Le Grain de Sable Blake Pierce Une Enquête de Riley Paige #11 Un chef-d’œuvre de suspense et de mystère. Pierce développe à merveille la psychologie de ses personnages. On a l’impression d’être dans leur tête, de connaître leurs peurs et de fêter leurs victoires. L’intrigue est intelligente et vous tiendra en haleine tout au long du roman. Difficile de lâcher ce livre plein de rebondissements. Books and Movie Reviews, Roberto Mattos (à propos de SANS LAISSER DE TRACES) LE GRAIN DE SABLE est le 11ème tome de la populaire série de thrillers RILEY PAIGE, qui commence avec SANS LAISSER DE TRACES – un roman plébiscité par les lecteurs ! Un tueur en série enchaine les victimes. Sur chaque scène de crime, il laisse une étrange signature : un sablier. Ce sont des sabliers de quarante-huit heures. Quand le sable termine de s’écouler, une nouvelle victime apparait. Sous la pression des médias, pressée par le temps, l’agent spécial Riley Paige et sa nouvelle partenaire prennent l’affaire en main. Amidst intense media pressure, and in a frantic race against time, FBI Special Agent Riley Paige is summoned, with her new partner, to crack the case. Entre sa dernière rencontre avec Shane Hatcher, sa vie de famille et Bill qu’elle veut aider à aller mieux, Riley est déjà bien occupée. A mesure qu’elle entre dans l’esprit tordu du tueur, elle se demande si ce n’est pas l’affaire de trop. Sombre thriller psychologique au suspense insoutenable, LE GRAIN DE SABLE est le 11ème tome de la série. Vous vous attacherez au personnage principal et l’intrigue vous poussera à lire jusqu’à tard dans la nuit. Le tome 12 sera bientôt disponible. L E G R A I N D E S A B L E (UNE ENQUETE de RILEY PAIGE—TOME 11) B L A K E P I E R C E Blake Pierce Blake Pierce est l’auteur de la populaire série de thrillers RILEY PAIGE. Il y a déjà onze tomes, et ce n’est pas fini ! Blake Pierce écrit également les thrillers MACKENZIE WHITE (sept tomes, série en cours), AVERY BLACK (six tomes) et KERI LOCKE (quatre tomes, série en cours). Fan depuis toujours de polars et de thrillers, Blake adore recevoir de vos nouvelles. N'hésitez pas à visiter son site web www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) pour en savoir plus et rester en contact ! Copyright © 2017 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées par la Loi des États-Unis sur le droit d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base de données ou système de récupération, sans l'autorisation préalable de l'auteur. Ce livre électronique est réservé sous licence à votre seule jouissance personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d'autres personnes. 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Image de couverture : Copyright anuruk perai (https://www.shutterstock.com/g/anurukperai), utilisée en vertu d'une licence accordée par Shutterstock.com DU MÊME AUTEUR LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1) REACTION EN CHAINE (Tome 2) LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3) LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4) QUI VA A LA CHASSE (Tome 5) A VOTRE SANTÉ (Tome 6) DE SAC ET DE CORDE (Tome 7) UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8) SANS COUP FERIR (Tome 9) A TOUT JAMAIS (Tome 10) LE GRAIN DE SABLE (Tome 11) LE TRAIN EN MARCHE (Tome 12) LES ENQUÊTES DE MACKENZIE WHITE AVANT QU’IL NE TUE (Tome 1) AVANT QU’IL NE VOIE (Tome 2) AVANT QU’IL NE CONVOITE (Tome 3) AVANT QU’IL NE PRENNE (Tome 4) AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Tome 5) AVANT QU’IL NE RESSENTE (Tome 6) AVANT QU’IL NE PECHE (Tome 7) LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK RAISON DE TUER (Tome 1) RAISON DE COURIR (Tome 2) RAISON DE SE CACHER (Tome 3) RAISON DE CRAINDRE (Tome 4) LES ENQUÊTES DE KERI LOCKE UN MAUVAIS PRESSENTIMENT (Tome 1) DE MAUVAIS AUGURE (Tome 2) L’OMBRE DU MAL (Tome 3) TABLE PROLOGUE (#u50c59e2b-7c48-5ca1-81a6-0a521c74f1ab) CHAPITRE UN (#u39da82f9-8f0b-5e37-a301-ed9793c2dd68) CHAPITRE DEUX (#u5d29bf6b-30c3-57a1-b91f-84cae8d8e338) CHAPITRE TROIS (#u73a857b4-9cef-5f1a-b8a5-d20b94225fa8) CHAPITRE QUATRE (#ubb7029c0-1cf8-57e6-9234-44612fcb5571) CHAPITRE CINQ (#u0c7ad87d-e30f-5fb2-84d2-e77bd0d8fda8) CHAPITRE SIX (#u6adad37e-d14c-5660-a863-dcd0bdc574ba) CHAPITRE SEPT (#u0373d1ab-914b-5056-afd7-d5db267951ff) CHAPITRE HUIT (#uaa6e1306-a6a2-5584-9577-cb5978e2f7af) CHAPITRE NEUF (#u2062fe97-768d-5f26-890e-253614dd07c3) CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT ET UN (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE ET UN (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-CINQ (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-SIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-NEUF (#litres_trial_promo) PROLOGUE Une brûlure familière chauffait les poumons et les cuisses de Courtney Wallace. Elle ralentit son jogging jusqu’à marcher quelques secondes, puis s’arrêta tout-à-fait. Les mains sur les genoux, elle chercha son souffle en haletant. C’était une sensation agréable et excitante – une bien meilleure façon de se réveiller qu’ingurgiter du café, même s’il était vrai qu’elle en boirait une tasse dans quelques instants, avec son petit déjeuner. Elle avait largement le temps de se doucher et de manger avant d’aller au bureau. Courtney adorait la lumière du petit matin, quand les feuilles des arbres filtraient les rayons du soleil, et l’humidité qu’on respirait encore dans l’air. Bientôt il ferait plus chaud. On était déjà en mai, après tout. Mais c’était encore parfait, surtout ici, dans le parc Belle Terre. Elle aimait la solitude. Il était rare qu’elle rencontre d’autres joggeurs sur cette piste – et jamais si tôt le matin. Pourtant, alors qu’elle reprenait lentement son souffle, c’était surtout de la déception qu’elle ressentait. Son petit ami, qui vivait chez elle, Duncan, lui avait promis une fois encore de venir courir avec elle – mais il avait une fois encore refusé de se lever. Il n’allait certainement se réveiller qu’après son départ au travail, peut-être même dans l’après-midi. Il faut qu’il se donne un bon coup de pied au cul, se dit-elle. Quand allait-il retrouver du travail ? Elle se remit à trottiner pour se changer les idées. Bientôt, elle courait à nouveau. La brûlure revigorante qui lui enflammait les poumons et les jambes chassa son inquiétude et sa déception. Ce fut alors que le sol se déroba sous elle. Elle était en train de dégringoler – un instant suspendu qui lui parut douloureusement lent et long. Elle s’écrasa au sol brutalement. Il n’y avait plus de soleil. Son regard dut s’habituer à l’absence de lumière. Où suis-je ? se demanda-t-elle. Elle vit qu’elle était au fond d’une fosse étroite. Mais comment était-elle arrivée là ? Une douleur terrible lui remonta soudain dans la jambe droite comme un choc électrique. En baissant les yeux, elle vit qu’elle s’était tordu la cheville. Elle essaya de bouger la jambe. La douleur devint plus forte et elle poussa un cri. Puis elle essaya de se lever, mais sa jambe se déroba sous elle. Elle sentit même les os cassés craquer. Elle en eut la nausée et faillit perdre connaissance. Elle avait besoin d’aide. Elle chercha son téléphone dans sa poche. Il n’y était pas. Elle avait dû le perdre dans sa chute. Il ne devait pas être loin. Elle tâtonna pour le trouver. Mais elle était emmêlée dans une vieille couverture épaisse et rêche, souillée de terre et de feuilles mortes. Elle ne trouvait pas son téléphone. Elle commençait à comprendre qu’elle était tombée dans un piège – une fosse dissimulée sous une vieille couverture et des débris. Qui avait eu l’idée de cette farce dangereuse ? Ce n’était pas drôle. Et comment allait-elle sortir de là ? Les parois étaient droites. Il n’y avait aucune prise. Incapable de se redresser, elle n’aurait jamais pu escalader, de toute façon. Et personne ne passait sur ce chemin – pas avant des heures. Ce fut alors qu’elle entendit une voix au-dessus d’elle. — Eh ! Vous avez eu un petit accident ? Elle respira mieux. Levant la tête, elle vit un homme penché vers elle. Comme il était devant le soleil, elle ne voyait pas son visage, seulement sa silhouette. Elle en croyait à peine sa chance. Elle avait passé tellement de temps dans ce parc sans jamais croiser personne… Il fallait que cet homme soit là juste au moment où elle avait besoin d’aide. — Je crois que je me suis cassé la cheville, dit-elle. Et j’ai perdu mon téléphone. — Ça a l’air grave, dit l’homme. Qu’est-ce qui s’est passé ? Quelle question ! pensa-t-elle. Il y avait presque un sourire dans sa voix et Courtney aurait aimé voir son visage. Elle dit : — J’étais en train de faire mon jogging et… ce trou… et… — Et quoi ? Courtney commençait à s’impatienter. Elle dit : — Eh bien, ça se voit, je suis tombée dedans. L’homme ne répondit pas tout de suite. Puis il dit. — C’est un gros trou. Vous ne l’aviez pas vu ? Courtney poussa un grognement d’exaspération. — Ecoutez, j’ai juste besoin d’aide pour sortir de là, d’accord ? L’homme secoua la tête. — Vous ne devriez pas courir dans des endroits étranges quand vous ne connaissez pas le chemin. — Je le connais par cœur, ce chemin ! cria Courtney. — Alors comment vous avez fait pour tomber là-dedans ? Courtney était abasourdie. Soit il était bête, soit il jouait avec elle. — C’est vous, le connard qui a creusé ce trou ? siffla-t-elle. Si c’est ça, ce n’est pas drôle, putain. Aidez-moi à sortir de là. Elle se rendit compte avec stupéfaction qu’elle pleurait. — Comment ? Courtney leva la main aussi haut que possible. — Tenez, dit-elle. Essayez de m’attraper et de me tirer. — Je ne suis pas sûr d’en être capable. C’est très profond. — Vous allez y arriver. L’homme éclata de rire. Il avait un rire amical et agréable. Pourtant, Courtney aurait vraiment voulu voir son visage. — Je vais m’occuper de tout, dit-il. Il recula et disparut. Elle entendit un grincement métallique. Ensuite, elle sentit un poids s’écraser sur elle. Elle poussa un hoquet et crachota, avant de comprendre que l’homme venait de faire tomber une énorme pelletée de terre sur elle dans la fosse. Elle sentit ses mains et ses jambes refroidir – des signes de panique. N’aie pas peur, se dit-elle. Quoi qu’il se passe, elle devait rester calme. L’homme au-dessus d’elle avait renversé une brouette. Il en tombait encore de la terre. — Qu’est-ce que vous faites ? hurla-t-elle. — Relax, dit l’homme. Je vais m’occuper de tout, je vous dis. Il s’éloigna en faisant rouler sa brouette. Elle entendit à nouveau des bruits métalliques. C’était l’homme qui remplissait sa brouette de terre avec une pelle. Elle ferma les yeux, prit une grande inspiration, ouvrit la bouche et poussa un long cri