Avant qu’il ne prenne 
Blake Pierce


Un mystère Mackenzie White #4
Voici le volume nº4 de la série mystère Mackenzie White par Blake Pierce, l’auteur à succès de UNE FOIS PARTIE (bestseller nº1 ayant reçu plus de 800 critiques à cinq étoiles) . Dans AVANT QU’IL NE PRENNE (Un mystère Mackenzie White – Volume 4), une affaire troublante est assignée à la toute récente agent du FBI, Mackenzie White. Des femmes disparaissent dans la campagne de l’Iowa et une tendance se dessine. Un tueur en série pourrait être à l’œuvre et son rythme ne fait que s’accélérer. Vu qu’elle provient du Midwest, Mackenzie est le choix idéal pour cette enquête. Mais Mackenzie est réticente à l’idée de retourner dans le Midwest, dans un cadre profondément rural qui ne lui rappelle que trop ses propres origines et ses propres fantômes tapis dans l’ombre. Elle recherche également l’assassin de son père, mais les ténèbres la tourmentent à chaque détour. Profondément immergée dans un univers peuplé de fermes, de silos, d’abattoirs et de longues routes désertes, Mackenzie a la sensation de retomber dans les profondeurs de sa propre psyché et des cauchemars qu’elle continue à avoir peur d’affronter. Dans ce jeu mortel du chat et de la souris, elle finit par comprendre la psychose du tueur qu’elle poursuit et par se rendre compte que la région de ses origines contient des horreurs encore plus sombres et plus tordues qu’elle ne l’aurait imaginé. Un thriller psychologique sombre avec un suspense qui vous tiendra en haleine, AVANT QU’IL NE PRENNE est le volume nº4 d’une fascinante nouvelle série, et d’un nouveau personnage, qui vous fera tourner les pages jusqu’à des heures tardives de la nuit. Le volume 5 de la série mystère Mackenzie White sera bientôt disponible. Également disponible du même auteur Blake Pierce : UNE FOIS PARTIE (Un mystère Riley Paige – Volume 1) - bestseller nº1 avec plus de 800 critiques à cinq étoiles sur Amazon - et téléchargement gratuit !







AVANT QU’IL NE PRENNE



(UN MYSTÈRE MACKENZIE WHITE – VOLUME 4)



B L A K E P I E R C E


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série à succès mystère RILEY PAIGE, qui comprend sept volumes (pour l’instant). Black Pierce est également l’auteur de la série mystère MACKENZIE WHITE, comprenant cinq volumes (pour l’instant) ; de la série mystère AVERY BLACK, comprenant quatre volumes (pour l’instant) ; et de la nouvelle série mystère KERI LOCKE.

Lecteur avide et admirateur de longue date des genres mystère et thriller, Blake aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) afin d’en apprendre davantage et rester en contact.



Copyright © 2016 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sous réserve de la loi américaine sur les droits d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit, ni enregistrée dans une base de données ou un système de récupération, sans l'accord préalable de l'auteur. Ce livre électronique est sous licence pour usage personnel uniquement. Ce livre électronique ne peut être ni revendu, ni donné à d'autres personnes. Si vous désirez partager ce livre avec quelqu'un, veuillez acheter une copie supplémentaire pour chaque bénéficiaire. Si vous lisez ce livre et que vous ne l'avez pas acheté, ou qu'il n'a pas été acheté pour votre usage personnel uniquement, veuillez le rendre et acheter votre propre copie. Merci de respecter le travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les endroits, les événements et les incidents sont soit le produit de l'imagination de l'auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite. Image de couverture Copyright Bullstar, utilisé sous licence de Shutterstock.com.


LIVRES PAR BLAKE PIERCE



SÉRIE MYSTÈRE RILEY PAIGE

UNE FOIS PARTIE (Volume 1)

UNE FOIS PRISE (Volume 2)

UNE FOIS DÉSIRÉE (Volume 3)

UNE FOIS ATTIRÉE (Volume 4)

UNE FOIS TRAQUÉE (Volume 5)

UNE FOIS ÉPINGLÉE (Volume 6)

UNE FOIS DÉLAISSÉE (Volume 7)



SÉRIE MYSTÈRE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (Volume 2)

AVANT QU’IL NE CONVOITE (Volume 3)

AVANT QU’IL NE PRENNE (Volume 4)

AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Volume 5)



SÉRIE MYSTÈRE AVERY BLACK

MOTIF POUR TUER (Volume 1)

MOTIF POUR S’ENFUIR (Volume 2)

MOTIF POUR SE CACHER (Volume 3)

MOTIF POUR CRAINDRE (Volume 4)



SÉRIE MYSTÈRE KERI LOCKE

UNE EMPREINTE DE MORT (Volume 1)

UNE EMPREINTE DE MEURTRE (Volume 2)


TABLE DES MATIÈRES



PROLOGUE (#uc6719c96-0c7c-5caa-bed9-1960c97ecb46)

CHAPITRE UN (#u2bb29ed8-2a0e-5b31-b312-00a1f9da5805)

CHAPITRE DEUX (#u11afaba3-69da-5a2a-80d5-237a8956f9d6)

CHAPITRE TROIS (#u11168019-92f3-51f8-a12a-1b6935c54083)

CHAPITRE QUATRE (#u55cd368c-7535-5e8d-ba95-8e5d9c89c1bd)

CHAPITRE CINQ (#u4f179695-073f-5bd7-b22e-ec74b4406f6d)

CHAPITRE SIX (#u793eca8c-a88c-5890-9443-9d9efb39db0e)

CHAPITRE SEPT (#u9b96a14e-bce9-5e04-bf1c-fd59af558bb7)

CHAPITRE HUIT (#u3df2d329-d028-574f-b122-2b82ea4b2276)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo)




PROLOGUE


Ce serait la dernière fois qu’elle ferait une séance de dédicaces dans une petite ville dont personne n’avait jamais entendu parler. Elle allait devoir parler à son agent et lui dire que ce n’était pas parce qu’une ville avait une librairie, qu’il s’agissait d’une métropole. Bien sûr, elle aurait sûrement l’air d’une diva en faisant ce genre de demande mais elle s’en fichait.

Il était 22:35 et Delores Manning roulait sur une route à deux bandes dans un coin paumé de l’Iowa. Elle avait bien conscience d’avoir pris une mauvaise route il y a une quinzaine de kilomètres car c’était juste après ça que son GPS l’avait lâchée. Aucun signal. Bien entendu. C’était juste la cerise sur le gâteau, pour terminer en beauté ce qui avait été un weekend pitoyable.

Delores avançait sur cette route depuis au moins dix minutes. Elle n’avait vu aucun panneau, aucune maison, rien. Juste des arbres et un ciel nocturne étonnamment magnifique. Elle pensait sérieusement à s’arrêter au milieu de la route et à faire demi-tour. Plus elle y pensait, plus ça lui semblait une bonne idée.

Elle était sur le point d’appuyer sur la pédale de frein lorsqu’un bruit sec retentit dans la voiture. Dolores hurla de peur et de surprise, mais son cri fut étouffé par le bruit sourd de la voiture qui parut chuter d’une dizaine de centimètres et dévier fermement vers la gauche.

Elle parvint à redresser la voiture dans une trajectoire plus ou moins droite mais elle réalisa qu’elle ne pourrait pas lutter – il y avait trop de résistance. Abandonnant la lutte, elle parvint à guider la voiture vers le côté de la route et la gara à moitié en dehors de la chaussée. Elle alluma ses feux de détresse et laissa échapper un profond soupir.

« Merde, » dit-elle.

On dirait que c’est un pneu, pensa-t-elle. Et si c’est le cas… je ne sais même pas s’il y a une roue de secours dans le coffre. C’est ce qui arrive pour rouler dans ce tombeau ambulant. Tu es sur le point de devenir un auteur à succès. Il est peut-être temps de penser à dépenser un peu d’argent de temps en temps dans des vols et des voitures de location, non ?

Elle tira sur la manette d’ouverture du coffre, ouvrit la portière et sortit dans la nuit. Elle sentit la morsure de l’air, l’hiver commençait à s’installer dans le Midwest, se faufilant derrière l’automne. Elle serra son manteau contre elle et sortit son téléphone. Elle ne fut pas du tout surprise de voir qu’elle n’avait pas de réseau ; elle s’en était bien rendu compte ces vingt dernières minutes, depuis le moment où son GPS avait cessé de fonctionner.

Elle regarda ses roues et vit que les pneus avant et arrière du côté conducteur étaient tous les deux à plat. Plus qu’à plat, ils étaient totalement crevés. Elle vit quelque chose miroiter sur le pneu avant et se mit à genou pour voir ce que c’était.

Du verre, pensa-t-elle. Vraiment ? Comment est-il possible que du verre ait crevé mes pneus ?

Elle regarda en direction du pneu arrière et vit que plusieurs longs éclats de verre l’avaient traversé. Elle regarda en direction de la route mais elle ne vit rien de spécial. Mais ça ne voulait rien dire car la lune était en grande partie dissimulée par la cime des arbres et il faisait vraiment nuit noire.

Elle se dirigea vers le coffre, en sachant déjà que tout ce qu’elle pourrait y trouver serait inutile. Même s’il y avait une roue de secours, elle en avait besoin de deux.

Furieuse et un peu effrayée, elle referma le coffre en le claquant, sans prendre même la peine de regarder. Elle attrapa son téléphone et, se sentant un peu idiote, grimpa sur l’arrière de la voiture. Elle tendit son téléphone vers le haut, espérant avoir juste une seule barre de réseau.

Rien.

Ne panique pas, pensa-t-elle. C’est vrai, tu es au milieu de nulle part. Mais quelqu’un finira bien par arriver. Toutes les routes mènent quelque part, n’est-ce pas ?

Ne parvenant pas à croire la manière dont ce weekend s’était déroulé, elle rentra dans la voiture où le chauffage fonctionnait toujours. Elle inclina son rétroviseur afin de voir si des phares approchaient derrière elle, puis regarda devant elle, attentive à tout véhicule qui s’approcherait.

Alors qu’elle ruminait sur la séance ratée de dédicaces, la petite méprise publicitaire et ses problèmes plus récents d’avoir deux pneus crevés sur le côté de la route, elle vit des phares s’approcher devant elle. Elle n’attendait que depuis sept minutes, alors elle s’estima avoir de la chance.

Elle ouvrit la portière, permettant à l’éclairage intérieur de se joindre à la lumière des feux de détresse clignotants. Elle sortit du véhicule et resta tout près de la voiture, faisant signe au camion qui s’approchait. Elle fut tout de suite soulagée de voir qu’il ralentissait. Il vira vers son côté de la route et s’arrêta juste devant elle. Le chauffeur alluma ses feux de détresse et sortit du camion.

« Bonsoir, » dit l’homme d’une quarantaine d’années qui sortit du camion.

« Bonsoir, » dit Delores. Elle le jaugea, encore trop en colère par rapport à la situation pour se méfier d’un inconnu qui s’arrête en plein milieu de la nuit pour l’aider.

« Des problèmes de voiture ? » demanda-t-il.

« Des tonnes, » dit Delores, en montrant ses pneus du doigt. « Deux pneus crevés en même temps. Incroyable ! »

« Oh, ce n’est vraiment pas de chance, » dit-il. « Avez-vous appelé une dépanneuse, un garage, ou autre ? »

« Pas de réseau, » dit-elle. Elle fut sur le point d’ajouter Je ne suis pas vraiment d’ici mais elle se ravisa.

« Vous pouvez utiliser le mien, » dit-il. « En général, j’ai toujours au moins deux barres de réseau par ici. »

Il s’avança vers elle et mit la main en poche pour en sortir son téléphone.

Seulement ce ne fut pas un téléphone qu’il en sortit. Elle se sentit déconcertée par la situation. Ça n’avait pas de sens. Elle ne parvenait pas à voir ce que c’était et…

Soudain, ça lui arriva très rapidement en plein visage. Une fraction de seconde avant de recevoir le coup, elle vit la forme et l’éclat de ce qu’il venait de glisser entre ses doigts.

Un poing américain.

Elle entendit le bruit sourd du poing heurtant son front, sentit un éclair de douleur et, un moment plus tard, ses genoux cédèrent sous elle et elle sentit qu’elle s’effondrait sur la route. La dernière chose dont elle eut conscience, c’était de voir l’homme se pencher vers elle de manière presque bienveillante, ses phares brillant dans ses yeux, avant que l’obscurité ne soit totale.




CHAPITRE UN


Mackenzie White se tenait debout sous un parapluie noir et regardait le cercueil s’enfoncer en terre au moment où la pluie se mit à tomber de manière plus dense. Les larmes des personnes présentes étaient presque noyées par les gouttes de pluie tombant sur le cimetière et sur les tombes avoisinantes.

Elle regardait avec tristesse les derniers instants de son partenaire au sein du monde des vivants.

