle du maire. Cette voiture, Avery la reconnut. Elle s’était à peine arrêtée que Connelly sortait du côté passager. O’Malley coupa le moteur et sortit aussi, en rattrapant Connelly aussi vite que possible.

« Monsieur le maire Greenwald », dit Connelly. « Ce n’est pas ce que vous pensez. »

« Ce matin, qu’est-ce que vous m’avez dit ? », dit Greenwald. « Vous m’avez dit que tous les signes indiquaient que ce meurtre était l’œuvre d’Howard Randall. Vous m’avez assuré que vous occuperiez du problème avec soin et que la scène de crime pourrait offrir des indices sur l’endroit où se cache ce fils de pute. N’est-ce pas ? »

« Oui monsieur, j’ai dit ça », dit Connelly.

« Et vous me dites que coller Avery Black sur l’affaire est gérer le problème ? L’inspectrice dont les médias savent qu’elle le rencontre en privé à l’occasion ? »

« Monsieur, je vous assure, elle n’est pas sur l’affaire. Je l’ai appelée comme rien de plus qu’une consultation. Après tout, elle connaît Howard Randall mieux que quiconque dans la police. »

« Je m’en fous. Si les médias sentent ça…s’ils ne serait-ce que pensent que l’inspectrice Black s’occupe de cette affaire, je vais avoir tellement de merde à pelleter que j’utiliserai vos payes pour acheter les pelles. »

« Oui, je comprends, monsieur. Mais le— »

« Cette ville est déjà terrifiée avec Randall en liberté », poursuivit le maire, vraiment lancé sur sa diatribe à présent. « Vous savez aussi bien que moi que nous recevons au moins une trentaine d’appels par jour de la part de gens inquiets pensant qu’ils l’ont repéré. Quand ils auront vent de ce meurtre – et avouons-le, c’est vraiment juste une question de temps – ils sauront que c’est lui. Et si cette putain d’Avery Black est sur l’affaire, ou seulement proche de l’affaire— »

« Alors ça n’aura pas d’importance », dit Avery, qui en avait assez entendu.

« Qu’avez-vous dit ? », cria pratiquement le maire Greenwald.

« J’ai dit que ça n’aurait pas d’importance. Howard Randall n’a pas fait ça. »

« Avery… », dit O’Malley.

Pendant ce temps, Connelly et Greenwald la regardaient comme si elle avait développé un troisième bras.

« Vous êtes sérieuse là ? », demanda Greenwald.

Et avant qu’elle ne puisse répondre, Connelly prit son parti – une grande surprise. « Black… vous savez que c’est l’œuvre d’Howard Randall. Pourquoi, au nom de Dieu, penseriez-vous autrement ? »

« Sortez simplement les dossiers, monsieur », dit-elle. Elle regarda ensuite Greenwald et ajouta : « Même chose pour vous. Vérifiez les dossiers d’Howard Randall. Trouvez un de ses meurtres où il a fait quelque chose de tel – quelque chose d’aussi excessif et sanglant. Le démembrement est une chose. Mais ceci frôle l’exploitation. Howard a étranglé la majorité de ses victimes en premier. Ce que je vois avec cette dernière mort est loin de quelque chose de similaire. »

« Howard Randall a fracassé la tête d’une femme avec une fichue brique », dit Greenwald. « Je dirais que c’est assez sanglant et brutal. »

« Ça l’est. Cependant, cette femme a été frappée deux fois et le rapport montre que c’est la deuxième frappe qui l’a tuée – pas la première. Howard Randall n’est pas là pour le frisson, la violence ou l’exploitation. Même en éparpillant les parties du corps, il y avait une quantité minimale de sang et de gore. C’était presque comme s’il gardait ses distances avec le sang, malgré ses actes. Mais ce meurtre là-bas…c’est trop. C’est gratuit. Et bien qu’il soit un monstre et un meurtrier certain, Howard Randall n’est pas gratuit. »

Elle vit un changement dans l’expression de Connelly. Il y pensait au moins, prenait ses exemples avec des pincettes. De l’autre côté, le maire Greenwald ne saisissait pas.

« Non. C’est le travail d'Howard Randall et il est ridicule de penser autrement. En ce qui me concerne, ce meurtre met toute la division du A1 sous pression – bon sang, tous les agents de toute la ville ! Je veux Howard Randall menotté ou des têtes vont tomber. Et en vigueur immédiatement, je veux Black hors de cette affaire. Elle ne doit pas être impliquée à quelque titre que ce soit ! »

Sur ce, Greenwald retourna à sa voiture en tempêtant. Avery avait enduré des rencontres avec lui par le passé et commençait à penser que partout il arrivait en trombe. Elle ne l’avait jamais vu simplement marcher.

« Tu es de retour au travail depuis une demi-heure », dit O’Malley, « et tu as déjà réussi à irriter le maire. »

« Je ne suis pas au travail », souligna-t-elle. « Quoi qu’il en soit, comment a-t-il découvert que j’étais là ? »

« Aucune idée », dit Connelly. « Nous supposons qu’une équipe de journalistes vous a vue quitter le commissariat et que quelqu’un l’a averti. Nous avons essayé d’arriver avant lui mais nous avons manifestement échoué. » Il soupira, reprit son souffle et ajouta : « Vous êtes sûre que ce n’était pas Randall ? Certaine ? »

« Bien sûr que je ne suis pas certaine. Mais cela ne correspond à aucun de ses autres meurtres. Celui-ci se semble différent. A l’air différent. »

« Vous pensez que ça pourrait être un imitateur ? », demanda Connelly.

« Ça le pourrait, j’imagine. Mais pourquoi ? Et si c’est le cas, il fait un mauvais travail. »

« Qu’en est-il d’une de ces enflures fanatique qui s’intéresse à la culture du meurtre ? », demanda Connelly. « Un de ces ratés qui collectionne des cartes de tueur en série a bandé quand Randall s’est échappé et a finalement trouvé le courage de tuer pour la première fois. »

« Ça semble un peu tiré par les cheveux. »

« Et aussi de ne pas pointer du doigt un Howard Randall récemment échappé pour un meurtre qui est tellement proche par son style de son travail précédent. »

« Monsieur, vous vouliez mon avis et je vous l’ai donné. »

« Eh bien », dit Connelly, « Vous avez entendu Greenwald. Je ne peux plus vous laisser aider ici. Je vous remercie d’être venue ce matin quand je l’ai demandé mais…je suppose que c’était une erreur. »

« Je suppose », dit-elle Elle détestait la facilité avec laquelle Connelly cédait à la pression du maire. Il l’avait toujours fait et c’était l’une des seules raisons pour lesquelles elle avait toujours eu du mal à respecter son capitaine.