perçant. — A l’aide ! La deuxième brouette de terre lui tomba sur la tête. Elle en reçut dans la bouche, faillit s’étouffer et recracha. D’une voix toujours amicale, l’homme dit : — Il va falloir crier plus fort que ça, j’en ai bien peur. Puis il ajouta en étouffant un rire. — Même moi, je vous entends à peine. Elle poussa à nouveau un cri, étonnée que sa voix porte si loin. L’homme renversa une troisième brouette sur elle. Elle ne pouvait plus crier. Sa gorge était pleine de terre. Elle avait un terriblement sentiment de déjà-vu. Elle avait déjà vécu ça – ce sentiment d’impuissance devant un danger mortel. Mais ce n’étaient que des cauchemars. Et elle s’était toujours réveillée. Ce devait être un autre cauchemar. Réveille-toi, se répéta-t-elle. Réveille-toi, réveille-toi… Mais elle n’y arrivait pas. Ce n’était pas un rêve. C’était bien réel. CHAPITRE UN L’agent spécial Riley Paige travaillait dans son bureau, dans le bâtiment de l’UAC à Quantico, quand un souvenir désagréable lui traversa l’esprit. Un homme au visage noir la fixait d’un regard voilé. Il avait reçu une balle dans l’épaule et, ce qui était plus grave, dans le ventre. D’une voix faible et amère, il dit à Riley… — Je vous ordonne de me tuer. Elle devait le faire. Elle avait toutes les raisons de le tuer. Mais elle ne savait pas quoi faire. Une voix de femme tira Riley de ses pensées. — On dirait que quelque chose te préoccupe. Riley leva les yeux et vit une jeune femme afro-américaine aux cheveux courts et raides à la porte de son bureau. C’était Jenn Roston. Elles avaient travaillé ensemble sur leur dernière affaire. Riley se secoua. — Ce n’est rien, dit-elle. Les yeux marrons de Jenn étaient inquiets. Elle dit : — Et moi, je suis presque sûre que ce n’est pas rien. Comme Riley ne répondait pas, Jenn dit : — Tu penses à Shane Hatcher, n’est-ce pas ? Riley acquiesça en silence. Ces souvenirs ne la laissaient pas tranquille ces derniers jours – des souvenirs de sa terrible rencontre avec l’homme blessé dans le chalet de son père. Riley avait tissé ave le criminel en fuite un étrange lien de loyauté. Il était resté en cavale pendant cinq mois et elle n’avait jamais essayé de l’arrêter – pas avant qu’il ne commence à assassiner des innocents. Maintenant, elle avait du mal à croire qu’elle l’avait laissé en liberté si longtemps. Leur relation avait été troublante, illégale et très, très sombre. Dans l’entourage de Riley, c’était sans doute Jenn qui en savait le plus. Enfin, Riley dit : — Je n’arrête pas de penser… que j’aurais dû le tuer. Jenn dit : — Il était blessé, Riley. Il ne représentait pas une menace. — Je sais, dit Riley. Mais je me demande si j’ai laissé ma loyauté aveugler mon jugement. Jenn secoua la tête. — Riley, on en a déjà parlé. Tu sais très bien ce que j’en pense. Tu as fait ce qu’il fallait. Et je ne suis pas la seule à le dire. Tout le monde ici pense la même chose. Riley savait que c’était vrai. Ses collègues et ses supérieurs l’avaient tous chaudement félicitée d’avoir arrêté Hatcher sans l’abattre. Cela lui avait fait plaisir. Tant que Riley était restée sous l’emprise de Hatcher, tout le monde l’avait évidemment soupçonnée de l’aider. Maintenant que ce n’était plus le cas, ses collègues étaient beaucoup plus amicaux et admiratifs. Riley avait l’impression d’être de nouveau à la maison. Jenn lui décocha un sourire et dit : — Et pour une fois dans ta vie, tu as suivi la procédure. Riley étouffa un rire. Elle avait effectivement arrêté Hatcher en suivant la procédure – ce qu’elle n’avait pas fait très souvent pendant son partenariat avec Jenn. Riley dit : — Ouais, tu as eu droit à un stage intensif sur les… méthodes peu conventionnelles. — C’est bien vrai. Riley étouffa un rire gêné. Elle avait ignoré encore plus de règles que d’habitude. Jenn lui avait montré sa loyauté en la couvrant – même quand Riley s’était introduite dans la maison d’un suspect sans mandat. Jenn aurait pu la dénoncer si elle avait voulu. Elle aurait pu la faire renvoyer. — Jenn, je te suis vraiment reconnaissante de… — Pas la peine, dit Jenn. C’est du passé. Ce qui compte, c’est que qui va se passer maintenant. Le sourire de Jenn s’élargit quand elle ajouta : — Et je ne m’attends pas à ce que tu suives sagement le règlement. J’espère que c’est réciproque. Riley éclata d’un rire plus détendu. Elle avait du mal à croire qu’elle s’était longtemps méfiée de Jenn et qu’elle l’avait même considérée comme une ennemie. Après tout, Jenn avait fait bien plus que couvrir Riley. — Je t’ai déjà remerciée de m’avoir sauvé la vie ? demanda Riley. Jenn sourit. — Je ne compte plus le nombre de fois, dit-elle. — Eh bien, merci encore, dit-elle. Jenn ne répondit pas. Son sourire disparut. Elle eut soudain le regard lointain. — Tu voulais me dire quelque chose, Jenn ? demanda Riley. Pourquoi es-tu passée me voir ? Jenn fixa le vide pendant un long moment. Enfin, elle dit : — Riley, je ne sais pas si je devrais te le dire… Elle se tut. Riley comprit vite qu’elle était préoccupée par quelque chose. Elle voulut la rassurer, lui dire une banalité : « Tu peux tout me dire. » Mais ce serait présomptueux. Enfin, Jenn frémit. — Ce n’est rien, dit-elle. Pas la peine de t’inquiéter. — Tu es sûre ? — J’en suis sûre. Sans ajouter un mot, Jenn disparut dans le couloir, laissant Riley seule dans son bureau et mal à l’aise. Elle sentait que Jenn cachait des secrets, elle aussi – peut-être de très lourds et sombres secrets. Pourquoi ne me fait-elle pas confiance ? se demanda Riley. C’était au tour de Jenn de se méfier. Si elles restaient partenaires, cela pourrait devenir un problème. Mais Riley n’avait pas besoin de s’en inquiéter – pas maintenant. Elle baissa les yeux vers sa montre. Elle était presque en retard à son rendez-vous avec son partenaire de toujours, Bill Jeffreys. Le pauvre Bill était en congé. Il souffrait de SSPT depuis la dernière affaire sur laquelle ils avaient travaillé ensemble. Riley ressentit une pointe de tristesse en y pensant. A l’époque, elle et Bill travaillaient avec une jeune agente prometteuse du nom de Lucy Vargas. Mais Lucy avait été tuée dans le cadre de son travail. Elle lui manquait tous les jours. Mais Riley ne se sentait pas responsable de sa mort. Bill oui. Tôt dans la matinée, Bill avait appelé Riley et lui avait donné rendez-vous sur la base militaire de Quantico. Il ne lui avait pas expliqué pourquoi, ce qui l’inquiétait. Elle espérait que ce n’était rien de grave. Riley se leva et sortit du bâtiment avec appréhension. CHAPITRE DEUX Bill conduisit Riley avec inquiétude vers le champ de tir de la base militaire. Suis-je prêt ? se demanda-t-il. C’était une question presque stupide. Après tout, ce n’était qu’un entrainement. Mais ce n’était pas un entrainement ordinaire. Comme lui, Riley portait une tenue de camouflage et un fusil d’assaut M16-A4 chargé. Mais, contrairement à Bill, Riley ne savait pas ce qu’ils allaient faire. — J’aimerais quand même bien savoir de quoi il s’agit, dit Riley. — Ça va être une nouvelle expérience pour tous les deux, dit-il. Il n’avait jamais participé à ce genre d’entrainement, mais Mike Nevins, le psychiatre qui l’aidait à surmonter son SSPT, le lui avait conseillé. « C’est une excellente thérapie. » lui avait-il dit. Bill espérait que Mike avait raison. Et il espérait que la présence de Riley lui faciliterait la tâche. Bill et Riley prirent position l’un à côté de l’autre entre quatre poteaux en bois, devant un terrain vague. De l’autre côté de la pelouse, il y avait une zone dallée avec des palissades criblées d’impacts. Quelques instants plus tôt, Bill avait parlé au type dans la cabine de contrôle et tout devait être prêt. Il s’adressa au même homme en parlant dans son micro. — Cibles aléatoires. Go. Soudain, des silhouettes humaines apparurent derrière les barrières et se mirent à bouger sur la zone pavée. Elles portaient des uniformes de combattants de l’Etat Islamique et étaient armées. — Tire ! cria Bill à Riley. Mais elle était tellement stupéfaite qu’elle n’en fit rien. Bill tira et manqua. Son deuxième tir toucha une des silhouettes qui se coucha et ne bougea plus. Les autres s’écartèrent pour éviter le coup de feu. Certains se déplacèrent plus vite pendant que d’autres se cachaient derrière les barricades. Riley s’exclama : — Qu’est-ce qui se passe !? Elle n’avait toujours pas tiré. Bill éclata de rire. — Stop, dit-il dans son micro. Soudain, les silhouettes s’arrêtèrent. — On tire sur des ennemis à roulettes ? demanda Riley en riant. Bill expliqua : — Ce sont des robots montés sur des segways. C’est le type à qui je viens de parler qui leur fait suivre des programmes. Mais il ne contrôle pas leurs moindres faits et gestes. En fait, il ne contrôle pas grand-chose. Les robots savent ce qu’ils ont à faire. Ils ont des scanners laser et des algorithmes de navigation qui leur permettent de ne pas se rentrer dedans. Riley écarquilla les yeux. — Ah oui…, dit-elle. Et je suppose qu’ils savent ce qu’ils ont à faire quand ça commence à tirer : courir, se cacher ou les deux. — Tu veux réessayer ? demanda Bill. Riley acquiesça, plus enthousiaste. Bill dit dans son micro : — Cibles aléatoires. Go. Les silhouettes se remirent à bouger. Riley et Bill tirèrent chacun un coup de feu. Bill toucha un des robots, tout comme Riley. Ceux-ci se couchèrent au sol. Les autres s’éparpillèrent, certains courant se cacher derrière les barricades. Riley et Bill continuaient à tirer, mais cela devenait plus difficile de toucher les cibles. Elles se déplaçaient de façon trop aléatoire et à des vitesses différentes. Celles qui se cachaient derrière les barrières ne cessaient de montrer la tête comme pour encourager Riley et Bill à tirer. Il était impossible de savoir de quel côté elles allaient apparaitre avant de retourner s’abriter. Malgré le chaos, cela ne prit qu’une minute à Riley et Bill pour abattre les huit robots, qui ne bougeaient plus, autour des barricades. Riley et Bill baissèrent leurs armes. — C’était bizarre, dit Riley. — Tu veux qu’on arrête ? demanda Bill. Riley étouffa un rire. — Tu plaisantes ? Sûrement pas. