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  III        .  ,     1881 ,    ,       ,           .       ,   ,     -    - . . .       .     III  La Revue politique et littraire           ,   .       ,          ,                  ,       II.





  

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Alexandre III



Non seulement en Russie, mais dans lEurope enti?re on attend anxieusement les premiers actes du nouveau souverain, pour t?cher de prjuger quelles seront par la suite son attitude, ses tendances, toute sa mani?re de gouverner.

On esp?re beaucoup. On craint beaucoup. On commente tout ce quon sait de sa vie et on en tire des conclusions; puis on se dit: Lhorrible mort de son p?re ne changera-t-elle pas absolument ses opinions acquises et connues d?s maintenant?

Nous allons essayer de tracer aussi judicieusement que possible le caract?re vrai de ce prince, de pntrer en lui, de voir son c?ur, qui nest point double ou rus; et, de cette connaissance de lhomme, nous t?cherons de dduire la conduite quil tiendra sur le tr?ne, ? moins que des vnements imprvus ne le forcent ? suivre une route contraire ? sa nature.




I


Alexandre III poss?de plusieurs de ces qualits puissantes qui font, sinon les grands, du moins les bons et les vrais souverains. Chaque homme nait avec des aptitudes particuli?res pour une profession quelconque; ce prince semble n avec des aptitudes relles pour le pouvoir.

Il est dans la force de l?ge, sain de corps et desprit, de grande allure, daspect royal. Son caract?re est calme, rflchi, nrgique, quilibr. La note dominante en lui, la qualit qui enveloppe pour ainsi dire toutes les autres est lhonn?tet, une honn?tet scrupuleuse, absolue, sans pactisations et sans mlange. Rien qu? le voir, on le sent loyal des pieds ? la t?te, sans plis dans la pense, dune sincrit rigide; mais cette excessive droiture ne va pas sans une nuance dent?tement qui en est comme la consquence.

On conna?t son pass.

Appel ? la succession de lempire par la mort de son fr?re, nayant re?u jusqu-l? quune ducation purement militaire, il sest mis au travail avec une volont et une persvrance remarquables, seffor?ant de devenir digne du grand tr?ne o? il devait monter; il est ? constater, dailleurs, que le nouveau tzar a plut?t une tendance ? douter de lui, de son savoir et de son esprit, une sorte de modestie relle en face de la situation souveraine o? le place la destine  modestie qui nexelut pourtant ni lesprit de suite ni lnergie dans la volont.

Seul de sa race, peut-?tre, il est chaste, et il la toujours t. Il a souvent manifest dans sa propre famille sa profonde rpugnance pour linconduite.

Des gens lvs avec lui affirment que, m?me enfant, il na jamais menti. Et il pousse si loin ses scrupules de franchise quau moment dpouser, pour des raisons politiques, la fiance de son fr?re mort, il ne lui a point cach quil aimait une autre femme, la princesse M, qui devint plus tard lpouse du tr?s riche et tr?s cl?bre M. D Sa confidence, du reste, eut un cho, car sa fiance ne lui dissimula point quelle avait aim passionnment son fr?re. Et cependant ils ont form un mnage mod?le, un mnage surprenant de concorde et daffection persvrante.

On a beaucoup parl de la sympathie quil semblait prouver pour tel peuple et de lantipathie quon lui pr?tait contre tel autre. On a aussi fait circuler des lgendes, des histoires de verre bris, etc., qui sont de pure invention. Tout ce quon peut dire de lui, cest quil est Russe, et rien que Russe. Il prsente m?me un singulier exemple de linfluence du milieu, selon la thorie de Darwin: cest ? peine si dans ses veines coulent quelques gouttes de sang russe, et cependant il sest identifi avec ce peuple au point que tout en lui, le langage, les habitudes, lallure, la physionomie m?me sont marqus des signes distinctifs de la race. Partout, en le voyant, on nommerait sa patrie.

On a prtendu quil dtestait les Allemands. Mais on a confondu les Allemands dAllemagne avec les Allemands de Russie: ce sont ces derniers quil naime point.

On a affirm quil chrissait la France avant toutes les nations. Le chauvinisme fran?ais a peut-?tre exagr. Voici la vrit sur cette sympathie quon lui pr?te depuis longtemps:

Avant 1870, il avait montr des sentiments tr?s libraux; il paraissait lalli de c?ur des rpublicans fran?ais. L?-dedans entrait surtout une rpulsion manifeste pour lempereur Napolon, dont la duplicit, les habitudes de ruse et dintrigue blessaient tous ses instincts loyaux. Mais quand la Commune est arrive, une col?re indigne lui vint contre tous les faiseurs de rvolutions sanguinaires; et il rpta ? plusieurs reprises, avec une sorte de regret sur ses convictions vanouies: Voil? donc ? quoi ces choses aboutissent!

Cest seulement depuis que la rpublique commence ? devenir raisonnable quune nouvelle raction en faveur de la France semble s?tre faite en lui.

En somme, la France et lAllemagne tiennent peu de place dans son amour. Il nest que Russe. Il naime et ne prot?ge que lart russe, la musique russe, la littrature russe, larchologie russe. Il a fond ? Moscou un grand muse national. Pour les m?mes raisons, il est fervent orthodoxe: sa pit est rele et sinc?re.

En son pays, la plus grande part de son affection est pour le paysan; eest sur le paysan que tomberont ses plus larges faveurs; cest au paysan quil a pens, au moment de rendre son premier ukase, le jour m?me de la mort de son p?re, en rappelant que pour la premi?re fois les hommes de la campagne, devenus libres, taient appels ? pr?ter serment.

Mais si ses bienfaits doivent aller aux paysans, ses rigueurs infailliblement atteindront, du haut en bas de lchelle, toute la bureaucratie russe, dont il nignore pas la pourriture et les dprdations. Pendant le commandement quil exer?a, son honn?tet, rvolte, na pas pu se contenir devant les exactions dont il fut tmoin, m?me dans sa propre famille. Il semble bien rsolu ? y mettre fin; ce nettoyage de fonctionnaires vreux est m?me dj? commenc.




II


On se demande avec une juste inquitude quelle sera son attitude au dedans comme au dehors.

Pour lintrieur, on a dj? parl dune constitution; des espoirs grandissent, se bercent; on affirme quil sest, de tout temps, assign, rserv ce r?le de devenir souverain selon les ides europennes. Pour lextrieur, on suppose quil sloignera de plus en plus de lAllemagne et quil reprendra la politique du panslavisme.

Ceux qui attendent du nouveau tzar une constitution parlementaire perdront vite leurs illusions, nous en sommes du moins persuads. Ses rapports presquer intimes avec le parti ultranational semblent indiquer, au contraire, une certaine dfiance ? lgard des constitutionnels. Les ides acceptes en Europe sur les limites dautorit assignes aux rois sont et resteront longtemps encore trang?res ? la Russie. Le pouvoir imprial prfrera procder par grandes rformes octroyes par ukase pour arriver peu ? peu ? amliorer dune fa?on sensible le sort de ses sujets, surtout celui des paysans.

Ces rformes, dailleurs, sont toutes pr?tes, tout indiques, et depuis longtemps dj? on les avait mises ? ltude. Alexandre II m?me avait t sur le point de les appliquer, quand le mouvement nihiliste, saccentuant, avait arr?t ses projets et ajourn indfiniment ses intentions librates.

Voici quelles seraient ces mesures;

1 Diminution considrable dans le payement du rachat des terres par les paysans.




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