« Désolé », lui dit O’Malley alors qu’ils retournaient vers la voiture. Finley suivait derrière eux, ayant observé toute la confrontation avec une gêne passive. « Mais peut-être a-t-il a raison. Même si le maire n’était pas si catégorique à ce sujet, tu penses vraiment que c’est le genre de chose dans laquelle tu devrais t’impliquer en ce moment ? À peine plus de deux semaines se sont écoulées depuis ta dernière grosse affaire – où tu as failli mourir, je pourrais ajouter. Et deux semaines depuis que Ramirez… »

« Il a raison », dit Connelly. « Prenez plus de temps libre. Encore quelques semaines. Vous pouvez faire ça ? »

« C’est ce que c’est », dit-elle en se dirigeant vers la voiture avec Finley. « Bonne chance avec ce tueur. Vous le trouverez, j’en suis sûre. »

« Black », dit Connelly. « Ne le prenez pas personnellement. »

Elle ne répondit pas. Elle monta dans la voiture et la fit démarrer, ne donnant à Finley que quelques secondes pour la rejoindre avant de s’éloigner du trottoir et d’un cadavre dont elle était presque sûre qu’il n’était pas l’œuvre du Howard Randall récemment évadé.




CHAPITRE QUATRE


Avery était trop énervée et gorgée d’adrénaline pour retourner à l’hôpital. À la place, après avoir déposé Finley au commissariat et sauté dans sa propre voiture, elle retourna à son appartement. Elle éprouvait soudainement le besoin de sortir et de regarder dans plusieurs boîtes au fond de son placard. Plus que cela, avec son esprit un peu plus actif et la morsure du monde réel sur ses talons, elle réalisa qu’elle avait aussi besoin d’appeler quelqu’un.

Quand elle appela Rose, sa fille jubila à l’invitation de venir plus tard pour dîner et prendre un un verre de vin ; elles allaient ignorer le fait que Rose était encore à seize mois de pouvoir légalement prendre un verre, juste pour cette nuit.

Quand elle arriva à son appartement juste avant dix heures du matin, elle prépara du café et fit deux sandwichs. Même si ce n’était que du vieux jambon, du fromage et de la mayonnaise sur du pain blanc, c’était à des années-lumière de la nourriture de la cafétéria de l’hôpital qu’elle avait tant mangé récemment. Elle engloutit les sandwichs d’un air presque absent tout en entrant dans sa chambre, où elle ouvrit le placard et sortit les boîtes qu’elle avait poussées loin au fond.

Il y avait deux boîtes, une remplie de divers dossiers de sa brève carrière en tant qu’avocate, modérément réussie. Elle était tentée d’aller fouiller dans ceux-ci, car elle avait effectivement représenté quelques personnes dans des affaires de meurtre. Au lieu de cela, elle alla à la boîte dont elle savait qu’elle fournirait un aperçu de ce qu’elle avait vu ce matin-là.

Cette deuxième était remplie des dossiers de l’affaire Howard Randall. Elle avait eu lieu il y avait un peu plus de trois ans, mais semblait être une chose à laquelle elle avait participé au cours d’une autre vie. C’est peut-être pour cela qu’elle avait trouvé si facile et presque conventionnel de lui demander conseil et sagesse ; peut-être avait-elle réussi à s’éloigner suffisamment de l’affaire et de ce qu’elle avait fait à sa carrière dans le droit.

La pile de dossiers racontait une histoire qu’elle connaissait sur le bout des doigts, mais poser ses doigts sur les pages et les images était comme les plonger au travers des sables du temps, jeter un regard aux grains pour apprendre une leçon qu’elle avait peut-être manquée plus tôt. Ils racontaient l’histoire d’Howard Randall, qui, dans son enfance, avait été battu jusqu’à être à un doigt de perdre la vie par une mère violente. C’était le même garçon qui serait agressé sexuellement dans la salle de douche d’un lycée par un professeur d’éducation physique – un garçon qui avait grandi pour devenir un homme qui non seulement allait exprimer la rage qui était montée et avait évolué en lui au fil des ans, mais allait aussi l’utiliser pour modeler et définir un esprit brillant qu’il n’avait jamais pris la peine d’entraîner correctement à l’école. Non, il avait gardé son génie pour l’université, en commençant par l’université publique pour faire augmenter ses notes puis impressionner le bureau des admissions et archives de Harvard. Il avait assisté aux cours, obtenu son diplôme et fini par enseigner là-bas.

Mais son génie ne s’était pas arrêté là. Il avait continué, le montrant de façon sauvage la première fois que sa main avait saisi un couteau. C’était un couteau qui avait pris sa première victime.

Avery arriva aux photos de la scène de crime de cette première victime, une serveuse de vingt ans. Une étudiante, comme toutes les autres. Il y avait eu une profonde entaille dans sa gorge, d’une oreille à l’autre. Rien de plus. Elle s’était vidée de son sang dans la petite cuisine du traiteur dont elle faisait la fermeture à l’époque.

Une seule entaille, pensa Avery en regardant la photo. Une coupure étonnamment nette. Aucun signe d’abus sexuel. Entrer, entailler et sortir.

Elle atteignit la deuxième image et la regarda. Puis la troisième, et la quatrième. À chacune d’elles, elle tira la même conclusion, les cochant dans sa tête comme sur une feuille de statistiques d’un sport dément.

Deuxième victime. Étudiante de dix-huit ans. Une entaille sur le côté, qui semblait accidentelle. Une autre, pas tellement une coupure mais plutôt une plaie perforante avec la lame qui était allée directement dans son cœur.

Troisième victime. Étudiante en anglais de dix-neuf ans, travaillant au noir comme strip-teaseuse. Trouvée morte dans sa voiture, une seule blessure par balle à l’arrière de la tête. Il avait été découvert plus tard qu’il lui avait offert cinq cents dollars pour du sexe oral, elle l’avait invité à sa voiture, et il lui avait tiré dessus. Aucune trace de services rendus n’avait jamais été trouvée, et dans son témoignage, Howard avait confirmé qu’il l’avait tuée avant que l’acte ne soit accompli.