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Bill avala sa salive, soudain nerveux. — On doit abattre les cibles sans toucher un civil, dit-il. Riley lui décocha un regard plein de compassion. Son inquiétude était normale. Elle savait pourquoi ce nouvel exercice le rendait nerveux. Cela lui rappelait qu’il avait tiré sur un jeune homme innocent le mois dernier. Le gamin s’était remis de sa blessure, mais Bill se sentait toujours aussi coupable. Il était également hanté par la mort d’une brillante jeune agente, Lucy Vargas, qui avait été tuée lors du même incident. Si seulement j’avais pu la sauver, pensa-t-il une nouvelle fois. Bill était en congé depuis ce jour-là. Il se demandait s’il serait un jour capable de retourner au travail. Il avait perdu les pédales, sombré dans l’alcool et même pensé au suicide. Riley l’avait aidé à s’en sortir. En fait, elle lui avait sûrement sauvé la vie. Bill avait l’impression d’aller mieux. Mais était-il prêt ? Riley le regardait toujours avec inquiétude. — Tu es sûr que c’est une bonne idée ? demanda-t-elle. Bill se rappela ce que lui avait dit Mike Nevins. « C’est une excellente thérapie. » Il hocha la tête. — Je pense. Ils se remirent en position et levèrent leurs armes. Bill parla au micro. — Cibles et civil. La même scène se déroula sous leurs yeux mais, cette fois, il y avait une femme voilée parmi les silhouettes. Il n’était pas difficile de la distinguer des cibles vêtues de drap brun, mais elle ne cessait de circuler entre les ennemis de façon aléatoire. Riley et Bill commencèrent à tirer de la même manière. Certaines cibles évitèrent les balles, pendant que d’autres s’abritaient derrière les barricades, pour mieux resurgir au moment le plus inattendu. La silhouette féminine se déplaçait comme si les coups de feu l’effrayaient. Pourtant, elle n’allait jamais s’abriter derrière les barricades. Il était difficile de ne pas la toucher par erreur. Une sueur froide perlait sur le front de Bill à mesure qu’il tirait. Bientôt, lui et Bill eurent abattu toutes les cibles et la femme en hijab était la seule encore debout. Bill poussa un soupir de soulagement et baissa son arme. — Comment ça va ? demanda Riley avec inquiétude. — Pas trop mal, je suppose. Mais il avait les mains moites et il tremblait légèrement. — Peut-être que ça suffit pour aujourd’hui, dit Riley. Bill secoua la tête. — Non, dit-il. On doit essayer le programme suivant. — C’est quoi ? — C’est une prise d’otage. Le civil va être tué à moins qu’on arrive à tuer deux cibles simultanément. Riley plissa les yeux. — Bill, je ne sais pas si… — Allez, dit Bill. Ce n’est qu’un jeu. Essayons. Riley haussa les épaules et leva son arme. Bill parla dans son micro. — Prise d’otage. Go. Les robots se réveillèrent. La silhouette féminine resta devant les barricades pendant que les cibles se cachaient derrière. Puis deux cibles surgirent et s’approchèrent d’un air menaçant de la femme qui se déplaça avec une inquiétude feinte. Bill savait qu’ils devaient tirer tous les deux dès qu’ils auraient une bonne visibilité. C’était à lui de donner le signal. Alors qu’ils se mettaient tous deux en position, Bill dit : — Je prends celui de gauche et toi celui de droite. Tire quand je dis : « Go ». — D’accord, répondit Riley à voix basse. Bill observa attentivement les mouvements et les positions des deux cibles. Il comprit que ça n’allait pas être facile – beaucoup plus difficile que prévu, en fait. Quand une cible s’éloignait, l’autre s’approchait dangereusement près de l’otage. Est-ce qu’on va pouvoir tirer ? se demanda-t-il. Ce fut alors qu’un très bref instant, les deux cibles s’éloignèrent de l’otage dans des directions opposées. — Go ! aboya Bill. Mais juste avant de tirer, il fut assailli par un flot d’images… Il se précipitait dans un bâtiment abandonné quand il entendit un coup de feu. Il leva son arme et courut à l’intérieur où il vit Lucy allongée par terre. Un jeune homme se dirigeait vers elle. Bill tira instinctivement et le toucha. L’homme tourna sur lui-même avant de tomber et ce fut seulement à ce moment-là que Bill vit qu’il avait les mains vides. Il n’était pas armé. L’homme essayait seulement d’aider Lucy. Mortellement blessée, Lucy se redressa sur un coude et tira six coups de feu en direction de son véritable assaillant… L’homme que Bill aurait dû abattre. Le coup de feu de Riley tira Bill de ses souvenirs. Les images lui avaient traversé l’esprit en quelques secondes. Une des cibles bascula, touchée par la balle de Riley. Mais Bill restait immobile. Il n’avait pas tiré. La cible survivante s’approcha vers la femme d’un air menaçant et un coup de feu enregistré résonna dans les enceintes. La femme se coucha et cessa de bouger. Bill tira enfin et toucha la cible, mais il était trop tard pour sauver l’otage, qui était déjà mort. Pendant une seconde, la situation lui parut terriblement réelle. — Merde, dit-il. Merde, qu’est-ce qui s’est passé ? Bill se précipita vers le terrain vague comme pour voler au secours de la femme. Riley lui bloqua le chemin. — Bill, ce n’est rien ! Ce n’est qu’un jeu ! Ce n’est pas réel. Bill s’arrêta net. Tremblant de tous ses membres, il fit de son mieux pour se calmer. — Riley, je suis désolée, c’est juste que… Tout m’est revenu d’un coup et… — Je sais, dit Riley pour le réconforter. Je comprends. Bill s’accroupit et secoua la tête. — Peut-être que je n’étais pas prêt, dit-il. Peut-être qu’on devrait s’arrêter là. Riley lui tapota l’épaule. — Non, dit-elle. Je crois qu’on devrait réessayer. Bill prit de longues inspirations. Il savait que Riley avait raison. Lui et Riley se remirent en position. Bill parla dans son micro : — Prise d’otage. Go. La même scène se déroula : deux cibles s’approchèrent d’un air menaçant de l’otage. Bill inspira lentement, puis expira. Ce n’est qu’un jeu, se dit-il. Ce n’est qu’un jeu. Enfin, le moment qu’il attendait arriva. Les deux cibles s’étaient éloignées légèrement de l’otage. Il était encore dangereux de tirer, mais Bill et Riley pouvaient le faire. — Go ! dit-il. Cette fois, il tira immédiatement et il entendit le coup de feu de Riley retentir une fraction de seconde plus tard. Les deux cibles basculèrent et ne bougèrent plus. Bill baissa son arme. Riley lui tapota dans le dos. — Tu as réussi, Bill, dit-il en souriant. Je m’amuse bien. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre avec ces robots ? Bill dit : — Il y a un programme qui nous demande de tirer en courant vers eux. — Essayons. Bill parla dans son micro. — Combat rapproché. Les huit cibles se remirent en mouvement. Bill et Riley s’avancèrent pas à pas en tirant des coups de feu. Deux robots basculèrent, pendant que les autres s’égaillaient. Tout en tirant, Bill finit par comprendre ce qui manquait dans cette simulation. Ils ne répondent pas aux tirs, se dit-il. Et son soulagement d’avoir sauvé l’otage lui parut soudain vide de sens. Après tout, ils n’avaient sauvé qu’un robot. Cela ne changeait rien à ce qui s’était passé le mois dernier. Cela ne ramènerait pas Lucy à la vie. Sa culpabilité continuait de le hanter. Serait-il un jour capable de s’en débarrasser ? Et allait-il pouvoir retourner au travail ? CHAPITRE TROIS Après l’entrainement, Riley était toujours aussi inquiète pour Bill. Il n’avait eu qu’un bref moment de faiblesse et il avait eu l’air s’amuser quand ils avaient commencé le programme de combat rapproché. Il était même joyeux quand il était reparti chez lui. Mais ce n’était pas le partenaire qu’elle avait connu et qui était devenu son meilleur ami. Elle savait ce qui l’inquiétait le plus. Bill avait peur de ne pas pouvoir retourner au travail. Elle aurait voulu pouvoir le rassurer avec des mots simples, comme par exemple : « Tu traverses juste une mauvaise passe. Ça arrive à tout le monde. Tu vas t’en sortir, tu verras. » Mais Bill n’avait pas besoin d’entendre des banalités. Et, en vérité, Riley ne savait même pas si c’était vrai. Elle avait traversé une phase de SSPT, elle aussi, et elle savait qu’il était difficile de s’en sortir. Son rôle était d’aider Bill à avancer. Même si elle était de retour au bureau, elle n’avait pas grand-chose à faire en ce moment. Elle n’avait pas d’affaire en cours. Il était agréable de se détendre après ce qui s’était passé dans l’Iowa. Riley boucla quelques derniers détails avant de s’en aller. En rentrant à la maison, elle pensa avec bonheur au repas qu’elle allait partager avec sa famille. Elle était particulièrement contente d’avoir invité Blaine Hildreth et sa fille à les rejoindre. Elle était ravie que Blaine fasse partie de sa vie. C’était un homme beau et charmant. Et, comme elle, il venait de divorcer. Il était également, comme il l’avait récemment découvert, très courageux. C’était Blaine qui avait tiré et blessé Shane Hatcher quand il avait menacé de s’en prendre à la famille de Riley. Riley lui en serait éternellement reconnaissante. Elle avait passé une nuit chez Blaine. Ils avaient été très discrets – la fille de Crystal était en visite chez des cousins pour les vacances à ce moment-là. Riley sourit en pensant à leur nuit d’amour. Cette soirée se terminerait-elle de la même façon ? * La bonne de Riley, Gabriela, avait préparé un délicieux repas de chiles rellenos en suivant une recette de famille qu’elle avait rapportée du Guatemala. Tout le monde se délectait des délicieux poivrons farcis et cuits à la vapeur. Manger un bon diner en bonne compagnie remontait le moral de Riley. — Ce n’est pas trop picante ? demanda Gabriela. Ce n’était évidemment pas trop pimenté pour leurs papilles américaines et Gabriela devait le savoir. Elle avait l’habitude de se retenir sur le piment chaque fois qu’elle essayait une recette d’Amérique centrale. Elle voulait juste qu’on lui fasse des compliments et tous s’exécutèrent de bonne grâce. — Non, c’est parfait, dit la fille de Riley, April, qui avait quinze ans. — Super bon, ajouta Jilly, la gamine de treize ans que Riley essayait d’adopter. — Délicieux, renchérit Crystal, la meilleure amie d’April. Le père de Crystal, Blaine Hildreth, ne répondit pas tout de suite. Mais Riley vit à l’expression sur son visage qu’il était enchanté par ce qu’il mangeait. Et Blaine avait des papilles de professionnel. Après tout, il était propriétaire d’un bon restaurant à Fredericksburg. — Comment faites-vous, Gabriela ? demanda-t-il après quelques bouchées. — Es un secreto, répondit Gabriela avec un sourire espiègle. — Un secret ? répéta Blaine. Qu’est-ce que c’est que ce fromage ? Je ne trouve pas. Je vois que ce n’est pas du monterey jack ou du chihuahua. Du manchego, peut-être ? Gabriela secoua la tête. — Je ne le dirai jamais, répondit-elle en riant. Pendant que Gabriela et Blaine se taquinaient sur la recette, à moitié en anglais et à moitié en espagnol, Riley se demanda si elle et Blaine… Elle rougit en y pensant. Non, pas ce soir. Impossible de s’échapper discrètement quand tout le monde était là. Bien sûr, c’était déjà une belle soirée. Ce soir, cela lui suffisait de passer du temps avec des gens qu’elle aimait profondément. Mais, tandis qu’elle regardait sa famille et ses amis s’amuser, une nouvelle inquiétude germa dans la tête de Riley. Une personne à table n’avait pas dit un mot. C’était Liam, le nouveau venu