Le cercueil progressait petit à petit dans la tombe sur les patins en acier sur lesquels il avait été posé durant la messe, pendant que les personnes les plus proches de Bryers se tenaient à proximité. La majorité de la procession s’était dispersée après les derniers mots du prêtre, mais les personnes les plus proches étaient restées.

Mackenzie se tenait sur le côté, au deuxième rang. Elle se rendait compte que, bien qu’elle et Bryers avaient tenu à plusieurs reprises leurs vies respectives dans leurs mains, elle ne le connaissait vraiment pas bien du tout. Preuve en était qu’elle n’avait aucune idée de qui étaient ces personnes qui étaient restées pour voir son cercueil mis en terre. Un homme d’une trentaine d’années et deux femmes, rassemblés sous la bâche noire, étaient restés pour passer un dernier instant avec lui.

Au moment où Mackenzie se retourna, elle remarqua une dame plus âgée qui se tenait un rang derrière elle sous un parapluie. Elle était habillée de noir et était assez jolie, debout sous la pluie. Ses cheveux étaient complètement gris, coiffés en chignon, mais elle avait tout de même un certain air de jeunesse. Mackenzie hocha la tête dans sa direction au moment où elle passa à côté d’elle.

« Vous connaissiez Jimmy ? » lui demanda soudainement la femme.

Jimmy ?

Il lui fallut un moment pour réaliser que la femme parlait de Bryers. Mackenzie n’avait entendu son prénom qu’à une ou deux occasions. Pour elle, il avait toujours été simplement Bryers.

Peut-être que nous n’étions pas aussi proches que je le pensais.

« Oui, » dit Mackenzie. « Nous avons travaillé ensemble. Et vous ? »

« Ex-femme, » dit-elle. Et elle ajouta dans un soupir fragile : « C’était un homme vraiment bon. »

Ex-femme ? Définitivement, je ne le connaissais vraiment pas bien du tout. Elle se rappela néanmoins une de leurs conversations durant l’un de leurs longs trajets en voiture où il avait mentionné le fait d’avoir été marié.

« Oui, c’était vraiment un homme bien, » dit Mackenzie.

Elle eut envie de raconter à la femme les fois où Bryers l’avait guidée dans sa carrière ou lorsqu’il lui avait sauvé la vie, mais elle pensa qu’il devait y avoir une raison pour laquelle la femme avait gardé ses distances et n’avait pas rejoint les trois personnes rassemblées sous la bâche.

« Vous étiez proches ? » demanda l’ex-femme.

Je pensais que nous l’étions, pensa Mackenzie, en jetant un regard en direction de la tombe avec regret. Mais sa réponse fut plus courte. « Pas trop. »

Elle se détourna de la femme avec un sourire affligé et se dirigea vers sa voiture. Elle pensait à Bryers… à son sourire sec, à la manière dont il riait rarement mais lorsqu’il le faisait, c’était d’une manière presqu’explosive. Puis elle pensa à ce que deviendrait son boulot maintenant. Bien sûr, c’était égoïste mais elle ne pouvait pas s’empêcher de se demander comment son environnement de travail serait affecté maintenant que son partenaire, l’homme qui l’avait littéralement pris sous son aile, était mort. Allait-elle avoir un nouveau partenaire ? Est-ce que sa position allait changer et qu’elle allait se retrouver derrière un bureau ou dans un département à deux balles sans véritable but ?

Mon dieu, arrête de ne penser qu’à toi, pensa-t-elle.

La pluie battante continuait de s’abattre sur le parapluie. Le bruit était tellement assourdissant que Mackenzie faillit ne pas entendre son téléphone sonner dans la poche de sa veste.

Elle le sortit de sa poche alors qu’elle déverrouillait la portière de sa voiture, rangeait le parapluie et se mettait à l’abri à l’intérieur du véhicule.

« White à l’appareil. »

« White, c’est McGrath. Vous êtes à l’enterrement ? »

« J’en pars à l’instant, » dit-elle.

« Je suis vraiment désolé concernant Bryers. C’était un homme bien. Et aussi, un très bon agent. »

« Oui, en effet, » dit Mackenzie.

Mais lorsqu’elle regarda de nouveau en direction de la tombe à travers la pluie battante, elle sentit à nouveau qu’elle n’avait vraiment pas bien connu Bryers du tout.

« Je suis désolé d’interrompre, mais j’ai besoin de vous ici. Je vous attends dans mon bureau. »

Elle sentit son cœur battre plus fort. Ça avait l’air sérieux.

« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle.

Il fit une pause, comme s’il se demandait s’il allait répondre ou pas à cette question, puis finit par lui dire :

« Une nouvelle affaire. »



***



Quand elle arriva devant le bureau de McGrath, Mackenzie vit Lee Harrison assis dans la salle d’attente. C’était l’agent qui lui avait été assigné en tant que partenaire temporaire quand Bryers était tombé malade. Ils avaient appris à se connaître durant ces dernières semaines mais ils n’avaient pas encore vraiment eu l’occasion de travailler ensemble. Ça avait l’air d’être un bon agent – peut-être un peu trop prudent au goût de Mackenzie.

« Il t’a aussi appelé ? » demanda Mackenzie.

« Oui, » dit-il. « On dirait bien que nous allons travailler sur notre première affaire ensemble. J’ai préféré attendre que tu arrives avant de frapper à la porte. »

Mackenzie se demanda s’il avait fait ça par respect pour elle ou par peur de McGrath. D’une manière ou d’une autre, ça avait été une sage décision.

Elle frappa à la porte et entendit un bref « Entrez » venant de l’autre côté. Elle fit signe à Harrison et ils entrèrent ensemble dans la pièce. McGrath était assis derrière son bureau, occupé à taper quelque chose sur son ordinateur. Deux dossiers se trouvaient sur sa gauche, en attente d’être réclamés.

« Asseyez-vous, agents, » dit-il.

Mackenzie et Harrison s’assirent chacun sur l’une des chaises qui se trouvaient devant le bureau de McGrath. Mackenzie remarqua qu’Harrison se tenait droit et que ses yeux étaient écarquillés… pas vraiment de peur mais certainement remplis d’une sorte de tension nerveuse.

« Nous avons une affaire au fin fond de l’Iowa, » commença-t-il par dire. « Vu que c’est là où vous avez grandi, j’ai pensé que c’était une affaire pour vous, White. »

Elle s’éclaircit la gorge, d’un air embarrassé.

« J’ai grandi au Nebraska, monsieur, » corrigea-t-elle.

« Ça revient au même, non ? »

Elle hocha la tête. Ceux qui ne venaient pas du Midwest ne comprendraient jamais vraiment la différence.

L’Iowa, pensa-t-elle. Bien sûr, ce n’était pas le Nebraska, mais c’était assez proche et la simple idée de retourner dans le coin la mettait mal à l’aise. Elle savait qu’elle n’avait aucune raison d’avoir peur ; après tout, elle était parvenue jusqu’à Quantico et elle avait réussi à faire quelque chose de sa vie. Elle était parvenue à atteindre son rêve d’être agent du FBI. Alors pourquoi l’idée de retourner dans le coin pour s’occuper d’une affaire la mettait aussi rapidement mal à l’aise ?

Parce que tout ce qu’il y a de négatif dans ta vie se trouve là-bas, pensa-t-elle. Ton enfance, tes anciens collègues, les mystères entourant la mort de ton père…

« Il y a eu toute une série de disparitions, toutes des femmes, » continua McGrath. « Et pour l’instant, on dirait qu’elles sont directement enlevées sur le bord de la route sur des tronçons isolés. La dernière en date a été enlevée hier soir. Sa voiture a été retrouvée sur le bord de la route avec deux pneus crevés. Il y avait une quantité incroyable de morceaux de verre sur la chaussée, et la police locale pense donc qu’il s’agit là d’un acte criminel. »

Il fit glisser l’un des dossiers vers Mackenzie et elle y jeta un coup d’œil. Il y avait plusieurs photos de la voiture, et spécialement des pneus. Elle remarqua également que le tronçon de route était effectivement très isolé, entouré d’arbres des deux côtés. Une des photos montrait également le contenu de la voiture de la dernière victime. À l’intérieur il y avait un manteau, une petite boîte à outils boulonnée sur le côté et une caisse de livres.

« Des livres ? On sait pourquoi ? » demanda Mackenzie.

« La dernière victime était un auteur. Delores Manning. Google m’apprend qu’elle vient juste de publier son deuxième livre. Un de ces mauvais romans d’amour. Elle n’est en aucun cas un auteur à succès, donc on ne devrait pas avoir d’interférences de la part des médias… enfin, pas encore. La route a été barrée et des déviations établies par le département des transports de l’État. Alors White, je veux que vous sautiez dans un avion aussi vite que possible et que vous vous rendiez sur place. Coin paumé ou pas, l’État ne souhaite manifestement pas bloquer la route pendant très longtemps. »

McGrath tourna ensuite son attention vers Harrison.

« Agent Harrison, je veux que vous compreniez que l’agent White a des liens avec le Midwest, alors sa participation allait de soi. Et bien que je vous aie assigné pour être son partenaire, je veux que vous restiez ici pour cette affaire. Je veux que vous restiez au siège afin de travailler en coulisse. Si l’agent White appelle pour une demande de recherche, je veux que vous y travailliez. Et pas seulement ça mais Delores Manning a un agent et publiciste et tout ce qui va avec. Alors si ce n’est pas résolu rapidement, les médias vont s’emparer de l’histoire. Je veux que vous gériez cet aspect. Maintenir les choses sous contrôle ici au siège dans le cas où les choses tourneraient mal. Je ne veux pas que vous le preniez mal mais je veux que ce soit un agent plus expérimenté qui s’en occupe. »

Harrison hocha la tête mais il était impossible de ne pas voir la déception dans ses yeux. « Vous pouvez compter sur moi, monsieur. Je suis ravi d’apporter mon aide, quelle qu’elle soit.”

Oh non, pensa Mackenzie. Pas un lèche-bottes.

« Alors est-ce que je vais travailler seule sur cette affaire ? » demanda Mackenzie.

McGrath lui sourit et secoua la tête. Il eut une expression presque joviale qui lui fit penser qu’ils avaient fait bien du chemin depuis leurs premières rencontres difficiles et à la limite hostiles.

« Il est hors de question que je vous envoie là-bas toute seule, » dit-il. « Je me suis arrangé pour que l’agent Ellington travaille sur cette affaire avec vous. »

« Oh, » dit-elle, sur un ton un peu étonné.

Elle n’était pas sûre de savoir ce qu’elle en pensait. Il y avait une sorte d’alchimie bizarre entre elle et Ellington – et ce depuis le jour où elle l’avait rencontré pour la première fois alors qu’elle travaillait en tant que détective au fin fond du Nebraska. Elle avait aimé travailler avec lui durant cette courte période mais maintenant que les choses étaient différentes… et bien, ça allait être une affaire intéressante, c’était le moins qu’on puisse dire. Mais il n’y avait pas de souci à se faire. Elle était sûre de pouvoir facilement séparer ses sentiments personnels à son égard des considérations d’ordre professionnel.

« Puis-je en demander la raison ? » demanda Mackenzie.

« Il a déjà travaillé dans le coin avec des agents locaux sur le terrain, comme vous le savez. Il a également un palmarès impressionnant en ce qui concerne des cas de disparitions. Pourquoi ? »

« C’était juste pour savoir, monsieur, » dit-elle, se rappelant parfaitement qu’elle et Ellington s’étaient rencontrés pour la première fois lorsqu’il était venu apporter son aide sur l’affaire du tueur épouvantail, alors qu’elle travaillait encore pour la police locale au Nebraska. « A-t-il… et bien, a-t-il demandé à travailler avec moi sur cette affaire ? »

« Non, » dit McGrath. « C’est juste que vous êtes tous les deux parfaits pour cette enquête – lui avec ses connexions et vous avec votre passé. »

McGrath se leva de sa chaise, signifiant par là la fin de la conversation. « Vous devriez recevoir un email concernant votre vol dans quelques minutes, » dit McGrath. « Je pense que vous prenez l’avion à onze heures cinquante-cinq. »

« Mais c’est déjà dans une heure et demie, » dit-elle.

« Alors je vous suggère de vous dépêcher. »

Elle sortit rapidement du bureau en regardant une dernière fois l’agent Harrison, toujours assis sur sa chaise comme un chiot abandonné, ne sachant pas quoi faire ni où aller. Mais elle n’avait pas le temps de penser à ce qu’il ressentait et au fait qu’il soit probablement blessé par la situation. Il fallait qu’elle fasse sa valise et qu’elle arrive à l’aéroport en moins d’une heure et demie.

Et pour couronner le tout, il fallait qu’elle sache pourquoi elle répugnait à l’idée de travailler sur une affaire avec Ellington.




CHAPITRE DEUX


Mackenzie arriva à l’aéroport en courant, juste à temps pour arriver à la porte d’embarquement. Elle se précipita dans l’avion cinq minutes après que les passagers aient commencé à embarquer et s’avança dans l’allée, légèrement essoufflée, frustrée et décontenancée. Elle se demanda durant un instant si Ellington était arrivé à temps mais, franchement, elle était surtout soulagée de ne pas avoir raté son vol. Ellington était un grand garçon – il pouvait prendre soin de lui-même.

