Raison de se Cacher 
Blake Pierce


Un Polar Avery Black #3
Un scénario dynamique qui vous saisit dès le premier chapitre et ne vous laisse plus partir. – Midwest Book Review, Diane Donovan (à propos de Sans Laisser de Traces) Par l’auteur de polars n°1 Blake Pierce, un nouveau chef-d’œuvre de suspense psychologique : RAISON DE SE CACHER (Un polar Avery Black – Tome 3) Des cadavres sont retrouvés dans la banlieue de Boston, leurs corps brûlés au-delà de toute possibilité de reconnaissance, tandis que la police prend conscience qu’un nouveau tueur en série dans les rues. Alors que les médias et que la pression augmente, le Département de Police de Boston doit se tourner vers sa plus brillante – et controversée – inspectrice de la criminelle : Avery Black. Avery, encore en train d’essayer de rassembler les morceaux de sa propre vie – sa relation en plein épanouissement avec Ramirez, sa réconciliation avec Rose – se retrouve soudain projetée dans l’affaire la plus éprouvante de sa carrière. Avec de rares preuves à suivre, elle doit pénétrer dans l’esprit d’un tueur psychotique, essayer de comprendre son obsession avec le feu, et quels indices cela offre sur sa personnalité. Sa piste la mène loin dans le pire quartier de Boston, à des confrontations avec ses pires psychopathes – et enfin, à un retournement de situation qu’elle n’aurait jamais pu imaginer. Dans un jeu psychologique de chat et de la souris, une course frénétique contre la montre mène Avery profondément dans le labyrinthe de l’esprit d’un tueur, et dans des lieux qu’elle n’aurait jamais voulu voir. Thriller psychologique ténébreux avec un suspens palpitant, Raison de Se Cacher est le tome 3 d’une nouvelle série captivante – avec un nouveau personnage bien aimé – qui vous laissera à tourner les pages jusque tard dans la nuit. Le tome 4 de la série Avery Black sera bientôt disponible. Un chef-d’œuvre de thriller et de roman policier. Pierce a fait un travail formidable en développant des personnages avec un côté psychologique, si bien décrits que nous nous sentons dans leurs esprits, suivons leurs peurs et applaudissons leur succès. L’intrigue est très intelligente et vous gardera occupés le long du livre. Plein de rebondissements, ce livre vous gardera éveillés jusqu’à avoir tourné la dernière page. Books and movie Review, Roberto Mattos (à propos de SANS LAISSER DE TRACES)







R A I S O N D E S E C A C H E R



(UN POLAR AVERY BLACK – TOME 3)



B L A K E P I E R C E


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série bestseller les ENQUÊTES DE RILEY PAGE, qui inclut les thrillers à suspens SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1), RÉACTION EN CHAÎNE (Tome 2), LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3), et LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4). Blake Pierce est aussi l’auteur des séries d’enquêtes de MACKENZIE WHITE et d’AVERY BLACK.

Lecteur avide et fan depuis toujours de polars et de thrillers, Blake adore recevoir de vos nouvelles. N’hésitez pas à visiter son site internet www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) pour en savoir plus et rester en contact !



Copyright © 2016 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées par la Loi des États-Unis sur le droit d’auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base de données ou système de récupération, sans l’autorisation préalable de l’auteur. Ce livre électronique est réservé sous licence à votre seule jouissance personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d’autres personnes. Si vous voulez partager ce livre avec une tierce personne, veuillez en acheter un exemplaire supplémentaire par destinataire. Si vous lisez ce livre sans l’avoir acheté, ou s’il n’a pas été acheté pour votre seule utilisation personnelle, vous êtes priés de le renvoyer et d’acheter votre exemplaire personnel. Merci de respecter le travail difficile de l’auteur. Il s’agit d’une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les lieux, les évènements et les incidents sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés dans un but fictionnel. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, n’est que pure coïncidence.

Image de couverture : Copyright Dimedrol68, utilisé en vertu d’une licence accordée par Shutterstock.com.


PAR BLAKE PIERCE



LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE

SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1)

REACTION EN CHAINE (Tome 2)

LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3)

LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4)

QUI VA A LA CHASSE (Tome 5)

A VOTRE SANTÉ (Tome 6)

DE SAC ET DE CORDE (Tome 7)



MYSTÈRE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (TOME 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (TOME 2)



POLAR AVERY BLACK

RAISON DE TUER (TOME 1)

RAISON DE COURIR (TOME2)

RAISON DE SE CACHER (TOME 3)

RAISON DE CRAINDRE (TOME 4)



POLAR KERI LOCKE

UNE TRACE DE MORT (TOME 1)

UNE TRACE DE MEURTRE (TOME 2)


TABLE DES MATIÈRES



PROLOGUE (#u4e60c2f8-6961-5a1a-9c46-6c3ef3db1507)

CHAPITRE UN (#ua0016c60-33f0-5bb8-a505-2a7b762160dd)

CHAPITRE DEUX (#uc57ef49e-c5fe-5c21-8fba-9fe49368810e)

CHAPITRE TROIS (#uade69c18-4df3-5556-98c9-13faae7c0da2)

CHAPITRE QUATRE (#u80360830-61c2-5afa-8b36-c03a80c1e679)

CHAPITRE CINQ (#u14e585d3-9bb9-599f-921e-f20ef79999e2)

CHAPITRE SIX (#u7193bbc8-767a-55b6-8e36-e065e3b91a6e)

CHAPITRE SEPT (#u200121d0-e2fc-5c0f-9ead-f7f02aa225ed)

CHAPITRE HUIT (#u9e96fded-3e69-5104-b75d-e932d4cde86b)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-SEPT (#litres_trial_promo)




PROLOGUE


Quand il sortit du terrain vague en le traversant, l’aube consumait les restes de la nuit. Une légère pluie était tombée la nuit précédente, créant un voile de brouillard qui glissait sur le sol. Il marchait lentement, méthodiquement, comme s’il faisait cela tous les matins.

De tous les côtés s’élevaient des fondations de maisons – des maisons qui ne seraient jamais terminées. Il supposait que les structures avaient été construites il y avait cinq ou six ans, seulement pour être laissées à l’abandon quand la crise du logement avait frappé. Pour une raison quelconque, cela l’enrageait. Tant de promesses pour une famille et un entrepreneur, pour finir par échouer misérablement à la fin.

Contre le brouillard, il avait l’air décharné – grand et mince, comme un épouvantail vivant. Son pardessus noir se mêlait parfaitement avec les légères volutes grises. C’était une scène éthérée. Cela lui donnait l’impression d’être comme un fantôme. Cela le faisait se sentir mythique, presque invincible. Il avait le sentiment de faire partie du monde, et que ce dernier faisait partie de lui.

Mais il n’y avait rien de naturel dans sa présence ici. En fait, il avait préparé cela pendant des semaines. Des mois, en réalité. Les années passées n’avaient vraiment fait que l’accompagner, le poussant vers ce moment.

Il marchait à travers le brouillard et écoutait la ville. L’agitation provenait de peut-être un kilomètre et demi de là. Il était dans une partie de la ville oubliée, décrépie, une partie qui avait souffert de l’effondrement économique. Tant d’espoirs et de rêves anéantis jonchaient le sol recouvert de brouillard.

Tout cela lui donnait la volonté de brûler.

Patiemment, il attendait. Il faisait les cent pas sans réel but. Il marchait le long du bord de la rue vide et ensuite dans les zones de construction parmi les squelettes de maisons qui n’avaient jamais été. Il rôdait, attendant qu’une autre silhouette se montre dans la brume. En sachant que l’univers lui en enverrait une.

Enfin, elle apparut.

Avant même que la silhouette ne soit complètement visible, il put la sentir à travers la faible lumière de l’aube et le brouillard rampant. L’ombre était féminine.

C’est ce pour quoi il avait attendu. Le destin était en train d’être tissé juste devant lui.

Avec le cœur tambourinant dans sa poitrine, il s’avança, faisant de son mieux pour paraître naturel et calme. Il ouvrit la bouche et commença à appeler un chien qui n’était pas là. Dans le brouillard, sa voix ne sonnait pas comme la sienne, elle était fluette et hésitante, comme un fantôme.

Il tendit la main dans la poche de son long manteau et en sortit une laisse pour chien rétractable qu’il avait acheté le jour précédent.

« Sweet Pea ! », s’écria-t-il.

C’était le genre de nom qui rendrait perplexe un passant avant même qu’ils n’aient vraiment eu le temps de lui accorder un second regard.

« Sweet Pea ! »

La silhouette de la femme s’approcha, marchant à travers le brouillard. Il dit qu’elle avait son propre chien, le sortant pour sa balade du matin. C’était un de ces petits chiens prétentieux, qui ressemblait plus à un rat. Bien sûr, il savait cela d’elle. Il savait à peu près tout de son emploi du temps du matin.

« Tout va bien ? », demanda la femme.

Il pouvait maintenant voir son visage. Elle était bien plus jeune qu’il ne l’était. Vingt ans, au moins.

Il tendit la laisse vide et lança à la femme une sorte de sourire triste. « Ma chienne s’est échappée. Je suis à peu près sûr qu’elle est allée dans cette direction, mais je ne l’entends pas. »

« Oh non », dit la femme.

« Sweet Pea ! », hurla-t-il encore.

Aux pieds de la femme, son petit chien leva la patte et urina. Elle parut à peine le remarquer. Elle le regardait à présent. Quelque chose de très proche de l’identification emplit ses yeux. Elle inclina la tête. Un sourire incertain toucha les coins de sa bouche. Elle fit un minuscule pas en arrière.

Il tendit la main dans l’autre poche de son manteau et enserra le manche du marteau qu’il avait caché là. Il le sortit à une vitesse qui le surprit même lui.

Il la frappa durement avec au sommet de la tête. Le bruit que cela fit dans le lotissement calme, dans la couverture de brouillard, ne fut presque rien. Thunk.

Ses yeux devinrent vitreux. Quand elle s’effondra par terre, les traces de ce petit sourire s’étiraient encore aux commissures de sa bouche.

Son petit chien la renifla puis leva les yeux vers lui. Il poussa un petit aboiement pathétique. Lui s’avança et grogna légèrement. Le chien urina un peu plus, recula, et ensuite partit du terrain en courant, sa laisse traînant derrière lui.

Il rangea dans sa poche le marteau et la laisse inutiles. Il baissa ensuite le regard sur son corps pendant un moment et lentement tendit les mains vers lui, le seul bruit restant étant celui des aboiements du chien, résonnant sans fin dans la marée de brouillard matinale.




CHAPITRE UN


Avery posa le dernier des cartons sur le sol du nouvel appartement de sa fille et eut envie de pleurer. Le camion de déménagement s’était éloigné du trottoir en bas il y avait cinq minutes et il n’y avait pas de retour en arrière : Rose avait un appartement à elle. Avery sentit le creux dans son estomac s’agrandir ; c’était complètement différent d’elle vivant dans un dortoir universitaire, où il y avait des amis à chaque coin et la sécurité de la police du campus.

Rose vivrait seule maintenant. Et Avery ne l’avait toujours pas accepté. Il y avait peu de temps, Rose avait été mise en danger à cause de la dernière affaire d’Avery – et c’était quelque chose pour laquelle Avery entretenait encore une énorme culpabilité. De savoir Rose dehors toute seule après une telle épreuve paraissait irresponsable pour Avery. Cela la faisait se sentir comme une ratée en tant que mère. Cela la rendait aussi extrêmement effrayée pour sa fille. Et cela voulait dire quelque chose, venant d’une inspectrice de la Criminelle décorée.

Elle a dix-huit ans, pensa Avery. Tu ne peux pas t’accrocher à elle éternellement, en particulier quand ton emprise sur elle était lâche, voire inexistante, durant sa jeunesse.

Comment Rose avait-elle grandi si vite ? Comment était-elle devenue une femme si belle, indépendante et déterminée ? Avery ne pouvait certainement pas s’en attribuer le mérite, puisqu’elle avait été absente de la plus grande partie de la vie de Rose.

Tout cela mis de côté, elle se sentait fière de regarder sa fille pendant qu’elle déballait sa propre vaisselle et la rangeait dans ses propres placards. Malgré l’enfance et l’adolescence tumultueuses qu’elle avait affrontées, Rose avait réussi. L’avenir lui appartenait, et il commençait en mettant sa vaisselle du magasin à prix unique dans les placards de son premier appartement.