dans la maison. Liam avait l’âge d’April et les deux adolescents étaient même sortis ensemble. Riley avait sauvé le grand gamin dégingandé d’un père alcoolique et violent. Il avait besoin d’un endroit pour vivre et dormait sur le canapé du salon. En temps normal, Liam était bavard et joyeux. Mais il semblait préoccupé, ce soir. Riley demanda : — Quelque chose ne va pas, Liam ? Le garçon ne parut pas l’entendre. Riley parla plus fort. — Liam. Liam leva les yeux de son assiette, qu’il avait à peine touchée. — Hein ? dit-il. — Quelque chose ne va pas ? — Non. Pourquoi ? Riley plissa les yeux d’un air gêné. Il y avait bien quelque chose qui n’allait pas. Liam n’était jamais si laconique. — Je me demandais, c’est tout, dit-elle. Elle lui en parlerait plus tard. * Gabriela avait préparé un flan délicieux pour le dessert. Riley et Blaine burent un dernier verre en fin de soirée pendant que les quatre enfants s’amusaient dans le salon. Enfin, Blaine et sa fille rentrèrent chez eux. Riley attendit qu’April et Jilly montent dans leurs chambres. Puis elle retourna dans le salon. Liam était assis en silence sur le canapé et fixait le vide. Il n’avait pas encore fait son lit. — Liam, je vois bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas. J’aimerais bien que tu m’en parles. — Il n’y a rien du tout, répondit Liam. Riley croisa les bras sans rien dire. Son expérience avec les filles lui avait appris qu’il ne servait à rien d’insister et qu’il valait mieux attendre qu’il parlent de lui-même. Puis Liam dit : — J’ai pas envie d’en parler. Riley s’étonna. Elle avait l’habitude de voir April ou Jilly de mauvaise humeur, de temps en temps. Mais ce n’était pas le genre de Liam. Il était toujours poli et agréable. C’était également un élève appliqué et Riley était contente qu’il ait une bonne influence sur April. Riley attendit en silence. Enfin, Liam dit : — J’ai reçu un coup de fil de papa aujourd’hui. Riley sentit son ventre se nouer. Elle se rappela le terrible jour où elle avait dû se précipiter chez Liam pour le sauver des coups de son père. Elle n’aurait pas dû être surprise. Mais elle ne sut que dire. Liam poursuivit : — Il dit qu’il est désolé. Il dit que je lui manque. L’inquiétude de Riley ne fit que croître. Elle n’avait aucun droit sur Liam. Elle lui avait offert une famille d’accueil à l’improviste, mais elle ne savait pas quel serait son futur rôle dans sa vie. — Il veut que tu reviennes ? demanda Riley. Liam acquiesça. Riley n’osa pas poser la question la plus évidente… « Et toi ? Qu’est-ce que tu veux ? » Que ferait-elle ou que pouvait-elle faire si Liam décidait de retourner chez son père ? Riley savait que Liam était un gentil garçon. Comme de nombreuses victimes de violences domestiques, il était aussi dans le déni. Riley s’assit à côté de lui. Elle demanda : — Tu es heureux ici ? Liam émit un bruit étranglé. Riley se rendit compte soudain qu’il était au bord des larmes. — Oh oui, dit-il. C’était vraiment… J’étais tellement… tellement heureux. La gorge de Riley se serra. Elle aurait voulu lui dire qu’il pouvait rester aussi longtemps qu’il en aurait envie. Mais que pouvait-elle faire si son père exigeait que son fils rentre à la maison ? Elle serait impuissante. Une larme coula sur la joue de Liam. — C’est juste que… Depuis que maman est partie… Je suis tout ce que papa a. En tout cas, avant que je parte. Maintenant, il est tout seul. Il dit qu’il a arrêté de boire. Il dit qu’il ne me fera plus de mal. Riley faillit s’exclamer : « Tu ne peux pas le croire. Ne le crois jamais quand il dit ça. » Au lieu de ça, elle dit : — Liam, tu dois comprendre que ton père est très malade. — Je sais, dit Liam. — C’est à lui de demander de l’aide. Mais tant qu’il ne l’aura pas fait… Eh bien, il va avoir beaucoup de mal à changer. Riley se tut. Puis elle ajouta : — Rappelle-toi toujours que ce n’est pas de ta faute. Tu le sais, n’est-ce pas ? Liam ravala un sanglot et acquiesça. — Tu es déjà retourné le voir ? demanda Riley. Liam secoua la tête en silence. Riley lui tapota la main. — Je veux que tu me promettes une chose. Si tu retournes le voir, n’y va pas tout seul. Je veux venir avec toi. Tu me le promets ? — Je te le promets, dit Liam. Riley tendit la main vers une boîte de mouchoirs et en proposa un à Liam, qui s’essuya les yeux et se moucha. Puis tous deux restèrent assis en silence pendant de longues secondes. Enfin, Riley dit : — Tu as besoin de moi pour autre chose ? — Non. Ça va maintenant. Merci de… Ben, tu sais. Il esquissa un faible sourire. — Merci pour tout, en fait. — Je t’en prie, répondit Riley en lui rendant son sourire. Elle quitta la pièce et alla s’asseoir sur le canapé du salon. Soudain, elle sentit qu’un sanglot lui remontait dans la gorge et elle se mit à pleurer. Elle s’étonna d’être aussi touchée et secouée par sa conversation avec Liam. Mais ce n’était pas difficile de comprendre pourquoi. Je suis pieds et poings liés, pensa-t-elle. Après tout, l’adoption de Jilly n’était pas encore réglée. Elle avait sauvé la pauvre gamine d’autres horreurs. Quand Riley l’avait trouvée, Jilly essayait de vendre son corps par désespoir. A quoi pensait Riley en ramenant un autre adolescent chez elle ? Elle eut soudain envie d’en parler à Blaine. Blaine disait toujours ce qu’il fallait. Elle avait toujours apprécié ces moments de calme entre deux affaires, mais les soucis la poursuivaient – d’abord sa famille et maintenant Bill. Elle n’avait pas l’impression d’être en congé. Riley ne put s’empêcher de se demander… Qu’est-ce qui cloche chez moi ? Etait-elle donc incapable de profiter de la vie ? Elle n’était sûre que d’une chose. Cela ne durerait pas. Quelque part, un monstre était en train de commettre un acte atroce et ce serait à elle de l’arrêter. CHAPITRE QUATRE Riley fut réveillée tôt le lendemain matin par les vibrations de son téléphone. Elle poussa un grognement. Les vacances sont finies, pensa-t-elle. Elle baissa les yeux vers son téléphone et vit qu’elle avait raison. C’était un texto de son chef d’équipe à l’UAC, Brent Meredith. Il lui donnait rendez-vous d’une phrase laconique comme il en avait l’habitude. UAC 8:00 Elle regarda l’heure et se rendit compte qu’elle allait devoir se dépêcher. Quantico n’était qu’à un quart d’heure de route de la maison, mais il fallait qu’elle parte dans très peu de temps. Elle n’eut besoin que de quelques minutes pour se brosser les dents, se peigner, s’habiller et descendre les escaliers. Gabriela était en train de préparer le petit déjeuner dans la cuisine. — Il y a du café ? demanda Riley. — Sí, répondit Gabriela en lui servant une tasse. Riley l’engloutit. — Vous devez partir sans manger ? demanda Gabriela. — J’en ai bien peur. Gabriela lui tendit un bagel. — Prenez ça pour la route. Vous avez besoin de vous remplir l’estomac. Riley la remercia et engloutit encore quelques gorgées de café, puis elle se précipita vers sa voiture. Pendant le cours trajet jusqu’à Quantico, elle ressentit quelque chose d’étrange. Elle se rendit compte qu’elle se sentait mieux – presque euphorique. C’était en partie dû au pic d’adrénaline : son corps et son esprit se préparaient instinctivement à élucider une nouvelle affaire. Mais il y avait autre chose – l’impression que les choses rentraient dans l’ordre. Riley soupira. Pourquoi trouvait-elle plus normal de poursuivre des monstres que de passer du temps avec les gens qu’elle aimait ? Ça ne devrait pas être normal, pensa-t-elle. Ce sentiment lui rappela ce que son père, un officier du Corps des Marines à la retraite, amer et brutal, lui avait dit avant de mourir : « Tu es une chasseuse. Ce que les autres trouvent normal, c’est une vie qui finirait par t’achever. » Riley espérait de tout cœur que ce ne soit pas vrai. Mais, dans un moment comme celui-ci, elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter. Etait-elle donc incapable d’être une mère, une épouse et une amie ? Avait-elle tort d’essayer ? La chasse était-elle vraiment tout ce qui lui restait dans la vie ? Non, certainement pas. Ce n’était même pas ce qu’elle avait de plus important. Riley chassa ces pensées de son esprit. En arrivant à l’UAC, elle se gara et marcha tout droit vers le bureau de Brent Meredith. Jenn était déjà là, visiblement mieux réveillée et plus attentive que Riley. Riley savait que Jenn, tout comme Bill, avait un appartement dans la ville de Quantico. Elle n’avait donc pas été obligée de se dépêcher. Mais Jenn était également plus jeune. Au même âge, Riley avait été, elle aussi, toujours prête à bondir au moindre avertissement, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Elle pouvait se permettre de ne pas beaucoup dormir si son travail l’exigeait. Avait-elle donc vieilli si vite ? Ce n’était pas une pensée agréable et cela ne remonta pas le moral de Riley. Assis derrière son bureau, Brent Meredith était toujours aussi intimidant, avec son visage noir anguleux, sa forte carrure et son attitude professionnelle. Riley s’assit et Meredith ne perdit pas de temps. — Il y a eu un meurtre ce matin. C’est arrivé au parc Belle Terre. Vous connaissez cet endroit ? Jenn dit : — J’y suis allée plusieurs fois. C’est sympa pour se promener. — Moi aussi, dit Riley. Riley se rappelait très bien ce parc naturel sur la baie de Chesapeake. Il fallait un peu plus de deux heures de route pour y aller. Il y avait une grande forêt et une longue plage. C’était un endroit très populaire pour faire des activités en plein air. Meredith tambourina des doigts sur son bureau. — La victime s’appelle Todd Brier. C’est un pasteur luthérien de Sattler. Il a été enterré vivant sur la plage. Riley frémit. Enterré vivant ! Elle rêvait souvent que ça lui arrivait, mais elle n’avait jamais travaillé sur une affaire de meurtres aussi sinistres. Meredith poursuivit : — Brier a été retrouvé à sept heures ce matin. Il n’était mort que depuis une heure. Jenn demanda : — Et pourquoi est-ce au FBI de s’occuper de cette affaire ? Meredith répondit : — Brier n’est pas la première victime. Hier, un autre corps a été retrouvé non loin. Une jeune femme nommée Courtney Wallace. Riley ravala un soupir. — Ne dites rien… Enterrée vivante, elle aussi ? — Vous avez tout compris, dit Meredith. Elle a été tuée sur un des chemins de randonnée dans le même parc, apparemment très tôt le matin. Elle a été retrouvée plus tard dans la journée : un randonneur a remarqué que la terre avait été retournée et a appelé les gardes-forestiers. Meredith s’enfonça dans son fauteuil qu’il fit tourner de droite à gauche. Il dit : — Pour le moment, la police n’a pas de suspect ou de témoin. A part les scènes de crime et le mode opératoire, ils n’ont pas grand-chose. Les