Elle eut réponse à sa question quand elle trouva son siège. Ellington était déjà dans l’avion, assis confortablement dans le siège à côté du sien. Il lui sourit depuis sa place à côté du hublot et lui fit un signe de la main. Elle hocha la tête et poussa un soupir de soulagement.

« Une journée difficile ? » demanda-t-il.

« Et bien, ça a commencé par un enterrement, puis une réunion avec McGrath, » dit Mackenzie. « Après ça, j’ai dû courir jusque chez moi pour faire ma valise et me précipiter à travers Dulles pour attraper ce vol de justesse. Et il n’est pas encore midi. »

« Alors les choses ne peuvent qu’aller en s’améliorant, » plaisanta Ellington.

En rangeant son sac dans le compartiment au-dessus d’elle, Mackenzie dit : « On verra. Mais au fait, le FBI n’a pas des avions privés ? »

« Oui, mais seulement pour des cas extrêmement urgents. Et pour des employés vedettes. Cette affaire n’est pas urgente et nous ne sommes certainement pas des employés vedettes. »

Lorsqu’elle fut finalement installée dans son siège, elle prit un moment pour se détendre. Elle jeta un coup d’œil en direction d’Ellington et vit qu’il feuilletait un dossier identique à celui qu’elle avait vu dans le bureau de McGrath.

« Que penses-tu de cette affaire ? » demanda Ellington.

« Je pense qu’il est trop tôt pour spéculer, » dit-elle.

Il leva les yeux au ciel et fronça les sourcils d’un air espiègle. « Tu dois certainement avoir une sorte de premier feeling. Alors, c’est quoi ? »

Bien qu’elle n’ait aucune envie de dévoiler son opinion qui pourrait s’avérer erronée par la suite, elle appréciait le fait de se lancer tout de suite dans le vif du sujet. Ça montrait bien qu’il était le travailleur acharné et l’agent déterminé que McGrath lui avait décrit – le type d’agent qu’elle espérait bien qu’il soit.

« Je pense que le fait que nous parlions de disparitions et non de meurtres laisse de l’espoir, » dit-elle. « Mais étant donné que les victimes ont toutes été enlevées sur des routes de campagne me fait penser que ce type est du coin et qu’il connaît le terrain. Il se peut qu’il ait kidnappé ces femmes, puis qu’il les ait tuées, cachant leurs corps quelque part dans la forêt ou dans une cachette qu’il serait seul à connaître. »

« Tu as eu l’occasion d’éplucher le dossier en profondeur ? » demanda-t-il, en désignant le dossier d’un geste de la tête.

« Non. Je n’ai pas eu le temps. »

« Vas-y, jette un œil, » dit Ellington, en lui tendant le dossier.

Mackenzie se mit à lire le peu d’informations disponibles pendant que les hôtesses faisaient les recommandations de sécurité. Elle était toujours occupée à consulter le dossier quelques instants plus tard quand l’avion décolla en direction de Des Moines. Il n’y avait pas beaucoup d’informations dans le dossier, mais assez pour que Mackenzie ait une idée de l’approche à adopter une fois qu’ils seraient arrivés.

Delores Manning était la troisième femme portée disparue en neuf jours. La première femme était une personne du coin, dont la disparition avait été signalée par sa fille. Naomi Nyles, quarante-sept ans, également enlevée sur le bord de la route. La deuxième victime était une femme de Des Moines du nom de Crystal Hall. Il y avait un léger dossier à son sujet, essentiellement quelques incidents de débauche datant de sa jeunesse mais rien de sérieux. Lorsqu’elle fut enlevée, elle était venue dans le coin pour visiter une exploitation bovine. Le premier cas de disparition n’avait montré aucun signe d’acte criminel – juste une voiture abandonnée sur le côté de la route. Le deuxième véhicule abandonné était un petit pickup avec un pneu crevé. Le pickup avait été retrouvé en plein milieu d’un changement de roue, le cric se trouvait encore sous l’essieu et le pneu crevé était appuyé sur le côté de la camionnette.

Les trois cas de disparition semblaient avoir eu lieu durant la nuit, quelque part entre 22h et 3h du matin. Jusqu’à présent, neuf jours après le premier enlèvement, il n’y avait pas un seul élément de preuve et absolument aucun indice.

Comme elle le faisait toujours, Mackenzie analysa les informations à plusieurs reprises, afin de bien les mémoriser. Ce n’était pas difficile dans ce cas vu qu’il n’y avait pas grand-chose à se rappeler. Elle revint plusieurs fois sur les photos du contexte où avaient eu lieu les enlèvements – des routes de campagne qui serpentaient à travers bois, tel un énorme serpent n’ayant nulle part où aller.

Elle se laissa glisser dans l’esprit d’un tueur utilisant ces routes et l’obscurité de la nuit pour couverture. Il devait sûrement être quelqu’un de patient. Et étant donné l’obscurité, il devait probablement avoir l’habitude d’être seul. L’obscurité ne le tracassait pas. Peut-être même qu’il préférait travailler la nuit, non seulement pour la couverture qu’elle lui offrait mais également pour la sensation de solitude et d’isolement. Ce type était probablement un solitaire. Il les enlevait sur le bord de la route, apparemment dans différentes situations stressantes. Réparation de voiture, pneus crevés. Ce qui voulait dire qu’il n’agissait probablement pas dans le seul but de tuer. Il voulait juste les femmes. Mais pourquoi ?

Et maintenant concernant la dernière victime, Delores Manning ? Peut-être qu’elle était du coin avec des antécédents dans la région, pensa Mackenzie. C’est soit ça, ou soit elle était juste vraiment téméraire pour rouler sur ces routes de campagne à une telle heure de la nuit… Peu importe que ce soit un bon raccourci, c’était plutôt imprudent.

Elle espérait que ce soit le cas. Elle espérait que la femme soit une téméraire. Car le courage, peu importe sa forme, pouvait aider les gens à gérer des situations critiques. C’était plus qu’une qualité, c’était une caractéristique psychologique profonde qui permettait aux gens de s’en sortir. Elle essaya de visualiser Delores Manning, l’auteur au succès prometteur, serpentant sur ces routes de nuit. Téméraire ou non, ce n’était pas une image encourageante.

Quand Mackenzie eut terminé, elle rendit le dossier à Ellington. Elle regarda en direction du hublot derrière lui, où les flocons blancs des nuages passaient à la dérive. Elle ferma les yeux durant un instant et se replongea là-bas, pas dans l’Iowa mais au Nebraska voisin. Un endroit rempli d’immenses terres et de gigantesques forêts au lieu d’un trafic surchargé et de hauts buildings. Ça ne lui manquait pas mais l’idée d’y retourner, même pour le travail, l’enthousiasmait d’une manière qu’elle ne s’expliquait pas vraiment.

« White ? »

Elle ouvrit les yeux au moment où elle entendit son nom. Elle se tourna vers Ellington, légèrement gênée qu’il l’ait vue l’esprit totalement ailleurs. « Oui ? »

« Tu as eu l’air déconnectée durant un instant. Tout va bien ? »

« Oui, tout va bien, » dit-elle.

Et le fait est qu’elle allait vraiment bien. Les six premières heures de la journée avaient été physiquement et émotionnellement épuisantes, mais maintenant qu’elle était assise, suspendue dans les airs et avec un partenaire temporaire peu probable, elle se sentait bien.

« Je peux te poser une question ? » demanda Mackenzie.

« Vas-y. »

« As-tu fait une demande pour travailler avec moi sur cette affaire ? »

Ellington ne répondit pas tout de suite. Elle voyait bien qu’il réfléchissait avant de répondre et elle se demanda quelle raison il pouvait bien avoir pour lui mentir.

« Et bien, j’ai entendu parler de cette affaire et, comme tu le sais, j’ai des rapports professionnels avec le bureau local d’Omaha. Et puisqu’il s’agit là du bureau local le plus proche de notre objectif dans l’Iowa, je me suis proposé. Quand il m’a demandé si ça ne me dérangeait pas de travailler avec toi sur l’enquête, je n’ai pas discuté. »

Elle hocha de la tête et commença à se sentir presque coupable de s’être demandée s’il avait une autre raison pour avoir eu envie de travailler sur cette affaire. Alors qu’elle nourrissait une certaine forme de sentiments à son égard (qu’ils soient strictement physiques ou d’une certaine manière émotionnels, elle n’en était pas vraiment sûre), il ne lui avait jamais donné de raison de penser qu’il ressentait la même chose. Elle ne se rappelait que trop bien comment elle l’avait dragué lorsqu’elle l’avait rencontré pour la première fois au Nebraska et comment ses avances avaient été rejetées.

Espérons qu’il ait tout oublié de cet épisode, pensa-t-elle. Aujourd’hui, je suis une autre personne, il est bien trop occupé pour y penser et maintenant nous travaillons ensemble. C’est de l’histoire ancienne.

« Et toi ? » demanda-t-elle. « Quelles sont tes premières impressions ? »

« Je pense qu’il n’a pas l’intention de tuer ces femmes, » dit Ellington. « Pas d’indices, aucune trace, et, comme toi, je pense qu’il doit s’agir d’un gars du coin. Je pense qu’il les collectionne peut-être… dans quel but, je ne vais pas spéculer à ce sujet. Mais si j’ai raison, ça m’inquiète. »

Ça inquiétait aussi Mackenzie. Si ce type kidnappait des femmes, il finirait par manquer de place. Et peut-être aussi qu’il finirait par perdre de l’intérêt… ce qui signifiait qu’il devrait arrêter tôt ou tard. Et bien que ce soit une bonne chose en théorie, ça voudrait aussi dire qu’ils risqueraient de perdre sa trace, en l’absence d’autres scènes d’enlèvement où il pourrait éventuellement laisser des indices.

« Je pense que tu as raison sur le fait qu’il les collectionne, » dit-elle. « Il les attaque à un moment de vulnérabilité – à un moment où elles sont occupées par leur voiture ou des pneus crevés. Ça veut dire qu’il les prend par surprise plutôt que de les attaquer de front. Il est probablement timide. »

Il eut un rictus et dit, « Oui, c’est bien observé. »

Sa grimace se transforma en un sourire duquel elle préféra détourner les yeux, sachant qu’il leur arrivait trop souvent de se fixer du regard et de laisser ce moment s’attarder un peu trop longtemps. Elle regarda en direction du ciel bleu et des nuages tandis que le Midwest s’approchait rapidement sous leurs pieds.



***



Vu qu’ils voyageaient avec très peu de bagages, Mackenzie et Ellington traversèrent l’aéroport sans aucun problème. Durant la dernière partie du vol, Ellington avait informé Mackenzie qu’un programme avait déjà été décidé (probablement pendant qu’elle se ruait à son appartement, puis à l’aéroport). Ils allaient rencontrer deux agents locaux et collaborer avec eux afin de résoudre cette affaire le plus tôt possible. Vu qu’ils n’avaient aucun bagage à récupérer au carrousel, ils purent retrouver les agents très rapidement.

Ils se retrouvèrent dans l’un des innombrables Starbucks de l’aéroport. Elle laissa Ellington ouvrir la voie car il était manifeste que McGrath le considérait comme responsable sur cette affaire. Sinon pour quelle autre raison aurait-il uniquement informé Ellington de l’endroit où retrouver les agents locaux ? Et pour quelle autre raison aurait-il averti Ellington assez tôt, lui laissant assez de temps pour arriver confortablement à l’heure pour son vol ?

Il était difficile de rater les deux agents. Mackenzie soupira intérieurement quand elle vit que c’était tous les deux des hommes. L’un d’entre eux avait l’air d’être une nouvelle recrue. Il était impossible que ce type ait plus de vingt-quatre ans. Son partenaire par contre avait l’air plus endurci et plus âgé – probablement sur le point d’atteindre la cinquantaine.

Ellington se dirigea directement vers eux et Mackenzie le suivit. Aucun des deux agents ne se leva mais le plus âgé tendit la main vers Ellington au moment où ils s’approchaient de la table.

« Agents Heideman et Thorsson, c’est bien ça ? » demanda Ellington.

« C’est bien ça, » dit l’homme plus âgé. « Je suis Thorsson et voici mon partenaire, Heideman. »

« Ravis de vous rencontrer, » dit Ellington. « Je suis l’agent spécial Ellington et voici ma partenaire, l’agent White. »

Ils se serrèrent tous la main d’une manière qui était presque devenue pénible pour Mackenzie depuis qu’elle avait rejoint le Bureau. C’était comme une sorte de formalité, un truc bizarre qu’il fallait faire avant de s’attaquer à la tâche à accomplir. Au moment où Heideman lui serra la main, elle remarqua que sa poigne était faible et moite. Il n’avait pas l’air nerveux mais peut-être un peu timide ou introverti.

« À quelle distance se trouvent les scènes de crime ? » demanda Ellington.

