Sous Surveillance 
Blake Pierce


Les Enquêtes de Riley Page #1
Un chef-d’œuvre de suspens et de mystère ! L'auteur à fait un travail exceptionnel pour développer les personnages, avec un côté psychologique si bien utilisé que nous avons l'impression d'être dans leurs têtes, vivant leurs peurs et se réjouissant pour leurs succès. L'intrigue est menée avec intelligence et vous divertira jusqu'à la fin. Remplis de rebondissements, ce livre vous tiendra en haleine jusqu'à la dernière page. Critique littéraire et cinématographique, Roberto Mattos (à propos de Sans Laisser de Traces) . SOUS SURVEILLANCE ( Les Origines de Riley Paige -- Tome 1) est le livre N°1 de la nouvelle série de thriller psychologiques de l'auteur à succès N°1 Blake Pierce, dont le best-seller gratuit Sans Laisser de Traces (Tome 1) a reçu plus de 1 000 critiques cinq étoiles. 22 ans et major de sa promo en psychologie – et aspirant à être agent au FBI – Riley Paige se retrouve obligée de lutter pour sa vie alors que ses amis les plus proches du campus sont kidnappés et tués par un tueur en série. Elle sait qu'elle est, elle aussi, une cible – et que si elle veut survivre, elle doit utiliser son esprit brillant pour arrêter le tueur elle-même. Lorsque le FBI fait face à une impasse, ils sont assez impressionnés par la capacité de Riley à comprendre le fonctionnement du tueur pour accepter son aide. Pourtant, l'esprit du tueur est un endroit sombre et dérangé, bien trop diabolique pour être sensé, et qui menace de détruire la psyché fragile de Riley. Dans ce jeu mortel du chat et de la souris, Riley pourra-t-elle s'en sortir indemne ?Un thriller rempli d'action avec un suspens palpitant, SOUS SURVEILLANCE est le 1er Tome d'une nouvelle série captivante qui vous donnera envie de tourner les pages jusqu'au bout de la nuit. Il ramène les lecteurs 20 ans en arrière – au commencement de la carrière de Riley – et il vient compléter parfaitement la série SANS LAISSER DE TRACES (Une Enquête de Riley Paige), qui comprend 13 livres. Le Tome 2 de la série LES ORIGINES DE RILEY PAGE sera bientôt disponible.







SOUS SURVEILLANCE



(LES ORIGINES DE RILEY PAIGE—TOME 1)



B L A K E P I E R C E


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série populaire de thrillers RILEY PAIGE, qui comprend douze tomes (et d'autres à venir). Blake Pierce a également écrit les séries de thrillers MACKENZIE WHITE, comprenant huit tomes, AVERY BLACK, comprenant six tomes, KERI LOCKE, comprenant cinq tomes et la nouvelle série de thrillers LES ORIGINES DE RILEY PAIGE, qui débute avec SOUS SURVEILLANCE.

Lecteur avide et admirateur de longue date des genres mystère et thriller, Blake aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.blakepierceauthor.com afin d’en apprendre davantage et rester en contact.



Copyright © 2018 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées par la loi des États-Unis sur le droit d’auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base données ou système de récupération, sans l’autorisation préalable de l’auteur. Ce livre électronique est réservé sous licence à votre seule utilisation personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d’autres personnes. Si vous souhaitez partager ce livre avec une tierce personne, veuillez en acheter un exemplaire supplémentaire pour chaque destinataire. Si vous lisez ce livre sans l’avoir acheté ou s’il n’a pas été acheté pour votre seule utilisation personnelle, vous êtes prié de le renvoyer et d’acheter votre propre exemplaire. Merci de respecter le dur travail de cet auteur. Il s’agit d’une œuvre de fiction. Les noms, personnages, entreprises, organisations, lieux, événements et péripéties sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés dans un but de fiction. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, n’est que pure coïncidence. Image de couverture : Copyright Korinov, utilisée en vertu d’une licence accordée par Shutterstock.com


DU MEME AUTEUR



LES ORIGINES DE RILEY PAIGE

SOUS SURVEILLANCE (Tome 1)



LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE

SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1)

REACTION EN CHAINE (Tome 2)

LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3)

LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4)

QUI VA A LA CHASSE (Tome 5)

A VOTRE SANTÉ (Tome 6)

DE SAC ET DE CORDE (Tome 7)

UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8)

SANS COUP FERIR (Tome 9)

A TOUT JAMAIS (Tome 10)

LE GRAIN DE SABLE (Tome 11)

LE TRAIN EN MARCHE (Tome 12)



LES ENQUÊTES DE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (Tome 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (Tome 2)

AVANT QU’IL NE CONVOITE (Tome 3)

AVANT QU’IL NE PRENNE (Tome 4)

AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Tome 5)

AVANT QU’IL NE RESSENTE (Tome 6)

AVANT QU’IL NE PECHE (Tome 7)



LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK

RAISON DE TUER (Tome 1)

RAISON DE COURIR (Tome 2)

RAISON DE SE CACHER (Tome 3)

RAISON DE CRAINDRE (Tome 4)



LES ENQUÊTES DE KERI LOCKE

UN MAUVAIS PRESSENTIMENT (Tome 1)

DE MAUVAIS AUGURE (Tome 2)

L’OMBRE DU MAL (Tome 3)


SOMMAIRE



CHAPITRE UN (#u45c4d91d-7d7d-5069-ba6c-85fa6feffc3f)

CHAPITRE DEUX (#u84632e36-a691-5c5f-8c26-159ecb694b25)

CHAPITRE TROIS (#ucf7f4fa0-e309-5c9b-aa80-1409937669d8)

CHAPITRE QUATRE (#u157b3516-d7a5-5ed9-886b-d697c3aa5ab5)

CHAPITRE CINQ (#ud7da8550-b1c1-50e1-9cd9-9c690d7866e0)

CHAPITRE SIX (#u800d10f6-11f4-5000-aca2-f01a5616aa81)

CHAPITRE SEPT (#ucf7925ad-2866-5e39-bb9d-0be3ae448704)

CHAPITRE HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-SIX (#litres_trial_promo)




CHAPITRE UN


Riley s'assit au bord du lit en regardant son livre de psychologie. Elle ne pouvait pas se concentrer, pas avec autant de bruit dans la chambre. Il y avait de nouveau cette chanson qui beuglait, « Don't Let This Moment End » de Gloria Estefan.

Combien de fois avait-elle déjà entendu cette stupide chanson rien que dans la soirée ? Elle semblait émaner de chacune des portes du dortoir ces derniers jours.

Riley cria à sa colocataire en essayant de couvrir la musique...

— Trudy, s'il te plaît, arrête avec ce passage ! Ou même cette chanson. Ou alors achève-moi juste, peut-être.

Trudy rigola. Elle et leur amie Rhea étaient assises sur le lit de Trudy, à l'autre bout de la pièce. Elles venaient tout juste de finir de se faire les ongles et agitaient maintenant leurs mains en l'air pour les faire sécher.

— Bien sûr, je le ferai, pas, cria Trudy par-dessus la musique,

— On te torture, ajouta Rhea, tu n'auras pas la paix tant que tu n'auras pas accepté de sortir avec nous.

— C'est jeudi soir, dit Riley.

— Et alors ? répondit Trudy.

— Alors, je dois me lever tôt pour aller en cours demain.

— Depuis quand as-tu besoin de dormir ? répondit Rhea.

— Rhea a raison, ajouta Trudy, je n'avais encore jamais connu un tel oiseau de nuit.

Trudy était la meilleure amie de Riley, une blonde avec un énorme sourire malicieux qui charmait quasiment tous ceux qu'elle rencontrait, surtout les mecs. Rhea était une brunette – plus jolie que Trudy et légèrement plus réservée par nature, bien qu'elle multipliait les efforts pour suivre le rythme social de Trudy.

Riley laissa échapper un gémissement de désespoir. Elle se leva de son lit et se dirigea vers le lecteur CD de Trudy pour baisser le volume, puis alla se rasseoir et reprit son livre de psycho.

Et bien sûr, dans la foulée, Trudy se leva et alla remonter le volume de la musique, pas aussi fort qu'avant, mais toujours trop fort pour que Riley arrive à se concentrer sur sa lecture.

Riley fit claquer son livre en le fermant.

— A cause de vous, je vais devoir recourir à la violence, dit-elle.

— Eh bien, au moins ça serait différent. Si tu continues, à force de rester assise là, toute recroquevillée, tu vas rester bloquée dans cette position, dit Rhea en rigolant.

— Et ne va pas te dire que tu dois réviser. Je suis aussi dans cette classe de psycho, tu te rappelles ? Je sais que tu prends de l'avance dans la lecture de ce stupide livre, des semaines d'avance peut-être, ajouta Trudy.

Rhea laissa échapper un faux cri d'indignation.

— Prendre de l'avance ? Est-ce que ce n'est pas, genre, illégal ? Parce que ça le devrait.

— Riley aime impressionner le Professeur Hayman. Elle en pince pour lui, dit Trudy en poussant Rhea.

— Je n'en pince pas pour lui ! glapit Riley

— Désolée, autant pour moi. Pourquoi est-ce que tu en pincerais pour lui ? répondit Trudy.

Riley ne put s'empêcher de songer...

Juste parce qu'il est jeune et mignon et intelligent ?

Juste parce que toutes les autres filles de la classe en sont folles ?

… mais elle garda ses pensées pour elle.

Rhea prit sa main et regarda attentivement ses ongles.

— Ça fait combien de temps que tu n'as pas eu d'action ? Sexuellement, je veux dire, demanda-t-elle à Riley.

Trudy secoua la tête vers Rhea.

— Ne demande pas, dit-elle, Riley a fait vœu de chasteté.

Riley roula des yeux et se dit pour elle-même...

Ne prend même pas la peine de relever ça de façon prétentieuse.

— Riley ne prend même pas la pilule, dit Trudy à Rhea.

Riley en fut bouche bée, choquée de l'indiscrétion de Trudy.

— Trudy ! cria-t-elle.

— Ce n'est pas comme si tu m'avais fait jurer le silence à propos de ça, ou quoi que ce soit, dit Trudy en haussant les épaules.

La bouche de Rhea s'était ouverte en grand. Son horreur semblait sincère cette fois.

– Riley. Dis-moi que ce n'est pas vrai. S'il te plaît, s'il te plaît, dis-moi qu'elle ment.

Riley grogna entre ses dents mais ne dit rien.

Si seulement elles savaient, pensa-t-elle.

Elle n'aimait pas repenser à ses dix années de rébellion, encore moins en parler. Elle avait été chanceuse de ne pas tomber enceinte ou de ne pas attraper d'horribles maladies. A l'université, elle avait ralenti le rythme sur beaucoup de choses, y compris le sexe, bien qu'elle ait toujours une boîte de préservatifs dans son sac à main, au cas où.

Trudy remit délibérément le volume de la musique comme il était auparavant.

— Ok, j'abandonne. Où est-ce que vous voulez aller ? dit Riley en poussant un soupir.

— Le Centaur's Den, dit Rhea. Il nous faut du sérieux.

— Quel meilleur endroit ? ajouta Trudy.

Riley balança ses jambes hors du lit et se leva.

— Est-ce que je suis bien habillée ? demanda-t-elle.

— Tu rigoles ? dit Trudy.

— Le Den est grunge, mas pas à ce point, ajouta Rhea.

Trudy marcha vers le placard et fouilla parmi les habits de Riley.

— Est-ce que je suis ta mère ou quoi ? Voilà ce que tu dois porter, dit-elle.

Trudy sortit un crop top à fines bretelles et un joli jean et les donna à Riley. Puis, elle et Rhea sortirent dans le couloir pour rassembler quelques filles de leur étage pour les accompagner.

Riley se changea et resta un moment à se regarder dans le long miroir sur la porte du placard. Elle devait le reconnaître, Trudy lui avait choisi un look sympa. Le crop top mettait en valeur son corps mince et athlétique. Avec ses longs cheveux noirs et ses yeux noisette, elle pouvait passer pour une étudiante fêtarde.

Et pourtant, elle se sentait étrangement déguisée, loin de la Riley de tous les jours.

Mais ses amies avaient raison, elle passait vraiment beaucoup de temps à étudier.

Et il y avait sans doute d'autres choses de mieux à faire.

Du boulot et pas de fun...

Elle attrapa une veste en jean et murmura à son reflet...

— Allez Riley. Sors de là et vis un peu.



*



Lorsqu’elle et ses amies ouvrirent les portes du Centaur's Den, Riley fut submergée par l'odeur familière mais étouffante de fumée de cigarette et le bruit tout autant étouffant du heavy metal.

Elle hésita. Cette sortie était peut-être une erreur finalement. Les accords grinçants de Metallica représentaient-ils une amélioration musicale même par rapport à la monotonie engourdissante de Gloria Estefan ?

Mais Rhea et Trudy étaient derrière elle, la poussant à l'intérieur. Elle était surprise de trouver tellement de monde ici un soir de semaine.

La plupart de l'espace était occupé par un dancefloor où les faisceaux lumineux et les flashs croisaient des jeunes se trémoussant joyeusement sur un chœur de « Whiskey in the Jar. »

Trudy attrapa Rhea et Riley par la main.

— Allez, dansons, toutes les trois !

C'était une tactique connue, les filles danseraient ensemble jusqu'à ce qu'elles tapent dans l’œil d'un mec.

Il ne faudrait pas longtemps pour qu'elles dansent chacune avec un mec plutôt qu'entre elles et boivent comme des folles.

Mais Riley n'était pas d'humeur pour ça, ni même pour le bruit.

En souriant, elle secoua la tête et retira sa main de celle de Trudy.