« Je suis fière de toi, ma fille », dit Avery. Elle se fraya un passage à travers le labyrinthe de cartons qui occupaient le sol du salon de Rose.

« Pour quoi ? », dit Rose.

« Pour avoir survécu », dit Avery avec un rire. « Je sais que je ne t’ai pas facilité les choses. »

« Tu ne l’as pas fait. Mais Papa s’est bien débrouillé. Et ce n’est pas contre toi. »

Avery éprouva une pointe de regret.

« Je sais. »

Avery savait qu’un tel aveu était dur pour Rose. Avery savait que sa fille essayait encore de comprendre les bases de leur relation. Pour une mère et une fille habituellement séparées, la réconciliation était assez difficile. Mais elles avaient toutes les deux traversé l’enfer récemment. De Rose traquée par un tueur en série et déplacée dans une planque, aux troubles du stress post-traumatique avec lesquels Avery lutait après être accourue au secours de Rose, il y avait des obstacles de la taille d’une montagne à surmonter. Et même quelque chose d’aussi simple que monter des cartons dans le nouvel appartement de sa fille était un énorme pas sur la voie pour réparer la relation qu’Avery voulait tant avoir avec elle.

Franchir ce pas nécessitait une sorte de normalité – une normalité qui n’était pas toujours disponible dans le monde d’une inspectrice obsédée par le travail.

Elle rejoignit Rose dans la cuisine et l’aida à déballer les cartons étiquetés CUISINE. Pendant qu’elles œuvraient ensemble pour les défaire, Avery se sentit de nouveau au bord des larmes.

Mais que diable ? Quand suis-je devenue si émotive ?

« Tu penses que tu te débrouilleras ? », demanda Avery, faisant ce qu’elle pouvait pour maintenir la conversation. « Ce n’est pas un dortoir universitaire. Tu es légitimement seule. Tu es prête pour ça après…eh bien, après tout ce que tu as traversé ? »

« Oui, Maman. Je ne suis plus une petite fille. »

« Bon, c’est parfaitement clair. »

« En plus », dit-elle en sortant le dernier plat et en mettant de côté le carton vide, « je ne suis plus exactement seule. »

Et voilà. Rose avait été un peu distraite ces derniers temps mais aussi de bonne humeur, et une bonne humeur décelable était un fait rare pour Rose Black. Avery avait pensé qu’il pourrait y avoir un garçon d’impliqué et cela ouvrait une boîte de Pandore complètement différente qu’Avery n’était pas prête à gérer. Elle avait manqué la discussion sur les règles avec Rose, manqué les détails de son premier béguin, sa première danse, et son premier baiser. Maintenant qu’elle devait affronter la perspective de la potentielle vie amoureuse de sa fille de dix-huit ans, elle comprenait combien de choses elle avait manquées.

« Que veux-tu dire ? », demanda Avery.

Rose se mordit une lèvre, comme si elle regrettait d’avoir dit quoi que ce soit.

« Je…eh bien, j’ai peut-être rencontré quelqu’un. »

Elle l’avait dit nonchalamment et un peu d’un ton sans appel, faisant bien comprendre qu’elle n’était pas intéressée pour en parler.

« Ah oui ? », demanda Avery. « Quand était-ce ? »

« Il y a environ un mois », dit Rose.

Exactement la durée pendant laquelle j’ai remarqué sa meilleure humeur, pensa Avery. Parfois il était étrange de constater la manière dont ses compétences se superposaient à sa vie privée.

« Mais…il ne vit pas ici, n’est-ce pas ? », demanda Avery.

« Non, Maman. Mais il pourrait être souvent là. »

« Ce n’est pas le genre de choses que la mère d’une fille de dix-huit ans veut entendre », dit Avery.

« Bon sang, Maman. J’irai bien. »

Avery savait qu’elle devrait laisser ça de côté. Si rose voulait lui parler de ce garçon, elle le ferait en temps voulu. Faire pression sur elle ne ferait qu’empirer les choses.

Mais une fois encore, son instinct du travail prit le dessus et elle ne put s’empêcher de poser plus de questions.

« Je peux le rencontrer ? »

« Hum, absolument pas. Pas encore, en tout cas. »

Avery sentit l’opportunité d’aller plus loin dans la conversation – la conversation embarrassante sur les relations sexuelles protégées, le risque de maladies et de grossesse adolescente. Mais elle avait presque le sentiment qu’elle n’avait pas ce droit, étant donné leur relation tendue.

Étant une inspectrice de la Criminelle, cependant, il était impossible de ne pas s’inquiéter. Elle connaissait le calibre des hommes là dehors. Elle n’avait pas vu que des meurtres, mais plusieurs cas de violence conjugale. Et même si ce gars dans la vie de Rose était peut-être un parfait gentleman, il était bien plus aisé pour Avery de supposer qu’il était une menace.

À un certain point, toutefois, ne devait-elle pas faire confiance aux instincts de sa fille ? Ne venait-elle pas juste de complimenter Rose sur combien elle avait bien réussi malgré son éducation ?

« Sois juste prudente », dit Avery.

Rose était manifestement embarrassée. Elle leva les yeux au ciel et commença à déballer des DVD dans le petit salon qui était attenant à la cuisine.

« Et toi ? », demanda Rose. « Tu ne te lasses jamais d’être seule ? Tu sais…Papa est encore seul, lui aussi. »

« Je suis au courant de ça », dit Avery. « Mais ce ne sont pas mes affaires. »

« C’est ton ex-mari », fit remarquer Rose. « Et il est mon père. Donc ouais, c’est en quelque sorte tes affaires. Cela pourrait te faire un peu de bien de le voir. »

« Cela ne serait bien pour aucun de nous », répondit Avery. « Si tu le lui demandais, je suis sûre qu’il te dirait la même chose. »

Avery savait que c’était vrai. Bien qu’ils n’aient jamais parlé de se remettre ensemble, il y avait un accord non dit entre eux – quelque chose qu’ils avaient senti dans l’air depuis qu’elle avait perdu son travail en tant qu’avocate et avait essentiellement ruiné sa vie dans les semaines qui avaient suivi. Ils se toléraient l’un l’autre pour Rose. Même s’il y avait là des sentiments mutuels d’amour et de respect, ils savaient tous les deux qu’il n’y aurait pas de retour ensemble. Jack était seulement inquiet pour les mêmes choses qu’elle. Il voulait qu’Avery passe plus de temps avec Rose. Et cela dépendait d’elle de trouver comment faire ça. Elle avait passé du temps à imaginer un plan au cours des dernières semaines et même si cela nécessiterait un sacrifice de sa part, elle était prête à essayer.

Voyant que le sujet sensible de Jack passait déjà comme un nuage d’orage, Avery essaya d’aborder le sujet de ce sacrifice. Il n’y avait pas de manière subtile d’y parvenir, donc elle se lança et le dit.

« Je pensais peut-être demander une charge de travail plus légère pendant les quelques prochains mois. J’ai pensé que toi et moi devrions vraiment donner aux choses une véritable chance. »

Rose s’arrêta pendant une minute. Elle avait l’air pris de court, sincèrement surprise. Elle fit un léger signe de la tête de reconnaissance puis retourna à son déballage. Elle émit un petit hmmmph.

« Quoi ? », demanda Avery. »

« Mais tu adores ton travail. »

« C’est vrai », convint Avery. « Mais j’ai réfléchi à être transférée hors de la Criminelle. Si je faisais ça, mon emploi du temps se libèrerait un peu. »

Rose cessa alors complètement de déballer. Un éventail d’expression traversa son visage en l’espace d’une seconde. Avery était satisfaite de voir que l’une d’elles ressemblait beaucoup à de l’espoir.

« Maman, tu n’as pas à faire ça. » Sa voix était douce et spontanée, presque comme celle de la petite fille dont Avery pouvait facilement se souvenir. « C’est comme déraciner ta vie. »

« Non, ça ne l’est pas. Je vieillis et je me rends compte que j’ai manqué beaucoup de trucs de famille. C’est ce que j’ai besoin de faire pour passer à autre chose…pour m’améliorer. »

Rose s’assit sur le canapé, jonché de cartons et de vêtements. Elle leva les yeux vers Avery, la lueur de l’espoir encore sur son visage.

« Tu es certaine que c’est ce que tu veux ? », demanda-t-elle.

« Je ne sais pas. Peut-être. »

« Aussi », dit Rose, « je vois de qui je tiens ma super capacité à esquiver un sujet. Tu as évité le fait d’être seule à chaque fois assez rapidement. »

« Tu l’as remarqué, n’est-ce pas ? »

« Oui. Et pour être honnête, je pense que Papa l’a fait aussi. »

« Rose— »

Rose se tourna vers elle.

« Tu lui manques, Maman. »

Avery s’avachit. Elle se tint là, silencieuse pendant un moment, incapable de répondre.

« Il me manque aussi parfois », admit Avery. « Juste pas assez pour l’appeler et déterrer le passé. »

Tu lui manques, Maman.

Avery laissa cela rentrer. Elle pensait rarement à Jack dans un quelconque sens romantique. Elle avait dit la vérité, cependant. Il lui manquait. Son sens de l’humour bizarre, la manière dont son corps paraissait toujours un peu trop froid le matin, comment son besoin de sexe était presque drôlement prévisible, tout cela lui manquait. Plus que tout, néanmoins, le voir être un excellent père lui manquait. Mais tout cela avait disparu à présent, une partie d’une vie qu’Avery essayait de toutes ses forces de mettre derrière elle.

Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de se demander ce qui aurait pu être, réalisant qu’elle avait eu une chance d’avoir une vie merveilleuse. Une vie avec des palissades de piquets blancs, des kermesses pour l’école, et des dimanches après-midi paisibles dans le jardin.

Mais la chance pour avoir cela était passée. Rose avait manqué sur cette image parfaite et Avery se le reprochait encore.

« Maman ? »

« Pardon, Rose. Je ne vois simplement pas ton père et moi combler le fossé, tu sais ? En plus », ajouta-t-elle, et elle prit une grande inspiration, se préparant mentalement à la réaction de Rose, « peut-être que tu n’es pas la seule à avoir rencontré quelqu’un. »

Rose se tourna vers elle, et Avery fut soulagée de la voir sourire. Elle regardait vers sa mère avec cette sorte de sourire malicieux que des amies pourraient échanger par-dessus des cocktails tout en parlant d’hommes. Cela réchauffa le cœur d’Avery d’une manière dont elle n’était pas préparée, et qu’elle ne pouvait non plus expliquer.

« Quoi ? », demanda Rose, feignant la stupéfaction. « Toi ? Des précisions, s’il te plaît. »

« Il n’y a pas encore de détails. »

« Eh bien, qui est-ce ? »

Avery eut un petit rire en se rendant compte à quel point cela paraîtrait absurde. Bon sang, elle avait à peine dit au gars ce qu’elle ressentait. Le prononcer à haute voix devant sa fille serait un peu surréaliste.

Malgré tout, elle et Rose faisaient des progrès. Cela n’avait aucun sens de le réprimer en raison de son propre embarras d’éprouver des sentiments pour un homme qui n’était pas le père de Rose.

« C’est un homme avec qui je travaille. Ramirez. »

« Vous avez couché ensemble ? »

« Rose ! »

Rose haussa les épaules. « Eh…tu voulais une relation ouverte et honnête avec ta fille, non ? »

« Oui, j’imagine que c’est le cas », dit-elle avec un sourire. « Et non…nous n’avons pas couché ensemble. Mais je craque pour lui en quelque sorte. Il est gentil. Drôle, sexy, et il a ce charme en lui qui m’ennuyait avant mais maintenant…c’est attirant d’une certaine manière. »

« Est-ce qu’il ressent la même chose ? », demanda Rose.

« Oui. Ou…c’était le cas. Je pense que j’ai tout raté. Il a été patient mais je pense que sa patience s’est tarie. » Ce qu’elle garda pour elle était qu’elle avait pris la décision de dire à Ramirez ce qu’elle ressentait mais n’avait pas encore trouvé le courage de le faire.

« Est-ce que tu l’as repoussé ? », demanda Rose.

Avery sourit.

« Mince, tu es perspicace. »

« Je te le dis…c’est génétique. »

Rose esquissa de nouveau un grand sourire, elle paraissait avoir oublié pour le déballage pour le moment.