« La plus proche est à environ une heure de route, » dit Thorsson. « Les autres sont toutes à dix ou quinze minutes l’une de l’autre. »

« Est-ce qu’il y a eu du neuf depuis tôt ce matin ? » demanda Mackenzie.

« Rien, » dit Thorsson. « C’est une des raisons pour laquelle nous vous avons appelés en renfort. Ce type a enlevé trois femmes jusqu’à maintenant et on n’a pas pu trouver l’ombre d’un indice. On en est arrivé à un tel point que l’État envisage l’utilisation de caméras le long de la route. Mais le problème, c’est qu’il est difficile de garder sous surveillance caméra plus de cent-vingt kilomètres de routes de campagne. »

« Enfin, techniquement, c’est possible, » dit Heideman. « Mais ça ferait une tonne de caméras et une énorme quantité d’argent. Alors certains responsables au niveau de l’État ne le considèrent que comme une mesure de dernier recours. »

« Est-ce qu’on peut commencer tout de suite et visiter la première scène de crime ? » demanda Ellington.

« Bien sûr, » dit Thorsson. « Vous ne devez pas d’abord régler la question de l’hôtel ou d’autres choses dans le style ? »

« Non, » dit Mackenzie. « Mettons-nous tout de suite au travail. Si vous dites qu’il y a tant de route que ça à faire, ne perdons pas de temps. »

Au moment où Thorsson et Heideman se levèrent, Ellington lui décocha un regard bizarre. Elle ne parvenait pas à savoir s’il était impressionné par sa détermination de se rendre le plus rapidement possible à la première scène de crime, ou s’il trouvait amusant qu’elle ne le laisse pas prendre entièrement les commandes dans cette enquête. Ce qu’elle espérait qu’il ne pourrait pas deviner, c’était que l’idée de se rendre à proximité d’un hôtel avec Ellington lui provoquait bien trop d’émotions en même temps.

Ils sortirent du Starbucks en file indienne. Mackenzie fut touchée quand Ellington l’attendit, afin de s’assurer qu’elle ne se retrouve pas en bout de file.

« Vous savez, » dit Thorsson, en regardant par-dessus son épaule, « Je suis content que vous ayez envie de vous rendre tout de suite sur place. Il y a une mauvaise ambiance qui se répand un peu partout à cause de cette affaire. Ça se sent quand on parle avec la police locale et ça commence par déteindre sur nous aussi. »

« Quel genre de mauvaise ambiance ? » demanda Mackenzie.

Thorsson et Heideman échangèrent un regard d’appréhension avant que les épaules de Thorsson ne s’affaissent quelque peu et qu’il réponde : « Que ça n’arrivera pas. Je n’ai jamais rien vu de tel. Il n’y a pas un seul indice. Ce type, c’est un fantôme. »

« Et bien, espérons qu’on puisse vous aider sur ce point, » dit Ellington.

« J’espère bien, » dit Thorsson. « Parce que pour l’instant, l’impression générale parmi tous ceux qui travaillent sur cette affaire, c’est qu’il se pourrait bien qu’on n’attrape jamais ce type. »




CHAPITRE TROIS


Mackenzie était assez surprise que le bureau local ait fourni une Suburban à Thorsson et à Heideman. Après son propre tacot et le modèle de voitures de location avec lesquelles elle s’était retrouvée ces derniers mois, elle avait l’impression de voyager en première classe, assise à l’arrière aux côtés d’Ellington. Quand ils arrivèrent à la première scène de crime une heure et dix minutes plus tard, elle fut néanmoins contente d’en sortir. Elle n’était pas habituée à ce genre de traitement et ça la mettait mal à l’aise.

Thorsson se gara sur le bord de la Route 14, une route de campagne à deux bandes qui serpentait à travers les forêts de l’Iowa. Des arbres l’entouraient des deux côtés. Durant les quelques kilomètres qu’ils avaient parcouru sur cette route, Mackenzie avait vu quelques chemins de terre secondaires qui semblaient avoir été oubliés depuis longtemps, fermés par deux poteaux reliés par une chaîne. À part ces quelques exceptions, il n’y avait rien d’autre que des arbres.

Thorsson et Heideman passèrent à côté de quelques policiers locaux qui leur firent un signe superficiel de la main au moment où ils les dépassèrent. Devant eux, il y avait une petite Subaru rouge devant deux voitures de police. Les deux pneus du côté conducteur étaient complètement à plat.

« En quoi consistent les forces de police dans le coin ? » demanda Mackenzie.

« En pas grand-chose, » dit Thorsson. « La ville la plus proche d’ici est une petite localité du nom de Bent Creek, comptant environ neuf cents habitants. Les forces de police sont constituées d’un shérif – qui se trouve avec les autres types qu’on vient de passer – deux adjoints et sept policiers. Quelques plus hauts gradés sont venus de Des Moines mais quand nous sommes arrivés, ils se sont retirés. C’est l’affaire du FBI maintenant. Ce genre de chose. »

« En d’autres mots, ils sont contents qu’on soit là ? » demanda Ellington.

« Oh oui, tout à fait. » dit Thorsson.

Ils s’approchèrent de la voiture et l’encerclèrent pendant un moment. Mackenzie regarda en arrière, en direction des policiers. Seulement l’un d’entre eux semblait intéressé par ce que les agents du FBI étaient occupés à faire. Et c’était bien mieux ainsi. Elle avait eu sa dose d’officiers de police locaux cherchant à interférer et rendant les choses plus difficiles qu’elles n’auraient dû l’être. Ce serait bien plus facile de pouvoir faire son boulot sans devoir marcher sur des œufs et essayer de ne pas froisser les sensibilités et les égos de la police locale.

« Est-ce qu’on a déjà relevé les empreintes sur la voiture ? » demanda Mackenzie.

« Oui, ce matin, » dit Heideman. « Allez-y, jetez un coup d’œil. »

Mackenzie ouvrit la portière du côté passager. En un coup d’œil, elle constata que les empreintes avaient peut-être été relevées mais que rien n’avait encore été retiré du véhicule et classé en tant que preuve. Il y avait encore un téléphone sur le siège passager. Un paquet de chewing-gum était posé sur quelques feuilles de papier pliées, éparpillées sur la console centrale.

« C’est la voiture de l’auteur, c’est bien ça ? » demanda Mackenzie.

« Oui, c’est ça, » dit Thorsson. « Delores Manning. »

Mackenzie continua à fouiller la voiture. Elle trouva les lunettes de soleil de Manning, un carnet d’adresses en grande partie vide, quelques exemplaires du livre The Tin House éparpillés sur le siège arrière et quelques pièces de monnaie. Dans le coffre, il n’y avait qu’une caisse de livres, dix-huit exemplaires d’un ouvrage intitulé L’amour entravé par Delores Manning.

« Est-ce qu’ils ont aussi relevé les empreintes ici ? » demanda Mackenzie.

« Non, je ne pense pas, » dit Heideman. « C’est juste une caisse de livres, non ? »

« Oui, mais il en manque quelques-uns. »

« Elle venait d’une séance de dédicaces, » dit Thorsson. « Il y a de grandes chances qu’elle en ait vendu ou offert quelques-uns. »

Ce ne valait pas la peine de continuer à argumenter alors elle laissa couler. Mais Mackenzie feuilleta tout de même deux des livres. Ils avaient tous les deux été signés par Manning sur la page de titre.

Elle remit les livres en place dans la caisse et se mit à observer la route. Elle marcha le long du bord, à la recherche de toute trace qui signalerait une mise en scène ayant permis de crever les pneus. Elle regarda en direction d’Ellington et fut contente de voir qu’il était déjà occupé à examiner les pneus de près. De là où elle se trouvait, elle pouvait voir l’éclat des morceaux de verre sortant des roues.

Il y avait d’autres éclats de verre sur la route. Le peu de lumière qui parvenait à traverser les branches au-dessus d’elle s’y reflétait d’une manière qui était étrangement belle. Elle s’en approcha et s’agenouilla pour y regarder de plus près.

Il était clair que le verre avait été placé là de manière intentionnelle. Il se trouvait principalement le long de la ligne jaune discontinue au centre de la route. Les morceaux de verre avaient été éparpillés comme du sable mais la quantité la plus importante avait été placée de manière à s’assurer que toute voiture empruntant cette route ne manquerait pas de rouler dessus. Quelques éclats de plus grande taille se trouvaient toujours sur la route ; la voiture était apparemment passée à côté car ils n’étaient pas réduits en miettes. Elle prit un de ces grands morceaux de verre en main et l’examina.

Au premier coup d’œil, le verre était de couleur foncée mais lorsque Mackenzie l’examina de plus près, elle vit qu’il avait été peint en noir. Afin d’éviter qu’il reflète la lueur des phares, pensa-t-elle. Quelqu’un roulant de nuit remarquerait des morceaux de verre dans le faisceau de ses phares… mais pas s’ils étaient peints en noir.

Elle prit quelques morceaux parmi les débris et gratta quelques éclats de plus grande taille avec son ongle. Le verre en-dessous était de deux couleurs différentes ; il était principalement transparent mais certains morceaux montraient une légère teinte verte. Le verre était bien trop épais pour provenir d’une bouteille contenant une boisson ou d’une simple cruche. Il avait l’épaisseur de quelque chose qui aurait plutôt été fabriqué par un potier. Certains avaient l’air de mesurer facilement quatre centimètres de large, même après avoir été brisés et écrasés par la voiture de Delores Manning.

« Est-ce que quelqu’un a remarqué que ce verre avait été recouvert d’une couche de peinture ? » demanda-t-elle.

Sur le côté de la route, les policiers se regardèrent les uns les autres d’un air troublé. Même Thorsson et Heideman se regardaient d’un air perplexe.

« La réponse est non, » dit Thorsson.

« Est-ce qu’on a prélevé des morceaux pour les analyser ? » demanda Mackenzie.

« Prélevé, oui, » dit Thorsson. « Analysé, non. Mais une équipe y travaille pour l’instant. Nous devrions recevoir les résultats dans quelques heures. J’imagine qu’on aurait alors été informés concernant la couche de peinture. »

« Et ce verre n’a été retrouvé sur aucune autre des scènes de crime, c’est bien ça ? »

« C’est bien ça. »

Mackenzie se remit debout en continuant à observer les morceaux de verre, commençant à se faire une idée du genre de suspect qu’ils recherchaient.

Pas de morceaux de verre sur les scènes de crime précédentes, pensa-t-elle. Ce qui veut dire que le suspect cherchait à enlever cette femme en particulier. Pourquoi ? Peut-être que les deux premiers enlèvements n’étaient que des coïncidences. Peut-être que le suspect s’était juste retrouvé au bon endroit au bon moment. Et si c’était le cas, c’était définitivement un type du coin – un criminel des campagnes, pas un citadin. Mais il est intelligent et calculateur. Il n’agit pas à l’aveuglette.

Ellington s’approcha d’elle et examina les morceaux de verre. Sans la regarder, il demanda : « Des premières impressions ? »

« Quelques-unes. »

« Tel que ? »

« C’est un type de la campagne. Probablement quelqu’un du coin, comme nous le pensions. Je pense aussi que cet enlèvement-ci était planifié. Les pneus crevés… il l’a fait intentionnellement. S’il n’y avait pas de verre sur les autres scènes de crime, il l’a uniquement utilisé cette fois-ci. Ce qui me fait penser qu’il n’avait pas le contrôle des deux autres enlèvements. C’était juste un coup de bol de sa part. Mais celui-ci… à celui-ci, il y a travaillé. »

« Tu penses que ça vaut la peine de parler avec la famille ? » demanda Ellington.

Elle n’arrivait pas à savoir si c’était une sorte de mise à l’épreuve, comme Bryers l’avait fait dans le passé, ou s’il était vraiment intéressé par sa méthodologie et son approche.

« Ça pourrait être le moyen le plus rapide d’obtenir des réponses pour l’instant, » dit-elle. « Même si ça finit par ne rien nous apprendre, ce sera une chose de faite. »

« On dirait le discours d’un robot, » dit Ellington, en souriant.

Ignorant sa remarque, Mackenzie retourna en direction de la voiture d’où Thorsson et Heideman continuaient à les observer.

« Est-ce qu’on sait où vit Delores Manning ? » demanda-t-elle.

« Et bien, elle vit à Buffalo, dans l’état de New York, » dit Thorsson. « Mais elle a de la famille près de Sigourney. »

« C’est aussi dans l’Iowa, non ? »

« Oui, » dit Thorsson. « Sa mère vit à environ dix minutes de là. Son père est décédé. Personne ne les a encore informés de sa disparition. D’après ce qu’on sait, elle n’a disparu que depuis environ vingt-six heures. Et bien qu’on ne puisse pas le confirmer, on ne peut pas s’empêcher de se demander si elle a rendu visite à sa famille alors qu’elle était si près pour sa séance de dédicaces à Cedar Rapids. »

« Je pense qu’ils devraient probablement être informés, » dit Mackenzie.

« Je pense de même, » dit Ellington, en les rejoignant.