Trudy sembla blessée l'espace d'un instant, mais il y avait trop de bruit pour se disputer ici. Alors celle-ci tira la langue en direction de Riley et tira Rhea en direction du dancefloor.

Ouais, très mature, pensa Riley.

Elle se fraya un chemin à travers la foule jusqu'au bar et se paya un verre de vin rouge. Puis elle se dirigea en bas, où des tables et des boxs remplissaient la pièce. Elle trouva un box libre pour s'y asseoir.

Riley préférait de beaucoup être ici en bas plutôt qu'à l'étage. C'est vrai que la fumée de cigarette était encore plus épaisse, assez pour lui piquer les yeux. Mais c'était moins frénétique, et plus calme aussi, bien que la musique assourdie arrivait encore par le plafond.

Elle sirota lentement son vin, ne se rappelant que trop bien ses beuveries irresponsables d'adolescente. Elle avait toujours réussi à se procurer tout ce qu'elle voulait boire grâce à ses connexions avec des adultes louches dans la petite ville de Larned. Le whisky était alors son poison de prédilection.

Pauvre Oncle Deke et Tante Ruth, pensa-t-elle. Sous prétexte de sa colère et de son ennui, elle leur avait fait subir plus que leur part de problèmes.

Elle continuait de se répéter pour elle-même...

Je me rachèterai peut-être auprès d'eux un jour.

Ses pensées furent interrompues par une voix masculine.

— Salut.

Riley leva les yeux et vit un grand mec, musclé et raisonnablement beau tenant une chope de bière et la regardant avec un sourire grivois et confiant.

Riley loucha – une expression silencieuse pour...

« Je te connais ? »

Évidemment, Riley savait exactement qui il était.

Elle l'avait vu approcher beaucoup de filles avec la même technique – se présentant lui-même sans introduction, car il prenait pour acquis le fait qu'il était déjà bien connu, et de loin, comme un don de Dieu à toutes les filles du campus.

Riley savait que cette tactique marchait habituellement. Lanton possédait une lamentable équipe de football, et il était peu probable que Harry Rampling voit sa carrière de footballer décoller à un niveau professionnel, mais il était vu comme un héros à Lanton, et il était généralement entouré de filles.

Elle le fixa simplement avec une expression perplexe, comme si elle n'avait aucune idée de qui il pouvait bien être.

Son sourire s'estompa un peu. C'était dur à dire avec le peu de lumière, mais Riley le suspecta de rougir.

Puis il s'éloigna, apparemment embarrassé mais incapable de mettre un terme à l'indignité de se présenter lui-même.

Riley but une gorgée de son vin, appréciant sa petite victoire et un peu de solitude.

C'est alors qu'elle entendit une autre voix masculine.

— Comment tu as fait ça ?

Un autre mec se tenait derrière son box, une bière à la main. Il était bien habillé, bien bâti, un peu plus âgé qu'elle et il frappa immédiatement Riley qu'il était nettement plus séduisant que Harry Rampling.

— Comment j'ai fait quoi ? demanda Riley

Il haussa les épaules.

— Repousser Harry Rampling comme ça. Tu t'es débarrassée de lui sans dire un mot, sans même un 'va te faire foutre'. Je ne savais même pas que c'était possible.

Riley se sentit étrangement désarmée face à ce mec.

— Je me suis aspergée de répulsif à blague avant de venir ici, lui dit-elle.

Dès que les mots sortirent de sa bouche, elle pensa...

Mon Dieu, je suis d'un spirituel avec lui.

Mais à quoi pensait-elle jouer bon sang ?

Il sourit, appréciant la petite blague.

Il se glissa, sans y être invité, sur le siège en face de Riley et se présenta.

— Mon nom est Ryan Paige, et tu ne me connais ni d'Eve ni d'Adam, et je ne t'en voudrai pas si tu oublies mon nom dans cinq minutes ou même avant. Je peux t'assurer que je suis remarquablement oubliable.

Riley était étonnée par son audace.

Ne te présente pas, se dit-elle.

Mais elle dit à haute voix...

— Je suis Riley Sweeney. Je suis en licence. Spécialisée en psychologie.

Elle se sentit rougir à son tour.

Ce mec était doux, d'accord. Et sa technique de drague était si décontractée que ça ne ressemblait pas à une technique du tout.

Oubliable, ah, pensa Riley.

Elle était déjà certaine qu'elle n'oublierait pas Ryan Paige de sitôt.

Attention avec lui, se dit-elle.

— Hum... es-tu un étudiant, ici à Lanton ?

— École de droit. Je termine cette année aussi, dit-il en hochant la tête.

Il le dit comme si elle n'avait aucune raison d'en être impressionnée.

Et bien sûr, elle l'était.

Ils restèrent assis à discuter pendant un moment, elle ne savait pas combien exactement.

Lorsqu'il lui demanda ce qu'elle prévoyait de faire après avoir obtenu son diplôme, Riley dut admettre qu'elle n'était pas sûre.

— Je vais chercher un travail quel qu'il soit, lui dit-elle, j'imagine que je vais devoir trouver un moyen de faire des études supérieures si je veux travailler dans mon domaine.

— Je me suis renseigné auprès de plusieurs cabinets d'avocats. Quelques-uns semblent prometteurs, mais je dois envisager ma prochaine étape très prudemment, dit-il en acquiesçant.

Tandis qu'ils parlaient, Riley réalisa que chaque fois que leurs regards se croisaient et qu'ils s'attardaient à se regarder dans les yeux pendant un instant, un fourmillement lui traversait le corps.

Est-ce qu'il ressentait la même chose ? Elle remarqua qu'à plusieurs reprises il regarda soudainement ailleurs.

Puis, pendant une pause dans la conversation, Ryan finit sa bière.

— Écoute, je suis désolé de devoir partir comme ça, mais j'ai un cours demain matin et des révisions à faire, lui dit-il.

Riley était presque sidérée.

Est-ce qu'il n'allait pas lui faire des avances ?

Non, pensa-t-elle. Il a trop de classe pour ça.

Non pas qu'il n'ait de vues sur elle, elle était sûre que si.

Mais il savait ne pas aller trop vite avec elle.

Impressionnant, se dit-elle.

– Ouais, moi aussi, réussit-elle à répondre.

Il lui fit un sourire qui semblait sincère.

— J'ai été content de te rencontrer, Riley Sweeney.

Elle lui sourit à son tour.

— J'ai été contente aussi de te rencontrer, Ryan Paige.

— Oh, tu te souviens, dit-il en gloussant.

Sans dire un mot de plus, il se leva et parti.

L'esprit de Riley était dépassé par tout ce qui venait de se passer. Ils n'avaient pas échangé leurs numéros de téléphone, elle n'avait pas précisé dans quel dortoir elle se trouvait, elle ne savait toujours pas où il habitait. Et il ne l'avait même pas invitée à sortir pour un vrai rendez-vous.

Ce n'était pas parce qu'il pensait que cela n'en vaudrait pas la peine, elle en était sûre.

Non, il avait simplement confiance. Il était sûr que leurs chemins se croiseraient bientôt à nouveau, et il espérait que l'alchimie opère.

Et Riley était au moins à moitié convaincue qu'il avait raison.

C'est alors qu'elle entendit la voix de Trudy appeler.

— Eh Riley, qui c'était le mec mignon ?

Riley se retourna et vit Trudy descendre les escaliers, portant un pichet de bière dans une main et une chope dans l'autre. Trois autres filles de leur dortoir suivaient derrière elle. Elles avaient toutes l'air assez éméchées.

Riley ne répondit pas à la question de Trudy. Elle espérait juste que Ryan n'était plus à portée de voix à présent.

Tandis que les filles approchaient de la table, Riley demanda...

— Où est Rhea ?

Trudy regarda autour d'elle.

— Je sais pas, articula-t-elle difficilement. Où est Rhea ?

— Rhea est rentrée au dortoir, dit l'une des autres filles.

— Quoi ! dit Trudy. Elle est partie et elle ne me l'a pas dit ?

— Si, elle te l'a dit, assura une autre fille.

Les filles étaient toutes sur le point de s'installer au box de Riley. Plutôt que de rester piégée là avec elles, Riley se leva de son siège.

— On devrait toutes rentrer, dit-elle.

Avec un déluge de protestations, les filles s'assirent, ricanant et s'installant de toute évidence pour une longue nuit.

Riley abandonna la partie. Elle remonta à l'étage et sortit. Une fois dehors, elle prit une profonde inspiration d'air frais et vivifiant. C'était le mois de Mars et il faisait parfois froid la nuit dans la vallée de Shenandoah en Virginie, mais la fraîcheur était la bienvenue après l'air épais et enfumé du bar.

Le trajet du retour était court et bien éclairé jusqu'au campus et son dortoir. Elle trouvait que la soirée avait plutôt bien tourné. Elle avait seulement pris un verre de vin, juste ce qu'il faut pour se détendre, et il y avait aussi eu ce mec...

Ryan Paige.

Elle sourit.

Non, elle n'avait pas oublié son nom.



*



Riley dormait d'un sommeil profond et sans rêve lorsque quelque chose la réveilla en sursaut.

Quoi ? se demanda-t-elle.

Au début, elle pensa que peut-être quelqu'un l'avait secouée par l'épaule.

Mais non, ce n'était pas ça.

Alors qu'elle fixait l'obscurité de sa chambre, elle entendit ce son à nouveau.

Un hurlement.

Une voix pleine de terreur.

Riley savait que quelque chose de terrible était arrivé.




CHAPITRE DEUX


Riley était hors de son lit et sur ses pieds avant même d'être complètement réveillée.

Ce son avait été horrible.

Qu'est-ce que cela pouvait bien être ?

Lorsqu'elle alluma la lumière à côté de son lit, une voix familière grommela à l'autre bout de la pièce.

— Riley. Qu'est-ce qu'il se passe ?

Trudy était couchée sur son lit, entièrement habillée, protégeant ses yeux de la lumière. Il était évident qu'elle s'était évanouie là dans un état d'ébriété assez avancé.

Riley avait dormi jusqu'à l'arrivée de sa colocataire.

Mais elle était réveillée à présent.

Tout comme les autres du dortoir. Elle pouvait entendre des voies alarmées s'appelant depuis les chambres voisines.

Riley se mit en mouvement, enfonça ses pieds dans des pantoufles et enfila un peignoir, puis ouvrit la porte de leur chambre. Elle s'avança dans le couloir.

D'autres portes s'entrouvraient. Les filles sortaient la tête, demandant ce qui n'allait pas.

Et Riley put voir au moins une chose qui n'allait pas. A mi-chemin environ dans le couloir, une fille était effondrée sur ses genoux, et sanglotait.

Riley courut jusqu'à elle.

Heather Glover, réalisa-t-elle.

Heather était allée avec elles au Centaur's Den. Et elle y était toujours avec Trudy et les autres lorsque Riley était partie.

Maintenant Riley savait, c'était Heather qu'elle avait entendu crier.

Elle se rappela aussi...

Heather est la colocataire de Rhea !

Riley atteint la fille en sanglots et se baissa près d'elle.

— Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-elle. Heather, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Sanglotante et suffocante, Heather pointa du doigt la porte ouverte près d'elle.

Elle réussit à souffler...

— C'est Rhea. Elle est...

Heather vomit soudainement.

Évitant le jet de vomi, Riley se leva et regarda attentivement par la porte de la chambre. Dans la lumière se déversant du couloir, elle pouvait distinguer quelque chose renversé sur le sol, un liquide foncé. Tout d'abord, elle pensa que ce devait être une boisson qui avait été renversée.

Puis elle frissonna...

Du sang.

Elle avait déjà vu du sang former une marre comme ça auparavant. Il était impossible de le confondre avec autre chose.

Elle s'avança dans l’embrasure de la porte et vit rapidement que Rhea gisait étendue sur son petit lit, entièrement habillée et les yeux grands ouverts.

— Rhea ? appela Riley.

Elle regarda de plus près. Puis elle étouffa un cri.

La gorge de Rhea était tranchée, quasiment d'une oreille à l'autre.

Rhea était morte, Riley en avait la certitude.

Ce n'était pas la première femme assassinée qu'elle avait vue dans sa vie.

Puis Riley entendit un autre cri. Pendant un moment, elle se demanda si le cri pouvait être le sien.

Mais non, il arrivait de derrière elle.

Elle se retourna, et se retrouva face à Gina Formaro. Elle avait aussi fait la fête au Centaur's Den cette nuit. A présent, ses yeux étaient exorbités et elle tremblait de tout son corps, blafarde.

Riley réalisa qu'elle-même se sentait au contraire remarquablement calme, pas effrayée du tout. Elle savait aussi qu'elle était probablement la seule étudiante de tout l'étage qui n'était pas déjà dans un état de panique.

C'était à elle de faire en sorte que les choses ne deviennent pas incontrôlables.

Riley prit gentiment Gina par le bras et l'emmena hors de la chambre. Heather était toujours là sur le sol où elle avait vomi, sanglotant encore. Et d'autres étudiants qui erraient commençaient à se rapprocher de la chambre.

Riley referma la porte de la chambre et se tint devant.

— Reculez ! cria-t-elle aux filles qui approchaient. N'avancez pas !

Elle fut surprise de la force et de l'autorité émanant de sa propre voix.

Les filles obéirent, formant une foule en demi-cercle devant la chambre.

— Que quelqu'un appelle la police ! cria à nouveau Riley.

— Pourquoi ? demanda l'une des filles.

Toujours assise par terre avec une flaque de vomi devant elle, Heather Glover réussi à émettre un croassement...

— C'est Rhea, dit-elle. Elle a été assassinée.

Soudainement une explosion de voix de filles se fit entendre dans le couloir – certaines criaient, certaines haletaient, certaines sanglotaient. Quelques filles poussèrent à nouveau vers la porte.

