Raison de Courir 
Blake Pierce


Un Polar Avery Black #2
Un scénario dynamique qui vous saisit dès le premier chapitre et ne vous laisse plus partir. – Midwest Book Review, Diane Donovan (à propos de SANS LAISSER DE TRACES) Par l’auteur de polars n°1 Blake Pierce, un nouveau chef-d’œuvre de suspense psychologique. Dans RAISON DE TUER (Un Polar Avery Black – Tome 2), un nouveau tueur en série traque dans Boston, tuant ses victimes avec des manières étranges, narguant la police avec de mystérieux puzzles qui font référence aux étoiles. Alors que les enjeux sont augmentés et que la pression est là, le Département de Police de Boston est forcé d’appeler sa plus brillante – et la plus controversée – inspectrice de la criminelle : Avery Black. Avery, qui ne s’est pas encore remise de sa dernière affaire, se retrouve face à un autre commissariat de police rival et un tueur brillant, rusé, qui a toujours une avance sur elle. Elle est obligée de pénétrer dans son esprit ténébreux et tortueux tandis qu’il laisse des indices pour son prochain meurtre, et obligée de regarder dans des lieux de son propre esprit où elle préfèrerait ne pas aller. Elle se retrouve contrainte de chercher l’aide d’Howard Randall, le tueur en série tordu qu’elle a mis derrière les barreaux des années auparavant, tout cela pendant que sa nouvelle vie bourgeonnante avec Rose et Ramirez est en train de s’effondrer. Et juste alors que les choses ne peuvent empirer, elle découvre quelque chose d’autre : elle-même pourrait être la cible. Dans un jeu psychologique de chat et de la souris, une course frénétique contre la montre mène Avery à travers une série de retournements stupéfiants et inattendus – culminant dans un apogée que même Avery ne pourrait imaginer. Thriller psychologique ténébreux avec un suspens palpitant, RAISON DE COURIR est le tome 2 d’une nouvelle série captivante – avec un nouveau personnage adoré – qui vous laissera à tourner les pages jusque tard dans la nuit. Le tome 3 de la série Avery Black sera bientôt disponible. Un chef-d’œuvre de thriller et de roman policier. Pierce a fait un travail formidable en développant des personnages avec un côté psychologique, si bien décrits que nous nous sentons dans leurs esprits, suivons leurs peurs et applaudissons leur succès. L’intrigue est très intelligente et vous gardera occupés le long du livre. Plein de rebondissements, ce livre vous gardera éveillés jusqu’à avoir tourné la dernière page. Books and movie Review, Roberto Mattos (à propos de SANS LAISSER DE TRACES)







R A I S O N D E C O U R I R



(UN POLAR AVERY BLACK – TOME 2)



B L A K E P I E R C E


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série à succès mystère RILEY PAIGE, qui comprend six volumes (pour l’instant). Black Pierce est également l’auteur de la série mystère MACKENZIE WHITE, comprenant trois volumes (pour l’instant) ; de la série mystère AVERY BLACK, comprenant trois volumes (pour l’instant) ; et de la nouvelle série mystère KERI LOCKE.

Lecteur avide et admirateur de longue date des genres mystère et thriller, Blake aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) afin d’en apprendre davantage et rester en contact.



Copyright © 2016 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées par la Loi des États-Unis sur le droit d’auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base de données ou système de récupération, sans l’autorisation préalable de l’auteur. Ce livre électronique est réservé sous licence à votre seule jouissance personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d’autres personnes. Si vous voulez partager ce livre avec une tierce personne, veuillez en acheter un exemplaire supplémentaire par destinataire. Si vous lisez ce livre sans l’avoir acheté, ou s’il n’a pas été acheté pour votre seule utilisation personnelle, vous êtes priés de le renvoyer et d’acheter votre exemplaire personnel. Merci de respecter le travail difficile de l’auteur. Il s’agit d’une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les lieux, les évènements et les incidents sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés dans un but fictionnel. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, n’est que pure coïncidence.

Image de couverture : Copyright Miliko, utilisé en vertu d’une licence accordée par Shutterstock.com.


PAR BLAKE PIERCE



ENQUÊTE DE RILEY PAIGE

SANS LAISSER DE TRACES (TOME 1)

RÉACTION EN CHAÎNE (TOME 2)

LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (TOME 3)

LES PENDULES À L’HEURE (TOME 4)



MYSTÈRE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (TOME 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (TOME 2)



POLAR AVERY BLACK

RAISON DE TUER (TOME 1)

RAISON DE COURIR (TOME2)

RAISON DE SE CACHER (TOME 3)


TABLE DES MATIÈRES



PROLOGUE (#ua5b578c1-e9ec-5f94-a8d0-4ad95a29afc5)

CHAPITRE UN (#u8e8e2328-82fb-52e8-bdb1-ab5ebdd7503f)

CHAPITRE DEUX (#u537e9d89-b197-57d1-96a3-25011af65c2c)

CHAPITRE TROIS (#ufde3dc36-34e5-587e-b561-b67e37fd9b06)

CHAPITRE QUATRE (#uda38c5d4-0afe-523d-b842-0ea98d2bf997)

CHAPITRE CINQ (#ufbd737a0-4b50-5ae1-ad23-2b3aa8c7d2b1)

CHAPITRE SIX (#ue815c77c-46e9-50bf-8516-4e0ed1e52fb3)

CHAPITRE SEPT (#u56e74380-deff-5a62-85fc-e9f07d7d6db3)

CHAPITRE HUIT (#ud13d7ac6-d709-598e-9b5a-e7f72a43452c)

CHAPITRE NEUF (#u0cbf05cb-83c5-59a1-9563-461dec1432d0)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-SEPT (#litres_trial_promo)

ÉPILOGUE (#litres_trial_promo)




PROLOGUE


Il se tenait caché dans la pénombre d’une barrière de parking et regardait fixement l’immeuble en brique à trois étages de l’autre côté de la rue. Il imagina qu’il était l’heure de dîner pour certains, une heure à laquelle des familles se rassemblaient, riaient et partageaient les histoires de la journée.

Des histoires. Il persifla. Les histoires étaient pour les faibles.

Le sifflotement brisa son silence. Son sifflotement. Henrietta Venemeer sifflotait tout en marchant. Tellement joyeuse, pensa-t-il. Tellement oublieuse.

Sa colère augmenta à sa vue, une rage rouge et brûlante qui s’épanouissait dans tout son champ de vision. Il ferma les yeux et prit quelques inspirations pour la faire cesser. Les médicaments aidaient habituellement pour sa colère. Ils l’avaient calmé, avaient maintenu son esprit léger et insouciant, mais dernièrement, même ceux sur ordonnance avaient échoué. Il avait besoin de quelque chose de plus grand pour aider à équilibrer sa vie.

Quelque chose de cosmique.

Tu sais ce que tu dois faire, se rappela-t-il.

Elle était une femme menue et plus âgée, avec une masse de cheveux rouges et une attitude volontaire qui imprégnait chacun de ses mouvements : ses hanches se balançaient sur une chanson en son for intérieur et il y avait un rebond décelable dans ses pas. Elle portait un sac de provisions et se dirigeait directement vers l’édifice de briques dans une partie oubliée de l’Est de Boston.

Vas-y maintenant, ordonna-t-il.

Tandis qu’elle atteignait son bâtiment et cherchait ses clefs, il quitta son coin et traversa la rue d’un pas tranquille.

Elle ouvrit la porte et entra.

Avant que la porte ne se referme, il plaça un pied dans l’interstice. La caméra qui observait le vestibule avait été désactivée plus tôt, il avait appliqué un film de gel en spray transparent sur la lentille pour obscurcir toutes les images et cependant donner l’illusion que la caméra paraisse en état de marche. La seconde porte du vestibule avait était mise hors d’usage, sa serrure étant assez facile à casser.

Un sifflotement flottait encore sur ses lèvres tandis qu’elle disparaissait en montant une volée de marches. Il entra dans le bâtiment pour la suivre, sans se préoccuper des gens dans la rue ou d’autres caméras qui auraient pu regarder depuis d’autres immeubles. Tout avait été étudié plus tôt, et la planification de son attaque avait été alignée avec l’univers.

Le temps qu’elle atteigne le troisième étage pour déverrouiller sa porte, il était derrière elle. La porte s’ouvrit et alors qu’elle rentrait dans son appartement, il la saisit par le menton et maintint sa bouche fermée avec sa main, étouffant ses cris.

Ensuite, il rentra et ferma la porte derrière lui.




CHAPITRE UN


Avery Black conduisait une nouvelle voiture tape-à-l’œil, une Ford quatre porte noire de police en civil qu’elle avait achetée, hors du lot, et elle se sourit à elle-même. L’odeur dans la nouvelle voiture et la sensation du volant sous ses mains lui apportaient un sentiment de joie, de nouveau départ. La vieille BMW blanche qu’elle avait acquise étant avocate, qui lui avait constamment rappelé sa vie précédente, avait enfin disparu.

Yay, s’exclama-t-elle intérieurement, comme elle le faisait presque chaque fois qu’elle s’asseyait derrière le volant. Non seulement son nouveau véhicule avait des fenêtres teintées, des jantes noires, et des sièges en cuir, mais elle était entièrement équipée avec étui pour fusil à pompe, ordinateur sur le tableau de bord, et gyrophares sur la calandre, les fenêtres et les rétroviseurs. Mieux encore, quand les lumières bleues et rouges étaient éteintes, il ressemblait à n’importe quel autre sur la route.

De quoi attiser partout la convoitise des policiers, pensa-t-elle.

Elle était passée prendre son équipier, Dan Ramirez, à huit heures pile. Comme toujours, il avait l’air d’être un modèle de perfection : cheveux noirs coiffés en arrière, peau hâlée, yeux sombres, vêtu des habits de la meilleure qualité. Une chemise jaune canari se trouvait sous une veste carmin. Il portait un pantalon pourpre, une ceinture marron clair, et des chaussures de la même couleur.

« Nous devrions vraiment faire quelque chose ce soir », dit-il. « Dernière nuit de service. C’est peut-être un mercredi, mais on a l’impression d’être un vendredi. »

Il offrit un sourire chaleureux.

En retour, Avery battit de ses yeux d’un bleu de glace, lui lança un sourire rapide et tendre, mais ensuite ses traits devinrent indéchiffrables. Elle se concentrera sur la route et en son for intérieur se demanda ce qu’elle allait faire concernant sa relation avec Dan Ramirez.

Le terme de “relation” n’était même pas exact.

Depuis qu’elle avait fait tomber Edwin Peet, un des plus étranges tueurs en série dans l’histoire récente de Boston, son équipier avait fait savoir ses sentiments, et Avery lui avait, en retour, fait savoir qu’elle pourrait être intéressée aussi. La situation n’était pas allée bien plus loin. Ils avaient dîné ensemble, partagé des regards amoureux, s’étaient tenu la main.

Et Avery était inquiète à propos de Ramirez. Oui, il était beau et respectueux. Il lui avait sauvé la vie après le fiasco Edwin Peet et était resté à ses côtés pratiquement tout le temps durant son rétablissement. Cependant, il était toujours son équipier. Ils étaient ensemble cinq jours par semaine de plus, de huit heures du matin à six ou sept heures du soir, voire plus tard selon l’affaire. Et Avery n’avait pas été engagée dans une relation depuis des années. La seule fois où ils s’étaient embrassés, elle avait eu l’impression d’embrasser son ex-mari, Jack, et elle s’était immédiatement éloignée.

Elle vérifia l’horloge du tableau de bord.

Cela ne faisait pas cinq minutes qu’il était dans la voiture, et Ramirez parlait déjà du dîner. Tu dois lui parler à propos de ça, réalisa-t-elle. Pouah.

Tandis qu’ils se dirigeaient vers le bureau, Avery écoutait la fréquence de la police, comme elle le faisait tous les matins. Ramirez mit soudain en route une station de jazz, et ils passèrent quelques quartiers en écoutant un jazz léger mélangé à un opérateur de police détaillant diverses activités autour de Boston.

« Sérieusement ? », Demanda Avery.

« Quoi ? »

« Comment suis-je censée profiter de la musique et écouter les appels ? Ça porte à confusion. Pourquoi faut-il que nous écoutions les deux en même temps ? »

« Très bien, d’accord », dit-il avec une déception feinte, « il vaudrait mieux que je puisse écouter ma musique à un moment donné aujourd’hui. Ça me fait me sentir calme et tranquille, tu sais ? »

Non, pensa Avery, je ne le sais pas.

Elle détestait le jazz.

Heureusement, un appel arriva sur la radio et la sauva.

« Nous avons un dix-seize, dix-trente-deux en cours sur la East Fourth Street à l’extérieur de Broadway », dit une voix féminine éraillée. « Aucun coup de feu n’a été tiré. Des voitures à proximité ? »

« Violence domestique », dit Ramirez, « le gars a une arme. »

« Nous sommes proches », répondit Avery.