deux victimes sont jeunes et en bonne santé. On ne sait pas encore s’il y a un lien entre les deux, mis à part le fait qu’ils étaient dehors tous les deux très tôt le matin. Les pensées de Riley commençaient à défiler dans sa tête. Elle essaya de comprendre ce qui avait pu se passer, mais elle n’avait pas encore assez d’informations. Elle demanda : — La police a bouclé le périmètre ? Meredith hocha la tête. — Ils ont fermé la zone forestière autour de ce chemin et la moitié de la plage. Je leur ai dit de ne pas bouger le corps jusqu’à votre arrivée. — Et le corps de la femme ? demanda Jenn. — Il est à la morgue de Sattler. C’est la ville la plus proche. Le médecin légiste est à la plage en ce moment. Je veux que vous y alliez aussi vite que possible. Prenez un véhicule du FBI qui passe inaperçu. La présence du FBI pourrait au moins dissuader le tueur. Je crains qu’il n’ait pas fini de tuer. Meredith regarda tour à tour Riley et Jenn. — Des questions ? demanda-t-il. Riley avait une question qu’elle n’était pas sûre de pouvoir poser. Enfin, elle se lança : — Monsieur, j’ai une requête à vous faire. — Oui ? l’encouragea Meredith en s’enfonçant à nouveau dans son fauteuil. — J’aimerais que l’agent spécial Jeffreys soit assigné à cette enquête. Meredith plissa les yeux. — Jeffreys est en congé, dit-il. Je suis sûr que l’agent Roston et vous-même, vous saurez vous débrouiller sans lui. — J’en suis sûre, répondit Riley. Mais… Elle hésita. — Mais quoi ? demanda Meredith. Riley avala sa salive. Elle savait que Meredith n’appréciait pas que les agents demandent des faveurs personnelles. Elle dit : — Je crois qu’il a besoin de repartir au travail, monsieur. Je pense que ça lui ferait du bien. Meredith grommela dans sa barbe, mais ne répondit pas pendant un long moment. Puis il dit : — Je ne vais pas lui assigner officiellement cette affaire. Mais si vous voulez qu’il vous donne un coup de main, je n’y vois pas d’inconvénient. Riley le remercia, en essayant de ne pas être trop expansive pour qu’il ne change pas d’avis. Puis elle et Jenn réquisitionnèrent un véhicule du FBI. Pendant que Jenn se mettait au volant, Riley sortit son téléphone et envoya un texto à Bill. Je travaille sur une nouvelle affaire avec Roston. Le chef dit que tu peux venir avec nous. J’aimerais que tu viennes. Riley attendit quelques moments. Son cœur battit un peu plus vite dans sa poitrine quand elle vit que le message avait été « lu ». Puis elle tapa… Je peux compter sur toi ? Cette fois encore, le message fut « lu », mais il n’y eut pas de réponse. Le cœur de Riley se serra. Ce n’est peut-être pas une bonne idée, pensa-t-elle. C’est peut-être encore trop tôt. Elle aurait aimé que Bill lui réponde, ne serait-ce que pour refuser. CHAPITRE CINQ Pendant que Jenn roulait vers leur destination, Riley gardait un œil sur les textos qu’elle avait envoyés à Bill. Les minutes passaient et Bill ne répondait pas. Elle décida de l’appeler. Elle composa son numéro. A sa grande frustration, elle tomba sur son répondeur. Après le bip, elle dit simplement : — Bill, appelle-moi. Tout de suite. Comme Riley reposait son téléphone sur ses genoux, Jenn lui jeta un regard en coin. — Il y a quelque chose qui ne va pas ? demanda-t-elle. — Je ne sais pas, dit Riley. J’espère que non. Son inquiétude ne fit que croître. Elle se rappela le texto que Bill lui avait envoyé pendant qu’elle travaillait sur une affaire dans l’Iowa. Juste pour te prévenir que je suis assis avec un flingue dans la bouche. Riley frémit en pensant à l’appel téléphonique désespéré qui avait suivi. Elle avait réussi à l’empêcher de se suicider. Est-ce que ça recommençait ? Si c’était le cas, que pouvait-elle faire ? Un bruit strident interrompit brusquement ses pensées. Elle eut besoin d’une seconde pour comprendre que Jenn venait d’enclencher le gyrophare pour contourner un embouteillage. Elle le prit comme un avertissement… Je ne dois pas me laisser distraire. * Il était dix heures et demi quand Riley et Jenn arrivèrent au parc Belle Terre. Elles suivirent la route le long de la plage jusqu’à tomber sur des voitures de police et un fourgon de médecin légiste. Derrière les véhicules, de la rubalise délimitait le périmètre de la scène de crime. On ne voyait pas encore la plage depuis le parking, mais des goélands volaient au-dessus de leurs têtes. La brise sentait le sel et on entendait un bruit de ressac. Riley ne s’étonna pas de voir des journalistes sur le parking. Ils se massèrent autour de Riley et Jenn en posant des questions. — Ce sont deux meurtres en deux jours. Est-ce l’œuvre d’un tueur en série ? — Vous avez donné le nom de la victime de la veille. Avez-vous identifié la nouvelle victime ? — Avez-vous contacté la famille de la victime ? — Les deux victimes ont vraiment été enterrées vivantes ? Riley serra les dents en entendant la dernière question. Evidemment, elle n’était pas surprise que la manière dont les deux personnes étaient mortes se soit ébruitée. Les journalistes avaient dû apprendre la nouvelle en écoutant la radio de la police. Ils essayaient maintenant d’en faire leurs choux gras. Riley et Jenn jouèrent des coudes sans faire de commentaires. Elles furent accueillies par deux policiers qui les conduisirent sur la plage, au-delà de la barrière de rubalise. Riley sentit le sable rentrer dans ses chaussures tout en marchant. La scène de crime apparut devant elles. Des hommes étaient debout autour d’une fosse creusée dans le sable où se trouvait encore le corps. Deux d’entre eux s’approchèrent de Riley et Jenn. L’un était un homme trapu aux cheveux roux et en uniforme. L’autre, plus élancé et aux cheveux bruns bouclés, portait une chemise blanche. — Je suis content que vous soyez là, dit l’homme aux cheveux roux après que Riley et Jenn se furent présentées. Je suis Parker Belt, le chef de police à Sattler. Et voilà Zane Terzis, le médecin légiste du district de Tidewater. Belt fit signe à Riley et Jenn de s’approcher de la fosse. Elles baissèrent les yeux vers un corps à-moitié enseveli. Riley avait l’habitude de voir des corps mutilés et décomposés. Mais celui-ci lui soutira un frisson d’horreur. C’était un homme blond d’une trentaine d’années qui portait un jogging, sans doute pour courir tôt le matin sur la plage. Il avait les bras écartés, comme pour essayer de creuser vers la surface avec l’énergie du désespoir, figé dans cette position par la rigidité cadavérique. Ses yeux étaient fermés et sa bouche pleine de sable. Belt se tenait à côté de Riley et de Jenn ; Belt dit : — Il avait son portefeuille sur lui et ce n’était pas difficile de l’identifier. Mais je n’en avais pas vraiment besoin : je l’ai reconnu dès que Terzis et son équipe ont dégagé son visage. Il s’appelle Todd Brier et c’est un pasteur luthérien à Sattler. Je n’allais pas à son église : je suis méthodiste. Mais je le connaissais. Nous étions bons amis. Nous allions parfois pêcher ensemble. La voix de Belt était lourde de chagrin. — Comment avez-vous trouvé le corps ? demanda Riley. — C’est un type qui est passé avec son chien, répondit Belt. Le chien s’est arrêté, s’est mis à renifler et à gémir, puis à creuser. Une main est apparue. — L’homme qui a trouvé le corps est toujours là ? demanda Riley. Belt secoua la tête. — Nous l’avons renvoyé chez lui. Il était très secoué. Mais nous lui avons dit qu’il devait rester disponible pour répondre à des questions. Je peux vous mettre en contact avec lui. Riley releva les yeux vers l’océan qui se trouvait à une quinzaine de mètres. Dans la baie de Chesapeake, l’eau était d’un bleu très profond et agitée de vagues aux crêtes mousseuses. C’était la marée basse. Riley demanda : — C’est le deuxième meurtre ? — Oui, répondit Belt d’un air grave. — C’était déjà arrivé ? — Vous voulez dire à Belle Terre ? demanda Belt. Non, jamais. C’est une réserve naturelle pour les oiseaux et la faune. Les gens viennent à la plage, surtout des familles. De temps en temps, on arrête un braconnier ou on règle une dispute entre des visiteurs. On chasse aussi des vagabonds. Rien de plus sérieux. Riley s’éloigna de la fosse pour voir le corps sous un autre angle. Elle vit qu’il y avait du sang sur la tête de la victime. — Que pensez-vous de cette blessure ? demanda-t-elle à Terzis. — On dirait qu’il a été frappé avec un objet lourd, dit le médecin légiste. J’en saurai plus quand le corps sera à la morgue. Mais, d’après ce que je vois, ça l’a peut-être étourdi, juste assez longtemps pour qu’il ne puisse pas se défendre quand le tueur l’a enterré. Mais je doute qu’il ait vraiment perdu connaissance. Il s’est débattu, ça se voit. Riley frémit. Oui, cela se voyait. Elle dit à Jenn. — Prends des photos et envoie-les-moi. Jenn sortit aussitôt son téléphone portable et prit des photos de la fosse et du corps. Pendant ce temps, Riley marcha lentement autour de la scène de crime pour examiner la plage dans toutes les directions. Le tueur n’avait pas laissé grand-chose. Le sable autour de la fosse avait été retourné et il y avait des traces de pas presque effacées : celles du joggeur et du tueur. Le sable sec ne permettait pas de reconnaitre la forme de la chaussure. Mais Riley vit qu’il y avait également des traces sur le chemin de terre menant au parking. Elle les pointa du doigt en interpellant Belt. — Votre équipe a cherché s’il y avait des fibres ? L’homme acquiesça. Un sentiment était en train de remonter dans la poitrine de Riley – un sentiment qui lui venait parfois sur une scène de crime. Ces derniers temps, ce sentiment se faisait rare. Mais il était toujours agréable de le retrouver, parce que Riley savait qu’elle pouvait s’en servir comme d’un outil. Elle ressentait l’état d’esprit et les pensées du tueur. Si elle laissait ce sentiment la submerger, elle comprendrait mieux ce qui s’était passé. Riley s’éloigna du groupe. En jetant un coup d’œil à Jenn, elle vit que la jeune femme la regardait. Riley avait la réputation de se glisser dans l’esprit du tueur et Jenn le savait. Riley lui adressa un signe de tête et Jenn s’empressa de poser des questions au groupe pour attirer l’attention de tous et donner à Riley un peu d’intimité. Riley ferma les yeux et essaya d’imaginer la scène au moment du meurtre. Des images et des bruits lui vinrent en tête facilement. Il faisait encore sombre et des ombres léchaient la plage. La lumière se laissait entrevoir à l’horizon. Bientôt, le soleil se lèverait. C’était la marée haute et l’eau devait être tout près. Le ressac se faisait entendre. Assez fort pour que le tueur ne s’entende pas creuser, pensa Riley. A cet instant, elle n’eut aucun mal à se glisser dans un esprit étrange… Oui, il creusait et ses muscles lui