— Reculez ! répéta Riley, bloquant toujours la porte. Appelez la police !

L'une des filles qui possédait un petit téléphone le tenait dans sa main. Elle appela.

Riley se tenait là, se demandant...

Qu'est-ce que je fais maintenant ?

Elle n'était certaine que d'une chose, elle ne pouvait laisser entrer dans la chambre aucune des filles tant que le corps y était. Il y avait déjà assez de panique à l'étage comme ça. Ça ne ferait qu'empirer si plus de gens voyaient ce qu'il y avait dans cette chambre.

Elle se sentait également certaine que personne n'était censé y aller...

Aller où ?

Une scène de crime, réalisa-t-elle. Cette chambre était une scène de crime.

Elle se rappela, certaine que cela lui venait de films ou de séries TV, que la police voudrait que la scène du crime reste aussi intacte que possible.

Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était attendre, et garder tout le monde à l'écart.

Et jusqu'à présent elle y arrivait bien. Le demi-cercle d'étudiantes commença à se rompre, et les filles s'éloignèrent en petits groupes, disparaissant dans les chambres ou formant des petites grappes dans le couloir pour partager leur horreur. Il y avait beaucoup de pleurs, à présent, et des lamentations étouffées, presque animales. Quelques téléphones supplémentaires étaient apparus, leurs propriétaires appelant parents et amis pour rapporter leur version du désastre.

Riley se dit que ce n'était sans doute pas une bonne idée, mais elle ne pouvait rien faire pour les en empêcher. Au moins, ils se tenaient loin de la porte qu'elle gardait.

Et maintenant elle commençait à ressentir sa propre part d'horreur.

Des images de sa tendre enfance envahirent l'esprit de Riley...



Riley et Maman étaient dans un magasin de bonbons – et comme Maman gâtait Riley !

Elle lui achetait des tonnes et des tonnes de friandises.

Elles rigolaient toutes les deux, heureuses jusqu'à...

Un homme s'avança vers elles. Il avait un visage bizarre, plat et sans caractéristiques, comme quelque chose sortant de l'un des cauchemars de Riley. Il fallut à Riley une seconde pour réaliser qu'il portait un collant en nylon sur la tête – le même genre que portait Maman à ses jambes.

Et il tenait une arme.

Il commença à crier sur Maman...

— Ton sac ! Donne-moi ton sac !

Sa voix avait l'air aussi effrayante que ce que ressentait Riley.

Riley leva la tête vers Maman, s'attendant à la voir faire ce que demandait l'homme.

Mais Maman était devenue pâle et tremblait de tout son corps. Elle n'avait pas l'air de comprendre ce qu'il se passait.

— Donne-moi ton sac ! cria à nouveau l'homme.

Maman restait là, se cramponnant à son sac.

Riley voulait dire à Maman...

— Fais ce qu'il te dit, Maman. Donne-lui ton sac.

Mais pour une raison qu'elle ignorait, aucun mot ne sortit de sa bouche.

Maman tituba quelque peu, comme si elle voulait courir sans arriver à faire bouger ses jambes.

Puis il y eut un flash et un terrible bruit...

… et Maman tomba au sol, couchée sur le côté.

De sa poitrine jaillissait un rouge profond, et la couleur imprégnait sa chemise et se déversait sur le sol en formant une flaque…



Riley fut ramenée brusquement au présent par le son des sirènes se rapprochant. La police locale arrivait.

Elle se sentait soulagée que les autorités soient là et prennent le relais... peu importe ce qui devait être fait.

Elle vit que les garçons qui vivaient au deuxième étage arrivaient à leur tour et demandaient aux filles ce qu'il se passait. Ils étaient également tous vêtus de différentes manières, chemises et jeans, pyjamas et peignoirs.

Harry Rampling, le joueur de football qui avait abordé Riley au bar, se fraya un chemin jusqu'à l'endroit où elle se tenait, contre la porte fermée. Il écarta les filles qui traînaient encore là et la fixa pendant un moment.

— Tu crois faire quoi là ? lâcha-t-il.

Riley ne dit rien. Elle ne voyait pas l'intérêt de lui expliquer, pas avec la police sur le point d'apparaître d'un instant à l'autre.

Harry grimaça un peu et fit un pas menaçant vers Riley. Il avait apparemment était informé de la présence d'une fille morte à l'intérieur.

— Dégage de là, dit-il. Je veux voir.

Riley se tint encore plus fermement devant la porte.

— Tu ne peux pas rentrer là-dedans, dit-elle.

— Pourquoi pas, gamine ? répondit-il.

Riley lui lança un regard assassin, mais elle se demandait...

Bon sang, à quoi je joue ?

Pensait-elle vraiment pouvoir tenir à l'écart un athlète mâle et l'empêcher d'entrer s'il le décidait ?

Bizarrement, elle avait l'impression qu'elle le pourrait probablement.

Elle déclencherait certainement un combat, si ça en arrivait là.

Heureusement, elle entendit le claquement de pas franchissant le hall, puis une voix d'homme lançant...

— Dispersez-vous. Laissez-nous passer.

L'amas d'étudiants se sépara.

— Par ici, dit quelqu'un, et trois policiers en uniformes allèrent droit vers Riley.

Elle les reconnut tous. C'était des visages familiers aux alentours de Lanton. Deux étaient des hommes, les officiers Steele et White. L'autre était une femme, l'officier Frisbie. Deux policiers du campus se tenaient là également.

Steele était en surpoids, et Riley suspectait qu'il buvait trop au vu de son visage rouge. White était grand, il marchait constamment le dos voûté et sa bouche semblait toujours pendante. Riley ne pensait pas qu'il semblait spécialement brillant. L'officier Frisbie était une femme grande et vigoureuse qui avait toujours semblé amicale et gentille à Riley.

— Nous avons reçu un appel, dit l'officier Steele. Il souffla en direction de Riley. Qu'est-ce qu'il se passe ici bon sang ?

Riley fit un pas de côté et pointa la porte du doigt.

— C'est Rhea Thorson, dit-elle. Elle est...

Riley pensa qu'elle ne pouvait finir sa phrase. Elle était encore en train d'assimiler que Rhea était morte.

Elle se poussa simplement sur le côté.

L'officier Steele ouvrit la porte et passa devant elle pour rentrer dans la chambre.

On entendit alors un grand cri de surprise tandis qu'il s'exclamait...

— Oh mon Dieu !

Les officiers Frisbie et White se ruèrent tous les deux à l'intérieur.

Puis Steele réapparut et appela les observateurs curieux.

— Je dois savoir ce qui s'est passé. Maintenant.

Il y eût un murmure général de confusion alarmée. Puis Steele laissa fuser une série de questions.

— Qu'est-ce que vous savez ? Est-ce que cette fille était dans sa chambre toute la soirée ? Qui d'autre était là ?

Une plus grande confusion s'ensuivit, avec certaines filles affirmant que Rhea n'avait pas quitté le dortoir, d'autres disant qu'elle s'était rendue à la bibliothèque, d'autres encore qu'elle était allée à un rendez-vous, et bien sûr, quelques-unes affirmant qu'elle était sortie boire. Personne n'avait pu voir quelqu'un d'autre ici. Pas avant d'entendre Heather crier.

Riley prit une grande inspiration, se préparant à devoir faire taire les autres et dire ce qu'elle savait. Mais avant qu'elle n'ait pu parler, Harry Rampling pointa Riley du doigt et dit...

— Cette fille a agi trop bizarrement. Elle se tenait juste là quand je suis arrivé. Comme si elle venait juste de sortir de la chambre.

Steele s'avança vers Riley et grogna...

— C'est vrai ? Tu as des explications à donner. Commence à parler.

Il avait l'air de vouloir se saisir de ses menottes. Pour la première fois, Riley commença à sentir un soupçon de panique.

Est-ce que ce mec va m’arrêter ? se demanda-t-elle.

Elle n'avait aucune idée de ce qui pourrait arriver si c'était le cas.

Mais la femme policier coupa l'officier Steele brusquement.

— Laisse-la tranquille, Nat. Tu ne vois pas ce qu'elle faisait ? Elle gardait la chambre, s'assurant que personne d'autre n'y rentre. Nous devons la remercier que la scène de crime ne soit pas irrémédiablement contaminée.

L'officier Steele se recula, l'air amer.

La femme cria aux spectateurs.

— Je veux que tout le monde reste exactement là où il est. Personne ne bouge. Vous entendez ? Et évitez au minimum de parler.

Des hochements de têtes et des murmures d'approbation s'élevèrent de la foule.

Puis la femme saisit Riley par le bras et commença à l'escorter à l'écart des autres.

— Viens avec moi, murmura-t-elle abruptement à Riley. Toi et moi on va avoir une petite discussion.

Riley déglutit difficilement tandis que l'officier Frisbie l'amenait à l'écart.

Est-ce que je vais vraiment avoir des problèmes ? se demanda-t-elle.




CHAPITRE TROIS


L'officier Frisbie maintint fermement sa prise sur le bras de Riley tout le long du trajet jusqu'au hall. Elle passèrent une paire de double portes et se retrouvèrent au pied des escaliers. Enfin, la femme la relâcha.

Riley frotta son bras à l'endroit où il lui faisait un peu mal.

— Désolée d'avoir été brusque. On est un peu dans l'urgence. Tout d'abord, comment tu t'appelles?

— Riley Sweeney.

— Je t'ai déjà vue en ville. En quelle année es-tu ?

— En licence.

L’expression sévère de la femme s'adoucit un peu.

— Bon, pour commencer, je veux m'excuser pour la façon dont l'officier Steele t'as parlé juste à l'instant. Pauvre gars, il ne peut vraiment pas s'en empêcher. C'est juste que c'est... quel est le mot que ma fille utilise ? Ah ouais, un connard.

Riley était trop surprise pour rire. De toute façon, l'officier Frisbie ne souriait pas.

— Je me félicite d'avoir des instincts plutôt fiables – plus que les « bon vieux gars» avec lesquels je suis forcée de travailler, en tout cas. Et là tout de suite, mon flair me dit que tu es la seule personne dans le coin qui serait capable de me dire exactement ce que j'ai besoin de savoir.

Riley sentit une nouvelle vague de panique tandis que la femme, sans un sourire, sortit son carnet de notes et se prépara à écrire.

— Officier Frisbie, je n'ai vraiment aucune idée... dit-elle.

La femme l'interrompit.

— Tu pourrais être surprise. Lance-toi, raconte-moi comment s'est passée ta soirée.

Riley était perplexe.

Comment s'est passée ma soirée ?

Qu'est-ce que ça avait à voir avec quoi que ce soit ?

— Depuis le début, dit Frisbie.

Riley répondit lentement.

— Eh bien, j'étais assise dans ma chambre en essayant de réviser, parce que j'ai un cours demain matin, mais ma colocataire Trudy, et mon amie Rhea...

Elle se tut brusquement.

Mon amie Rhea.

Elle se souvenait d'être assise sur son lit tandis que Trudy et Rhea qui se trouvaient à l'autre bout de la chambre, se faisaient les ongles et écoutaient Gloria Estefan trop fort et elles-mêmes beaucoup trop bruyantes, essayant de convaincre Riley de sortir avec elles. Rhea avait été si vivante, riante et espiègle.

Plus jamais.

Elle n'entendrait plus le rire de Rhea et ne la reverrait plus jamais sourire.

Pour la première fois depuis que cette chose horrible s'était produite, Riley se sentit sur le point de pleurer. Elle s'affaissa contre le mur.

Pas maintenant, se dit-elle sévèrement.

Elle se redressa, prit une grande inspiration et continua.

— Trudy et Rhea m'ont convaincue d'aller avec elles au Centaur's Den.

L'officier Frisbie gratifia Riley d'un hochement de tête encourageant.

— Et c'était vers quelle heure ? dit-elle.

— Vers 21h30, je pense.

— Et il n'y a que vous trois qui êtes sorties ?

— Non, dit Riley. Trudy et Rhea avaient convaincu d'autres filles de venir. On était six au total.

L'officier Frisbie prenait à présent des notes rapidement.

— Donne-moi leurs noms, dit-elle.

Riley n'avait pas besoin de s'arrêter pour réfléchir.

— Il y avait moi, Trudy Lanier et Rhea bien sûr. Et Cassie DeBord, Gina Formaro, et la colocataire de Rhea, Heather Glover.

Elle resta silencieuse pendant un moment.

Il doit y avoir autre chose, pensa-t-elle. Il devait sûrement y avoir autre chose dont elle pouvait se rappeler et en informer la police. Mais son cerveau semblait focalisé sur son groupe d'amies – et sur les images de sa copine morte dans cette chambre.

Riley était sur le point d'expliquer qu'elle n'avait pas passé beaucoup de temps avec les autres au Centaur's Den. Mais avant qu'elle ne puisse dire autre chose, l'officier Frisbie remit abruptement son stylo et son carnet dans sa poche.

— Bien joué, dit-elle, d'un air très professionnel. C'est exactement ce que j'avais besoin de savoir. Allez, viens.

Tandis que l'officier Frisbie la ramenait dans le couloir, Riley se demanda...

« Bien joué » ?

Qu'est-ce que j'ai fait ?

La situation dans le hall en était au même point, avec une petite foule d'étudiants stupéfaits et horrifiés se tenant là tandis que l'officier White surveillait. Mais il y avait deux nouveaux arrivants.

L'un était le doyen Angus Trusler, un homme difficile et facilement agité qui se mélangeait aux étudiants, essayant d'en convaincre certains de lui dire ce qu'il se passait malgré l'ordre qui leur avait été donné de ne pas parler.