« Prenons-le.»

Elle fit faire demi-tour à la voiture, alluma les gyrophares, et décrocha son émetteur.

« Ici l’inspectrice Black »,dit-elle et elle donna son numéro d’insigne. « Nous sommes à approximativement trois minutes. Nous prendrons l’appel. »

« Merci, inspectrice Black », répondit la femme avant de donner l’adresse le numéro d’appartement, et des précisions sur le contexte.

Un des nombreux aspects qu’Avery adorait à propos de Boston était les maisons, de petites demeures, la plupart à deux ou trois étages avec une structure uniforme qui donnait à la plus grande partie de la ville un aspect communautaire. Elle prit à gauche sur Fourth Street et maintint sa vitesse vers leur destination.

« Ça ne veut pas dire que nous soyons tirés d’affaire pour la paperasse », insista-t-elle.

« Nan, bien sûr que non », dit Ramirez en haussant les épaules.

Le ton de sa voix, toutefois, couplée avec son attitude et les piles ingérables sur son propre bureau, firent se demander à Avery si faire un tour tôt le matin avait été la meilleure décision.

Peu de travail d’investigation était nécessaire pour découvrir la maison en question. Une voiture de patrouille ainsi qu’une petite foule de personnes qui étaient tous cachées derrière quelque chose, encerclaient une maison au stuc bleu avec des volets de la même couleur et un toit noir.

Un homme latino se tenait devant la pelouse en boxer et débardeur. D’une main, il tenait les cheveux d’une femme qui était à genoux et pleurait. De l’autre, il agitait simultanément un pistolet vers la foule, la police, et la femme.

« Rentrez chez vous, putain », hurla-t-il. « Vous tous. Je vous vois là-bas. » Il pointa son arme vers une voiture garée. « Bordel, éloignez-vous de cette voiture ! Arrête de pleurer ! », hurla-t-il à la femme. « Tu n’arrêtes pas de pleurer. Je vais te faire exploser la tête juste pour m’avoir fait chier. »

Deux officiers se tenaient des deux côtés de la pelouse. L’un avait dégainé son arme. L’autre avait une main à sa ceinture et une paume levée.

« Monsieur, s’il vous plaît lâchez votre arme. »

L’homme visa le policier avec le pistolet.

« Quoi ? Vous voulez y aller ? », dit-il. « Alors tirez-moi dessus ! Tirez-moi une balle, enfoirés, et voyez ce qu’il se passe. Merde, je m’en fous. Nous allons tous les deux mourir. »

« Ne tire pas, Stan ! », cria l’autre officier. « Tout le monde reste calme. Personne ne va se faire tuer aujourd’hui. S’il vous plaît, monsieur, juste— »

« Putain, arrêtez de me parler ! », brailla l’homme. « Laissez-moi juste tranquille. C’est ma maison. C’est ma femme. Espèce de connasse infidèle », frémit-il et il enfonça le canon de son arme dans sa joue. « Je devrais nettoyer cette sale putain de bouche. »

Avery éteignit sa sirène et s’approcha furtivement du bord du trottoir.

« Un autre enfoiré de policier ?! », bouillonna l’homme. « Vous autres êtes comme des cafards. Très bien, », dit-il d’une manière calme et déterminée. « Quelqu’un va mourir aujourd’hui. Vous ne me ramènerez pas en prison. Donc vous pouvez soit rentrer chez vous, ou quelqu’un va mourir. »

« Personne ne va mourir », dit le premier policier, « s’il vous plaît. Stan ! Baisse ton arme ! »

« Hors de question », s’exclama son équipier.

« Bon sang Stan ! »

« Reste ici », dit Avery à Ramirez.

« C’est ça ! », déclara-t-il. « Je suis ton équipier, Avery. »

« Très bien alors, mais écoute bien », dit-elle. « Tout ce dont nous avons besoin, c’est de deux policiers supplémentaires transformant ça en un bain de sang. Reste calme et suis mon exemple. »

« Quel exemple ? »

« Suis-moi juste. »

Avery bondit hors de la voiture.

« Monsieur », ordonna-t-elle à l’agent crispé, « baissez votre arme. »

« Bordel, vous êtes qui ? », dit-il.

« Ouais, vous êtes qui merde ? », demanda l’agresseur latino.

« Vous deux, éloignez-vous de la zone », dit Avery aux deux officiers. « Je suis l’inspectrice Avery Black du A1. Je vais me charger de ça. Toi aussi », cria-t-elle à Ramirez.

«Tu m’as dit de suivre ton exemple ! », hurla-t-il.

« C’est mon ordre. Retourne dans la voiture. Tout le monde s’éloigne de ces lieux. »

Le policier tendu cracha et secoua la tête.

« Putain de bureaucratie », dit-il. « Quoi ? Juste parce que vous êtes dans quelques journaux vous pensez que vous êtes des supers policiers ou quelque chose comme ça ? Eh bien, vous savez quoi ? J’adorerais voir comment vous allez gérer ça, super policière. » Avec les yeux sur le coupable, il leva son arme et marcha à reculons jusqu’à être dissimulé derrière un arbre. « Prenez-le. » Son équipier en fit autant.

Une fois que Ramirez fut retourné dans la voiture et que les autres officiers furent en toute sécurité hors de portée, Avery s’avança.

L’homme latino sourit.

« Regardez ça », dit-il et il pointa son arme. « Vous êtes la policière des tueurs en série, n’est-ce pas ? Bien joué, Black. Ce gars était dingue. Vous l’avez bien eu. Eh ! », hurla-t-il à la femme à genoux. « Arrête de te tortiller. Tu ne vois pas que j’essaye d’avoir une conversation ? »

« Qu’a-t-elle fait ? », demanda Avery.

« Cette salope a couché avec mon meilleur ami. Voilà ce qu’elle a fait. N’est-ce pas, garce ? »

« Mince », dit Avery. « C’est dur. Elle a déjà fait quelque chose comme ça avant ? »

« Ouais », admit-il ? « Je pense qu’elle a déjà trompé son dernier mec avec moi, mais merde, j’ai épousé cette salope ! Ça doit compter pour quelque chose, non ? »

« Sans aucun doute », convint Avery.

Il avait une carrure menue, avec un visage étroit et des dents manquantes. Il jeta un regard à l’assistance grandissante, puis leva les yeux vers Avery comme un enfant coupable et murmura :

« Ça ne s’annonce pas bien, n’est-ce pas ? »

« Non », répondit Avery. « C’est pas bon. La prochaine fois, vous pourriez vouloir gérer ça dans l’intimité de votre propre maison. Et calmement », dit-elle doucement et elle se rapprocha.

« Pourquoi vous vous rapprochez autant ? », demanda-t-il avec un sourcil froncé.

Avery haussa les épaules.

« C’est mon boulot », dit-elle comme s’il s’agissait d’une corvée déplaisante. « La manière dont je le vois ? Vous avez deux choix. Un : vous en finissez calmement. Vous avez déjà foiré. Trop bruyant, trop public, trop de témoins. Le pire des scénarios ? Elle engage des poursuites et vous devrez prendre un avocat. »

« Elle ne va pas déposer une putain de plainte », dit-il.

« Je ne le ferais pas, bébé. Je ne le ferais pas ! », jura-t-elle.

« Si elle n’engage pas de poursuites, alors vous faites face à agression aggravée, résistance à une arrestation, et quelques autres infractions mineures. »

« Est-ce que je devrais purger une peine ? »

« Avez-vous déjà été arrêté avant ? »

« Ouais », admit-il. « Un séjour de cinq ans pour tentative de meurtre. »

« Comment vous appelez-vous ? »

« Fernando Rodriguez. »

« Vous êtes toujours en sursis, Fernando ? »

« Nan, ma conditionnelle s’est terminée il y a deux semaines. »

« Ok. » Elle réfléchit pendant un moment. « Alors vous devrez sûrement être derrière les barreaux jusqu’à ce que cela soit réglé. Peut-être un mois ou deux ? »

« Un mois ?! »

« Ou deux », répéta-t-elle. « Allez. Soyons honnêtes. Après cinq ans ? Ce n’est rien. La prochaine fois ? Gardez ça privé. »

Elle était juste devant lui, assez proche pour le désarmer et libérer la victime, mais il était déjà en train de se calmer. Avery avait vu des personnes comme lui avant quand elle avait à faire avec quelques-uns des gangs de Boston, des hommes qui avaient été battus pendant si longtemps que la plus légère infraction pouvait leur faire perdre leur sang-froid. Mais en fin de compte, quand on leur donnait une chance de se détendre et d’examiner leur situation, leur histoire s’avérait être toujours la même : ils voulaient seulement être réconfortés, aidés, et qu’on leur donne le sentiment qu’ils n’étaient pas seuls au monde.

« Vous étiez une avocate, correct ? », dit l’homme.

« Ouais », dit-elle en haussant les épaules. « Mais j’ai commis une erreur stupide et ma vie est devenue de la merde. Ne soyez pas comme moi », l’avertit-elle. « Finissons ça maintenant. »

« Et pour elle ? » Il désigna sa femme.

« Pourquoi voudriez-vous être avec quelqu’un comme elle ? », demanda Avery.

« Je l’aime. »

Avery se mordilla une lèvre et le défia d’un regard.

« Cela ressemble-t-il à de l’amour ? »

La question parut sincèrement le troubler. Avec un sourcil froncé, il jeta des coups d’œil d’Avery à sa femme, puis de nouveau vers Avery.

« Non », dit-il, et il baissa son arme. « Ce n’est pas une manière d’aimer. »

« Je vais vous dire », dit Avery. « Donnez-moi ce pistolet et laissez ces gars vous emmener calmement, et je vous promettrais quelque chose. »

« Quelle promesse ? »

« Je vous jure que je viendrais vous voir et que je m’assurerais que vous soyez traité correctement. Vous ne me semblez pas être un mauvais gars, Fernando Rodriguez. Vous avez juste l’air d’avoir eu une vie dure. »

« Vous n’en connaissez pas la moitié », dit-il.

« Non », admit-elle. « En effet. »

Elle tendit une main.

Il relâcha l’otage et lui remit l’arme. Instantanément, sa femme traversa précipitamment la pelouse et courut se mettre en sécurité. Le policier agressif qui avait été prêt à faire feu s’avança avec un air menaçant de jalousie voilée.

« Je vais m’en charger à partir de là », dit-il avec mépris.

Avery l’affronta.

« Faites-moi une faveur », murmura-t-elle. « Arrêtez de vous comporter comme si vous étiez mieux que les personnes que vous arrêtez et traitez-le comme un être humain. Ça pourrait aider. »

Le policier rougit de colère, parut prêt à forcer le passage et à détruire l’atmosphère tranquille qu’Avery avait créée. Heureusement, le second officier atteignit l’homme latino en premier et le traita avec attention. « Je vais vous menotter maintenant », dit-il doucement. « Ne vous inquiétez pas. Je m’assurerais que vous soyez traité correctement. Je dois vous lire vos droits, d’accord ? Est-ce que c’est ok ? Vous avez le droit de garder le silence… »

Avery recula.

L’agresseur leva les yeux. Tous deux se regardèrent pendant un instant. Il offrit un hochement de tête en remerciement, et Avery répondit avec un signe de la tête. « Je pensais ce que j’ai dit », répéta-t-elle avant de se tourner pour partir.

Ramirez arborait un grand sourire sur le visage.

« Merde, Avery. C’était chaud. »

Le flirt perturba Avery.

« Ça me rend malade quand les policiers traitent les suspects comme des animaux », dit-elle, et elle se retourna pour observer l’arrestation. « Je parie que la moitié des fusillades de Boston pourraient être évitées avec un peu de respect. »

« Peut-être si c’était une commissaire comme toi aux commandes », plaisanta-t-il.

« Peut-être », répondit-elle, et elle pensa sérieusement aux implications.

Son talkie-walkie sonna.

La voix du capitaine O’Malley se fit entendre par-dessus les parasites.

« Black », dit-il. « Black, où êtes-vous ? »

Elle décrocha.

« Je suis ici, cap’. »

« Gardez votre téléphone allumé à partir de maintenant », dit-il. « Combien de fois faudra-t-il que je vous le dise ? Et venez à la Marina du port de Boston, après Marginal Street dans l’Est Boston. Nous avons un problème ici. »

Avery fronça les sourcils.

« East Boston n’est-il pas le territoire des A7 ? », demanda-t-elle.

« Oubliez ça », dit-il. « Laissez tomber ce que vous faisiez et allez là-bas aussi vite que possible. Nous avons un meurtre. »




CHAPITRE DEUX


Avery atteignit le Port & Chantier Naval de Boston par le tunnel Callahan, qui reliait le North End à l’Est Boston. La marina se trouvait après Marginal Street, juste le long de l’eau.

Le lieu grouillait de policiers.