Quatrième victime. Dix-huit ans. Frappée à la tête avec une brique. Deux fois. Le premier coup semblait avoir été trop bas, ne l’avait pas tuée. La deuxième lui avait fracassé le crâne et pénétré dans son cerveau.

Cinquième victime. Une autre gorge tranchée, une entaille profonde et régulière d’une oreille à l’autre.

Sixième victime. Étranglée. Aucune empreinte.

Et ainsi de suite. Des meurtres propres. Des quantités abondantes de sang trouvées seulement sur trois scènes et c’était une question de circonstance, pas de théâtralité.

Alors disons que l’intuition de Connelly et l’opinion du maire sont justes. Si Howard tue à nouveau, pourquoi changer ses méthodes ? Pas pour prouver quelque chose – prouver quelque chose est une connerie machiste qui bien en dessous de lui. Alors pourquoi le ferait-il ?

« Il ne le ferait pas », dit-elle à la chambre vide.

Et même si elle n’était pas assez naïve pour penser que ses trois années de prison avaient fait d’Howard Randall un homme changé qui n’était plus intéressé par le fait de tuer, elle pensait qu’il était bien trop intelligent pour commencer juste là où il s’était arrêté, dans la ville qui s’était mise sens dessus dessous pour le trouver en premier lieu.

Si elle avait eu des doutes auparavant, ils furent douchés pendant qu’elle parcourait les dossiers.

Ce n’était pas lui. Pourtant…quelqu’un l’a fait. Et les connards auxquels je rends des comptes vont chercher le mauvais homme.



***



Avery était à la fois ravie et un peu inquiète que Rose n’ait pas hésité à boire devant elle. Elle accepta le verre de vin blanc avec reconnaissance et un remerciement, sans perdre de temps pour prendre sa première gorgée. Avery avait apparemment dû la regarder fixement d’une manière étrange car quand Rose baissa le verre, elle sourit et secoua la tête.

« Pas mon premier verre », dit-elle. « Désolée de gâcher tous les rêves que tu avais d’une petite fille immaculée et sainte. »

« Le vin ne me fera jamais ça », dit Avery avec un sourire. « Certains de tes anciens copains, d’un autre côté… »

« Ooh, joli coup, maman. »

Elles venaient de terminer un simple dîner composé de poulet Alfredo et d’une salade à la grecque qu’elles avaient préparée ensemble. De la musique douce jouait en arrière-plan, une soupe horrible d’indie-pop acoustique dont Rose était fan était ces temps-ci. Malgré tout, la musique ne pouvait pas gâcher ce moment. La ville était plongée dans un froid sombre à l’extérieur, les réverbères étincelants et le doux bourdonnement de la circulation dans la rue formaient comme un bruit blanc.

C’était exactement ce dont j’avais besoin, pensa Avery. Pourquoi essayais-je de la repousser une fois encore ?

« Alors allons-nous tourner toute la nuit autour du pot au sujet de Ramirez ? », demanda Rose.

Avery sourit. C’était étrange d’entendre son nom sortir de la bouche de Rose…surtout son nom de famille, comme si elle l’avait aussi connu au travail.

« Pas de tergiversations », dit Avery. « Je ne voulais pas que cette nuit se transforme en un festival de sanglots où tu devrais t’assurer que ta mère ne craque pas. »

« Dans une situation comme celle-ci, il est acceptable de craquer un peu. Je ne sais juste pas si c’est la meilleure chose au monde, que tu restes enfermée dans une chambre d’hôpital. Je veux dire…ce n’est pas quelque peu déprimant ? »

« Parfois », admit Avery. « Mais j’aimerais penser que j’aurais quelqu’un en permanence à mon chevet si je me battais pour rester en vie. »

« Ouais, je pense qu’il ferait la même chose pour toi. Je veux dire, je serais là aussi. Mais en même temps, tu sais qu’il te gronderait s’il savait que tu faisais ça. »

« Probablement. »

« Est-ce que tu… » Rose commença à poser la question, mais elle s’arrêta comme si elle se ravisait de demander ce qui était sur le point de sortir de sa bouche.

« C’est bon », dit Avery. « Tu peux me demander n’importe quoi. »

« Est-ce que tu as déjà une intuition à ce sujet ? Du genre…ton instinct te dit-il d’une façon ou d’une autre qu’il va survivre ou non ? »

C’était une question difficile à laquelle répondre. Elle ne se sentait pas fermement convaincue dans un sens ou dans l’autre. Et c’était peut-être la raison pour laquelle cela l’affectait autant. Il n’y avait aucune certitude. Instinctivement, rien ne lui disait qu’il allait s’en sortir ou qu’il n’allait pas y parvenir.

« Non, pas encore. »

« Une autre question », dit Rose. « Tu l’aimes ? »

C’était tellement inattendu que, pendant un moment, Avery ne fut pas sûre de savoir comment réagir. C’était une question qu’elle s’était posée à plusieurs reprises par le passé – une question qui avait abouti à une réponse très nette et précise au cours des deux dernières semaines.

« Oui. »

Rose parut rayonner en entendant cela, et cacha son sourire derrière son verre de vin.

« Tu penses qu’il le sait ? »

« Je le pense. Mais ce n’est pas quelque chose que nous— »

Elle fut interrompue par un bruit de verre brisé, puis un son sec et sourd. C’était tellement soudain et inattendu qu’il fallut environ deux secondes à Avery pour se lever et analyser la situation. Pendant qu’elle le faisait, Rose laissa échapper un petit cri. Elle avait bondi du canapé et reculait dans la cuisine.

La fenêtre contre le mur du fond à gauche du canapé avait été brisée. Un courant d’air froid balaya l’appartement. L’instrument utilisé pour briser la vitre gisait par terre et sur le coup n’avait pas vraiment de sens.

Il y avait une vieille brique usée par terre, mais Avery ne la repéra qu’après avoir vu le chat mort. Le chat semblait être un animal errant maigre et mal nourri. Il avait été attaché à la brique avec une sorte de lanière en caoutchouc, comme celles utilisées pour attacher les auvents ou les stores. Des fragments de verre brisés étincelaient à côté de lui.

« Maman ? », demanda Rose.

« C’est bon », dit Avery en courant vers la fenêtre brisée. Son appartement était au deuxième étage, alors même si cela nécessitait un peu de force, il était parfaitement possible que quelqu’un ait pu réussir le lancé.