L'autre nouvel arrivant était un homme âgé, grand et vigoureux, portant un uniforme. Riley le reconnut tout de suite. C'était le chef de la police de Lanton, Allan Hintz. Riley remarqua que l'officier Frisbie n'avait pas l'air surprise de le voir – mais elle n'avait pas non plus l'air ravie du tout.

Se tenant les mains sur les hanches, il interpella Frisbie.

— Ça vous dérangerait de nous dire pourquoi vous nous faites attendre, Frisbie ?

L'officier Frisbie lui lança un regard de dédain à peine déguisé. Il était évident pour Riley que leur relation de travail était tendue, au mieux.

— Je suis contente de voir que quelqu'un a réussi à vous tirer du lit, monsieur, dit l'officier Frisbie.

Le chef Hintz se renfrogna.

Faisant de son mieux pour paraître aussi autoritaire que le chef de la police, le doyen Trusler s'avança et s'adressa à Hintz brusquement.

— Allan, je n'aime pas la façon dont vous et vos gens gérez ça. Ces pauvres gamins sont assez terrorisés sans avoir à être commandés comme ça. Qu'est-ce que c'est que tout ça, leur dire de rester immobiles, et de rester calmes, sans aucune explication ? Certains d'entre eux veulent juste retourner dans leurs chambres et essayer de dormir un peu. Certains veulent quitter Lanton et rentrer dans leurs familles pour un moment, et qui peut leur en vouloir ? Certains se demandent même s'ils ne doivent pas engager des avocats ? Il est temps de leur dire ce que vous leur voulez. Il est certain qu'aucun de nos étudiants ne sont suspectés.

Alors que le doyen continuait à fulminer, Riley se demandait comment il pouvait être aussi certain que l'assassin ne se trouvait pas là, dans le couloir. Elle trouvait difficile d'imaginer qu'une des filles ait pu commettre un crime si horrible. Mais qu'en était-il des garçons ? Qu'en était-il d'un gros dur de sportif comme Harry Rampling ? Ni lui ni aucun autre des gars n'avaient l'air d'avoir tranché la gorge d'une fille à l'instant. Mais peut-être qu'après avoir pris une douche et changé rapidement d'habits... ?

Du calme, se dit Riley. Ne laisse pas ton imagination s'emporter.

Mais si ce n'était pas un étudiant, alors qui pouvait être allé dans la chambre de Rhea ?

Elle lutta à nouveau dans l'espoir de se rappeler si elle avait vu quelqu'un avec Rhea au Centaur's Den. Est-ce que Rhea avait dansé avec des gars ? Bu un verre avec quelqu'un ? Mais Riley ne trouvait toujours rien.

De toute façon, ce genre de questions ne semblait pas avoir d'importance. Le chef Hintz n'écoutait pas un mot de ce que lui disait le doyen Trusler. L'officier Frisbie était en train de lui murmurer quelque chose et de lui montrer les notes qu'elle avait prises pendant qu'elle parlait à Riley.

Lorsqu'elle finit, Hintz parla au groupe.

— Ok, écoutez tous. Je veux que cinq d'entre vous viennent dans la salle commune.

Il énuméra les noms que Riley avait donné à l'officier Frisbie, y compris le sien.

— Pour les autres, retournez dans vos chambres, dit-il ensuite. Les gars, ça veut dire retournez à votre étage. Personne ne bouge pour la nuit. Ne sortez pas du bâtiment avant que l'on ne vous y autorise. Et ne prévoyez pas de quitter le campus de sitôt. Il est probable que nous ayons des questions à poser à plusieurs d'entre-vous.

Puis il se tourna vers le doyen.

— Faites en sorte que tous les étudiants dans le bâtiment reçoivent le même message, lui dit-il.

Le doyen ouvrait maintenant la bouche avec consternation, mais il réussit à hocher de la tête, signifiant son approbation. Le hall se remplissait de murmures d'insatisfaction confuse tandis que les filles se dispersaient, obéissantes, rejoignant leurs chambres et que les gars retournaient vers leur étage.

Le chef Hintz et les officiers Frisbie et White amenèrent Riley et ses quatre amies dans le hall. Tout en avançant, Riley ne put s'empêcher de jeter un coup d’œil vers la chambre de Rhea. Elle entraperçu l'officier Steele fouillant à l'intérieur. Elle ne pouvait pas voir le lit sur lequel elle avait trouvé son amie, mais elle était certaine que le corps était encore là.

Cela ne semblait pas correct, en aucune façon.

Combien de temps avant qu'ils ne l'emmènent ? se demanda-t-elle. Elle espérait qu'ils l'avaient au moins couverte, cachant la vue de l'horrible gorge tranchée et des yeux grands ouverts. Mais elle supposa que les enquêteurs avaient des choses plus importantes à gérer. Et ils étaient peut-être tous habitués à voir de telles choses de toute façon.

Elle était certaine qu'elle n'oublierait jamais la vue de Rhea morte et cette flaque de sang par terre.

Riley et les autres entrèrent docilement dans la salle commune bien meublée, et s'assirent sur des chaises et des canapés divers.

— L'officier Frisbie et moi allons parler à chacune de vous individuellement, dit le chef Hintz. Pendant ce temps, aucune de vous ne doit parler aux autres. Pas un mot. Vous m'avez entendu ?

Sans même se lancer un regard, les filles hochèrent la tête nerveusement.

— Et à partir de maintenant, n'utilisez plus vos téléphones, ajouta Hintz.

Elles hochèrent toutes à nouveau la tête, puis s'assirent, fixant leurs mains, le sol ou regardant dans le vide.

Hintz et Frisbie emmenèrent Heather dans la cuisine attenante tandis que l'officier White se tenait là, surveillant Riley, Trudy, Cassie et Gina.

Après quelques minutes, Trudy rompit le silence.

— Riley, qu'est-ce qu'il se passe... ?

— Silence. Ordre du chef, interrompit White.

Le silence retomba, mais Riley vit que Trudy, Cassie et Gina la fixaient toutes. Elle regarda ailleurs.

Elles pensent qu'elles sont là par ma faute, réalisa-t-elle.

Puis elle pensa que c'était peut-être vrai, elle n'aurait peut-être pas du donner leurs noms. Mais qu'est-ce qu'elle était censée faire, mentir à un officier de police ? Pourtant, Riley détesta ressentir les ondes de méfiances émanant de ses amies. Elle ne pouvait pas vraiment leur en vouloir de se sentir comme cela vis-à-vis d'elle.

Quel genre d'ennui peut-on avoir, de toute façon ? se demanda-t-elle. Juste pour être sorties ensemble ?

Elle était surtout inquiète pour Heather, qui était toujours dans la cuisine, en train de répondre à des questions. La pauvre fille avait été très proche de sa colocataire, Rhea. Bien sûr, c'était un cauchemar pour tout le monde, mais Riley ne pouvait même pas imaginer à quel point cela devait être dur pour elle.

Bientôt, elles entendirent la voix du doyen bégayant difficilement à travers le système de sonorisation du dortoir.

— C'est le doyen Trusler. Je... je suis sûr qu'a présent tout le monde a appris que quelque chose de terrible s'est produit à l'étage des filles. Vous avez ordre, du chef de la police Hintz, de rester dans vos chambres cette nuit et de ne pas quitter le dortoir. Un officier de police ou un agent du campus pourrait passer vous voir pour vous parler. Assurez-vous de répondre à toutes les questions. Ne prévoyez pas non plus de quittez le campus demain. Vous recevrez tous des informations supplémentaires sous peu.

Riley se souvint d'autre chose que le chef avait dit...

« Il est probable que nous ayons des questions à poser à plusieurs d'entre-vous. »

Il avait déjà commencé avec Riley et les quatre autres filles en ce moment même.

Cela commençait à prendre forme dans son esprit. Après tout, elles avaient été ensemble avec Rhea peu de temps avant qu'elle ne soit tuée. Mais qu'est-ce que Hintz pensait que les filles pouvaient savoir ?

Qu'est-ce qu'il pense que je pourrais savoir ? se demanda-t-elle.

Riley ne pouvait le concevoir.

Enfin, Heather sortit de la cuisine, accompagnée par l'officier Frisbie. Elle avait l'air pâle et malade, comme si elle était sur le point de vomir de nouveau. Riley se demanda où est-ce que Heather allait passer la nuit ? Elle ne pouvait pas vraiment retourner dans la chambre qu'elle avait partagée avec Rhea.

—Heather va passer le reste de la nuit dans la chambre du surveillant général, dit l'officier Frisbie comme si elle avait lu dans les pensées de Riley.

Celle-ci sortit de la pièce commune d'un pas incertain. Riley fut contente de voir que le surveillant général vint à sa rencontre dans le couloir.

L'officier Frisbie appela Gina à les rejoindre dans la cuisine, où attendait toujours Hintz. Gina se leva rapidement et suivit la femme à travers la porte battante, laissant Riley, Trudy et Cassie attendre dans un silence oppressant. Riley avait l'impression que le temps avait ralenti tandis qu'elles attendaient.

Finalement, Gina réapparut. Sans un mot aux autres, elle traversa la salle commune et franchit la porte. Puis l'officier Frisbie demanda à Cassie de venir, elle arriva à son tour dans la cuisine.

A présent, il ne restait plus que Riley et Trudy se tenant là, sur des chaises se faisant face. Tandis qu'elles attendaient, Trudy ne cessait de lancer des regards de colère et de reproche à Riley. Cette dernière aurait voulu pouvoir expliquer ce qu'elle avait dit lors sa courte entrevue avec l'officier Frisbie. Tout ce qu'elle avait fait, c'était répondre à une simple question. Elle n'avait accusé personne d'avoir fait quoi que ce soit de mal.

Mais l'officier White continuait à les surveiller, et Riley ne pouvait émettre un seul mot.

Finalement, Cassie sortit de la cuisine et retourna à sa chambre, et Trudy fut la suivante à être appelée dans la cuisine.

Maintenant, Riley était seule avec l'officier White, elle se sentait isolée et effrayée.

Sans rien pour la distraire, elle continuait de voir des flashs du pauvre corps de Rhea, ses yeux grands ouverts, et la flaque de sang. A présent, ces images se mélangeaient avec les souvenirs de sa propre mère gisant, morte, il y a si longtemps, mais toujours aussi horriblement nets dans son esprit.

Comment une chose pareille avait-elle pu arriver ici et maintenant, dans un dortoir d'université.

Cela ne peut pas être réel, pensa-t-elle.

Assurément, elle ne pouvait pas être vraiment là, assise dans cette pièce, se préparant à répondre à des questions dont elle ne pouvait pas connaître les réponses.

Assurément, l'une de ses meilleures amies ne venait pas de se faire sauvagement assassinée.

Elle s'était presque convaincue elle-même de l'irréalité du moment lorsque l'officier Frisbie accompagna Trudy hors de la cuisine. Avec une expression maussade, elle quitta la salle commune sans même un regard à Riley.

L'officier Frisbie hocha la tête en direction de Riley, qui se leva et la suivit docilement dans la cuisine.

Cela ne peut pas être vrai, continuait-elle de se répéter.




CHAPITRE QUATRE


Riley s'assit à la table de la cuisine, en face du chef Hintz. Pendant un moment, le chef se contenta de la fixer, tenant son stylo suspendu au-dessus de son carnet. Riley se demanda si elle était supposée dire quelque chose.

Elle jeta des coups d’œil autour d'elle et vit que l'officier Frisbie s'était installée d'un côté, appuyée contre un comptoir. Le visage de la femme reflétait une expression plutôt amère, comme si elle n'était pas très contente de faire passer ces entretiens. Riley ne savait pas si Frisbie était contrariée par les réponses des filles ou par la façon dont son patron menait les interrogatoires.

Enfin, le chef parla.

— Tout d'abord, la victime vous à-t-elle déjà donné à penser qu'elle craignait pour sa sécurité ?

Riley fut choquée par ce mot...

Victime.

Pourquoi ne parlait-il pas d'elle en utilisant son prénom, Rhea ?

Mais elle devait répondre à la question.

Son esprit passa rapidement en revue les dernières conversations, mais elle se rappelait seulement les échanges anodins comme celui qu'elle avait eu avec Trudy et Rhea plutôt dans la soirée à propos de la prise ou non de pilule par Riley.

— Non, répondit-elle.

— Quelqu'un lui voulait-il du mal ? Quelqu'un avait-il des raison de lui en vouloir récemment ?

Cette idée même semblait bizarre à Riley. Rhea est, était, tellement agréable et aimable que Riley ne pouvait concevoir que quelqu'un puisse être fâché avec elle plus de quelques minutes.

Mais elle songea...

Aurais-je manqué des signes ?

Et les autres filles avaient-elles dit à Hintz quelque chose que Riley elle-même ignorait ?

— Non, dit Riley. Elle s'entendait avec à peu près tout le monde, à ce que je sache.

Hintz réfléchit un moment.

— Dis-nous ce qui s'est passé quand toi et tes amies êtes arrivées au Centaur's Den, dit-il enfin.

Une vague de sensations submergea Riley, Rhea et Trudy la poussant physiquement pour rentrer et se retrouver dans l'épais brouillard de fumée de cigarette et la musique assourdissante...

Devait-elle décrire tout ça ?

Non, Hintz préférait sûrement entendre les faits purs et simples.

— Cassie, Heather et Gina s'étaient dirigées droit vers le bar. Trudy voulait que je danse avec elle et Rhea, commença-t-elle.

Hintz passait en revue les notes qu'il avait pris des autres filles, qui bien sûr lui avaient dit ce qu'elles savaient des faits et gestes de Riley, y compris le fait qu'elle les avait laissées pour rejoindre l'étage inférieur.

— Mais tu n'as pas dansé avec elles, dit-il.

— Non, répondit-elle.

— Pourquoi pas ?