« Bon sang », dit Ramirez. « Qu’est-ce qui s’est passé ici ? »

Avery entra lentement dans la marina. Des voitures de police étaient garées dans un schéma désorganisé, ainsi qu’une ambulance. Une foule de personnes qui voulaient utiliser leur bateau en ce matin ensoleillé flânait autour, se demandant ce qu’ils étaient censés faire.

Elle se gara puis tous deux sortirent et montrèrent leurs insignes.

Au-delà de la porte et des bâtiments principaux se trouvait un grand dock. Deux jetées partaient du dock en formant un ‘V’. La majorité des forces de police s’était regroupée autour de l’extrémité étroite d’un des docks.

Au loin se tenait le capitaine O’Malley, vêtu d’un costume et d’une cravate noirs. Il était en grande conversation avec un autre homme entièrement en uniforme de police. D’après les deux bandes sur son torse, Avery supposa que l’autre homme était le capitaine du A7, qui gérait tout l’Est Boston.

« Regarde ce personnage », dit Ramirez en pointant du doigt l’homme en uniforme. « Il revient juste d’une cérémonie ou quoi ? »

Les officiers du A7 leur lancèrent des regards durs.

« Qu’est-ce que le A1 fait ici ? »

« Retournez au Nord », cria un autre.

Le vent fouettait le visage d’Avery pendant qu’elle descendait la jetée. L’air était salé et parfumé. Elle resserra sa veste autour de sa taille pour qu’elle ne s’ouvre pas. Ramirez avait du mal avec les rafales intenses, qui ne cessaient de mettre en désordre ses cheveux parfaitement peignés.

Des docks partaient à angle droit de la jetée, et chacun était rempli d’embarcations. Des bateaux étaient aussi alignés de l’autre côté de la jetée : certains à moteur, des voiliers coûteux, et des yachts immenses.

Un dock séparé formait un ‘T’ avec la fin de la jetée. Un seul yacht de taille moyenne était ancré en son milieu. O’Malley, les autres capitaines et deux officiers parlaient pendant qu’une équipe de la scientifique passait le bateau au peigne fin et prenait des photos.

O’Malley arborait le même air bourru que d’ordinaire : des cheveux noirs teintés coupés courts, et un visage qui donnait l’impression que peut-être il avait été un boxeur dans une autre vie ; chiffonné et ridé. Ses yeux étaient plissés à cause du vent et il paraissait contrarié.

« Elle est là maintenant », dit-il. « Donnez-lui une chance. »

L’autre capitaine avait un aspect majestueux et imposant : cheveux grisonnants, visage mince, et un regard impérieux sous des sourcils froncés. Il était bien plus grand qu’O’Malley et paraissait légèrement confus que lui, ou n’importe qui d’extérieur à son équipe, puisse empiéter sur son territoire.

Avery fit un signe de la tête à l’assemblée.

« Quoi de neuf, capitaine ? »

« C’est une fête ou quoi ? », dit Ramirez en souriant.

« Effacez ce sourire de votre visage », cracha le capitaine imposant. « C’est une scène de crime, jeune homme, et je m’attends à ce que vous la traitiez en tant que telle. »

« Avery, Ramirez, voici le capitaine Holt du A7. Il a été assez courtois pour— »

« Courtois mon cul ! », dit-il sèchement. « Je ne sais pas quel genre de cirque le maire est en train d’organiser, mais s’il pense qu’il peut simplement passer par-dessus ma division, il se fait des illusions. Je vous respecte, O’Malley. Nous nous connaissons depuis longtemps, mais ceci est sans précédent et vous le savez. Comment vous sentiriez-vous si je traversais le A1 et commençais à aboyer des ordres ? »

« Personne ne prend le dessus sur quoi que ce soit », dit O’Malley. « Vous pensez que j’aime ça ? Nous avons assez de travail de notre côté. Le maire nous a appelés tous les deux, n’est-ce pas ? J’avais une journée très différente de prévue, Will, donc n’agissez pas comme si c’était moi en train de tenter un coup de force. »

Avery et Ramirez échangèrent un regard.

« Quelle est la situation », demanda Avery.

« Un appel a été reçu ce matin », dit Holt, et il fit un geste vers le yacht. « Une femme retrouvée morte sur ce bateau. Elle a été identifiée comme étant une libraire locale. Elle possède une petite librairie sur Summer Street et ce depuis les quinze dernières années. Pas de casier sur elle. En apparence rien de suspect la concernant. »

« Excepté le fait qu’elle a été assassinée », poursuivit O’Malley. « Le capitaine Holt ici prenait le petit-déjeuner avec le maire quand l’appel nous est parvenu. Le maire a décidé qu’il voulait descendre et voir par lui-même. »

« La première chose qu’il a dit a été ‘Pourquoi ne mettons-nous pas Avery Black sur cette affaire’ », conclut Holt avec un regard assassin vers Avery.

O’Malley essaya de détendre la situation.

« Ce n’est pas ce que vous m’avez dit, Will. Vous avez dit que vos hommes sont venus, ils n’ont pas compris ce qu’ils voyaient, donc le maire a suggéré que vous demandiez à quelqu’un qui avait un peu d’expérience pour ce genre de choses. »

« D’une façon ou d’une autre », grogna Holt, et il leva pompeusement le menton.

« Allez jeter un coup d’œil », dit O’Malley, et il désigna le yacht. « Voyez ce que vous pouvez trouver. Si elle revient les mains vides », ajouta-t-il à l’adresse de Holt, « nous partirons. Cela vous semble-t-il honnête ? »

Holt partit d’un pas lourd vers ses deux autres inspecteurs.

« Ces deux sont de sa brigade criminelle », indiqua O’Malley. « Ne les regardez pas. Ne leur parlez pas. Ne froissez personne. Il s’agit d’une situation politique très délicate. Gardez juste votre clapet fermé et dites-moi ce que vous voyez. »

Ramirez se retrouva pratiquement en extase tandis qu’ils marchaient jusqu’au grand yacht.

« C’est une belle merveille », dit-il. « Ça ressemble à un Sea Ray 58 Sedan Bridge. Double pont. Vous fournit de l’ombre jusqu’en haut, la climatisation à l’intérieur. »

Avery fut impressionnée.

« Comment sais-tu tout ça ? », demanda-t-elle.

« J’aime pécher. » Il haussa les épaules. « Je n’ai jamais péché avec quoi que ce soit de tel avant, mais un homme peut rêver non ? Je devrais te faire sortir sur mon bateau un jour. »

Avery n’avait jamais vraiment profité de la mer. Les plages, parfois ; des lacs, absolument, mais des voiliers et des embarcations à moteur loin sur l’océan ? Crise de panique. Elle était née et avait été élevée dans un pays plat, et la pensée d’être dehors dans les déferlantes, à danser sur l’eau, sans aucune idée de ce qui pourrait se tapir juste sous les vagues, faisait s’égarer son esprit dans des endroits sombres.

Quand Avery et Ramirez les dépassèrent et s’apprêtèrent à embarquer sur le bateau, Holt et ses deux inspecteurs les ignorèrent. Un photographe à la proue prit un dernier cliché et fit un geste vers Holt. Il marcha le long du plat-bord à tribord et remua les sourcils en direction d’Avery. « Vous ne regarderez plus jamais un yacht de la même manière », plaisanta-t-il.

Une échelle argentée menait sur le côté du navire. Avery grimpa, posa les paumes sur la fenêtre noire, et se dandina vers l’avant.

Une femme d’âge mûr, l’air plein de bonté, avec une chevelure rousse ébouriffée, avait été positionnée à l’avant du bateau, juste devant les veilleuses de la proue. Elle gisait recroquevillé sur le côté, face à l’est, avec les mains agrippées à ses genoux et la tête baissée. Si elle avait été assise droite elle aurait pu paraître endormie. Elle était complètement nue, et la seule blessure visible était la ligne sombre autour de sa nuque. Il l’a brisée net, pensa Avery.

Ce qui rendait la victime singulière, au-delà de la nudité et de l’exhibition publique de sa mort, était l’ombre qu’elle projetait. Le soleil était haut à l’est. Son corps était légèrement orienté vers le haut, et il produisait une image en miroir de sa forme recroquevillée dans une longue ombre déformée.

« Pincez-moi », murmura Ramirez.

Comme Avery le faisait quand elle nettoyait des surfaces dans sa maison, elle se baissa et jeta un coup d’œil à la proue de l’embarcation. L’ombre était soit une coïncidence soit un signe chargé de sens exécuté par le tueur, et s’il en avait laissé un, il était possible qu’il en ait laissé un autre. Elle se déplaça d’un côté du navire vers l’autre.

Dans la lumière éblouissante du soleil, sur une surface blanche à la proue du navire, juste au-dessus de la tête de la femme, entre son corps et son ombre, Avery remarqua une étoile. Quelqu’un avait utilisé son doigt pour dessiner une étoile, soit dans un crachat ou dans de l’eau de mer.

Ramirez appela O’Malley en contrebas.

« Qu’a dit la scientifique ? »

« Ils ont trouvé quelques poils sur le corps. Pourraient provenir d’un tapis. L’autre équipe est encore à l’appartement. »

« Quel appartement ? »

« L’appartement de la femme », s’écria O’Malley. « Nous pensons qu’elle a été enlevée là-bas. Aucune empreinte nulle part. Le gars portait peut-être des gants. Comment l’a-t-il transférée ici, jusqu’à un dock très visible, sans que personne ne le voie, nous l’ignorons. Il y a aussi obscurci certaines des caméras de la marina. Ça a dû être fait juste avant le meurtre. Elle a peut-être été tuée la nuit dernière. Le corps ne semble pas avoir subi d’agression sexuelle, mais le légiste doit donner ses dernières conclusions. »

Holt pouffa sans raison.

« C’est une perte de notre temps », dit-il sèchement à O’Malley. « Que peut potentiellement fournir cette femme que mes hommes n’ont pas déjà découvert ? Je me fiche de sa dernière affaire ou de sa personnalité publique. Pour autant que cela me concerne, elle est seulement une avocate finie qui a eu de la chance sur sa première grosse affaire, parce qu’un tueur en série, qu’elle a défendu au tribunal, l’a aidée ! »

Avery se redressa, s’appuya sur le bastingage, et observa Holt, O’Malley, et les deux autres inspecteurs sur le quai. Le vent agitait sa veste et son pantalon.

« Avez-vous l’étoile ? » demanda-t-elle.

« Quelle étoile ? » s’exclama Holt.

« Son corps est orienté sur le côté et vers le haut. Dans la lumière du soleil, cela crée une image fantôme de sa silhouette. Très distincte. Ça ressemble presque à deux personnes, dos à dos. Entre son corps et cette ombre, quelqu’un a dessiné une étoile. Ça pourrait être une coïncidence, mais sa disposition est parfaite. Peut-être pouvons-nous avoir de la chance si le tueur l’a dessinée dans un crachat. »

Holt consulta un de ses hommes.

« Avez-vous vu une étoile ? »

« Non monsieur », répondit un inspecteur mince et blond aux yeux marron.

« La scientifique ? »

L’inspecteur secoua la tête.

« Ridicule », marmonna Holt. « Une étoile dessinée ? Un enfant aurait pu avoir fait ça. Un ombre ? Les ombres sont créées par la lumière. Mais rien de spécial à propos de cela, inspectrice Black. »

« Qui possède le yacht ? », demanda Avery.

« Une impasse. » O’Malley haussa les épaules. « Le promoteur immobilier Bigshot. Il est en voyage au Brésil pour affaires. Parti depuis le mois dernier. »

« Si le bateau a été nettoyé au cours du mois dernier », dit Avery, « alors l’étoile a été mise la par le tueur, et puisqu’elle est parfaitement disposée entre le corps et son ombre, elle doit signifier quelque chose. Je ne suis pas certaine de quoi, mais quelque chose. »

O’Malley jeta un coup d’œil rapide vers Holt.

Holt soupira.

« Simms », nota-t-il à l’officier blond, « faites revenir la scientifique ici. Voyez à propos de cette étoile, et de l’ombre. Je vous appellerai quand nous aurons terminé. »

Piteusement, Holt lança un regard vers Avery, puis finalement, il secoua la tête.

« Laissez-la voir l’appartement. »




CHAPITRE TROIS


Avery marchait lentement le long du hall de l’immeuble, flanquée par Ramirez, le cœur battant d’impatience comme toujours quand elle pénétrait sur une scène de crime. À cet instant, elle aurait souhaité être n’importe où hormis là.

Elle reprit ses esprits. Elle renfila son masque et se força à observer chaque détail, même infime.

La porte de l’appartement de la victime était ouverte. Un officier posté à l’extérieur s’écarta et permit à Avery et aux autres de passer sous le ruban de la scène du crime et d’entrer.

Un couloir étroit menait à un salon. Une cuisine en était séparée. Rien ne semblait sortir de l’ordinaire nulle part ; il s’agissait juste du très bel appartement de quelqu’un. Les murs étaient peints en gris clair. Il y avait des étagères partout. Des piles de livres étaient entassées par terre. Des plantes étaient suspendues à la fenêtre. Un canapé faisait face à une télévision. Dans la seule chambre, le lit était fait et surmonté d’une couverture blanche en dentelle.