« Fonce, Maman ! »

« Oh mon dieu. »

Rose rit et Avery se joignit rapidement à elle. C’était bien le plus vulnérable qu’elles aient été l’une envers l’autre depuis qu’elles avaient commencé à œuvrer dans l’optique de réparer leur relation. Soudain, l’idée de se retirer de la Criminelle et de prendre un peu de congés au travail parut être une nécessité plutôt qu’une idée optimiste.

« Tu fais quelque chose ce week-end ? », demanda Avery.

« Défaire les cartons. Peut-être un rendez-vous avec Ma—le garçon qui demeurera anonyme pour le moment. »

« Que dirais-tu d’une journée entre filles avec ta mère demain ? Déjeuner, un film, pédicure. »

Rose plissa le nez à cette idée mais parut ensuite l’envisager sérieusement. « Est-ce que je peux choisir le film ? »

« S’il le faut. »

« Ça a l’air sympa », dit Rose avec une pointe d’excitation. « Compte sur moi. »

« Génial », dit Avery. Elle ressentit ensuite une incitation – un besoin de poser une question qui semblait bizarre mais serait cruciale pour que leur relation progresse. Sachant que ce qu’elle était sur le point de demander à sa fille était mortifiant mais aussi, d’une manière très étrange, libérateur.

« Donc tu serais d’accord avec le fait que je passe à autre chose ? », demanda Avery.

« Que veux-tu dire ? », demanda Rose. « Par rapport à Papa ? »

« Oui. Par rapport à Papa et toute cette partie-là de ma vie – la partie de ma vie qui a rendu les choses difficiles pour nous tous. Une grande partie de moi tournant la page pour tout ça implique de ne pas être enchaînée par la culpabilité pour ce qui a pu se passer. Et je dois m’éloigner de ton père pour ça. Je l’aimerai et le respecterai toujours pour t’avoir élevée pendant que je n’étais pas là mais il constitue la majeure partie de la vie dont je dois m’écarter. Tu saisis ça ? »

« Oui », dit Rose. Sa voix était redevenue douce et vulnérable. L’entendre poussa Avery à aller jusqu’au canapé et l’enlacer. « Et tu n’as pas besoin de ma permission, Maman », poursuivit Rose. « Je sais que tu essayes. Je peux le voir. Je peux vraiment le voir. »

Pour la troisième fois en quinze minutes, Avery se sentit proche des larmes. Elle soupira, et repoussa l’envie pressante de pleurer.

« Comment est-il possible que tu t’avères être si gentille ? », demanda Avery.

« Les gênes », dit Rose. « Tu as peut-être commis quelques erreurs, Maman. Mais tu as toujours été une sorte de dure à cuire. »

Avant même qu’Avery ait eu le temps de formuler une réponse, Rose s’avança et l’enlaça. C’était une étreinte sincère – quelque chose qu’elle n’avait pas ressenti de la part de sa fille depuis un moment.

Cette fois-ci, Avery laissa les larmes venir.

Elle ne pouvait pas se souvenir de la dernière fois où elle avait été au moins aussi heureuse. Pour la première fois depuis très longtemps, elle eut l’impression qu’elle prenait vraiment des mesures pour échapper aux erreurs de son passé.

Une grande partie de cela consisterait à parler à Ramirez et lui faire savoir qu’elle en avait fini de dissimuler ce qui avait grandi entre eux. Elle voulait être avec lui – quoi que ça en l’air. Soudain, avec les bras de sa fille autour d’elle, Avery ne pouvait attendre d’avoir cette discussion avec lui.

En fait, elle espérait que cela irait bien plus loin qu’une conversation. Elle espérait qu’ils finiraient par faire bien plus que seulement parler, laissant enfin la tension qui s’était accumulée entre eux prendre le dessus.




CHAPITRE DEUX


Elle rencontra Ramirez trois heures plus tard, juste après que son service se soit terminé. Il avait répondu à son appel avec assez d’enthousiasme mais avait paru fatigué. C’est la raison pour laquelle ils avaient choisi de se voir le long de la rivière Charles, sur un des nombreux bancs qui la surplombaient depuis les chemins autour de la berge orientale du cours d’eau.

Alors qu’elle se dirigeait tranquillement vers le banc sur lequel ils s’étaient mis d’accord, elle vit qu’il venait juste d’arriver. Il était en train de s’asseoir, regardant de l’autre côté de la rivière. La fatigue dans sa voix se voyait sur son visage. Il avait l’air calme, cependant. Elle avait remarqué cela chez lui en de nombreuses occasions, comment il devenait silencieux et introspectif quand il était en présence d’une vue sur la ville.

Elle s’approcha de lui et il se tourna vers elle quand il entendit le bruit de ses pas. Il lui adressa son sourire engageant et juste comme ça, il n’eut plus l’air fatigué. Une des nombreuses choses qu’Avery aimait chez Ramirez était la manière dont il la faisait se sentir quand il la regardait. Il était clair qu’il y avait plus qu’une simple attirance ; il la regardait avec appréciation et respect. Cela, plus le fait qu’il lui avait dit qu’elle était belle chaque jour, la faisait se sentir plus rassurée et désirée que ce dont elle pouvait se souvenir.

« Longue journée ? », lui demanda Avery en le rejoignant sur le banc.

« Pas vraiment », dit Ramirez. « Elle a été remplie de tâches inutiles. Plaintes pour tapage. Une bagarre dans un bar devenu un peu sanglante. Et je ne me fous pas de toi, j’ai même reçu un appel pour un chien qui avait poursuivi un gamin jusqu’à un arbre. »

« Un gamin ? »

« Un gamin », dit Ramirez. « La vie palpitante d’un inspecteur quand la ville est calme et ennuyeuse. »

Ils contemplèrent tous deux la rivière dans un silence qui, au fil des dernières semaines, avait commencé à devenir confortable. Bien qu’ils ne soient pas techniquement un couple, ils en étaient arrivés à apprécier le temps ensemble qui n’était pas comblé de discussions seulement dans le but de parler. Lentement et délibérément, Avery tendit la main et prit la sienne.

« Marche avec moi, tu veux bien ? »

« Bien sûr », dit-il, en lui serrant la main.

Même se tenir la main était quelque chose de monumental pour Avery. Elle et Ramirez se tenaient fréquemment la main et s’étaient brièvement embrassés à quelques occasions – mais tenir intentionnellement sa main était hors de sa zone de confort.

Mais c’est en train de devenir agréable, pensa-t-elle alors qu’ils commençaient à marcher. Bon sang, c’est agréable depuis un moment maintenant.

« Tu vas bien ? », demanda Ramirez.

« Oui », dit-elle. « J’ai passé une très bonne journée avec Rose. »

« Les choses commencent enfin à paraître normales de ce côté-là ? », demanda-t-il.

« Loin de la normalité », dit Avery. « Mais ça y arrive. Et en parlant d’y arriver… »

Elle marqua une pause, perplexe quant à la raison pour laquelle il était si dur pour elle de dire ce qu’elle voulait dire. À cause de son passé, elle savait qu’elle était émotionnellement forte…donc pourquoi était-ce si difficile de vraiment s’exprimer quand c’était important ?

« Ça va avoir l’air niais », dit Avery. « Donc s’il te plaît soit patient avec moi et garde à l’esprit mon extrême vulnérabilité. »

« D’accord… », dit Ramirez, manifestement confus.

« Cela fait quelque temps que je sais que j’ai besoin d’effectuer quelques changements. Une grande partie de cela est venue en essayant d’arranger les choses avec Rose. Mais il y a d’autres éléments, aussi. Des choses que j’ai presque été trop effrayée pour les admettre à moi-même. »

« Comme quoi ? », dit Ramirez.

Elle pouvait sentir qu’il commençait à être un peu mal à l’aise. Ils avaient été francs l’un envers l’autre auparavant, mais jamais vraiment à ce point-là. C’était bien plus ardu que ce à quoi elle s’était attendue.

« Écoute…je sais que j’ai gâché les choses entre nous, en gros », dit Avery. « Tu as fait preuve d’une patience extrême et de compréhension pendant que résolvait mes problèmes. Et je sais que je n’ai pas arrêté de t’attirer peu à peu seulement pour te repousser. »

« Ce serait exact, oui », dit Ramirez avec un soupçon d’humour.

« Je ne peux pas m’excuser assez pour ça », dit Avery. « Et si tu pouvais chercher dans ton cœur pour passer outre mon hésitation et mes craintes…j’aimerais vraiment avoir une autre chance. »

« Une chance pour quoi ? », dit Ramirez.

Il va m’obliger à me lancer et à la dire, pensa-t-elle. Et je mérite un peu ce traitement.

La soirée se transformait en crépuscule et il n’y avait que quelques rares personnes dehors le long des trottoirs et sentiers qui serpentaient autour de la rivière. C’était une scène pittoresque, comme quelque chose de sorti de ces films qu’elle détestait regarder d’ordinaire.

« Une chance pour nous », dit Avery.

Ramirez arrêta de marcher mais garda sa main dans la sienne. Il la dévisageait avec ses yeux marron foncé et soutint son regard. « Ça ne peut pas être une chance », dit-il. « Il faut que ce soit quelque chose de réel. Quelque chose de sûr. Je ne peux pas continuer à t’avoir en train de persister et persister, en me laissant toujours dans le doute. »

« Je sais. »

« Donc si tu peux me faire savoir ce que tu veux dire par nous, alors je le prendrai en considération. »

Elle ne pouvait dire s’il était sérieux ou s’il essayait juste de lui donner du fil à retordre. Elle cilla et lui serra les mains.

« Bon sang », dit-elle. « Tu ne vas pas me faciliter les choses, n’est-ce pas ? »

« Eh bien, je pense que je— »

Elle l’interrompit en l’attirant vers elle et en l’embrassant. Par le passé, leurs baisers avaient été brefs, maladroits, et pleins de son hésitation habituelle. Mais maintenant elle s’y abandonnait. Elle le tira aussi près que leurs corps pouvaient le permettre et l’embrassa avec le plus de passion qu’elle ait mis dans n’importe quelle sorte de contact physique depuis la dernière année heureuse de mariage avec Jack.

Ramirez ne prit pas la peine d’essayer de la repousser. Elle savait qu’il avait voulu cela depuis longtemps maintenant et elle pouvait sentir l’empressement courir à travers lui.

Ils s’embrassèrent comme des adolescents amoureux au bord de la rivière Charles. C’était un baiser doux mais passionné qui vibrait de la frustration sexuelle qui avait grandi entre eux pendant plusieurs mois.

Quand leurs langues se rencontrèrent, Avery sentit une poussée d’énergie passer à travers elle —une énergie dont elle savait qu’elle voulait l’utiliser d’une certaine manière.

Elle mit fin aux baisers et appuya son front contre le sien. Ils se regardèrent l’un l’autre pendant plusieurs secondes dans cette posture, profitant du silence et du poids de ce qu’ils venaient juste de faire. Une ligne avait été franchie. Et dans le silence tendu, ils sentirent qu’il y en avait encore bien plus à traverser.

« Tu es sûre de ça ? », demanda Ramirez.

« Je le suis. Et je suis désolée qu’il m’ait fallu tant de temps pour le réaliser. »

Il l’attira plus près et l’enlaça. Elle sentit quelque chose de semblable à du soulagement dans son corps, comme si un énorme poids lui avait été retiré.

« J’aimerais tenter le coup », dit Ramirez.

Il brisa leur étreinte et l’embrassa de nouveau, doucement, au bord de la bouche.

« Je pense qu’il faut que nous célébrions cette occasion. Tu veux allez dîner ? »

Elle soupira et lui lança un sourire incertain. Elle avait déjà surmonté une barrière émotionnelle en lui avouant ses sentiments pour lui. Quel mal cela pouvait-il faire de continuer à être ouvertement honnête avec lui maintenant ?

« Je pense que nous devons fêter ça », dit-elle. « Mais dans l’immédiat, à cet instant même, je ne suis pas très intéressée par un dîner. »

« Donc que veux-tu faire ? », demanda-t-il.

Son inconscience était plus que séduisante. Elle se pencha et murmura à son oreille, appréciant de le sentir contre elle-même et l’odeur de sa peau.