« Alors, allez-y, » gloussa Thorsson. « Sigourney est à environ une heure et quart de route. Nous adorerions vous accompagner, » ajouta-t-il sur un ton sarcastique, « mais ça ne fait pas partie des ordres reçus. »

Au moment où il finit sa phrase, un des policiers les rejoignit. Le badge qu’il portait indiquait qu’il s’agissait du shérif de la région.

« Vous avez besoin de nous pour quoi que ce soit ? » demanda-t-il.

« Non, » dit Ellington. « Peut-être juste le nom d’un hôtel décent dans le coin. »

« Il n’y a qu’un seul hôtel et il est à Bent Creek, » dit le shérif. « Alors c’est le seul que je puisse vraiment vous recommander. »

« OK alors, on va suivre votre recommandation. Nous aurions aussi besoin d’une voiture de location à Bent Creek. »

« Je peux arranger ça pour vous, » répondit le shérif, sans en dire davantage.

Se sentant légèrement décalée, Mackenzie se dirigea vers la Suburban et prit place sur le siège arrière. Alors que les trois autres agents entraient dans le véhicule, Mackenzie se mit à penser à ces chemins de terre battue qui donnaient sur la Route 14. À qui appartenait cette propriété ? Où menaient ces routes en terre ?

Alors qu’ils roulaient en direction de Bent Creek, l’esprit de Mackenzie se mit à s’interroger de plus en plus sur ces routes de campagne… certaines questions étaient plutôt secondaires mais d’autres étaient assez urgentes. Elle les rassembla tout en songeant au verre brisé qui se trouvait sur la route. Elle essaya d’imaginer quelqu’un peignant ce verre en cherchant intentionnellement à ce qu’une voiture tombe en panne.

Ça traduisait plus qu’une simple intention. Ça indiquait une planification méticuleuse et une connaissance du trafic le long de la Route 14 à cette heure-là de la nuit.

Notre type est intelligent d’une manière plutôt dangereuse, pensa-t-elle. Il est également organisé et semble ne s’attaquer qu’à des femmes.

Elle commençait à dresser mentalement un profil correspondant à un tel suspect et elle ressentit instantanément une sensation de pression… la nécessité d’agir rapidement. Elle sentait qu’il était là, quelque part dans ce coin paumé au milieu des arbres et des routes sinueuses, à briser des morceaux de verre et à les peindre en noir.

Et à planifier l’enlèvement d’une autre victime.




CHAPITRE QUATRE


Delores Manning pensait à sa mère au moment où elle ouvrit les yeux. Sa mère, qui vivait dans un parc pour mobilhome de merde à quelques kilomètres de Sigourney. C’était une femme fière et très entêtée. Elle avait prévu d’aller lui rendre visite après la séance de dédicaces à Cedar Rapids. Venant juste de signer un contrat pour la publication de trois livres avec sa maison d’édition actuelle, Delores lui avait signé un chèque de 7.000 dollars, espérant que sa mère l’accepterait et l’utiliserait à bon escient. Peut-être que c’était snob de sa part, mais Delores était gênée que sa mère vive de l’aide sociale et qu’elle doive utiliser des coupons alimentaires pour faire ses courses. C’était comme ça depuis que son père était mort et…

Ses réflexions embrumées concernant sa mère commencèrent à disparaître quand ses yeux se mirent à s’habituer à l’obscurité dans laquelle elle se trouvait. Elle était assise, le dos appuyé contre quelque chose de très dur et de froid au toucher. Lentement, elle se mit debout. Lorsqu’elle le fit, elle se cogna la tête contre quelque chose qui avait exactement l’air pareil à la surface dans son dos.

Déconcertée, elle tendit les bras vers le haut mais elle ne parvint pas à les tendre très loin. Alors que la panique commençait à l’envahir, elle réalisa qu’il y avait de minuscules fentes de lumière qui brisaient l’obscurité. Juste devant elle, il y avait trois barres rectangulaires de lumière qui la renseignèrent sur sa situation.

Elle se trouvait dans une sorte de container… elle était presque certaine qu’il était en acier ou en une sorte de métal. Le container ne faisait pas plus d’un mètre vingt de haut et ne lui permettait pas de se mettre complètement debout. Il n’avait pas l’air de faire plus d’un mètre vingt de profond et environ la même largeur. Elle se mit à respirer avec difficulté, se sentant instantanément claustrophobe.

Elle s’appuya contre le mur avant du container et inspira de l’air frais à travers les fentes rectangulaires. Chaque fente mesurait environ quinze centimètres de haut et environ sept centimètres de large. Au moment où l’air pénétra ses narines, elle détecta une odeur de terre et quelque chose de sucré mais de désagréable.

Quelque part au loin, si étouffé qu’il lui parut venir d’un autre monde, il lui sembla avoir entendu une sorte de sifflement. Des machines ? Peut-être une sorte d’animal ? Oui, un animal… mais elle n’avait aucune idée de quel type d’animal. Des cochons peut-être ?

Maintenant que sa respiration était redevenue plus régulière, elle recula d’un pas, s’accroupit et jeta un œil à travers les fentes.

Dehors, elle vit ce qui ressemblait à l’intérieur d’une grange ou d’un vieux bâtiment en bois. À environ six mètres devant elle, elle pouvait voir la porte de la grange. La lumière trouble du soleil perçait à travers l’encadrement tordu aux endroits où la porte ne s’alignait pas parfaitement. Bien qu’elle ne puisse pas voir grand-chose, elle en vit assez pour savoir qu’elle était probablement en danger.

Ce fut d’autant plus clair lorsqu’elle vit le bord de la porte verrouillée qui fermait le container et qu’elle put à peine apercevoir à travers les fentes. Elle gémit et poussa de toutes ses forces contre l’avant du container. Mais rien ne bougea – rien de plus qu’un grincement.

Elle sentit la panique l’envahir à nouveau. Elle sut qu’elle devait utiliser le peu de logique et de calme qu’elle possédait encore. Elle fit glisser ses doigts le long du bas de la porte du container. Elle espérait trouver des charnières, peut-être quelque chose avec des vis ou des boulons qu’elle pourrait éventuellement essayer de dévisser. Elle n’était pas très forte mais si une seule vis était un peu desserrée ou tordue…

Mais à nouveau, rien. Elle essaya aussi à l’arrière mais elle n’y trouva rien non plus.

Dans un acte d’impuissance totale, elle frappa la porte du pied de toutes ses forces. Comme ça n’avait aucun effet, elle recula jusqu’à l’arrière du container et se rua épaule en avant vers la porte. Le choc la fit rebondir et tomber en arrière. Elle se cogna la tête sur le côté du container et retomba violemment sur le dos.

Un hurlement lui monta dans la gorge mais elle pensa que ce n’était probablement pas la meilleure chose à faire. Elle se rappelait très bien l’homme du camion sur la route et comment il l’avait attaquée. Est-ce qu’elle avait vraiment envie qu’il se précipite sur elle ?

Non, elle n’en avait pas envie. Réfléchis, se dit-elle. Utilise ton cerveau créatif et trouve un moyen de sortir d’ici.

Mais elle ne parvint pas à penser à quoi que ce soit. Alors, et bien qu’elle ait réussi à ravaler le hurlement qui avait voulu sortir de sa bouche, elle fut incapable de retenir ses larmes. Elle frappa du pied contre l’avant du container et retomba dans le coin arrière. Elle pleura aussi silencieusement qu’elle le put, en se berçant d’avant en arrière en position assise et en regardant les rayons de lumière qui perçaient à travers les fentes.

Pour l’instant, c’était tout ce qu’elle pouvait faire.




CHAPITRE CINQ


Mackenzie n’aimait pas le fait que toute une série de clichés lui vinrent en tête au moment où elle et Ellington passèrent l’entrée du parc pour mobilhomes de Sigourney Oaks. Les mobilhomes étaient poussièreux et semblaient en fin de vie. Les véhicules garés devant la plupart d’entre eux étaient dans le même état. Dans le jardin desséché de l’un des mobilhomes, deux hommes étaient assis torse nu dans des chaises longues. Une glacière remplie de bières était posée entre eux, ainsi que plusieurs cannettes vides écrasées… à 16:35 de l’après-midi.

La maison de Tammy Manning, la mère de Delores Manning, se situait exactement au milieu du parc. Ellington gara la voiture de location derrière un vieux pickup Chevy défoncé. Leur voiture de location avait meilleur aspect que les véhicules du parc mais de peu. Le choix au Smith Brothers Auto était mince et ils avaient fini par choisir une Ford Fusion de 2008 qui avait bien besoin d’un coup de peinture et de nouveaux pneus.

Au moment où ils montèrent les marches branlantes qui menaient à la porte d’entrée, Mackenzie jeta un coup d’œil autour d’elle. Quelques enfants jouaient avec des voitures miniatures dans la boue. Une fille, même pas une adolescente, marchait sans regarder devant elle, les yeux rivés à son téléphone, le ventre visible à travers le t-shirt sale qu’elle portait. Un vieil homme à deux mobilhomes de là, était couché au sol, inspectant le dessous d’une tondeuse à gazon avec une clé à molette en main et de l’huile sur son pantalon.

Ellington frappa à la porte, qui s’ouvrit presque tout de suite. La femme qui se trouvait devant eux était assez jolie, d’une manière assez simple. Elle avait l’air d’avoir la cinquantaine et les mèches de cheveux gris dans ses cheveux noirs ressemblaient plus à une décoration qu’à des signes de l’âge. Elle avait l’air fatiguée mais l’odeur qui provint de son haleine au moment où elle dit « Qui êtes-vous ? » indiqua à Mackenzie qu’elle avait bu un verre.

Ellington répondit à la question mais veilla à ne pas passer devant Mackenzie quand il le fit. « Je suis l’agent Ellington et voici l’agent White, du FBI, » dit-il.

« Le FBI ? » demanda-t-elle. « Pour quelle raison ? »

« Vous êtes bien Tammy Manning ? » demanda-t-il.

« Oui, c’est moi, » dit-elle.

« Pouvons-nous entrer ? » demanda Ellington.

Tammy les regarda d’une manière qui n’était pas méfiante mais plutôt incrédule. Elle hocha la tête et fit un pas en arrière pour les laisser passer. Au moment où ils entrèrent, l’odeur épaisse de fumée de cigarette les submergea. L’air en était rempli. Une cigarette oubliée se consumait dans un cendrier rempli de mégots sur une vieille table de salon.

Une autre femme était assise sur le divan de l’autre côté de la table de salon. Elle avait l’air un peu mal à l’aise. Mackenzie trouva même qu’elle avait l’air un peu écœurée d’être assise là.

« Si vous avez de la visite, » dit Mackenzie, « peut-être que nous devrions parler dehors. »

« Ce n’est pas une visite, » dit Tammy. « C’est ma fille Rita. »

« Bonjour, » dit Rita, en se levant pour leur serrer la main.

Il était évident qu’il s’agissait là de la sœur de Delores Manning, plus jeune qu’elle de trois ou quatre ans. Elle ressemblait beaucoup à la photo de Delores que Mackenzie avait vue sur la couverture arrière du livre L’amour entravé.

« Oh, je vois, » dit Ellington. « Peut-être que c’est une bonne chose que vous soyez aussi ici, Rita. »

« Pourquoi ? » demanda Tammy, en se glissant à côté de sa plus jeune fille. Elle prit la cigarette du cendrier et en inspira une profonde bouffée.

« La voiture de Delores Manning a été retrouvée abandonnée avec deux pneus crevés sur la Route 14, tard hier soir. Personne ne l’a vue ou n’a eu de ses nouvelles depuis lors. Ni son agent, ni ses amis, personne. Nous espérions peut-être que vous sauriez où elle se trouve. »

Avant qu’Ellington n’ait eut fini de parler, Mackenzie eut réponse à la question en voyant l’air bouleversé du visage de Rita Manning.

« Oh mon dieu, » dit Rita. « Vous êtes sûrs que c’était sa voiture ? »

« Nous sommes certains, » dit Ellington. « Il y avait une caisse à moitié remplie de son dernier livre dans le coffre. Elle revenait d’une séance de dédicaces à Cedar Rapids. »

« Oui, » dit Rita. « Elle était… probablement en route pour venir ici. C’était ce qui était prévu. Vers minuit, comme elle n’était pas encore arrivée, j’ai pensé qu’elle avait sûrement décidé de rester quelque part dans un motel. »

« Vous aviez prévu qu’elle reste ici avec vous ? » demanda Mackenzie. Elle regarda Tammy en posant la question mais Tammy avait l’air plus intéressée par sa cigarette.

« En quelque sorte, » dit Tammy. « Elle m’a appelée la semaine dernière pour me dire qu’elle serait à Cedar Rapids. Elle a dit qu’elle voulait venir me rendre visite. J’en ai parlé à Rita et elle est arrivée ici hier, juste après le déjeuner. Pour faire une surprise. »

« J’ai conduit depuis l’université du Texas, » dit Rita.