Riley était étonnée. En quoi sa réticence à danser pouvait-elle avoir de l'importance d'une quelconque façon ?

Puis elle remarqua que l'officier Frisbie la gratifiait d'un regard sympathique et secouait la tête. Il semblait à présent évident que la femme pensait que Hintz se comportait un peu comme un connard, mais qu'elle ne pouvait absolument rien faire pour cela.

Riley répondit lentement et prudemment.

— C'est juste que... eh bien, je n'était pas vraiment d'humeur à faire la fête. J'essayais d'étudier, et Rhea et Trudy m'avait pratiquement traînée là bas. Je me suis donc payé un verre de vin et je suis descendue.

— Seule ? demanda Hintz.

— Ouais, seule. Je me suis assise à un box toute seule.

Hintz feuilleta ses notes.

— Alors tu n'as parlé à personne d'autre tout le temps où tu es restée au Centaur's Den ?

Riley réfléchit un moment puis lui répondit.

— Eh bien, Harry Rampling est venu à ma table...

A la mention du nom de Harry, Hintz esquissa un sourire. Riley réalisa que, comme la majorité de la communauté, le chef devait probablement tenir en grande estime le quaterback de l'école.

— Il s'est assis avec toi ? interrogea-t-il.

— Non, je l'ai repoussé, répondit Riley.

Hintz fronça les sourcils en signe de désapprobation, apparemment contrarié qu'une fille puisse avoir le mauvais goût de rejeter un héros comme Harry Rampling. Riley commençait à se sentir un petit peu exaspérée. De toute façon, en quoi son goût en matière de mec concernait Hintz ? Quel était le rapport avec ce qui était arrivé à Rhea ?

— Tu as parlé à quelqu'un d'autre ? demanda Hintz.

Riley déglutit.

Oui, elle avait parlé à quelqu'un d'autre.

Mais n'allait-elle pas lui attirer des ennuis en parlant de lui ?

— Hum... un étudiant en droit est venu à mon box. Il s'est assis avec moi et nous avons discuté un moment.

— Et ensuite ? répondit Hintz.

Riley haussa les épaules.

— Il a dit qu'il devait encore réviser, et il est parti.

Hintz prenait des notes.

— Comment s'appelle-t-il ?

— Écoutez, je ne vois pas en quoi c'est important. C'était juste un autre mec au Centaur's Den. Il n'y a aucune raison que vous pensiez...

— Réponds simplement à ma question.

Riley déglutit avec difficulté puis répondit.

— Ryan Paige.

— Tu l'avais déjà rencontré avant ?

— Non.

— Tu sais où il habite ?

— Non.

Riley fut contente à ce moment là que Ryan ait réussi à rester si mystérieux, sans même lui donner son adresse ou son numéro de téléphone. Elle ne voyait pas pourquoi elle devrait répondre à quelque question que ce soit à son sujet, et elle ne voulait certainement pas lui attirer des ennuis. Cela semblait presque stupide de la part de Hintz de la pousser dans ce sens. Et à la façon dont l'officier Frisbie roulait des yeux, Riley était certaine qu'elle était du même avis.

Hintz tapota son stylo sur la table puis reprit.

— Est-ce que tu as vu Rhea Thorson avec quelqu'un en particulier au Centaur's Den ? Je veux dire à part les amies avec lesquelles tu y es allée ?

Riley commençait à se sentir plus frustrée que nerveuse.

Hintz avait-il compris quoi que ce soit à ce qu'elle avait dit ?

— Non, répondit-elle. Comme je l'ai dit, je suis partie seule. Je n'ai pas revu Rhea après ça.

Hintz continuait de tapoter son stylo, regardant ses notes.

— Est-ce que le nom de Rory Burdon te dit quelque chose ? interrogea-t-il.

Riley réfléchit rapidement.

Rory...

Oui, le prénom lui était en effet familier.

— Rhea semblait être plutôt intéressée par lui, il me semble. Je l'ai vue danser avec lui plusieurs fois avant cela au Centaur's Den.

— Mais pas cette nuit ?

Riley retint un soupir. Elle avait envie de répondre...

Combien de fois dois-je vous le répéter, je n'ai plus revu Rhea une fois arrivée sur place ?

— Non, répondit-elle simplement à la place.

Elle imaginait que Rory avait été présent ce soir, lui aussi, et que les autres filles avaient dit à Hintz qu'elles avaient vu Rhea traîner avec lui.

— Que sais-tu sur lui ? demanda Hintz.

Riley réfléchit. Le peu qu'elle savait semblait trop insignifiant pour être mentionné. Rory était un grand gars, maigre et maladroit, portant des lunettes à verres épais, et toutes les filles à l'exception de Riley avaient chambré Rhea à cause de son intérêt pour lui.

— Pas grand chose, excepté qu'il vit hors du campus, quelque part.

Elle réalisa que Hintz la fixait à nouveau, comme s'il s'attendait à ce qu'elle en dise plus.

Hintz le considère-t-il comme un suspect ? se demanda-t-elle.

Riley était certaine que le chef était vraiment à côté de la plaque s'il suspectait Rory. Elle avait surtout remarqué de la timidité et de la gentillesse chez lui, pas la moindre once d'agressivité.

Elle était sur le point d'en faire part à Hintz, mais le chef de la police jeta un regard aux papiers devant lui et continua ses questions.

— Quand as-tu quitté le Centaur's Den ? demanda-t-il.

Riley fit de son mieux pour deviner quelle heure il pouvait être, il était assez tard.

— As-tu vu l'une de tes copines partir avant toi ? interrogea ensuite Hintz.

Riley se souvint des filles titubant en descendant les escaliers, et la façon dont Trudy tenait le pichet de bière quand elle avait demandé...

« Eh Riley, qui c'était le mec mignon ? »

— Trudy, Heather, Gina et Cassie sont toutes descendues, dit Riley. Puis elles ont dit que Rhea était déjà partie. Et c'est là que je suis partie à mon tour.

Tandis que Hintz prenait des notes, l'esprit de Riley commença à se remplir de ses propres questions. Elle se rappelait demander où était Rhea, et Trudy répondre...

« Je sais pas. Où est Rhea ? »

...puis Heather avait dit...

« Rhea est rentrée au dortoir. »

Riley se demanda, que savait Heather ou les autres filles du départ de Rhea ?

Savaient-elles si elle avait quitté le Centaur's Den seule ou pas ?

Et qu'en avaient-elles dit à Hintz ?

Riley aurait voulu pouvoir demander mais elle savait qu'elle ne devait pas.

— As-tu quitté le bar seule ? demanda Hintz.

— Ouais, répondit Riley.

— Et tu as fait tout le chemin du retour jusqu'au dortoir toute seule ?

— Ouais.

Hintz fronça encore plus les sourcils lorsqu'il la regarda.

— Tu es sûre que c'était une bonne idée ? L'école propose un service d'escorte pour traverser le campus de nuit. Pourquoi ne l'as-tu pas appelé ?

Riley déglutit. Cela lui semblait être la première bonne question que Hintz avait posée jusqu'à présent.

— J'imagine que je me suis toujours sentie en sécurité en marchant dans le campus la nuit. Mais maintenant...

Sa voix s'affaiblit.

Maintenant, les choses sont vraiment différentes, pensa-t-elle.

Hintz fronça à nouveau les sourcils.

— Eh bien, j'espère que tu feras preuve d'un meilleur jugement à l'avenir. Surtout lorsque tu as trop bu.

Riley écarquilla les yeux.

— Je n'ai bu qu'un seul verre de vin, affirma-t-elle.

Hintz loucha dans sa direction. A son expression, elle pouvait deviner qu'il pensait qu'elle mentait. Les autres filles devaient avoir admis avoir beaucoup bu, et il avait présumé que Riley avait fait de même.

Elle était indignée par son attitude, mais elle songea rapidement que ce que pouvait penser Hintz d'elle n'était pas important dans l'immédiat. Cela aurait était stupide et ridicule de sa part de s'énerver pour cela.

Hintz continuait de prendre des notes.

— Ça sera tout, pour le moment. Tu dois suivre les mêmes règles que les autres du dortoir. Reste dans ta chambre cette nuit. Ne prévoie pas de quitter le campus tant que tu n'as pas reçu d'autorisation. Nous pourrions vouloir te poser d'autres questions sous peu, dit-il.

Riley était curieusement surprise.

C'est tout ? se demanda-t-elle.

L'entretien était-il vraiment terminé ?

Parce qu'elle était sûre d'avoir encore des questions, même si Hintz, lui, n'en avait plus.

Une question en particulier avait jaillit dans son esprit au moment où elle avait découvert le corps de Rhea. Elle se rappelait entrer dans la chambre de Rhea, faiblement éclairée, et voir sa gorge sectionnée et ses yeux grands ouverts – mais elle ne s'était pas arrêtée pour regarder son corps de beaucoup plus près.

D'une voix hésitante, elle demanda à Hintz...

— Pourriez-vous me dire... savez-vous...

Elle réalisa soudainement à quel point cela allait être dur de ne serait-ce que poser la question.

— Avant qu'elle ne meure... avant qu'elle ne soit tuée... Rhea a-t-elle été... ? continua-t-elle.

Elle n'arrivait pas à se décider à dire le mot...

Violée.

Et au vu de l’absence d'expression sur le visage d'Hintz, Riley pouvait se douter qu'il ne comprenait pas ce qu'elle essayait de demander.

Heureusement, l'officier Frisbie, elle, avait compris.

— Je ne peux pas dire avec certitude, lui dit-elle, le médecin légiste n'est pas encore arrivé ici. Mais je ne pense pas qu'elle ait été sexuellement agressée. Il me semble que ses habits n'ont pas été dérangés lors de l'attaque.

Respirant un peu plus facilement, Riley gratifia Frisbie d'un regard de gratitude.

La femme hocha légèrement la tête, et Riley quitta la cuisine.

Tandis qu'elle se dirigea hors de la salle commune, elle se demanda à nouveau ce que les autres filles avaient dit à Hintz, par exemple, si Rhea avait quitté le bar seule ou pas. Savaient-elles quoi que ce soit à propos de ce qui était arrivé à Rhea qu'elle-même ignorait ? Après tout, elles étaient restées avec elle jusqu'à ce qu'elle décide de partir.

Alors que Riley traversait le hall, elle vit que deux policiers du campus se tenaient devant la porte de la chambre de Rhea, qui était maintenant bloquée avec le ruban des scènes de crime. Elle frissonna à l'idée que le corps de Rhea était encore à l'intérieur, attendant l'arrivée du médecin légiste. Riley eut du mal à imaginer qui que ce soit pouvant un jour dormir à nouveau dans cette chambre, mais elle ne resterait pas inoccupée pour toujours, bien sûr.

Riley ouvrit la porte de sa chambre, dont l'intérieur était sombre à l'exception de la tache de lumière venant du couloir. Elle vit Trudy se retourner dans son lit pour faire face au mur.

Elle est encore éveillée, songea Riley.

Elles pourraient peut-être parler maintenant, et Riley pourrait avoir les réponses à certaines de ses questions.

Elle referma la porte et s'assit sur son propre lit.

— Trudy, je me demandais si on pouvait parler de nos entretiens, dit-elle.

Faisant toujours face au mur, Trudy répliqua...

— On est pas supposées en parler.

Riley fut surprise par le ton tranchant et glacé dans la voix de Trudy.

— Trudy, je ne pense pas que ce soit vrai, en tout cas plus maintenant. Hintz ne m'a rien dit de tel.

— Contente-toi de dormir, répondit Trudy.

Les mots de Trudy traversèrent douloureusement Riley. Et soudainement, pour la première fois, elle senti les larmes lui arriver aux yeux, et un sanglot monter dans sa gorge.

C'était déjà assez horrible que Rhea ait été brutalement assassinée.

Maintenant sa meilleure amie était fâchée contre elle.

Riley se pelotonna sous la couette. Les larmes coulaient sur son visage tandis que quelque chose commençait à poindre en elle...

Sa vie ne serait plus jamais la même.

Elle ne pouvait pas encore percevoir à quel point.




CHAPITRE CINQ


Le lendemain matin, Riley s'assit dans l’amphithéâtre de l'université auprès d'étudiants à l'air lugubre. Bien que l'humeur générale au campus était à la déprime, elle se demandait si quelqu'un d'autre se sentait aussi misérable qu'elle. Elle trouva que certains avaient plus l'air contrariés qu'attristés. Quelques-uns avaient l'air nerveux, ils s’effrayaient au moindre mouvement autour d'eux.

Comment allons-nous pouvoir surmonter cela un jour ? se demanda-t-elle.

Mais évidemment, tout le monde n'avait pas été proche de Rhea. Tout le monde ne l'avait pas connue. Ils seraient sans doute horrifiés à l'idée qu'il y ait eut un meurtre sur le campus, mais pour beaucoup, cela ne serait pas personnel.

C'était personnel pour Riley. Elle n'arrivait pas à se débarrasser de l'horreur qui la tenait depuis la vue de Rhea...

Elle ne parvenait pas à mettre les bons mots. Elle n'arrivait pas encore à penser à son amie en tant que cadavre, malgré ce qu'elle avait vu la nuit dernière.

L'assemblée du campus entier aujourd'hui semblait complètement déconnectée de ce qui s'était passé. Cela semblait également s'éterniser, et elle se sentait encore plus mal.

Le chef Hintz venait juste de terminer un discours sévère sur la sécurité du campus, promettant que le tueur serait appréhendé sous peu, et le doyen Trusler prenait maintenant la relève, expliquant comment faire rentrer les choses dans l'ordre, ici à l'université de Lanton.

Bonne chance avec ça, pensa Riley.