La seule perturbation manifeste dans l’appartement était le salon, où le tapis central manquait clairement. Un contour poussiéreux, ainsi qu’un espace plus sombre, avaient été marqués avec plusieurs étiquettes de police jaune.

« Qu’a trouvé la scientifique ici ? », demanda Avery.

« Rien », dit O’Malley. « Aucune empreinte. Aucun cliché des caméras. Nous sommes dans le noir pour le moment. »

« Quelque chose d’emporté dans l’appartement ? »

« Pas que l’on sache. Le bocal de monnaie est plein. Ses habits étaient soigneusement placés dans son panier à linge sale. L’argent et ses papiers étaient encore dans les poches. »

Avery prit son temps dans l’appartement.

Comme elle en avait l’habitude, elle se déplaçait par petits secteurs et observait chacun d’eux avec minutie – les murs, les sols et le parquet de bois, toutes les babioles sur les étagères. Une photographie de la victime avec deux amies se démarquait. Elle prit mentalement note d’apprendre leur nom et de contacter chacune d’elles. Les étagères de livres et les piles furent examinées. Il y avait des tas de romans à l’eau de rose. Le reste concernait majoritairement des sujets spirituels : développement personnel, religion.

Religion, pensa Avery.

La victime avait une étoile au-dessus de la tête.

L’étoile de David ?

Ayant observé le cadavre sur le bateau et l’appartement, Avery commença à former une image du tueur dans son esprit. Il aurait attaqué depuis le hall. La mort avait été rapide et il n’avait laissé aucune trace, n’avait commis aucune erreur. Les vêtements de la victime et ses effets personnels avaient été laissés derrière dans un endroit soigné, de manière à ne pas déranger l’appartement. Seul le tapis avait été déplacé, c’était poussiéreux dans cette zone et autour des bords. Quelque chose dans cela avait mené à la colère dans l’esprit du tueur. S’il était si méticuleux à tous les autres égards, s’interrogea Avery, pourquoi ne pas nettoyer la poussière des bords du tapis ? Pourquoi même prendre le tapis ? Pourquoi ne pas laisser tout en parfait état ? Elle y réfléchit : il lui avait brisé la nuque, l’avait déshabillée, rangé ses habits et laissé tout en ordre, mais ensuite il l’avait roulée dans un tapis et l’avait emportée comme un sauvage.

Elle se dirigea vers la fenêtre, baissa les yeux et regarda fixement la rue. Il y avait quelques endroits où quelqu’un aurait pu se cacher et observer l’appartement sans être remarqué. Un en particulier l’interpela : une allée étroite et sombre derrière une barrière. Étais-tu là ? se demande-t-elle. En train d’observer ? D’attendre le bon moment ?

« Eh bien ? », demanda O’Malley. « Que pensez-vous ? »

« Nous avons un tueur en série sur les bras. »




CHAPITRE QUATRE


« Le tueur est de sexe masculin, et fort », poursuit Avery. « Il a manifestement terrassé la victime et a dû la porter jusqu’au quai. Ça ressemble à une vengeance personnelle. »

« Comment savez-vous cela ? », demanda Holt.

« Pourquoi se donner tant de peine pour une victime aléatoire ? Rien ne semble avoir été volé donc ce n’est pas ce cambriolage. Il a été minutieux pour tout hormis ce tapis. Si vous passez autant de temps à planifier un meurtre, à dévêtir la victime et à mettre ses habits dans un panier à linge sale, pourquoi prendre un de ses objets ? Cela ressemble un geste prémédité. Il voulait prendre quelque chose. Peut-être pour montrer qu’il était puissant ? Qu’il le pouvait ? Je l’ignore. Et la laisser sur un bateau ? Nue et à la vue de tous dans le port ? Ce gars veut être vu. Il veut que tout le monde sache qu’il a exécuté cette mise à mort. Il se peut que vous ayez un autre tueur en série sur les bras. Quelle que soit la décision que vous allez prendre concernant qui gère cette affaire », et elle jeta un coup d’œil à O’Malley, « vous pourriez vouloir le faire rapidement. »

O’Malley se tourna vers Holt.

« Will ? »

« Vous connaissez mon sentiment à propos de cela », dit Holt avec mépris.

« Mais vous suivrez la décision ? »

« C’est une erreur. »

« Mais ? »

« Quel que soit ce que veut le maire. »

O’Malley se tourna vers Avery.

« Êtes-vous partante pour ça ? », demanda-t-il. « Soyez honnête avec moi. Vous venez juste d’en terminer avec un tueur en série très médiatisé. La presse vous a continuellement crucifiée. De nouveau, tous les yeux seront braqués sur, mais cette fois, le maire y prête une attention particulière. Il vous a spécifiquement demandé. »

Le cœur d’Avery accéléra. Faire une différence en tant qu’officier de police était ce qu’elle adorait véritablement dans son travail, mais attraper des tueurs en série et venger les morts était ce dont elle avait vraiment besoin.

« Nous avons beaucoup d’affaires en cours », dit-elle. « Et un procès. »

« Je peux donner tout à Thompson et Jones. Vous pouvez superviser leur travail. Si vous prenez ça charge en, c’est la priorité numéro un. »

Avery se tourna vers Ramirez.

« Tu en es ? »

« J’en suis. » Il hocha de la tête avec sérieux.

« Nous le ferons », dit-elle.

« Bien. » O’Malley soupira. « Vous êtes sur l’affaire. Le capitaine Holt et ses hommes s’occuperont du corps et de l’appartement. Vous aurez un accès complet aux dossiers et leur complète coopération au cours de cette enquête. Will, à qui devaient-ils s’adresser s’ils ont besoin d’informations ? »

« L’inspecteur Simms », dit-il.

« Simms est l’inspecteur en charge que vous avez vu ce matin », relaya O’Malley, « cheveux blonds, yeux foncés, coriace. Le A7 se charge de tout le bateau et l’appartement. Simms vous contactera directement pour toute piste de ce côté-là. Peut-être devriez-vous parler avec la famille pour le moment. Voyez ce que vous pouvez découvrir. Si vous avez raison, et que ceci est personnel, il est possible qu’ils soient impliqués ou aient des informations qui puissent aider. »

« Nous sommes dessus », dit Avery.



*



Un appel rapide à l’inspecteur Simms et Avery apprit que les parents de la victime vivaient juste un peu plus au nord, à l’extérieur de Boston dans la ville de Chelsea.

Annoncer la nouvelle aux familles était la deuxième chose qu’Avery détestait le plus dans son travail. Même si elle savait s’y prendre avec gens, il y avait un moment, juste après qu’ils aient appris la mort d’un être cher, où des émotions complexes prenaient le dessus. Les psychiatres l’appelaient les cinq phases du deuil, mais Avery pensait qu’il s’agissait d’une lente torture. D’abord, il y avait le déni. Les amis et proches voulaient tout savoir à propos du corps – une information qui ne leur causerait que plus de peine, et peut importait ce qu’Avery offrait, il était toujours impossible pour les êtres chers d’imaginer. En second venait de colère : envers la police, envers le monde, envers tous. Les négociations venaient ensuite. « Êtes-vous sûrs qu’ils sont morts ? Peut-être sont-ils toujours en vie. » Ces étapes pouvaient se produire toutes à la fois, où elles pouvaient prendre des années, ou les deux. Les deux dernières phases avaient habituellement lieu quand Avery était ailleurs : dépression et acceptation.

« Je dois le dire », songea Ramirez, « je n’aime pas trouver de cadavres, mais cela nous libère pour travailler sur cette affaire. Plus de procès et plus de paperasses. Ça fait du bien, non ? Nous avons l’occasion de faire ce que nous voulons et de ne pas avoir à être embourbés dans la bureaucratie. »

Il se pencha pour l’embrasser sur la joue.

Avery le repoussa.

« Pas maintenant », dit-elle.

« Pas de problème », répondit-il avec les mains levées. « Je pensais juste, tu sais…que nous étions quelque chose maintenant. »

« Écoute », dit-elle et elle dut vraiment réfléchir à ses prochains mots. « Je t’apprécie. Je t’apprécie vraiment, mais tout cela arrive trop vite. »

« Trop vite ? », se plaignit-il. « Nous ne nous sommes embrassés qu’une fois en deux mois ! »

« Ce n’est pas ce à quoi je pensais », dit-elle. « Désolée. Ce que j’essaye de dire, c’est que je ne sais pas si je suis prête pour une véritable relation. Nous sommes équipiers. Nous nous voyons chaque semaine. J’adore tous les flirts et te voir le matin. J’ignore juste si je suis prête à aller plus loin. »

« Whoa », dit-il.

« Dan— »

« Non, non. » Il leva une main. « Ça va. Vraiment. Je pense que je m’attendais à ça. »

« Je ne dis pas que je veux que cela se termine », le rassura Avery.

« Qu’est-ce que c’est cela ? », demanda-t-il. « Je veux dire, je ne le sais même pas ! Quand nous travaillons, tu es uniquement professionnelle, et quand j’essaye de te voir après le travail, c’est presque impossible. Tu étais presque plus aimante envers moi quand tu étais à l’hôpital plutôt que dans la vraie vie. »

« Ce n’est pas vrai », dit-elle, mais une part d’elle-même réalisa qu’il avait raison.

« Je t’aime bien », Avery, dit-il. « Je t’apprécie beaucoup. Si tu as besoin de temps, je suis d’accord avec ça. Je veux juste m’assurer que tu éprouves vraiment des sentiments pour moi. Parce que si ce n’est pas le cas, je ne veux pas perdre ton temps, ou le mien. »

« C’est le cas », dit-elle et elle lui lança un regard pendant une courte seconde. « Vraiment. »

« Ok », dit-il. « Super. »

Avery continue à conduire, se concentrant sur la route et sur les alentours changeants, se forçant à revenir en mode travail.

Les parents d’Henrietta Venemeer vivaient dans un immeuble d’appartements juste après le cimetière sur Central Avenue. De l’inspecteur Simms, Avery avait appris qu’ils étaient tous deux retraités et seraient selon toute probabilité trouvés chez eux. Elle n’avait pas appelé en avance. Une dure leçon qu’elle avait apprise tôt était qu’un appel pour prévenir pouvait alerter un tueur potentiel.

À l’immeuble, Avery se gara et ils marchèrent tous deux jusqu’à la porte d’entrée.

Ramirez actionna la sonnette.

Une longue pause s’ensuivit avant qu’une femme âgée ne réponde.

« Oui ? Qui est-ce ? »

« Madame Venemeer, c’est l’inspecteur Ramirez du poste de police A1. Je suis ici avec ma partenaire, l’inspectrice Black. Pouvons-nous s’il vous plaît monter et vous parler ? »

« Qui ? »

Avery se pencha.

« Police », dit-elle sèchement. « S’il vous plaît, ouvrez la porte d’entrée. »

La porte s’ouvrit en bourdonnant.

Avery sourit à Ramirez.

« Voilà comment le faire », dit-elle.

« Tu ne cesses jamais de m’impressionner, inspectrice Black. »

Les Venemeer vivaient au cinquième étage. Le temps qu’Avery et Ramirez sortent de l’ascenseur, ils purent voir une femme âgée jetant des coups d’œil depuis derrière une porte verrouillée.

Avery prit la tête.

« Bonjour, madame Venemeer », dit-elle de sa voix la plus douce est claire. « Je suis l’inspectrice Black et voici mon équipier, l’inspecteur Ramirez. » Ils montrèrent tous deux rapidement leurs insignes. « Pouvons-nous rentrer ? »

Madame Venemeer possédait une masse de cheveux raides tout comme sa fille, seulement les siens étaient blancs. Elle portait d’épaisses lunettes noires et une robe de chambre blanche.

« De quoi s’agit-il ? », s’inquiéta-t-elle.

« Je pense que ce serait plus facile si nous pouvions parler à l’intérieur », dit Avery.

« Très bien », marmonna-t-elle, et elle les laissa entrer.

L’appartement tout entier sentait la naphtaline et la vieillesse. Ramirez fit une grimace et en plaisantant agita la main vers son nez au moment où ils entrèrent. Avery le frappa au bras.

Une télévision braillait depuis le salon. Sur le canapé se trouvait un homme massif qu’Avery supposa être monsieur Venemeer. Il était vêtu seulement d’un caleçon rouge et d’un t-shirt qu’il portait probablement au lit, et il semblait ne pas avoir du tout conscience d’eux.

Curieusement, madame Venemeer s’assit sur le canapé à côté de son mari, sans aucune indication d’où Avery ou Ramirez pourraient s’asseoir.

« Que puis-je faire pour vous ? », demanda-t-elle.

Un jeu passait à la télévision. Le son était fort. De temps à autre, le mari poussait des acclamations depuis son siège, se calmait, et marmonnait pour lui-même.