faisaient mal, à mesure qu’il pelletait du sable. Sur son front, la sueur se mêlait au sel de l’air marin. Ce n’était pas facile de creuser. En fait, c’était un peu frustrant. On ne s’imagine pas à quel point il y a difficile de creuser un trou dans une plage. Le sable n’arrêtait pas de glisser, rebouchant la fosse au fur et à mesure. Il pensa : Ça ne sera pas très profond, mais ce n’est pas grave. Tout en creusant, il ne cessait de lever les yeux vers la plage, à la recherche de sa proie. Oui, il apparut bientôt, en train de courir. Le timing était parfait : le trou était juste assez profond. Le tueur jeta sa pelle dans le sable et leva les mains. — Venez ! cria-t-il au joggeur. Ce n’était même pas la peine de crier : par-dessus le bruit de ressac, le joggeur n’entendrait pas ce qu’il disait, juste un hurlement incohérent. Le joggeur s’arrêta et regarda vers lui. Puis il marcha vers le tueur. Le joggeur souriait et l’homme qu’il avait interpellé sourit à son tour. Bientôt, ils purent se parler. — Qu’est-ce qui se passe ? demanda le joggeur à voix haute. — Venez et je vais vous montrer, hurla le tueur. Le joggeur s’approcha sans se méfier. — Regardez là-dedans, dit le tueur. Regardez bien. Le joggeur se pencha et, d’un geste vif, le tueur ramassa sa pelle et lui donna un coup sur la nuque, le faisant basculer dans le trou… Riley fut tirée de ses pensées par la voix du chef de police. — Agent Paige ? Riley ouvrit les yeux. Elle vit que Belt l’observait avec curiosité. Il n’avait pas été distrait longtemps par les questions de Jenn. Il dit : — Vous pensiez à autre chose ? Riley entendit Jenn glousser. — Ça lui arrive de temps en temps, dit-elle au chef de police. Pas la peine de s’inquiéter. Riley leur fit part de ses impressions – au conditionnel, bien entendu, et sans expliquer point par point tout ce qu’elle avait vu. Mais elle était certaine d’un détail : le joggeur était venu sur l’invitation du tueur et s’était approché sans se méfier. C’était un détail petit mais crucial. Riley dit au chef de police : — Le tueur est un homme charmant. Les gens lui font confiance. Le chef de police écarquilla les yeux. — Comment vous le savez ? demanda-t-il. Ce fut alors qu’un homme éclata de rire derrière Riley. — Croyez-moi : elle sait ce qu’elle dit. Riley se retourna vivement. Son moral venait de remonter en flèche. CHAPITRE SIX Belt s’approcha du nouveau-venu. — Monsieur, c’est fermé au public. Vous n’avez pas vu la barrière ? — C’est bon, dit Riley. C’est l’agent spécial Bill Jeffreys. Il est avec nous. Elle se précipita vers lui et le conduisit à l’écart pour ne pas être entendue. — Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-elle. Pourquoi tu n’as pas répondu à mes messages ? Bill esquissa un sourire gêné. — J’étais con. Je… Il se tut et détourna les yeux. Riley attendit sa réponse. Enfin, il poursuivit : — Quand j’ai eu tes messages, je ne savais pas si j’étais prêt. J’ai appelé Meredith pour avoir des détails, mais je n’étais pas sûr de vouloir y aller. Je ne savais même pas si j’étais prêt quand je suis monté dans ma voiture. Je ne savais pas jusqu’à ce que je voie… Il pointa le corps du doigt et ajouta : — Maintenant, je sais. Je suis prêt à retourner travailler. Tu peux compter sur moi. Sa voix était ferme et il avait l’air d’y croire. Riley poussa un énorme soupir de soulagement. Elle conduisit Bill vers le groupe et le présenta au chef de police, ainsi qu’au médecin légiste. Jenn connaissait déjà Bill et elle était contente de le voir, pour le plus grand plaisir de Riley. Elle ne voulait pas que Jenn se sente mise à l’écart. Riley et le groupe expliquèrent à Bill le peu qu’il savait. Il les écouta avec intérêt. Enfin, Bill dit au médecin légiste. — Je pense que vous pouvez emmener le corps. Enfin, si l’agent Paige n’y voit pas d’inconvénient. — Je suis d’accord, dit Riley. Elle était heureuse de voir Bill retrouver son autorité. Pendant que l’équipe du médecin légiste sortait le corps de la fosse, Bill examina les environs. Il demanda à Riley : — Vous êtes allées sur l’autre scène de crime ? — Pas encore, répondit-elle. — C’est ce qu’on devrait faire, dit-il. Riley interpella Belt : — Nous aimerions aller jeter un œil à l’autre scène de crime. Le chef acquiesça. — C’est dans le parc, à quelques miles, ajouta-t-il. Ils évitèrent à nouveau les journalistes sans répondre aux questions. Riley, Bill et Jenn montèrent dans le véhicule du FBI pendant que Belt et le médecin légiste prenait une autre voiture. Le chef les conduisit sur une route sablonneuse dans une zone boisée. Ils se garèrent au bout du chemin. Riley et ses collègues suivirent les deux officiers sur la piste. Tout en marchant, le chef pointa du doigt des empreintes sur le sol meuble. — De simples baskets, dit Bill. Riley acquiesça. Elle vit que les empreintes allaient dans les deux sens. Mais ils n’apprendraient rien d’autre que la pointure du tueur. En revanche, il y avait d’autres traces intéressantes entre les pas. Deux lignes sinuaient dans la terre. — Qu’est-ce que c’est que ces traces ? demanda Riley à Bill. — Je pense que ce sont les pieds d’une brouette, répondit-il. Il regarda par-dessus son épaule et ajouta. — A mon avis, le tueur s’est garé au même endroit que nous et il a apporté ses outils. — C’est ce que nous pensons également. Et il est reparti par là. Bientôt, ils s’approchèrent d’une croisée des chemins. Une fosse avait été creusée au milieu du sentier. Le trou faisait la taille du chemin. Belt montra du doigt la deuxième piste qui partait entre les arbres. — La deuxième victime est venue en courant dans cette direction, dit-il. La fosse était bien cachée et elle ne l’a pas vue avant de tomber dedans. Terzis ajouta : — Elle avait la cheville cassée, sans doute à cause de la chute. Elle n’a rien pu faire quand le tueur a commencé à renverser de la terre sur elle. Riley frémit en imaginant cette mort atroce. Jenn dit : — Et c’est arrivé hier. Terzis acquiesça. — Je suis presque sûr qu’elle est morte à la même heure que l’homme sur la plage. Vers six heures du matin. — Avant le lever du soleil, ajouta Belt. Il devait faire sombre. En passant par là un peu plus tard, un joggeur a vu que la terre avait été retournée et nous a appelés. Pendant que Jenn prenait des photos, Riley fit le tour des environs. Son regard tomba sur une touffe d’herbe écrasée par les allées et venues de la brouette. Elle vit l’endroit où le tueur avait entassé de la terre, à quelques mètres de la piste. Les arbres étaient très épais par ici. La joggeuse n’avait dû voir ni le tueur ni la terre. La fosse avait été débouchée par la police qui avait entassé la terre juste à côté. Riley se rappelait que Meredith lui avait donné le nom de la victime à Quantico, mais elle ne s’en souvenait plus. Elle s’adressa au chef de police : — Je suppose que vous avez identifié la victime. — Oui, dit Belt. Elle avait des papiers sur elle, comme Todd Brier. Elle s’appelait Courtney Wallace. Elle vivait à Sattler, mais je ne la connaissais pas personnellement. Je ne peux pas vous dire grand-chose sur elle, à part qu’elle était jeune. Elle devait avoir entre vingt et vingt-cinq ans. Riley s’agenouilla à côté du trou et regarda à l’intérieur. Elle comprit immédiatement comment le tueur avait tendu son piège. Au fond de la fosse trainait une couverture grossière et épaisse en toile de jute recouverte de débris et de feuilles mortes. Elle devait être tendue au-dessus de la fosse, invisible aux yeux de la joggeuse, surtout au petit matin. Elle allait devoir appeler une équipe scientifique de l’UAC pour examiner les deux scènes de crime. Ils trouveraient peut-être l’origine de la toile de jute. En attendant, Riley sentit qu’elle avait la même sensation que sur la plage. Elle glissait dans l’esprit du tueur. Ce n’était pas aussi frais et vif que la dernière fois, mais elle put l’imaginer penché à l’endroit où elle était agenouillée. Il toisait sa proie impuissante. Qu’avait-il fait avant de commencer à l’enterrer vivante ? Elle se rappela sa première impression – qu’il était charmant. Au début, il avait peut-être feint la surprise de trouver la jeune femme au fond d’un trou comme celui-ci. Il lui avait fait croire qu’il allait l’aider à sortir. Elle lui a fait confiance, pensa Riley. Ne serait-ce qu’un instant. Puis il avait commencé à la torturer. Il avait renversé des brouettes de terre sur elle. Elle avait dû crier quand elle avait compris ce qui se passait. Mais comment avait-il répondu à ses cris ? Il avait montré tout son sadisme. Il s’était arrêté pour le plaisir de lui jeter une pelletée de terre à la figure – pas assez pour l’empêcher de crier, mais assez pour la torturer. Riley frémit. Elle fut soulagée de quitter l’esprit du tueur. Elle pouvait maintenant examiner la scène de crime avec un regard neuf. La forme de la fosse était étrange. Là où Riley se tenait, le bout de la fosse formait une sorte de flèche. C’est la même chose de l’autre côté. Deux flèches qui se faisaient face. Le tueur s’était donné du mal pour faire ça. Mais pourquoi ? se demanda Riley. Qu’est-ce que ça signifie ? Ce fut alors que la voix de Bill retentit derrière elle. — J’ai trouvé quelque chose. Vous devriez venir voir. CHAPITRE SEPT Riley se retourna vivement pour voir ce qui faisait crier Bill. Sa voix venait d’entre les arbres, à l’écart du chemin. — Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Belt. — Qu’avez-vous trouvé ? renchérit Terzis. — Venez, c’est tout, répondit Bill. Riley se redressa et se dirigea vers lui. Elle vit que les fourrés étaient abimés par où il était passé. — Vous venez ? répéta Bill qui commençait à s’impatienter. Riley comprit au ton de sa voix qu’il était vraiment là pour travailler. Suivie de Belt et Terzis, elle s’enfonça dans les fourrés jusqu’à la petite clairière où Bill se tenait debout. Il avait le regard baissé vers le sol. Et il avait bien trouvé quelque chose. Un autre morceau de toile de jute était posé sur le sol, maintenu en place par des poids aux quatre coins. — Bonté divine…, murmura Terzis. — Un deuxième corps ? demanda Belt. Mais Riley comprit que ce devait être quelque chose d’autre. Après tout, ce trou était bien plus petit que l’autre et de forme carrée. Bill enfila des gants en plastique pour éviter de laisser ses empreintes sur ce qu’il s’apprêtait à découvrir. Puis il s’agenouilla et retira doucement le carré de toile de jute. Riley ne vit d’abord qu’une pièce de bois sombre, circulaire et bien cirée. Bill s’en saisit et sortit lentement l’objet. Tout le monde, sauf Bill, poussa un hoquet de surprise. — Un sablier ! s’exclama Belt. — Je n’en avais jamais vu d’aussi gros, ajouta Terzis. L’objet devait