Les cours étaient annulés pour la journée, annonça Trusler, mais ils reprendraient lundi. Il dit comprendre si certains étudiants pouvaient ne pas se sentir prêts pour retourner en cours si tôt, mais également si certains voulaient rentrer chez eux pour être avec leurs familles quelques jours, et que les conseillers de l'école étaient prêts à aider quiconque à gérer cet horrible traumatisme, et... et … et...

Riley décrocha et étouffa un bâillement tandis que le doyen, sérieusement ébranlé, ne disait rien d'utile, en ce qui la concernait. Elle avait à peine dormi la nuit dernière. Elle s'était seulement assoupie lorsque l'équipe du médecin légiste était arrivée bruyamment. Elle s'était alors tenue dans le couloir, regardant muette d'horreur tandis que l'équipe emportait une forme recouverte d'un drap sur une civière.

C'est sûr, pensa-t-elle, cela ne peut pas être quelqu'un qui rigolait et qui dansait il y a quelques heures. Cela ne peut pas vraiment être Rhea.

Riley n'avait pu se résoudre à dormir après cela. Elle ne pouvait s'empêcher d'envier Trudy, qui avait l'air d'avoir été inconsciente toute la nuit, probablement, pensa Riley, à cause des grandes quantités d'alcool qu'elle avait consommées dans la soirée.

Plus tôt dans la matinée, l'assistant du surveillant général du dortoir avait annoncé cette réunion à travers les haut-parleurs. Trudy était encore au lit lorsque Riley était partie. Quand elle était arrivée à l'assemblée, elle n'avait trouvé Trudy nul part dans l'amphithéâtre.

Riley regarda à nouveau autour d'elle mais ne la repéra toujours pas. Elle était peut-être encore au lit.

Elle ne rate pas grand chose, se dit Riley.

Elle ne vit pas non plus la colocataire de Rhea, Heather. Mais Gina et Cassie étaient assises quelques rangées devant elle. Elles avaient ignoré Riley en lui passant devant pour aller à la réunion, apparemment encore fâchées contre elle pour avoir donner leurs noms aux policiers.

La nuit dernière, Riley avait compris qu'elles puissent se comporter ainsi, mais à présent, cela devenait puéril. Cela la blessait aussi extrêmement. Elle se demandait si ses relations allaient guérir un jour.

Pour le moment, le « normal » auquel faisait référence le doyen, semblait disparu à jamais.

Enfin, après un long moment, la réunion prit fin. Tandis que les étudiants quittaient le bâtiment, les journalistes attendaient à l'extérieur. Ils fondirent immédiatement sur Gina et Cassie, leur posant toutes sortes de questions. Riley devina qu'ils avaient réussi à savoir qui avait accompagné Rhea cette nuit avant son meurtre.

Si c'était le cas, ils devaient probablement savoir pour Riley aussi. Mais pour le moment, ils ne l'avaient pas repérée. C'était peut être une bonne chose que Gina et Cassie l'aient ignorée ce matin. Sinon, elle aurait été là avec elles, dans l'incapacité de répondre à des questions impossibles.

Riley accéléra le pas pour éviter les journalistes, se frayant un chemin au milieu des autres étudiants.

En passant, elle put entendre les journalistes harceler Gina et Cassie encore et encore avec la même question...

« Comment vous sentez-vous ? »

Riley ressentit un éclair de colère.

Qu'est-ce que c'est que cette question ? s'indigna-t-elle.

Qu'espéraient-ils que Gina et Cassie allaient répondre à cela ?

Riley n'avait aucune idée de ce qu'elle-même dirait, à l'exception peut-être de demander aux journalistes de la laisser tranquille.

Elle était encore submergée de sentiments confus et terribles, choc paralysant et persistant, incompréhension, une horreur qui la rongeait, et tellement plus encore. Le pire de tous était cette sorte de soulagement coupable qu'elle ait échappé au sort de Rhea.

Comment elle ou ses amies pourraient mettre des mots là-dessus ?

De toute façon, quel besoin pouvait avoir quelqu'un à leur demander ça ?

Riley se fraya un chemin à travers la foule d'étudiants jusqu'à la cafétéria. Elle n'avait pas encore pris de petit-déjeuner, et elle commençait tout juste à réaliser qu'elle avait faim. Arrivée devant le buffet, elle piocha du bacon et des œufs et se versa du jus d'orange et du café. Puis elle se chercha une place libre.

Ses yeux trouvèrent rapidement Trudy, assise seule à une table, à l'écart des autres et mangeant son propre petit-déjeuner.

Riley déglutit anxieusement.

Allait-elle oser rejoindre Trudy à sa table ?

Trudy allait-elle même lui parler ?

Elles n'avaient pas échangé un mot depuis la nuit dernière lorsque Trudy avait dit à Riley d'un ton amer d'aller se coucher.

Riley pris son courage à deux mains et manœuvra à travers la pièce jusqu'à la table de Trudy. Sans rien dire, elle posa son plateau sur la table et s'assit à côté de sa colocataire.

Pendant quelques instants, Trudy garda la tête baissée, comme si elle n'avait pas remarqué la présence de Riley.

Finalement, sans regarder Riley, Trudy lui parla.

— J'ai décidé de ne pas aller à la réunion. Comment c'était ?

— C'était nul, répondit Riley. J'aurais mieux fait de ne pas y aller non plus.

Elle réfléchit un moment.

— Heather n'était pas là non plus, dit-elle.

— Non, dit Trudy. J'ai entendu que ses parents étaient venus ce matin et l'ont emmenée directement à la maison. J'imagine que personne ne sait quand elle va revenir à l'école, ou même si elle reviendra.

Trudy regarda finalement Riley.

— Tu as entendu ce qui est arrivé à Rory Burdon ? lui demanda-t-elle.

Riley se rappela toutes les questions que Hintz lui avait posé sur Rory la nuit dernière.

— Non, répondit-elle.

— Les flics se sont pointés à son appartement la nuit dernière, martelant sa porte. Rory n'avait aucune idée de ce qui se passait. Il ne savait même pas ce qui était arrivé à Rhea. Il était vraiment effrayé de se faire arrêter, et il ne savait même pas pourquoi. Les flics l'ont interrogé jusqu'à ce qu'ils comprennent finalement qu'il n'était pas leur gars, puis ils sont partis.

Trudy haussa légèrement les épaules.

— Le pauvre mec, ajouta-t-elle. Je n'aurais pas dû donner son nom à ce stupide chef de la police. Mais il continuait de poser toutes ces questions, je ne savais pas quoi dire d'autre.

Le silence s'installa entre-elles. Riley se surprit à penser à Ryan Paige, et de quelle façon elle avait donné son nom à Hintz. Les policiers avaient-ils aussi rendu visite à Ryan la nuit dernière ? Cela semblait probable, mais elle espérait que non.

En tout cas, elle se sentait soulagée que Trudy soit enfin décidée à lui parler à nouveau. Riley pourrait peut-être s'expliquer, à présent.

— Trudy, commença-t-elle doucement, quand les flics sont arrivés ici, cette femme flic m'a demandé ce que je savais, et je ne pouvais pas lui mentir. Je devais lui dire que tu étais sortie la nuit dernière avec Rhea. Je devais aussi lui dire pour Cassie, Gina, et Heather.

Trudy hocha la tête.

— Je comprends Riley. Tu n'as pas besoin de t'expliquer. Je comprends. Et je suis désolée... je suis désolée de t'avoir traitée comme...

Soudainement, Trudy s'était mise à sangloter silencieusement, ses larmes tombant dans son plateau de petit-déjeuner.

— Riley, est-ce que c'est de ma faute ? demanda-t-elle. Je veux dire, ce qui est arrivé à Rhea ?

Riley ne pouvait pas en croire ses oreilles.

— De quoi tu parles, Trudy ? Bien sûr que non. Comment ça pourrait être de ta faute ?

— Eh bien, j'étais tellement stupide et bourrée la nuit dernière, et je ne faisais pas du tout attention à ce qu'il se passait, et je ne me souviens même pas quand Rhea a quitté le Centaur's Den. Les autres filles affirment qu'elle est partie seule. Peut-être que si j'...

La voix de Trudy se brisa, mais Riley comprit ce qu'elle ne dit pas...

« … peut-être que si j'avais raccompagné Rhea. »

Et Riley sentit elle aussi une terrible sensation de culpabilité.

Après tout, elle pouvait se poser les mêmes questions.

Si elle n'avait pas quitté seule le Centaur's Den, si elle s'était trouvée là lorsque Rhea s'apprêtait à partir, et si elle avait proposé de raccompagner Rhea chez elle...

Ce mot, si...

Riley n'avait jamais imaginé qu'un mot puisse être affreux à ce point.

Trudy continuait de pleurer en silence, et Riley ne savait pas quoi faire pour la réconforter.

Elle se demandait à moitié pourquoi elle-même n'était pas en train de pleurer.

Bien sûr, elle avait pleuré dans son lit la nuit dernière. Mais il était certain qu'elle n'avait pas pleuré assez, pas sur quelque chose d'aussi terrible. Il était certain qu'elle avait encore des pleurs en réserve.

Elle commença à picorer son petit-déjeuner tandis que Trudy essuya ses yeux et se moucha, se calmant un peu.

—Riley, je n'arrête pas de me demander pourquoi ? Je veux dire, pourquoi Rhea ? Est-ce que c'était personnel ? Est-ce que quelqu'un la détestait assez pour la tuer ? Je ne vois même pas comment c'est possible. Personne ne détestait Rhea. Pourquoi quelqu'un détesterait-il Rhea ?

Riley ne répondit rien, mais elle se posait les mêmes questions. Elle se demandait aussi si les policiers avaient déjà trouvé des réponses.

— Et si c'était quelqu'un qu'on connaît qui l'a tuée ? continua Trudy. L'une de nous est peut-être la suivante ? Riley, j'ai peur.

Encore une fois, Riley ne répondit rien.

Elle se sentait certaine d'une chose pourtant, Rhea connaissait son meurtrier. Elle ne savait pas d'où elle tirait sa certitude, ce n'était pas comme si elle était un policier ou connaissait quoi que ce soit sur les criminels. Mais quelque chose en elle lui disait que Rhea connaissait et avait fait confiance à son meurtrier, jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour qu'elle se sauve.

Trudy regardait fixement Riley.

— Tu n'as pas l'air d'avoir peur, lui dit-elle.

Riley se sentit décontenancée.

Pour la première fois, cela lui apparut clairement...

Non, je n'ai pas peur.

Elle avait pu ressentir toutes sortes des pires émotions du monde, culpabilité, deuil, choc, et oui, horreur. Mais son horreur différait d'une certaine façon de la peur pour sa propre vie. C'était pour Rhea elle-même qu'elle ressentait de l'horreur, l'horreur de l'atrocité de ce qui lui était arrivé.

Mais Riley n'avait pas peur.

Elle s'interrogea, était-ce à cause de ce qui était arrivé à sa mère il y a des années, le son de ce coup de feu, la vue de tout ce sang, la perte incompréhensible contre laquelle elle luttait encore aujourd'hui ?

Le fait d'avoir souffert du plus terrible des traumatismes l'avait-il rendue plus forte que d'autres ?

Quelque part, elle espérait que non. Cela ne lui semblait pas tout à fait normal d'être forte de cette façon, d'une façon différente des autres.

Cela ne lui semblait pas tout à fait...

Il fallut à Riley quelques secondes pour trouver le mot.

Humain.

Elle frissonna un peu.

— Je retourne au dortoir, dit-elle enfin à Trudy. J'ai vraiment besoin de dormir. Tu veux venir avec moi ?

Trudy secoua la tête.

— Je veux juste rester assise là pour le moment, dit-elle.

Riley se leva de sa chaise et enlaça rapidement Trudy. Puis elle vida son plateau et quitta la cafétéria. Le trajet n'était pas long pour revenir au dortoir et elle fut soulagée de ne trouver aucun journaliste sur son chemin. Lorsqu'elle arriva devant l'entrée du dortoir, elle s'arrêta un moment. Elle saisissait maintenant pourquoi Trudy n'avait pas voulu revenir avec elle tout de suite. Elle n'était simplement pas prête à affronter à nouveau le dortoir.

Tandis que Riley se tenait devant la porte, elle aussi se sentit mal à l'aise. Bien sûr, elle avait passé la nuit là. Elle vivait là.

Mais après quelques temps à l'extérieur, où un retour à la normale avait été déclaré, était-elle prête à retourner à l'intérieur du bâtiment dans lequel Rhea avait été tuée ?

Elle prit une grande inspiration, s'avança et passa la porte d'entrée.

Au début, elle eut l'impression de se sentir bien. Mais tandis qu'elle avançait dans le hall d'entrée, le sentiment d'étrangeté s'approfondit. Riley avait l'impression de marcher et de se mouvoir sous l'eau. Elle se dirigea droit vers sa propre chambre et était sur le point d'y rentrer, lorsque ses yeux furent attirés vers la chambre plus loin dans le couloir, celle que Rhea et Heather avaient partagées.

Elle s'y rendit et vit que la porte était fermée, scellée avec les bandes de police.

Riley se tint là, se sentant soudainement horriblement curieuse.

A quoi cela ressemble-t-il à l'intérieur en ce moment même ?

La chambre avait-elle été nettoyée depuis la dernière fois qu'elle l'avait vue ?

Ou le sang de Rhea était-il encore là ?

Riley fut prise d'une terrible tentation, celle de passer outre ce ruban, ouvrir la porte et rentrer à l'intérieur.

Mais elle n'allait pas céder à cette tentation. Et de toute façon, la porte serait fermée à clef.

Mais quand bien même...

Comment puis-je penser cela ?

Elle resta là, essayant de comprendre ce besoin mystérieux. Elle commençait à réaliser que cela avait un rapport avec le tueur lui-même.