« Pouvez-vous éteindre la télévision ? », demanda Ramirez.

« Oh non », dit-elle. « John doit regarder sa Roue de la Fortune. »

« C’est à propos de votre fille », ajouta Avery. « Nous devons vraiment vous parler, et nous voudrions votre totale attention. »

« Chéri », dit-elle et elle toucha le bras de son mari. « Ces deux officiers veulent parler d’Henrietta. »

Il haussa les épaules et grommela.

Ramirez éteignit la télévision.

« Eh ! », hurla John. « Qu’est-ce que vous faites ?! Rallumez ça ! »

Il paraissait ivre.

Une bouteille à moitié remplie de bourbon se trouvait à côté de lui.

Avery se leva à côté de Ramirez et les présenta à nouveau.

« Bonjour », dit-elle, « je suis l’inspectrice de Black et voici mon équipier, l’inspecteur Ramirez. Nous avons des nouvelles très dures à vous faire part. »

« Je vais vous dire ce qui est dur ! », dit brusquement John. « C’est dur d’avoir affaire à une bande de policiers quand je suis au milieu de mon programme télévisé. Rallumez cette fichue télévision ! », dit-il sèchement et il essaya de se lever de son siège, mais il ne semblait pas pouvoir se tenir debout.

« Votre fille est décédée », dit Ramirez, et il s’accroupit pour le regarder droit dans les yeux. « Est-ce que vous comprenez ? Votre fille est décédée. »

« Quoi ? », murmura madame Venemeer.

« Henrietta ? », marmonna John, et il se rassit.

« Je suis désolé pour cela », dit Avery.

« Comment ? », bredouilla la vieille femme. « Je ne…non. Pas Henrietta. »

« Dites-moi de quoi vous parlez ! », dit John, méprisant. « Vous ne pouvez pas rentrer ici et dire que notre fille est morte. Bon sang que voulez-vous dire ?! »

Ramirez prit un siège.

Déni, pensa Avery. Et colère.

« Elle a été trouvée morte ce matin », dit Ramirez, « et identifiée à cause de sa position au sein de la communauté. Nous ne sommes pas certains de la raison pour laquelle cela s’est produit. Pour l’instant, nous avons beaucoup de questions. Si vous le pouvez, s’il vous plaît supportez-nous durant ce moment et aidez à répondre à quelques-unes d’entre elles. »

« Comment ? », cria la mère. « Comment cela est-il arrivé ? »

Avery tira un siège à côté de Ramirez.

« Je crains que cela ne soit une enquête en cours. Nous ne pouvons pas parler des détails pour le moment. Maintenant, nous avons juste besoin de savoir tout ce dont vous pourriez avoir connaissance pour nous aider à identifier son tueur. Henrietta avec elle un petit ami ? Un ami proche que vous pourriez connaître ? Quelqu’un qui aurait pu lui en vouloir ? »

« Êtes-vous sûrs qu’il s’agissait d’Henrietta ? », interrogea la mère.

« Henrietta n’avez aucun ennemi ! » cria John. « Tout le monde l’adorait. C’était une fichue sainte. Elle venait une fois par semaine avec des provisions. Elle aidait les sans-abri. Ça ne peut pas être possible. Ce doit être une erreur. »

Négociation, pensa Avery.

« Je peux vous l’assurer », dit-elle, « vous serez tous deux appelés plus tard dans la semaine pour identifier positivement le corps. Je sais que c’est beaucoup à encaisser. Vous venez tout juste d’apprendre une terrible nouvelle, mais s’il vous plaît, restons concentrés sur la recherche de qui aurait pu faire cela. »

« Personne ! », rugit John. « Il s’agit manifestement d’une erreur. Vous avez le mauvais enfant. Henrietta n’avait aucun ennemi », déclara-t-il. « A-t-elle été percutée par un bus ? Est-elle tombée d’un pont ? Au moins donnez-nous une idée de ce à quoi nous avons affaire ici. »

« Elle a été tuée », offrit Avery. « C’est tout ce que je peux dire. »

« Tuée », murmura la mère.

« S’il vous plaît », dit Ramirez. « Une chose à laquelle vous pouvez penser ? N’importe quoi. Même si cela vous semble insignifiant, cela pourrait nous être d’une grande aide. »

« Non », répondit la mère. « Elle n’avait pas de petit ami. Il y a un cercle d’amies qu’elle garde. Elles étaient là l’année dernière pour Thanksgiving. Aucune d’entre elles n’aurait pu faire quelque chose de tel. Vous devez avoir tort. »

Elle leva les yeux avec un regard implorant.

« Vous le devez ! »




CHAPITRE CINQ


Avery se gara sur une place libre dans la rue entre des voitures de patrouille et se prépara intérieurement tandis qu’elle jetait un regard vers le quartier général de l’A7 sur Paris Street dans l’Est Boston. À l’extérieur du poste se tenait un cirque médiatique. Une conférence de presse avait été convoquée pour discuter de la scène et un certain nombre de camionnettes de la télévision, de caméras et de journalistes barraient le chemin, malgré de nombreux officiers essayant de les faire bouger.

« Ton public attend », remarqua Ramirez.

Ramirez semblait vouloir être interviewé. Sa tête était relevée et il souriait à chaque journaliste qui se tournait dans sa direction. À sa déception, aucun d’eux n’approcha. Avery avait la tête baissée et marchait aussi vite que possible pour se frayer un chemin jusqu’au poste. Elle détestait les foules. À un moment dans sa vie, quand elle était avocate, elle avait adoré cela, quand les gens la connaissaient par son nom et affluaient à ses procès, mais depuis qu’elle avait au sens figuré été elle-même jugée par la presse, elle avait appris à mépriser leur attention.

Instantanément, les journalistes convergèrent.

« Avery Black », dit l’un d’eux avec un micro vers son visage. « Pouvez-vous s’il vous plaît nous dire quelque chose à propos de la femme assassinée dans la marina aujourd’hui ? »

« Pourquoi êtes-vous sur cette affaire, inspectrice Black ? » hurla un autre. « Ceci est le A7. Avez-vous été transférée dans ce secteur ? »

« Quel est votre sentiment concernant la nouvelle campagne Anti-Criminalité du maire ? »

« Vous et Howard Randall êtes toujours un couple ? »

Howard Randall, pensa-t-elle. Malgré un désir écrasant de couper tout lien avec Randall, Avery n’avait pas été capable de le faire sortir de son esprit. Chaque jour depuis sa dernière rencontre avec Randall, il avait trouvé quelques moyens pour se glisser dans ses pensées. Parfois, une simple odeur ou une image était tout ce dont elle avait besoin pour entendre ses mots : « Cela fait-il resurgir quelque chose de votre enfance, Avery ? Quoi ? Dites-moi… » D’autres fois, pendant qu’elle travaillait sur différentes affaires, elle essaye de penser comme Randall l’aurait fait pour découvrir la solution.

« Dégagez ! », cria Ramirez. « Allez ! Faites de la place. Allons-y. »

Il mit une main dans son dos et la mena dans le poste de police.

Le quartier général du A7, un grand bâtiment de brique et de pierre, avez récemment reçu une grande rénovation d’intérieur. Disparus les bureaux en métal et l’impression maussade d’un organisme géré par l’État. À la place se trouvaient des tables argentées aux lignes épurées, des chaises colorées, et un espace ouvert pour les enregistrements qui ressemblait plus à l’entrée d’une aire de jeu.

Comme au A1 – seulement plus moderne – la salle de conférence était vitrée pour que les gens puissent avoir vue sur l’étage. Une grande table en acajou était complétée de micros pour chaque siège et d’un énorme écran plat pour les conférences.

O’Malley était déjà assis à la table à côté de Holt. De chaque côté d’eux se tenaient l’inspecteur Simms et son équipier, et deux personnes qu’Avery supposa être le spécialiste de la scientifique et le légiste. Deux sièges demeuraient libres au bout de la table près de l’entrée.

« Asseyez-vous », indiqua O’Malley d’un geste. « Merci d’être venu. Ne vous inquiétez pas. Je ne vais pas être sur votre dos tout le temps », dit-il à tout le monde, en insistant particulièrement vers Avery et Ramirez. « Je veux simplement m’assurer que nous sommes tous à la même page. »

« Vous êtes toujours le bienvenu ici », dit Holt avec une affection sincère envers O’Malley.

« Merci, Will. Poursuivons. »

Holt désigna son officier.

« Simms ? », dit-il.

« Très bien », dit Simms, « j’imagine que c’est à moi. Pourquoi ne commençons-nous pas par la scientifique, puis passons au rapport du légiste, en ensuite je vous raconterais le reste de notre journée », dit-il avec emphase au capitaine Holt avant de se tourner vers le spécialiste de la scientifique. « Ça te semble bon, Sammy ? »

Un mince indien était à la tête de l’équipe scientifique. Il portait un costume et une cravate et fit un grand signe quand son nom fut mentionné.

« Oui, monsieur Mark », s’épancha-t-il presque. « Comme nous en avons discuté, nous avons très peu d’éléments. L’appartement était propre. Pas de sang, aucun signe de lutte. Les caméras ont toutes été mises hors d’usage avec une résine époxy transparente que vous pouvez acheter dans n’importe quelle quincaillerie. Nous avons trouvé des traces de fibres de gants noirs, mais une fois encore, ils n’ont offert aucune piste solide. »

L’inspecteur Simms ne cessait d’agiter son menton vers Avery. Sammy avait du mal à comprendre qui dirigeait. Il continuait à regarder vers Simms, Holt et tous les autres. Finalement, il comprit et commença à s’adresser à Avery et Ramirez.

« Nous avons, cependant, quelque chose du chantier naval », dit Sammy. « Manifestement, le tueur a désactivé les caméras là-bas, de manière assez similaire à l’appartement. Accéder au chantier naval sans se faire remarquer impliquerait qu’il ait dû travailler entre onze heures du soir, qui est l’heure où le dernier travailleur a quitté la marina, et six heures le matin, quand les premières équipes sont arrivées. Nous avons trouvé des empreintes de chaussures correspondantes dans la marina et sur le bateau avant que les autres officiers de police ne soient sur la scène de crime. Le pied est une botte de taille quarante-quatre, de type Redwing. Il semble marcher avec un boitement causé par une possible blessure à sa jambe droite, puisque la chaussure gauche a laissé une marque plus profonde que la droite. »

« Excellent », dit fièrement Simms.

« Nous avons aussi regardé cette étoile dessinée sur la proue », poursuivit Sammy. « Aucun matériel génétique n’a pu être trouvé. Toutefois, nous avons trouvé une fibre noire dans l’étoile similaire à celle du gant dans l’appartement, donc ceci était un lien très intéressant, merci pour cela, inspectrice Black. » Il hocha de la tête.

Avery fit un signe de la tête en retour.

Holt renifla.

« En dernier lieu », conclut Sammy, « Nous pensons que le corps a été porté jusqu’au chantier naval dans un tapis roulé, car il y avait beaucoup de fibres sur le corps et qu’un tapis manquait dans la maison. »

Il opina pour indiquer qu’il avait terminé.

« Merci, Sammy », dit Simms. « Dana ? »

Une femme dans une blouse blanche de laboratoire, qui avait l’air d’avoir préféré être n’importe où hormis dans cette pièce, parla ensuite. Elle était d’âge mûr, avec des cheveux bruns lisses qui tombaient jusqu’à ses épaules, et un froncement de sourcils constant sur le visage.

« La victime est décédée en raison d’une nuque brisée », dit-elle. « Il y avait des contusions sur ses bras et jambes qui indiquaient qu’elle a violemment été jetée au sol où contre un mur. Elle est probablement morte depuis douze heures. Il n’y avait aucun signe d’agression sexuelle. »

Elle se rassit dans son dossier avec les bras croisés.

Simms leva les sourcils et se tourna vers Avery.

« Inspectrice Black ? Quelque chose sur la famille ? »

« C’était une impasse », dit Avery. « La victime voyait ses parents une fois par semaine pour amener des provisions et préparer à dîner. Pas de petit ami. Pas d’autres membres de la famille à Boston. Elle a, cependant, un cercle d’amies proches avec lesquelles nous devrons parler. Les parents eux-mêmes ne sont pas suspects. Ils pouvaient à peine se lever du canapé. Nous aurions commencé à rechercher les amies, mais je n’étais pas certaine concernant le protocole », dit-elle avec un regard vers O’Malley.