Elle ne vit personne dans la rue juste en dessous. Elle pensa sortir, descendre les escaliers et aller dehors, mais celui qui avait jeté la brique et le chat aurait au moins une minute d’avance sur elle. Et avec la circulation de Boston ainsi que les piétons à cette heure de la nuit (il n’était que neuf heures trente-cinq, vit-elle en regardant sa montre), il était déjà quasiment parti.

Elle s’avança vers le chat, en faisant attention de ne pas marcher sur le verre avec ses pieds nus.

Il y avait un petit morceau de papier coincé entre le ventre du chat et la lanière en caoutchouc noir. Elle se pencha pour attraper la note, et grimaça un peu quand elle sentit le corps froid et rigide de l’animal.

« Maman, qu’est-ce que c’est bordel ? », demanda Rose.

« Il y a un mot. »

« Qui pourrait faire quelque chose comme ça ? »

« Je ne sais pas », répondit-elle en récupérant le papier, qu’elle déroula. Il avait été écrit sur la moitié d’une feuille de papier arrachée à un cahier basique. Le mot était très simple mais provoqua tout de même un frisson à travers le corps d’Avery.

Je suis LIBRE ! Et je suis IMPATIENT de vous revoir !

Merde, pensa-t-elle. Howard. Ça doit être lui.

Ce fut la première pensée dans sa tête et elle se retrouva à la repousser tout de suite. Tout comme la brutalité du meurtre au pistolet à clous, quelque chose dans une déclaration si effrontée – envoyer un chat mort à travers la fenêtre d’un appartement avec un mot menaçant – ne semblait pas être quelque chose que ferait Howard Randall.

« Qu’est-ce que ça dit ? », demanda Rose en s’approchant. Elle avait l’air d’être au bord des larmes.

« C’est juste une menace stupide. »

« De la part de qui ? »

Plutôt que de répondre à Rose, elle attrapa son téléphone portable sur le canapé et appela O’Malley.

De la part de qui, avait demandé Rose.

Et tandis que le téléphone commençait à sonner à l’oreille d’Avery, même si elle essayait de l’écarter, il ne semblait y avoir qu’une réponse plausible.

Howard Randall.




CHAPITRE CINQ


Il se passa beaucoup de choses durant les douze minutes qui furent nécessaires à O’Malley pour arriver. Pour commencer, la voiture de patrouille du A1 ne fut pas le premier véhicule à paraître. Une camionnette de télévision s’arrêta dans un crissement de pneus devant l’immeuble d’Avery. Elle observa trois personnes sortir depuis sa vitre brisée : un journaliste, un cameraman et un technicien, qui déroulait le câble à l’arrière de la camionnette.

« Merde », dit Avery.

L’équipe de reporters était presque parée et prête à commencer quand O’Malley se gara. Une autre voiture arriva juste derrière lui, et fonça presque dans la camionnette. Elle ne fut pas du tout surprise de voir Finley en sortir. Connelly positionnait apparemment Finley pour monter en grade – peut-être même pour remplacer Ramirez.

Elle jeta un regard noir à la camionnette tout en observant Finley dire ses quatre vérités au journaliste. Il y eut une brève querelle entre eux avant que Finley et O’Malley ne disparaissent hors de vue, vers les escaliers qui les mèneraient à l’appartement d’Avery.

À l’instant où ils frappèrent à la porte, Avery alla ouvrir et ne leur donna pas l’opportunité de dire quoi que ce soit avant qu’elle n’ait exprimé ses préoccupations et ses frustrations.

« O’Malley, c’est quoi ce bordel ? Je vous ai appelé directement plutôt que le poste pour éviter les équipes de journalistes. Quelle est leur problème, de toute façon ? »

« Leur problème, c’est qu’ils bavent sur l’évasion d'Howard Randall. Et ils savent que tu es un visage familier dans son histoire. Alors ils gardent les yeux sur toi. Je suppose que cet équipe en particulier a un scanner. »

« Les appels par portable ? », demanda Avery.

« Non. Écoute, j’ai dû le signaler au commissariat. C’est trop important. Ils ont dû l’apprendre par la radio. »

Avery voulait être furieuse, mais elle savait combien il pouvait être difficile de communiquer secrètement quand des médias frénétique travaillaient dur pour révéler une histoire. Elle lança un regard noir à l’équipe de journalistes, les vit filmer une séquence – en disant dieu savait quoi. Pendant qu’elle regardait, un autre véhicule de reporters se gara, un petit SUV.

O’Malley et Finley se penchèrent sur la brique, le chat et le verre brisé. Avery avait laissé le billet sur le sol, ne voulant pas que le papier qui se trouvait sur un cadavre de chat ne se retrouve sur le comptoir de sa cuisine ou sur sa table basse.

« Je déteste dire ça », dit Finley, « mais cela semble convenu. Je veux dire…je suis libre. Qui d’autre cela pourrait-il être, Avery ? »

« Je ne sais pas. Mais…je sais que vous pouvez avoir du mal à le croire, mais ça ne semble pas être quelque chose que Howard ferait. »

« Le vieux Howard Randall, peut-être », dit O’Malley. « Mais qui sait comment il a changé en prison ? »

« Attendez », dit Rose. « Je ne comprends pas. Maman a fait libérer ce type quand elle l’a représenté en tant que son avocate. Pourquoi s’en prendrait-il à elle ? On pourrait penser qu’il serait reconnaissant. »

« Vous pourriez le penser », dit O’Malley. « Mais ce n’est pas ainsi que fonctionne un esprit criminel. »

« Il a raison », dit Avery, coupant O’Malley avant qu’il ne puisse lancer sa tirade. « Quelqu’un comme Howard verrait quiconque a été impliqué dans l’ensemble du processus comme une menace – même si c’est l’avocate qui a réussi à le faire sortir. Mais Howard… cela ne lui ressemble pas. Au cours de ces quelques fois où je suis allée demander son aide il était…je ne sais pas…sociable. S’il avait nourrit de mauvaises intentions contre moi, il les a exceptionnellement bien cachées. »

« Bien sûr qu’il l’a fait », dit O’Malley. « Tu pensais que son évasion était un coup de chance extraordinaire ? Je te parie que ce sale type préparait ça depuis des mois. Peut-être même depuis son premier jour là-bas. Et s’il avait prévu de s’échapper et de venir d’une manière ou d’une autre s’en prendre à toi ou, au moins, de t’impliquer dans un complot dément, pourquoi diable te l’aurait-il fait savoir ? »

Avery voulait argumenter mais elle pouvait clairement voir d’où venait son raisonnement. Il avait toutes les raisons de penser que ce mot venait d’Howard. Et elle savait aussi que la peur intrinsèque de la ville face à son évasion rendait facile pour lui et Connelly de pointer Howard du doigt pour le meurtre au pistolet à clous.