« Allons chez toi. »

Il la repoussa et la regarda avec le même sérieux qu’auparavant, mais à présent il y avait là quelque chose d’autre aussi. C’était quelque chose qu’elle avait vu dans ses yeux de temps en temps – quelque chose qui ressemblait beaucoup de l’excitation et était né d’un besoin physique.

« Ouais ? », dit-il avec incertitude.

« Ouais », dit-elle.

Tandis qu’ils se hâtaient à travers la pelouse, vers le parking où ils avaient tous deux garé leurs voitures, ils gloussaient comme des enfants. C’était approprié, car Avery ne pouvait se souvenir de la dernière fois qu’elle s’était sentie aussi épanouie, excitée, et libre.



***



La passion qu’ils avaient ressentie au bord de la rivière était encore présente quand Ramirez ouvrit la porte de son appartement. Il y avait une part d’Avery qui voulait sauter sur lui sur-le-champ, avant même qu’il n’ait eu le temps de fermer la porte derrière lui. Il s’était légèrement caressé l’un l’autre durant tout le trajet jusqu’à cet endroit et maintenant qu’ils étaient là, Avery avait l’impression qu’ils étaient au bord de quelque chose de monumental.

Quand Ramirez ferma la porte, Avery fut surprise quand il ne vint pas immédiatement vers elle. À la place, il traversa le salon et alla dans sa modeste cuisine, où il se versa un verre d’eau.

« De l’eau ? », demanda-t-il.

« Non merci », dit-elle.

Il but dans son verre et regarda dehors par la fenêtre de la cuisine. La nuit était tombée et les lumières de la ville étincelaient à travers la vitre.

Avery le rejoignit dans la cuisine et lui prit malicieusement le verre d’eau. « Qu’est-ce qu’il y a ? », demanda-t-elle.

« Je ne veux pas le dire », dit-il.

« Est-ce que…hum, as-tu changé d’avis me concernant ? », demanda-t-elle. « Toute l’attente a-t-elle fait que tu as arrêté de me vouloir ? »

« Mon Dieu non », dit-il. Il passa ses bras autour de sa taille et elle put voir qu’il essayait de formuler les bons mots.

« Nous pouvons attendre », dit-elle, espérant qu’il ne la prendrait pas au mot.

« Non », dit-il, avec un peu d’insistance. « C’est juste…merde. Je ne sais pas. »

C’était une surprise pour Avery. Avec tous ses flirts magistraux et ses paroles séduisantes au cours des derniers mois, elle avait été sûre qu’il aurait été un peu agressif quand et si le moment venait. Mais dans l’immédiat, il ne paraissait pas certain de lui-même – presque nerveux.

Elle se pencha et embrassa le coin de sa mâchoire. Il soupira et s’appuya contre elle.

« Qu’y a-t-il ? », demanda-t-elle, ses lèvres effleurant sa peau tout en parlant.

« C’est seulement que c’est réel maintenant, tu vois ? Ce n’est pas juste le coup d’une nuit. C’est pour de vrai. Tu comptes vraiment pour moi, Avery. Vraiment. Et je ne veux pas précipiter les choses.

« Nous avons tourné autour de ça durant les quatre derniers mois », dit-elle. « Je ne pense pas que ce soit de la précipitation. »

« Bon point », dit-il. Il l’embrassa sur la joue, ensuite sur le peu d’épaule que son t-shirt exposait. Ses lèvres trouvèrent ensuite son cou et quand il l’embrassa là, elle pensa qu’elle pourrait s’effondrer par terre à cet endroit même, l’entraînant avec elle.

« Ramirez ? », dit-elle, refusant encore d’utiliser son prénom par espièglerie.

« Oui ? », demanda-t-il, son visage encore en train de frôler son cou et d’y déposer des baisers.

« Emmène-moi à la chambre. »

Il l’attira plus près, la souleva, et lui permit d’enrouler ses jambes autour de sa taille. Ils commencèrent à s’embrasser et il lui obéit. Il la porta lentement jusqu’à la chambre et le temps qu’il ferme la porte, Avery était tellement plongée dans l’instant qu’elle ne l’entendit jamais se refermer.

Tout ce dont elle avait conscience était ses mains, sa bouche, son corps bien entretenu se pressant contre le sien tandis qu’il l’allongeait sur le lit.

Il interrompit leur baiser assez longtemps pour demander : « Tu es sûre de ça ? »

Comme si elle avait besoin d’une raison de plus de le désirer, et ce fut bon. Il se souciait sincèrement d’elle et ne voulait pas gâcher ce qu’ils avaient.

Elle acquiesça et le tira sur elle.

Et ensuite, pendant un moment, elle ne fut plus une inspectrice de la Criminelle frustrée ou une mère en difficulté, ou une fille qui avait regardé sa mère mourir des mains de son père. Elle était seulement Avery Black alors…une femme comme toutes les autres, profitant des plaisirs que la vie avait à offrir.

Elle avait presque oublié comment c’était.

Et une fois qu’elle eut commencé à se familiariser avec eux, elle se jura qu’elle ne se permettrait jamais de les oublier à nouveau.




CHAPITRE TROIS


Avery ouvrit les yeux et regarda le plafond étranger au-dessus de sa tête. La lumière feutrée de l’aube rentrait à travers la fenêtre de la chambre, se déversant sur son corps majoritairement nu. Elle peignait aussi le dos nu de Ramirez à côté d’elle. Elle se tourna légèrement et sourit d’un air endormi. Il dormait encore, le visage tourné à l’opposé d’elle.

Ils avaient fait l’amour deux fois la nuit précédente, prenants deux heures entre chaque session pour prendre un dîner rapide et discuter de comment coucher ensemble pourrait compliquer leur relation au travail s’ils n’étaient pas prudents. Il avait été près de minuit quand ils s’étaient finalement assoupis côte à côte. Avery était somnolente et ne pouvait se rappeler quand elle s’était endormie, mais elle se souvenait de son bras autour de sa taille.

Elle voulait encore ça… cette sensation d’être désirée et d’être en sécurité. Elle pensa à faire courir le bout de ses doigts le long de la base de sa colonne vertébrale (ainsi qu’à d’autres endroits, peut-être) juste pour le réveiller et qu’il puisse la tenir dans ses bras.

Mais elle n’en eut pas l’occasion. L’alarme de la messagerie de son téléphone se déclencha. Celle de Ramirez aussi. Ils sonnèrent ensemble, un phénomène qui ne pouvait signifier qu’une chose : c’était en lien avec le travail.

Ramirez se redressa rapidement. Quand il le fit, le drap glissa de lui et dévoila tout. Avery jeta un coup d’œil, incapable de résister à elle-même. Il prit son téléphone sur la table de chevet et le regarda avec des yeux brouillés. Pendant qu’il faisait cela, Avery récupéra son propre téléphone de la pile de vêtements par terre.

Le message était de Dylan Connelly, le superviseur de la Criminelle au A1. À la manière typique de Connelly, le message était direct et venait au fait.



Corps découvert. Sévèrement brûlé. Peut-être un traumatisme à la tête.

Ramenez vos fesses sur un terrain en construction abandonné sur Kirkley Street MAINTENANT.



« Eh bien, c’est sympa de se réveiller à la première heure de la matinée », marmonna-t-elle.

Ramirez descendit du lit, encore complètement nu, et s’installa avec elle par terre. Il l’attira près de lui et dit, « Oui, ça c’est une manière sympa de se réveiller à la première heure de la matinée. »

Elle s’appuya contre lui, un peu alarmée de voir à quel point elle était irrationnellement contente à cet instant. Elle grommela de nouveau et se mit debout.

« Merde », dit-elle. « Nous allons être en retard sur la scène de crime. Il faut que je prenne ma voiture et que je retourne chez moi pour changer de vêtements. »

« Nous serons ok », dit Ramirez tout en commençant à s’habiller. « Je renverrai un message dans quelques minutes, pendant que nous serons en route vers ta voiture. Tu espaces le tien. Peut-être que le son du message ne t’a pas réveillée. Peut-être a-t-il fallu que je t’appelle pour te réveiller. »

« Ça a l’air trompeur », dit-elle, en enfilant son pull.

« Malin, voilà ce que c’est », dit-il.

Ils se sourirent l’un à l’autre tandis qu’ils finissaient de s’habiller. Ensuite ils allèrent dans la salle de bain, où Avery fit de son mieux pour arranger ses cheveux pendant que Ramirez se brossait les dents. Ils se dépêchèrent d’aller dans la cuisine et Avery prépara à la hâte deux bols de céréales.

« Comme tu peux le voir », dit-elle, « je suis plutôt le cuisinier. »

Il l’enlaça par derrière et sembla la respirer. « Est-ce que ça va aller entre nous ? », demanda-t-il. « Nous pouvons faire fonctionner ça, n’est-ce pas ? »

« Je le pense », dit-elle. « Sortons d’ici et tentons le coup. »

Ils engloutirent leurs céréales, passant la majeure partie du temps à s’observer, essayant de jauger la réaction de l’autre à ce qui s’était produit la nuit passée. D’après ce qu’Avery pouvait dire, il était aussi heureux qu’elle.

Ils sortirent par la porte d’entrée mais avant que Ramirez ne la referme derrière eux, il s’arrêta. « Attends, reviens à l’intérieur une minute. »

Confuse, elle retourna à l’intérieur.

« À l’intérieur », dit-il, « nous ne sommes plus en service. Pas vraiment officiellement des équipiers, d’accord ? »

« D’accord », dit Avery.

« Donc je peux faire ça une fois encore », dit-il.

Il se pencha et l’embrassa. C’était un baiser vertigineux, un qui avait assez de force pour faire se ployer ses genoux. Elle le repoussa malicieusement. « Comme je l’ai dit auparavant », dit-elle, « ne commence pas. Pas à moins que tu aies l’intention de finir. »

« Pour mettre fois », dit-il. Il la mena ensuite à l’extérieur et cette fois-ci ferma la porte derrière eux. « Ok, en service maintenant. Ouvrez la marche, Inspectrice Black. »



***



Ils suivirent le plan de Ramirez. Elle ne répondit pas au message de Connelly avant seize minutes supplémentaires. À ce moment-là, elle était presque de retour à son appartement et encore étourdie par la manière dont la nuit précédente s’était déroulée. Elle réussit à s’habiller, prendre un café, et se retrouver de nouveau dans la rue en moins de dix minutes. Le résultat, bien évidemment, fut d’arriver sur la scène de crime environ une demi-heure plus tard que ce que Connelly aurait préféré.

Il y avait plusieurs agents qui s’affairaient déjà. Tous étaient des visages familiers, des visages qu’elle avait appris à connaître et à respecter depuis qu’elle était devenue une inspectrice de la Criminelle. Les expressions sur leurs visages ce matin-là l’amenèrent à penser que cela allait être une matinée très longue et âpre.

Une des personnes qu’elle vit présente était Mike O’Malley. Elle trouva cela alarmant que le capitaine soit là dehors si tôt. En tant que chef de la majeure partie de la police de Boston, il était rarement vu dans l’agitation des scènes de crime quotidiennes, peu importait combien elles pouvaient être abominables. O’Malley était en train de parler à deux autres agents, l’un d’eux étant Finley. Avery avait appris à respecter Finley en tant qu’agent même s’il avait tendance à être un peu trop désinvolte à son goût.

Elle repéra immédiatement Ramirez ; il discutait avec Connelly à l’autre extrémité du terrain vague.

Tandis qu’elle se dirigeait vers Ramirez et Connelly, elle observa la scène du mieux qu’elle put. Elle avait traversé cette partie de la ville plusieurs fois mais n’y avait jamais vraiment fait attention. C’était un de ces gâchis financiers à ce bout de la ville, une zone où des promoteurs enthousiastes avaient englouti des tonnes d’argent dans l’immobilier seulement pour le voir perdre sa valeur et les acheteurs potentiels s’enfuir rapidement. Une fois que les efforts dans le logement avaient cessé, la zone était revenue à la ruine. Et cela paraissait bien s’accorder avec les environs.

Des cheminées jumelles pouvaient être vues au loin, s’élevant comme de ternes géants. Elles envoyaient toutes les deux des volutes brisées de fumée dans les airs, donnant à la matinée une sorte d’impression nuageuse – mais seulement dans cette partie de la ville. De l’autre côté du terrain abandonné, Avery pouvait voir ce qui aurait pu être un petit ruisseau prometteur qui aurait couru le long de l’arrière des propriétés de maisons de classe moyenne supérieure. Maintenant, il était envahi par une prolifération de mauvaises herbes et de ronces.