Elle ne pouvait s'empêcher de penser...

Si j'ouvre cette porte, je serai capable de voir à travers son esprit.

Cela n'avait aucun sens, bien entendu.

Et c'était une idée vraiment terrifiante que de regarder à travers un esprit diabolique.

Pourquoi ? continuait-elle à se demander.

Pourquoi voulait-elle comprendre le tueur ?

Pourquoi diable ressentait-elle une curiosité aussi peu naturelle ?

Pour la première fois depuis que cette chose horrible s'était produite, Riley se sentit soudainement réellement effrayée...

… pas pour elle-même, mais d'elle-même.




CHAPITRE SIX


Le lundi matin suivant, Riley se sentait profondément inquiète tout en dormant sur son siège pendant ses cours de psychologie avancée.

Après tout, c'était le premier cours auquel elle assistait depuis le meurtre de Rhea quatre jours plus tôt.

C'était aussi le cours pour lequel elle essayait de réviser avant qu'elle et ses amies ne partent pour le Centaur's Den.

Il y avait peu d'élèves présents aujourd'hui, beaucoup d'entre-eux ici à Lanton ne se sentaient pas encore prêts à reprendre le cours de leurs études. Trudy était là aussi, mais Riley savait que sa colocataire se sentait elle aussi mal à l'aise avec ce désir urgent de retour à la « normale ». Les autres étudiants étaient inhabituellement calmes tandis qu'ils prenaient place.

Lorsque Riley vit le professeur Brant Hayman rentrer dans la classe, celle-ci se sentit un peu plus à l'aise. Il était jeune et assez beau, vêtu d'une sorte de velours côtelé lui donnant un air académique. Elle se rappela Trudy disant à Rhea...

« Riley aime impressionner le Professeur Hayman. Elle en pince pour lui. »

Riley grimaça à ce souvenir.

Elle ne voulait absolument pas penser qu'elle en « pinçait » pour lui.

C'est simplement parce qu'elle avait étudié avec lui en premier lieu, lorsqu'elle était en première année. Il n'était alors pas encore professeur, seulement un assistant diplômé. Elle pensait déjà à l'époque qu'il était un merveilleux enseignant, pédagogue, enthousiaste, et parfois divertissant.

Aujourd'hui, le Dr. Hayman affichait une expression sérieuse tandis qu'il déposait son porte-document sur son bureau et regardait les étudiants. Riley comprit qu'il irait droit au but.

— Écoutez, dit-il, il y a un non-dit évident. Nous savons tous ce que c'est. Nous devons crever l'abcès. Nous devons en discuter librement.

Riley retint sa respiration. Elle était certaine que la suite n'allait pas lui plaire.

Puis Hayman dit...

— Y a-t-il quelqu'un ici qui connaissait Rhea Thorson ? Pas seulement comme une connaissance, pas seulement comme quelqu'un que vous croisiez de temps en temps dans le campus. Je veux dire vraiment bien. Comme une amie.

Riley leva prudemment la main, tout comme Trudy. Personne d'autre dans la classe n'en fit autant.

— Par quels genres de sentiments être vous passées toutes les deux, depuis qu'elle a été tuée ? demanda-t-il alors.

Riley grimaça un peu.

Après tout, c'était les mêmes questions qui avaient été posées à Cassie et Gina par ces journalistes vendredi. Riley avait réussi à les éviter, mais allait-elle devoir répondre à ces questions maintenant ?

Elle se rappela qu'il s'agissait d'un cours de psychologie. Ils étaient ici pour apprendre à gérer ce genre de questions.

Et pourtant, Riley se demanda...

Par où vais-je bien pouvoir commencer ?

Elle se sentit soulagée que Trudy parle la première.

— Coupable. J'aurais pu l'empêcher. J'étais avec elle au Centaur's Den avant que ça ne se passe. Je n'ai même pas remarqué quand elle est partie. Si seulement je l'avais raccompagnée...

La voix de Trudy se brisa. Riley rassembla son courage pour parler.

— Je ressens la même chose, dit-elle. Lorsque nous sommes arrivées au Den, je les ai laissées pour aller m'asseoir seule, et je n'ai prêté aucune attention à Rhea. Peut-être que si j'avais... Riley fit une pause.

— Donc je me sens coupable aussi, ajouta-t-elle. Et autre chose. Égoïste, je pense. Parce que je voulais être seule.

Le Dr. Hayman hocha la tête. Il leur fit un sourire sympathique.

— Alors aucune d'entre-vous n'a raccompagné Rhea chez elle, dit-il.

Après un instant, il ajouta...

— Un péché par omission.

La formule étonna un peu Riley.

Cela semblait étrangement inapproprié pour désigner ce que Riley et Trudy avaient échoué à faire. Cela semblait trop bénin, presque pas assez grave, à peine une question de vie ou de mort.

Mais bien évidemment c'était vrai, jusque là.

Hayman parcouru les autres élèves du regard.

— Et qu'en est-il des autres ? Avez-vous déjà fait – ou échoué à faire – le même genre de chose dans une situation similaire ? Avez-vous déjà, disons, laissé une amie marcher quelque part seule la nuit alors que vous auriez vraiment dû la raccompagner chez elle ? Ou peut-être juste négligé de faire quelque chose qui aurait pu être important pour la sécurité de quelqu'un ? Ne pas avoir pris les clefs de voiture de quelqu'un ayant déjà trop bu ? Ignoré une situation qui aurait pu donner lieu à des blessures ou même la mort ?

Un murmure confus circula entre les étudiants.

Riley réalisa que c'était vraiment une question difficile.

Après tout, si Rhea n'avait pas été tuée, ni Riley ni Trudy n'aurait accordé une pensée à leur « péché par omission ».

Elles l'auraient vite oublié.

C'était presque sans surprise que peu d'étudiants ne puissent se souvenir que de telles situations ne leur soient arrivées, d'une façon ou d'une autre. Et à vrai dire, Riley elle-même ne trouvait rien de comparable dont elle se rappelait avec certitude. Lui était-il déjà arrivé de se retrouver dans des situations dans lesquelles elle avait négligé de s'assurer de la sécurité de quelqu'un ?

Avait-elle pu se rendre responsable de la mort d'autres personnes, si ce n'est par pur hasard ?

Après un moment, plusieurs mains réticentes se levèrent.

— Et qu'en est-il des autres ? demanda ensuite Hayman. Combien d'entre-vous n'arrivent pas à se souvenir avec certitude ?

Quasiment la totalité du reste des élèves levèrent la main.

Il hocha la tête.

— D'accord, bien. La plupart d'entre-vous aurait très bien pu faire la même erreur à un moment ou à un autre. Alors, combien ici se sentent coupables de la façon dont ils ont agi, ou des choses qu'ils auraient sans doute dû faire mais qu'ils n'ont pas faites ?

S'ensuivirent encore plus de murmures confus, et même quelques cris de surprise.

— Quoi ? demanda Hayman. Personne ? Pourquoi pas ?

Une fille leva la main et commença à balbutier.

— Eh bien... c'était différent je suppose... parce que je suppose... personne n'a été tué, j'imagine.

Il y eut un murmure général d'approbation.

Riley remarqua qu'un autre homme était entré dans la salle de classe. Le Dr. Dexter Zimmerman, le président du département de psychologie. Il semblait qu'il s'était tenu de l'autre côté de la porte, écoutant la discussion.

Elle avait eu un cours avec lui l'avant-dernier semestre, Psychologie Sociale. C'était un homme âgé, ridé, gentil en apparence. Riley savait que le Dr. Hayman l'admirait en tant que mentor, l'idolâtrait presque en réalité. Tout comme bon nombre d'étudiants.

Les propres sentiments de Riley à l'égard du Professeur Zimmerman étaient mitigés. Il avait été un professeur inspirant, mais d'une certaine façon, elle ne le voyait pas comme la plupart des étudiants. Elle ne savait pas exactement pourquoi.

Hayman s'expliqua à la classe.

— J'ai demandé au Dr. Zimmerman de nous rejoindre et prendre part à la discussion du jour. Il devrait pouvoir nous apporter son aide. Il est la personne la plus perspicace que j'aie jamais connue dans ma vie.

Zimmerman rougit et gloussa un peu.

— Alors, que tirez vous de ce que vous venez d'entendre de mes étudiants, lui demanda Hayman ?

Zimmerman inclina la tête et réfléchit un moment.

— Eh bien, dit-il enfin, au moins, certains de vos étudiants semblent penser qu'il y a une sorte de différence morale qui entre en jeu ici. Si vous négligez de venir en aide à quelqu'un et qu'il se retrouve blessé ou tué, c'est mal, mais tout va bien s'il s'avère qu'il n'y a aucune conséquence. Mais je ne vois pas la différence. Les comportements sont les mêmes. Les différentes conséquences ne changent en rien le fait qu'ils aient bien agi ou non.

Le silence tomba dans la salle de classe tandis que l'argument de Zimmerman commençait à pénétrer les esprits.

— Cela veut-il dire, demanda Hayman à Zimmerman, que tout le monde ici devrait être rongé par la culpabilité comme le sont Riley et Trudy ?

Zimmerman haussa les épaules.

— Ou peut-être tout l'inverse. Cela fait-il un bien quelconque à qui que ce soit de se sentir coupable ? Cela va-t-il ramener la jeune femme ? En ce moment, il y a peut-être des choses plus appropriées que nous devrions tous ressentir.

Zimmerman s'avança devant le bureau et établit un contact visuel avec les étudiants.

— Dites-moi, ceux d'entre-vous qui n'étaient pas très proches de Rhea. Quels sont vos sentiments envers ses deux amies, Riley et Trudy, en ce moment même ?

La classe resta silencieuse un moment.

Puis Riley fut stupéfaite d'entendre des sanglots éclater dans la salle.

Une fille parla d'une voix choquée.

— Oh, je me sens tellement mal pour elles.

— Riley et Trudy, dit une autre, j'espère que vous ne vous sentez pas coupables. Vous ne devriez pas. Ce qui est arrivé à Rhea est déjà assez terrible. Je ne peux juste pas imaginer la douleur que vous ressentez en ce moment.

D'autres étudiants firent entendre leur approbation.

Zimmerman gratifia la classe d'un sourire compréhensif.

— J'imagine que la plupart d'entre-vous savent que ma spécialité est la pathologie criminelle, dit-il. Le travail de ma vie consiste à essayer de comprendre l'esprit d'un criminel. Et ces trois derniers jours, j'ai tout fait pour essayer de donner un sens à ce crime. Jusqu'à présent, je ne suis certain que d'une chose. C'était personnel. Le tueur connaissait Rhea et voulait la voir mourir.

Encore une fois, Riley se débattit pour concevoir l'inconcevable...

Quelqu'un haïssait Rhea au point de la tuer ?

— Aussi affreux que cela puisse paraître, ajouta ensuite Zimmerman, je peux vous assurer une chose. Il ne tuera plus. Rhea était sa cible, personne d'autre. Et je suis confiant, la police va bientôt le trouver.

Il s'adossa contre l'arrête du bureau.

— Je peux vous dire encore une chose, peut importe où se trouve le tueur en ce moment, peu importe ce qu'il fait, il ne ressent pas ce que chacun d'entre-vous semble ressentir. Il est incapable d'éprouver de la sympathie pour la souffrance de quelqu'un d'autre, encore moins la vraie empathie que je ressens dans cette pièce.

Il écrivit les mots « sympathie » et « empathie » sur le grand tableau blanc.

— Quelqu'un voudrait-il me rappeler la différence entre ces deux mots ? demanda-t-il.

Riley fut légèrement surprise de voir la main de Trudy se lever.

— La sympathie, c'est quand on se préoccupe de ce que ressent quelqu'un d'autre, dit-elle. L'empathie, c'est quand vous partagez réellement les sentiments de quelqu'un d'autre.

Zimmerman hocha la tête et nota les définitions de Trudy.

— Exactement, répondit-il. Je suggère donc que nous mettions tous de côté notre sentiment de culpabilité. Concentrons-nous à la place sur notre capacité d'empathie. C'est ce qui nous sépare du monde des monstres les plus terribles. C'est précieux, d'autant plus dans des périodes comme celle-ci.

Hayman semblait satisfait des observations faites par Zimmerman.

— Si c'est bon pour tout le monde, dit-il, je pense que nous devrions raccourcir le cours d'aujourd'hui. Il a été assez intense, mais j'espère que cela vous a aidé. Rappelez-vous simplement que vous devez tous digérer des sentiments assez puissants en ce moment, même ceux qui n'étaient pas très proches de Rhea. Ne vous attendez pas à ce que le chagrin, le choc et l'horreur disparaissent de sitôt. Laissez-les faire leur chemin. Ils font partie du processus de guérison. Et n'ayez pas peur de demander de l'aide aux conseillers de l'école. Ou entre vous. Ou au Dr. Zimmerman et à moi-même.

Alors que les élèves se levaient pour partir, Zimmerman lança...

— En passant, faites un câlin à Riley et Trudy. Elles pourraient en avoir besoin.

Pour la première fois depuis le début du cours, Riley se senti contrariée.

Qu'est-ce qui lui fait penser que j'ai besoin d'un câlin ?

A vrai dire, les câlins étaient la dernière chose qu'elle voulait en ce moment.

Soudainement, elle se rappela que c'était ce qui l'avait gênée à propos du Dr. Zimmerman lorsqu'elle avait eu cours avec lui. Il était bien trop sentimental à son goût, il était tellement sensible à propos de plein de choses, et il aimait dire aux étudiants de se faire des câlins.

Cela semblait un peu bizarre de la part d'un psychologue spécialisé en pathologie criminelle.