« À quand remonte la dernière fois où vous avez parlé avec Delores ? » demanda Ellington à Rita.

« Il y a environ trois semaines. En général, on arrive toujours à garder le contact. »

« Dans quel état d’esprit se trouvait-elle la dernière fois où vous lui avez parlé ? » demanda Mackenzie.

« Oh, elle était au septième ciel. Elle venait juste de signer pour la publication de trois autres livres avec sa maison d’édition. On avait prévu de sortir en ville et d’aller fêter ça la prochaine fois qu’elle viendrait au Texas. »

« Vous êtes étudiante, c’est bien ça ? » demanda Ellington.

« Oui, en dernière année. »

« Madame Manning, » dit Mackenzie, en s’assurant que la mère sache que c’était bien à elle qu’elle s’adressait et non à sa fille, « si je peux me permettre, vous n’avez pas l’air trop tracassée par tout ça. »

Elle haussa les épaules, rejeta une bouffée de fumée et écrasa le mégot dans le cendrier surchargé. « J’imagine que quelqu’un du FBI sait mieux que moi la manière dont je devrais me sentir à ce sujet ? »

« Ce n’est pas ce que je viens de dire, madame, » dit Mackenzie.

« Écoutez… on parle de Delores, là. Elle a la tête solidement attachée aux épaules. Je suis sûre qu’elle a appelé un service de dépannage ou un truc dans le genre quand ses pneus ont crevé. Elle est probablement déjà à mi-chemin vers New York, à l’heure où on parle. À gagner de l’argent, à voyager dans le pays. Si elle avait des problèmes, elle aurait appelé. »

« Elle n’aurait pas été mal à l’aise d’appeler pour vous demander de l’aide ? »

Tammy réfléchit à la question durant un instant. « Probablement pas. Elle aurait demandé de l’aide, puis elle aurait fait un scandale si j’osais poser une seule question. Elle est comme ça. »

Le ressentiment dans sa voix était presqu’aussi palpable que la fumée dans l’air du minuscule mobilhome.

« Alors, vous n’avez aucune idée de l’endroit où elle pourrait se trouver ? » demanda Ellington.

« Aucune. Où qu’elle se trouve, elle n’a pas pris la peine de m’appeler pour m’en informer. Mais ce n’est pas vraiment une surprise. Elle ne me raconte jamais grand-chose. »

« Je vois, » dit Ellington. Il jeta un coup d’œil autour de lui en fronçant les sourcils. Mackenzie savait qu’il pensait exactement la même chose qu’elle : Ça a été une heure et dix minutes de perdues de trajet.

Mackenzie regarda en direction de Rita, un peu furieuse par le manque d’aide de la part de Tammy. « La police de Bent Creek est sur l’affaire, ainsi que les agents de deux bureaux. D’après ce qu’on sait, elle a disparu depuis environ vingt-neuf heures. Nous vous contacterons dès que nous apprenons quelque chose. »

Rita hocha la tête et murmura un « Merci. »

Tant Mackenzie qu’Ellington firent une pause, laissant à Tammy une chance d’ajouter quelque chose. Quand elle ne fit rien de plus qu’allumer une autre cigarette et tendre la main vers la télécommande posée sur la table du salon, Mackenzie se dirigea vers la porte.

Quand elle fut à l’extérieur, elle inspira profondément une bouffée d’air frais et se dirigea vers la voiture d’un pas décidé. Elle était déjà occupée à ouvrir la portière du côté passager quand Ellington arriva finalement au bas des escaliers.

« Ça va ? » lui demanda-t-il au moment où il s’approchait de la voiture.

« Ça va, » dit-elle. « C’est juste que je ne supporte pas les gens qui ne se tracassent pas un instant pour la sécurité de leur famille. »

Elle était sur le point d’entrer dans la voiture quand la porte d’entrée du mobilhome de Tammy Manning s’ouvrit. Ils regardèrent Rita descendre les escaliers en trottinant. Elle s’approcha de la voiture et laissa échapper un profond soupir.

« Oh mon dieu, je suis désolée pour tout ça, » dit-elle. Mackenzie remarqua que Rita avait l’air aussi de respirer plus librement maintenant qu’elle était à l’extérieur. « L’entente entre maman et Delores n’a pas été des meilleures depuis que papa est mort. Et puis Delores est devenue cet auteur prospère et on dirait que ça a presque vexé maman. »

« Ce n’est pas nécessaire que vous nous expliquiez, » dit Ellington. « On est confronté à ce genre de situations de temps à autre. »

« Soyez honnête avec moi… ce truc avec Delores… vous croyez qu’on va la retrouver ? Vous pensez qu’elle pourrait être morte quelque part ? »

« Il est trop tôt pour le dire, » dit Mackenzie.

« Est-ce qu’il y avait… y avait-il des traces d’acte criminel ? »

Mackenzie pensa au verre peint. Elle était presque certaine qu’elle avait encore un peu de peinture noire sous ses ongles. Mais il était bien trop tôt dans le cours des événements pour dévoiler une telle information à des membres de la famille – pas avant que davantage d’informations ne puissent être obtenues.

« À nouveau, on n’en est pas encore certain, » dit-elle.

Rita hocha la tête. « Merci de nous avoir informés. Si vous trouvez quoi que ce soit, appelez-moi directement. Oubliez maman pour l’instant. Je ne sais pas quel est son problème. Elle est juste… je ne sais pas. Une femme vieillissante qui subit les coups de la vie et qui ne prend pas la peine de se reprendre en main. »

Elle leur donna son numéro, puis remonta lentement les marches de l’escalier. Elle leur adressa un rapide signe d’au revoir au moment où Ellington sortit de la place de parking et se mit à retraverser le parc à mobilhomes.

« Alors qu’est-ce que tu en penses ? » demanda Ellington. « C’était une visite inutile ? »

« Non. Je pense que nous en savons maintenant assez au sujet de Delores pour savoir qu’elle aurait appelé si ses plans changeaient et qu’elle pouvait appeler. »

« Comment peux-tu en être certaine ? »

« Je n’en suis pas certaine. Mais d’après ce que j’ai pu en déduire de Tammy et Rita, Delores tentait de reconnecter avec sa famille. Rita a dit que la relation était tendue. Je ne pense pas que Delores aurait pris la peine d’appeler pour demander si elle pouvait passer rendre visite s’il n’y avait aucun espoir de réconciliation. Et si c’est le cas, elle aurait certainement appelé si les plans avaient changé. »

« Peut-être qu’elle a changé d’avis. »

« J’en doute. Mères et filles… quand elles s’éloignent l’une de l’autre… c’est dur. Delores n’aurait pas fait le geste d’appeler si c’était pour changer d’avis par la suite. »

« Tu analyses ça comme un psy, » dit Ellington. « C’est impressionnant. »

Mackenzie remarqua à peine le compliment. Elle pensait à sa propre mère – une femme avec laquelle elle n’avait plus parlé depuis très longtemps. C’était facile de mettre à rude épreuve une relation supposée être aussi essentielle dans la vie d’une femme. Elle en savait un rayon sur les mères qui abandonnaient leurs enfants, alors il était facile pour elle de s’identifier à Delores.

Elle se demanda si Delores Manning pensait à sa mère en ce moment désespéré. Bien sûr, ça c’était si Delores Manning était encore vivante.




CHAPITRE SIX


Mackenzie savait que le bureau local du FBI le plus proche de Bent Creek se trouvait à Omaha, au Nebraska. L’idée de retourner au Nebraska à titre officiel était intimidant mais en même temps, presqu’approprié. Elle fut néanmoins plus que soulagée quand Heideman les appela pour leur dire que la base d’opérations dans le cadre de cette affaire, serait le département local de police de Bent Creek.

Elle et Ellington y arrivèrent juste après dix-huit heures ce soir-là. Au moment où elle s’avança vers les portes d’entrée du commissariat avec Ellington, la sensation désagréable d’être une femme travaillant dans les forces de police du Midwest recommença à l’envahir. Elle le ressentait dans la manière presque misogyne qu’avaient certains hommes en uniforme de la regarder. Le fait qu’elle ne porte plus les mêmes vêtements et qu’elle n’ait plus le même badge, n’y avait apparemment rien changé. Les hommes allaient continuer à la voir comme un agent de classe inférieure.

La seule différence maintenant, c’était qu’elle n’avait plus à se préoccuper de vexer ou froisser des sensibilités. Elle était ici en tant qu’agent du FBI pour aider des forces de police inexpérimentées à trouver la personne qui kidnappait des femmes sur leurs routes de campagne. Elle n’allait pas être traitée de la même manière qu’elle l’avait été la dernière fois qu’elle avait travaillé dans le Midwest, en tant que détective pour la police du Nebraska.

Mais elle découvrit rapidement qu’une partie des appréhensions qu’elle avait eues au moment d’entrer dans le commissariat s’avéraient fausses. Peut-être que le changement de position et de statut, finalement, signifiait quelque chose. Quand ils furent accompagnés jusqu’à la salle principale de conférence, elle vit que la police locale avait commandé de la nourriture chinoise à leur attention. Elle était étalée sur un petit bar à l’arrière de la pièce, avec quelques boissons et des snacks.

Thorsson et Heideman étaient déjà occupés à profiter du diner gratuit, chargeant des portions de nouilles Lo mein et de poulet à l’orange sur leurs assiettes. Ellington haussa les épaules dans sa direction, l’air de lui demander ce qu’elle allait faire, et se dirigea également vers le bar. Elle fit de même pendant que quelques autres policiers entraient et sortaient de la pièce. Alors qu’elle était assise à la table de conférence avec une portion de poulet au sésame et de crabe rangoon, un des officiers qu’elle avait vus sur le côté de la Route 14 s’approcha d’elle et lui tendit la main. En voyant son badge, elle sut qu’il s’agissait là du shérif.

« Agent White, c’est bien ça ? » demanda-t-il.

« Oui. »

« Content de vous rencontrer. Je suis le shérif Bateman. J’ai entendu dire que vous êtes allée avec votre partenaire près de Sigourney pour parler à la mère de la victime la plus récente. Ça a donné des résultats ? »

« Rien. Juste une source potentielle d’informations à éliminer de la liste. Et une confirmation qu’on n’a pas affaire à une fille qui déciderait tout simplement de ne pas appeler sa mère dans le cas où ses projets changeaient. »

Visiblement déçu par la réponse, Bateman hocha la tête et se dirigea vers l’avant de la pièce où deux autres policiers étaient en pleine conversation.

Ellington prit place à côté de Mackenzie et ils dirigèrent leur attention vers l’avant de la salle. Un homme qui s’était présenté plus tôt comme étant l’adjoint Wickline, était occupé à accrocher des photos et des copies papier sur un tableau blanc à l’aide d’aimants, pendant qu’une policière – la seule femme présente dans la pièce – écrivait une série de remarques sur l’autre côté du tableau.

« On dirait qu’ils sont assez rigoureux dans leur boulot par ici, » dit Ellington.

Elle pensait la même chose. Elle avait supposé que ce serait une sorte de cirque à moitié bâclé, comme ça avait été le cas au sein de la police du Nebraska quand elle y travaillait. Mais jusqu’à présent, elle avait été impressionnée par la manière dont la police de Bent Creek avait organisé les choses.

Quelques minutes plus tard, le shérif Bateman s’approcha des policiers qui se tenaient près du tableau et accompagna deux officiers vers la porte. La femme policier resta dans la pièce et prit place autour de la table. Bateman ferma la porte et se dirigea vers l’avant de la salle. Il jeta un coup d’œil autour de lui, observant les quatre agents du FBI et les trois policiers qui étaient restés dans la pièce.

« Nous avons commandé à dîner car je n’ai aucune idée de combien de temps notre réunion va durer, » dit-il. « Nous ne sommes pas vraiment habitués à avoir la présence du FBI à Bent Creek, alors c’est assez nouveau pour moi. Agents, dites-moi s’il y a quoi que ce soit que nous puissions faire pour vous faciliter les choses. Pour l’instant, je vous laisse la parole. »

Il s’assit, et Ellington et Thorsson se regardèrent d’un air perplexe. Thorsson sourit et fit un geste en direction de l’avant de la salle, invitant les agents de Washington à prendre la parole.

Ellington donna un léger coup de coude à Mackenzie sous la table et dit : « L’agent White va résumer les informations dont nous disposons pour l’instant, ainsi que toutes les conclusions actuelles. »

Elle savait qu’il cherchait à la taquiner en la jetant ainsi dans la fosse aux lions, mais ça ne la dérangeait pas. En fait, quelque part au fond d’elle, elle avait envie de se retrouver à l’avant de la salle. Peut-être qu’il s’agissait là d’une sorte de fantasme enfantin de prendre sa revanche en revenant dans cette partie du pays et d’y diriger une salle de conférence d’une manière qu’on ne lui avait jamais accordée au Nebraska. Peu importe la raison, elle se dirigea vers l’avant de la salle et jeta un rapide coup d’œil au tableau qui reprenait les informations.