« Merci pour cela », dit Simms. « Compris. Je pense qu’après cette réunion, vous serez aux commandes, inspectrice Black, mais ce n’est pas à moi de décider. Laissez-moi vous dire ce que mon équipe a découvert jusque-là. Nous avons vérifié ses relevés téléphoniques et ses adresses mail. Rien d’inhabituel là-dedans. Les caméras du bâtiment étaient désactivées et aucune autre ne donnait sur l’édifice lui-même. En revanche, nous avons trouvé quelque chose à la librairie de Venemeer. Elle était ouverte aujourd’hui. Elle a deux employés à plein temps. Ils ignoraient la mort de la victime et ont été sincèrement choqués. Aucun d’eux ne paraît être un suspect viable, mais tous deux ont fait mention que le magasin a essuyé les feux d’un gang local connu sous le nom de Chelsea Death Squad. Le nom vient de leur principal lieu de rassemblement sur Chelsea Street. J’ai parlé avec notre unité des gangs et appris qu’ils sont un gang latino relativement nouveau plus ou moins affilié à une poignée d’autres cartels. Leur chef est Juan Desoto. »

Avery avait entendu parler de Desoto de ses jours dans les gangs durant ses premières années. Il était peut-être à un petit joueur dans un nouveau groupe, mais il avait été un homme de main de première catégorie pour un certain nombre de gangs bien établis à travers Boston pendant des années.

Pourquoi un tueur à gages de la pègre avec son propre groupement voudrait-il tuer une propriétaire de librairie locale et ensuite déposer son corps d’une manière très visible sur un yacht ? s’interrogea-t-elle.

« Il semblerait que vous ayez une excellente piste », se répandit Holt. « Il est pénible que nous devions passer les rênes à un département de l’autre côté du chenal. Hélas, cependant, cela fait partie de la vie. N’est-ce pas, capitaine O’Malley ? Compromis, non ? » Il sourit.

« C’est exact », répondit O’Malley avec réticence.

Simms se redressa.

« Juan Desoto serait assurément mon suspect numéro un. Si c’était mon affaire », souligne-t-il, « j’essaierais et lui rendrais visite d’abord. »

La petite pique importuna Avery.

Est-ce que j’ai vraiment besoin de ça ? pensa-t-elle. Bien qu’elle soit tout à fait intriguée par l’affaire, les limites floues entre qui se chargeait de quoi l’embêtaient. Est-ce que je dois suivre son exemple ? Est-il mon supérieur maintenant ? Ou est-ce que je peux faire ce que je veux ?

O’Malley semblait lire dans ses pensées.

« Je pense que nous en avons terminé ici. N’est-ce pas, Will ? », dit-il avant de parler exclusivement à Avery et Ramirez. « Après ceci, vous deux êtes en charge à moins que vous n’ayez besoin de vous adresser de nouveau à l’inspecteur Simms pour les informations que nous venons juste de couvrir. Des copies des dossiers sont en train d’être faites pour vous maintenant. Elles seront envoyées au A1. Donc », soupira-t-il, et il se leva, « à moins qu’il n’y ait d’autres questions, mettez-vous y. J’ai un service à faire fonctionner. »



*



La tension au A7 maintint Avery sur ses gardes jusqu’à ce qu’ils furent hors du bâtiment, aient dépassé les journalistes, et été de retour dans sa voiture.

« Ça s’est bien passé », dit Ramirez, de bonne humeur. « Tu réalises ce qu’il vient juste de se passer là-dedans ? », demanda-t-il. « On vient juste de te confier la plus grosse affaire que le A7 ait eue depuis probablement des années, et tout ça parce que tu es Avery Black. »

Avery hocha de la tête sans dire un mot.

Être en charge venait avec une étiquette au prix élevé. Elle pouvait faire les choses de sa propre manière, mais si des problèmes apparaissaient elle était seule responsable. De plus, elle avait le pressentiment que ce ne serait pas la dernière fois qu’elle entendrait parler du A7. J’ai l’impression d’avoir deux boss maintenant, grommela-t-elle intérieurement.

« Quelle est notre prochaine étape ? », demanda Ramirez.

« Faisons table rase avec l’A7 et rendons visite à Desoto. Pas sûre de ce que nous allons trouver, mais si son gang harcelait une propriétaire de librairie, j’aimerais savoir pourquoi. »

Ramirez siffla.

« Comment sais-tu où le trouver ? »

« Tout le monde sait où le trouver. Il possède un petit café et sur Chelsea Street, juste à côté de la voie express et du parc. »

« Tu penses qu’il est notre homme ? »

« Tuer n’est en rien nouveau pour Desoto. » Avery haussa les épaules. « Pas sûr que cette scène de crime corresponde à son mode opératoire, mais il pourrait savoir quelque chose. Il est une légende à travers Boston. D’après ce que j’ai compris, il a fait des boulots pour les Blacks, Irlandais, Italiens, Hispaniques, et j’en passe. Quand j’étais une bleue ils l’appelaient le Tueur Fantôme. Pendant des années, personne n’a même cru qu’il existait. L’Unité des Gangs lui a mis sur le dos des boulots aussi loin que New York City. Personne n’a rien pu prouver. Il possède ce café depuis aussi longtemps que j’ai entendu son nom. »

« Tu l’as déjà rencontré ? »

« Non. »

« Tu sais à quoi il ressemble ? »

« Ouais », dit-elle. « J’ai vu une photo de lui une fois. Peau claire et très, très grand. Je pense que ses dents étaient aiguisées aussi. »

Il se tourna vers elle et sourit, mais derrière ce sourire elle pouvait sentir la même panique et la montée d’adrénaline qu’elle commençait à ressentir elle-même. Ils se dirigeaient dans la gueule du lion.

« Ça devrait être intéressant », dit-il.




CHAPITRE SIX


Le café à l’angle se trouve du côté nord du passage souterrain vers la voie express de l’Est Boston. Un bâtiment en briques à un étage avec de grandes fenêtres et une simple enseigne, Café, servaient d’adresse. Les fenêtres étaient occultées.

Avery se gara juste à côté de la porte d’entrée et sortit.

Un assombrissement avait grandi dans le ciel. Vers le sud-ouest, elle pouvait voir l’horizon crépusculaire orange, rouge, et jaune. Une épicerie se trouvait à l’angle opposé. Des maisons résidentielles remplissaient le reste de la rue. La zone était calme et sans prétention.

« Allons-y », dit Ramirez.

Après une longue journée à seulement suivre le mouvement et rester assis à une réunion, Ramirez paraissait remonté et prêt à l’action. Son empressement inquiétait Avery. Les gangs n’aiment pas les policiers agités qui envahissent leur quartier, pensa-t-elle. En particulier ceux sans mandat qui sont seulement là sur des ouï-dire.

« Doucement », dit-elle. « Je pose les questions. Pas de gestes brusques. Pas d’arrogance d’aucune sorte, d’accord ? Nous sommes là seulement pour poser des questions et voir s’ils peuvent aider. »

« Bien sûr », dit Ramirez en fronçant les sourcils, et son langage corporel dit autrement.

Le tintement d’une cloche s’éleva quand ils entrèrent dans le magasin.

L’espace minuscule contenait quatre box rouges molletonnés et un seul comptoir où les gens pouvaient commander un café et d’autres plats de petit-déjeuner tout au long de la journée. Il y en avait à peine quinze listés sur le menu et peu de clients.

Deux hommes hispaniques âgés et minces, qui auraient pu être des sans-abri, buvaient un café dans un des boxes sur la gauche. Un gentleman plus jeune portant des lunettes de soleil et un borsalino noir était avachi dans un des boxes et se tourna vers la porte. Il portait un débardeur noir. Une arme était visiblement enfermée dans un étui en bandoulière. Avery jeta un coup d’œil à ses chaussures. Quarante-deux, pensa-t-elle. Quarante-trois, au plus.

« Puta », murmura-t-il à la vue d’Avery.

L’homme le plus âgé paraissait oublieux.

Aucun patron ou employé n’était visible derrière le comptoir.

« Salut », dit Avery en faisant un signe de la main. « Nous aimerions parler à Juan Desoto s’il est dans les parages. »

Le jeune homme rit.

Des mots furent rapidement échangés en espagnol.

« Il dit, “allez vous faire foutre, putain de policière et son bitch boy ” », traduisit Ramirez.

« Adorable », dit Avery. « Écoutez, nous ne voulons pas de problèmes », ajouta-t-elle et elle leva les deux mains en signe de soumission. « Nous voulons juste poser quelques questions à Desoto concernant une librairie sur Summer Street qu’il ne semble pas apprécier. »

L’homme se redressa et désigna la porte du doigt.

« Sortez d’ici putain, flic! »

Avery aurait pu gérer cette situation de bien des manières. L’homme portait une arme, elle supposait qu’il était chargé et n’avait pas de permis. Il semblait aussi prêt à engager le combat malgré le fait que rien ne se soit vraiment produit. Cela, combiné avec le comptoir vide, l’amenait à croire que quelque chose pouvait se dérouler dans l’arrière-boutique. De la drogue, supposa-t-elle, où ils détiennent un propriétaire de magasins malheureux là derrière et sont en train de le passer à tabac.

« Tout ce que nous voulons, c’est quelques minutes avec Desoto », dit-elle.

« Salope ! », dit brusquement l’homme, il se leva et sortit son arme.

Ramirez dégaina instantanément.

Les deux hommes plus âgés continuaient à boire leur café et à rester assis en silence.

Ramirez appela par-dessus le canon de son arme.

« Avery ? »

« Que tout le monde se calme », dit Avery.

Un homme apparu dans la fenêtre de la cuisine derrière le comptoir principal, un homme massif d’après l’aspect de son cou et ses joues rondes. Il semblait se pencher à travers la fenêtre, ce qui lui donnait une taille vue en raccourci. Son visage était partiellement dissimulé dans une faible ombre, un Hispanique chauve, à la peau claire, avec une lueur pleine d’humour dans les yeux. Il avait un sourire aux lèvres. Dans sa bouche se trouvait un grillz qui faisait ressembler toutes ses dents à des diamants aiguisés. Aucun étalage apparent de malice ne pouvait être observé, mais il était si détendu et calme étant donné la situation tendue que cela fit se demander à Avery pourquoi.

« Desoto », dit-elle.

« Pas d’armes, pas d’armes », indiqua Desoto depuis la fenêtre carrée. « Tito », appela-t-il, « met ton arme sur la table. Policiers. Mettez vos armes sur la table. Pas d’armes ici. »

« Pas question », dit Ramirez, et il garda son arme pointée vers l’autre homme.

Avery pouvait sentir la courte lame attachée à sa cheville, juste au cas où elle rencontrerait des problèmes. De plus, tout le monde savait qu’ils allaient chez Desoto. Tout ira bien, pensa-t-elle. Je l’espère.

« Pose-la », dit-elle.

En signe de bonne foi, Avery sortit doucement son Glock du bout des doigts et le mit sur la table entre les deux hommes âgés.

« Fais-le », dit-elle à Ramirez. « Mets-le sur la table. »

« Merde », murmura Ramirez. « C’est pas bon. Pas bon. » Malgré cela, il s’exécutera, posa son arme sur la table. L’autre homme, Tito, déposa sa propre arme et sourit.

« Merci », dit Desoto. « Ne vous inquiétez pas. Personne ne veut de vos armes de flics. Elles seront en sécurité ici. Venez. Parlez. »

Il disparut de la vue.

Tito indique une petite porte rouge, presque impossible à remarquer étant donné sa localisation derrière un des box.

« Toi d’abord », dit Ramirez.

Tito s’inclina et entra.

Ramirez franchit ensuite la porte et Avery suivi.

La porte rouge s’ouvrait dans la cuisine. Un couloir s’enfonçait plus vers l’arrière. Directement devant eux se tenaient les escaliers du sous-sol, raides et sombres. En bas se trouvait une autre porte.

« J’ai un mauvais pressentiment », dit Ramirez.

« Silence », murmura Avery.

Une partie de poker se jouait dans la pièce derrière. Les cinq hommes, tous hispaniques, bien habillés et portant des pistolets, firent silence à leur approche. La table était recouverte d’argent et de bijoux. Des canapés bordaient les murs du grand espace. Sur de nombreuses étagères, Avery remarqua des mitrailleuses et des machettes. Une autre porte était visible. Un rapide coup d’œil à leurs pieds révéla qu’aucun d’eux n’avait des chaussures assez grandes pour correspondre à celles du tueur.

Sur le canapé, les bras largement écartés, et avec un énorme sourire sur le visage qui découvrait un grillz de dents pareilles à des rasoirs, était assis Juan Desoto. Son corps était plus celui d’un taureau que celui d’un homme, gonflé et ciselé par un exercice quotidien et, supposa Avery, par des stéroïdes. Un géant même assis, il aurait presque pu toiser les deux mètres dix. Ses pieds, de la même manière, étaient gigantesques. Au moins un quarante-six, pensa Avery.

« Détendez-vous, tout le monde, détendez-vous », ordonna Desoto. « Jouez, jouez », pressa-t-il ses hommes. « Tito, apporte-leur quelque chose à boire. Que voudriez-vous, Officier Black ? », dit-il avec insistance.

« Vous me connaissez ? », demanda Avery.