mesurer soixante centimètres en hauteur. — Tu es sûr que ce n’est pas un piège ? avertit Riley. Bill se leva en tenant l’objet bien droit dans ses mains, comme s’il manipulait un engin explosif. Il le reposa par terre à côté du trou. Riley s’agenouilla pour examiner le sablier. Il n’y avait aucun fil, mais y avait-il un mécanisme caché sous le sable ? Elle inclina l’objet de droite à gauche, mais ne remarqua rien d’anormal. — Ce n’est qu’un gros sablier, marmonna-t-elle. Et caché dans un trou comme celui sur le chemin. — Ce n’est pas un sablier ordinaire, dit Bill. Ça doit servir à mesurer une longue période de temps. C’était un objet d’une troublante beauté. La courbe du verre était élégante. Les deux pièces de bois qui servaient de socles étaient reliées entre elle par trois tiges décorées de gravures. Il y avait également un motif de vagues gravé sur les deux socles. Le bois sombre était bien ciré. Riley avait déjà vu des sabliers comme celui-ci – des objets plus petits qui servaient à mesurer les temps de cuisson, entre cinq et vingt minutes. Celui-ci était beaucoup plus gros. Le globe inférieur était rempli de sable jusqu’à la moitié. Il n’y en avait pas dans le globe supérieur. Belt demanda à Bill : — Comment saviez-vous qu’il y avait quelque chose ici ? Bill s’accroupit devant le sablier pour l’examiner plus attentivement. Il demanda : — Vous avez remarqué que la fosse avait une forme étrange ? — Oui, répondit Riley. Les coins forment une sorte de flèche. Riley acquiesça. — C’est bien ça. Une flèche qui mène ici. J’ai vu que les fourrés étaient abimés, alors j’y suis allé. Belt fixait le sablier d’un air émerveillé. — Eh bien, on a de la chance que vous l’ayez trouvé, dit-il. — Le tueur voulait qu’on le trouve, marmonna Riley. Il essaye de nous dire quelque chose. Riley jeta un regard à Bill, puis à Jenn. Elle vit qu’ils pensaient tous la même chose. Le sable s’était entièrement écoulé. Cela devait vouloir dire qu’ils avaient perdu. Riley se tourna vers Belt. — Vos hommes ont retrouvé un sablier comme celui-ci sur la page ? Belt secoua la tête. — Non. Riley avait une sinistre intuition. — C’est qu’ils n’ont pas bien regardé, dit-elle. Belt et Terzis ne répondirent pas pendant un long moment. Ils n’en croyaient pas leurs oreilles. Belt dit enfin : — Ecoutez, on l’aurait trouvé. Je suis certain qu’il n’y avait rien dans les environs. Riley fronça les sourcils. Cet objet avait été déposé là avec tant de soin qu’il devait être important. Elle était certaine que les policiers avaient raté un autre sablier sur la plage. Evidemment, elle l’avait raté, elle aussi, tout comme Bill et Jenn, quand ils avaient examiné la plage. Où pouvait-il être ? — On doit retourner sur la plage et chercher, dit Riley. Bill porta l’énorme sablier dans la voiture du FBI. Jenn ouvrit la portière à l’arrière et Bill déposa l’objet à l’intérieur, en prenant soin de le caler pour éviter qu’il ne tombe. Ils le recouvrirent d’une couverture. Riley, Bill et Jenn s’installèrent ensuite dans le véhicule et suivirent la voiture de police en direction de la plage. Il y avait encore plus de journalistes sur le parking et ils commençaient à être agressifs. Alors qu’elle et ses collègues se faufilaient sous la rubalise, Riley se demanda s’ils pourraient ignorer leurs questions encore longtemps. Quand ils atteignirent la plage, le corps ne se trouvait plus dans la fosse. L’équipe du médecin légiste l’avait mis dans le fourgon. Les policiers continuaient de passer la zone au peigne fin à la recherche d’indices. Belt appela ses hommes qui se rassemblèrent autour de lui. — Quelqu’un a trouvé un sablier par ici ? demanda-t-il. Il ferait soixante centimètres de haut. Les policiers eurent l’air étonné et secouèrent la tête. Riley commençait à s’impatienter. Il doit être quelque part, pensa-t-elle. Elle marcha vers une petite bute pour examiner les alentours. Mais elle ne voyait aucun sablier, pas même un endroit sur la plage où le sable aurait pu être fraichement retourné. Son intuition lui jouait-elle des tours ? C’était déjà arrivé. Pas cette fois, se dit-elle. Elle était sûre d’elle. Elle retourna se pencher vers la fosse. Elle était de forme différente, moins profonde, moins dessinée. Le tueur n’aurait pas pu creuser une flèche dans le sable, même s’il avait essayé. Elle se retourna dans tous les sens. Elle ne voyait que du sable et des vagues. C’était la marée basse. Si le tueur avait essayé de sculpter une flèche dans du sable humide, la police l’aurait vue, à moins qu’elle n’ait été détruite. Elle demanda : — Quelqu’un est passé par là, à part l’homme avec son chien ? Les policiers haussèrent les épaules et s’entreregardèrent. L’un d’eux dit : — Personne à part Rags Tucker. Riley écarquilla les yeux. —Qui est-ce ? demanda-t-elle. — Un original qui vient chercher des objets de valeur sur la plage, dit Belt. Il vit dans une petite tente pas loin. Belt pointa du doigt la côte. — Pourquoi personne ne nous l’a dit ? siffla-t-elle. — Ce n’était pas la peine, dit Belt. On lui a parlé dès qu’il est arrivé. Il n’a rien vu. Il dit qu’il dormait quand ça s’est passé. Riley poussa un grognement agacé. — On doit aller voir ce type, dit-elle. Suivie de Bill, Jenn et Belt, elle commença à remonter la plage dans la direction indiquée. Tout en marchant, elle demanda à Belt. — Je croyais que vous aviez bouclé la plage. — On l’a fait, répondit Belt. — Alors pourquoi est-ce qu’il reste quelqu’un ? — Comme je viens de vous le dire, Rags vit plus ou moins ici, dit Belt. Je ne voyais pas l’intérêt de le virer. Et puis, il n’a nulle part où aller. Belt leur fit remonter une pente de sable et de hautes herbes que le groupe escalada maladroitement. Riley vit alors apparaitre une sorte de tipi à quelques mètres. — C’est la maison du vieux Rags, dit Belt. En s’approchant, Riley vit que la tente était faite de sacs en plastique et de couvertures. Derrière la colline, elle était à l’abri des vents et de la marée. Une collection d’objets hétéroclites jonchait le sol. Riley dit à Belt : — Parlez-moi de ce Rags Tucker. Belle Terre autorise le vagabondage ? Belt étouffa un rire. Il dit : —Rags n’est pas un vagabond ordinaire. C’est un personnage. Les gens l’aiment bien, surtout les visiteurs. Et ce n’est pas notre suspect, croyez-moi. C’est un type inoffensif. Belt pointa du doigt les objets étalés sur des couvertures. — Il fait son petit commerce avec ce qu’il trouve. Il ramasse des déchets sur la plage et les gens viennent lui acheter des trucs ou faire du troc. Mais c’est juste une excuse pour venir le voir et lui parler. Il fait ça tout l’été, tant qu’il fait beau. Il gagne juste assez d’argent pour louer un petit appartement à Sattler pendant l’hiver. Et dès qu’il fait beau, il revient s’installer ici. Alors qu’ils s’approchaient, Riley vit mieux les objets. C’était une collection hétéroclite qui allait du bois flotté aux coquillages, en passant par des grille-pains, des télévisions cassées, des lampes et d’autres objets que des visiteurs avaient dû lui apporter. Belt appela : — Eh, Rags, je me demandais si tu pouvais nous accorder deux minutes. Une voix rauque leur répondit depuis l’intérieur de la tente. — Je vous l’ai déjà dit, j’ai vu personne. Vous n’avez pas encore chopé ce malade ? J’aime pas tellement qu’un tueur traine sur ma plage. Je vous ai déjà dit tout ce que je savais. Riley s’approcha à son tour de la tente et appela : — Rags, j’ai besoin de vous parler. — Qui êtes-vous ? — FBI. Je me demandais si vous aviez trouvé un gros sablier. Il n’y eut pas de réponse pendant de longues secondes. Puis une main émergea de la tente et écarta la couverture qui servait de porte. A l’intérieur, un petit homme maigrichon était assis en tailleur. Il la regarda avec des yeux ronds. Devant lui se trouvait un énorme sablier. CHAPITRE HUIT L’homme dans la tente fixait Riley avec des yeux gris et ronds. Riley les regardait tour à tour, lui et l’énorme sablier posé devant lui. Elle avait du mal à savoir ce qu’elle trouvait le plus étonnant. Rags Tucker avait de longs cheveux gris et une barbe qui lui descendait jusqu’à la taille. Il portait des vêtements amples et abimés. Evidemment, elle se demanda… Peut-il être suspect ? Elle avait du mal à y croire. L’homme avait des membres grêles. Il ne semblait pas assez robuste pour avoir creusé une de ces fosses. Il avait l’air parfaitement inoffensif. Riley le soupçonnait aussi de s’être construit un personnage. Il ne sentait pas mauvais et ses vêtements paraissaient propres malgré l’usure. Quant au sablier, c’était presque le même que celui qu’ils avaient trouvé près du chemin. L’objet faisait une soixantaine de centimètres de haut. Un motif de vagues était gravé sur le socle et trois tiges servaient de cadre. Mais les deux n’étaient pas identiques. Le bois de celui-ci était plus rouge et plus clair. Ce n’était pas le même modèle. Mais ce n’était pas la différence la plus importante entre les deux. Ce qui différenciait les deux sabliers, c’était le sable qui s’écoulait à l’intérieur. Dans le sablier que Bill avait trouvé entre les arbres, il n’y avait plus de sable dans le globe supérieur. Mais le sable dans ce sablier s’écoulait lentement dans le globe inférieur. Riley était sûre d’une chose : le tueur avait voulu qu’ils trouvent le sablier – les deux. Tucker dit enfin : — Comment vous saviez que je l’avais ? demanda-t-il à Riley. Elle sortit son badge. — C’est moi qui pose les questions, si vous le voulez bien, dit-elle d’un ton aimable. Comment l’avez-vous trouvé ? Tucker hausa les épaules. — C’est un cadeau, dit-il. — De qui ? — Des dieux, peut-être. Il est peut-être tombé du ciel, pour ce que j’en sais. Quand je suis sorti ce matin, je l’ai vu tout de suite, posé dans mes affaires. Je l’ai ramené à l’intérieur et je me suis rendormi. Puis je me suis réveillé et ça fait un petit moment que je le regarde. Il fixait le sable du regard. — C’est la première fois que je vois le temps passer…, dit-il. C’est très étrange. Ça passe vite et lentement à la fois. Ça donne une impression d’inéluctabilité. On ne remonte pas le temps, parait-il. Riley lui demanda : — Le sable était en train de couler quand vous l’avez trouvé ? Ou vous l’avez retourné ? — Il est comme je l’ai trouvé, dit Tucker. Je n’aurais jamais osé interrompre le temps qui passe. Je ne fais pas de vagues, moi. Je laisse l’univers où il est. Je ne suis pas stupide. Non, il n’est pas stupide, en effet, pensa Riley. Elle commençait à cerner Rags Tucker à mesure qu’ils discutaient. Ce vagabond original cultivait son excentricité pour amuser les visiteurs. Il était devenu une attraction à Belle Terre. D’après ce que lui avait dit Belt, Riley