« Le travail effectué ici par vos policiers, » dit-elle, en désignant le tableau du doigt, « reprend l’essentiel de ce que nous savons. La première victime est une résidente de Bent Creek. Naomi Nyles, quarante-sept ans. Sa fille a rapporté sa disparition et personne ne l’a vue depuis deux semaines. Sa voiture a été retrouvée sur le côté de la route, apparemment en bon état. Je pense que les policiers de ce commissariat ont pu démarrer la voiture sans problèmes et la ramener jusqu’ici. »

« C’est bien ça, » dit l’adjoint Wickline. « De fait, la voiture se trouve toujours à la fourrière. »

« La deuxième personne disparue est Crystal Hall, vingt-six ans. Elle travaille pour Wrangler Beef à Des Moines, qui a confirmé qu’elle était venue ici pour visiter une exploitation bovine tout près de Bent Creek. Le propriétaire de l’exploitation confirme que Crystal est venue à la réunion et qu’elle a quitté la propriété un peu après dix-sept heures. Son relevé de carte de crédit confirme qu’elle a acheté à dîner au Subway de Bent Creek à dix-sept heures cinquante-deux. » Elle pointa du doigt en direction de l’endroit sur le tableau où l’un des policiers avait noté cette information.

« La question ici, » dit Bateman, « c’est de savoir à quel moment elle a été enlevée. Sa voiture n’a été découverte que vers une heure et demie du matin. Pour que personne n’ait remarqué sa voiture, ou au moins informé de sa présence, même sur la Route 14, ça veut dire qu’il y a de grandes chances qu’elle ait été ailleurs en ville avant de prendre la route. Je doute sérieusement que quelqu’un soit assez audacieux pour l’enlever entre dix-huit heure trente et dix-neuf heures trente. Et s’ils étaient vraiment aussi téméraires… »

Il s’interrompit, comme s’il n’aimait pas la manière dont son commentaire allait se terminer. Alors Mackenzie prit la liberté de le terminer pour lui.

« Alors ça voudrait dire qu’il s’agit de quelqu’un qui connaît bien la région, » dit-elle. « Et particulièrement le trafic sur la Route 14. Cependant, le profil de ce type ne correspond pas à quelqu’un d’aussi téméraire. Il rôde dans l’obscurité. Il les attaque par surprise. Il n’y a absolument rien de manifeste au sujet de ce type. »

Bateman hocha la tête à ces mots, les yeux écarquillés et un sourire aux lèvres. Elle avait déjà vu ce genre de regard. C’était le regard d’un homme qui était non seulement impressionné par la manière dont elle pensait, mais qui en plus l’appréciait à sa juste valeur. Elle vit le même regard dans les yeux de la femme policier et d’un homme en surpoids assis au bout de la table, qui était encore occupé à profiter du dîner gratuit. L’adjoint Wickline hocha la tête en entendant son commentaire, en gribouillant des notes sur un carnet.

« Shérif, » dit Ellington, « a-t-on une idée du trafic qui passe sur cette route à ce moment-là de la journée ? »

« Un contrôle et un rapport de trafic datant de 2012 évalue à environ une moyenne de quatre-vingt véhicules passant sur la Route 14 entre dix-huit heures et minuit. Ce n’est vraiment pas une route très fréquentée. Mais n’oublions pas que seules l’auteur et Crystal Hall ont été enlevées sur la Route 14. La première personne disparue, Naomi Nyles, a été enlevée sur la route 664. »

« Et il y a beaucoup de trafic sur cette route à cette heure-là de la journée ? » demanda Mackenzie.

« Presque pas du tout, » dit Bateman. « Je pense que la moyenne tourne autour de vingt à trente véhicules. Adjoint Wickline, vous avez d’autres informations à ce sujet ? »

« Non, c’est plus ou moins ça, » dit Wickline.

« Et concernant l’auteur, » continua Mackenzie. « Delores Manning, trente-deux ans. Elle vit à Buffalo mais elle a de la famille près de Sigourney. Ses pneus ont été crevés par des morceaux de verre placés sur la route. Le verre est assez épais et a été peint en noir pour éviter que la lumière des phares s’y reflète. Son agent a déclaré sa disparition environ une demi-heure après que sa voiture ait été découverte par un camionneur vers deux heures du matin. L’agent Ellington et moi-même sommes allés parler avec sa mère et sa sœur aujourd’hui mais elles n’ont pu fournir aucune piste sérieuse. En fait, on dirait qu’il n’y a aucune piste sérieuse concernant aucune de ces disparitions. Et malheureusement, c’est tout ce qu’on a. »

« Merci, agent White, » dit Bateman. « Alors maintenant, quelles sont les prochaines étapes ? »

Mackenzie grimaça et désigna d’un signe de tête la nourriture chinoise à l’arrière de la salle. « Et bien, c’est une bonne chose que vous ayez anticipé. Je pense qu’il faut commencer par réviser tous les cas de disparitions non résolus dans un rayon de cent cinquante kilomètres durant ces dix dernières années. »

Il n’y eut aucune objection mais l’expression sur les visages de Bateman, de Wickline et des autres policiers en disait long. La femme policier haussa les épaules et leva respectueusement la main. « Je peux chercher dans les vieux dossiers et rassembler tout ça, » dit-elle.

« OK, Roberts, » dit Bateman. « Tu penses que tu pourrais avoir préparé tout ça pour dans une heure ? Demande au personnel administratif de t’aider. »

Roberts se leva et sortit de la salle de conférence. Mackenzie remarqua que Bateman la regarda plus longuement que les autres hommes présents dans la salle.

« Agent White, » dit Bateman. « Avez-vous une idée du genre de suspect que nous devrions rechercher ? Dans une petite ville comme Bent Creek, le plus tôt on peut écarter certains profils, le plus vite on peut identifier le type de personne que vous recherchez. »

« Sans aucun type d’indices, c’est difficile de procéder à une identification, » dit Mackenzie. « Mais pour l’instant, il y a certains aspects qui peuvent être considérés. Agent Ellington, voulez-vous prendre la relève à ce sujet ? »

Il lui sourit tout en mordant dans un rouleau de printemps. « Non, allez-y, continuez. Vous faites du bon boulot. »

Il y avait une sorte de va-et-vient bizarre entre eux et elle espérait que les autres personnes présentes dans la salle ne s’en rendaient pas trop compte. Elle avait essayé de se montrer respectueuse – afin qu’il sache qu’elle n’essayait pas de prendre la direction des opérations. Mais il semblait ne pas s’en préoccuper. Pour l’instant, on aurait dit qu’il appréciait presque le fait qu’elle assume la direction.

« Tout d’abord, » dit-elle, en faisant de son mieux pour ne pas se laisser envahir par la pression, « le suspect est presque certainement un gars du coin. Sa capacité à analyser le trafic le long de ces routes secondaires démontre une patience rigoureuse, ce qui rend l’élaboration d’un profil plus facile à réaliser. Si le suspect s’est donné autant de mal pour enlever ces femmes, alors des cas similaires dans le passé impliquant kidnapping et enlèvement suggèreraient qu’il n’enlève pas ces femmes pour les tuer. Comme je le disais, il semble être quelqu’un de sournois. Tout ce que l’on sait à son sujet – les attaquer quand elles sont le plus vulnérable, dans l’obscurité et en préparant apparemment ses actes à l’avance – indique un homme avec des tendances non violentes. Après tout, quel serait l’intérêt de préparer minutieusement un enlèvement si c’est pour tuer la victime quelques instants plus tard ? Tout indique qu’il collectionne ces femmes, à défaut d’un meilleur terme. »

« Oui, » dit Roberts, la femme policière. « Mais les collectionner dans quel but exactement ? »

« Est-ce qu’il serait erroné de penser qu’il pourrait s’agir de crimes liés au sexe ? » demanda l’adjoint Wickline

« Pas du tout, » dit Mackenzie. « En fait, si notre suspect est un timide, c’est là un autre élément de son profil. Les hommes timides qui s’attaquent de cette manière à des femmes sont généralement trop craintifs ou socialement marginalisés pour parvenir à draguer des femmes. C’est généralement le cas avec les violeurs qui font tout ce qu’ils peuvent pour ne pas faire de mal aux femmes. »

Elle vit quelques regards admiratifs parmi les personnes présentes dans la salle. Mais vu le sujet de discussion, elle ne pouvait pas vraiment s’en sentir fière.

« Mais on ne peut pas en être certain ? » demanda Bateman.

« Non, » dit Mackenzie. « Et c’est là le côté urgent. Ce n’est pas juste un tueur dont on espère qu’il n’agira plus de nouveau. Ce type est dérangé et dangereux. Plus il nous faudra de temps pour le retrouver, plus il aura de temps pour faire ce qu’il veut avec ces femmes. »




CHAPITRE SEPT


L’estomac rempli de nourriture chinoise et avec une multitude d’informations en tête concernant les trois disparues, Mackenzie et Ellington quittèrent le commissariat de police de Bent Creek à 21h15. Le seul motel en ville – un Motel 6 qui semblait ne pas avoir été repeint, décoré ni entretenu depuis les années 80 – se trouvait à seulement cinq minutes de là. Ils ne furent pas surpris d’y trouver facilement deux chambres disponibles qu’ils réservèrent pour la nuit.

Quand ils sortirent du commissariat et se retrouvèrent à l’extérieur, Mackenzie jeta un coup d’œil autour d’elle. Bent Creek était vraiment une toute petite ville. Elle était tellement petite que les commerçants semblaient collaborer entre eux afin de veiller à une utilisation efficace de l’espace. C’était visible dans le fait qu’un petit bar se trouvait de l’autre côté du parking, en face du Motel 6. C’était logique, pensa Mackenzie. Toute personne qui avait besoin d’une chambre de motel à Bent Creek allait probablement avoir envie de prendre un verre quelque part.

Elle avait bien envie d’en prendre un d’ailleurs.

Ellington lui effleura le dos et s’avança en direction du bar. « Allons prendre un verre. C’est moi qui invite, » dit-il.

Elle commençait à apprécier l’humour plutôt simple qui s’était créé entre eux. Ils savaient tous les deux qu’il y avait une sorte de gêne mais ils étaient parvenus à la surmonter. Afin d’éviter qu’elle ne revienne, ils avaient créé une sorte de timide amitié sur base de leur travail – un travail qui leur demandait de penser de manière logique et d’approcher les choses de manière sérieuse. Pour l’instant, ça fonctionnait assez bien.

Elle le rejoignit pour traverser le parking et quand ils entrèrent dans le bar – qui portait le nom vraiment peu original de Bar de Bent Creek – les ténèbres de la nuit furent remplacées par une sorte d’obscurité enfumée qui n’existait que dans les pubs des petites villes. Au moment où ils prirent place au bar, un vieux morceau de Travis Tritt sortait du jukebox poussiéreux qui se trouvait dans un coin. Ils commandèrent une bière et, comme si ce verre en donnait en quelque sorte le signal, Ellington se remit tout de suite en mode professionnel.

« Je pense que ces chemins secondaires qui rejoignent la Route 14 valent la peine d’être examinés de plus près, » dit-il.

« Je pense la même chose, » dit-elle. « Je trouve bizarre qu’ils ne soient mentionnés nulle part parmi les notes résumées sur ce tableau par la police. »

« Peut-être parce qu’ils connaissent mieux la géographie de cette région que nous, » suggéra Ellington. « Ce n’est peut-être que des sentiers en terre battue qui ne mènent nulle part. Il y a une raison pour laquelle tu n’as pas posé la question au moment où tu menais la réunion ? »

« J’ai failli, » dit-elle. « Mais ils avaient fait un tellement bon boulot en rassemblant toutes ces informations… que je n’ai pas voulu froisser des susceptibilités. Le fait d’avoir un département de police coopératif qui se plie en quatre pour nous, c’est nouveau pour moi. Mais je poserai la question demain. Si c’était vraiment important et vital, ils y auraient sûrement déjà pensé ou ils nous l’auraient au moins mentionné. »

Ellington hocha la tête et avala une gorgée de sa bière. « Oh, j’allais presqu’oublier, » dit-il. « J’étais vraiment désolé d’apprendre la nouvelle concernant Bryers. Je n’ai travaillé avec lui que quelques fois et ce n’était pas de manière proche. Mais il avait l’air d’être un type vraiment bien. Et un très bon agent aussi, d’après ce que j’en ai entendu. »

« Oui, c’était vraiment un chouette gars, » dit Mackenzie.