« Je ne vous connais pas », répondit-il. J’ai entendu parler de vous. Vous avez arrêté mon petit cousin Valdez il y a deux ans, et certains de mes bons amis chez les West Side Killers. Oui, j’ai beaucoup d’amis dans d’autres gangs », dit-il en voyant l’air surpris d’Avery. « Tous les gangs ne s’affrontent pas les uns les autres comme des animaux. J’aime penser plus grand que ça. S’il vous plaît. Que puis-je vous offrir ? »

« Rien pour moi », dit Ramirez.

« C’est bon », ajouta-t-elle.

Desoto fit un signe de la tête à Tito, qui partit par là où il était arrivé. Tous les hommes à la table continuèrent à jouer aux cartes excepté un. L’homme étrange était le portrait craché de Desoto, seulement bien plus petit et plus jeune. Il marmonna quelque chose à Desoto et tous deux eurent une conversation houleuse.

« C’est le petit frère de Desoto », traduisit Ramirez. « Il pense qu’ils devraient simplement nous tuer tous les deux et nous balancer dans la rivière. Desoto est en train d’essayer de lui dire que c’est la raison pour laquelle il est toujours en prison, parce qu’il pense trop quand il devrait juste la fermer et écouter. »

« Assieds-toi ! », cria finalement Desoto.

De mauvaise grâce, son petit frère s’assit, mais il jeta avec dureté un regard furieux à Avery.

Desoto prit une inspiration.

« Vous aimez être une policière célèbre ? », demanda-t-il.

« Pas vraiment », dit Avery. « Ça donne à des gars dans votre genre des cibles dans le service de police. Je n’aime pas être une cible. »

« Vrai, vrai », dit-il.

« Nous sommes à la recherche d’informations », ajouta Avery. « Une femme d’âge mûr nommée Henrietta Venemeer possède une librairie sur Summer Street. Livres spirituels, New Age, psychologie, des choses comme ça. La rumeur veut que vous n’aimiez pas le magasin. Qu’elle était harcelée. »

« Par moi ? », nota-t-il avec surprise et il se montra du doigt.

« Par vos propres hommes. Nous ne sommes pas certains. C’est pourquoi nous sommes là. »

« Pourquoi viendriez-vous jusque dans l’antre du diable pour poser des questions à propos d’une femme dans une librairie ? S’il vous plaît, expliquez-moi cela. »

Aucune reconnaissance d’Henrietta ou de la librairie n’apparaissait sur son visage. En fait, Avery pensait qu’il était insulté par l’accusation.

« Elle a été assassinée la nuit dernière », dit Avery, et elle prêta une attention consciencieuse aux hommes dans la pièce et la manière dont ils réagissaient. « Sa nuque a été brisée et elle a été attachée à un yacht dans la marina sur Marginal Street. »

« Pourquoi ferais-je cela ? », demanda-t-il.

« C’est ce que nous voulons découvrir. »

Desoto commença à parler à ses hommes dans un espagnol très rapide et agité. Son petit frère et un autre homme paraissaient sincèrement contrariés qu’ils puissent être accusés de quelque chose de si manifestement indigne d’eux. Les trois autres, cependant, se firent penauds soumis à l’interrogatoire. Une dispute s’ensuivit. À un moment, Desoto se leva de colère et déploya toute sa hauteur et sa taille.

« Ces trois ont été au magasin », murmura Ramirez. « Ils l’ont braqué deux fois. Desoto est furieux car c’est la première fois qu’il entend parler de ça, et qu’il n’a jamais eu sa part. »

Avec un fort rugissement, Desoto abattit son poing sur la table et la fendit en deux. Billets, pièces et bijoux volèrent. Un collier percuta presque le visage d’Avery et elle fut obligée de se tenir le dos contre la porte. Les cinq hommes s’écartèrent sur leurs chaises. Le petit frère de Desoto hurla de frustrations et leva les bras. Desoto maintint sa fureur dirigée droit sur un homme en particulier. Un doigt fut pointé vers le visage de l’homme, une menace fut prononcée et reçue.

« Ce gars a amené les autres au magasin », murmura Ramirez. « Il a des problèmes. »

Desoto se tourna avec les bras grands écartés.

« Je vous présente mes excuses », dit-il. « Mes hommes ont en effet accosté cette femme dans son magasin. Deux fois. C’est la première fois que j’en entends parler. »

Le cœur d’Avery battait rapidement. Ils étaient dans une pièce isolée remplie de criminels en colère avec des armes, et en dépit des paroles et gestes de Desoto, il était une présence intimidante et, si les rumeurs étaient vraies, un meurtrier de masse. Soudain, la sensation de sa petite lame si loin hors de portée ne fut plus aussi réconfortante qu’elle l’avait pensé.

« Merci pour ça », dit Avery. « Juste pour être certaine que nous sommes à la même page, l’un de vos hommes aurait-il eu une raison quelconque de tuer Henrietta Venemeer ? »

« Personne ne tue son approbation », déclara-t-il platement.

« Venemeer était étrangement positionnée sur le navire », poussa Avery. « À la vue de tous dans le port. Une étoile était dessinée au-dessus de sa tête. Cela signifierait-il quelque chose pour vous ? »

« Vous souvenez-vous de mon cousin ? », demanda Desoto. « Michael Cruz ? Petit gars ? Mince ? »

« Non. »

« Vous lui avez cassé le bras. Je lui ai demandé comment une fillette aurait pu le surpasser, et il a dit que vous étiez très rapides, et très forte. Pensez-vous que vous pourriez me prendre, officier Black ? »

La spirale descendante commença.

Avery pouvait le sentir. Desoto en avait assez. Il avait répondu à leurs questions, il était las, en colère, et il avait deux policiers désarmés dans sa pièce privée sous un magasin. Même les hommes qui jouaient au poker étaient complètement rivés sur tous les deux.

« Non », dit-elle. « Je pense que vous pourriez m’assassiner en combat rapproché. »

« Je crois à la loi du talion », dit Desoto. « Je crois que quand une information est donnée, une information devrait être reçue. L’équilibre », souligna-t-il, « est très important dans la vie. Je vous ai donné une information. Vous avez arrêté mon cousin. Vous m’avez maintenant pris quelque chose deux fois. Vous le voyez, n’est-ce pas ? », demanda-t-il. « Vous me devez quelque chose. »

Avery recula et adopte sa traditionnelle position de jujitsu, le jambon fléchit légèrement écarter, les bras levés et les mains ouvertes sous son menton.

« Qu’est-ce que je vous dois ? », demanda-t-elle.

Avec seulement un grognement, Desoto bondit en avant, recula son bras droit, et frappa.




CHAPITRE SEPT


La pièce se vida dans l’esprit d’Avery ; elle devint noire, et tout ce qu’elle pouvait voir étaient les cinq hommes, et sentir Ramirez à côté d’elle, et voir le poing de Desoto se rapprocher de son visage. Elle l’appelait le brouillard, un lieu où elle avait été souvent durant ses jours de course à pied – un autre monde, séparé de son existence physique. Son instructeur de jujitsu l’avait appelé ‘la conscience suprême’, un lieu où la concentration devenait sélective, donc les sens étaient amplifiés autour de cibles spécifiques. »

Elle pivota vers le bras de Desoto et agrippa son poignet. Au même moment, sa hanche rentra dans son corps pour faire levier, et elle utilisa son propre élan pour le projeter dans la porte du sous-sol. Le bois craqua et l’homme gigantesque s’écrasa durement.

Sans briser son rythme, Avery pivota et donna un coup de pied dans l’estomac d’un assaillant. Après cela, tout bougea au ralenti. Chacun des cinq hommes fut ciblé pour un maximum de dégâts avec une attaque minimale. Un coup de coude à la gorge en fit tomber un au sol. Un coup de pied à l’aine suivi d’un violent retourné et un autre homme s’écrasa sur la table cassée. Elle perdit le petit frère des yeux pendant une seconde. Elle se tourna pour le voir sur le point de la frapper avec une paire de poings américains en laiton ; Ramirez bondit et le plaqua au sol.

Desoto rugit et saisit Avery par derrière dans une étreinte puissante.

Le poids énorme de son corps était comme un bloc de ciment. Avery ne pouvait briser sa prise. Elle donna des coups de pieds dans les airs. Il la souleva et la lança contre un mur.

Avery percuta les rayonnages et l’élément tout entier tomba sur sa tête quand elle s’effondra au sol. Desoto la frappa à l’estomac ; le coup fut si puissant qu’il la souleva. Un autre et sa nuque partit en arrière. Desoto se baissa. Des bras épais serrèrent fort son cou dans une prise d’étranglement dangereuse. Un geste rapide et elle fut debout – les pieds pendants.

« Je pourrais vous briser la nuque », murmura-t-il, « comme une brindille. »

Sonnée.

Son esprit était sonné par les coups. L’air était dur à respirer.

Concentre-toi, ordonna-t-elle. Ou tu es morte.

Elle essaya se retourner sur son corps, ou de briser son étreinte avec son bras. Une poigne de fer la maintenait fermement. Quelque chose s’écrasa dans le dos de Desoto. Il abaissa les pieds d’Avery jusqu’au sol et regarda derrière lui pour voir Ramirez avec une chaise.

« Ça ne vous a pas fait mal ? », demanda Ramirez.

Desoto grogna.

Avery reprit ses esprits, leva le pied, et enfonça son talon dans ses orteils.

« Ah ! », hurla Desoto.

Il portait un t-shirt blanc à col boutonné, un short marron, et des tongs ; le talon d’Avery avait fêlé deux os. Attentivement, il lâcha prise, et le temps qu’il soit prêt à la saisir nouveau, Avery était en position. Un coup rapide à la gorge fut suivi par un de coude dans son plexus solaire.

Une batte de fer se trouvait au sol.

Elle la ramassa et le frappa à la tête.

Instantanément, Desoto s’affaissa.

Deux de ses hommes étaient déjà au sol, son petit frère inclus. Un troisième – qui avait observé son combat avec Desoto – écarquilla les yeux de surprise. Il dégaina son arme. Avery percuta ses mains avec la batte, pivota avec l’élan, et le frappa au visage. Il s’écrasa contre un rayonnage.

Les deux derniers hommes s’étaient jetés sur Ramirez.

Avery fit tournoyer la batte et frappa un des hommes à l’arrière du genou. Il se retourna. Elle abattit l’acier sur son torse et lui donna un coup de pied à la tête. L’autre homme lui assena un coup de poing à la mâchoire et poursuivit avec un plaquage sur la table de poker en criant.

Ils s’écrasèrent ensemble.

L’homme était sur le dessus et faisait pleuvoir les coups. Avery saisit finalement un poignet et roula. Il tomba et elle fut capable de pivoter, de piéger son bras dans une prise de soumission. Avery se tenait perpendiculairement à son corps. Ses jambes se trouvaient sur son ventre et son bras était droit et tendu au maximum.

« Lâchez ! Lâchez ! », s’écria-t-il.

Elle leva une jambe et le frappa au visage jusqu’à ce qu’il s’évanouisse.

« Va te faire foutre ! », hurla-t-elle.

La pièce était silencieuse. Les cinq hommes, Desoto inclus, étaient assommés.

Ramirez grogna et se mit à quatre pattes.

« Nom de dieu… », murmura-t-il.

Avery repéra un pistolet par terre. Elle le saisit et le pointa vers la porte du sous-sol. À peine l’avait-elle fait que Tito apparut.

« Ne vous avisez pas de lever cette arme ! », mugit Avery. « Vous m’entendez ? Ne faites pas ça. »

Tito lança un regard au pistolet dans sa main.

« Vous levez cette arme et je tire. »

La scène dans la pièce était impossible à croire pour Tito ; sa bouche s’ouvrit pratiquement en grand quand il vit Desoto.

« Vous avez fait tout ça ? », demanda-t-il avec sérieux.

« Lâchez votre arme ! »

Tito visa vers elle.

Avery tira deux coups dans sa poitrine et le renvoya voler dans l’escalier.




CHAPITRE HUIT


À l’extérieur du café, Avery tenait un sac de glace sur son œil. Deux méchantes contusions palpitaient en dessous, et sa pommette était tuméfiée. Il était aussi difficile de respirer, ce qui lui faisait penser qu’elle avait une côte cassée, et sa nuque était encore endolorie et rouge en raison de la forte étreinte de Desoto.

Malgré ce mauvais traitement, Avery se sentait bien. Plus que bien. Elle s’était défendue avec succès contre un tueur géant et cinq de ses hommes.

Tu l’as fait, pensa-t-elle.

Elle avait passé des années à apprendre comment se battre, d’innombrables années et heures quand elle était la seule dans le dojo, s’entraînant juste contre elle-même. Elle avait été impliquée dans d’autres combats auparavant, mais aucun contre cinq hommes, et certainement aucun contre quelqu’un d’aussi puissant que Desoto.

Ramirez était assis sur le bord du trottoir. Il avait été au bord de l’évanouissement depuis le sous-sol. Comparé à Avery, il était en piteux état : le visage couvert de coupures et de contusions, ainsi que des accès de vertige constants.

« Tu étais comme un animal là en bas », bafouilla-t-il. « Un animal… »

« Merci ? », dit-elle.