« Écoute, mettons tout ce qui concerne Howard Randall de côté pour le moment », dit-elle. « Que ce soit Howard ou pas, quelqu’un a jeté cette chose dans ma fenêtre. Je pensais juste qu’il serait préférable de passer par les canaux appropriés puisqu’il est clair que Connelly me veut aussi loin que possible de tout ce qui pourrait être lié à Howard. »

« J’ai entendu ça », dit Finley. « Je l’ai eu au téléphone quand j’étais en route pour ici. Il est coincé par une affaire avec le maire et la presse en ce moment. »

« À propos d’Howard Randall ? »

Finley hocha de la tête.

« Bon sang », dit Avery. « Ça devient ridicule. »

« Alors », dit O’Malley, « tu ne vas vraiment pas aimer ce qu’il m’a ordonné de faire. »

Elle attendit qu’O’Malley le lui dise. Elle pouvait voir qu’il était mal à l’aise – qu’il préférerait de loin que Connelly soit là pour donner l’ordre lui-même. Finalement, il soupira et dit : « Il veut que nous vous relogions pendant quelques jours. Même si Randall n’a pas lancé cette brique, il est évident que quelqu’un t’as ciblée et te menace. Et oui…c’est probablement parce qu’il s’est échappé. Je déteste devoir te le dire, mais ça ne se présente pas bien pour toi dans cette situation. Tu l’as fait sortir il y a toutes ces années…l’a envoyé commettre une folie meurtrière. Beaucoup de gens— »

« C’est stupide », cracha Rose. « Des gens pensent que ma mère a quelque chose à voir avec son évasion ? »

« Il y en a qui ont poussé jusqu’à cet extrême, oui », admet O’Malley. « Heureusement, il n’y a eu que des rumeurs aux informations. Tu n’en as rien vu ? », demanda-t-il en regardant Avery.

Elle pensa à ces moments passés dans le brouillard dans la chambre d’hôpital de Ramirez. La télévision avait été allumée et elle avait vu le visage d'Howard, obtenant l’essentiel des informations par le biais du texte au bas de l’écran. Mais elle n’avait jamais vu son propre nom ; elle ne s’était jamais attendue à cela. Finalement, elle secoua la tête en réponse à la question d’O’Malley.

« Eh bien, quels que soient tes sentiments sur ça, je pense qu’il a absolument raison. Tu dois déménager jusqu’à ce que ça se calme. Disons que la personne qui a lancé cette brique n’est pas Howard. Cela signifie qu’un citoyen quelconque l’a jetée. Un crétin mécontent qui pense que tu es responsable du fait qu’un tueur soit en liberté. Alors où ? », dit O’Malley. « Réfléchis-y pendant que vous faites vos valises. Finley et moi serons heureux de vous emmener n’importe où vous avez besoin d’aller. »

« Pas besoin de réfléchir », dit-elle. « J’ai déjà un lieu en tête. »



***



Ils arrivèrent à l’appartement de Ramirez une demi-heure plus tard. Il lui avait fallu moins de dix minutes pour prendre l’essentiel. Rose était également venue, à l’insistance d’Avery et d’O’Malley. Après une discussion brève et animée, Rose céda, déclarant qu’elle resterait avec sa mère pendant un jour ou deux…pour s’assurer qu’elle allait bien.

Quand tous quatre entrèrent chez Ramirez, ce fut un peu déroutant. Bien qu’il ait techniquement accepté d’emménager dans l’appartement d’Avery, il n’en avait jamais eu l’occasion. Toutes ses affaires étaient toujours là, attendant qu’il rentre à la maison.

Avery se déplaça dans les lieux, prétendant que cela ne l’affectait pas. Elle était déjà venue ici plusieurs fois et s’était toujours sentie la bienvenue. Cela ne devrait pas être différent maintenant.

« Tu es sûre de ça ? », dit Finley. « Pardonnes-moi de le dire, mais ça a l’air un peu triste.

« Pas plus triste que d’être dans sa chambre d’hôpital », dit Rose.

Avery voulait laisser l’endroit l’imprégner, se faire une impression puis essayer de déterminer ce qu’elle était censée faire ensuite.

O’Malley était au téléphone quand ils entrèrent, réglant les détails pour la surveillance de l’appartement d’Avery ainsi que celui de Ramirez. Ils avaient fait très attention à ne pas être suivis en route, mais ils ne voulaient évidemment pas prendre de risques.

Alors qu’Avery déposait son sac dans le salon de Ramirez, O’Malley termina son appel. Il prit un moment, soupira profondément et regarda par la fenêtre. En bas, les rues étaient un peu moins animées qu’elles ne l’avaient été pendant qu’Avery et Rose avaient profité du vin et d’une conversation agréable. De plus, après avoir reçu un chat mort jeté par la fenêtre, elles semblaient un peu plus sinistre aussi.

« Alors, voilà le marché », dit O’Malley. « Pendant les trois prochains jours, vous aurez constamment des agents stationnés dans la rue. Ils seront dans des voitures civiles, mais ce seront tous des membres du A1 »

« Ce n’est pas nécessaire », dit Avery. Elle commençait à avoir l’impression que tout cela devenait incontrôlable.

« Je pense que ça pourrait l’être », rétorqua-t-il. « Tu as été dans une sorte de bulle à propos de ça ces derniers jours. Ça dégénère. Il y a des genres de justiciers dans la rue, à la recherche de Randall. Les gens commencent à creuser dans son histoire et à t’y trouver. »

Vas-y et finis en, pensa-t-elle. Ils me trouvent là comme l’avocate qui a réussi à lui rendre sa liberté – la liberté qu’il a employée pour tuer une personne de plus. C’est ce que tu veux vraiment dire.