« Je ne sais pas si tu as envie de le savoir ou pas, » dit Ellington, « mais il y a eu beaucoup de polémique concernant le fait que tu sois son partenaire au moment où tu as été admise. Bryers était un élément recherché. Un des meilleurs. Mais quand on lui a fait part de l’idée, il était partant à fond. Je pense qu’il avait toujours voulu être un mentor. Et je pense qu’il a eu la chance de travailler avec un bon élément pour son premier essai. »

« Merci, » dit-elle. « Mais je n’ai pas encore vraiment l’impression d’avoir fait mes preuves. »

« Pourquoi ? »

« Et bien… je ne sais pas. Peut-être que ça arrivera quand je serai capable de résoudre une affaire sans que McGrath ne soit fâché sur moi pour un détail ou un autre. »

« Il ne se fâche que parce qu’il attend beaucoup de toi. Tu es arrivée telle une mèche de dynamite déjà allumée. »

« C’est la raison pour laquelle il nous a fait partenaires sur cette affaire ? »

« Non. Je pense que la raison pour laquelle il voulait que je travaille sur cette affaire est plutôt liée à mes connexions avec le bureau local d’Omaha. Et entre nous, il veut vraiment que tu réussisses sur ce coup. Il veut que tu fasses un malheur. Avec moi comme partenaire, tu ne vas pas pouvoir recourir à une de tes conclusions en solo auxquelles tu es si encline. »

Elle eut envie de se défendre sur ce point mais elle savait qu’il avait raison. Alors, elle opta plutôt pour vider sa bouteille en silence. Le jukebox déversait maintenant du Bryan Adams et elle finit par commander sa deuxième bière.

« Alors dis-moi, » dit Mackenzie. « Si on n’était par partenaires sur cette affaire, comment est-ce que tu l’aborderais ? Tu adopterais quelle approche ? »

« Comme toi. En collaborant étroitement avec les forces de police locales et en essayant de m’en faire des amis. En prenant des notes et en élaborant des théories. »

« Et tu es parvenu à une théorie en particulier ? » demanda-t-elle.

« Aucune que tu n’aies pas déjà mentionnée dans cette salle de conférence. Je pense qu’on va dans la bonne direction… je pense que ce type est une sorte de collectionneur. Un timide est un solitaire. Je suis presque certain qu’il n’enlève pas ces femmes pour les tuer. Tu as tout à fait raison sur tous ces points. »

« Le truc qui me dérange vraiment, » dit Mackenzie, « c’est de penser à toutes les autres raisons qui peuvent le motiver à kidnapper et à collectionner des femmes. »

« Tu as remarqué que le shérif Bateman a pris soin d’avoir une femme policier dans la pièce durant toute la réunion ? » demanda Ellington.

« Oui, Roberts. J’ai supposé que c’était dans le but de maintenir la conversation centrée sur les faits et non sur des spéculations. Spéculations concernant les raisons pour lesquelles le suspect pourrait retenir ces femmes. Parler de viol et d’abus sexuel est un peu plus facile quand il n’y a pas de femme à proximité. »

« Et toi, ce genre de sujet te dérange ? » demanda Ellington.

« Avant, oui, ça me dérangeait. Mais malheureusement, je m’y suis presque fait. Ça ne me dérange plus maintenant. » Ce n’était pas vrai à cent pour cent mais elle n’avait pas envie qu’Ellington le sache. La vérité, c’était que c’était ce genre de choses qui la motivait à être le meilleur d’elle-même.

« C’est nul, tu ne trouves pas ? » demanda-t-il. « Cette part d’humanité qui finit par s’insensibiliser à de telles choses ? »

« Oui, c’est vrai, » dit-elle. Elle se cacha durant un instant derrière sa bière, un peu étonnée qu’Ellington ait franchi un tel pas. C’était peut-être insignifiant pour lui mais ça montrait un certain degré de vulnérabilité.

Elle finit sa bière et la fit glisser vers le bord du bar. Quand le barman s’approcha, elle lui fit un signe de la main. « Non, ça va, merci, » dit-elle. Puis, en se tournant vers Ellington, elle dit : « Tu as dit que tu invitais, c’est bien ça ? »

« Oui, c’est bien ça. Attends un instant et je te raccompagne jusqu’à ta chambre. »

Le léger sentiment d’excitation qu’elle ressentit en entendant cette phrase la mit mal à l’aise. Afin d’interrompre tout de suite cette sensation, elle secoua la tête. « Ce n’est pas nécessaire, » dit-elle. « Je peux prendre soin de moi. »

« Je sais que tu peux, » dit-il, en faisant glisser son propre verre vide vers le bord du bar. « Je prendrai une autre bière, » dit-il au barman.

Mackenzie lui fit un signe de la main en partant. Au moment où elle traversait le parking, une petite partie d’elle-même ne pouvait s’empêcher de se demander ce que ça lui ferait de rentrer au motel accompagnée d’Ellington, poussée par l’incertitude qui les attendait une fois que les portes seraient fermées et les persiennes baissées.



***



Il lui fallut moins de vingt minutes pour que cette petite pointe d’excitation ne disparaisse. Comme à son habitude, elle se mit à travailler pour se distraire de telles tentations. Elle alluma son ordinateur et ouvrit ses emails. Elle y trouva plusieurs messages envoyés par la police de Bent Creek durant la dernière demi-journée – encore une autre façon qu’ils avaient de vraiment la gâter.

Ils avaient envoyé des cartes de la région, les rapports de police concernant les quatre seuls cas de disparition dans le coin durant les dix dernières années, l’analyse de trafic menée par l’état de l’Iowa en 2012, et même une liste de toutes les arrestations effectuées durant les cinq dernières années impliquant des individus ayant des antécédents d’agression. Mackenzie se mit à examiner les informations, en réservant une attention particulière aux dossiers des quatre personnes disparues.

Pour deux d’entre eux, il avait été supposé qu’il s’agissait là de cas de fugues et après avoir lu les rapports de police, Mackenzie était du même avis. Les deux dossiers étaient des exemples types d’adolescents torturés, qui en avaient assez de vivre dans une petite ville et qui avaient fini par quitter la maison familiale plus tôt que leurs parents ne l’auraient voulu. L’un d’entre eux, une adolescente de quatorze ans, avait fini par contacter sa famille il y a deux ans pour leur dire qu’elle vivait plutôt confortablement à Los Angeles.

Les deux autres étaient plus difficiles à comprendre par contre. Un des dossiers concernait un garçon de dix ans qui avait été enlevé sur la plaine de jeux d’une église. Il avait disparu depuis trois heures avant qu’on ne se rende compte de sa disparition. Des rumeurs locales évoquaient le fait que sa grand-mère l’avait enlevé en raison d’une situation familiale compliquée. En tenant compte du drame familial, du sexe et de l’âge de la victime, Mackenzie doutait qu’il y ait là une connexion avec les kidnappings actuels.

Le quatrième dossier était plus prometteur mais semblait toujours assez léger. La première similitude était que ça impliquait un accident de voiture. En 2009, Sam et Vicki McCauley étaient sortis de route durant une tempête de neige. Quand la police et l’ambulance arrivèrent sur place, Sam était mourant et il décéda sur le trajet vers l’hôpital. Il avait supplié de savoir comment allait sa femme. D’après ce que la police avait pu en déduire, Vicki McCauley avait été projetée en-dehors du véhicule mais son corps n’a jamais pu être retrouvé.

Mackenzie examina le rapport de police à deux reprises mais ne parvint pas à y trouver une description précise de ce qui avait causé l’accident. Les mots conditions de verglas étaient utilisés à plusieurs reprises et, bien que ce soit une bonne raison, Mackenzie pensait que ce serait tout de même une bonne idée d’y regarder de plus près. Elle relut le rapport plusieurs fois, ainsi que celui concernant la disparition de Delores Manning. Le fait qu’ils impliquent tous les deux un accident de voiture semblait être la seule connexion entre les deux.

Elle changea alors d’approche et essaya d’intégrer les trois victimes actuelles dans ces scénarios. Mais c’était pratiquement impossible. Les deux affaires inexpliquées étaient probablement des fugues et bien que toutes deux soient des femmes, ça laissait bien trop d’options ouvertes. De plus, les trois victimes actuelles avaient été enlevées dans leurs voitures. Peut-être parce que se retrouver bloqué sur la route arrivait relativement souvent. Mais ça n’avait quand même rien à voir avec l’enlèvement d’adolescentes fugueuses. Ça ne collait pas.

Ce type ne veut pas de fugueuses ou d’adolescentes torturées qui partent de chez elles pour provoquer leurs parents. Il cherche des femmes. Des femmes qui se trouvent, pour une raison ou une autre, seules dans leur voiture pendant la nuit. Peut-être qu’il se rend compte de l’espoir qu’inspire un inconnu apparemment bien intentionné – surtout chez les femmes.

Mais d’un autre côté, elle savait que la plupart des femmes s’attendraient au pire venant d’un inconnu sur le côté de la route. Spécialement si leur voiture était en panne et qu’il faisait noir.

Peut-être qu’elles le connaissaient, alors…

Mais ça avait l’air très peu probable aussi. D’après les informations qu’ils avaient obtenues de Tammy et Rita Manning, Delores ne connaissait probablement personne à Bent Creek.

Elle reprit le dossier des McCauley, principalement parce qu’il s’agissait de la seule affaire avec certaines similarités. Elle afficha à nouveau sa boîte de réception et ouvrit l’email le plus récent envoyé par la police de Bent Creek. Elle y répondit en écrivant :

Un tout grand merci pour votre aide. Je me demandais si vous pourriez me fournir d’autres informations dès que possible. J’aimerais avoir une liste de tous les membres de la famille des McCauley vivant dans un rayon de quatre-vingt kilomètres, ainsi que leurs coordonnées. Si vous avez le numéro de l’agent de Delores Manning, ce serait vraiment super aussi.

Elle se sentait presque paresseuse de demander des informations de cette manière. Mais vu qu’ils s’offraient aussi facilement à les aider, elle pensait bien utiliser la police de Bent Creek autant que possible en tant que ressource.

Une fois qu’elle eut terminé, Mackenzie ouvrit un autre dossier… un dossier qu’elle était parvenue à laisser de côté depuis presque trois semaines maintenant. Elle l’ouvrit, en consulta les documents et afficha une photo.

C’était une carte de visite avec le nom de son père griffonné à l’arrière. De l’autre côté, visible sur une autre photo, se trouvait le nom de l’entreprise en caractères gras : Antiquités Barker : Neuf ou Ancien Rare Collection.

Et c’était tout. Elle savait déjà que cet endroit n’existait pas – d’autant qu’elle et le FBI sachent – ce qui rendait les choses d’autant plus frustrantes. Elle regarda la carte et sentit une pointe au cœur. Elle se trouvait à environ deux heures et demie de route de l’endroit où son père était mort et à environ trois heures du lieu où cette carte de visite avait été retrouvée – presque vingt ans après la mort de son père.

Ce n’était pas son affaire… enfin, pas vraiment. McGrath lui avait donné une sorte d’autorisation officieuse d’aider quand elle le pouvait mais pour l’instant, il n’y avait aucune piste. Elle pensa à Kirk Peterson, le détective qui avait trouvé les nouveaux indices permettant de rouvrir l’enquête concernant la mort de son père. Elle faillit l’appeler mais elle réalisa qu’il était déjà 23h45. Et de toute façon, de quoi pourraient-ils bien parler d’autre que du manque de piste concernant l’affaire ?

Mais elle avait besoin de l’appeler. Peut-être après l’affaire en cours, quand elle pourrait accorder toute son attention à Peterson et à l’enquête. Il était temps qu’elle se débarrasse de ce poids.

Elle se prépara pour aller dormir, se brossa les dents et enfila un léger pantalon de survêtement et un t-shirt. Juste avant de se mettre au lit, elle consulta ses emails une dernière fois sur son téléphone.

Elle vit que la demande d’informations qu’elle avait envoyée à la police de Bent Creek avait déjà été répondue, en moins de dix-sept minutes après qu’elle ait envoyé l’email. Elle prit note des informations dans son dossier et dressa mentalement un programme pour la journée à venir. Finalement, elle éteignit les lumières et se mit au lit.

Elle n’aimait pas finir une journée en éteignant les lumières sur des questions sans réponses. C’était un sentiment qui la dérangeait et auquel elle ne pensait pas pouvoir s’habituer. Mais elle s’était adaptée depuis longtemps, ayant trouvé la manière de dormir quelques heures pendant que les réponses à ses questions rôdaient dans l’obscurité, hors de sa portée.




CHAPITRE HUIT


Mackenzie venait de finir de s’habiller quand on frappa à la porte de sa chambre. Elle jeta un coup d’oeil à travers le judas et vit Ellington. Il tenait une petite boîte en carton avec deux tasses de café posées dessus. Elle ouvrit la porte et le laissa entrer, incertaine de savoir comment elle se sentait par rapport au fait qu’il soit prêt avant elle. Elle avait toujours été fière de sa rapidité et de sa capacité à être prête tôt. On dirait qu’elle avait maintenant de la concurrence dans ce domaine.

« Est-ce que j’interromps le rituel compliqué du matin d’une femme qui se prépare ? » plaisanta-t-il en posant la boîte et les cafés sur une petite table près du lit refait.

« Non, je viens de terminer à l’instant, » dit-elle, en s’emparant du café.

Ellington ouvrit la boîte et dévoila une demi-douzaine de beignets. « Je sais, c’est un cliché, » dit-il. « Mais… rien de tel que des beignets frais, non ? »




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