Des sacs plastiques, des emballages de snack, et d’autres détritus étaient coincés dans les mauvaises herbes mortes. Les berges peu profondes étaient boueuses et négligées, ajoutant un tout nouveau niveau stagnant à la boue du tout.

Dans l’ensemble, cette zone était devenue une partie de la ville qu’à peu près n’importe qui passerait avec joie. Avery connaissait cette sensation, assimilant tout cela tandis qu’elle se rapprochait de Ramirez et Connelly, la zone la fit se sentir immédiatement accablée.

Une zone telle que celle-ci ne peut pas être une coïncidence, pensa-t-elle. Si quelqu’un a tué ici même ou a seulement déposé un corps, cela doit avoir un certain sens…soit pour le meurtre lui-même ou pour le tueur.

Immédiatement à gauche de Finley et Ramirez, un agent venait juste de finir de placer de fins piquets rouges pour border une section rectangulaire du terrain. Alors que les yeux d’Avery tombaient sur ce qui reposait à l’intérieur de ce rectangle, la voix de Connelly tonna vers elle depuis seulement quelques mètres.

« Bon sang, Black…qu’est-ce qui t’a pris si longtemps ? »

« Désolée », dit-elle. « Je n’ai pas entendu l’alarme du message. Ramirez m’a appelée et je me suis réveillée. »

« Eh bien, tu n’es pas en retard parce que tu étais occupée à te coiffer ou à te maquiller, ça c’est certain », fit remarquer Connelly.

« Elle n’a pas besoin de maquillage », dit Ramirez. « C’est des conneries pour les filles. »

« Merci les gars », dit Avery.

« Peu importe », dit Connelly. « Alors qu’est-ce que tu penses de ça ? », demanda-t-il, hochant la tête vers le rectangle dessiné par les piquets rouges.

À l’arrière de la zone délimitée, elle vit ce qu’elle supposa être des restes humains. La plupart de ce qu’elle voyait était une structure squelettique mais elle semblait luire. Il n’y avait pas d’âge. C’était indéniablement un squelette qui avait été très récemment débarrassé de ses chairs. Tout autour il y avait ce qui paraissait être des cendres ou une sorte de crasse. Ici et là, elle vit ce qui avait pu être des muscles et des tissus s’accrochant aux squelettes, en particulier autour des jambes et des côtes.

« Mais que s’est-il passé ? », demanda-t-elle.

« Eh bien, quelle excellente question pour que notre meilleure inspectrice commence », dit Connelly. « Mais voici ce que nous savons jusque-là. Il y a environ une heure et quinze minutes, une femme sortie pour son jogging matinal a passé un appel concernant ce qu’elle a décrit comme quelque chose qui ressemblait à un étrange rituel satanique. Cela nous a menés à ça. »

Avery s’accroupit à côté des repères rouges et examina la zone. Il y avait une heure et dix minutes. Cela signifiait que si la matière noire autour du squelette était des cendres, ce squelette avait été recouvert de peau au moins une heure et demie auparavant. Mais cela semblait improbable. Il faudrait une détermination et une planification malsaines pour tuer quelqu’un et ensuite miraculeusement le brûler jusqu’à l’os dans un laps de temps aussi court. En fait, elle pensait que ce serait presque impossible.

« Quelqu’un a des gants ? », demanda-t-elle.

« Une seconde », dit Ramirez.

Tandis qu’il courait vers Finley et les autres agents qui s’étaient écartés pour permettre à Avery d’avoir de l’espace, elle remarqua aussi une odeur dans la zone. Elle était faible mais décelable – une odeur chimique qui était presque comme de l’eau de javel à son nez.

« Quelqu’un d’autre sent ça ? », demanda-t-elle.

« Une sorte de produit chimique, c’est ça ? », demanda Connelly. « Nous supposons qu’un feu causé par des produits chimiques est la seule manière pour qu’on puisse faire frire un corps tel que celui-ci aussi rapidement. »

« Je ne pense pas que la combustion a été faite ici », dit-elle.

« Comment peux-tu en être aussi sûre ? », demanda Connelly.

Je ne le suis pas, pensa-t-elle. Mais la seule chose qui ait un sens pour moi à première vue à l’air assez absurde.

« Avery— »

« Une seconde », dit-elle. « Je réfléchis. »

« Nom de dieu… »

Elle l’ignora, examinant les cendres et le squelette avec un œil investigateur. Non…le corps n’aurait pas pu être brûlé ici. Il n’y a pas de marque de combustion autour du corps. Une personne en flammes s’agiterait et courrait partout frénétiquement. Rien du tout ici n’est brûlé. Le seul signe d’un feu d’aucune sorte est ces cendres. Donc pourquoi un tueur aurait-il brûlé le corps et ensuite l’aurait ramené ici ? Peut-être est-ce ici qu’il a pris la victime…

Les possibilités étaient infinies. L’une d’elles, pensa Avery, était que peut-être le squelette était la propriété d’un laboratoire médical quelque part et qu’il s’agissait seulement d’une blague stupide. Mais étant donné le lieu et l’impudence de l’acte, elle doutait que cela soit le cas.

Ramirez revint avec une paire de gants en latex. Avery les enfila et tendit la main vers les cendres. Elle en prit juste un peu entre son index et son pouce. Elle frotta ses doigts ensemble et les approcha de son visage. Elle les renifla et les examina de près. Elles ressemblaient à des cendres ordinaires mais présentaient des traces d’odeur chimique.

« Il faut que nous fassions analyser cette cendre », dit Avery. « S’il y avait des produits chimiques impliqués, il y a de bonnes chances qu’il y ait encore des traces dans les cendres. »

« Il y a une équipe de la scientifique en route tandis que nous parlons », dit Connelly.

Lentement, Avery se remit sur ses pieds et enleva les gants en latex. O’Malley et Finley approchèrent et Avery ne fut pas surprise de voir que Finley gardait ses distances avec le squelette et les cendres. Il les regardait comme si le squelette pouvait bondir sur lui à tout moment.

« Je suis en train de travailler avec la ville pour obtenir les images de chacune des caméras de sécurité dans un rayon de six pâtés de maisons », dit O’Malley. « Comme il n’y en a pas beaucoup dans cette partie de la ville, cela ne devrait pas prendre trop de temps. »

« Cela pourrait être une bonne idée d’obtenir aussi les numéros de toutes les entreprises qui vendent des produits chimiques hautement inflammables », fit remarquer Avery.

« Ça pourrait être des millions d’endroits », dit Connelly.

« Non, elle a raison », dit O’Malley. « Cette combustion n’a pas été réalisée seulement avec du nettoyant ménager ou un spray. C’était un produit chimique concentré, je dirais. Finley, pouvez-vous commencer à travailler sur ça ? »

« Oui, monsieur », dit Finley, manifestement ravi d’avoir une raison de quitter la scène de crime.

« Black et Ramirez…c’est votre affaire maintenant », dit O’Malley. « Travaillez avec Connelly pour mettre une équipe sur ça dès que possible. »

« Compris », dit Ramirez.

« Et Black, assurez vous que nous soyons rapides pour le reste. Votre arrivée en retard ce matin nous a retardés de quinze minutes. »

Avery hocha de la tête, ne se permettant pas de se faire entraîner dans une dispute. Elle savait que la plupart des hommes au-dessus d’elle cherchaient encore n’importe quelles petites choses pour la coincer. Et cela ne lui posait pas de problème. Étant donné son histoire sordide, elle s’y attendait presque.

Alors qu’elle commençait à s’écarter des marqueurs rouges, elle remarqua quelque chose d’autre à plusieurs mètres vers la droite. Elle l’avait vu quand elle s’était d’abord approchée des restes du squelette mais l’avait écarté comme étant une simple ordure. Mais maintenant alors qu’elle s’approchait des détritus, elle vit ce qui semblait être les éclats brisés de quelque chose. Cela ressemblait presque à du verre, potentiellement quelque chose qui avait été cuit dans un four à un moment donné. Elle marcha jusque-là, obtenant une meilleure vue du ruisseau boueux et stagnant le long de l’arrière du terrain.

« Quelqu’un a-t-il noté ça ? », demanda-t-elle.

Connelly approcha, à peine intéressé.

« Juste des détritus », dit-il.

Avery secoua la tête.

« Je ne le pense pas », dit-elle.

Elle remit les gants en latex et en ramassa un morceau. Après un examen de plus près, elle vit que quel que soit l’objet que cela avait été, il avait été fait de verre, pas d’un matériau en céramique. Il ne semblait pas y avoir de poussière ou d’usure naturelle patinée sur les fragments. Il y avait sept gros morceaux, environ de la taille de sa main, et ensuite d’innombrables petits éclats partout sur le sol. Hormis le fait d’avoir été brisé, ce qui avait été cassé paraissait être assez neuf.

« Quoi que ce soit, ce n’est pas là depuis très longtemps », dit-elle. « Assurez-vous que la scientifique vérifie ça pour des empreintes. »

« Je lancerai la scientifique dessus », dit Connelly sur un ton qui indiquait qu’il n’appréciait pas de recevoir des ordres. « Maintenant, vous deux…assurez-vous d’arriver au A1 d’ici la prochaine demi-heure. Je passerai quelques appels et j’aurais une équipe qui vous attendra dans la salle de conférence. Cette scène de crime est vieille de moins de deux heures ; j’aimerais serrer cet enfoiré avant qu’il n’ait une trop grande longueur d’avance. »

Avery jeta un dernier regard au squelette. Sans la couverture de sa chair, il avait l’air de sourire. Pour Avery, c’était presque comme si le tueur lui souriait, ravalant un rire moqueur. Et ce n’était pas seulement la vue d’un squelette récemment dépouillé qui lui faisait éprouver un sentiment de mauvais augure et de fatalité. C’était le lieu, les tas de cendres presque parfaitement sculptés autour des os, les restes non dissimulés et ce à dessein, et l’odeur chimique.

Tout cela semblait pointer vers quelque chose de précis. Cela pointait vers une intention et une organisation immenses. Et en ce qui concernait Avery, cela ne pouvait signifier qu’une chose : celui avait fait ça le referait certainement.




CHAPITRE QUATRE


Quarante minutes plus tard, Avery pénétrait dans la salle de conférence centrale du quartier général du A1. Elle était déjà remplie d’un mélange d’agents et d’experts, douze au total, et elle en connaissait la plupart, pas aussi bien que Ramirez ou Finley cependant. Elle supposait que c’était là sa propre faute. Après que Ramirez lui avait été affecté en tant qu’équipier, elle n’avait pas fait d’efforts pour se faire des amis. Cela paraissait être une chose idiote à faire en tant qu’inspectrice de la Criminelle.

Pendant qu’ils prenaient tous place autour de la table (excepté Avery, qui préférait toujours être debout), un agent qu’elle ne connaissait pas commença à faire passer des copies imprimées des maigres informations qu’ils avaient jusqu’à présent – des images de la scène de crime et une feuille de points importants de ce qu’ils savaient sur elle. Avery en examina une et la trouva succincte.

Elle s’aperçut qu’alors que tout le monde commençait à prendre place, Ramirez s’était assis devant elle. Elle baissa les yeux sur lui et réalisa qu’elle s’était instinctivement rapprochée de lui. Elle découvrit aussi qu’elle voulait poser sa main sur son épaule, juste pour le toucher. Elle recula, remarquant que Finley la regardait curieusement.

Merde, pensa-t-elle. C’est si évident ?

Elle se replongea dans l’occupation en relisant les notes. Pendant qu’elle le faisait, O’Malley et Connelly entrèrent dans la pièce. O’Malley ferma la porte et se dirigea vers l’avant de la salle. Avant qu’il ne commence à parler, les murmures et conversations cessèrent. Avery l’observa avec une grande appréciation et du respect. Il était le genre d’homme qui pouvait prendre en main une salle simplement en s’éclaircissant la gorge ou en faisant savoir qu’il était sur le point de parler.