Mais il ne le fit pas. Au lieu de cela, il continua à regarder par la porte. « Les deux premiers seront Sawyer et Dennison. Ils seront là dans une demi-heure. Jusque-là…on dirait que c’est moi et Finley. »

Rose regarda les deux officiers puis sa mère. « Est-ce que…c’est vraiment si grave ? Nous avons besoin de protection ? »

« Non », dit Avery. « C’est un peu trop. »

« C’est pour la protection de ta mère. La tienne, aussi. Selon qui a pu être derrière le meurtre au pistolet à clous et le jet de brique avec le chat par la fenêtre, tu pourrais aussi être en danger. Cela dépend du niveau de vendetta que cette personne pourrait entretenir contre ta mère. »

« Baissons le ton dramatique d’un cran », dit Avery, avec une voix pleine de virulence. « Je préférerais que tu ne fasses pas peur à ma fille. »

« Désolée, maman », dit Rose. « Mais au cours de la dernière heure, j’ai eu droit à un chat mort envoyé à travers ta fenêtre avec un mot de menace attaché avec, puis j’ai été entraînée hors de ton appartement, et on m’a assigné une protection policière vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On peu dire sans crainte que j’ai effectivement peur. »




CHAPITRE SIX


Tout espoir de passer une soirée tranquille entre filles fut gâché. Quand O’Malley et Finley prirent congé, l’appartement redevint calme. Rose s’était installée sur le canapé de Ramirez. Elle faisait défiler les médias sociaux et échangeait des messages avec ses amis.

« Je suppose que tu sais qu’il ne faut dire à personne ce qui s’est passé », dit Avery.

« Je sais », dit Rose, avec un peu de ressentiment. « Attends…et papa ? Devrions-nous lui dire ? »

Avery y réfléchit un instant, pesant le pour et le contre. Si cela n’avait été qu’elle, il n’en aurait pas été question. Il n’y avait aucune raison que Jack ait besoin de savoir. Mais avec Rose impliquée, cela changeait les choses. Pourtant…ce pouvait être risqué.

« Non », répondit Avery. « Pas encore. »

Rose ne fit que répondre par un léger hochement de tête abrupt.

« Rose, je ne sais pas quoi te dire. Ça craint. Oui. Je suis d’accord. C’est nul. Et je suis désolée que tu sois obligée de subir les conséquences. Ce n’est pas exactement de tout repos pour moi non plus. »

« Je sais », dit Rose. Elle posa son téléphone et regarda sa mère dans les yeux. « Je ne suis même pas vraiment contrariée par le dérangement. Ce n’est pas ça. Maman…je n’avais aucune idée que les choses étaient devenues si dangereuses pour toi. C’est toujours comme ça ? »

Avery laissa échapper un rire étouffé. « Non, pas toujours. C’est juste que cette affaire avec Howard Randall fait que tout le monde regarde par-dessus son épaule. Une ville entière a peur et ils ont besoin de quelqu’un à accuser pendant qu’ils cherchent des réponses et un moyen de se sentir en sécurité. »

« Sois directe avec moi, maman : est-ce que ira pour nous ? »

« Oui, je le pense. »

« Vraiment ? Alors qui a lancé cette brique ? C’était Howard Randall ?

« Je ne sais pas. Personnellement, j’en doute. »

« Mais il y a une…chose d’étrange entre vous deux, n’est-ce pas ? »

« Rose… »

« Non, je veux savoir. Comment peux-tu être si sûre ? »

Avery ne voyait aucune raison de lui mentir ou de garder les choses secrètes – surtout maintenant qu’elle était apparemment impliquée dans tout cela.

« Parce qu’un chat mort à travers une fenêtre est trop flagrant. C’est trop voyant. Et malgré ce que la méthode de ses meurtres peut exprimer, Howard Randall ne ferait pas ça. Un chat mort…c’est presque comique. Et lui ayant parlé à la fois en tant qu’avocate et inspectrice…ce n’est pas quelque chose qu’il ferait. Tu dois me faire confiance à ce sujet, Rose.

Avery regarda par la fenêtre la Ford Focus noire qui était garée trois étages plus bas, le long de la bordure la plus éloignée de la rue. Elle pouvait voir la forme de l’épaule gauche de Dennison, assis sur le siège du conducteur. Sawyer devait être à ses côtés, probablement en train de grignoter des graines de tournesol, comme il était réputé faire.

En pensant à la brique et au chat, elle commença à remonter dans son passé. Entre sa carrière d’avocate et les quelques années qu’elle avait passées en tant qu’inspectrice, la liste de noms et de visages dans sa tête était longue. Elle essaya de penser à qui d’autre pourrait avoir eu une raison de jeter la brique et le chat par la fenêtre, mais il y en avait trop – trop de visages, trop d’histoire.

Bon sang, ça aurait pu être n’importe qui…

Elle se retourna vers l’appartement et essaya d’imaginer la dernière fois que Ramirez s’y était tenu. Elle marcha lentement dans le salon et la cuisine. Elle s’était déjà trouvée là, mais voyait tout comme neuf. C’était un petit appartement, mais joliment décoré. Tout était propre et organisé, chaque objet à sa place désignée. Son frigo était décoré de plusieurs photos et cartes postales, la plupart provenant de membres de sa famille. Avery ne les avait jamais rencontré mais en avait entendu parler de temps en temps.

Combien d’entre eux savent ce qui s’est passé ? Se demanda-t-elle. Pendant son séjour à l’hôpital, seulement deux membres de la famille étaient venus lui rendre visite. Elle savait que la famille de Ramirez n’était pas très proche, mais quelque chose dans le fait que sa famille ne vienne pas le voir la frappait comme étant triste – même si elle aurait probablement droit au même traitement si quelque chose lui arrivait.

Elle se détourna du frigo ; les images de ces étrangers étaient soudainement trop pour elle. Dans le salon, il y avait des photos çà et là de sa vie : une de lui et Finley à un barbecue, jouant aux fers à cheval ; une photo de Ramirez qui franchissait la ligne d’arrivée lors d’un marathon ; une photo de lui avec sa sœur quand ils étaient beaucoup plus jeunes, pêchant au bord d’un étang.

« Je ne peux pas », dit-elle doucement.

Elle se tourna vers Rose, espérant qu’elle n’avait pas entendu son déni audible.

Ce qu’elle vit était Rose endormie sur le canapé. Elle s’était apparemment écroulée de fatigue pendant le temps qu’Avery avait pris pour regarder les photos. Avery examina sa fille pendant un moment, éprouvant les premiers élans de culpabilité. Rose n’avait rien à faire ici, mêlée à tout ça.