Cela semblait aussi étrange de la part d'un homme tellement porté sur l'empathie.

Après tout, comment savait-il si elle ou Trudy voulaient recevoir des câlins ou pas ? Il n'avait même pas pris la peine de demander.

En quoi est-ce empathique ?

Riley ne pouvait s'empêcher de penser que le gars était bidon au fond.

Néanmoins, elle se tint là, stoïque, tandis que les élèves défilaient pour lui faire un câlin de sympathie. Certains pleuraient. Et elle pouvait voir que cette attention ne gênait pas du tout Trudy. Elle continuait de sourire malgré ses larmes à chaque câlin.

C'est peut-être juste moi, pensa Riley.

Y avait-il quelque chose qui n'allait pas chez elle ?

Elle n'avait peut-être pas les mêmes sentiments que les autres personnes.

Bientôt, tous les câlins furent finis, et la plupart des étudiants avaient quitté la salle, y compris Trudy. Ainsi que le Dr. Zimmerman.

Riley était contente d'avoir un moment, seule avec le Dr. Hayman. Elle marcha jusqu'à lui.

— Merci pour la discussion sur la culpabilité et la responsabilité, lui dit-elle. J'avais vraiment besoin d'entendre ça.

Il lui sourit.

— Content d'avoir aidé, lui répondit-il. Je sais que cela doit être très dur pour vous.

Riley baissa la tête un moment, rassemblant son courage pour dire quelque chose qu'elle voulait vraiment dire.

— Dr. Hayman, dit-elle enfin, vous ne vous en rappelez probablement pas, mais j'étais dans votre cours d'introduction à la psycho lors de ma première année.

— Je m'en souviens, lui dit-il.

Riley ravala sa nervosité pour lui répondre.

— Eh bien, j'ai toujours voulu vous dire... vous m'avez vraiment inspirée à faire une licence en psychologie.

Hayman avait l'air un peu surpris à présent.

—Waouh, dit-il, cela fait vraiment plaisir à entendre. Merci.

Ils continuèrent à se regarder pendant un moment embarrassant. Riley espérait qu'elle ne passait pas pour une imbécile.

—Écoutez, dit enfin Hayman, j'ai prêté attention à vous pendant les cours, à ce que vous écrivez, les questions que vous posez, les idées que vous partagez avec tout le monde. Vous avez un bon esprit. Et j'ai le sentiment... que vous vous posez des questions sur ce qui est arrivé à votre amie auxquelles la plupart des autres élèves ne pensent pas, peut-être même ne veulent pas penser.

Riley déglutit à nouveau. Il avait raison, bien sûr, presque de façon inouïe.

Maintenant, c'est de l'empathie, pensa-t-elle.

Elle revint à la nuit du meurtre, lorsqu'elle s'était tenue devant la chambre de Rhea, espérant qu'elle pourrait aller à l'intérieur, ayant l'impression qu'elle pourrait apprendre quelque chose d'important si elle passait la porte à ce moment précis.

Mais ce moment était passé. Lorsque Riley avait enfin pu y pénétrer, la chambre avait été nettoyée, comme si rien ne s'y était jamais passé.

Elle dit lentement...

—Je veux vraiment comprendre... pourquoi. Je veux vraiment savoir...

Sa voix s'estompa. Oserait-elle dire la vérité à Hayman, ou qui que ce soit d'autre ?

Qu'elle voulait comprendre l'esprit de l'homme qui avait assassiné son amie ?

Qu'elle voulait presque avoir de l'empathie pour lui ?

Elle fut soulagée lorsque Hayman hocha la tête, semblant comprendre.

—Je sais exactement ce que vous ressentez, dit-il. Je ressentais ça aussi.

Il ouvrit un tiroir à son bureau, sorti un livre et lui tendit.

—Vous pouvez emprunter ça, lui dit-il. C'est une bonne base pour commencer.

Le titre du livre était Esprits Obscurs : la personnalité homicide révélée.

Riley fut surprise de voir que l'auteur n'était autre que le Dr. Dexter Zimmerman lui-même.

—Cet homme est un génie, lui dit Hayman. Vous ne pouvez même pas imaginer les perspectives qu'il révèle dans son livre. Il faut absolument que vous le lisiez. Cela pourrait changer votre vie. En tout cas, cela a changé la mienne.

Riley se sentit bouleversée par le geste d'Hayman.

—Merci, dit-elle humblement.

—N'en parlons pas, répondit Hayman en souriant.

Riley quitta la salle de classe, et se mit à accélérer le pas en sortant du bâtiment, partant en direction de la bibliothèque, impatiente de s'asseoir avec le livre.

En même temps, elle sentit un pic d'appréhension.

« Cela pourrait changer votre vie », lui avait dit Hayman.

Serait-ce pour le pire ou pour le meilleur ?




CHAPITRE SEPT


Arrivée à la bibliothèque de l’université, Riley s'assit à un bureau isolé par un box. Elle posa le livre sur le bureau et fixa le titre, Esprits Obscurs : la personnalité homicide révélée, par le Dr. Dexter Zimmerman.

Elle ne savait pas pourquoi exactement, mais elle était contente d'avoir choisi de commencer à lire le livre ici plutôt que dans sa chambre de dortoir. Elle voulait peut-être simplement ne pas être interrompue ou que quelqu'un lui demande ce qu'elle lisait et pourquoi.

Ou c'était peut-être autre chose.

Elle caressa la couverture et sentit un étrange picotement...

De la peur ?

Non, ce n'était pas ça.

Pourquoi devrait-elle avoir peur d'un livre ?

Néanmoins, elle ressentit de l'appréhension, comme si elle était sur le point de commettre quelque chose d'interdit.

Elle ouvrit le livre et ses yeux se posèrent sur la première phrase...



Bien avant de commettre un meurtre, le tueur renferme le potentiel pour commettre ce crime.



Tout en lisant les explications de l'auteur à propos de cette constatation, elle se sentit elle-même glisser vers un monde sombre et terrible, un monde inconnu, mais qu'elle sentait être étrangement destinée à explorer et à essayer de comprendre.

En tournant les pages, elle fit la connaissance de meurtriers l'un après l'autre.

Elle croisa Ted Kaczynski, surnommé « Unabomber » , qui avait utilisé des explosifs pour tuer trois personnes et en blesser vingt-trois autres.

Puis arriva John Wayne Gacy, qui aimait se déguiser en clown et divertir les enfants lors de fêtes et d’événements caritatifs. Il était apprécié et respecté dans sa communauté, alors même qu'il avait agressé sexuellement et tué trente-trois garçons et jeunes hommes, dont il avait caché beaucoup de corps dans le vide-sanitaire de sa maison.

Riley était particulièrement fascinée par Ted Bundy, qui avait fini par confesser trente meurtres, bien qu'il soit possible qu'il y en ait eu beaucoup plus. Bel homme et charismatique, il approchait ses victimes féminines dans des lieux publics et gagnait facilement leur confiance. Il se décrivit lui-même comme « le plus grand fils de pute sans cœur que t'auras jamais rencontré ». les femmes qu'il avait tuées ne s'étaient jamais aperçu de sa cruauté avant qu'il ne soit trop tard.

Le livre était rempli d'informations sur de tels tueurs. Bundy et Gacy avaient été remarquablement intelligents, et Kaczynski avait été un fils prodige. Mais Bundy et Gacy avaient été élevés par des hommes cruels et violents, et ils avaient souffert d'abus sexuels brutaux lorsqu'ils étaient jeunes.

Mais Riley se demanda qu'est-ce qui les avaient transformés en tueurs ? De nombreuses personnes avaient subi des traumatismes durant l'enfance sans pour autant devenir des tueurs.

Elle examina le texte du Dr. Zimmerman à la recherche de réponses.

Selon lui, les criminels homicides connaissaient la différence entre le bien et le mal, et ils avaient également consciences des conséquences possibles de leurs actions. Mais ils étaient seulement capables d'éteindre cette conscience afin de commettre leurs crimes.

Zimmerman avait également écrit ce qu'il avait dit en classe – que les tueurs n'avaient aucune capacité d'empathie. Mais ils étaient d'excellents imposteurs qui parvenaient à feindre l'empathie et d'autres sentiments ordinaires, les rendant ainsi difficiles à repérer, et souvent aimables et charmants.

Néanmoins, il y avait parfois des signaux d'alarmes visibles. Par exemple, un psychopathe était souvent une personne aimant le pouvoir et le contrôle. Il s'attendait à être capable d'atteindre des objectifs grandioses et irréalistes sans trop d'efforts, et pensait simplement que le succès lui était dû. Il pouvait utiliser de nombreux moyens pour atteindre ses objectifs, rien n'étant hors limites, pas même quelque chose de criminel et cruel. Typiquement, il blâmait les autres pour ses échecs, et mentait facilement et fréquemment...

L'esprit de Riley était submergé par les richesses d'information et de connaissance de Zimmerman.

Mais tandis qu'elle continuait de lire, elle ne cessait de repenser à la première phrase du livre...



Bien avant de commettre un meurtre, le tueur renferme le potentiel pour commettre ce crime.



Bien que les tueurs soient différents en de nombreux points, Zimmerman avait l'air de dire que seul un certain type de personnes était destiné à tuer.

Riley se demanda pourquoi de telles personnes n'étaient pas repérées et arrêtées avant même qu'elles n'aient pu commencer ?

Riley appréhendait de continuer sa lecture et découvrir si Zimmerman apportait une réponse à cette question. Mais elle jeta un coup d’œil à sa montre et réalisa que beaucoup de temps s'était écoulé depuis qu'elle s'était retrouvée happée par le livre. Elle devait partir tout de suite au risque d'être en retard pour son prochain cours.

Elle quitta la bibliothèque et traversa le campus, s'agrippant au livre de Zimmerman tout le long du chemin. À mi-chemin vers son cours, elle ne put résister à l'appel du livre, et l'ouvrit pour le survoler tout en marchant.

Soudain elle entendit une voix masculine...

— Eh, attention !

Riley s'arrêta et leva les yeux de son livre.

Ryan Paige se tenait sur le chemin juste devant elle, lui souriant.

Il semblait très amusé par la distraction de Riley.

— Waouh, ça doit être un sacré livre que tu lis, lui dit-il. Tu m'as presque renversé. Je pourrais jeter un coup d’œil ?

Profondément embarrassée à présent, Riley lui tendit le livre.

— Je suis impressionné, dit Ryan, feuilletant quelques pages. Dexter Zimmerman est clairement un génie. La loi criminelle n'est pas ce qui m'intéresse le plus, mais j'ai suivit quelques cours avec lui avant ma licence, il m'avait vraiment époustouflé. J'ai lu quelques-uns de ses livres mais pas celui-ci. Il est aussi bon que ce que j'imagine ?

Riley hocha simplement la tête.

Le sourire de Ryan s'estompa.

— C'est terrible, dit-il, ce qui est arrivé à cette fille jeudi soir. Est-ce que tu la connaissais ?

Riley hocha à nouveau la tête et lui dit...

—Rhea et moi étions dans le même dortoir à Gettier Hall.

Ryan eut l'ait choqué.

— Waouh, je suis désolé. Ça a dû être terrible pour toi.

Un instant, Riley se remémora le cri qui l'avait réveillée lors de cette horrible nuit, la vue d'Heather effondrée et malade dans le couloir, le sang sur le sol de la chambre, les yeux de Rhea grands ouverts et la gorge tranchée...

Elle frissonna et pensa...

Il n'a pas idée.

Ryan secoua la tête et dit...

— Le campus entier est à couteaux tirés, et ce depuis que c'est arrivé. Les flics sont même venus chez moi cette nuit là, me réveiller et me poser toutes sortes de questions. Tu imagines ?

Riley grimaça un peu.

Bien sûr qu'elle pouvait l'imaginer. Après tout, c'était elle qui avait donné le nom de Ryan à la police.

Devrait-elle l'admettre ? Devrait-elle s’excuser ?

Tandis qu'elle essayait de se décider, Ryan haussa les épaules.

— Bon, dit-il, j'imagine qu'ils ont dû parler à pas mal de gars. J'ai entendu qu'elle était au Centaur's Den cette nuit là, et bien sûr j'y étais aussi. Ils faisaient leur travail. Je comprends. Et j'espère vraiment qu'ils vont attraper le bâtard qui a fait ça. Enfin, ce qui m'est arrivé n'est pas grand chose, pas comparé à ce que ça doit être pour toi. Comme je te l'ai dit, je suis vraiment, vraiment désolé.

— Merci, lui répondit Riley, regardant sa montre.

Elle ne voulait pas être malpolie. En fait, elle avait espéré tomber sur ce gars charmant à nouveau. Mais là tout de suite elle allait être en retard à son cours, et qui plus est, elle n'était pas vraiment dans le bon état d'esprit pour apprécier la compagnie de Ryan.

Ryan lui rendit le livre, comme s'il comprenait. Puis il arracha un petit bout de papier d'un calepin et y nota quelque chose.

— Écoute, dit-il un peu timidement, j'espère que ça ne va pas sembler déplacé, mais... je pensais que je pourrais te donner mon numéro de téléphone. Tu aurais peut-être envie de discuter à l'occasion. Ou pas. C'est à toi de voir.

Il lui tendit le bout de papier et ajouta...

— J'ai écrit mon nom aussi, au cas où tu l'aurais oublié.

— Ryan Paige, lui dit Riley. Je n'ai pas oublié.

Elle lui récita alors son propre numéro de téléphone. Elle était inquiète que cela puisse paraître brusque de sa part de le lui dire plutôt que de l'écrire. A vrai dire, elle était heureuse à l'idée qu'elle pourrait le revoir à nouveau. Elle avait simplement du mal à être amicale avec qui que ce soit de nouveau en ce moment.




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