Le café-restaurant de Desoto était au cœur du A7, donc Avery s’était sentie obligée d’appeler Simms en renfort. Une ambulance se trouvait sur la scène, ainsi que de nombreux policiers du A7 pour emmener Desoto et ses amis pour agression, possession d’armes, et d’autres petites infractions. Le corps de Tito – enveloppé dans un sac noir – fut remonté en premier et chargé à l’arrière d’un des véhicules des secours.

Simms apparut et secoua la tête.

« C’est le bazar en bas », dit-il. « Merci pour la paperasse supplémentaire. »

« Auriez-vous préféré que j’appelle mes propres hommes ? »

« Non », admit-il. « J’imagine que non. Nous avons trois services différents qui essayent tous d’épingler Desoto pour quelque chose, donc au moins cela peut aider à secouer l’arbre. Je ne sais pas à quoi vous pensiez en allant dans cet endroit sans renforts, mais beau travail. Comment les avez-vous pris tous les six toute seule ? »

« J’ai eu de l’aide », dit Avery avec un signe de la tête vers Ramirez.

Ramirez leva une main en signe de reconnaissance.

« Qu’en est-il du meurtrier du yacht ? », demanda Simms. « Un lien ? »

« Je ne le pense pas », dit-elle. « Deux de ses hommes ont braqué le magasin deux fois. Desoto en était surpris, et furieux. Si les deux autres employés corroborent l’histoire, je pense qu’ils sont hors de cause. Ils voulaient de l’argent, pas une propriétaire de magasin morte. »

Un autre policier apparut et fit un geste à Simms.

Simms donna une légère tape à l’épaule d’Avery.

« Vous voudrez peut-être partir d’ici », dit-il. « Ils les font remonter maintenant. »

« Non », dit Avery. « J’aimerais le voir. »

Desoto était si grand qu’il dut se baisser pour sortir par la porte de devant. Deux policiers étaient de chaque côté, et un dans son dos. Comparé à tous les autres, il ressemblait à un géant. Ses hommes furent amenés derrière lui. Tous furent menés vers un camion de la police. Alors qu’ils se rapprochaient d’Avery, Desoto s’arrêta et se tourna ; aucun des policiers ne pouvait le faire bouger.

« Black », appela-t-il.

« Ouais ? », dit-elle.

« Tu sais cette cible dont tu parlais ? »

« Ouais ? »

« Click, click, boom », dit-il avec un clin d’œil.

Il la regarda fixement pendant une autre seconde avant de laisser la police le faire monter dans le van.

Les menaces en l’air faisaient partie du travail. Avery l’avait appris depuis longtemps, mais quelqu’un comme Desoto était réel. En apparence, elle tint bon et le dévisagea jusqu’à qu’il soit parti, mais en son for intérieur, elle arrivait à peine à ne pas céder.

« J’ai besoin d’un verre », dit-elle.

« Pas question », marmonna Ramirez. « Je me sens mal. »

« Je vais te dire », dit-elle. « N’importe quel bar que tu veux. Tu choisis. »

Il se redressa immédiatement.

« Vraiment ? »

Avery n’avait jamais proposé d’aller dans un bar où Ramirez voulait aller. Quand il sortait, il buvait avec l’équipe, tandis qu’Avery choisissait des bars calmes, discrets dans son propre quartier. Depuis qu’ils étaient une sorte de couple, Avery ne l’avait jamais accompagné lors d’une sortie, ou n’avait bu un verre avec n’importe qui d’autre du département.

Ramirez se leva rapidement, défaillit, et se reprit.

« J’ai juste le bon endroit », dit-il.




CHAPITRE NEUF


« Carrément ! », rugit Finley dans une hébétude ivre. « Tu as juste descendu six membres du Chelsea Death Squad, y compris Juan Desoto ? Je le crois pas. Putain je le crois pas. Desoto est censé être un monstre. Certains ne croient même pas qu’il existe. »

« Elle l’a fait », jura Ramirez. « J’étais juste là mec. Je te le dis, elle l’a fait. Elle est comme un maître du kung-fu ou quelque chose dans le genre. Tu aurais dû la voir. Aussi rapide que l’éclair. Je n’ai jamais rien vu de tel. Comment as-tu appris à te battre comme ça ? »

« Beaucoup d’heures à la salle de gym », dit Avery. « Pas de vie. Pas d’amis. Seulement moi, un sac, beaucoup de sueur et de larmes. »

« Il faut que tu m’apprennes quelques mouvements », plaida-t-il.

« Tu te débrouillais assez bien toi-même là-bas », dit Avery. « Tu m’as sauvée deux fois, si je m’en souviens bien. »

« C’est vrai. J’ai fait ça », acquiesça-t-il pour que tout le monde puisse entendre.

Ils étaient dans le pub de Joe sur Canal Street, un bar de policiers à quelques pâtés de maisons du poste de police du A1. À la grande table de bois se trouvaient tous ceux qui avaient été dans la précédente équipe d’Avery à la Criminelle : Finley, Ramirez, Thompson et Jones, ainsi que deux autres policiers qui étaient amis avec Finley. Le responsable de la Criminelle pour le A1, Dylan Connelly, se tenait à une autre table non loin, buvant un verre avec certains hommes qui travaillaient dans son unité. De temps à autre, il levait les yeux et jetait des coups d’œil, de toute évidence pour croiser le regard d’Avery ; elle n’y fit jamais attention.

Thompson était la plus grande personne dans le bar tout entier. Pratiquement albinos, il avait une peau extrêmement claire, avec des cheveux blonds fins, et des yeux peu foncés. Un regard saoul se tourna acerbe vers Avery.

« Je pourrais t’affronter », déclara-t-il.

« Je pourrais l’affronter », dit sèchement Finley. « C’est une fille. Les filles ne peuvent pas se battre. Tout le monde sait ça. Ça a dû être un sacré coup de chance. Desoto était malade et ses hommes ont soudain été aveuglés par de la beauté de nana. Impossible qu’elle les batte à plates coutures. Impossible. »

Jones, un Jamaïcain mince et plus âgé, se pencha en avant avec un formidable intérêt.

« Comment tu as eu Desoto ? », demanda-t-il. « Sérieusement. Pas de connerie de sport. Je vais à la gym aussi et regarde-moi. Je prends à peine un kilo. »

« J’ai eu de la chance », dit Avery.

« Ouais, mais comment ? » Il voulait vraiment savoir.

« Jujitsu », dit-elle. « Avant j’étais une coureuse, quand j’étais dans le droit, mais après tout ce scandale, courir en ville n’a plus été mon truc. Je me suis inscrite dans un cours de jujitsu et j’ai passé des heures là-bas chaque jour. Je pense que j’essayais de purger mon âme ou quelque chose comme ça. J’aimais ça. Beaucoup. Tant que mon instructeur m’a donné les clefs de la salle et a dit que je pouvais venir quand je le voulais. »

« Putain de jujitsu », dit Finley comme s’il s’agissait d’un gros mot. « J’ai pas besoin de karaté. J’appelle juste mon équipe et ils y vont pop-pop-pop ! » cria-t-il, et il prétendit tirer avec une mitrailleuse. « Ils descendent tout le monde ! »

Une tournée de shots fut commandée, pour commémorer l’évènement.

Avery joua au billard, aux fléchettes, et arrivé dix heures, elle était ivre. C’était la première fois qu’elle sortait vraiment avec son équipe, et cela lui donnait un véritable sentiment de communauté. Dans un rare moment extrêmement vulnérable, elle passa un bras autour du bien plus petit Finley à la table de billard. « Tu es bien avec moi », dit-elle.

Finley, manifestement abasourdi par son contact et le fait qu’une grande déesse blonde se tienne à côté de lui, fut momentanément sans voix.

Ramirez demeura affalé au bar et assis seul, là où il avait été toute la nuit. Un saut fit presque atterrir Avery à plat ventre sur le sol. Elle passa un bras autour de son cou et l’embrassa sur la joue.

« Ça va mieux ? », demanda-t-elle.

« Ça fait mal. »

« Oh », roucoula-t-elle. « Sortons d’ici. Je vais améliorer ça. »

« Nan », marmonna-t-il.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Ramirez était désemparé quand il se retourna.

« Toi », dit-il. « Tu es incroyable dans tout ce que tu fais. Qu’est-ce que je suis ? J’ai l’impression d’être ton sous-fifre parfois. Tu vois ? Jusqu’à ce que tu arrives, je pensais que j’étais un excellent policier, mais quand nous sommes ensemble je ne vois que mes défauts. Ce matin – qui d’autre aurait pu empêcher ce gars de tirer sur ce policier ? Au port, qui d’autre aurait pu voir ce que tu as vu ? Qui d’autre aurait pu obtenir de Desoto qu’il te laisse entrer dans sa baraque et ensuite le battre ? Tu es juste tellement douée, Avery, que cela me fait remettre en question ma propre valeur. »

« Allez », dit Avery et elle appuya son front contre le sien. « Tu es un super policier. Tu m’as sauvé la vie. Encore. Desoto m’aurait brisé la nuque en deux. »

« N’importe qui aurait pu faire ça », dit-il, et il s’écarta en se trémoussant.

« Tu es le policier le mieux habillé que je connaisse », offrit-elle, « et le policier le plus enthousiaste, et tu me fais toujours sourire avec ton attitude positive. »

« Vraiment ? »

« Ouais », insista-t-elle. « Je me perds trop dans mes esprits. Je pourrais y rester pendant des semaines. Tu m’obliges à sortir de ma coquille et tu me fais sentir comme une femme. »

Elle l’embrassa sur les lèvres.

Ramirez baissa la tête.

« Merci pour ça », dit-il. « Vraiment. Merci. Ça signifie beaucoup pour moi. Je vais bien. Donne-moi juste une minute d’accord ? Laisse-moi finir mon verre et réfléchir à quelques choses. »

« Bien sûr », dit-elle.

Le bar était encore plus bondé que quand ils étaient arrivés. Avery scruta la foule. Thompson et Jones étaient partis. Finley jouait au billard. Il y avait une paire d’autres officiers de leur bureau qu’elle reconnaissait, mais personne qu’elle voulait rencontrer en particulier. Deux hommes bien habillés lui firent un signe de la main et montrèrent du doigt des boissons. Elle secoua la tête.

Des images défilaient dans son esprit : les mains de Desoto autour de son cou, et la femme sur le bateau avec son ombre et son étoile étranges.

Avery commanda un autre verre et trouva une table calme près d’un coin à l’arrière. À quiconque observant, elle savait qu’elle devait paraître folle : une femme solitaire avec un visage roué de coups, les mains sur la table autour d’un verre, et les yeux fermement concentrés sur le néant tandis qu’elle démêlait intérieurement les évènements de la journée pour trouver des liens.

Desoto, impasse.

Les parents, impasse.

Les amis ? Avery réalisa qu’elle devait donner suite avec eux à un moment donné, probablement le plus tôt possible.

Pourquoi le tueur a-t-il dessiné une étoile ?, s’interrogea-t-elle.

Elle réfléchit à l’appartement où son meurtre avait eu lieu, les livres, les habits dans la corbeille, et le tapis manquant. Il est grand, pensa-t-elle, et fort, et il en veut assurément à tout le monde. Les caméras ont été désactivées, ce qui signifie qu’il est aussi furtif. Entrainement militaire ? Peut-être.

Elle cocha une autre case.

Sans aucun doute personnel, cogita-t-elle. Retourne dans le passé de Venemeer. Découvre qui d’autre travaillait au magasin, ou est sorti avec elle à l’école. Dresse une liste. Après que tu aies ta liste, parle peut-être de nouveau aux parents pour qu’ils puissent confirmer.

Les pièces commençaient à se former, les pièces d’un puzzle qu’elle devait encore compléter.

Ramirez se tenait juste devant elle, en train d’observer.

« Salut », dit Avery, et elle se couvrit le virage dans l’embarras.

« Regarde-toi. » Il sourit en retour. « Qu’est-ce que tu fais ? »

Une rougeur peignit ses joues.

« C’est comme ça que je travaille », dit-elle.

Il s’assit à côté d’elle.

« Comment ? », demanda-t-il. « Dis-moi. »

« Je le passe juste en revue…dans mon esprit », dit-elle. « Tous les faits. Toutes les pièces. J’essaie mentalement de chercher des liens. Je crée des listes de vérification des pistes à poursuivre pour que nous ne laissions rien passer à travers les mailles du filet. Il faut que je sois rigoureuse. »




Конец ознакомительного фрагмента.


Текст предоставлен ООО «ЛитРес».

Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/pages/biblio_book/?art=43692503) на ЛитРес.

Безопасно оплатить книгу можно банковской картой Visa, MasterCard, Maestro, со счета мобильного телефона, с платежного терминала, в салоне МТС или Связной, через PayPal, WebMoney, Яндекс.Деньги, QIWI Кошелек, бонусными картами или другим удобным Вам способом.