Peut-être qu’elle aurait été bien mieux si je ne l’avais pas contactée pour recoller les morceaux, pensa-t-elle.

Ce n’était pas juste un “pauvre-de-moi”vagabond. Elle se le demandait sincèrement parfois. Et maintenant, avec toutes les deux sous surveillance et des personnes qui la menaçaient pour les péchés de son passé, c’était pire.

Peut-être que je ne suis pas menacée pour les péchés de mon passé, pensa-t-elle. Peut-être que c’était vraiment Howard. Peut-être avait-il craqué d’une manière que je n’aurais pas pu prédire.

Elle supposa que si elle faisait correctement son travail, elle ne pouvait pas simplement éliminer la possibilité que Howard ait tué cette pauvre fille avec un pistolet à clous puis, la nuit suivante jeté un chat mort avec un message menaçant par sa fenêtre. Elle n’avait aucune preuve pour soutenir qu’il ne l’avait pas fait donc, logiquement, il devait être un suspect.

Je suis trop proche de lui, pensa-t-elle. J’ai appris à le connaître d’une façon qui fait que je le place sur un piédestal bizarre. A-t-il intentionnellement fait ça ?

C’était une pensée effrayante, mais il était brillant. Et elle connaissait son penchant pour les jeux d’esprit. L’avait-il manipulée d’une certaine façon, qu’elle ne comprenait toujours pas ?

Elle prit ses deux sacs et les transporta dans la chambre de Ramirez. Elle avait fourré l’essentiel de la boîte contenant les dossiers d'Howard Randall dans l’un d’entre eux avant de quitter son appartement. Elle les sortit maintenant et les étala sur le lit.

Cette fois, elle ne perdit pas de temps à regarder les photos. À cet instant, elle avait juste besoin des faits. Et les faits tels qu’elle les connaissait, comme ils avaient été consigné dans les livres, étaient qu’il était une fois, Avery Black était une avocate qui avait représenté un homme accusé de meurtre. Elle avait soupçonné qu’il avait commis cet acte, mais il n’y avait aucune preuve et l’affaire avait été descendue en flammes devant le tribunal. À la fin, elle avait gagné. Howard Randall avait été libre de partir. Au cours des trois mois suivants, des étudiantes âgées de dix-huit à vingt et un ans avaient été tuées de manière épouvantable mais cependant efficace. À la fin, Howard Randall avait été pris. Non seulement cela, mais il avait ouvertement avoué les crimes.

Avery avait tout regardé à la télévision. Elle avait également démissionné de son poste d’avocate et avait été motivée à commencer à travailler pour mener une carrière en tant qu’inspectrice – une carrière hors de sa portée, presque tout le monde lui avait dit. Elle commençait plus tard que la plupart. C’était une femme hantée par le fantôme d'Howard Randall avant ses meurtres. Il y avait un trop gros passif. Elle n’y parviendrait jamais.

Mais je suis là, pensa-t-elle, en parcourant les détails. C’est peut-être la raison pour laquelle il était toujours aussi ouvert pour parler avec moi en prison. Peut-être était-il parmi ceux qui pensaient qu’essayer de devenir inspectrice était une cause perdue pour moi. Quand non seulement j’en suis devenue une, mais une sacrément douée, peut-être ai-je gagné son respect.

Et malheureusement, elle espérait que c’était le cas. Elle aurait aimé penser qu’elle s’en moquait de savoir si Howard Randall la respectait – mais ce n’était pas le cas. Peut-être était-ce son intellect ou le simple fait que personne ne l’avait défiée comme il l’avait fait quand ils se rencontraient occasionnellement.

Elle pensa à ces réunions pendant qu’elle étudiait les dossiers et que tout se connectait comme un match de tennis effréné dans sa tête. De gauche à droite, de gauche à droite.

Il semblait sincèrement heureux chaque fois que je le voyais, à l’exception d’une seule fois où il pensait que je profitais de lui. Il avait des contacts dans la prison, la capacité d’obtenir des connaissances de l’extérieur que les autres prisonniers ne pouvaient pas avoir.

Cette information lui avait-elle révélé quelque chose ? Lui avait-elle donné une raison de s’évader autre que la simple liberté ?

Et après qu’il se soit échappé, qu’aurait-il fait ? Quel genre d’homme serait-il vraiment ? Est-ce qu’il irait aussi loin que possible pour vivre la vie en tant qu’homme libre (mais très recherché) ?

Ou allait-il recommencer à tuer ? Il avait été dit qu’une fois qu’une fois que quelqu’un commet un meurtre et surmonte le choc initial, le second est plus facile. Puis le troisième est presque comme un acte naturel.

Mais Howard ne semblait pas être du genre à s’en tenir à cet instinct animal basique.

Tous les meurtres originaux étaient propres et simples.

La dernière victime a été tuée de façon grotesque…comme si le tueur essayait de prouver quelque chose.

Howard a-t-il quelque chose à prouver ?

Et à travers tout cela, elle le voyait dans son esprit – assis de l’autre côté d’une table d’elle dans la prison, avec le prémisse d’un sourire toujours sur son visage. Sur de lui. Presque fier.

Je dois le trouver, pensa-t-elle. Ou au moins déterminer s’il est en effet le tueur. Et le meilleur endroit pour commencer sera de parler à ceux qui le connaissaient au même niveau que moi. Je vais devoir parler à des gens avec qui il a travaillé – d’autres professeurs à Harvard.

Cela semblait être un plan fragile mais au moins c’était quelque chose. Bien sûr, Connelly ne voulait pas d’elle sur l’affaire, mais ce qu’il ignorait ne le blesserait pas.

Elle regarda son téléphone et vit qu’il était déjà d’une façon ou d’une autre minuit dix. Avec un gros soupir, elle rassembla les dossiers en une pile et les posa sur la table de chevet de Ramirez. Quand elle se déshabilla pour aller se coucher, elle le fit si lentement, se rappelant comment les choses s’étaient passées la dernière fois qu’elle avait été dans cette chambre, en train d’enlever ses vêtements.

Quand elle se glissa dans le lit, elle choisit de laisser la lumière allumée. Elle ne croyait pas aux activités paranormales, mais elle sentait…quelque chose. Pendant un bref instant, elle pensa qu’elle pouvait sentir Ramirez dans la pièce avec elle, passant vérifier si elle allait bien pendant qu’il naviguait quelque part entre la vie et la mort.