« Merci de vous être rassemblés si rapidement », dit O’Malley. « Vous avez dans vos mains tout ce que nous savons à propos de cette affaire jusque-là, à une exception. J’ai demandé à des employés de la ville de tirer tout ce qu’ils pouvaient des caméras des feux de circulation dans la zone. Deux des quatre montrent une femme promenant son chien. Et c’est tout ce que nous avons. »

« Il y a une autre chose », dit un des agents attablés. Avery savait que le nom de cet homme était Mosely, mais c’était tout ce qu’elle connaissait à propos de lui. « J’ai appris deux minutes avant de rentrer dans cette réunion qu’une patrouille a répondu à un appel ce matin de la part d’un homme âgé affirmant qu’il avait vu ce qu’il a décrit comme un “grand homme suspect” marchant dans cette zone. Il a dit qu’il glissait une sorte de sac sous un long manteau. La patrouille en a pris note mais a supposé qu’il s’agissait juste d’un vieil homme indiscret qui n’avait rien d’autre à faire. Mais quand cette affaire de feu a débuté ce matin, ils m’ont averti de ça. »

« Avons-nous les coordonnées de ce vieil homme ? », demanda Avery.

Connelly lui décocha un regard contrarié. Elle supposa qu’il pensait qu’elle parlait alors que ce n’était pas son tour – même s’il lui avait dit il n’y avait pas plus de quarante-cinq minutes qu’il s’agissait de son affaire.

« Nous l’avons », répondit Mosely.

« Je veux quelqu’un au téléphone avec lui à l’instant ou cette réunion sera terminée », dit O’Malley. « Finley… Où en sommes-nous sur la liste des endroits qui vendent des produits chimiques pouvant brûler avec autant d’intensité dans un laps de temps aussi court ? »

« J’ai trois endroits dans un rayon de trente-deux kilomètres. Deux d’entre eux m’envoient par e-mail une liste de produits chimiques qui pourraient faire une telle chose et si oui ou non ils les gardent en stock. »

Avery écoutait les échanges, prenant des notes mentalement et essayant de les ranger dans les cases appropriées. Avec chaque nouveau renseignement, l’étrange scène de crime du matin commençait à prendre plus de sens. Bien que, en réalité, il n’y ait pas beaucoup de sens à saisir à ce stade.

« Nous n’avons toujours aucune idée de qui est la victime », dit O’Malley. « Nous allons devoir nous appuyer sur les fichiers dentaires seuls, sur celle-là à moins, que nous puissions établir un lien avec les images des caméras de circulation. » Il regarda ensuite vers Avery et lui fit signe de venir vers l’avant de la table. « L’inspectrice Black est en charge sur celle-ci donc tout ce que vous trouverez à partir de maintenant ira directement à elle. »

Avery le rejoignit devant et parcourut la table du regard. Ses yeux s’arrêtèrent sur Jane Parks, une des enquêtrices en chef de la scientifique. « Avons-nous des résultats pour les éclats de verre brisé ? », demanda-t-elle.

« Pas encore », dit Parks. « Nous savons pour sûr qu’il n’y avait pas d’empreintes digitales, par contre. Mais nous travaillons encore pour découvrir ce qu’était l’objet. Jusqu’ici nous pouvons seulement imaginer que cela a pu être une sorte de bibelot en rien lié au crime. »

« Et quelle est l’opinion de la scientifique concernant le feu ? », demanda Avery. « Êtes-vous aussi d’accord sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un incendie fortuit ? »

« Oui. Les cendres sont encore en cours d’étude, mais il est évident qu’aucun feu ordinaire n’aurait pu brûler de la chair humaine aussi complètement. Il restait même à peine quelques restes calcinés sur les os et les os eux-mêmes avaient presque l’air immaculé, ne montrant aucun signe de carbonisation. »

« Et pouvez-vous nous décrire quelle pourrait être la procédure habituelle pour brûler un corps ? », demanda Avery.

« Eh bien, il n’y a rien de typique pour brûler un corps à moins que vous ne l’incinériez », dit Parks. « Mais disons qu’un corps est piégé dans une maison en flammes et qu’il est enflammé de cette manière. La graisse du corps agit comme une sorte de combustible une fois que la peau est brûlée, ce qui fait continuer le feu. Presque comme une bougie, vous voyez ? Mais ce feu a été rapide et très succinct…probablement si intense qu’il a vaporisé la graisse avant même qu’elle ne puisse agir comme combustible. »

« Combien de temps cela prendrait-il à un corps pour n’être réduit à rien de plus que des os ? », demanda Avery.

« Il y a plusieurs facteurs déterminants, dit Parks. « Mais entre cinq et sept heures est un nombre juste. Des feux lents et contrôlés, comme ceux employés dans les crématoriums, peuvent prendre jusqu’à huit heures. »

« Et celui-ci a brûlé en moins d’une heure et demie ? », demanda Connelly.

« Oui, c’est l’hypothèse », dit Parks.

La salle de conférence fut inondée de murmures de dégoût et d’effroi. Avery le comprenait. Il était dur pour elle de se faire à l’idée.

« Mais ce squelette…c’était un squelette récent », dit Parks. « Il n’a pas été sans sa peau, ses muscles, ses tissus, et cetera pendant très longtemps. Pas longtemps du tout. »

« Pouvez-vous formuler une hypothèse fondée sur quand le corps a été brûlé ?, demanda Avery.

« Assurément pas plus qu’un jour environ. »

« Donc cela a nécessité de l’organisation et des connaissances de pointe de la part du tueur », dit Avery. « Il devait en savoir beaucoup concernant la manière de brûler des corps. Et étant donné qu’il n’a fait aucune tentative pour dissimuler les restes et qu’il a tué la victime d’une façon aussi surprenante…cela dénote quelques choses. Et la chose que je crains le plus et que ceci est probablement le premier d’une longue série. »

« Que veux-tu dire ? », demanda Connelly.

Elle sentit tous les regards dans la pièce se tourner vers elle.

« Je veux dire que ceci est probablement l’œuvre d’un tueur en série. »

Un long silence recouvrit la salle.

« De quoi parles-tu ? », demanda Connelly. « Il n’y a aucune preuve pour étayer cela. »

« Rien d’évident », admit Avery. « Il voulait que les restes soient trouvés. Il n’a pas tenté de les dissimuler sur de terrain. Il y avait un ruisseau tout le long de l’arrière de la propriété. Il aurait pu tout jeter là. Plus que cela, il y avait des cendres. Pourquoi jeter les cendres sur la scène de crime quand tu pourrais facilement t’en débarrasser chez toi ? L’organisation et la méthode du meurtre…il a retiré une grande fierté et du plaisir de ça. Il voulait que les restes soient découverts et que l’on se perde en conjectures dessus. Et cela porte la marque d’un tueur en série. »

Elle sentit la salle la dévisageait en retour, sentit un air solennel à battre, et elle sut qu’ils pensaient la même chose qu’elle : ceci était en train d’évoluer d’une affaire singulière impliquant une crémation impromptue à une chasse urgente au tueur en série.




CHAPITRE CINQ


Après la tension de la réunion, Avery fut ravie de se retrouver derrière le volant de sa voiture avec Ramirez sur le siège passager. Il y avait un étrange silence entre eux qui la mettait mal à l’aise. Avait-elle été assez naïve pour penser que coucher ensemble n’allait pas altérer leur relation au travail ?

Était-ce une erreur ?

Cela commençait à y ressembler. Le fait que le sexe ait été assez proche de l’époustouflant rendait cela difficile à accepter, toutefois.

« Puisque nous avons une seconde », dit Ramirez, « allons-nous parler de la nuit dernière ? »

« On peut », dit Avery. « De quoi veux-tu discuter ? »

« Eh bien, au risque de passer pour le stéréotype du mâle, je me demandais si c’était une chose exceptionnelle ou si nous allions le refaire. »

« Je l’ignore », dit Avery.

« Déjà des regrets ? », demanda-t-il.

« Non », dit-elle. « Pas de regrets. C’est juste que sur le moment, je ne pensais pas à la manière dont cela affecterait notre relation de travail. »

« Je pense que cela ne peut pas faire de mal », dit Ramirez. « Toute blague mise à part, toi et moi avons tourné autour de cette alchimie physique pendant des mois maintenant. Nous avons enfin fait quelque chose pour ça, donc la tension devrait avoir disparu, non ? »

« On pourrait le penser », dit Avery avec un sourire espiègle.

« Ce n’est pas le cas pour toi ? »

Elle réfléchit pendant un moment et ensuite haussa les épaules. « Je ne sais pas. Et assez franchement, je ne suis pas encore sûre d’être prête à en parler. »

« Pas de problème. Nous sommes un peu au milieu de ce qui semble être une affaire extrêmement merdique. »

« Oui, nous le sommes », dit-elle. « Est-ce que tu as reçu le mail du commissariat ? Que sait-on d’autre sur notre témoin à part son adresse ? »

Ramirez regarda son téléphone et retrouva son e-mail. « Je l’ai », dit-il. « Notre témoin est Donald Greer, âgé de quatre-vingt-un ans. Retraité. Il vit dans un appartement à environ huit cents mètres de la scène de crime. C’est un veuf qui a travaillé pendant cinquante-cinq ans en tant que responsable sur un chantier naval après s’être fait exploser deux doigts de pied au Vietnam. »

« Et comment a-t-il pu voir le tueur ? », Demanda Avery.

« Ça, nous ne le savons pas encore. Mais j’imagine que c’est notre boulot de le découvrir, non ? »

« C’est ça », dit-elle.

Le silence retomba sur eux. Elle éprouva le réflexe de tendre la main et prendre la sienne mais se ravisa. Il était mieux de garder les choses strictement professionnelles. Peut-être finiraient-ils de nouveau au lit ensemble et peut-être que les choses progresseraient même plus que ça – vers quelque chose de plus affectif et concret.

Mais rien de cela n’importait maintenant. Maintenant, ils avaient un travail à faire et tout ce qui évoluait au sein de leur vie personnelle devrait simplement être mis en suspension.



***



Donald Greer présentait chacune des quatre-vingt-une années de son âge. Ses cheveux formaient une masse blanche lessivée au sommet de son crâne et ses dents étaient légèrement décolorées par l’âge et des soins inappropriés. Malgré cela, il était manifestement ravi d’avoir de la compagnie tandis qu’il invitait Avery et Ramirez dans sa maison. Quand il leur sourit, c’était si sincère que l’état disgracieux de ses dents parut disparaître.

« Puis-je vous offrir du café ou du thé ? », leur demanda-t-il alors qu’ils entraient.

« Non, merci », dit Avery.

Quelque part ailleurs dans la maison, un chien aboya. C’était un petit chien, dont l’aboiement suggérait qu’il pouvait être tout aussi vieux que Donald.

« Donc est-ce que c’est pour l’homme que j’ai vu ce matin ? », demanda Donald. Il se laissa lui-même tomber dans un fauteuil dans le salon.

« Oui monsieur, c’est ça », dit Avery. « On nous a dit que vous avez vu un homme de grande taille qui paraissait cacher quelque chose de sous son— »

Le chien qui se trouvait quelque part à l’arrière de l’appartement commençait à aboyer encore plus. Ses jappements étaient fort et en quelque sorte grisonnants.

« Tais-toi, Daisy ! », dit Donald. Le chien devint silencieux, poussant un petit gémissement. Donald secoua la tête et poussa un petit rire. « Daisy adore la compagnie », dit-il. « Mais elle se fait vieille et à tendance à uriner sur les gens quand elle est trop excitée, donc j’ai dû l’enfermer pour votre visite. J’étais dehors pour sa promenade ce matin quand j’ai vu cet homme. »

« Jusqu’où la promenez-vous ? », Demanda Avery.

« Oh, Daisy et moi marchons au moins deux kilomètres à peu près tous les matins. Mon cœur n’est plus aussi fort qu’avant. Le docteur a dit que j’avais besoin de marcher autant que possible. C’est censé maintenir mes articulations en état de marche aussi. »

« Je vois », dit Avery. « Empruntez-vous le même trajet tous les matins ? »

« Non. Nous changeons de temps en temps. Il y a environ cinq chemins différents que nous prenons. »

« Et où étiez-vous quand vous avez vu l’homme ce matin ? »

« Sur Kirkley. Moi et Daisy venons juste de passer l’angle de Spring Street. Cette partie de la ville est toujours vide le matin. Quelques camions ici et là mais c’est tout. Je pense que nous avons croisé deux ou trois autres personnes au cours du dernier mois…et elles marchaient toutes avec leur chien. Vous n’avez même pas ces personnes masochistes qui aiment courir dans cette zone. »

Il était évident à la manière dont il discutait que Donald Greer n’avait pas beaucoup de visiteurs. Il était excessivement bavard et parlait très fort. Avery se demanda si c’était en raison de l’âge qui avait affecté son ouïe ou si ses oreilles avaient été endommagées à force d’écouter Daisy tempêter toute la journée.