savait qu’il arrivait à en vivre, quoique modestement. Il était devenu une figure locale et il avait gagné la permission tacite de vivre exactement où il en avait envie. Rags Tucker était là pour s’amuser et amuser les autres. Riley comprit qu’ils se trouvaient dans une situation délicate. Elle voulait lui prendre le sablier, le plus vite possible et sans provoquer un esclandre. Mais accepterait-il de le lui céder ? Elle connaissait sur le bout des doigts les lois sur la fouille et la saisie, mais elle n’était pas sûre que ces lois s’appliquent à un vagabond qui vivait dans une tente sur un terrain appartenant à la commune. Elle préférerait ne pas avoir à demander de mandat. Mais elle allait devoir faire attention. Elle dit à Tucker : — Nous pensons qu’il a été déposé là par la personne qui a commis les deux meurtres. Tucker écarquilla les yeux. Puis Riley ajouta : — On doit emporter ce sablier. C’est un élément important de l’enquête. Tucker secoua lentement la tête. — Vous oubliez la loi de la plage, dit-il. — Quelle loi ? demanda Riley. — Trouver, c’est trouver. Reprendre, c’est voler. Et puis, si c’est vraiment un cadeau des dieux, je préfère ne pas m’en séparer. Je ne voudrais pas fâcher le cosmos. Riley examina son visage avec attention. Elle voyait qu’il n’était pas fou – même s’il faisait semblant. Cela faisait partie de son personnage. Non, ce vagabond savait exactement ce qu’il faisait et ce qu’il disait. Il est en train de marchander, pensa Riley. Elle ouvrit son portefeuille et sortit un billet de vingt dollars qu’elle lui tendit. — Peut-être que cela contentera le cosmos. Tucker esquissa un sourire. — Je ne sais pas, dit-il. L’univers est de plus en plus cher, ces temps-ci. Riley commençait à comprendre. Elle sentit qu’elle pouvait jouer son jeu. Elle dit : — Après tout, il est en pleine expansion. — Ouais, comme toujours depuis le Big Bang, dit Tucker en frottant ses doigts. Et j’ai entendu dire qu’il traversait aussi une phase d’inflation. Riley ne put s’empêcher d’admirer l’astuce et l’homme – et sa créativité. Elle comprit qu’elle devait trouver un accord avec lui avant que la conversation ne devienne trop philosophique. Elle sortit un deuxième billet de vingt. Tucker lui arracha les quarante dollars des mains. — Il est à vous, dit-il. Prenez en soin. J’ai comme l’impression que ce truc est puissant. Riley songea qu’il avait raison – peut-être même plus qu’il ne le devinait. En souriant, Rags Tucker ajouta : — Mais vous devriez pouvoir vous débrouiller. Bill enfila à nouveau ses gants et s’approcha du sablier pour le ramasser. Riley lui dit : — Fais attention. Tiens-le aussi droit que possible. Il faut que le sable puisse s’écouler normalement. Pendant que Bill s’en occupait, Riley dit à Tucker : — Merci de votre aide. Nous allons peut-être revenir pour vous interroger. J’espère que vous serez disponible. Tucker haussa les épaules et dit : — Je serai là. Alors qu’ils tournaient les talons, Belt dit à Riley : — Il nous reste combien de temps avant que le temps ne soit écoulé ? Le médecin légiste pensait que les meurtres avaient eu lieu à six heures du matin. Elle baissa les yeux vers sa montre. Il était presque onze heures. Elle fit un petit calcul rapide. Puis elle dit à Belt : — Environ dix-neuf heures. — Et qu’est-ce que se passera quand ça arrivera ? demanda Belt. — Quelqu’un meurt. CHAPITRE NEUF Riley n’arrivait plus à oublier ce que Rags Tucker lui avait dit. « Ça donne une impression d’inéluctabilité. » Flanquée de ses collègues, elle remontait la plage en direction de la scène de crime. Bill portait le sablier. Jenn et Belt l’aidaient à tenir l’objet bien droit. Inéluctabilité. Avec un frisson, elle se rendit compte que c’était exactement le message que le tueur avait voulu faire passer. Il voulait qu’ils aient l’impression que le prochain meurtre était inéluctable. C’était sa manière de leur faire peur. Riley savait qu’ils ne devaient pas se laisser impressionner, mais ce ne serait pas facile. Pendant qu’ils marchaient, elle sortit son téléphone et appela Brent Meredith. Quand il décrocha, elle dit : — Monsieur, on a une affaire très sérieuse sur les bras. — Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Meredith. — Notre tueur prévoit de frapper toutes les vingt-quatre heures. — Bonté divine, dit Meredith. Comment le savez-vous ? Riley était sur le point de tout lui expliquer, mais se ravisa. Il valait mieux qu’il puisse voir les sabliers. — Nous retournons vers notre véhicule. Dès qu’on arrive, je vous appelle en visioconférence. Riley raccrocha juste au moment où ils passaient devant la scène de crime. Les policiers de Belt étaient en train de passer le chemin au peigne fin. Les policiers ouvrirent des yeux ronds devant l’énorme sablier. — Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda l’un d’entre eux. — Une preuve, répondit Belt. Riley pensa soudain qu’elle ne voulait surtout pas que les journalistes voient le sablier. Si ça arrivait, les rumeurs allaient circuler et cela ne ferait qu’empirer les choses. Ils devaient être encore sur le parking et savaient déjà que les deux victimes avaient été enterrées vivantes. Ils n’allaient pas abandonner si facilement. Se tournant vers Belt, elle demanda : — Je peux vous emprunter votre veste ? Belt la lui donna. Riley la posa délicatement sur le sablier pour le recouvrir complètement. — Allez, dit-elle à Bill et Jenn. Allons jusqu’à la voiture sans attirer l’attention. Mais, quand elle et ses collègues passèrent la barrière de rubalise, Riley vit qu’il y avait encore plus de journalistes qu’avant. Ils se massèrent autour de Bill, exigeant de savoir ce qu’il transportait. Riley fut prise d’une bouffée de panique : Bill essayait de ne pas renverser le sablier. Si on le bousculait, cela pouvait interférer avec la course du sable. Pire encore, quelqu’un pouvait faire basculer le sablier. Elle dit à Jenn : — On doit les éloigner de Bill. Toutes deux jouèrent des coudes en ordonnant aux journalistes de reculer. Ces derniers obéirent avec une docilité étonnante et les regardèrent passer, bouche bée. Riley comprit… Ils doivent penser que c’est une bombe. Après tout, c’était une hypothèse qu’elle avait elle-même envisagée, dans les bois, quand Bill avait découvert l’objet. Riley serra les dents en imaginant les gros titres dans la presse de demain et la panique qu’ils susciteraient. Elle dit d’un ton ferme : — Ce n’est pas un engin explosif. C’est juste une preuve. Et c’est fragile. Un concert de questions lui répondit. Riley secoua la tête et tourna les taons. Bill était arrivé au véhicule. Elle et Jenn se dépêchèrent de le rejoindre. Ils entrèrent et installèrent le deuxième sablier à côté de l’autre, le couvrant d’une couverture. Les journalistes se massèrent autour du van en posant des questions. Riley poussa un grognement de frustration. Ils n’en finiraient jamais. Elle s’installa au volant et démarra. Un journaliste particulièrement déterminé essaya de lui bloquer le chemin en passant devant son capot. Elle déclencha le gyrophare pour l’effrayer. Puis elle s’éloigna, abandonnant derrière elle la meute de journalistes. Au bout de quelques minutes, elle trouva un endroit isolé où elle put se garer. Elle dit à Jenn et Bill : — Commençons par le commencement. On doit chercher des empreintes. Bill acquiesça et dit : — Il y a un kit dans la boîte à gants. Pendant que Jenn et Bill se mettaient au travail, Riley sortit sa tablette et appela Brent Meredith en visioconférence. A sa grande surprise, le visage de son chef d’équipe ne fut pas le seul qu’elle vit apparaitre sur l’écran. Il y en avait huit, notamment un visage poupin constellé de taches de rousseur que Riley n’était pas ravie de retrouver. C’était l’agent spécial chargé d’enquête Carl Walder, le supérieur de Meredith à l’UAC. Riley ravala un grognement de découragement. Elle était rarement d’accord avec Carl Walder. En fait, il l’avait suspendue et même virée plusieurs fois. Mais que faisait-il là ? Avec un grognement à peine dissimulé, Meredith dit : — Agent Paige, Carl Walder a la gentillesse de se joindre à nous. Et il a rassemblé une équipe pour vous aider sur cette affaire. Reconnaissant l’expression agacée sur le visage de Meredith, Riley comprit très bien ce qui se passait. Carl Walder devait surveiller l’affaire depuis le début. Quand il avait su que Riley voulait appeler Meredith en visioconférence, il avait prévenu ses agents de confiance pour l’épauler. Ils étaient tous dans leurs bureaux respectifs à l’UAC, devant leurs écrans d’ordinateurs. Riley ne put s’empêcher de grogner. Le pauvre Brent Meredith devait avoir l’impression d’être pris en embuscade. Carl Walder faisait de la démagogie, comme d’habitude. En rassemblant son équipe, il faisait savoir à Riley ce qu’il pensait de son professionnalisme et de ses méthodes. Heureusement, il y avait des gens en qui Riley avait confiance dans l’équipe de Carl Walder. Elle reconnut Sam Flores, un technicien de labo brillant, et Craig Huang, un jeune agent de terrain prometteur qu’elle aidait parfois. Mais elle n’avait pas le temps ni l’envie de gérer une équipe. Elle savait qu’elle serait plus efficace avec Bill et Jenn. Visiblement content de lui, Carl Walder prit la parole : — Il parait que vous avez des informations à nous fournir, agent Paige. Des nouvelles encourageantes, j’espère. Riley ravala sa colère. Elle était sûre qu’il savait déjà que ce n’était pas le cas. — J’ai bien peur que non, monsieur, dit-elle. Elle leva sa tablette pour que le groupe puisse voir les sabliers sur lesquels Bill et Jenn cherchaient des empreintes. Riley dit : — Comme vous le voyez, les agents Jeffreys et Roston travaillent avec moi. Nous avons trouvé un sablier sur chaque scène de crime. Celui qui est vide était à côté de la première victime. Nous avons trouvé l’autre près de la deuxième victime. Le sable est encore en train de couler. Nous pensons qu’il devrait s’arrêter à six heures demain matin. Riley entendit des hoquets de surprise. Tous les visages étaient étonnés – tous, sauf celui de Walder. — Qu’est-ce que ça signifie, à votre avis ? demanda-t-il d’une voix plate. Riley se retint de ne pas ricaner. Walder était visiblement le seul qui n’avait pas compris tout de suite. Конец ознакомительного фрагмента. Текст предоставлен ООО «ЛитРес». Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/pages/biblio_book/?art=43691527) на ЛитРес. Безопасно оплатить книгу можно банковской картой Visa, MasterCard, Maestro, со счета мобильного телефона, с платежного терминала, в салоне МТС или Связной, через PayPal, WebMoney, Яндекс.Деньги, QIWI Кошелек, бонусными картами или другим удобным Вам способом.