Et même si Avery savait que ce n’était pas possible, elle n’avait tout de même pas envie de faire face à l’obscurité.

Aussi la lumière resta-t-elle allumée, et elle parvint à s’endormir assez rapidement.




CHAPITRE SEPT


Sans aucun des moyens du commissariat, Avery devait compter sur les mêmes outils de base que tout le monde sur la planète. Alors, avec une tasse de café et quelques bagels rassis qu’elle avait trouvés dans le placard de Ramirez, elle ouvrit Google et se mit au travail. Grâce aux dossiers qu’elle avait amenés avec elle, elle connaissait déjà les noms de trois professeurs qui avaient étroitement collaboré avec Howard pendant son séjour à Harvard. L’un d’entre eux est décédé l’année précédente, ne laissant que deux sources potentielles. Elle tapa leurs noms dans Google, cliqua au fil des pages Sections et Personnel, et enregistra leurs numéros dans son téléphone.

Pendant qu’elle travaillait, Rose entra d’un pas tranquille la cuisine. Elle émit quelques reniflements exagérés en se dirigeant vers la cafetière.

« Du café. Bien. »

« Comment as-tu dormi ? », demanda Avery.

« Mal. Et mince…il est sept heures du matin et techniquement tu ne travailles pas. Alors qu’est-ce que tu fais debout ? »

Avery haussa les épaules. « Techniquement je ne travaille pas, je suppose. »

« Tu n’auras pas des ennuis avec ton patron ? »

« Pas s’il ne le découvre pas. En parlant de ça…je vais sortir un peu aujourd’hui. Je peux te déposer quelque part ? »

« Mon appartement », dit Rose. « Si je dois me terrer avec toi pour quelques jours encore, je voudrais quelques vêtements de rechange et une brosse à dents. »

Avery le considéra un instant. Elle savait que Sawyer et Dennison étaient toujours dehors, probablement bientôt remplacés par un autre duo. Ils travaillaient sans doute en services de douze heures. Ils la suivraient partout où elles allaient, s’assurant qu’elles restent en sécurité. Cela pourrait lui mettre des bâtons dans les roues. Mais elle avait déjà un plan dans un coin de son esprit.

« Eh, Rose, où ta voiture est-elle garée ? »

« À un pâté de maisons de ton appartement. »

Elle l’avait supposé. Sawyer et Dennison contacteraient automatiquement O’Malley ou Connelly si elle retournait à son appartement. Mais peut-être que si elle mélangeait les choses et se dirigeait vers ailleurs, ce serait plus facile.

« D’accord », dit Avery. « Nous retournerons à ton appartement. J’ai un appel à passer très rapidement et je verrai si Sawyer et Dennison peuvent nous conduire chez toi. »

« D’accord », dit Rose, visiblement sceptique à l’égard du plan – comme si elle savait qu’il y avait là quelque chose d’un peu sournois.

Avant d’appeler Sawyer et Dennison, pour leur demander de la conduire comme si elle obéissait aux ordres et restait en sécurité, elle appela une compagnie de taxi et demanda au chauffeur de la prendre à l’arrière de l’immeuble de Rose dans une demi-heure.



***



Cela avait été beaucoup trop facile. Et ce n’était pas que Sawyer et Dennison n’étaient pas de bons policiers. Ils n’envisageaient tout simplement pas qu’Avery veuille désobéir. Et à la manière dont elle considérait les choses, elle avait fait d’une pierre deux coups. En s’éclipsant par l’arrière de l’immeuble de Rose, elle avait quelques heures de liberté pour faire ce qu’elle voulait sans craindre ce que Connelly penserait, tandis que Rose était toujours sous surveillance policière. C’était gagnant-gagnant. Le fait qu’elle ait appelé pour leur demander de les conduire à l’appartement de Rose avait été la cerise sur le gâteau.

Le taxi la déposa sur le campus de Harvard peu après neuf heures. À l’arrière de la voiture, elle avait appelé les deux professeurs, Henry Osborne et Diana Carver. Osborne n’avait pas répondu, mais elle avait réussi à parler à Carver, qui avait pris un peu de temps à dix heures pour lui parler. Avec un peu plus de recherches sur le site internet de Harvard, elle avait réussi à obtenir l’emplacement du bureau d’Osborne et les heures de permanence. Elle pensa qu’elle allait essayer de le trouver dans l’heure avant de rencontrer Carver.

Alors qu’elle traversait le campus, vérifiant de temps à autre la carte sur son téléphone, elle prit quelques instants pour apprécier l’architecture. Parce que la plupart des gens de Boston étaient si habitués à ce que l’université soit parmi eux, ils oubliaient souvent l’histoire des lieux. Avery pouvait la voir dans la plupart des bâtiments, ainsi que dans l’atmosphère générale chargée d’histoire de l’endroit : les pelouses impeccables, les vieilles briques, le bois et les monuments,

Elle se concentra sur ces choses en arrivant au bâtiment des Études Philosophiques. Henry Osborne était un professeur à l’école de philosophie, spécialisé dans l’éthique appliquée et la philosophie du langage. Quand elle entra dans le bâtiment, quelques étudiants se pressaient ici et là, apparemment un peu en retard pour leur cours de neuf heures.

D’après l’emploi du temps d’Osborne, il n’avait pas de cours avant 9h45 et devrait être disponible dans son bureau jusque-là. Elle trouva son bureau à l’autre bout du deuxième hall où elle était entrée. La porte était entrouverte et, quand elle jeta un coup d’œil, elle vit un homme âgé assis à un bureau, penché sur une pile de papiers.

Elle frappa légèrement à la porte et fit un pas à l’intérieur. « Professeur Osborne ? »

Il leva les yeux avec un sourire incertain. Quand il se rendit compte que la femme qui se tenait dans l’embrasure de sa porte n’était probablement pas une étudiante, il se redressa et dit : « Oui ? Puis-je vous aider ? »

« J’ai essayé d’appeler plus tôt, mais il n’y a pas eu de réponse », expliqua Avery.

« Oui, je crois que j’étais avec un étudiant quand mon téléphone a sonné un peu plus tôt. Encore une fois…que puis-je faire pour vous aider ? »

Avery tendit la main dans la poche de son manteau et sortit son badge. « Je suis l’inspectrice Avery Black de la police de Boston. J’espérais que vous pourriez m’accorder quelques minutes pour parler de vos rencontres avec Howard Randall quand il était professeur ici. »




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