« Et cet homme allait ou venait ? », demanda Avery.

« Il allait, je pense. Je ne suis pas sûr. Il était bien devant moi et il parut en quelque sorte s’arrêter pour une seconde quand je suis arrivé sur Kirkley. Je pense qu’il savait que j’étais là, derrière lui. Il a recommencé à marcher, un peu vite, et ensuite à juste disparu dans le brouillard. »

« Peut-être a-t-il pris une de ces rues adjacentes le long de Kirkley. »

« Non. Je l’aurais su. Daisy devient folle quand elle voit un autre chien ou même en sent un dans les parages. Mais elle est restée aussi calme que toujours. »

« Avez-vous une idée quelconque de ce qu’il pouvait tenir sous cette veste que vous dites l’avoir vu porter ? »

« Je n’ai pas pu voir », dit Donald. « Je l’ai juste vu déplacer quelque chose dessous. Mais le brouillard ce matin était juste trop épais. »

« Et pour le manteau qu’il portait ? », demanda Avery. « De quelle sorte était-il ? »

Avant qu’il ne puisse répondre, ils furent interrompus par le téléphone de Ramirez. Il répondit et s’éloigna, en parlant à voix basse.

« Le manteau », dit Donald, « était semblable à ces sortes de longs manteaux noirs et chics que les hommes d’affaires portent parfois. Le genre qui descend jusqu’aux genoux. »

« Comme un par-dessus », dit Avery.

« Oui », dit Donald. « C’est cela. »

Avery était à court de questions, et était assez certaine que cet interrogatoire avec leur seul témoin était un échec. Elle essayait de trouver d’autres questions pertinentes quand Ramirez revint dans la pièce.

« Il faut que j’y aille », dit Ramirez. « Connelly me veut en renfort pour une histoire près de l’université de Boston. »

« C’est bon », dit Avery. « Je pense que nous en fini ici de toute manière. » Elle se tourna vers Donald et dit, « Monsieur Greer, merci énormément pour votre temps. »

Donald les raccompagna jusqu’à l’entrée de l’immeuble et leur fit un signe de la main tandis qu’ils rentraient dans la voiture.

« Tu me suis ? », demanda Ramirez quand ils furent de retour dans la rue.

« Non », dit-elle. « Je pense que je vais retourner sur la scène de crime. »

« Kirkley Street ? », dit-il.

« Ouais. Tu peux prendre la voiture pour accomplir la mission que Connelly t’a assigné. J’attraperai un taxi pour rentrer au quartier général. »

« Tu es sûre ? »

« Ouais. Ce n’est pas comme si j’avais quoi que ce soit d’autre à — »

« Merde ! »

« Qu’est-ce qu’il y a ? », demanda Ramirez, inquiet.

« Rose. J’étais censée sortir avec Rose cet après-midi. J’ai fait toute une histoire à propos d’une sortie entre filles. Et on dirait que cela ne va pas avoir lieu. Je vais devoir la laisser tomber encore une fois. »

« Elle comprendra », dit Ramirez.

« Non. Non, elle ne comprendra pas. Je lui fais toujours ça. »

Ramirez n’avait pas de réponse à cela. La voiture demeura silencieuse jusqu’à ce qu’ils atteignent Kirkley Street. Ramirez gara la voiture au bord de la rue directement en face de la scène de crime du matin.

« Sois prudente », dit Ramirez.

« Je le serais », dit-elle. Elle se surprit elle-même quand elle se pencha et l’embrassa brièvement sur la bouche.

Elle sortit ensuite de la voiture et commença immédiatement étudier la scène de crime. Elle était si concentrée et absorbée qu’elle remarqua à peine quand Ramirez s’éloigna derrière elle.




CHAPITRE SIX


Après avoir observé la scène pendant un moment, Avery se tourna et regarda le long de la rue. Ses yeux suivirent le chemin que Donald Greer avait dû emprunter, jusque vers sa droite, où Kirkley croisait Spring Street. Elle descendit la rue, arriva à l’intersection, et ensuite se retourna.

Plusieurs pensées lui vinrent à l’esprit tandis qu’elle commençait à avancer. Le tueur avait-il été à pied tout le temps ? Et si oui, pourquoi était-il venu depuis Spring Street – une rue aussi vide et désolée que Kirkley ? Ou peut-être était-il venu en voiture. Si c’était le cas, où se serait-il garé ? Si le brouillard avait été assez épais, il aurait pu stationner n’importe où le long de Kirkley et sa voiture aurait pu passer inaperçue.

Si l’homme au long manteau noir était en effet leur tueur, il avait marché le long de ce même chemin il y avait de cela moins de huit heures. Elle essaya d’imaginer la scène enveloppée dans l’épais brouillard matinal. Parce qu’il s’agissait d’une partie si désolée de la ville, ce n’était pas malaisé. Tout en marchant lentement vers le terrain où les os et les éclats avaient été trouvés, elle garda les yeux ouverts pour des endroits potentiels ou l’homme aurait pu se dérober à la vue.

Il y en avait bien assez, pour sûr. Il y avait six terrains vides et deux rues adjacentes où l’homme aurait pu se dissimuler. Si le brouillard avait été assez épais, n’importe lequel de ces lieux aurait constitué une couverture suffisante.

Cela soulevait une idée intéressante. Si l’homme s’était caché dans une de ces zones, il avait laissé Donald Greer passer sans l’importuner. Cela éliminait la possibilité que le meurtre ait été un acte de pure violence. La plupart des personnes capables de cette sorte de violence n’auraient pas laissé passer Donald si aisément. En fait, Donald serait devenu une victime dans la plupart des cas.

Si elle avait besoin de preuves supplémentaires que le corps avait été brûlé ailleurs, cette pensée les lui donna. Peut-être, alors, l’objet que l’homme avait déplacé sous son manteau avait été un récipient contenant les restes qu’il avait déposés sur le terrain.

Cela semblait sensé et elle commença lentement à éprouver un sentiment intensifié de réussite. Maintenant elle arrivait à quelque chose.

Elle marcha vers le terrain où les restes avaient été trouvés. Toujours efficace et rapide, O’Malley avait déjà renvoyé la police de la scène. Elle supposa qu’il l’avait fait dès que la scientifique était venue et avait collecté la dépouille.

Elle alla jusqu’à l’endroit où les os et les cendres avaient été placés et se tint simplement là, regardant aux alentours. La zone marécageuse derrière le terrain était plus visible que jamais à présent. Elle était si proche et bien moins ouverte que la propriété. Donc pourquoi quelqu’un jetterait-il les os au milieu plutôt que dans un ruisseau envahi par les mauvaises herbes ? Pourquoi placerait-il les restes au vu et au su de tous plus tôt que de les abandonner dans la boue et l’eau stagnante ?

C’était une question qu’ils avaient déjà abordée. Et dans son esprit, la réponse était la preuve qu’ils avaient affaire à un tueur en série.

Parce qu’il veut que les gens voient son travail. Il est fier et peut-être un peu arrogant.

Elle pensait qu’il pourrait être intelligent, aussi. L’utilisation du brouillard pour se dissimuler indiquait qu’il avait très bien planifié des choses. Il avait dû être persévérant dans la vérification du temps pour s’assurer qu’il aurait assez de brouillard. Il devait aussi connaître assez bien la zone. Cela avait dû nécessiter une sérieuse organisation.

Et le feu…et bien le feu. Pour brûler un corps aussi proprement sans carboniser ou autrement endommager les os indiquait du dévouement et de la patience. Le tueur devait vraiment en connaître beaucoup sur le feu et le processus de crémation.

Brûler, pensa-t-elle. Feu.

Tandis qu’elle étudiait la scène de crime et imaginait le tueur debout à cet endroit même, elle avait l’impression qu’elle était en train de manquer quelque chose – qu’un indice crucial était sous son nez. Mais tout ce qu’il y avait à voir était la zone marécageuse et boueuse à l’arrière de la propriété ainsi que le petit carré d’espace ou une pauvre victime avait été jetée comme si elle n’était rien de plus qu’un tas d’ordures.

Elle parcourut du regard le terrain vague et se demanda si peut-être l’emplacement de la dépouille n’était pas aussi important qu’elle le pensait. Si le tueur utilisait le feu comme moyen de faire passer un message à quelqu’un (soit la victime, soit la police), peut-être était-ce ce sur quoi elle devait se concentrer.

Avec une idée qui était en train de germer dans son esprit, elle sortit son téléphone et appela la compagnie de taxis la plus proche pour partir de là. Après que l’appel eut été passé et que le taxi eut été demandé, elle parcourut ses contacts et regarda fixement le nom de sa fille pendant cinq secondes.

Je suis tellement désolée, Rose, pensa-t-elle.

Elle appuya sur APPELER et porta le téléphone à son oreille tandis que son cœur se brisait un peu.

Rose répondit à la troisième sonnerie. Sur-le-champ elle parut heureuse. Avery pouvait entendre la musique jouer doucement en fond. Elle pouvait imaginer Rose se préparant pour leur après-midi et se détesta un peu.

« Salut, Maman. »

« Salut, Rose » dit Avery.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Rose… », dit-elle. Elle sentait les larmes venir. Elle regarda vers le terrain vague derrière elle, essayant de se convaincre elle-même qu’elle devait faire cela et qu’un jour, Rose comprendrait.

Sans qu’Avery ait eu à dire un autre mot, Rose saisit apparemment le sentiment. Elle laissa échapper un petit rire énervé. « Parfait », dit Rose, dont la joie avait maintenant disparu de sa voix. « Maman, est-ce que tu es putain de sérieuse là maintenant ? »

Avery avait déjà entendu Rose jurer avant, mais cette fois-ci ce fut comme une dague dans son cœur, car elle le méritait.

« Rose, une affaire est survenue. Une plutôt mauvaise et il faut que je — »

« Je sais ce que tu dois faire », dit Rose. Elle ne cria pas. Elle éleva même à peine la voix. Et d’une certaine manière, cela rendit ça bien pire.

« Rose, je n’y peux rien. Je ne m’attendais certainement pas à ce que cela arrive. Quand j’ai fait ces projets avec toi, j’avais un emploi du temps grand ouvert pour quelques jours. Mais ce truc est apparu et…eh bien, les choses changent. »

« J’imagine que c’est le cas parfois », dit Rose. « Mais pas avec toi. Avec toi, les choses demeurent plutôt les mêmes…quand il s’agit de moi, tout au moins. »

« Rose, ce n’est pas juste. »

« N’essaie même pas de me dire ce qui est juste maintenant ! Et tu sais quoi, maman ? Oublie simplement pour ça. Cette fois-ci et n’importe quel autre moment où tu voudrais prétendre jouer à la Bonne Mère à l’avenir. Ce n’est pas inscrit dans les cartes pour nous. »

« Rose— »

« Je saisis, maman. Je saisis. Mais est-ce que tu sais combien ça craint d’avoir cette femme en tant que sa mère…une femme dure et géniale avec un travail exigeant ? Une femme que je respecte énormément…mais une femme qui maintes et maintes fois me déçoit ? »

Avery n’avait aucune idée de que dire. Ce qui était tout aussi bien, puisque Rose avait terminé.

« Au revoir, Maman. Merci de me l’avoir fait savoir en avance, par contre. Mieux que de se faire poser un lapin en fin de compte, j’imagine. »

« Rose, je — »

Mais la ligne fut coupée.

Avery enfonça le téléphone dans sa poche et prit une grande inspiration. Une unique larme roula le long de son visage depuis son œil droit et elle l’essuya aussi rapidement qu’elle le put. Elle marcha ensuite avec détermination jusqu’à la zone qui avait été bouclée avec du ruban de scène de crime plus tôt dans la matinée, et la regarda fixement pendant un très long moment.

Du feu, pensa-t-elle. Peut-être est-ce plus que quelque chose que le tueur utilise pour ses actes. Peut-être est-ce symbolique. Peut-être le feu offre-t-il plus d’indices que n’importe quoi d’autre.

Donc pendant qu’elle attendait que le taxi arrive, elle pensa au feu et à quel genre de personnes pourrait l’utiliser pour faire passer une sorte de message. Il était ardu de comprendre cela, toutefois, car elle en savait très peu sur les incendies volontaires.

Je vais avoir besoin d’un deuxième esprit pour travailler sur ça, pensa-t-elle.

Et sur cette pensée, elle tira son téléphone et appela le quartier général du A1. Elle demanda à être mise en contact avec Sloane Miller, la psychologue du A1 et la psy en interne pour les agents et inspecteurs. Si quelqu’un pouvait pénétrer dans l’esprit d’un tueur avec du feu dans la tête, ce serait Sloane.




CHAPITRE SEPT


Avery fut de retour au quartier général du A1 une demi-heure plus tard. En entrant, elle ne prit pas l’ascenseur pour monter à son bureau. À la place, elle resta au rez-de-chaussée et se dirigea vers l’arrière du bâtiment. Elle avait été là-bas auparavant quand elle s’était vue ordonner de discuter avec Sloane Miller, la psychologue sur place, au cours de sa dernière grosse affaire redoutable qui l’avait affectée d’une façon qu’elle n’avait pas encore vraiment acceptée. Mais maintenant elle lui rendait visite pour une autre raison…pour avoir un aperçu de l’esprit d’un tueur. Et, étant dans son élément, la visite paraissait plus naturelle.

Elle arriva au bureau de Sloane et fut soulagée de trouver la porte entrouverte. Sloane n'avait pas vraiment d’emploi du temps déterminé et était plus une sorte de ressource disponible au premier-arrivé-premier-servi pour les forces de police. Quand Avery frappa à sa porte, elle pouvait entendre Sloane taper quelque chose sur son ordinateur.

« Entrez », dit Sloane.

Avery s’exécuta, se sentant bien plus à l’aise que la dernière fois qu’elle avait rencontré Sloane. Ici dans son bureau plutôt que dans le cadre semblable à un vestibule pour les patients, les choses étaient un peu plus formelles.

« Ah, Inspectrice Black », dit Sloane avec une gaieté sincère tandis qu’elle levait les yeux de son ordinateur. « C’est si bon de vous voir ! J’ai été très heureuse d’avoir de vos nouvelles quand vous avez appelé. Comment allez-vous ? »

« Les choses vont bien », dit Avery. Mais au fond d’elle-même, elle savait que Sloane sauterait sur l’opportunité d’analyser ses problèmes avec Rose et sa relation compliquée avec Ramirez.

« Que puis-je faire pour vous aujourd’hui ? », demanda Sloane.

« Eh bien, j’espérais avoir vos lumières sur un type de personnalité particulier. Je mène une affaire impliquant un homme dont nous sommes assez certains qu’il brûle ses victimes. Il n’a laissé que des os et des cendres derrière sur la scène de crime – des os propres, sans calcination ou dégâts. Il y a aussi un tas de cendres et une légère odeur chimique dans l’air…provenant des cendres, je pense. Il est assez évident qu’il sait ce qu’il fait. Il sait comment brûler un corps, qui semble être un savoir assez spécifique à posséder. Mais je ne pense pas qu’il utilise le feu seulement comme un outil pour ses actes. J’ai besoin de savoir quelle sorte de personne emploierait non seulement le feu d’une telle manière mais aussi l’utiliserai comme une sorte de symbole. »

« L’idée qu’il utilise le feu comme une espèce de symbole est une excellente déduction », dit Sloane. « Dans une affaire telle que celle-ci, je peux presque vous garantir ce qui est en train de se passer. Au cœur de cela, je pense que vous pourriez avoir affaire avec quelqu’un qui a un intérêt ou peut-être même des antécédents d’incendie volontaire. Peut-être avait-il autrefois un travail ou un loisir qui incluait le feu. Des études ont montré assez fermement que même des enfants qui sont fascinés par les feux de camp ou les allumettes montrent des signes d’intérêt dans les actes liés aux incendies volontaires. »

« Pouvez-vous me dire quoi que ce soit à propos de ce genre de personnalité qui pourrait nous aider à attraper ce gars le plus tôt possible ? »

« Je peux certainement essayer », dit Sloane. « Tout d’abord, il va y avoir une sorte de problème mental, mais rien de très profond. Cela pourrait être seulement quelque chose d’aussi simple qu’une tendance à la colère même dans les situations les plus innocentes. Il sera aussi probablement peu instruit. La plupart des pyromanes récidivistes n’ont pas passé le brevet au collège. Certains le voient comme une manière de se rebeller contre un système qui n’a jamais pu les comprendre – toutes les inepties telles que certains hommes veulent juste regarder le monde brûler. Certains affirmeront qu’ils ont déclenché des incendies comme acte de vengeance mais ne peuvent jamais définir ce contre quoi ils cherchent à chez se venger. »

« Ils se sentent d’ordinaire isolés ou exclus du monde. Donc il y a de bonnes chances que vous soyez à la recherche soit d’un homme célibataire, soit d’un homme qui est dans un mariage sans amour. Je présumerais qu’il vit seul dans une petite maison – qu’il passe probablement beaucoup de temps dans un bureau à domicile, un sous-sol, un garage de quelque sorte. »

« Et que se passe-t-il quand vous mélangez tout cela avec quelqu’un qui n’a à l’évidence aucun problème avec le fait de tuer des gens ? »

« Cela rend les choses épineuses », admit Sloane. « Mais je pense que les mêmes règles s’appliquent. Les pyromanes sont habituellement très intéressés que les gens voient ce qu’ils ont fait. Allumer des feux est une manière d’attirer l’attention. Ils en sont presque fiers, comme s’il s’agissait de quelque chose qu’ils avaient créé. Quand à votre suspect qui laisse la dépouille…c’en est un d’étrange. Je suppose que cela pourrait être mis en lien avec les rapports mentionnant des pyromanes visitant le site de leurs feux pour regarder les pompiers les éteindre. Le pyromane voit les pompiers travaillant dur et a l’impression d’avoir fait en sorte que cela arrive – que le pyromane, dans un sens, contrôle les pompiers. »

« Pensez-vous donc que notre suspect pourrait traîner non loin, en train d’observer ? »

Sloane réfléchit pendant un moment puis haussa les épaules. « C’est certainement une possibilité. Mais la précision avec laquelle vous dites qu’il a brûlé le corps – jusqu’à nettoyer les os – me fait penser que cet homme est aussi patient et organisé. Je ne pense pas qu’il ferait quelque chose d’aussi imprudent que revisiter la scène d’un crime. »

Patient et organisé, pensa Avery. Cela correspond à sa préparation intense, l’utilisation du brouillard comme couverture pour avoir ses victimes et déposer les restes.

Elle pensa à la manière dont les os avaient presque été exposés – presque aussi détonant et flagrant qu’un feu faisant rage.

« Avez-vous déjà un avis sur l’affaire ? », demanda Sloane.

« Je pense qu’il s’agit d’un tueur en série. Pour autant que nous le sachions, c’est sa première victime mais la manière flagrante dont il a exhibé la dépouille m’irrite. Plus que ça, il y a quelque chose de très organisé dans le fait d’attirer une victime, la brûler à la perfection, et ensuite déposer les restes d’une façon très particulière. Cela hurle des tendances de tueur en série pour moi. »

« Je serais d’accord avec cela », dit Sloane.

« J’aimerais juste que certains des hommes avec qui je travaille soient aussi brillants », dit Avery avec un sourire en coin.

« Alors comment vous portez-vous ces derniers jours, Avery ? Pas de balivernes, s’il vous plaît. »

« Je vais vraiment bien, tout compte fait. Pour la première fois de ma vie, mes problèmes ont en quelque sorte l’air normal comparé à mon passé. »

« Quelle sorte de problèmes ordinaires ? », demanda Sloane.

« Des problèmes avec ma fille. Confusion dans la relation avec un gars. »

« Ah, les périls d’une femme travaillant dur. »

Avery sourit, même si elle sentait venir une conversation plus profonde. C’est pourquoi elle soupira en son for intérieur quand son téléphone sonna à ce moment précis. Elle le ressortit de sa poche et vit le numéro de Connelly. « Je dois prendre ça. »

Elle fit un signe de la tête.

Avery sortit du bureau et répondit à l’appel dans le couloir.

« Black, ne laisse pas ça te monter à la tête, mais tu avais raison. Les dossiers dentaires sont revenus pour la dépouille. Tu as visé juste. La victime est Keisha Lawrence. Trente-neuf ans et elle vivait dans un rayon d’un kilomètre et demi de la zone. »

« Que savons-nous d’autre ? », dit Avery, passant outre les compliments.

« Assez pour accélérer un peu les choses », dit-il. « J’ai quelques gars qui creusent sur ça mais dans l’immédiat nous sommes certains qu’elle n’avait aucune famille proche dans la zone. Les seules personnes intéressantes que nous ayons sont un petit ami et une mère qui est décédée assez récemment. »

« Quelqu’un a-t-il déjà parlé au petit ami ? »

« J’ai quelqu’un là-dessus maintenant. En attendant, j’ai vérifié ses antécédents. Ce branleur a un casier judiciaire pour violence conjugale et bagarres dans des bars. Un vrai champion celui-là. »

« Tu veux que j’aille le voir après ton gars en cours ? »

« Oui… va parler à ce pauvre type ensuite. J’appellerai Ramirez et je le retirerai du détachement à l’université de Boston. Il est tout à toi pour le reste de la journée. »

Avait-elle relevé une pointe de sarcasme dans sa voix ? Elle en était presque sûre. Soit ça, soit elle devenait paranoïaque.

Ta vie sexuelle n’est pas si importante, pensa-t-elle. Prends sur toi.

« Bouge-toi, Black », dit Connelly. « Attrapons ce gars avant qu’un autre tas d’os n’apparaisse. »

Avery termina l’appel et se hâta vers le parking pour prendre sa voiture. Elle pensait à ce que Sloane avait dit à propos des pyromanes qui observaient souvent les pompiers à l’œuvre, en ayant le sentiment qu’ils les contrôlaient, dans un sens.

Peut-être faut-il que nous ajoutions les éventuels voyeurs à la liste des caractéristiques potentielles des suspects, pensa-t-elle.

Quant aux pyromanes qui voulaient avoir le sentiment qu’ils contrôlaient les personnes travaillant pour comprendre leurs crimes… Avery Black n’était pas pompier et elle n’avait certainement pas l’impression que quelqu’un la contrôlait.

Elle sortit rapidement du parking, les pneus émettant un rapide et satisfaisant crissement de traction tandis qu’elle accélérait. Le petit ami de Keisha Lawrence était leur première piste réelle sur cette affaire et Avery voulait lui rendre une petite visite à avant n’importe qui d’autre.




CHAPITRE HUIT


Avery se gara devant l’appartement du petit ami juste au moment où Ramirez sortait de sa propre voiture devant elle. Il lui adressa un sourire qui semblait différent de celui de d’habitude. Qu’elle veuille le reconnaître ou non, ils se rapprochaient d’une manière qui allait bien plus loin qu’un simple partenariat au travail.

« Comment vont les choses à l’université ? », demanda Avery tandis qu’ils se rejoignaient à l’escalier de la maison.

« Ennuyeux. Un truc stupide en lien avec une manifestation. Alors qu’est-ce qui se passe ici ? »

« Un petit ami avec un passé violent. Un casier judiciaire de mauvais traitements assez durs. J’ai reçu un appel en chemin qui disait qu’il cherchait presque la confrontation avec les policiers qui lui ont apporté la nouvelle. »

« Donc un moment sympa nous attend, hein ? », demanda Ramirez.

Avery hocha de la tête tandis qu’ils commençaient à monter les escaliers. Elle sonna et écouta les lourds bruits de pas approchant de la porte. En quelques secondes, un homme légèrement costaud vint ouvrir. Il avait un gros ventre, mais les épaules et les bras, qui avaient manifestement passé quelque temps à la salle de gym, ressortaient du débardeur qu’il portait. Les deux bras étaient ornés de plusieurs tatouages, dont un était une femme nue chevauchant un crâne.

« Ouais ? », dit-il, l’air plus irrité que triste.

« Êtes-vous Adam Wentz ? », demanda Avery.

« Qui le demande ? »

Avery montra son insigne et dit, « Je suis l’inspectrice Black et voici l’inspecteur Ramirez. Nous souhaiterions vous poser quelques questions à propos de Keisha. »




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